Discours de Sébastien Chenu (16/01/2025)
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
Merci Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs les Ministres, chers collègues. 90 minutes, c'est le temps d'un cycle de sommeil. C'est aussi le temps de votre discours de mardi.
Comme un cycle de sommeil, on y trouvait les mêmes trois phases, légères, profondes, paradoxales. 90 minutes de discours avec sa phase de démarrage, légère, lente, se voulant même drôle, parfois malgré vous. Puis sa phase profonde, sombre, tutoyant le néant.
Enfin sa phase paradoxale, contradictoire. Trois phases d'un discours comme celle d'un mauvais sommeil dont on se réveille sans qu'il n'ait rien réparé. Depuis votre nomination, vous avez à la fois réussi à oublier les sujets prioritaires des Français, à faire silence sur le pouvoir d'achat, la sécurité, la santé, les inégalités.
Et vous avez réussi à laisser vos ministres parler trop et mal, répandant mensonges et insultes. Vous n'avez mobilisé qu'un pour cent de votre parole publique sur le pouvoir d'achat, priorité majoritaire des Français. Un pour cent de votre parole publique, c'est-à-dire, en fait, un postillon dans votre discours, ou plutôt un crachat au visage des Français qui galèrent.
Vous avez réussi à ne rien évoquer des angoisses du quotidien, à contourner les grands défis de la santé, de l'éducation, de la sécurité, de la souveraineté, à ne livrer aucune vision. On lit ici et là que vous avez préparé depuis des jours, des semaines, même des années, ce discours. Et nous n'avons entendu que des lieux communs, des poncifs, des facilités de langage, pour une seule et bonne raison.
Vous êtes l'homme d'une petite politique et vous êtes l'homme de petits arrangements. En écoutant ce non-discours de politique générale, on comprenait que votre priorité était non pas de trouver les voies et moyens de sortir le pays de l'ornière, mais de permettre au Parti Socialiste de sortir de l'ornière de l'alliance avec la France insoumise, afin de vous sortir vous-même de l'ornière de la censure. Bref, tout pour vous, rien pour les Français, et ça prend du temps de s'occuper de soi.
En négociant avec un parti ultra minoritaire, le Parti Socialiste, qui a toujours trahi les causes des travailleurs, toujours trahi celles des entrepreneurs, toujours trahi les classes populaires, les femmes, les retraités, avec une belle régularité dans l'histoire, sans jamais manquer un seul rendez-vous de la traîtrise sociale, vous êtes allés œuvrer pour tenir, pour passer entre les gouttes. Et comme ce parti, celui de toutes les trahisons, s'achète à pas cher, vous les avez, telle une tribu indigène, amadouée avec de la véroterie. Pour sortir de leur alliance honteuse avec l'extrême gauche, ils acceptent de croire votre mensonge, celui d'une remise en question de la réforme phare de la Macronie, d'une renégociation qui pourrait, sans coût supplémentaire, aboutir.
En avalant les yeux et la bouche grands ouverts, ce mensonge, en toute conscience, les socialistes vous aident à gagner du temps, temps dont ils ont besoin eux-mêmes, et tout ça sur le dos des Français. Repenser notre système de retraite ne se fait pas en trois mois, vous le savez bien, c'est un choix de société, il nécessite d'ouvrir le chantier de la natalité, de la réindustrialisation, de la productivité, de l'emploi des jeunes, de celui des seniors, rien en vu. Encore une fois, le système s'arrange avec lui-même.
Quoi de plus normal, puisque du PS aux Républicains, tous ont été élus à la faveur de désistements ou d'appels à voter de la France insoumise, pour chacun de vous, tous. L'ascenseur est toujours renvoyé, vous en êtes le groom. En pervertissant à ce point le système démocratique et nos institutions, en persévérant à contourner les demandes des Français, vous croyez gagner du temps alors que vous en faites perdre au pays, et vous retournez le sablier du décompte de votre départ.
Vous pensez réaliser des compromis alors que vous n'êtes que dans la compromission. Si vos silences sur les grandes attentes des Français sont de trop, les expressions de vos ministres le sont tout autant. L'expression de la ministre de l'Éducation nationale, désormais davantage Madame Renoncement que Madame 49-3, jouant sur les peurs des Français, inquiétant les Français en leur expliquant qu'avec la censure, les cartes vitales ne fonctionneraient plus, a abîmé le débat public.
Vous devez à ces mêmes Français des excuses. L'expression du ministre de l'Aménagement du Territoire, revendiquant ne pas respecter le Rassemblement national, et les 11 millions de Français qui votent pour lui et ses représentants. Mais qu'a donc fait M.
Rebzamen, à part participer à la ruine du pays, un coup sous l'étiquette socialiste, un coup sous l'étiquette macroniste, pour se permettre ce mépris, pour s'arroger ce rôle de donneur de leçons qui fait le tri entre les Français. Qu'il se rassure, il y a probablement davantage de Français qui méprisent son parcours, ses trahisons et son incompétence, que de Français qui méprisent le Rassemblement national et ses élus. Là encore, M. le Premier ministre, le premier groupe de l'Assemblée nationale attend des excuses.
Vous vouliez, disiez-vous mardi, réconcilier les Français. Vous avez déclaré ça dans votre discours. Un peu comme Mandela renchérissait dans une piteuse courbette de courtisans le même Rebzamen, faisant irrésistiblement penser à la belle citation de Bernanos, « Les ratés ne vous rateront pas ».
Eh bien, en ostracisant le premier parti de France, vous montez la première marche de l'escalier qui, comme avec les propos de l'éphémère M. Armand, a conduit Michel Barnier à la censure. Mais au-delà des arrangements, ce qui nous interpelle est votre absence totale de cap, de vision, de courage, de solution pour notre pays.
En réalité, votre moteur, c'est l'inertie. L'énergie intermittente, préférée d'ailleurs des écologistes. « La catastrophe, c'est lorsque les choses suivent leurs cours », écrivait Walter Benjamin. « Sans chiffrage, en réactivant comités et conseils, en inventant des conclaves, mêlant l'eau et le feu, en laissant la France s'enfoncer dans la dette, celle que vous avez créée, puisque toujours vous avez soutenu les choix budgétaires de vos prédécesseurs, vous cherchez à gagner du temps pour vous et pour le président Macron que vous avez aidé à faire élire. » Comme l'a si bien décrit Marine Le Pen, c'est en champion du rodeo que vous abordez votre mission.
Peu importe où va le cheval, avec qui va le cheval, pour faire quoi, l'important est de se maintenir sur la bête. Les retraites, un bricolage est possible s'il ne coûte rien. L'immigration, un problème qui vous dépasse.
L'endettement, un objectif aléatoire. Le pouvoir d'achat, un non-sujet. La réindustrialisation du pays, une lubie du Rassemblement national.
L'agriculture, une variable d'ajustement. Exercer le pouvoir, c'est lutter en permanence contre l'impuissance, disait Philippe Séguin ici même. Votre discours n'avait rien d'un discours de politique général.
Il était le constat des politiques que vous menez collectivement. Des chaînes que vous avez posées à notre pays. Des tabous que vous avez installés.
Des coûteux ascenseurs que vous vous renvoyez entre vous. Des normes que vous édictez pour décourager nos entrepreneurs, nos soignants, nos agriculteurs, nos forces de l'ordre. Vous n'êtes pas, Monsieur le Premier ministre, le chef d'une majorité.
Elle n'existe pas. Vous êtes le subalterne d'un système qui se délite sous nos yeux. Plus proche de la girouette que de Richard Gier.
Et parce que, parce que le surplace est un recul, parce que vos compromissions amènent à cette paralysie, parce que votre inertie, parce que cette inertie crée le flottement et l'incertitude dans le pays, alors vous décevrez. Parce que vous n'avez ni l'envie, ni le courage de rompre avec les logiques macronistes. Parce que vos logiques procèdent de celles de la Quatrième République.
Vous allez aborder cet exercice budgétaire habité par l'idée de ne rien changer. En faire le moins possible, le moins visible, le moins compréhensible. Votre discours mérite-t-il ce soir que nous utilisions le Nouveau Front Populaire comme un outil, un instrument, un marche-pied, un bon vieil escabeau branlant ce soir pour vous censurer ?
Assurément pas. Le marche-pied Nouveau Front Populaire est bancal, vacillant, amputé. Et la collaboration du Parti Socialiste à votre tour de passe-passe rend l'exercice ce soir stérile.
Mais surtout, qui a-t-il à censurer ce soir ? Une liste de platitudes, une bordée d'insultes, vos arrangements et vos compromissions, certes, vous mériterez d'être sanctionnés. Et nous avons démontré que cela ne nous faisait pas peur de le faire.
Les Français nous ont d'ailleurs soutenus en ce sens. Mais surtout, c'est sur vos actes que désormais nous vous attendons. Vos actes.
Comment censurer d'ailleurs aujourd'hui, sans penser ou sans pouvoir regarder demain dans les yeux nos compatriotes d'outre-mer ? Comment censurer ce soir sans penser ou sans regarder demain nos compatriotes agriculteurs défendus depuis toujours par Marine Le Pen et déjà sacrifiés sur l'hôtel du Mercosur ? Nous ne croyons rien de vos discours.
Nous ne croyons rien de vos logiques. Nous n'attendons rien de vos politiques. Nous ne vous menaçons de rien.
Mais nous vous attendons sur des actes. Nous n'avons pas pris Michel Barnier en traître. Nous ne vous prendrons pas davantage en traître, Monsieur le Premier ministre.
Entendez Boilem sans salle. Il n'est plus ça de vivre avec des gens que vous ne connaissez pas, nous, qu'avec des gens que vous ne reconnaissez plus. Seule la sécurité, le pouvoir d'achat, l'industrie, de Val d'une à ArcelorMittal, pour penser à ma circonscription, la santé des Français, leur quotidien, nous intéresse et nous mobilise.
Bien sûr, nous continuerons aussi à être attentifs et à refuser de voir se mutualiser le parc nucléaire français au sein du marché européen de l'électricité. Seule l'action qui sera menée en ce sens retiendra notre doigt. Seul le respect sincère de nos électeurs vous préservera d'une censure.
Je suis une force qui va et jamais ne s'arrête. Tel Hernani, Dugo, avec Marine Le Pen et ses alliés de l'UDR, le Rassemblement National continuera de faire entendre la voix des Français, de plaider pour leur respect. Chers collègues, chers Français, cette force qui va, assurément, elle vient.
Merci, M. Chenu.