Résultats des législatives, Matignon, coalition... L'interview de François Bayrou en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
– BFM TV face à face, Apolline de Malherbe.
– Il est 8h32 et vous êtes bien sur AMC et BFM TV, bonjour François Bayrou. – Bonjour. – Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions, vous êtes le président du Modem, vous êtes haut-commissaire au plan, vous êtes maire de Pau, et vous faites partie de cette poignée de proches du président qui a participé à toutes les réunions à l'Elysée avant et après les résultats de chacune des trois dernières élections. – Le nouveau Front populaire n'arrive pas à se mettre d'accord sur une proposition de Premier ministre et dans le même temps, on commence à voir un nouveau scénario, peut-être se dessiner celui d'une alliance ensemble plus la droite républicaine.
Est-ce que cette option est sérieuse ?
– Je ne sais pas si elle est sérieuse, il y a sûrement des gens qui pensent toujours, dans toutes les situations, à refaire les anciens clivages, c'est-à-dire à imaginer que la majorité de la France, après un scrutin qui pourtant dit exactement le contraire, on va y revenir, c'est-à-dire qu'on puisse faire le gouvernement de la moitié du pays contre l'autre moitié. D'abord c'est exactement le contraire de ce que cette élection a dit. Cette élection, elle n'avait qu'une question au deuxième tour, c'était « est-ce que vous, nous, citoyens français, nous sommes prêts à donner une majorité absolue à l'extrême droite ?
» C'est ça la question, qui était dans tous les esprits et pour répondre à cette question, on a construit un front républicain, un ensemble républicain, une alliance républicaine, en disant « on va prendre le mieux placé à chaque tour, enfin au premier tour, pour lui apporter tous nos suffrages, de manière à écarter ce risque dont nous ne voulons pas. »
Bon, ce risque est écarté.
Ce risque est écarté et donc croire, ou faire croire, ou tenter de faire croire, que les électeurs ont choisi un camp contre l'autre, c'est évidemment absurde.
– Vous pensez à qui, là ? Vous pensez à qui ? Parce que les seuls qui ont vraiment revendiqué une victoire, c'est la gauche. Et vous leur dites « non, vous n'avez pas gagné ».
– Non, je dis, cette élection, vous n'avez pas obtenu le suffrage des Français sur votre étiquette, sur votre programme, sur vos options. Vous avez obtenu le suffrage des Français parce que vous vous êtes, comme les autres, comme vos collègues, présentés comme ceux qui pouvaient faire barrage. Et c'est ça qui s'est passé, puisque des électeurs de gauche très nombreux ont apporté leur suffrage à nos candidats, et nos électeurs très nombreux ont apporté leur suffrage aux candidats de gauche. – Mais une fois… – Pas en tant que gauche, pas en tant que centre, pas en tant que droite républicaine pour les LR, mais parce qu'ils étaient ceux qui construisaient la digue contre le pied.
– Mais une fois qu'on a dit ça, François Bayrou, on fait quoi ?
– Alors, on fait quoi ? On revient aux institutions. On essaie de comprendre ce que ce régime, à mon avis génial, que le général de Gaulle a bâti, et il l'a bâti parce qu'il avait traversé des temps très très difficiles. L'idée du général de Gaulle, c'était, ce n'est pas les partis qui vont faire une majorité. On assiste exactement au contraire. Comme toujours, on revient…
– On n'a jamais autant parlé des partis,
et on n'a jamais eu autant de réunions de chefs de partis. – Ce n'est pas moi qui vais vous dire que les partis, ce n'est pas intéressant ou important, puisque c'est ma responsabilité depuis longtemps. Mais la question des institutions, c'est, ce n'est pas les partis qui feront la majorité. – Mais alors c'est qui ? C'est le président de la République dans ses fonctions qui décide quelle est la personnalité qui peut rassembler le plus largement, en tenant compte, dit le général de Gaulle lorsqu'il a fait son grand discours à Bayeux en 1946, en tenant compte des nuances de l'Assemblée nationale. Et c'est ça exactement la question.
Donc tout ce qui, depuis des jours, trois jours, passe leur temps…
– Trois jours qui semblent être effectivement plus longs, vous avez raison.
– Plus longs, passent leur temps à dire, on va faire une majorité de gauche, sans avoir évidemment l'aval des Français. Il n'y a pas eu de vainqueur à cette élection. Il y a eu la mise de côté de l'hypothèse du Front National majoritaire.
– Mais il n'y a pas eu de vainqueur puisque nous étions alliés. – On est un peu en train de passer quand même, François Bayrou, du tout sauf le RN au tout sauf LFI. C'est-à-dire que désormais, ça discute, et notamment avec une hypothèse, je reviens quand même à celle-ci parce que c'est ça la nouveauté depuis hier soir. Vous avez Édouard Philippe qui appelle à une alliance, il parle d'un bloc central autour d'une dizaine de textes. Vous avez Olivier Marlex, Olivier Marlex qui était dans la précédente mandature le chef des députés Les Républicains qui dit désormais la priorité c'est de ne pas laisser s'installer un gouvernement du nouveau Front populaire.
Nos électeurs ne nous le pardonneraient pas. Sous-entendu, il ouvre la porte à l'idée de faire un gouvernement avec une alliance au moins ponctuelle avec le centre, avec vous notamment François Bayrou. On a le président LR des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, qui plaide pour la nomination d'un Premier ministre issu de son camp et qui prendrait la tête d'un gouvernement de rassemblement pour mettre un coup d'arrêt à la France insoumise.
Vous voyez, ce sont des personnalités.
Beaucoup a changé, c'est-à-dire que tout ça, il ne le disait pas il y a deux jours.
Il y a deux jours, ils le disent maintenant. Ma vision, ce que je crois du plus profond de cette élection à laquelle j'ai participé beaucoup, comme vous, vous avez observé tout ce qui a été dit. Ma vision, c'est que tous ceux qui voudront faire un gouvernement et une majorité d'un côté contre l'autre se trompent. Il n'y a aucune surprise dans ce que vous avez dit et qui est parfaitement exact.
Nous avons dit depuis le début que le programme de LFI et les attitudes que Jean-Luc Mélenchon et ses amis ont propagées pendant des années à l'Assemblée nationale, ça ne pouvait pas être considéré comme appartenant à cet ensemble qui veut qu'on progresse dans le respect des autres en refusant les fractures de la France et l'antagonisme, la guerre des uns contre les autres. Jean-Luc Mélenchon a théorisé la guerre des uns contre les autres. Il a dit, vous vous souvenez, il faut tout, je cite exactement, il faut tout conflictualiser. Ça veut dire qu'il faut faire un sujet de guerre de tous les sujets que nous avons devant nous.
Je pense que cette attitude-là est contraire à l'idée que nous nous faisons de l'avenir du pays. Mais tous les autres peuvent et à mon sens doivent, un jour ou l'autre, se retrouver pour travailler ensemble.
Quand vous dites tous les autres, j'essaie quand même de traduire et de comprendre en termes d'efficacité qu'est-ce que ça donne. Ça veut dire que les LR soient pour une sorte de grande alliance, tant mieux, mais il faut qu'il y ait aussi le PS, c'est ça ?
Oui, le PS et pas seulement lui. Sauf que si le PS dit non.
Parce que pour l'instant, en trois jours, les choses ont quand même changé. Effectivement, du côté des LR, il disait non, pas question, puis pourquoi pas, puis depuis hier, allons-y. Du côté du PS, en revanche, ils n'ont pas varié. Pour l'instant, ils restent amarrés, je dirais, à LFI.
Vous voyez bien, c'est un processus, comme disent les Anglais, c'est « work in progress ». On est devant quelque chose qui est en train d'évoluer. Moi, je vous parle de ce que ça devrait être au bout du chemin. Et au bout du chemin, il y a, dans ce nouveau front populaire, étiquette qui a réuni tout le monde, il y a des gens qui sont parfaitement avec des nuances politiques, mais sur le fond, civique. Ils sont d'accord sur les grandes lignes du pays. Par exemple, ils sont d'accord tous pour qu'on poursuive la construction européenne.
Ils sont d'accord tous pour qu'on poursuive, et Dieu sait qu'on en a besoin, l'aide à l'Ukraine, au moment où Poutine, lui, a pris position ouvertement pour le Rassemblement national, comme vous vous souvenez. Et donc, il y a des gens qui partagent le grand socle de valeurs que j'appelle centrales.
– Le PC, le PS ?
– Non, non, les communistes, parce qu'ils ont évidemment beaucoup bougé.
– Les communistes, d'ailleurs, qui ont assez vite, par la voix de Fabien Roussel, laissé entendre que pourquoi pas discuter ?
– Eh bien, vous voyez, vous avez là un grand, on a dit un arc républicain. Vous avez des valeurs communes.
– Vous pensez à Raphaël Glucksmann ? Vous pensez à Olivier Faure ?
– Tout cela, je n'exclus personne.
– Enfin, vous excluez LFI, si je comprends bien.
– Je pense que LFI ne correspond pas à ces valeurs-là. Et d'ailleurs, ils l'ont dit et manifesté de toutes les manières. Après, c'est à l'intérieur de l'alliance de gauche que tout le monde a compris ça et accepterait bien que ça bouge, mais ils ne veulent pas en porter la responsabilité, ni les uns, ni les autres.
– C'est quoi ? C'est une question uniquement d'affichage ? En fait, ce que vous nous dites, c'est que sur le fond, ils ne seraient pas contre, mais personne n'ose le faire, n'ose porter une sorte de faute morale.
– Je pense que c'est exactement ça. Donc chacun élude les positions. Mais quand on comprendra qu'il n'y a pas de vainqueur dans cette élection, il y a eu la mise de côté d'une hypothèse qui était une hypothèse dangereuse pour l'avenir du pays, mais il n'y a pas de vainqueur. Personne n'a voté pour le nouveau Front populaire contre le centre.
– Mais pendant ce temps-là, pardon, on reste quand même dans une forme de fantasme parce qu'hier encore, le nouveau Front populaire a mis, je cite, « solennellement en garde » Emmanuel Macron sur le maintien de Gabriel Attal au poste de Premier ministre et appelle Emmanuel Macron à immédiatement faire appel au nouveau Front populaire pour constituer un gouvernement.
– Tout ça, c'est… on roule des mécaniques.
– D'accord, en fait chacun montre ses muscles quoi, c'est tout.
– Voilà, on essaie d'impressionner. Mais la situation du pays, ce n'est pas celle-là. Alors je reviens aux institutions. Comment fait-on ?
– Ça peut durer combien de temps ?
– J'espère que ça ne durera pas trop longtemps.
– Mais ça peut durer un certain temps.
– Je suis pour que ces choses soient clarifiées, et je vais vous dire comment je crois qu'elles peuvent être clarifiées.
– Alors, quelles sont les étapes ?
– Ça ne se fera pas par des accords de parti. D'abord, ce n'est pas nos institutions, ce n'est pas l'esprit des institutions, et c'est impossible, puisque les accords de parti, chacun va mettre des lignes rouges, n'est-ce pas ? En disant « moi, j'exige que… » Il va faire une liste d'exigences qui ne pourront pas être satisfaites.
– Une date importante qui arrive très vite, qui est le 18 juillet, le vote de l'élection du président ou de la présidente de l'Assemblée nationale. Est-ce que c'est une étape importante ?
– Très importante, mais vous ne m'avez pas laissé finir… – Pardon, allez-y François Bayon. – Le mécanisme que je crois être le seul possible en Ve République. Je dis ça ne se fera pas par des accords de parti. Et il est bien qu'il en soit ainsi. Parce que les accords de parti, on a vu dans des républiques précédentes à quel point c'était pénalisant pour le pays et à quel point on était constamment au bord de la rupture. Tu ne respectes pas mon exigence, donc je m'en vais, donc je te censure, je renverse le gouvernement, enfin toutes ces choses-là. Il y a une démarche que la Constitution décrit précisément.
Quand on est dans une situation comme celle-là, le président de la République choisit un Premier ministre en fonction de l'équilibre qu'il souhaite. – Ça n'est pas des accords de parti, c'est une personnalité qui est choisie.
– Donc ça ne viendra pas des partis, ça viendra d'Emmanuel Macron.
– Ça viendra de la décision que le président de la Ve République prend quand il nomme le Premier ministre. Et c'est le Premier ministre qui fait ensuite des propositions au président de composition du gouvernement. Évidemment, les personnalités qu'il pressent pour participer au gouvernement représentent des nuances de l'Assemblée.
– Ça veut dire que ça crée une composition avec des différentes sensibilités de gauche, de droite, du centre.
– Mais il représente aussi, non seulement des sensibilités, il représente des compétences. Il choisit des gens dont il croit qu'ils peuvent avoir entre eux de l'estime, qu'ils peuvent parler au pays, signifier quelque chose et prendre ensemble les décisions qui s'imposent.
– Mais je trouve ça encore un peu théorique, pardon, François Bayrou.
– Non, ce n'est pas du tout théorique. C'est exactement le contraire. Ce qui est théorique, c'est ce que vous décrivez. Des accords de partis qui se mettent… – Ça, c'est ce qui se fait en ce moment, ce n'est pas que je décris, c'est que je le fers. – Non, ça n'est pas ce qui se fait, c'est ce qui ne se fait pas, parce que ça ne peut pas se faire. – Ça n'aboutit à rien, on est bien d'accord, mais il le tente. – Mais c'est très important qu'on fasse le constat ensemble, vous qui êtes une observatrice avisée, que ça n'aboutit à rien. Et moi, je vous dis, ça n'aboutira à rien. C'est pas comme ça que la Ve République marche. Mais on l'a oublié depuis très longtemps, tout le monde l'a oublié.
Je suis certain qu'il n'y a qu'ainsi qu'on peut réunir des gens compétents qui se respectent et qui soient capables de parler au pays à partir de la constitution d'un gouvernement. Et après, c'est le jeu normal, on propose des textes, l'Assemblée les vote ou les vote pas, mais il faut aller beaucoup plus vite qu'on ne le croit, parce qu'il y a le budget. – Le budget, c'est à l'automne. – Le budget, c'est à partir du mois de septembre, et ça se prépare aujourd'hui. Et vous voyez bien que les principales options politiques, elles sont dans le budget du pays.
– François Bayrou, est-ce que vous pourriez être cet homme qui rassemble ?
– Non, moi je suis là, je suis là, avec une seule idée en tête. Je veux aider notre pays à sortir de cette ornière. Tout ce que je pourrais faire pour l'aider à sortir, je le ferai. J'apporterai mon aide.
– Mais pas ça, pas diriger un gouvernement.
– Je n'ai pas dit non, j'ai dit que j'étais… personne n'écarte des hypothèses comme celles-là. C'est trop important quand vous êtes engagé dans la vie politique du pays depuis longtemps pour faire naître des solutions.
– Mais vous avez toujours cru à cette…
– J'ai toujours cru, et j'y crois encore, et je suis certain qu'on peut y arriver. Mais je ne présente pas de candidature, parce que tout ça est ridicule.
– Mais j'ai devant moi, François Bayrou, un homme qui ne nie pas pouvoir incarner éventuellement ce que vous venez de décrire.
– Tout ce que je pourrais faire pour aider, je le ferai.
– François Bayrou, le problème c'est que si la gauche continue à dire qu'il n'en est pas question, si le Parti Socialiste continue à dire « on prend tout le nouveau Front populaire » ou « on ne prend personne », votre scénario ne fonctionne pas.
– Et le programme, vous, vous croyez qu'il ne fonctionne pas, moi je crois qu'il fonctionne. Nous avons, parce que vous, vous placez dans l'hypothèse ou dans le scénario, dans la mécanique des accords de partis. Vous dites « mais enfin si le Parti Socialiste ».
– Vous pensez qu'un certain nombre d'individus, d'élus de gauche, on l'a entendu, du Parti Socialiste, des Écolos ou du Parti Communiste, peuvent à un moment rejoindre. – Et de la totalité du centre et de la droite. – Et de la droite, la droite, on a entendu que pour l'instant, il y avait des actes de main tendue.
– Et là, vous avez exactement la configuration qui peut permettre au pays d'être gouverné, de s'en sortir.
– Et avec ça, on fait quoi ? C'est-à-dire que quels sont les textes sur lesquels vous pourriez vous mettre d'accord ? Si vous, vous étiez Premier ministre, on va quand même tirer le fil jusqu'au bout, quels sont les textes qui seraient prioritaires à vos yeux et sur lesquels vous pensez pouvoir trouver une majorité ?
– Je pense que la question principale du pays, aujourd'hui, c'est l'école, c'est l'éducation nationale, de la maternelle à l'université.
– On fait quoi ? 3 000 postes qui manquent ?
– Oui, parce que vous entrez dans les revendications des uns et des autres. La question de l'éducation nationale, ça n'est pas principalement les postes, puisque comme vous le savez, le nombre des élèves diminue chaque année.
– Oui, mais alors ça, si vous commencez à dire ça à vos futurs camarades de gauche…
– Laissez-moi expliquer les choses. Quel est le principal problème de l'éducation nationale ? C'est qu'il existe des enseignants qui réussissent admirablement bien, dont les élèves progressent bien. Personne ne sait qui ils sont. Personne ne les repère. Personne ne réfléchit à la démarche pédagogique qu'ils ont mis au point patiemment au cours des années.
– Vous voulez valoriser ?
– Je veux qu'on en revienne à l'observation, à la précision de ces enseignants qui font progresser leurs élèves, parce qu'il y a deux enjeux derrière tout ça. C'est que vous venez d'une classe sociale ou d'un endroit dans le pays défavorisé, et vous êtes condamné à vie à rester là.
– Donc c'est la question de l'ascenseur social, c'est la question de la méritocratie.
– Exact. Et du niveau du pays.
– Et j'ai encore deux questions assez précises à vous, François Bayrou, la première, c'est votre réaction au propos d'Adrien Quatennens, qui laisse entendre qu'il faudrait en quelque sorte marcher vers Matignon. Macron veut nous voler la victoire, il manœuvre pour faire barrage à l'application du programme du nouveau Front populaire. Le seul souverain, c'est le peuple. Pourquoi pas une grande marche populaire en direction de Matignon ? Comment vous réagissez à ces propos ?
– Vous voyez, c'est exactement ce que j'indiquais. Je disais, il y a des forces politiques qui ne respectent pas les valeurs démocratiques élémentaires, qui ne respectent pas les institutions, qui ont dans l'idée qu'une révolution violente peut imposer au pays sa loi. Eh bien, c'est exactement la preuve que ce camp-là, ce clan-là, n'a pas sa place dans le gouvernement du pays, comme j'imagine qu'il doit être. C'est exactement cette phrase-là, qui est une phrase, employons les mots, factieuse. Dire qu'une faction décide qu'elle imposera sa loi par la violence. Alors, M. Cadenas, évidemment, vous voyez bien que ceci est le contraire de ce que nous voulons et de ce qu'il faut au pays.
– François Bayrou, vous avez déjà dîné avec Marine Le Pen, vous ?
– Non.
– Non ?
– Non.
– Vous avez vu qu'Edouard Philippe a avoué, effectivement, avoir dîné avec Marine Le Pen. Il dit qu'il aime rencontrer des gens, qu'ils ont approfondi leur désaccord. Dit-il, ça vous choque ?
– J'essaie de ne pas me mêler de l'emploi du temps et ni aussi des convives que se choisissent les uns et les autres. Mais en effet, je pense, moi, qu'il y a entre nous et l'extrême droite un fossé qui est infranchissable. Parce que ce qu'il y a de plus profond dans l'extrême droite, ce n'est pas les mesures annoncées, qui sont déjà pour un certain nombre d'entre elles choquantes, c'est les arrières-pensées derrière tout ça.
– Sauf qu'il n'y a pas que Edouard Philippe qui a dîné avec Marine Le Pen. Le journal Libération révèle également que le ministre des Armées, en exercice, ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a lui aussi dîné avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. C'est acceptable, ça ?
– Mais je ne suis pas président de la République, autrement vous le sauriez. Je ne suis pas Premier ministre, autrement vous le sauriez.
– Mais vous-même, François Bayrou, vous avez dit à l'instant et vous avez rappelé que Vladimir Poutine souhaitait, espérait la victoire de Marine Le Pen, soutenait l'extrême droite.
Le fait qu'un ministre des Armées partage un dîner. – Et en essayant de ne pas faire de procès qui seraient déplacés ou excessifs, c'est un mauvais signal. C'est à l'égard du pays, c'est un mauvais signal. Ça veut dire au fond, peu ou prou, on peut imaginer que c'est la même chose et qu'il y ait des rapprochements. Je ne crois pas ça. Non pas que j'ignore les 10 millions de Français qui ont voté pour le Rassemblement national. Personne n'en parle, ou on n'en parle pas souvent. Moi, je considère qu'il faut les avoir, évidemment, comme interlocuteurs, les Français, les citoyens. Essayer de comprendre, et ça sera difficile et long, pourquoi le pays a dérivé dans ce sens-là.
Quelle est la place du sentiment d'abandon ? Quelle est la place du sentiment que l'immigration provoque ? Quelle est la place de ce brouillard qui donne à penser qu'on n'est pas chez nous, que l'avenir ne sera pas comme hier, qu'on ne peut pas transmettre aux enfants ? Tout ça sont des choses absolument essentielles. Mais l'appareil politique qui porte ces provocations-là, qui a invité très souvent à ce qu'une partie des Français, en raison de leur origine, ne soit pas regardée comme des Français à part entière.
On ne gigne pas avec eux.
Cela, c'est un mauvais signal que de multiplier les signes qui vont dans leur sens.
Merci François Bayrou. François Bayrou, merci d'avoir répondu à mes questions. On a bien compris que vous ne disiez pas non à être cet homme du rassemblement, comme vous dites. Il est 8h53 sur AMC BFM TV.
François Bayrou