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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 29 septembre 2025 5 min

Marine Issartel : "L'alimentation, c'est le premier sacrifice que font les étudiants quand ils ont un manque d'argent"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h21. Avoir un petit boulot ne suffit plus. Pour joindre les deux bouts, les étudiants sont bien souvent obligés de sauter un repas ou de renoncer à se soigner. Certains abrèchent carrément leurs études. C'est ce que confirme la dernière enquête de Copin, une association qui lutte contre la précarité étudiante. Et je reçois ce matin sa directrice du plaidoyer. Bonjour, Marie-Nissartel. Bonjour. C'est une enquête que vous avez commandée à l'IFOP et année après année, le constat reste le même. Il n'y a vraiment aucune amélioration ?

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Nadège Issartel

Non, non. C'est le même constat depuis 5 ans, le même constat depuis 3 ans, depuis qu'on sort le baromètre. Le constat elle-même, la réalité de la précarité étudiante, elle est durable, elle n'est pas symptomatique aux crises. Comme on a pu le croire au début, la réalité c'est que ça s'inscrit dans la vie quotidienne des jeunes. La précarité étudiante a plein d'incidence sur la vie étudiante.

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Présentateur

Et d'abord sur les repas, je le disais, deux tiers des étudiants déclarent avoir déjà sauté un repas. Donc même un repas au Resto U, c'est trop cher ? Oui, oui, c'est combien en moyenne ?

1:07
Nadège Issartel

C'est 3,30 euros. Un repas, c'est toujours pas passé à 1 euro. Ça doit encore passer au Sénat.

1:14
Présentateur

Le repas à 1 euro pour les plus démunis, ça n'existe pas ?

1:18
Nadège Issartel

Pour les boursiers. Voilà, pour les boursiers. Mais sinon, pour tout le monde, c'est pas encore en place. C'est pas encore en place. Et justement, il faut que ça passe. Parce que ça pêche pour énormément de personnes, énormément d'étudiants. L'alimentation, c'est la première variable d'ajustement. C'est le premier sacrifice que font les étudiants quand ils ont un manque d'argent.

1:36
Présentateur

C'est-à-dire qu'on paye d'abord son loyer, son hébergement, son logement. Ça, c'est évidemment vital. Oui. Et après, on se débrouille avec ce qui reste, c'est ça ?

1:43
Nadège Issartel

C'est ça, oui. Les étudiants, ils sautent des repas, comme vous l'avez dit. Ensuite, le logement, il y a aussi le stress de payer les charges à temps. Ça, c'est une source d'angoisse et d'inquiétude. Et ensuite, vu qu'on n'a pas d'argent pour se nourrir, il y a aussi le fait qu'on n'a pas d'argent pour avoir un loisir, pour sortir avec ses amis. Et ça augmente l'isolement social, on l'a bien vu. Il y a énormément d'étudiants qui ne peuvent pas sortir avec leur père. Et ça touche la santé mentale.

2:12
Présentateur

Dans votre étude, la moitié des étudiants interrogés disent se sentir seuls. Vos bénéficiaires, est-ce que vous savez qui ils sont ? Parce que je sais que vous aidez, en gros, tous les étudiants qu'ils demandent. Vous ne vérifiez rien du tout, ni les critères de revenus, ni rien. Mais est-ce que vous savez quand même qui fait appel à vous ? Est-ce que ce sont des gens boursiers ? Est-ce que ce sont des étudiants lambda ?

2:30
Nadège Issartel

Qui ? Les étudiants, on a beaucoup d'étudiants étrangers. On a 75% de nos bénéficiaires qui ne sont pas bénéficiaires de la bourse. Donc c'est significatif. Des gens qui n'ont pas d'aide. Qui n'ont pas d'aide. Qui n'ont aucune d'aide. Et il y en a plus de 90% qui sont boursiers à échelon 0, 0 bis. Donc ça montre qu'il faut aussi une revalorisation et un élargissement du système de la bourse. Ça marche, la bourse. Il y en a beaucoup qui sont aidés. C'est super. Mais il faut pouvoir aider encore plus de personnes. Parce que ce n'est pas parce que nos parents rentrent dans certains critères que forcément, ils peuvent nous donner de l'argent.

Il y a plein de situations familiales où ce n'est pas le cas.

3:11
Présentateur

Donc élargir les critères pour les bourses, rendre accessibles les repas à 1 euro au resto U pour tout le monde. Alors ça, ce sont les mesures que vous souhaitez avoir mises en place. Mais il y a quand même aussi pas mal de mesures qui existent aujourd'hui. Et c'est ce que vous dites régulièrement au sein de l'association Copain. C'est qu'il y a un problème d'information. C'est qu'il y a beaucoup d'étudiants qui ne savent même pas que ça existe

3:31
Nadège Issartel

et qui donc n'en bénéficient pas, faute d'information. C'est ça. Il y a moins d'un étudiant sur deux qui se dit suffisamment informé à propos des dispositifs disponibles.

3:40
Présentateur

Quoi par exemple ?

3:41
Nadège Issartel

Ça peut être les aides financières, les aides juridiques surtout. Ça peut être les aides pour le logement. C'est quand même très large. Au-delà d'un souci de communication, c'est que souvent, c'est des démarches trop lourdes. Des démarches trop lourdes, c'est souvent opaque. On ne sait pas trop comment faire et saturé. Et ça, c'est quand on parle français, quand on maîtrise la langue française. Et donc, c'est d'autant plus compliqué pour les étudiants étrangers. Et il y a beaucoup d'étudiants aussi qui n'osent pas pousser la porte du Crouse par fierté peut-être ? Par fierté, par honte surtout. Et c'est pour ça que nous, à Copain, on est là, on sourit, on rigole, on les tutoie.

Il y a de la musique pour briser ce tabou-là alors qu'on ne devrait pas l'avoir.

4:25
Présentateur

Et vous ne faites pas d'ailleurs que de la distribution alimentaire. Vous organisez aussi des friperies solidaires, des ateliers de cuisine, des sorties culturelles ou sportives. Les loisirs, le futile peut-être, entre guillemets, aux yeux de certains. Mais ça compte, c'est hyper important pour justement la sociabilisation de tous ces étudiants.

4:41
Nadège Issartel

C'est hyper important d'avoir un semblant de vie normale. Je mets des guillemets. C'est important parce que comme ça, on ne se sent pas en décalage avec les autres étudiants qui peuvent le faire. Et surtout, ça renforce la convivialité et on pallie à ça avec Copain.

5:01
Présentateur

Merci beaucoup, Marie-Dissartel, directrice du plaidoyer chez Copain. Et je rappelle ce chiffre marquant de votre dernière étude. Deux tiers des étudiants qui déclarent avoir déjà sauté un repas faute d'argent. Merci, vous étiez l'invité du 5-7.

Marine Issartel : "L'alimentation, c'est le premier sacrifice que font les étudiants quand ils ont un manque d'argent" — Nadège Issartel · Pourquijevote