🌹 79e Congrès | Deuxième journée et discours du Premier secrétaire, Olivier Faure
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bon, chers camarades, nous allons faire un peu moins dans la poésie dans les minutes qui suivent, puisqu'on va entamer une séquence sur la France face aux changements, avec quatre intervenants qui vont se succéder de manière rythmée, avant... Non, on vote où ? Oui, c'est la présentation du scène, on ne vote pas le... Mettez-vous d'accord. Non, non, donc on ne vote pas la composition du scène, c'est les motions qui ont déterminé leur nom à travers des représentations qui ont fait l'objet déjà de plusieurs votes. Donc nous entrons dans cette dernière séquence avant le discours d'Olivier, qui est un peu contraint en termes d'horaire à cause de nos modalités d'organisation.
Donc on va tout de suite appeler la première de ces quatre intervenants qui vont se succéder. J'appelle à nous rejoindre Chloé Riedel. Et vous avez même le droit de l'applaudir avant même de l'avoir écouté. On a demandé à Chloé Riedel, qui est une des auteurs du manifeste pour l'échelle humaine. Je crois qu'il y a beaucoup de jeunes, notamment dans cette salle, qui ont participé, co-rédigé, tu pourras peut-être en citer quelques-uns, ils seront heureux de leur contribution. Elle est aussi une de ces jeunes intellectuels qui animent le débat public, notamment à gauche, depuis maintenant quelques mois.
Et on a souhaité qu'elle puisse témoigner pendant quelques minutes de sa vision de cette France face au changement. Et donc on te laisse la parole.
Merci beaucoup, Luc. Merci. Bonjour. Bonjour à toutes et à tous. Alors moi, c'est vrai que je suis un peu un pas de côté ce matin. Je ne suis pas membre du Parti socialiste et d'aucun autre parti, d'ailleurs. On m'a donné un petit badge relation extérieure. Mais vous me faites quand même l'amitié de me recevoir dans ce grand moment de la vie démocratique de votre parti, qui est le Congrès. Comme je le disais, je ne suis pas membre du Parti socialiste. Et même si j'avoue ma faute, au risque d'être totalement disqualifié à vos yeux, je n'ai pas voté non plus pour le candidat du Parti socialiste au premier tour aux élections présidentielles 2017. Pourtant, je suis ici parmi vous.
Alors pourquoi ? D'abord parce que le Parti socialiste a marqué l'histoire du progrès dans notre pays. Ensuite, parce que je parle à des gens, à des militants avec qui je partage des valeurs, qui ressentent comme moi la même indignation devant l'injustice. L'injustice qui frappe l'infirmière ou les boueurs sans qui notre vie en commun s'effondrerait en trois jours et qui pourtant gagne dix fois moins que quelqu'un qui passe sa journée à spéculer et à écrire des tableaux Excel. L'injustice qui frappe les agriculteurs, qui se lèvent toute l'année à cinq heures pour 1 200 euros par mois. L'injustice de voir notre industrie décimée par une mondialisation injuste.
L'injustice encore de l'école qui reproduit les inégalités plutôt qu'elle ne les réduit. L'injustice enfin qui nous frappe tous devant le spectacle de trois aventuriers qui dépensent des milliards d'euros pour faire dix minutes de tourisme dans l'espace et qui émettent plus en dix minutes, émettent plus de CO2 en dix minutes que dix milliards d'êtres humains dans toute leur vie. Toutes ces injustices, elles nous indignent et cette indignation nous rassemble, nous lie d'où que nous venions. Et enfin, je suis ici parmi vous sans avoir ma carte au Parti socialiste parce que je fais partie d'une génération qui s'est construite en dehors des partis politiques.
Une génération qui ne néglige pas pour autant l'importance des partis politiques, mais qui croit qu'ils n'ont pas toujours su s'adapter aux nouvelles formes d'engagement. Depuis plusieurs années, je milite avec beaucoup d'autres dans le secteur associatif, dans le monde des idées. On mène des campagnes, on porte des causes, on s'active. Il y a un sentiment de l'urgence parce que je fais partie d'une génération née à la fin du XXe siècle à laquelle on avait promis la fin de l'histoire, la démocratie, la prospérité, la stabilité. Souvenez-vous, c'était les années 1990 et on chantait « We are the world » en se tenant la main. Il reste peu de choses de cette époque.
Nous sommes la génération 1989, celle de la chute du mur de Berlin, celle de la mondialisation débridée, des débuts d'Internet et du smartphone, celle des rapports du GIEC et de l'horizon bouché. En 20 ans, notre génération a connu trois crises mondes, le 11 septembre, la crise des subprimes et récemment la pandémie de Covid. Trois crises auxquelles viennent s'ajouter le mur climatique. Trois crises qui ont douché bien de nos espérances et qui nous ont confrontés au retour tragique de l'histoire dont on nous avait dit qu'elle était finie.
Donc nous sommes nombreux ici, dans cette salle et en dehors, à être conscients de l'histoire, à avoir envie de la faire, l'histoire, plutôt que d'en subir les à-coups tragiques. Nous sommes nombreux à vouloir reprendre le contrôle de notre destin et quitte à le faire, à l'emmener vers nos utopies concrètes. Donc il y a quelques mois, et Luc le mentionnait, j'ai écrit avec 39 autres personnes. Nous étions 40 militants, intellectuels, responsables associatifs, fonctionnaires, élus locaux, et certains sont dans cette salle. Nous avons écrit un manifeste dont le titre devrait vous parler.
Il s'appelle « Le manifeste pour une échelle humaine », une référence à un de vos illustres prédécesseurs, Léon Blum, pour ne pas le nommer, qui, par ce titre, je crois, nous ramène à l'essentiel. Donc nous nous sommes rassemblés à 40, et personne n'avait d'ailleurs le même parcours, le même âge, le même horizon politique. On n'a pas vérifié les cartes à l'entrée. Et nous nous sommes dit « Repartons du début. Remettons les choses à plat. » Nous vivons un moment unique, très angoissant, mais aussi exaltant, avec l'objectif de reconquérir une vie commune et d'habiter un sol commun.
Quand on voit l'état de notre pays, la tension qui y règne, on peut se dire que l'ampleur de la tâche et les transformations qu'il nous faudra conduire pour arriver à ces objectifs ne sont pas moindres que celles que nos ancêtres avaient à entreprendre dans d'autres moments cruciaux de l'histoire de notre pays, en 1789, en 1945, en 1848 ou en 1870. Mais avant cela, avant l'action, nous devons répondre à une question. De quelle société nous voulons ? Parce que l'époque demande un nouveau projet de société. Et nous proposons dans ce manifeste un nouveau récit français pour la décennie qui s'ouvre, qui est celui d'une République française écologique et altruiste.
Et je crois que nous ne sommes pas les seuls à la vouloir et à y croire. Il y a beaucoup de nouvelles idées structurantes qui émergent pour la nourrir, cette République écologique, altruiste, dans la société, mais aussi ici, au sein du Parti socialiste. Ce sont des idées comme l'inscription du principe de la prévalence du bien commun dans la Constitution sur la propriété privée et la liberté d'entreprendre. Ce sont des propositions qui visent à limiter les écarts de salaire, des propositions encore qui concernent la garantie d'emploi.
Toutes ces propositions auxquelles votre parti réfléchit et qui montrent qu'ici, comme dehors, nous avons des idées, nous avons les ressources pour élaborer un programme de changement. Mais ces idées, il faut les mettre en récit. Et c'est fort de ce nouveau récit, de cette nouvelle perspective historique que nous devrons entamer la recomposition politique des forces du progrès au-delà des échéances électorales immédiates. C'est une œuvre qui prendra peut-être du temps, peut-être qu'elle prendra cinq ans, dix ans, vingt ans, cette recomposition politique. Mais je crois que peu importe, parce que c'est la responsabilité de notre génération.
Nous ne pouvons plus continuer à nous diviser et il faudra nécessairement créer les conditions pour se rassembler. On ne peut plus se payer le luxe d'attendre et de laisser le pouvoir dans les mains de quelques-uns qui prennent leurs décisions, souvent en fonction du sens du vent. Et je vais vous dire que moi, je viens d'un endroit, le Gard-Provençal, où le vent, il souffre toujours dans le même sens. Et je crois que nous devons tous aller dans le même sens et converger vers le même but. Je vous remercie et je remercie Olivier Faure et son équipe pour son invitation. Merci Chloé.
Nous allons maintenant accueillir l'un de nos jeunes militants, dont l'engagement est déjà ancien, conseiller municipal de Pleu-Martin, ancien ouvrier au Fonderie du Poitou, alors même que l'entreprise traversait le drame social majeur que nous savons, et dont l'engagement pour la sauvegarde de l'industrie française en est sorti encore renforcé. Merci d'accueillir Flavien Cartier.
Mes chers camarades, quel chemin parcouru depuis Aubervilliers. Depuis 2018, notre parti est en pleine renaissance, grâce au travail impulsé par Olivier Faure et par nos secrétaires nationaux, mais aussi grâce à nous, mes chers camarades. Quand en 2017, certains ont préféré céder aux sirènes macronistes, nous avons fait le choix de rester pour sauver le parti de Jaurès, notre parti. Et nous avons pris l'engagement de renouer avec les classes populaires et ouvrières. Comme un très grand nombre d'entre vous le savent, j'ai été fondeur durant 5 ans au Fonderie du Poitou.
Jusqu'au premier plan social décidé en mai 2019, je vous parle du premier plan social, car en juillet dernier, il y a eu un second plan social fatal jusqu'à la fermeture définitive de cette fonderie. En deux ans, c'est plus de 400 emplois qui ont été supprimés dans cette usine. Pourquoi ? Parce que Renaud nous a lâchement abandonnés en ne renouvelant pas ses commandes, mais aussi parce que l'État ne s'est pas une seule fois inquiété du sort des ouvriers des Fonderie du Poitou. En 2019, seul le Parti Socialiste a pris le dossier à bras-le-corps. Olivier Faure et Boris Vallaud sont les premiers élus nationaux à être venus sur le site de l'usine à la rencontre des ouvriers et des syndicats.
Suite à cette venue, des courriers ont été adressés pour alerter le gouvernement. Ils sont tous restés sans réponse. Quel mépris du gouvernement ! Merci à Olivier, merci à Boris, merci à notre président de région Alain Rousset, merci à Mickaël Vallée, Rachid Temal, Eric Kévouch, Nicole Bonnefoy et à l'ensemble des partenaires socialistes d'être également intervenus dans le dossier. Aujourd'hui, c'est la Fonderie Alu qui est au plus mal. Et sans reprise du travail en octobre prochain par un nouveau repreneur, elle finira malheureusement comme sa voisine de la fonte.
En début de semaine, Renault, oui encore Renault, a annoncé lâcher la Fonderie Alu qui pourtant a un avenir avec la voiture électrique. Alors les voitures électriques, parlons-en. Oui à la transition écologique, oui aux voitures hybrides et électriques, mais nous ne devons pas faire cette transition contre les ouvriers de l'automobile de notre pays. La transition écologique doit se faire dans la justice, mais pas sur le dos de la classe populaire. Quand allons-nous arrêter cette spirale des plans sociaux dans l'industrie ? La transition doit s'organiser. Il faut aider nos industries et nos fonderies à aller vers les métiers de demain.
Il faut dans les usines menacées de fermeture, former les ouvriers au maintien de leur salaire. Ce qui a été possible avec le chômage partiel pour sauver les emplois pendant la crise du Covid doit être prolongé aujourd'hui pour engager la transition dans nos industries et la reconversion des emplois. Je vous le demande mes camarades, Dès 2022, stoppons cette casse sociale, anticipons davantage et sauvons les emplois industriels. Pendant de trop nombreuses années, notre parti a oublié les ouvriers et les classes populaires. Depuis trois ans, Olivier reparle enfin aux ouvriers et notre projet remet le travail et l'industrie à l'honneur. Alors pour 2022, allons beaucoup plus loin mes camarades.
Continuons à aller à la rencontre des ouvriers sur leurs lieux de travail et leurs lieux de lutte. Continuons à améliorer leurs conditions de travail et dons-les à vivre mieux pour accéder à la santé, au logement, pour que leurs enfants apprennent dans de bonnes conditions à l'école. Et soyons fous mes camarades, en 2022, faisons entrer des ouvriers à l'Assemblée nationale. Alors, cher Olivier, chers camarades, continuons à être à l'écoute des attentes des Françaises et des Français. Et tous ensemble, au lesqueurs, et à la victoire en 2022 avec Annie Delgaux, fille d'un ouvrier électricien espagnol.
Il est né à Lyon, il y a 47 ans, bientôt 48. Il est secrétaire national du parti, en charge des sujets qu'il connaît bien, le logement, la politique de la ville, la rénovation urbaine. Il est l'hôte de ces lieux. Il nous accueille depuis vendredi soir. Je vous demande d'accueillir Cédric von Stivendel. Bonjour à chacune et à chacun d'entre vous, chers camarades. Merci cette matinée. Merci encore une fois à toutes celles, à tous ceux qui se sont mobilisés pour préparer, pour nous permettre de vivre ce congrès. Merci en particulier à celles et ceux qui n'ont pas compté leur temps, qui se sont mobilisés sur tous les fronts. Je crois qu'on peut encore une fois les applaudir.
Merci Hélène Geoffroy. Merci pour avoir endossé l'habilité de représenter nos sensibilités dans un moment charnière pour tous les socialistes. Je crois que nous pouvons être fiers de ce congrès, fiers pour la qualité des interventions qui se sont succédées, fiers de notre capacité à nous souvenir de ceux qui nous ont quittés, qui continuent de nous inspirer, fidèles à notre histoire, et ceux qui nous ont montré le chemin, fiers de nos liens de solidarité avec les peuples européens, avec les combattants des droits humains, où qu'ils soient, fiers également de notre capacité à débattre avec passion et à exprimer avec raison ce que nous pensons juste.
On a senti dans l'intensité des mots l'énergie qui nous anime, la force d'un engagement que nous avons mis quelque part au centre de nos vies. Nous pouvons être fiers aussi d'avoir mis sur la table nos différences pour mieux partager dès demain ceux qui nous rassemblent, nous, socialistes. Nous savons qu'il y a un temps pour tout, et celui qui s'ouvre est celui du rassemblement. Dans le fond, quel était le principal enjeu de ce congrès ? La loyauté, la fidélité. Mais quels étaient finalement nos désaccords ? Ceux du temps, ceux de l'horloge.
Ce n'est pas seulement le projet d'une motion qui a été adoptée hier, ou le projet d'un courant, c'est le projet des socialistes, celui du rendez-vous de 2022. Alors, notre désaccord sur le temps. Je ne parle pas de la météo, même si la pluie a surpris quelques-uns d'entre nous hier soir. J'en conviens, j'en conviens. Je parle du temps, du calendrier, de la montre, du sablier qui s'égrène. Comme dans une famille, nous nous sommes mis d'accord sur une date pour mieux nous retrouver. Et chacun sait que dans une famille, chacun a son propre rapport au temps. Oui, il y a un temps pour confronter nos points de vue et un temps pour regarder dans la même direction.
Oui, il y a un temps pour exprimer nos différences et un temps pour dire ce qui nous rassemble, ce qui nous ressemble. Et Hélène en a fait une forme de démonstration hier, il faut le reconnaître. Oui, il y a un temps pour la nuance et un temps pour l'unité. Il y a un temps pour soi et un temps pour le collectif. Oui, il y a un temps pour rêver et un temps pour faire. Il y a le temps des plans et celui des travaux. Nous avons eu mille fois raison de prendre le temps de décider ensemble à quel moment nous devions voter pour la candidate ou le candidat qui nous représentera à l'élection présidentielle.
Et je suis heureux que ce calendrier nous permette de nous décider avant le milieu du mois d'octobre. Chers amis, chers camarades, comprenons-nous bien. Je crois profondément, sincèrement, viscéralement à notre victoire en 2022. Mais soyons lucides. Nous sommes des outsiders. Il suffit de lire les titres de la presse chaque jour, d'écouter les accroches à la radio. Breaking news, élection présidentielle, le gouvernement multiplie les dépenses à quelques mois du scrutin. Élection présidentielle 2022, Éric Zemmour fait durer l'ambiguïté. Élection présidentielle, comment Emmanuel Macron veut affaiblir la droite pour 2022. Élection présidentielle, dans les coulisses du duel Macron-Le Pen.
Élection présidentielle, un duel Macron-Le Pen au second tour, selon un nouveau sondage. Que faut-il en retenir ? Quoi qu'il arrive, nous arrivons un outsider dans cette sélection dont la file du second tour semble être verrouillée. Les deux favoris sont connus, nous dit-on. Leurs noms sont rabâchés, étayés dans les sondages qui se succèdent. Les sondages disent beaucoup à un instant T, mais ils ne disent rien de la force et de l'énergie qui peut animer un outsider. Les sondages ne disent rien de la formidable équipe de France des élus, de la formidable équipe des militantes et militants qui pourraient être à côté d'une candidate ou d'un candidat du Parti Socialiste.
Je veux parler pour l'équipe de France des élus, des maires de Nantes, de Rennes, de Clermont-Ferrand, de Nancy, de Marseille, de Lille, de Rouen, de Montpellier, de Saint-Denis, de La Réunion. Mais je veux aussi parler de Chenauve, de Pleumartin, de Millau, d'Aurillac, de Périlleux et de Tramois. Ça, c'est un petit clin d'œil à Xavier qui est dans la salle. Et je veux également parler des départements et de nos régions. Les sondages ne disent rien des mouvements imprévisibles et des incroyables remontées. Que se passe-t-il chez nos voisins allemands ? Le SPD remonte en flèche alors qu'on disait la victoire des Verts assurée. Que s'est-il passé en Norvège la semaine dernière ?
Les élections législatives voient les forces de gauche l'emporter face aux conservateurs. Le Parti travailliste devient la clé de voûte de la nouvelle coalition. Et avant cela, que s'est-il passé en Espagne ? Domènech nous l'a rappelé hier. Les sondages ne disent rien de la manière dont nous allons faire campagne. Dans cette campagne, nous serons justes, équilibrés, percutants. Dans cette campagne, nous serons fidèles à notre histoire et tournés vers les défis auxquels nous faisons face. Dans cette campagne, même si certains sont un peu pressés, nous allons prendre le temps. Celui des idées qui ne peuvent se résumer à 280 signes.
Celui de la rencontre vraie, physique, charnelle, sensible avec les femmes et les hommes de ce pays, loin des chaux millimétrés vendus par les communicants. Celui de la réconciliation entre les membres d'un seul peuple que les marchands de haine ne cessent de vouloir dresser les uns contre les autres au seul profit des destinés personnels. Celui de l'honnêteté. Oui, les défis sont immenses. Oui, les réponses sont complexes. Mais elles existent. Et c'est le penseur de la complexité qui nous le dit, Edgar Morin. Je souhaite que les initiatives et candidatures pour les élections présidentielles utilisent pour leur projet les idées de mes livres plutôt que mon parrainage.
À bon entendeur, salut ! Dans cette campagne, nous imposerons notre style apaisé, serein, confiant, mais déterminé, radicaux, insatiables pour faire gagner la justice sociale et écologique. Dans cette campagne, chacun aura sa place. Les militantes et les militants du Parti socialiste, bien sûr, mais aussi toutes les femmes et les hommes de bonne volonté qui pensent que la politique peut changer la vie et qu'il est temps de vivre mieux. Et sauront le temps venu prendre leurs responsabilités face aux défis qui nous guettent.
Dans cette campagne, peut-être que les notions que l'on qualifiait de désuètes, de ringardes, de dépassées, solidarité, respect, nuance, scénérité, gentillesse seront au cœur, car notre pays a soif d'union et de concorde. Notre pays n'en peut plus de cette noirceur sourde qui sointe dans chaque édito politique. Chers camarades, chers amis, ce congrès doit être historique. C'est notre responsabilité. On nous disait à terre, nous sommes debout. On nous disait mort, et notre renaissance s'est faite évidence. On nous disait à bout de souffle et nous voilà dotés d'un projet riche, ambitieux. J'ai Boris en ligne de mire, donc je suis obligé de te faire, Boris, si tu m'entends.
On nous disait à bout de souffle et nous voilà dotés d'un projet riche, ambitieux, radical et furieusement déterminé à le présenter aux Françaises et aux Français, à le discuter avec eux, à leur proposer et à écrire avec eux un nouveau récit national, populaire, solidaire et fraternel. Chers amis, chers camarades, il est temps, il est temps de retrouver le chemin de la lutte victorieuse pour faire nôtre ces mots de Victor Hugo.
Ceux qui vivent sont ceux qui luttent, ceux dont un dessin ferme emplit l'âme et le front, ceux qui d'un haut destin gravissent l'approxime, ceux qui marchent pensifs épris d'un but sublime, ayant devant les yeux sans cesse nuit et jour ou quelques saints labeurs ou quelques grands amours. Notre lutte sera celle de la justice sociale et écologique. Les Français nous le demandent, notre pays en a besoin et nous sommes prêts, résolus, convaincus à en faire le combat du siècle qui commence. Vive le Parti socialiste, vive la France et vive la République.
Comme Cédric, que je remercie, elle est de cette nouvelle génération d'élus dont nous sommes très fiers. Elle est une des responsables politiques qui change le visage du Parti socialiste, qui change aussi concrètement nos territoires et qui, demain, nous en sommes sûrs, changera la vie des Françaises et des Français. Elle est la porte-parole du Parti socialiste. Elle est la maire de Nantes. Elle est la présidente de Nantes Métropole. Elle est la présidente de France urbaine. Elle est enfin, je crois, la directrice de campagne de celle qui va peut-être, sûrement, je l'espère, nous représenter à l'élection présidentielle. Je vous demande d'accueillir comme il se doit Johanna Roland.
Chers camarades, très chers Olivier, mon cher Cédric, il est où ? Il a déjà disparu, je ne vous le vois plus. Cher Cédric, un très grand merci de nous avoir accueillis ici, à Villeurbanne. Villeurbanne, symbole d'abord de l'empreinte historique de notre parti, puisque lors de notre premier congrès en 1905, déjà ici, il y avait un maire socialiste. Puis Villeurbanne, mon cher Cédric, c'est aussi le symbole du renouveau des forces de gauche, avec ta belle élection et celle de ton équipe en 2020. Oui, Cédric, tu fais partie de ces nouveaux visages dont la gauche et le pays ont besoin. Demain, le symbole de cette renaissance pour l'alternance qui viendra.
Alors, chers amis, je suis particulièrement heureuse de vous retrouver ici, ce matin, trois semaines seulement après notre université à Blois. Je le dis devant notre premier secrétaire, mon cher Olivier, très largement reconduit à la tête d'un nouveau mandat pour notre parti. Olivier, bravo et merci. Merci du fond du cœur. Merci d'avoir tenu quand les vents étaient mauvais. Merci d'avoir cru en nous. Merci d'avoir cette fierté de faire ce que nous sommes, des hommes et des femmes socialistes.
Oui, chers camarades, je crois que nous pouvons être heureux et fiers d'appartenir à un parti qui sait débattre, qui sait confronter les points de vue, qui sait donner la parole à ses militants pour décider et retenir une orientation politique. Ce congrès, il était utile, il était nécessaire pour aborder les échéances qui sont devant nous. Nous sommes dorénavant rassemblés autour d'une orientation, une équipe et un premier secrétaire. Nous sommes rassemblés autour d'un projet adopté à une large majorité.
Je veux à mon tour remercier Boris Vallaud qui, hier, à nouveau, avec le talent qu'on lui connaît, a partagé ce projet, ce projet élaboré patiemment avec Christophe Clergeau et de nombreux autres qui ont travaillé avec patience, avec ardeur pour faire mentir celles et ceux qui disent que dans les partis on ne réfléchit plus, on ne propose plus, il n'y aurait plus de fond, il n'y aurait plus de colonne vertébrale. Merci d'avoir mené ce travail. Ce projet, c'est ce qui va nous guider à partir de maintenant et jusqu'à cette grande échéance qui est devant nous, la présidentielle et les législatives.
Oui, c'est une échéance capitale, capitale pour la France, capitale pour la gauche, capitale pour notre République. Car nous sommes face aux populistes, aux Zemmouriens, aux leupénistes qui exploitent et rouvrent les plaies nationalistes pour nourrir la haine et le rejet de la différence. Nous sommes face à une droite, je devrais dire sans doute des droites, qui soit loue les vertus de l'ultralibéralisme, soit cultive elle aussi l'exclusion et la régression sociale. Alors face à cela, mes chers amis, nous portons nous les valeurs de la République, liberté, égalité, fraternité, une République sociale, une République écologique.
Face à cela, nous devons incarner l'ouverture, le progrès social et la modernité. À nous, Chloé le disait tout à l'heure, à nous d'écrire ce nouveau récit national dont la France a besoin, en portant cette vision nouvelle, assumée, renouvelée, d'une sociale-écologie qui conjugue justice sociale et écologie, au service du plus grand nombre, avec toujours au cœur cette attention pour les plus modestes et pour les plus fragiles. Un nouveau modèle qui s'écrira pour tous et qui parlera à chacun.
Même à cette France qui a perdu confiance, qui a perdu confiance en nous, ayons la lucidité de le reconnaître, qui a fini par perdre confiance en elle, cette France fragilisée par l'explosion de la précarité et de la pauvreté. Nous devons parler à cette France qui n'a parfois plus de mots pour dire la souffrance. Nous devons lui parler. C'est notre responsabilité. Pour y arriver, pour y arriver, mes chers amis, nous devons et nous pouvons nous appuyer sur les fondamentaux de la gauche, ces valeurs que nous avons en partage et qui traversent notre vision. Émancipation, dignité, Écologie, justice sociale, intérêt général, protection des plus fragiles.
Et pour y arriver, nous devons faire des propositions. Des propositions fortes pour que les jeunes qui doutent plus que jamais dans l'avenir puissent reprendre espoir pour eux remettre l'éducation au cœur de notre projet. Chers amis, assumons, assumons ce que nous sommes. Assumons que quand on est une femme ou un homme de gauche et que pendant huit jours, les éditorialistes de ce pays reparlent d'éducation, on a gagné une première manche de la bataille. Parce qu'une campagne, c'est choisir ses thèmes, c'est imposer ses thèmes, c'est refuser que la droite et l'extrême droite dictent l'agenda politique et l'agenda médiatique. L'éducation, c'est nous. L'avenir de nos enfants, c'est nous.
L'émancipation, c'est nous. La promesse républicaine pour tous les jeunes de ce pays, c'est nous. Mes chers amis, oui, pour nous y arriver, nous aurons besoin de montrer aux Françaises et aux Français que sur les sujets qui les intéressent, ceux qui les intéressent vraiment, ceux qui font leur quotidien, ceux qui font leur souffrance, mais ceux qui nourrissent aussi leurs rêves, nous serons là.
Sur tous les sujets, écologie, pouvoir d'achat, sécurité, aucun sujet interdit, aucun sujet tabou, assumons toujours tous les sujets, ne laissons rien de côté, le handicap, la petite enfance, la santé mentale, la culture, l'égalité entre les hommes et les femmes et enfin, une république plus décentralisée. Alors, mes chers amis, ce congrès que nous venons de vivre, il nous engage maintenant pleinement et totalement, il nous engage collectivement, il nous oblige aussi. Oui, il nous oblige devant toutes ces Françaises et ces Français, dans nos villes comme dans nos campagnes. Le projet pour demain, il doit être un projet pour la France, pour Paris comme pour Sainte-Gabelle.
La France, elle est diverse. Nos réponses, elles doivent être diverses. Bien sûr, que le projet pour la France, ce ne sera pas un projet pour Paris, je le dis ici devant mes amis parisiens, parce que la réalité de nos territoires fait qu'on a des grandes villes où il y a des réseaux de tramways et des métros et il y a des campagnes où il y a des innovations et des hommes et des femmes, des élus, des acteurs économiques, des acteurs culturels qui tous les jours innovent, qui tous les jours inventent. Arrêtons cette condescendance qui vise à oublier que dans les villes comme dans les campagnes, il y a des gens qui inventent et qui sont fiers d'inventer.
Oui, nous devons à ces Françaises et ces Français de proposer autre chose parce qu'ils ont hâte de tourner la page de ce quinquennat. Un quinquennat descendant. Un quinquennat écrasant. Un quinquennat qui, disons-le tout de go, confine parfois à une forme d'élitisme républicain qui, inévitablement, provoque un sentiment de dédain. Un quinquennat à l'image de la réforme de l'assurance chômage qui va être imposée aux syndicats et aux salariés à marche forcée à partir du 1er octobre. Alors oui, mes amis, levons-nous pour dire qu'un autre chemin est possible.
Ce chemin, ce projet, il sera bien entendu celui des classes populaires et des classes moyennes qui attendent que la promesse républicaine retrouve droit de cité, qui veulent aussi un avenir meilleur pour eux, pour leurs enfants et pour leurs petits-enfants. Alors soyons clairs, urgence sociale et urgence écologique, cela signifie proposition sociale et proposition écologique. Voilà le programme du concret, du concret, du concret pour répondre aux aspirations réelles des Françaises et des Français. A l'urgence climatique, répondons par un plan quinquennal clair qui nous engage pour l'avenir. A l'urgence sociale, répondons par des mesures concrètes en termes de pouvoir d'achat.
A l'urgence démocratique, répondons par un nouveau pacte qui répartit différemment les pouvoirs dans ce pays. A la défiance, répondons par l'espoir. A la peur, répondons par la confiance. C'est sur cette base que nous avons connu partout dans le pays nos plus belles victoires, aux municipales, puis aux départementales, puis aux régionales. Il n'y a pas de combat perdu ou gagné d'avance, mais il n'y a pas de victoire sans travail, il n'y a pas de victoire sans rassemblement, pas de victoire sans engagement, pas de victoire sans la conviction absolue que la victoire est possible.
Pour cela, il va nous falloir choisir une personnalité, une expérience, une histoire française, capable de rassembler autour de notre projet. Alors oui, avec d'autres, avec beaucoup, beaucoup d'autres, je crois, j'espère qu'Anne Hidalgo, fille d'immigrés espagnols, qui doit à la France un parcours singulier, un parcours ambitieux, portera bientôt le maillot de l'équipe dont la France a besoin. Dont la France a besoin pour redonner du pouvoir au territoire, pour réenchanter la démocratie.
Et tu vois, mon cher Cédric, hier soir, en nous promenant dans les rues de Villeurbanne, au cœur de ce magnifique festival de rue, preuve que la culture est partout et que la culture est grande dans ce pays, en y croisant la jeunesse de ta belle ville, je me disais que nous leur devions à eux, à elles, à cette jeunesse plurielle, de leur faire la démonstration, avec notre force de conviction, avec la rigueur de nos convictions, avec notre enthousiasme et avec notre créativité, qu'avec Anne, avec nous, avec le projet que nous porterons demain, oui, pour elle, pour eux, pour cette jeunesse plurielle, la promesse républicaine est à nouveau possible.
Alors, mes chers amis, les semaines à venir vont être déterminantes pour démultiplier notre énergie collective et cela, nous le ferons au nom de cette sociale-écologie qui fonde le projet que nous portons collectivement, pour l'avenir de la planète et garantir celui de nos enfants, pour lutter contre cette France à plusieurs vitesses, pour lutter sans relâche contre l'extrémisme, l'obscurantisme et le radicalisme. Chers amis, décliner la sociale-écologie dans un projet ambitieux au service des Français, au service de tous les Français, voilà notre raison.
Alors, portons cet optimisme collectif au-delà de ces murs, bien au-delà, pour inventer ce nouveau récit national dont la France a besoin, pour faire vivre une nouvelle république, pour faire vivre, pardon, une nouvelle promesse républicaine, pour faire renaître tout simplement le désir et l'envie dans notre pays. Merci.
Merci, merci Johanna. Quel beau congrès ce fut que ce 79e congrès de Villeurbanne. Il fut bref, mais dense. Il fut parfois rugueux, mais au fond, emprunt de bienveillance, de respect, de camaraderie. Ce fut un plaisir avec Marie Le Verne que de l'animer depuis hier matin. Cette ambiance a été aussi rendue possible. Grâce à vous tous, grâce à tous les délégués présents, aux auditeurs, aux invités, il a été aussi rendu possible grâce à celui qui, il y a trois ans, nous a promis la renaissance.
Depuis trois ans avec patience, avec détermination, glissant avec une forme de zénitude sur les attaques et les reproches, sachant travailler collectivement, faisant émerger une génération dont vous avez vu quelques très beaux visages tout au long de la journée d'hier, des visages qui n'étaient pas encore connus peut-être il y a trois ans et qui ont émergé pas seulement dans nos territoires, mais aussi dans l'organisation même de la direction de ce parti, il a su convaincre il y a quelques jours 73% des militants. Mais ce matin, ce n'est pas celui qui a su convaincre 73% des militants seulement qui va prendre la parole.
Ce matin, c'est le premier secrétaire de tous les socialistes que je vous demande d'accueillir, Olivier Faure.
Merci pour ton accueil, chers camarades de la Fédération du Rhône. Merci pour votre engagement, cher Jean-Paul Brett. Ce congrès s'était tenu dans les délais statutaires. C'est toi qui aurais accueilli après deux décennies d'un mandat bien rempli ce congrès, ce 70e même congrès du Parti Socialiste. Et je veux dire que tu as su transmettre le relais, transmettre ce que l'on a reçu. C'est ainsi que depuis un siècle, vous avez fait de cette ville un modèle. Chers camarades, Lazare Goujon, ce nom ne vous dit peut-être rien, même s'il a été cité tout à l'heure l'autre jour par Cédric.
Son buste orne la place située à quelques encablures d'ici, entre le Palais du Travail et le Théâtre National Populaire. Son nom ne vous dit peut-être rien, mais son héritage, lui, vous est connu. Le quartier des Grattes-Ciel, c'est à lui que nous le devons. C'est logements sociaux installés en plein cœur de ville, bâtis pour rendre leur dignité aux familles d'ouvriers qui s'entassaient alors au milieu des usines dans des conditions terribles, c'est lui qui les a voulues. Ces habitations où le chauffage et l'eau courante sont entrées dans la vie des familles modestes, ce qui leur a permis de vivre en meilleure santé, c'est lui, le docteur Goujon, qui les a portées.
Le pays était encore marqué par le souvenir des épidémies de choléra et de grippe espagnoles. Ces immeubles dont chaque détail a été soigneusement travaillé et qui sont des chefs-d'oeuvre d'art décoratif, c'est lui qui les a fait sortir de terre, de même que le théâtre, parce que les travailleurs ont aussi droit au beau. C'était une évidence pour tous ceux qui avaient été formés au combat de l'émancipation ouvrière. Et tout cela, Lazare Goujon l'a édifié en quatre ans à peine, entre 31 et 34, avec le concours d'un architecte autodidacte, Maurice Leroux.
Il a parachevé ce chantier contre vents et marées, trouvant des moyens financiers alors que la Grande Dépression s'installait et que les milices d'extrême droite cherchaient déjà à tirer profit du désarroi des Français pour imposer leur violence et leurs lois. Le monde entier est venu ensuite, par la suite, découvrir l'esprit des gratte-ciels et s'en inspirer. Alors oui, chers camarades, retenez ce nom. Retenez ce nom, Lazare Goujon, maire socialiste de Villeurbanne, député socialiste du Rhône, Lazare Goujon, resté fidèle à la vieille maison quand tant d'autres l'avaient désertée avec le congrès de Tours.
Lazare Goujon, resté fidèle à lui-même et à ses engagements, convaincu que l'on ne bâtit rien sans volonté et qu'il savait que l'on n'obtient rien sans forcer le destin. Lazare Goujon, oui, ce préfigurateur ce préfigurateur avec d'autres édiles du socialisme municipal, du grand tournant de 1936 et du Front Populaire. Ce moment, oui, qui a transformé l'existence des familles populaires, auxquelles on refusait jusqu'alors le droit au repos, le droit aux vacances et qui se tuait à la tâche.
Ce moment qui a imposé la semaine des 40 heures aux puissants, les congés payés, les conventions collectives de branches, ce moment qui a permis à des enfants qui n'avaient jamais vu la mer de pouvoir l'approcher pour en goûter la joie. Ce grand tournant, oui, qui d'autres ont amplifié en participant aux compromis portés par le Conseil national de la résistance en contribuant à la reconstruction de la France d'après-guerre. Et puis, depuis 80, en adoptant les cinq semaines de congés payés, en mettant en place le RMI, les 35 heures, les emplois jeunes, en permettant à ceux qui avaient un métier éprouvant de partir plus tôt à la retraite, en imposant le capital et le travail au même niveau.
Chaque fois, chaque fois, oui, chaque fois, nous avons affronté l'incrédulité, rencontré le mur des intérêts financiers, mais nous avons tenu. Nous sommes toujours les héritiers de ces moments et les dépositaires de ces combats. Pourquoi le rappeler ? Je ne le fais pas pour commémorer les gloires anciennes ou célébrer les exploits d'antan, comme si nous réunissions aujourd'hui une assemblée de vétérans. Certains d'entre nous ne résistent pas toujours à cette tentation. Ils parlent d'affirmation comme d'autres ouvriraient un musée. Ils confondent la fidélité à nos principes et le repli identitaire. La renaissance du parti avec l'édification d'un camp retranché.
Non, si je remonte la lignée de nos prédécesseurs, c'est pour rappeler que nous affirmer n'a jamais consisté à nous enfermer. Nous affirmer, c'est d'abord rappeler pour qui nous nous battons et au nom de qui nous menons ces combats. nous le faisons pour tous nos concitoyens dont la dignité est piétinée. Nous le faisons pour les groupes sociaux dont nous avons à être les interprètes pour paraphraser François Mitterrand. C'est au nom de ceux qui vivent l'injustice et qui espèrent la justice que nous nous battons. Ceux que l'autre appelle à droite, gaulois réfractaires, illettrés, assistés et invitent à traverser la rue pour trouver du boulot.
Nous affirmer, c'est accepter de nous regarder dans un miroir pour reconnaître ce que nous avons réussi et ce que nous avons raté, ce qui a été juste et ce qui ne l'était pas, ce qui a été une victoire et ce qui nous a conduits à l'échec. Qui n'a pas de passé n'a pas d'avenir, mais je le dis aussi, pas d'héritage sans inventaire. Nous affirmer, c'est agréger toutes celles et ceux qui, dans la société française, continuent de penser la gauche, de l'irriguer, d'idées nouvelles dans la fidélité aux principes posés par les communistes socialistes. Et je salue Chloé Riedel qui est venue ce matin nous parler. C'est ce que nous avons fait ces trois dernières années.
Nous avons ouvert un dialogue fécond avec toutes ces associations, tous ces clubs, think tanks, nouveaux partis constitués hors de nous, hors de nos murs parce qu'il est trouvé trop étroit. Nous avons appris à nous taire pour mieux écouter. Nous avons écouté l'activiste écologiste Camille Etienne nous inviter à nous réveiller. Nous avons entendu Hugo Huon du collectif Interurgence nous conjurer de nous mobiliser radicalement pour l'hôpital public. Nous avons rencontré Jérôme Pimot cofondateur et porte-parole du CLAP, le collectif des livreurs autonomes de plateformes.
Il nous a raconté le retour au tâcheronnage, la soumission aux algorithmes, le paiement à la pièce sans congé social ni congé payé et tant d'autres encore. Nous avons écouté et nous nous sommes ouverts aux nouvelles revendications, aux nouvelles forces qui travaillent avec la société et à la vie tout simplement. Nous avons sillonné le pays à la rencontre des Français. Je salue Flavien Cartier, ouvrier dans ces fonderies du Poitou où nous avons été le rencontrer. Nous avons été écouter, entendre leurs souffrances et leurs espoirs, découvrir ceux qui innovent sur le plan technologique comme sur le plan social.
Nous nous sommes adaptés à de nouveaux contextes, à de nouveaux enjeux pour promouvoir de nouvelles idées parce que oui, oui, les idées changent le monde. Nous avons retissé des liens avec l'ensemble de la gauche politique, syndicale, associative, intellectuelle. Nous avons lu Pierre Rosan Vallon qui nous a rappelé que les épreuves de la vie reconfiguraient aujourd'hui les rapports sociaux en profondeur. Nous avons lu Pierre Charbonnier qui nous invite aujourd'hui à repenser le lien entre démocratie et croissance, abondance et liberté face aux dérèglements climatiques. Nous avons lu Corinne Pelluchon qui nous invite à actualiser la pensée des Lumières à l'âge du vivant.
Le résultat, c'est l'adoption de notre projet au terme d'un long travail coordonné magnifiquement par Boris Vallot. Et, oui, vous pouvez l'applaudir et d'audition entamée il y a 18 mois par Isabelle Thyssen-Jean d'aller-retour avec la société civile d'amendement de nos fédérations et de nos secrétaires nationaux. Nous ne nous sommes jamais retranchés. Nous avons toujours ajouté. Vous affirmez, enfin, c'est surtout agir pour faire en sorte que les gens vivent mieux.
C'est ce que nous avons fait ces trois dernières années en bâtissant des logements sociaux, en rénovant les places pour qu'elles soient à nouveau habitables à l'heure du dérèglement climatique, en accompagnant les familles les plus modestes, les mineurs isolés, les familles monoparentales, les personnes en situation de handicap, en mettant en place la gratuité des transports en commun, en œuvrant pour des territoires à zéro chômeur de longue durée, en luttant contre les violences faites aux femmes, en rédigeant et en défendant un minimum de jeunesse, ou pour mettre en place la co-détermination au cœur de la gouvernance des entreprises.
La liste est longue et chacun me pardonnera ici de ne pas citer tous ces projets qui permettent ou permettront à chacun de vivre mieux lorsque nous reviendrons au pouvoir. Nous affirmer en un mot c'est renaître. La renaissance est un travail long, sinueux, souvent ingrat, mais l'expérience enseigne que le travail paye et il a déjà payé. Il nous a d'abord permis de renouer avec l'unité sur des enjeux qui nous avaient jusqu'alors profondément divisés. Pour la première fois depuis 2005 et le débat sur le traité constitutionnel européen, nous avons adopté un projet pour les élections européennes à l'unanimité.
Au cours de ce mandat, la majorité s'est progressivement élargie et je salue Luc Carvounas, Nora Mébarek, Laurent Baumel qui ont forgé avec nous cette nouvelle majorité. Nous avons adopté hier à l'unanimité moins les abstentions du TOA le projet socialiste le premier depuis dix ans. Notre travail nous a aussi permis de renouer avec la victoire. Nous avons retrouvé après quatre scrutins successifs notre crédibilité électorale. Nous sommes redevenus la force motrice de la gauche et de l'écologie. Cette renaissance, c'est la vôtre, c'est la nôtre, c'est le fruit d'un travail collectif.
Alors, aujourd'hui, comme je l'ai dit à Blois, comme je l'ai dit dans toutes les fédérations que j'ai traversées au cours des dernières semaines, merci, merci d'avoir tenu bon, merci d'avoir gardé la vieille maison quand tant d'autres la fuyaient ou la trahissaient, merci d'avoir maintenu la flamme quand d'autres s'échappaient avec la cendre, merci aux militants, aux secrétaires de section, aux premiers fédéraux, aux secrétaires nationaux, merci à vous tous, élus et militants, merci, merci, merci. Depuis trois ans, je me suis attelé avec la direction au mandat que vous m'avez confié, celui de mener à bien la renaissance du Parti Socialiste.
Cette tâche, disons les choses, n'est pas achevée et nous allons la poursuivre ensemble. Mais je veux vous exprimer ma gratitude et vous dire combien votre confiance exprimée jeudi soir par votre vote me touche et m'honore. Vous dire ma fierté de continuer à conduire et animer la famille politique que j'ai choisie alors que je n'avais que 17 ans. Que 17 ans. Comme vous. Les partis sont dénigrés et méprisés. Mais je demande à tous ceux qui leur font la leçon de nous expliquer comment sans eux vivrait la démocratie. Nous serions balottés au rythme d'être pseudo-providentiels sans racines et de démagogues sans vertèbres.
Et rien ne serait pire que de remplacer les partis par des clubs de supporters dirigés par des mercenaires. Alors, nous allons continuer à rénover notre parti. La gauche a besoin d'une force motrice, d'un centre de gravité parce que pour gagner les élections et exercer la responsabilité, il faut une organisation forte pour réussir au pouvoir dont l'exercice ne peut se limiter à attendre les décisions prises à l'Elysée. Il faut ancrer l'action gouvernementale dans la société. Pour réussir les grandes transformations, il faut mobiliser les citoyens et s'appuyer sur le mouvement social. à chaque fois que nous l'avons oublié, nous l'avons payé au prix fort.
Et mon rôle, notre rôle, c'est que la force et la vitalité d'un parti comme le nôtre soient un atout décisif pour faire réussir la gauche de retour au pouvoir. Pour assumer ce rôle, nous devons continuer de nous rénover dans notre fonctionnement, en nous adaptant aux nouvelles formes de l'engagement. Notre devoir, c'est de reconstruire le grand parti de l'espérance et de la justice. Une maison commune où convergent les causes, les engagements, les talents, un cœur battant de la gauche ancré dans toutes les classes sociales, dans toutes les générations, dans tous les territoires.
Une formation qui entretient un dialogue permanent avec le mouvement social et associatif qui est à l'écoute des lanceurs d'alerte et des nouveaux engagements. Oui, 50 ans, 50 ans après le congrès d'Épinay, 47 ans après les assises du socialisme, il faut à nouveau regarder autour de nous et ouvrir un nouveau cycle politique avec ceux, celles et ceux qui entendent changer la vie. Oui, oui, changer la vie, incarner cet horizon alternatif que nous avons commencé à dessiner dans nos villes, répondre à ce besoin radical d'espérer qu'éprouvent les Français. Nous avons à faire entendre les questions qui préoccupent profondément nos concitoyens, ces questions de l'époque, ces questions du siècle.
Nous avons à faire entendre à nouveau la force de la volonté parce que l'impuissance n'est que l'excuse des lâches. Pourquoi ne décrète-t-on pas la mobilisation générale contre le réchauffement climatique à l'instar des moyens mobilisés contre la Covid-19 ? Pourquoi les femmes continuent-elles à fonction identique de gagner plus de 20% de moins que leurs homologues masculins ? Pourquoi dans la cinquième puissance économique mondiale tolère-t-on encore qu'il y ait un million et demi d'enfants pauvres ? Oui, nous contestons l'ordre des choses.
Oui, nous refusons ça du coup parce que c'est le serment originel des socialistes de ne jamais se satisfaire du monde tel qu'il va sans qu'il soit possible de le discuter ou même de le contester. Je n'en peux plus de ces débats confisqués de cette interdiction de pensée. Il y a quelques jours, une candidate à l'élection présidentielle a eu l'audace de proposer que les enseignants français rattrapent les salaires de leurs homologues européens. Une candidate à l'élection présidentielle a eu cette audace de proposer que les enseignants français rattrapent le salaire de leurs homologues européens. Et aussitôt que s'est-il passé. Les apôtres de l'orthodoxie budgétaire se sont mis à aboyer.
Et la dette, madame ? Que faites-vous de la dette, madame ? Mais moi, je vais vous dire quelle est la dette la plus lourde. L'éducation coûte cher. Tous ces enfants qui décrochent, qui basculent dans la pauvreté et sollicitent aux systèmes sociaux, ceux qui sombrent dans la délai, priveront de la richesse, de leur créativité, parce que nous n'aurons pas su la libérer. Elle est là, la dette financière et morale, celle que supporteront. Il n'y a pas d'agent magique. C'est vrai. Il n'y a pas d'agent magique, mais il y a des rois de l'évasion. Et ce n'est pas du jeu. Je n'en peux plus de ce monde qui tourne à l'envers.
Ce monde où les grandes fortunes et les GAFAM fixent eux-mêmes le plafond de ce qu'ils consentent à payer. Oui, ce monde où les moyens qu'ils nous concèdent conditionnent les buts que nous devrions nous fixer. Le monde tournera à nouveau à l'endroit lorsque nous partirons des buts pour déterminer les moyens. Nous ne voulons plus d'une classe politique de repu qui capte le pouvoir sans autre désir que de l'occuper. Le pouvoir n'a de sens que pour répondre à ces questions qui continuent de nous brûler de l'intérieur, de nous tordre le ventre, de nous empêcher de dormir.
Nous refusons toutes les diversions, celles de l'extrême droite qui ont pour objet de détourner l'attention des injustices tout en divisant les Français. Nous refusons de devoir débattre sur les prénoms de nos concitoyens et d'être mis en demeure, de devoir se prononcer sur ceux qui sont français et sur ceux qui ne le seraient pas vraiment. Nous refusons les provocations de ceux qui, 40 ans après, veulent revenir sur l'abolition de la peine de mort. Oui, c'est l'abolition de la peine de mort qui est la marque d'une grande civilisation, la nôtre. Elle est là, l'identité française, dans une certaine idée de la justice.
Et j'ajoute que le retour de la guillotine dans la Cour de la Santé n'apporterait ni sécurité ni dissuasion. Nous n'avons pas oublié, cher Robert Badinter, que l'assassin Patrick Henry avait crié à mort au passage et condamné Buffet et Bontemps. Oui, les grands hommes sont ceux qui marquent leur époque en ayant le courage de ne pas céder aux humeurs de la foule et François Mitterrand était de cela. Nous refusons, chers camarades, d'entrer dans une vision paranoïaque du monde, celle de la hume du journal Causeur qui nous montre de jeunes Français dans l'innocence de leurs premiers jours déjà coupables d'opérer un grand remplacement. Parallèlement, nous refusons le mépris des libéraux.
Lorsque nous posons les questions qui importent sur les salaires trop faibles, sur le climat trop chaud, sur la démocratie malade, sur les inégalités croissantes, non, nous n'accepterons plus qu'on nous réponde que ces questions sont trop complexes pour être résolues parce que c'est plus compliqué que ça, bref, parce qu'il faut circuler car il n'y aurait rien à voir. Justement, nous voulons voir. Il y a 30 ans, Henri-Emmanueli avait déjà eu l'intuition de cette mystification.
On ne sait plus, disait-il, parce qu'on ne veut pas voir, parce qu'on ne veut plus savoir, parce que voir et savoir impliquerait que l'on s'interroge sur les causes et que s'interroger sur les causes, c'est vraisemblablement s'apprêter à les remettre en cause. Et s'il y a bien un événement qui nous a invités à tout remettre en cause, c'est la crise sanitaire. Elle a agi comme un révélateur. Et un temps, nous avons salué ces premiers de corvée, ces travailleurs de l'ombre, ceux qui se lèvent tôt le matin pour ramasser nos déchets, vous vous souvenez-vous de ce merci que vous avez scotché sur votre poubelle.
Ceux qui veillent sur les jours de nos malades, vous vous souvenez de les avoir applaudis à 20 heures. Ceux qui nous livrent jusque tard dans la nuit, vous vous souvenez-vous d'avoir loué leur courage. Et tous ceux qui nous alimentent, nous transportent, éduquent nos enfants, vous vous souvenez-vous. Oui, un instant, les yeux se sont ouverts sur ce scandale de leurs conditions. En France, et ce n'est pas seulement le cas de la France, les plus indispensables sont aussi les plus mal considérés, les plus mal payés. comme si l'utilité sociale était une valeur secondaire.
Alors, heureusement, un instant, les yeux se sont rouverts sur cette absurdité qui conduit à ce que les prédateurs soient infiniment mieux rémunérés alors qu'ils détruisent le travail, le précarisent, le délocalisent, tandis que celles et ceux qui nous réaniment, nous sauvent, nous rééduquent, le font avec pour principale rémunération la fierté d'avoir tenu le serment d'Hippocrate. Un instant, nous avons ovationné ceux qui ont tenu ce pays debout. Nous avons révisé notre échelle de valeurs et considéré que le travail pouvait être d'abord évalué en fonction de la contribution au bien commun. Eh bien, cet instant-là ne doit pas rester une parenthèse. Il faut désormais le transformer.
Ne plus accepter ce décalage entre l'utilité sociale et sa compensation salariale. La cohésion sociale tient aussi d'abord à cela, à la cohérence entre l'apport au collectif et la reconnaissance de la société. C'est pourquoi, c'est ce que nous disons dans le projet, nous convoquerons une conférence salariale qui aura pour objet de rééquilibrer l'échelle des salaires et hiérarchie sociale. Oui, il est possible d'augmenter les 5 millions de Français les plus modestement rémunérés en refusant que les 10% de salaire des plus aisés continuent de progresser trois fois plus vite que ceux des 10% les moins aisés. la crise sanitaire.
C'est aussi le moment où nos liens à l'interdépendance sont apparus au grand jour. Que vaut la liberté individuelle pourtant si fondamentale lorsqu'elle devient une menace pour soi, pour ses proches, pour ses voisins, ses collègues, ceux avec lesquels nous partageons les transports en commun ? Nous avons tous accepté des contraintes inédites un temps pour protéger les autres. Ceux qui se croyaient forts ont pris conscience qu'ils pouvaient être emportés comme les autres et que les moyens mis en commun pour les protéger avaient du sens et de la vertu.
Un instant, les yeux se sont ouverts sur ces interdépendances qui rendaient nos vulnérabilités tangibles, mais nous prouvaient aussi qu'en mettant les choses en commun, nous avions la capacité d'agir. Un instant, les yeux se sont ouverts sur cette absurdité qui conduit à faire de l'individualisme et de l'égoïsme le moteur de la société française, de son progrès, de son développement, alors qu'il pousse à écraser les plus faibles, à annexer chaque espace de gratuité dans le grand marché et à détruire la planète. Nous avons vu qu'il y avait un chemin pour préférer l'émancipation à l'individualisme, la coopération à la concurrence.
Et oui, cet instant-là non plus ne doit pas rester une parenthèse. Lui aussi doit être transformé, ne plus accepter le mépris des plus fragiles en les rendant coupables de leur vulnérabilité. La cohésion sociale tient aussi à cela. La cohérence entre la liberté et la solidarité. C'est pourquoi nous voulons une société qui retrouve le sens du collectif et l'esprit du commun. Retrouver l'esprit du commun, c'est assumer de généraliser la vaccination en l'en rendant obligatoire. Retrouver l'esprit du commun, c'est accompagner les enfants de leurs premiers jours jusqu'à leurs premiers pas de parents et ne pas laisser sans ressources un jeune de 18 ans sous prétexte qu'il est majeur.
Il existe un minimum vieillesse. Nous créerons un minimum jeunesse. Retrouver l'esprit du commun, c'est porter attention à l'ensemble du vivant en investissant massivement dans la transition écologique et dans la protection de la biodiversité et préserver notre avenir de l'appétit des prédateurs. Retrouver l'esprit du commun, c'est mettre en place un ISF vert pour répartir équitablement les efforts que demandera le passage à une économie décarbonée pour en faire aussi l'opportunité de vivre mieux.
Retrouver l'esprit du commun, c'est exiger la solidarité de ceux qui traversent les crises en s'enrichissant tandis que tous les autres ne recueillent aucun bénéfice y compris lorsque la croissance repart. Retrouver l'esprit du commun, c'est refuser le cynisme de ceux qui construisent leur fortune sur les malheurs du monde, c'est lever les brevets des vaccins au profit de ces pays où l'accès à l'immunité est rendu impossible par des tarifs prohibitifs. Oui, c'est possible ! Avec la crise sanitaire, le retour de la puissance publique s'est imposé comme une évidence. Mais, mais, il y a toujours un mais. rien n'assure que demain, ce retour profitera à la justice et à l'intérêt général.
Rien ne la garantira tant que la puissance publique se résumera au désir de toute puissance d'un seul. Ce dont je veux parler, c'est de la manière de gouverner, de la pratique du pouvoir. Le Parlement tenu à distance, les camps intermédiaires effacés, les élus locaux snobés, certains ont vu en cette manière de gouverner un gage d'efficacité. Il faudrait aller vite, toujours plus vite, sans s'interroger sur la direction dans laquelle on va. Moi, j'y vois un danger immense pour la vie démocratique et une perte en réalité d'efficacité. Cette pratique du pouvoir ne s'est pas seulement imposée avec la crise. Elle a commencé dès le premier jour du quinquennat macronien.
Dès le premier jour, le président n'a eu de cesse d'attiser les conflits en même temps qu'il affaiblissait un à un tous les espaces où se régulent les tensions inhérentes à la décision collective. Et non, il n'est pas sain que le pouvoir actuel laisse dégénérer tous les mouvements en transformant la police républicaine en garde prétorienne chargée de tenir face au peuple français. Non, ça n'est pas sain. Lorsque la conversation démocratique s'interrompt, ce sont les frustrations, c'est la rage puis la haine qui remplace le débat. Et c'est la fracture qui s'ouvre.
La concentration du pouvoir, c'est aussi celle économique de ces multinationales qui s'assoient volontiers sur les règles et les lois des pays dans lesquels elles sont implantées, en particulier lorsqu'il faut délocaliser ou payer des impôts quand elles ne prétendent pas les dictées. Peut-on sérieusement continuer de nous dire qu'il n'y a aucun problème de concentration du pouvoir ? Oui, ce pouvoir, il est temps de le partager. Parce que c'est la condition pour qu'il soit au service de la justice. Alors, nous le partagerons, nous le partagerons dans nos entreprises avec la co-détermination, en généralisant la participation des administrateurs salariés à leur gouvernance.
Nous le partagerons entre l'État, les collectivités qui ont prouvé sous notre responsabilité qu'elles pouvaient changer la vie des gens et l'Europe qui doit à la fois approfondir sa démocratisation et avoir les moyens de son action pour investir dans la transition écologique, n'est-ce pas Sylvie ? Le juste échange et la justice sociale, nous le partagerons aussi entre les femmes et les hommes en allant jusqu'au bout de la parité, en nous fixant l'objectif de l'égalité salariale à la fin du prochain quinquennat.
Et nous le partagerons avec tous pour que chacun puisse avoir son mot à dire dans la décision collective, faire en sorte que chaque voix compte, nous mettrons en place le droit d'amendement citoyen et nous faciliterons les refrains d'hommes d'initiatives citoyennes. Et pour que chacun retrouve du pouvoir sur sa vie, nous lutterons sans jamais transiger contre les discriminations. Parce que discriminer un individu selon sa couleur de peau, son lieu de résidence, son orientation sexuelle ou sa religion, c'est non seulement piétiner sa dignité, mais c'est aussi le privé de son pouvoir de bâtir et de choisir librement son destin. et c'est inacceptable.
La condition de tout cela, le socle non négociable, le cadre fondamental dans lequel notre projet pourra se déployer, c'est l'universalisme républicain. J'entends certains qui le condamnent parce qu'il serait trop formel, indifférent à l'égalité réelle. Mais c'est confondre les faits inaccomplis et une valeur à faire advenir, c'est confondre le chemin et le but. D'autres lui reprochent son ethnocentrisme. L'universalisme serait l'instrument de la domination occidentale sur le reste du monde. Mais c'est absurde ! L'algèbre n'est pas né en Occident, mais il est pourtant devenu universel.
Et les femmes d'Afghanistan n'ont pas moins le droit que les autres d'être libres parce qu'elles sont désormais sur la tutelle des talibans. Oui, nous refusons d'essentialiser des individus en fonction de leurs origines, leur genre ou leur orientation sexuelle. Oui, nous refusons d'enfermer les êtres humains dans un statut irrévocable de coupable ou de victime. Être aveugle à la couleur, ce n'est pas être aveugle à la discrimination. C'est même tout l'inverse. C'est parce que nous sommes républicains que nous combattons les discriminations à l'embauche et au logement. C'est parce que nous sommes républicains que nous combattons la préférence nationale.
Cela ne signifie pas que les appartenances n'existent pas. Cela ne signifie pas que nous sommes hermétiques aux apports des études qui montrent à quel point les discriminations s'entrecroisent et même se cumulent. Cela signifie que la vie publique n'a pas à reconnaître les citoyens en fonction de leurs appartenances à telle ou telle communauté, mais simplement à les traiter à égalité du seul fait de leur commune citoyenneté, de notre commune humanité. et c'est le fils d'une mère vietnamienne et d'un père français qui vous le dit.
C'est l'enfant qui a fait ses premiers pas sur l'île de la Réunion et c'est le député d'une circonscription métissée, oui, métissée dans un département, métissée dans une France, métissée qui vous le dit. C'est ça, la puissance de la République et c'est autour de sa promesse que nous voulons nous rassembler et c'est sa promesse que nous voulons tenir car nous voulons la République jusqu'au bout, une République laïque, sociale, écologiste et féministe. Ces quelques axes du projet que nous avons composés et adoptés ensemble et que je viens de rappeler ce matin n'épuisent pas toutes les questions auxquelles nous avons cherché à répondre. Il y en a bien d'autres.
Et nous les aborderons dans nos textes. Et je vous invite à partager et à faire partager l'horizon alternatif que nous portons. Car, oui, chers camarades, l'heure est à l'engagement. Je sais que beaucoup chercheront à vous décourager. Je sais que l'on tentera d'instiller en vous le doute. Je sais que l'on répétera que cette mission est impossible. On vous présentera des sondages défavorables. alors même que depuis 50 ans, ils n'ont jamais pu prédire en septembre qui serait le président en mai. Un jour, ils nous expliqueront que nous n'avons pas assez d'ambition pour le pays. Le lendemain, que nous en avons trop. Eh bien, qu'ils parlent de nous.
Qu'ils parlent de nous encore parce que nous sommes la surprise de cette échéance. Parce que nous sommes prêts. Parce que nous sommes... parce que nous ne nous limitons pas à des slogans, mais que nous posons des solutions pour notre pays. Nous avons les idées claires et notre volonté est intacte. Nous venons d'adopter un projet qui doit vivre au sein de notre parti, être approprié, porté par les militants, continuer à être débattu avec les acteurs de la société et du mouvement social. Bien sûr, ce projet devra nourrir notre programme pour le quinquennat qui vient.
nous prolongeons notre travail avec notre candidat ou notre candidate et ceux qui se joindront à nous pour construire ensemble l'alternative qu'attend le pays. Dans quelques jours, ce sont les militants du Parti socialiste qui décideront de l'identité de celle ou celui que nous soutiendrons pour l'élection présidentielle. Et le choix qui sera opéré sera ensuite celui de tous les socialistes. Ce moment sera important. Il donnera une légitimité, un appui, un socle à notre candidat. Nous entrerons alors en campagne et je viendrai la faire avec vous. Et nous irons là où plus personne ne va. Nous renouerons le dialogue avec ceux à qui plus personne ne parle.
Nous écouterons ce que plus personne n'entend. Nous ferons une campagne comme nous n'en avons plus jamais fait, plus fait depuis longtemps. Nous occuperons les préaux, les places des villages. Nous ferons vivre la République et nous ferons à nouveau vibrer l'âme démocratique. Ce sera difficile. Personne ne vous dira le contraire. Nous aurons à faire face à de nouvelles haies chaque jour. Mais c'est pour ce moment-là aussi que nous sommes restés pour convaincre à nouveau, redonner une espérance. Nous n'avons pas de rente à gérer. Nous n'avons que des convictions à défendre. Dans chaque élection présidentielle, une offre est apparue et elle a créé la surprise.
Lionel Jospin, en 1995, était annoncé comme éliminé dès le premier tour et il en est ressorti premier. Edouard Balladur, nommé président par les sondages jusqu'au mois de mars, n'a pas passé le premier tour. Jacques Chirac, revenu du diable Vauvert, l'a finalement emporté après avoir réalisé moins de 20% au premier tour. Alors, je vous le dis, dès lors que nos compatriotes seront entrés dans l'élection présidentielle, il n'y aura plus de sortants ou de challengers désignés. Il y aura des compétiteurs sur la même ligne de départ pendant cinq ans.
L'attention des Français se focalise toujours sur l'action de l'exécutif et de sa majorité, c'est-à-dire sur ceux dont la fonction a un impact potentiel sur leur quotidien. Les oppositions prennent date souvent dans une indifférence polie et préparent dans le silence l'alternance. Chaque année, le titre de meilleur opposant est décerné à l'opposition la plus radicale. Mais, au début de l'année prochaine, le débat changera de nature. Il ne s'agira plus d'attendre la décision du Conseil de défense du jeudi soir. Il ne s'agira plus seulement d'exprimer une colère ou une exaspération. Non, à ce moment-là, les Français chercheront non plus le meilleur opposant, mais le meilleur proposant.
et dans ce registre-là, je prétends que nous sommes prêts à relever le gant. Je prétends que nous avons appris de nos erreurs, réfléchir sur notre projet et que nous avons déjà une équipe de France, des maires, des présidents de région et de départements, mais aussi des responsables du Parti socialiste et de parlementaires. Cette équipe est ouverte. Elle ne demande d'allégeance à personne. Elle a vocation à s'élargir à toutes les forces politiques, à tous les mouvements citoyens, à toutes les femmes et à tous les hommes qui partagent le même horizon, la même volonté, le même désir d'une République sociale et écologique.
La gauche se présente aujourd'hui fragmentée au suffrage de nos concitoyens. On la suspecte même déjà de faire l'impasse sur 2022 et de préparer l'échéance suivante. Quelle triste aberration. On ne fait pas de la politique sur des calculs médiocres sans soi-même devenir médiocre. J'ai, en votre nom, tendu la main à nos partenaires, à chacune des quatre dernières échéances électorales. Nous avons fait la démonstration de notre volonté de faire bloc avec d'autres sans prétention hégémonique. Nous avons fait le choix même de se tenir à des candidats qui n'étaient pas issus de notre famille politique. chaque fois que nous estimions qu'ils étaient plus aptes que nous à l'emporter.
Notre loyauté, notre sens de la responsabilité ne sont pas discutables. Nous attendons en retour le même exercice de raison et que les résultats électoraux respectifs de nos formations servent de critères pour déterminer qui conduira nos forces réunies à la victoire. sans cet esprit de responsabilité et de rassemblement. Nos espoirs de victoire à la présidentielle comme aux législatives s'amenuisent forcément mécaniquement. Aucun d'entre nous ne pourra gouverner seul. Mais surtout, seul, aucun d'entre nous ne gouvernera. L'enjeu est bien là et tout le monde le sait.
Pour gagner et transformer ce pays, la gauche et l'écologie doivent se rassembler et construire dans la société une mobilisation, une espérance sociale, une dynamique collective et citoyenne sans lesquelles aucune victoire n'est possible, aucune réussite au pouvoir n'est possible, aucun changement d'envergure n'est possible. Qui osera encore dire que la période exige la résolution urgente de crises écologiques, sociales, sanitaires, démocratiques et en même temps refuser l'obstacle faire comme si la priorité était de se compter et non de répondre aux crises et aux souffrances, de répondre aux attentes des citoyens.
La seule option conforme à ce que nous portons en commun, c'est de refuser la fatalité d'un second tour qui opposerait à nouveau les libéraux à l'extrême droite. La seule option conforme à ce que nous portons en commun, c'est le rassemblement. Je n'ai pas changé d'avis. Il y a à gauche une force motrice, le Parti Socialiste. La responsabilité nous revient de proposer une candidature pour gagner cette élection présidentielle. Mais il n'y a à gauche aucune force hégémonique.
Nous proposons une coalition dans le respect de chacun entre des familles politiques aux identités spécifiques et qui, malgré leurs différences, s'accordent sur une candidature à l'élection présidentielle des candidatures aux législatives pour porter ensemble un accord de législature. Ma raison, comme mes tripes, se refuse à laisser libres les démons de la division. Car à un moment, il faut savoir ce que l'on veut. Voulez-vous vraiment continuer avec Darmanin, Blanquer, Le Maire ? Ils étaient là, déjà là, sous Nicolas Sarkozy. Avec eux, ce n'est pas le nouveau monde, c'est le retour à l'ancien régime. Voulez-vous vraiment les remplacer par Le Pen, Zemmour, Ménard et Dupont-Aignan ?
Nous avons déjà vu où conduit le national-populisme de Trump, Bolsonaro ou Orban. Moi, je vous fais une proposition qu'on les remplace par des Carole Delga, des Johanna Roland, des Nathalia Perret, des Cécile L, des Nadège Azaz, des Valérie Rabault, des Erika Barreitz, des... Et j'en oublie tellement. Je rassure l'autre moitié de la salle, ceux qui s'inquiètent déjà, oui, il y aura aussi des hommes à parité, mais cela fait des siècles que c'est toujours par eux que l'on commence et moi, ce matin, je suis venu vous dire que le temps des femmes est venu. Mes amis, mes camarades, c'est à une femme en particulier que je voudrais adresser mes mots en conclusion. Quelle femme ?
Il y a celle à laquelle vous pensez, mais je suis Premier secrétaire et pour l'instant, je ne peux rien vous en dire. Il y a un vote militant et évidemment, ils sont l'arbitre ultime. Vous êtes l'arbitre ultime. Ce matin, la femme à laquelle, je pense, s'appelle Nassima, elle nous avait écrit à nous, socialistes, en 2018. je vous en avais parlé à Aubervilliers il y a trois ans lors de la clôture de notre congrès. Nassima avait pris la plume pour nous dire toute sa peine et son désarroi et même, je la cite, son dégoût de nous, son sentiment d'appartenir à un désert entre Macron et Mélenchon, son impression d'être orpheline de notre gauche, capable d'articuler indignation et solution.
Nassima, je ne connais pas grand-chose. L'âge et le prénom. Elle a aujourd'hui 36 ans. Peut-être a-t-elle des enfants qu'elle emmène le matin à l'école avant de partir au travail. Sans doute a-t-elle traversé les confinements dans des conditions difficiles comme beaucoup, jonglant entre télétravail et vie de famille. Peut-être a-t-elle fait les courses pour une voisine isolée. sans doute a-t-elle signé des pétitions au marché pour le climat contre les violences faites aux femmes, peut-être occupé un rond-point. Je ne sais pas. Mais, au fond de moi, ce que je sais, c'est que sa soif de justice et son attente de voir la France changer sont demeurées intactes.
Et ce que je veux lui dire ce matin, c'est que ses mots m'ont accompagné pendant ces trois ans. Ils ont été mon fil rouge, mon fil d'Ariane pour retrouver notre chemin. Nous avons œuvré sans relâche à bâtir une alternative. Nous avons recommencé à construire parce que nos fondations sont solides. Et c'est pour cela que nous sommes restés à un moment où l'opportunisme aurait pu nous conduire partout ailleurs. Nous sommes restés pour ce moment, ce moment où tout recommence. Et maintenant, Nassima, nous avons besoin de toi. Nous avons besoin de toi comme toutes celles et ceux qui pensent qu'il est temps de vivre mieux.
Ensemble, si tu viens, nous édifierons ces nouveaux gratte-ciels à l'image de ceux qu'a voulu la jargouzon pour Villeurbanne. Je sais que tu penses qu'il y a des déceptions à attendre pour ceux qui rêvent trop fort. Alors, je veux te réciter ainsi qu'à vous tous ces quelques phrases de l'essayiste Eduardo Galeano. L'utopie est à l'horizon. Je m'avance de deux pas. Elle recule de deux pas. Quelle que soit la distance parcourue, jamais je ne l'atteindrai. Alors, à quoi sert l'utopie ? À cela. Elle sert à avancer. Eh bien, chaque camarade, reprenons notre pas et justement, avançons. Vive la gauche, vive le socialisme, vive la République
et vive la France ! m'apprentissage. Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada Sous-titrage Société Radio-Canada en la chambre
Olivier Faure