Serge Guérin
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Alors rien que le titre de votre livre, c'est tout un programme, quand vous dites ça rapporte, vous parlez de bien-être, d'emploi ?
- 0:33OuverteRéponse directe
L'idée de base, parce que solidarité, ça veut dire économie sociale et solidaire.
- 0:46OuverteRéponse directe
L'idée de base de votre livre, ce que vous défendez, c'est que la dépense publique étant interdite, que le retour au plein emploi étant illusoire, il faut donc aider au développement de solutions alternatives, d'initiatives citoyennes.
- 2:01ComplaisanteRéponse directe
Vous avez cette jolie formule, vous parlez du souci d'autrui comme d'une écologie mentale. C'est joli.
- 2:44OuverteRéponse directe
C'est bien gentil, mais est-ce que c'est vraiment réaliste ?
- 3:36OuverteRéponse directe
D'accord, mais tout ça existe déjà. Il y a même un ministre qui s'occupe de ce secteur. L'État, c'est déjà un accompagnateur, comme vous l'appelez de vos voeux, comme vous dites dans votre livre, un accompagnateur qui soutient déjà toutes les initiatives.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:26InvitéChiffre
« ça améliore aussi les comptes publics parce qu'on dépense moins à travers la solidarité »
- 1:09InvitéChiffre
« Il y a 9 millions de personnes qui, face à la perte d'autonomie, à la maladie, aux maladies chroniques, au grand âge »
- 1:34InvitéChiffre
« Tout ça, c'est quand même environ 10% de l'emploi déjà aujourd'hui. 2 millions et demi de gens qui travaillent dans ce secteur. »
- 1:40InvitéChiffre
« Dans certaines régions, dans certains départements, par exemple en Lausère, c'est plus de 27% de l'emploi déjà aujourd'hui. »
- 3:50InvitéFait
« heureusement qu'il y a des choses qui existent. L'État, trop souvent, au lieu d'accompagner, finalement, il crée des normes. »
Temps de parole
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Votre invité, Yves, ce matin, c'est le sociologue Serge Guérin, auteur de La Solidarité, ça existe, et en plus, ça rapporte. Ça paraîtra le 7 novembre chez Michelon. Bonjour Serge Guérin. Bonjour. Alors rien que le titre de votre livre, c'est tout un programme, quand vous dites ça rapporte, vous parlez de bien-être, d'emploi.
Oui, ça rapporte pour les personnes et ça rapporte pour la société. C'est-à-dire que globalement, ça améliore les choses pour les personnes qui le vivent et qui en profitent, mais finalement, ça améliore aussi les comptes publics parce qu'on dépense moins à travers la solidarité et puis ça améliore simplement la qualité de vie entre les personnes.
Alors l'idée de base, parce que solidarité, ça veut dire économie sociale et solidaire. Benoît Hamon va présenter un projet de loi très bientôt au Sénat, donc il va clarifier un petit peu ce périmètre de l'économie sociale et solidaire. L'idée de base de votre livre, ce que vous défendez, c'est que la dépense publique étant interdite, que le retour au plein emploi étant illusoire, il faut donc aider au développement de solutions alternatives, d'initiatives citoyennes.
Absolument. En fin de compte, il y a déjà une autre société qui se construit. Ok, l'État n'est plus trop là, donc du coup, est-ce qu'on attend ? Est-ce qu'on se plaint ? Ou est-ce qu'on fait ? Prenez l'exemple des aidants, par exemple. Il y a 9 millions de personnes qui, face à la perte d'autonomie, à la maladie, aux maladies chroniques, au grand âge, plutôt que de se dire « Ah là là, ça ne va pas, ça ne va pas, qu'est-ce que va faire l'État ? » Ils se disent « En fin de compte, je n'ai pas le choix, je vais accompagner l'autre, je vais aider l'autre personne.
» Donc il y a vraiment des millions de personnes qui, aujourd'hui, plutôt que de se dire « Ça ne va pas, c'est triste, c'est dommage », ils vont. Ça, d'un côté, c'est-à-dire les êtres humains, en quelque sorte. Et puis de l'autre côté, il y a des structures, le monde associatif, des entreprises sociales et solidaires. Tout ça, c'est quand même environ 10% de l'emploi déjà aujourd'hui. 2 millions et demi de gens qui travaillent dans ce secteur. Exactement. Donc c'est pareil, il y a 1,7 million, par exemple, dans le monde associatif. Dans certaines régions, dans certains départements, par exemple en Lausère, c'est plus de 27% de l'emploi déjà aujourd'hui.
C'est-à-dire qu'on n'est pas sur des petits éléments exotiques. C'est ce qui permet de répondre, en fin de compte, à la fois à une problématique sociale, une problématique de développement sur lequel le marché classique est incapable d'y aller, ou sur lequel l'État n'a plus envie ou n'a plus les moyens d'y aller.
Vous avez cette jolie formule, vous parlez du souci d'autrui comme d'une écologie mentale. C'est joli.
Oui, merci. L'écologie mentale, c'est une formule de Deleuze. C'est-à-dire, je vais me changer un petit peu. Par contre, je vais changer mes repères. Je vais changer ma façon de penser. Mais ça dit beaucoup. Voilà. L'écologie mentale, c'est à la fois une écologie pour moi, du coup. C'est-à-dire que ça va me faire aussi du bien. Quand je suis bénévole, quand je suis engagé dans des entreprises qui ont du sens, quand je sens à quoi sert mon activité, déjà, je suis bien plus en forme que quand je ne comprends pas pourquoi je suis là. Donc, il y a déjà un élément pour soi.
Et en plus, le fait que ça accompagne les autres, que ça améliore la situation des autres, évidemment, c'est une deuxième récréation.
Alors, on appelle ça aussi l'économie de la convivialité. Donc, cette aide aux personnes âgées, aux personnes les plus fragiles qui créent du lien social. C'est bien gentil, mais est-ce que c'est vraiment réaliste ?
Alors, est-ce que c'est réaliste de continuer comme on le fait aujourd'hui ? Est-ce que c'est réaliste d'attendre toujours qu'il y ait un problème ? Par exemple, plutôt qu'essayer d'éviter qu'il y ait un feu, on va attendre qu'il y ait le feu. Puis là, il y a les pompiers, il va y avoir des belles images. Mais parfois, si on évite les problèmes, si par exemple on fait de la prévention, si on met le paquet sur la prévention, on va éviter ensuite. Et en mettant le paquet sur la prévention, on va dépenser plus à un moment donné. Mais en fin de compte, c'est l'investissement, ça va créer des emplois et ça va éviter derrière des dépenses bien plus importantes.
Donc, moi, je me dis que le réalisme, c'est plutôt justement cette sorte d'utopie concrète d'y aller en amont, d'aider les personnes, d'accompagner les personnes. Ce n'est pas faire pour les autres, c'est faire avec les personnes. Et du coup, on change aussi complètement parce qu'on fait évoluer les gens, on leur permet aussi de construire leurs propres projets. Et finalement, plutôt qu'ils ne soient pas bien, plutôt qu'ils continuent à prendre des médicaments, plutôt qu'ils soient dans la tristesse, ils contribuent à construire leurs propres projets.
D'accord, mais tout ça existe déjà. Il y a même un ministre qui s'occupe de ce secteur. L'État, c'est déjà un accompagnateur, comme vous l'appelez de vos voeux, comme vous dites dans votre livre, un accompagnateur qui soutient déjà toutes les initiatives.
Ça existe déjà. Alors bien sûr, heureusement qu'il y a des choses qui existent. L'État, trop souvent, au lieu d'accompagner, finalement, il crée des normes. J'ai tendance à penser que moins il y a de moyens et plus il y a de normes. Et toutes ces normes-là, elles bloquent complètement l'investissement, elles bloquent complètement l'imaginaire, elles bloquent complètement l'innovation. Donc c'est d'un côté comment l'État réduit plutôt sa voilure dans tout ce qui est blocage et accompagne et donne simplement une vision globale. Ce qui nous manque, en fin de compte, c'est une vision globale. Et à partir de là, il y a toute une série d'acteurs qui se mettent en place, qui agissent.
Mais parfois, ce sont des acteurs qui sont... Tout à l'heure, Charlotte, ce matin, parlait de l'intergénération. Charline. Charline, pardon. Charline parlait d'intergénération. Mais le gros de l'intergénération, il n'est pas entre les riches. Le gros de l'intergénération, il est plutôt entre des personnes qui, à un moment donné, sont dans de telles difficultés qu'elles s'aident entre elles. Par exemple, je prends une association comme EGÉ. C'est des anciens cadres. Ces gens-là, ils vont accompagner des jeunes, par exemple, qui veulent monter leur entreprise ou des gens plus âgés qui sont en recherche d'emploi.
Et ils sont beaucoup plus efficaces du fait même qu'ils connaissent le monde de l'entreprise. Donc souvent, alors là, c'est du bénévolat. Mais évidemment, l'économie sociale et solidaire, ce sont aussi des emplois, ce sont aussi des professionnels. Et là encore, ils ont du sens et en même temps, ils connaissent les sujets. Et du coup, ils sont aussi dans une logique de coopération. C'est-à-dire que plutôt que donner la solution, ils construisent la solution avec les personnes qui en ont besoin. Merci beaucoup, Serge Guérin.
On rappelle votre livre « La solidarité, ça existe et en plus ça rapporte » le 7 novembre chez Michalon et votre blog sur le site Alternatives Économiques.