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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 14 janvier 2025 40 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalDéfenseImmigration & asileInstitutions & élections

Macron : mais pourquoi insulte-t-il toujours les africains ?

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:37ComplaisanteRéponse directe

    Nous avons proposé aux chefs d'État africains de réorganiser notre présence.

  • 1:01OuverteRéponse directe

    Les propos de Macron ont été violemment contestés au Sénégal et au Tchad.

  • 1:30OuverteRéponse directe

    Je crois qu'on a oublié de nous dire merci.

  • 2:35OuverteRéponse directe

    Un grand nombre d'analyses et d'annonces d'Emmanuel Macron ont été masquées par les polémiques.

  • 4:16OuverteRéponse directe

    La France a-t-elle raté sa décolonisation ?

  • 5:25OuverteRéponse directe

    Pourquoi un problème récurrent dans les interventions de Macron sur l'Afrique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:32PrésentateurFait
    « Nous avons proposé aux chefs d'État africains de réorganiser notre présence. Comme on est très polis, on leur a laissé la primauté de l'annonce. »
  • 0:47PrésentateurFait
    « Et parfois, il a fallu les pousser. »
  • 0:55PrésentateurFait
    « Je peux vous dire que dans bien de ces pays, on ne voulait pas enlever l'armée française ou même la réorganiser. »
  • 1:30PrésentateurFait
    « Je crois qu'on a oublié de nous dire merci. »
  • 1:32PrésentateurFait
    « Ce n'est pas grave, ça me viendra avec le temps. »
  • 1:43PrésentateurFait
    « Aucun d'entre eux ne serait aujourd'hui avec un pays souverain si l'armée française ne s'était pas déployée dans cette région. »
  • 21:13PrésentateurFait
    « Des ordres, des démocraties menacées par la remise en cause de leur promesse de prospérité, d'ascension sociale, de partage du progrès, est directement attaquée par des puissances de déstabilisation. »
  • 28:10PrésentateurFait
    « La France a été elle-même attaquée par des ingérences inacceptables dans la plupart de ses territoires ultramarins et tout particulièrement en Nouvelle-Calédonie ces derniers mois par l'Azerbaïdjan. »
  • 28:30PrésentateurFait
    « Voilà, disons, si on nous avait dit que le propriétaire d'un des plus grands réseaux sociaux du monde soutiendrait une nouvelle internationale réactionnaire et interviendrait directement dans les élections y compris en Allemagne, qui l'aurait imaginé ? »
  • 21:49PrésentateurFait
    « Nous ne sommes pas à un moment de décroissance des investissements dans le réseau diplomatique. »
  • 21:59PrésentateurChiffre
    « Depuis 7 ans, nous avons investi dans la diplomatie, relevé le budget du ministère, du nombre des emplois. »
  • 24:02InvitéFait
    « Il dit qu'il a investi. Oui, mais c'est inexact. »
  • 25:55InvitéChiffre
    « Il ne faut pas oublier que la France est intervenue militairement plus de 50 fois en Afrique depuis les indépendances. »
  • 36:16InvitéFait
    « Les avis du pouvoir israélien prononcent les noms des otages israéliens, mais n'a quasiment aucun mot pour les dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants tués par l'armée israélienne en Palestine. »
  • 36:52InvitéFait
    « La Cour internationale de justice, dans sa sagesse, avait parlé de risque génocidaire, mais on voit que ce risque, il est passé du potentiel au réel. »

Temps de parole

  • Invité75 %
  • Invité 218 %
  • Présentateur7 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Une fois de plus, Emmanuel Macron a traqué, a incarné jusqu'à la caricature, la fameuse arrogance française. C'est ce que l'on retiendra de la conférence des ambassadeurs qui a eu lieu le 6 janvier 2025 à Paris, une conférence des ambassadeurs à la suite de laquelle une quasi-crise diplomatique s'est ouverte avec deux pays africains. En cause, les propos du président français sur la décision prise par ces pays, après le Niger, le Burkina Faso et le Mali, de mettre à la porte l'armée française. Mais en gros, Emmanuel Macron a expliqué que c'est la France qui a voulu réorganiser le dispositif et a juste eu l'élégance de le faire dire aux dirigeants africains.

0:37
Présentateur

Nous avons proposé aux chefs d'État africains de réorganiser notre présence. Comme on est très polis, on leur a laissé la primauté de l'annonce. Et vous ne trompez pas, c'est nous qui l'avons. Et parfois, il a fallu les pousser. Mais pas parce qu'on est polis et corrects et qu'on se réorganise nous-mêmes, qu'il faudrait que ce soit retourné contre nous en disant qu'ils sont chassés d'Afrique. Je peux vous dire que dans bien de ces pays, on ne voulait pas enlever l'armée française ou même la réorganiser.

1:01
Invité

Les propos de Macron ont été violemment contestés au Sénégal et au Tchad. Le chef de la diplomatie tchadienne parle d'une attitude, je cite, « méprisante à l'égard de l'Afrique et des Africains ». Quant au Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, il écrit sur le réseau social X que la France, je cite, « n'a ni la capacité ni la légitimité pour assurer à l'Afrique sa sécurité et sa souveraineté » sur fond de retrait annoncés des troupes françaises de plusieurs pays d'Afrique. D'autant plus que pour faire bonne mesure, Emmanuel Macron a qualifié ses homologues africains d'ingrats.

1:30
Présentateur

Je crois qu'on a oublié de nous dire merci. Ce n'est pas grave, ça me viendra avec le temps. L'ingratitude, je suis bien placé pour le savoir, c'est une maladie non transmissible à l'homme. Et je le dis, pour tous les gouvernants africains qui n'ont pas eu le courage vis-à-vis de leurs opinions publiques de le porter, « aucun d'entre eux ne serait aujourd'hui avec un pays souverain si l'armée française ne s'était pas déployée dans cette région ».

1:49
Invité

Mais au-delà de ce bad buzz, Emmanuel Macron a également fait une sorte de point d'étape de la diplomatie française et évoqué sa conception des relations internationales qui le voient comme une sorte d'arène de plus en plus violente, faite d'une confrontation avec des ennemis de la démocratie, au sein de laquelle il n'est pas rentable, il n'est plus rentable en tout cas de jouer aux bons élèves, aux naïfs de service. Pour faire un petit débrief, j'ai la chance d'avoir à mes côtés Bertrand Baddy, professeur émérite à Sciences Po, auteur de nombreux ouvrages dont « Le dernier est l'art de la paix » paru chez Flammarion.

« C'est l'heure du monde » n'a pas de centre, sa chronique internationale sur le média. Bonjour Bertrand. Bonjour Théophile. Alors, un grand nombre d'analyses et d'annonces d'Emmanuel Macron lors de la dernière conférence des ambassadeurs ont été plus ou moins masqués par les polémiques occasionnées par ses propos sur les dirigeants africains. Et on a envie de dire « business as usual » car le président français se lâche beaucoup sur les sujets internationaux et en particulier sur l'Afrique. Oui. Alors, le paradoxe, c'est qu'il se lâche beaucoup, mais il ne lâche rien.

Je veux dire par là que ce que l'on attend chaque année du chef de l'État, c'est qu'il recadre la politique étrangère française. pensons qu'il n'y a pas eu de politique étrangère française inventée et définie depuis le début de la Ve République. Le général de Gaulle a donné le ton de ce qui est apparu dans un premier temps comme la politique d'indépendance nationale, comme cette tentative de se distinguer dans un monde bipolaire, lequel n'existe plus. Ensuite, ce modèle a été pérennisé, à peine amendé. C'est ce qui a donné lieu au gaulot-mitterrandisme. Et ensuite de quoi ?

On a assisté à tout un jeu de bricolage qui n'a jamais voulu tenir compte de la nouveauté du monde auquel nous appartenons aujourd'hui. Et le grand paradoxe, la grande faiblesse, la grande faiblesse et la grande fragilité de la politique étrangère française, comme je le concède de beaucoup de politiques étrangères occidentales, c'est la cécité. C'est-à-dire de refuser de voir le monde. Un monde décolonisé, un monde mondialisé, un monde globalisé, un monde dans lequel de plus en plus les enjeux sociaux, les souffrances sociales sont au centre des problématiques internationales.

Et face à ça, on nous oppose le vieux monde, celui du Congrès de Vienne, j'aurais tendance à dire, mais disons celui des deux guerres mondiales et encore un peu de la guerre froide, c'est-à-dire celui des rapports de force que l'on vient aggraver en disant, en plus de ça, il y a le terrorisme, les dictatures, les violences de toute nature dont nous sommes les victimes, dont nous sommes les victimes. Mais il n'y a rien pour recentrer, recentrer la France, mais on pourrait dire encore une fois la même chose, de bon nombre d'États occidentaux dans ce monde globalisé.

Le jour où la France reconnaîtra la réalité de la dimension mondiale des relations internationales, je crois que ça ira beaucoup mieux. Justement, pourquoi il y a un problème récurrent dans les interventions d'Emmanuel Macron à propos de l'Afrique ? Parce que je crois que l'Afrique est au centre même de cette transformation que je soulignais, c'est-à-dire d'abord l'Afrique est le produit de la décolonisation. On n'a jamais voulu tirer les leçons de la décolonisation. Il ne faut pas, bien entendu, sous-estimer les mérites du général de Gaulle, mais il faut voir l'ambiance de la décolonisation du temps du général de Gaulle.

Lorsque Pierre Messmer, gouverneur du Cameroun, faisait valoir que le modèle colonial ne fonctionne plus, donc il faut trouver un autre modèle pour pérenniser la présence française. C'était ça la doctrine. Et ce qu'on a appelé la communauté, formule qui a été assez vite abandonnée, mais était là pour montrer que ce qui allait advenir après les indépendances devait être dominé encore par le modèle hégémonique français.

Et un de mes amis gabonais m'avait montré une fois cette lettre de Michel Debray à Léomba, dans laquelle le premier ministre français de l'époque disait au nouveau président gabonais « C'est pas parce que vous êtes indépendant qu'il faut vous imaginer que vous pourrez faire ce que vous voulez ». Ce qui est quand même extraordinairement révélateur. Eh bien, d'un certain point de vue, ça n'a jamais été interrompu. Lorsque Mitterrand est arrivé au pouvoir et Jean-Pierre Cotte, ministre de la Coopération, il fallait changer. Et puis très vite, on est revenu à la norme. Et nonobstant le discours de la Baule, il n'y a rien eu de véritablement changé.

Et ensuite, avec la présidence Chirac, puis Sarkozy et Hollande, on a retrouvé les mêmes variantes. Et quand on voit l'esprit de Barkhane, on s'aperçoit qu'il appartient toujours à cette culture de la tutelle, de la protection. Et ce qui nous amène à penser une chose quand même un peu lourde, un peu dure, c'est que de toutes les anciennes puissances coloniales, la France est le pays qui se distingue pour avoir le plus à rater sa décolonisation. Et elle le paye très cher aujourd'hui. La Grande-Bretagne, il y a longtemps que la Grande-Bretagne n'a plus de base militaire en Afrique. Et ne parlons pas des autres puissances coloniales, la Belgique, l'Espagne, le Portugal.

Même si le Portugal a connu une décolonisation difficile, le temps colonial est derrière lui. La France, ce n'est pas le cas. Alors, est-ce que justement, ce qui est gênant, parce qu'Emmanuel Macron a dit, en gros, si on veut le traduire, c'est un réajustement de politique néocoloniale auquel nous assistons là, et non une rupture, et les chefs d'État africains montent à leur peuple en surjouant la rupture. C'est un peu ce qu'il a dit, parce que finalement, la France a à chaque fois réajusté sa politique.

La conférence de Brazzaville en 1946, après la Deuxième Guerre mondiale, et puis la communauté, et puis les accords de coopération en 1958-1960, la coopération, et puis après des opérations militaires sous l'égide de l'ONU, sous Chirac, etc. Globalement, il y a toujours eu des réajustements. Et là, quelque part, les opinions publiques africaines posent pour une rupture, et Emmanuel Macron, peut-être qu'il est mal à l'aise, il a peur d'apparaître comme le président sous lequel la France a irréversiblement reculé sur le continent africain. Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de cet ordre-là ?

Oui, il y a quelque chose de cet ordre-là, et j'ajouterais un concept qui a joué un rôle très très important, en cela qu'il a été mal construit, qui est celui de développement. C'est-à-dire, le mot clé, pour comprendre les rapports franco-africains, c'était le mot développement. Et c'est en cela que la colonisation était censée garder une connotation positive, c'est-à-dire, ça a été l'amorce du développement. Combien de fois j'ai entendu cette phrase, tout ce qu'on leur a apporté, etc., etc.

Mais rappelle-toi comment, à propos de l'Algérie, une fois, le même Macron avait dit « mais l'Algérie n'était pas une nation avant d'être colonisée par la France », ce qui, quand même, est assez étonnant. Et là, il dit que les CP africains n'existeraient plus si la France était... Exactement ! Et de même, rappelle-toi cet échange un peu dur avec le président congolais Tshisekedi, lorsque Macron avait ouvertement moqué le mode électoral africain en expliquant qu'il n'avait pas atteint le niveau de développement qui lui permettait d'accéder à la démocratie.

Et Tshisekedi, de lui répondre « alors, quand il y a des fraudes aux États-Unis ou en France ou ailleurs, est-ce que c'est une affaire de sous-développement ? » Bon, il y a toujours cette constante qui consiste à dire « nous sommes dans la verticalité, et tant que vous ne vous serez pas, par notre aide, hissés à notre niveau, il ne pourra pas y avoir un partenariat au sens fort du terme, c'est-à-dire au sens de la parité. » Et ça, c'est quelque chose qui est typiquement français. Il ne faut pas oublier que cette culture de la verticalité, elle a marqué... Y compris à l'intérieur du pays. Alors oui, mais ça, c'est encore autre chose.

Mais ce que je veux dire, c'est que la France, de tous les pays européens, puis ensuite euro-américains ou occidentaux, s'est toujours distinguée par cette obsession qui est que la raison universelle a été inventée au siècle des Lumières en France, et que donc, la France est une sorte de pays élu, élu par la raison, non pas par Dieu, mais par la raison... La raison avec R majuscule. Avec R majuscule, ce qui faisait dire à Jules Ferry que le rôle des races supérieures est d'éduquer les races inférieures, ce qui est quand même une phrase terrible qui a été contrée à l'époque par un Clémenceau, qui n'est pas pour autant un islamo-gauchiste avant la lettre, n'est-ce pas ?

Mais qui avait dit, attendez, on ne peut pas poser le prême en ces termes, mais il reste que c'est Jules Ferry qui avait gagné. Et non seulement Jules Ferry a initié le temps colonial, mais il a initié ce que l'on oublie, le temps de la verticalité, c'est-à-dire cette lecture sincère. Ces gens sont convaincus probablement que la France a quelque chose à apporter au monde, et en particulier à l'Afrique précarée, domaine réservé de la France. Moyennant quoi, Jules Ferry a fini au Panthéon. Et c'est effrayant de penser que cet homme fait partie des grands hommes glorifiés par la République aujourd'hui. – Mais quand même, on a envie de dire, un président ne devrait pas dire cela.

C'est-à-dire qu'effectivement, il y a tout ce cadre avec tous ces présidents, mais Macron, et c'est quand même celui qui dit le plus grand nombre de choses qu'on ne devrait pas dire. On se souvient de ses propos sur la climatisation que devait réparer l'ancien président, il y a quelque chose peut-être aussi de générationnel. Peut-être que ceux d'avant, ayant conscience du fait colonial, camouflaient leurs arrières-pensées dominatrices, et que là, en fait, c'est open bar, on peut dire ce qu'on pense. Ou alors, puisqu'on est devenu faible, on se réalise par les énormités qu'on peut dire. – Alors ça, c'est un aspect.

Il y a un autre aspect quand même, sur lequel je voudrais dire un mot, c'est que Macron n'a pas la médaille d'or dans le domaine, il a la médaille d'argent. La médaille d'or, c'est Trump, quand même. C'est-à-dire Trump se permet de dire des choses que Macron n'a pas encore atteintes. Mais derrière cette comparaison entre ces deux personnages contemporains, il y a quelque chose qui m'interpelle. À savoir que de plus en plus, en politique et en relations internationales, qui était pourtant le dernier bastion qui est en train de disparaître. – Des bonnes manières, on va dire. – Oui, des bonnes manières. D'ailleurs, la diplomatie, c'est ça.

On peut avoir une politique étrangère agressive, mais la diplomatie ne doit pas l'être. Elle doit être respectueuse, protocolaire, etc. Mais derrière cela, il y a quelque chose qu'il faut suivre de très près, c'est que l'impuissance conduit à la rhétorique. Quand on ne peut pas faire, on dit et on parle. Et effectivement, cette inflation du verbe, et d'un verbe qui souvent fait mal, tient à l'incapacité, à l'impuissance. Moi, je vois un peu, à rebours de ce que disent les commentaires les plus répandus, que cette espèce d'inflation rhétorique et insultante que l'on observe dans la bouche de M. Trump, c'est aussi l'expression de la nouvelle impuissance américaine.

Il faut quand même voir, je le répète à chaque une de nos émissions, que les États-Unis ont été battus dans toute leur guerre depuis 1945, sauf celle sous mandat des Nations Unies, bien entendu. Mais il faut voir l'humiliation d'un Anthony Blinken qui est allé douze fois au Proche-Orient et qui n'a pas été une seule fois réellement écouté par quiconque. Donc, on voit bien comment l'hégémonie, qui correspond à des siècles d'histoire des relations internationales, quelle fut l'hégémonie française, puis britannique, puis américaine, l'hégémonie est de plus en plus mise en échec quand on ne peut pas. Qu'est-ce qu'on fait ? On cause.

Et on nous explique que Trump est un matamor, que Macron est une sorte d'hyper-volontariste de la scène internationale. Mais moi, j'aurais plutôt l'interprétation inverse. Ce verbe musclé est là pour masquer une impuissance croissante. Et les revers subis par Macron en Afrique depuis quelques années et dont les derniers tableaux sont le Niger de juillet 2023 à l'an passé, mais aussi le revers sénégalais, le revers tchadien, peut-être maintenant le revers ivoirien, sans parler du Mali, du Burkina Faso, sans parler de l'Algérie aussi. Ça fait quand même beaucoup. Et ça fait système, du coup. Ça veut dire qu'il y a un problème dans la gestion de la post-colonialité. Ça fait système intense.

C'est-à-dire l'intensité de la crise n'a rien à voir avec les crises qu'on a pu connaître parce qu'il y en a eu d'autres depuis ses coutourées jusqu'à aujourd'hui. Mais est-ce que véritablement, le gouvernement du Verbe n'est pas la dernière planche de salut lorsque toute une politique s'écroule ? Et c'est un peu la même chose dans les relations avec la Russie de Poutine. C'est un peu la même chose dans les relations avec les États-Unis. C'est même un peu la même chose et de plus en plus dans les relations intra-européennes, où les divisions sont de plus en plus accusées, et où la seule façon de gérer ces divisions, ça va être la parlotte.

Alors, peut-être que Macron précipite justement la fin de toute chose, si on peut dire, parce que son attitude méprisante est une sorte d'incitation paradoxale à l'émancipation, y compris pour des dirigeants plutôt conciliants. Les dirigeants ivoiriens étaient très mal à l'aise, ils ont dit qu'ils ne commenteraient pas, parce que d'une certaine manière, ils sont montrés du doigt.

Eux qui, justement, sur la politique de baisse des effectifs français, ont joué un peu le jeu, en pleine allée électorale, finalement, le point sur la table d'Alassane Ouattara, disant qu'il n'y aurait plus de trou française cette année, il est ridiculisé, d'autant plus qu'il a l'âge d'être le père d'Emmanuel Macron, et à un moment donné, même ces gens se rebifferont. Oui, mais parce que, Théophile, je crois que nous sommes à la croisée de deux phénomènes, de deux paramètres extrêmement importants que la diplomatie française n'a jamais voulu regarder en face. Le premier paramètre, c'est celui de l'humiliation passée, c'est-à-dire la culture de l'humilier.

Et, effectivement, ce genre de propos, c'est tout ce qui va le plus mettre en relief cette humiliation passée et la réveiller. C'est, en fait, le propos que tenait le gouverneur colonial du temps de l'AEF et de l'AOF. Et puis, il y a un deuxième élément, moi, qui est devenu tout à fait central dans mes travaux, dans mes recherches, qui est, il faut voir que notre monde actuel est dominé par une gigantesque bataille de sens. Pendant des siècles, les relations internationales, elles étaient monoculturelles.

C'est-à-dire, quand il y avait des querelles entre monarques européens, ces gens étaient cousins entre eux, ils se comprenaient, ils parlaient la même langue, ils avaient la même religion, ils partageaient la même histoire. Donc, il n'y avait pas de bataille de sens. Ce que la décolonisation et cette mondialité, je ne dis pas mondialisation, cette mondialité ont pu produire, c'est justement une gigantesque bataille de sens. Parce que les histoires qui se confondent aujourd'hui dans un monde unique, elles sont extrêmement diversifiées.

Et la compréhension que les uns et les autres ont des relations internationales sont extrêmement divergentes, sont très différentes à Pékin, à Nchamena, à Damas, à Washington ou à Moscou. Et donc, l'art de la... Alors moi, j'ai traité de ça dans l'art de la paix, mais on peut dire plus modestement l'art de la diplomatie, c'est l'effort de comprendre l'autre. Ça ne veut pas dire l'approuver, ça ne veut pas dire s'aligner sur lui, ça ne veut même pas dire l'excuser quand il fait des bêtises. Ça veut dire d'abord de le comprendre. L'histoire longue européenne n'a jamais favorisé l'éclosion de cet esprit de compréhension.

Parce qu'il n'y avait rien à comprendre chez l'autre, il pensait comme moi, simplement il fallait débusquer sa stratégie et s'adapter un peu comme dans un jeu d'échecs, convenablement, à la stratégie de l'adversaire. Mais maintenant, il s'agit de comprendre l'autre. Moi, je me rappelle, j'étais à N'Djaména le premier jour de la guerre russo-ukrainienne. Et j'ai vu que mes collègues tchadiens me donnaient un descriptif de cet événement que nous vivions communément, qui était tout à fait différent du mien, ou tout à fait différent de ce que l'on entendait dans les universités européennes.

Il faut tenir compte du fait que l'autre ne perçoit pas les choses de la même façon que moi, même si ces choses sont objectivement identiques. Et il faut aussi continuer ce travail de découverte de l'autre en se demandant qu'est-ce que l'autre pense de moi et comment l'autre imagine que je le pense, que je le conçois. Il y a ce travail de modestie. Macron nous dit que la diplomatie française doit être exemplaire. Moi, je dis qu'il faudrait surtout qu'elle soit modeste. Modeste, c'est-à-dire accepter l'autre. De manière générale, Emmanuel Macron s'en est pris à ceux qui accuseraient la France de s'effondrer.

Il a évoqué des investissements massifs dans le réseau des ambassades, mais aussi dans la diplomatie d'influence, la fameuse guerre informationnelle, et dans les budgets militaires en écoute.

21:22
Présentateur

Durant ces dernières années, nous avons aussi renforcé nos atouts, consenti des efforts importants de la nation pour renforcer notre présence diplomatique et militaire. Et je sais la volonté du Premier ministre de continuer celui-ci et de s'engager résolument dans cette voie. Investissement dans notre diplomatie. Moi, j'entends tous les pourfendeurs de la France qui seraient en train de s'effacer, de s'effondrer. Que n'ont-ils, quand ils étaient aux affaires, défendu un budget au moins à la hauteur de celui que vous avez aujourd'hui ? Nous ne sommes pas à un moment de décroissance des investissements dans le réseau diplomatique.

Depuis 7 ans, nous avons investi dans la diplomatie, relevé le budget du ministère, du nombre des emplois, je l'évoquais les dernières, de nos contributions volontaires aux organisations internationales. Nous avons lancé un agenda de transformation pour adapter nos moyens aux défis du temps, avec un vrai changement des méthodes, un effort important en termes de communication, d'information, d'influence, absolument indispensable et qu'il faut poursuivre.

22:21
Invité

Alors Emmanuel Macron n'a pas toujours eu les meilleures relations du monde avec les diplomates français. Pourquoi ? Et est-ce qu'ils seront sensibles à se plaidoyer en forme de bilan flatteur pour lui-même ? D'abord, mets-toi à la place de personnes que l'on a supprimées. Macron passera dans l'histoire comme étant celui qui a supprimé le corps diplomatique. Bon, ça ne crée pas forcément de la sympathie au sein de ce corps et on l'entend. Je suis, de par mon travail, souvent en contact avec des diplomates français qui sont exceptionnels de valeur.

Moi, je suis très impressionné, quand je vais notamment dans les pays dits difficiles, c'est-à-dire où il y a des conflits, où il y a des tensions, etc., de voir des diplomates d'une extraordinaire qualité, d'une extraordinaire lucidité, dont on ne lit même pas les tégrammes diplomatiques. Bon, je pourrais en dire des choses de ce point de vue-là. Donc, il y a déjà là un premier fossé qui s'est construit et qui n'est d'ailleurs pas l'apanage de Macron tout seul parce que Sarkozy méprisait les diplomates, ce qui est assez bizarre de la part d'un homme qui n'a pas une connaissance de l'international tellement développée. Et on pourrait ainsi continuer.

Mais deuxièmement, il ne faut pas croire que la France, c'est vrai qu'elle a un réseau diplomatique qui est le troisième du monde, mais un budget pour alimenter ce réseau diplomatique qui est loin d'être remarquable. Il faut voir dans quel état sont les locaux des ambassades, il faut voir combien... Il dit qu'il a investi. Oui, mais c'est inexact. Le budget des affaires étrangères, alors je n'ai pas le chiffre en tête, il doit tourner autour de 1,5% du budget national, il est tout petit. Et par rapport à ce qu'est l'ambition de la France, de cette présence universelle, ces 160 ambassades, elles sont difficilement tenues. Moi, j'ai vu des ambassadeurs qui étaient leurs propres chauffeurs.

Je ne citerai pas de poste, mais il m'est arrivé d'aller faire des conférences à voir comme chauffeur l'ambassadeur lui-même, par exemple. Donc, on ne nous raconte pas d'histoire. Les moyens dont disposent les postes sont des moyens dérisoires, absolument dérisoires. Et les moyens qui sont mis à la disposition des postes pour gérer ce qui est la clé des relations internationales de demain, c'est-à-dire les modes modernes de communication internationale, ces moyens-là sont absolument dérisoires. Et tous les groupes... Il est aussi dans la guerre informationnelle, dans l'information, dans la communication, et dans le militaire aussi.

Oui, alors là, c'est un autre problème, c'est-à-dire, ne tombons pas dans la facilité qui consiste, c'est-à-dire, il ne faut pas investir dans le militaire, etc., etc. Personne ne pense sérieusement à une chose pareille. En revanche, moi, ce que j'attends d'un président de la République française, mais je dirais d'un chef d'État du monde occidental, de cet ancien monde dit Westphalien, c'est qu'il nous définisse ce qu'est la fonction nouvelle du militaire.

Depuis la fin de la guerre froide, on a essayé de concevoir un autre type d'action militaire qui s'est traduit notamment par toutes ces interventions militaires nombreuses en Irak, en Afghanistan, en Somalie, ça c'est pour les États-Unis, dans le Sahel, ça c'est pour la France, il ne faut pas oublier que la France est intervenue militairement plus de 50 fois en Afrique depuis les indépendances. Mais tout ceci a généralement abouti à des échecs, et des échecs coûteux. J'oubliais d'ailleurs le meilleur qui est la Libye, par exemple.

Bon, le mode d'usage de l'instrument militaire qui fait penser au général Gallieni, qui, c'est-à-dire à une toute autre époque, n'est pas un mode heureux, n'a pas abouti à des résultats probants. Le grand défi, et là, tous les chefs d'État qui se sont succédés sont silencieux ou passifs, c'est-à-dire soumis à une logique de pure reproduction du passé, c'est quel usage doit-on faire aujourd'hui de l'instrument militaire ? Et est-ce que véritablement l'instrument militaire est un instrument, comme le disaient les néo-conservateurs américains, de régime change ? Est-ce que c'est une façon de maintenir sa domination ou son hégémonie ?

Est-ce que c'est une façon de prolonger les fameux équilibres de puissance qui marquaient des siècles et qui ont abouti à cette apothéose qu'était l'équilibre de la terreur ? On n'en sait strictement rien. Et cette histoire de base militaire, c'est quand même extraordinaire. Au lieu de se demander d'abord à quoi servent des bases militaires, on a ouvert le débat à l'envers. On les garde ou on ne les garde pas ? On les garde si ça sert, on ne les garde pas si ça ne sert pas. Manifestement, ça ne sert plus. Alors le président français décrit également le monde comme une arène violente, faite d'ingérences diverses de la part d'ennemis de la démocratie.

Il cite la Russie, mais aussi l'Azerbaïdjan qui procéderait à des manipulations en Kanakie, Nouvelle-Calédonie. Il cite aussi Elon Musk.

27:42
Présentateur

Des ordres, des démocraties menacées par la remise en cause de leur promesse de prospérité, d'ascension sociale, de partage du progrès, est directement attaquée par des puissances de déstabilisation. Il y a quelques semaines à peine, la Roumanie a dû annuler une élection présidentielle en raison d'ingérence et de manipulation électorale clairement attribuée à la Russie. Qui l'aurait imaginé il y a dix ans à peine ?

La France a été elle-même attaquée par des ingérences inacceptables dans la plupart de ses territoires ultramarins et tout particulièrement en Nouvelle-Calédonie ces derniers mois par l'Azerbaïdjan qui pensait là régler ses propres incompréhensions du fait que nous défendons le droit international et l'Arménie. Qui l'aurait imaginé ? Voilà, disons, si on nous avait dit que le propriétaire d'un des plus grands réseaux sociaux du monde soutiendrait une nouvelle internationale réactionnaire et interviendrait directement dans les élections y compris en Allemagne, qui l'aurait imaginé ? C'est le monde dans lequel nous vivons et dans lequel nous avons affaire de la diplomatie.

28:42
Invité

Bertrand, Emmanuel Macron est revenu sur la parabole des carnivores américains et chinois, des herbivores, des omnivores. On le sent désireux d'imposer l'idée selon laquelle on peut choisir de ne pas appliquer le droit international et on ne sait pas s'il commence uniquement aux aspects commerciaux ou même à tout l'arsenal de protection des droits humains. Qu'entend-il quand il parle de sortir de l'innocence au sujet des Européens ? Les Européens ne sont pas innocents, c'est eux qui ont construit le monde tel qu'il est. La fable de l'herbivore et du carnivore, moi, je l'ai entendue depuis des décennies.

Je ne dirai pas les noms de ceux qui l'ont utilisé dans leur rhétorique politique, mais ils sont assez nombreux et comme toute image, ça peut faire réagir, ça peut sur l'instant, sinon convaincre, du moins questionner. Mais quand on y regarde de près, c'est une façon de voiler la réalité. La réalité, c'est quoi ? C'est que nous sommes dans un monde globalisé. Un monde globalisé, c'est quoi ? C'est un monde d'interdépendance généralisée. L'interdépendance, c'est quoi ? C'est une forme nouvelle qui se détache et se distingue de la conception ancienne de la souveraineté, c'est-à-dire qui implique de retricoter complètement les relations internationales.

Les relations internationales de demain, la diplomatie de demain, doit consister désormais à gérer au mieux l'interdépendance au lieu de sortir le pistolet de la compétition. C'est ça le problème. Alors, ça ne veut pas dire que c'est une tâche facile. Ça ne veut pas dire non plus que c'est de l'angélisme. L'interdépendance peut amener, dans certaines situations, à des tensions, voire à des violences. Mais ça implique un renouvellement de méthode. Ce qui m'affole, c'est qu'avec les herbivores et les carnivores, en gros, on veut vous dire qu'on a oublié la compétition, il faut restaurer la compétition et le rapport de force.

Mais, théophile, où la force, où la coercition, où la puissance a pu triompher depuis 1945 ? Où donc ? Où donc ? Les États-Unis, la plus grande puissance militaire, 36% des dépenses militaires mondiales, ont été, je le disais tout à l'heure, battues presque toujours. L'URSS a été battue en Afghanistan et la réussite de Poutine est mise en échec en Ukraine. Monsieur Netanyahou, tu extermines des dizaines de milliers de Palestiniens, presque 20 000 enfants, femmes et enfants, et où est la solution de ce conflit qui dure depuis 75 ans ? Donc, de toute façon, ce n'est pas en remobilisant les carnivores qu'on réglera la situation. Ça, il faut bien le comprendre.

Et moi, ce qui m'affole, ce qui m'ennuie, c'est que, justement, ces vieilles métaphores sont ressorties de cartons déjà un peu moisis, il faut bien le dire, uniquement pour se dispenser de ce travail de rédéfinition. Il était une époque que moi, puisque je ne suis plus très jeune, j'ai vécu, qui est les années 80. Les années 80, il y a eu plein de commissions aux Nations Unies. La commission Brandt, la commission Brundtland, la commission Palme, la commission sur la global governance, Carlson Rampal, etc. Où, justement, on a commencé à se poser ces questions.

Et où même Brandt était allé jusqu'à dire, il faut, la commission Brandt, il faut commencer le travail de conversion des ressources militaires en ressources de développement. Malheureusement, d'un développement conçu, non pas sur le mode vertical dont je parlais tout à l'heure, mais sur le mode de la gouvernance globale. Bon, il y avait, et après, Kofi Annan est venu, Boutros-Ghali et Kofi Annan sont venus renforcer cette réflexion, puis elle est morte. Elle s'est évanouie. Pourquoi elle s'est évanouie ? Pour une raison, une double raison. La première raison, c'est qu'on a assisté à l'effondrement de la bipolarité.

Donc, beaucoup trop de gens ont pensé que c'était la fin de l'histoire, donc que ce n'est plus la peine de se fatiguer. Et puis, la deuxième raison, c'est qu'on s'est cru dans un monde unipolaire et que donc, ce monde unipolaire allait tout autorégler. Et puis, ça a été le moment de l'école de Chicago, de l'ultra-déolibéralisme et de tout ce que l'on connaît. Et on a abandonné cette saine piste de réflexion. Alors, au sujet des États-Unis, Macron s'en prend à Elon Musk, mais caresse Donald Trump dans le sens du paradoxe ? Oui. Alors, là, on touche à des choses extraordinairement compliquées. D'abord, moi, ce qui me frappe, ce qui... Mais alors là, pour le coup, me préoccupe vraiment.

C'est la mollesse, l'inexistence, l'inexistence d'une réaction européenne à ces agressions verbales effrayantes. Je veux dire que le futur président des États-Unis annonce qu'il est prêt à utiliser la force militaire pour annexer une partie du territoire d'un État membre de l'Union européenne et, en plus, membre de l'OTAN. Et que l'on ne réagisse pas. On n'a pas entendu Mme von der Leyen. On n'a pas entendu cette étrange nouvelle autre présentante. Pas du Groenland ? Oui. Qu'est-ce que j'ai dit ? Oui, non, tu as dit ça.

Oui, bon, on n'a pas entendu non plus la nouvelle haute représentante de l'Europe pour les affaires internationales, Mme Callas, qui est quand même un peu fort, un pays qui se dit allié, qui menace militairement un des membres de notre Union européenne et que la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et de sécurité ne croient pas utiles même de faire une mise au point. Moi, ça me fait peur. Musk, auquel tu faisais référence, a véritablement agressé deux responsables de haut rang, le premier ministre britannique et le chancelier allemand, a explicitement pris position en faveur de candidats extrêmes, extrêmes droites en Grande-Bretagne, même M.

Farage en était déconcerté, et en Allemagne, il s'agit de l'AFD, personne n'a réagi. Bon, ça, c'est, à mon avis, un triple signe. C'est d'abord le signe de l'incapacité de l'Europe de se définir face aux États-Unis. Deux, c'est l'incapacité de l'Europe d'avoir une position unifiée. Et trois, c'est quand même le signe d'une montée très préoccupante de la fièvre nationale populiste et d'extrême droite en Europe. On le voit en ce moment à travers le cas de l'Autriche, notamment, mais l'Autriche rejoint d'autres pays, la Slovaquie, la Hongrie, l'Italie, la Finlande, et on pourrait, hélas, continuer la liste, et que Dieu nous préserve que ça ne parvienne jusqu'au bord de la Seine.

Sur le proche-Orient, Emmanuel Macron appelle à rester vigilant face au nouveau régime syrien, ce qu'il ne mange pas de pain, mais en revanche, baisse de plusieurs tons. Les avis du pouvoir israélien prononcent les noms des otages israéliens, mais n'a quasiment aucun mot pour les dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants tués par l'armée israélienne en Palestine. Il se content de dire qu'il n'y a pas de raison militaire de poursuivre la guerre dans la bande de Gaza. Pourtant, s'il n'y a pas de raison de poursuivre la guerre militaire et qu'elle se poursuit, ça veut dire que l'hypothèse génocidaire est réelle. Et si elle est réelle, on ne dit pas qu'Israël est notre ami.

Oui, mais je crois que maintenant, plus personne de sincère ne peut hésiter à employer le terme de génocide. C'est-à-dire que la Cour internationale de justice, dans sa sagesse, avait parlé de risque génocidaire, mais on voit que ce risque, il est passé du potentiel au réel. Et je suis comme toi, absolument sidéré, de voir que ça se fait dans le plus complet des silences. Si la même chose s'était produite sur le sol israélien, on n'aurait pas réagi de la même manière. Si la même chose s'était produite en Europe, on n'aurait pas réagi de la même manière.

Et on pourrait ainsi continuer cette chose qui, moi, personnellement, me heurte au plus profond de moi-même, puisqu'il n'y a qu'une seule loi, c'est qu'un humain vaut à un autre humain. Et que cette façon de distinguer entre les victimes et de tuer toutes ces victimes une deuxième fois, en les enrobant de cet anonymat violent, c'est violent, ça. C'est-à-dire qu'on voit sur les murs de Paris la photo des otages israéliens. Et on est tous de cœur pour souhaiter ardemment le retour de ces otages, sains et saufs. Mais on ne verra jamais la photo des victimes palestiniennes, parce qu'on ne les connaît pas. Parce que la communauté internationale a frappé ces populations d'anonymat.

Ce qui est la pire des condamnations. C'est pire encore que de condamner à mort quelqu'un, que de le condamner à l'anonymat. Parce que le condamner à l'anonymat, ça veut dire que son existence n'a pas de valeur. Que son existence est démonétisée, si tu permets cette formule. Et ça, c'est extrêmement dangereux. C'est extrêmement dangereux parce que je pense que nous entrons dans un monde, et ça, c'est quelque chose de réconfortant, qui est un monde de plus en plus empathique. C'est-à-dire où il y a une empathie pour la souffrance sociale mondiale. Et l'opinion publique voit que cette chaîne de l'empathie, elle est cassée par les calculs politico-diplomatiques des États et des chancelleries.

Pas de toutes, d'ailleurs. En Europe, on voit bien que l'Espagne, l'Irlande, la Slovénie, ou tout proche de nous, la Norvège, savent faire exception. Mais, en grande majorité, nous passons derrière Netanyahou. Lui a tué avec ses bombes, avec ses missiles. Nous nous tuons avec l'arme de l'anonymat. C'est terrible. Merci, Bertrand. Nous voici arrivés à la fin de cet épisode du Monde n'a pas de centre. La chronique internationale de Bertrand Baddy sur le Média. Si vous avez apprécié cette émission et que vous souhaitez soutenir notre travail, nous vous encourageons à sauter le pas et à nous soutenir de manière pérenne via un abonnement de soutien ou un don mensualisé.

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