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interviewSUDRADIO· 6 juin 2026 11 min

La crise du logement est-elle toujours d'actualité en Ile-de-France ?

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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Voilà, de retour sur le plateau de Sud Radio. On est ravis d'être avec vous. Passez un bon week-end. On a délocalisé notre plateau ici au Salon des Mères d'Ile-de-France. Et justement, c'est l'heure de recevoir notre grande invité qui est avec nous. Il nous fait l'honneur d'être parmi nous. Stéphane Baudet, bonjour. Bonjour. Stéphane Baudet, vous êtes le maire de Évry-Courcouronne, président de l'Association des Mères d'Ile-de-France. Vous avez aujourd'hui une vision de l'ensemble de votre territoire qui vous donne, grâce à votre fonction de l'AMIF, une vision aussi sur toutes les préoccupations de vos collègues. Moi, j'ai envie de vous poser une question simple.

On est dans une très grave crise du logement, Stéphane, vous le savez. C'est presque désespérant. Est-ce qu'aujourd'hui, les maires ont le pouvoir, peuvent-ils avoir le pouvoir de résoudre cette grave crise du logement en France ?

0:47
Invité politique

Ça leur est rendu, évidemment, de plus en plus difficile. D'abord, bonjour à tous, bien sûr, pardon, parce que pour construire du logement, il faut avoir du foncier. Il faut avoir une acceptabilité des habitants. Il faut avoir accessoirement les moyens de créer éventuellement les services publics qui vont permettre d'accueillir convenablement les populations. Quand je dis ça, je nous renvoie au débat que nous avons sur votre plateau tous les ans à l'occasion du salon. On le voit, par exemple, cette année, on avait lutté et obtenu l'an dernier une prime pour les maires bâtisseurs.

Elle servait justement à éventuellement surdoter les collectivités qui construisent beaucoup pour construire les bâtiments publics qui sont nécessaires pour accompagner les populations nouvelles. Cette prime a été, une fois de plus, annulée cette année. Donc oui, d'une certaine manière, les maires peuvent en avoir la volonté. Est-ce qu'ils en ont le pouvoir ou la faculté financière ? C'est évidemment de plus en plus difficile, surtout en région Île-de-France, surtout parce que c'est un enjeu majeur de transition écologique et sociale.

Quand on vous impose le ZAN, qui est parfaitement légitime sur les terres agricoles, et que de facto on vous demande de reconstruire la ville sur la ville pour densifier la ville, c'est-à-dire sur des secteurs qui sont plus chers, qui sont parfois déjà construits. Il faut déconstruire, dépolluer, ce qui rend la construction encore plus chère.

2:02
Présentateur

Bref, on voit bien que c'est encore plus difficile. Stéphane, quand on interroge vos collègues, effectivement, ils nous disent tous la même chose. Il y a effectivement la hausse des coûts de construction pour les promoteurs qui réduit considérablement leur marge de manœuvre. Absence de foncier, difficultés sur le marché immobilier avec des contraintes réglementaires. Je peux même aller jusqu'à l'inflation normative réglementaire qui pèse lourdement sur vous aussi, les maires. Pourquoi c'est plus compliqué ? Ah, carrément devant la caméra, mais c'est pas grave. On est dans le salon. Merci, c'est sympa. Revenez la semaine prochaine.

Alors, Stéphane, pourquoi on est sur ce goulot d'étranglement parce que très franchement, quand on voit la façon dont on vous impose la norme, on se dit, mais c'est plus possible, quand on est maire, de faire face aux demandes. Parce que je sais ce que vous faites. Vous recevez vos administrés tous les vendredis à l'hôtel de ville ou tous les jours qui viennent désespérer pour un logement. Vous le savez, ça ? Ah bah oui, j'ai 6500 demandes de logements à Éric-Courcourne

2:57
Invité politique

pour 300 logements qui se libèrent par an. Donc la pression, elle s'accentue. Comment on fait ? En tout cas, nous, on essaye. On essaye de trouver des partenaires. On essaye de trouver de nouvelles voies de financement. Ce qu'on sait, c'est qu'au-delà du fait que ça coûte plus cher, ce que vous avez indiqué, il faut aussi indiquer que la création d'un projet, la réalisation d'un projet est quasiment doublée dans le temps par rapport à avant. Ça compte aussi.

C'est-à-dire qu'entre le moment où vous décidez de construire des logements et le moment où vous le livrez, vous êtes maintenant sur 4 à 5 ans quand vraiment les feux sont ouverts, ce qui devient complètement délirant dans un pays où on dit qu'il manque un à 2 millions d'logements, dans lequel le foyer familial a complètement éclaté. J'ai une dernière statistique à Éric-Courcourne. Vous voyez, elle a 48 heures. Voilà, je l'ai, je vous la livre. Sur mes 6 500 demandes de logements à Éric-Courcourne, j'ai 55 % de familles monoparentales avec, à minima, 3 enfants.

3:45
Présentateur

Pas où ?

3:46
Invité politique

Waouh. La réalité sociale aujourd'hui en Ile-de-France, dans une ville-préfecture à 35 km de Paris. Donc évidemment, les maires sont très lucides sur la nécessité de construire. Je crois qu'on est quand même un certain nombre à avoir démontré que le vieux paradigme maire-bâtisseur, maire-battu n'est pas forcément vrai puisqu'on est encore là pour beaucoup d'entre nous, même si on a livré beaucoup de logements. Mais oui, c'est de toute évidence de plus en plus difficile, d'autant qu'en Ile-de-France, en dehors, évidemment, Paris et la question des résidences secondaires, nous, notre marge de manœuvre, elle est finalement très très faite puisqu'on n'a pas de logements vides. C'est très clair.

4:21
Présentateur

C'est très clair. Justement, les maires sont en première ligne face aux difficultés du logement. Dans un instant, justement, après la pause, on va essayer de débaucher peut-être des solutions concrètes pour sortir le pays de l'ornière de cette crise du logement à l'aube d'une élection présidentielle qui va être majeure dans notre pays. On va se retrouver dans un instant. On reste ensemble. Vous êtes dans Parlons Imo, votre radio sur Sud Radio. Votre émission sur Sud Radio. Plus exactement, on va dire des choses comme ça. Basile, votre application de recherche immobilière présente Sud Radio. Parlons Imo, Sylvain Lévy-Valancy.

Et voilà, de retour sur le plateau de Sud Radio pour votre émission Parlons Imo tous les samedis 12h-13h. On parle de votre immobilier et de votre logement, les amis. Voilà, on est toujours accompagné de notre grand invité qui nous fait l'honneur d'être parmi nous. Merci Stéphane Bodet de venir sur le plateau de Sud Radio. On va s'interroger ensuite avec vous, Grégoire, sur vivre bien dans une maison saine. Oui, Sylvain, on verra ensemble. Pourquoi on se sent bien dans certaines maisons, mais pas dans d'autres ? Eh bien voilà, nous sommes de retour sur le plateau de Sud Radio.

Je le rappelle, Stéphane Bodet, vous êtes président de l'association des maires d'Île-de-France et vous êtes également maire d'Evry-Courcouronne. Les Français veulent davantage de logements, ça, c'est très clair. Mais il y a un paradoxe. Dès qu'il y a une grue en face de chez eux ou qu'il y a des projets de construction, hop, les recours et ils ne sont pas contents. Ce n'est pas un paradoxe. Les mêmes Français qui, le vendredi, demandent...

5:43
Invité politique

Oui, mais ça, ça a toujours existé. Vous savez, moi, je suis maire d'une ville nouvelle, c'est-à-dire une ville où, quand les gens sont arrivés en 1972, 73, 74, 75, ils avaient un plan d'aménagement qui leur indiquait que cette ville ferait 300 000 habitants et qu'autour de chez eux, on allait construire. Une fois qu'ils emménageaient, j'ai des photos incroyables de 1972 en noir et blanc, une fois qu'on avait construit chez eux, ils manifestaient pour qu'on arrête de construire au bout de leur jardin. Ça, ça a, pour le coup, toujours existé, et surtout si celui qui est dans son logement, en plus propriétaire occupant, n'a pas besoin lui-même de logement.

Donc il y a une forme d'inadéquation entre celui qui voit se construire et celui qui a besoin d'un logement. La réalité, c'est l'explosion de la cellule familiale. La réalité, c'est qu'on n'a pas assez construit ces dernières années. La réalité, c'est qu'il y a une distorsion très, très forte entre des besoins de logement très forts en Ile-de-France où on a quand même une démographie positive de plus de 40 000 à 50 000 habitants par an en Ile-de-France, dans une région qui a déjà quasiment presque 13 millions d'habitants. Donc c'est considérable.

On a 200 000 mouvements à l'intérieur de la région, mais on a quasiment 50 000 personnes nouvelles qui viennent s'agréger chaque année par rapport à des territoires en France où il y a du logement qui est vide. Quand on fait des statistiques, celles et ceux qui ne veulent pas construire de logement nous disent « Mais du logement, il y en a en France, il n'y a pas besoin d'en construire. » Oui, très bien, mais allez accepter d'aller habiter dans la Creuse plutôt qu'en région parisienne.

7:03
Présentateur

Là, vous parlez de certains technocrates qui sont bien tranquilles là où ils sont. Quand on leur pose la question, ils disent « Attendez, les courbes démontrent qu'il y a une dénatalité dans le pays, ce qui est vrai. » Oui, mais alors ça, la question de dénatalité, ils sont très sympathiques tous.

7:20
Invité politique

Moi, on peut m'expliquer qu'il y aura moins d'habitants en France en 2050. Moi, je suis maire d'une ville où les gens sont dans la merde et attendent un logement demain matin. Et demain matin, c'est 2026, c'est pas 2050. Ils auront eu 150 millions de chances de mourir, d'avoir des enfants, de changer de pays, de déménager ou que sais-je encore. La question, c'est comment on règle la situation sociale des vrais gens aujourd'hui.

7:41
Présentateur

Bien sûr, bien sûr. Alors justement, Stéphane, on parle beaucoup de transformation de bureaux en logement, avec les vacances, notamment en Ile-de-France. Question, alors juste comme ça, est-ce que c'est une solution ou c'est un mythe ? C'est surestimé. Et les centres-villes, centres-bours, ont-ils un rôle à jouer dans la relance du logement ? Franchement.

7:56
Invité politique

Sur la question de la transformation des locaux de bureaux, les locaux existent. Si vous prenez le centre-ville d'Evry-Courcouronne, ville préfecture de l'Essonne, on a des bureaux années 80, années 70, complètement obsolètes, qui ne seront plus jamais du bureau en centre-ville. Mais entre le propriétaire foncier ou du bâtiment de bureau, qui évidemment attend un prix digne de son bâtiment, le coût de réhabilitation, qui est parfois au-dessus du coût de reconstruction du neuf.

sa transformation nécessiterait des modèles économiques ou des modèles de financement qui, aujourd'hui, clairement, n'existent pas, notamment dans les zones tendues ou les zones populaires, où on n'a pas la charge foncière qui permet de dégager suffisamment de bénéfices pour aller dans ces opérations. C'est assez mécanique.

8:38
Présentateur

Mais Stéphane Baudet, est-ce qu'on peut faire concilier, finalement, la transition écologique et environnementale qu'on a nécessairement besoin dans les villes, avec notamment les problématiques de ressources énergétiques et le besoin urgent de logement ? Est-ce qu'on peut se poser cette question ?

8:54
Invité politique

Non, mais se poser la question, c'est une bonne chose. Oui, on peut le faire. Mais il faut des moyens pour le faire. Je sais bien que je répète toujours la même chose. Ça fait 25 ans que je suis maire. D'ailleurs, quand j'étais élu à 25 ans, on pensait que les villes étaient pauvres. Je pense qu'on était très riches à l'époque, vu où on est arrivé 25 ans après. Mais tout ceci, c'est une question mécanique de moyens. Encore une fois, il nous faut aujourd'hui, c'est pour nos populations, pour nos enfants, pour ma petite-fille, il nous faut construire le pays de demain dans les contingences des transitions que l'on est en train de vivre.

Donc que l'on se dise qu'on sanctifie, qu'on sanctuarise, plutôt que sanctifier d'ailleurs, pardon, qu'on sanctuarise des terres agricoles. Oui, il faut le faire. Qu'on continue à construire du logement et à densifier la ville sur la ville, tout en apportant le verdissement, les oasis de verdure, etc., etc. Oui, il faut le faire. Il faut le faire parce qu'on vient s'adosser à des services publics existants, évidemment, du coup, on fait un peu d'économie sur les charges connexes à la construction du logement. Mais encore une fois, on le fait sur du foncier plus cher, sur des terres plus chères, sur une nécessité de mettre des investissements complémentaires.

Et comme dans le même temps où on a cette forme d'inclinaison un peu naturelle, un peu urgente même, on continue petit à petit de nous baisser nos dotations. Alors on nous baisse nos dotations, on nous enlève notre autonomie fiscale et financière, on nous fait passer par des appels à projets qui passent maintenant dans les mains des préfets, qui nous permettent de toucher de l'argent, que si on rentre dans les fourches codines politiques imposées par des gouvernements, ce qui, en matière d'autonomie, pose quand même une vraie question, parce que c'est notre réalité.

Donc on voit bien qu'au bout d'un moment, tout ceci finit par ne plus fonctionner et ne nous donne pas les moyens de repartir à l'initiative.

10:32
Présentateur

C'est très clair. Justement, vous allez rester avec nous parce qu'on a une grande question à vous poser. En fin d'émission, on pose toujours un débat avec une parole libre et qui circule justement librement pour pouvoir échanger sur le rôle majeur des maires. Merci Stéphane Baudet. Je rappelle que vous êtes le maire d'Éricourt-Coronnes, président de l'association des maires d'Île-de-France. Il est temps, mes amis, de parler maintenant de la qualité de l'air dans votre logement.

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