Conférence de presse conjointe du Président Emmanuel Macron et du Chancelier d'Allemagne Olaf Scholz
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 10:01OuverteRéponse directe
La Russie a lancé des manoeuvres militaires à la frontière ukrainienne. Quel est le niveau de cette menace ?
- 15:00OuverteRéponse directe
Le refus de l'Allemagne de livrer des armes à l'Ukraine suscite des critiques. Que répondez-vous ?
- 20:00OuverteRéponse directe
Quel est l'objectif final de Vladimir Poutine selon vous ?
- 25:00OuverteRéponse directe
Quelles sont les perspectives de succès du Format Normandie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00Emmanuel MacronFait
« Nous voulons une Europe forte et souveraine, un ordre international juste pour protéger le climat, pour la croissance économique. »
- 3:00Emmanuel MacronFait
« Le paquet de la Commission Fit for 55 nous aide à progresser dans ce sens. »
- 5:00Emmanuel MacronFait
« Une agression militaire entraînerait des conséquences très graves. »
- 7:00Emmanuel MacronFait
« Nous voulons travailler en étroite coopération avec tous nos alliés et les États-Unis. »
- 13:00Emmanuel MacronFait
« Nous sommes totalement unis, groupés et coordonnés en tant que pays membres de l'Union européenne. »
- 17:00Olaf ScholzFait
« Nous nous sentons responsables du fait que l'Ukraine reste un pays de transit pour le gaz. »
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Cher Emmanuel, je suis ravi de t'accueillir ce soir [INAUDIBLE] l'amitié étroite entre nos pays et le fait qu'entre la France et l'Allemagne, on se met bien d'accord. La France vient d'assumer la présidence de l'Union européenne, et je vous souhaite beaucoup de chance pour cela. Je vous promets tout le soutien dont je suis capable.
Nous connaissons en même temps la présidence du G7, et c'est très bien si nous faisons ce travail ensemble pour faire avancer nos sujets. Nous voulons une Europe forte et souveraine, un ordre international juste pour protéger le climat, pour la croissance économique et pour être plus forts dans la politique étrangère. Nous devons également combattre la pandémie et favoriser la santé de notre peuple.
La France et l'Allemagne veulent travailler main dans la main, et nous allons utiliser nos deux présidences pour cela. Aujourd'hui, nous parlerons également de la politique européenne de la France et des questions de croissance et d'investissement. C'est un sujet très important, et nous avons déjà fait beaucoup de travail de préparation dans le cadre du Fonds de reconstruction européen.
Et puis, il s'agit aussi de la transformation numérique, qui est importante, ainsi que la transition écologique et le climat. Nous voulons moderniser les choses afin d'avoir en même temps le bien-être, la prospérité et la protection du climat, et le paquet de la Commission Fit for 55 nous aide à progresser dans ce sens. Il y a encore d'autres questions dont nous voulons parler, qui sont à l'ordre du jour parce qu'elles sont importantes maintenant.
Ce qui nous lie en Europe, ce sont nos idées communes sur la démocratie et l'État de droit, mais aussi ce qui fait notre confiance mutuelle et notre bonne coopération. Et nous allons en parler. Un grand sujet lorsqu'il s'agit du climat, c'est évidemment de savoir comment nos activités peuvent être mises en lien avec ce qui est important au niveau international.
Ces activités européennes seront soutenues et accompagnées par un mécanisme d'ETS. Ce sont toutes des questions que nous voulons traiter ensemble pour montrer que la politique européenne est véritablement dans la politique internationale, et que c'est important dans ce contexte. La situation à la frontière russo-ukrainienne est également très importante et il est très nécessaire de travailler ensemble afin de pouvoir veiller à ce que les choses se développent différemment de ce que l'on peut craindre actuellement, et nous attendons de la Russie des pas tout à fait importants pour faire une désescalade.
Et nous sommes tous d'accord pour dire qu'une agression militaire entraînerait des conséquences très graves. C'est pourquoi il est bon que nous travaillions ensemble de façon bilatérale au sein de l'Union européenne, au sein de l'OTAN et de l'OSCE, et ce sera une tâche importante aussi, pour nous et pour l'avenir, de faire avancer tout cela ensemble. Cela vaut aussi pour le Format dit de " Normandie ", où la France et l'Allemagne ont une tâche particulière et commune à accomplir.
Je suis très heureux que nous nous rencontrions si tôt, en ce début d'année, et je me réjouis déjà de travailler avec toi sur les questions qui sont importantes pour l'Europe, mais aussi pour un monde qui mise sur la coopération multilatérale. Merci d'être ici ! Monsieur le Chancelier, cher Olaf, merci beaucoup pour l'accueil en ce début d'année à la chancellerie.
Je suis heureux de te retrouver, de retrouver l'ensemble des équipes et de pouvoir travailler. Et je te remercie pour cette invitation à Berlin après notre première rencontre officielle à Paris, le 10 décembre dernier. Avant toute chose, je tiens à présenter les condoléances de la France suite à l'attaque menée hier par un forcené à Heidelberg, et à adresser ici mes voeux de prompt rétablissement aux blessés et mes condoléances à la famille de la jeune étudiante qui a été tuée.
Tu l'as rappelé, depuis le 1er janvier, l'Allemagne et la France ont respectivement pris la présidence du G7 et du Conseil de l'Union européenne, ce qui, au-delà de la force de notre relation bilatérale et de l'agenda commun que nous menons l'un et l'autre, va nous permettre de coordonner de nombreux agendas régionaux et internationaux. Je ne reprendrai pas tout ce que Monsieur le Chancelier a indiqué, mais au fond, nous voulons d'abord construire ensemble une économie du futur qui soit plus juste, plus forte sur le plan numérique et mieux régulée, adaptée, et permettant d'apporter notre réponse au changement climatique. Et cet agenda du prochain semestre va nous permettre de le faire à beaucoup d'égards, sur le plan climatique par les avancées de nos discussions européennes, notre travail à la fois quant au mécanisme d'ajustement carbone aux frontières et notre club des Amis du climat, l'un en présidence de l'Union européenne, l'autre dans le cadre du G7, ce qui permettra d'articuler les différents formats européens et internationaux, en particulier celui de l'OCDE, comme nous avons su le faire pour la taxation numérique.
Donc, nous avons la volonté d'avoir un agenda climatique très volontariste et de pouvoir mettre en cohérence des sujets internationaux avec celui-ci. C'est le même agenda que nous pousserons ensemble dans quelques semaines, lors du Sommet Un Océan à Brest qui nous permettra, sur les sujets de biodiversité et d'océan, de pousser le modèle européen. Cette économie du futur que j'évoque, c'est une économie aussi plus numérique, avec une série de projets d'investissements que nous allons pousser durant les mois qui viennent ensemble et sur lesquels nous allons continuer de travailler, des semi-conducteurs à l'intelligence artificielle pour ne citer que quelques exemples, et qui vont nous conduire aussi à faire cheminer ensemble plusieurs régulations structurantes, celles sur les marchés et celles sur les services numériques, en même temps que nous devons parachever un modèle commun.
Puis nous aurons à travailler ensemble sur les bons investissements et la bonne gouvernance économique et financière de notre Europe pour accompagner ce volontarisme économique. Le deuxième grand thème, ce sera évidemment celui de l'Europe des valeurs et des combats qui nous sont chers. Nous savons que, dans les prochains mois, nous aurons ensemble à gérer des situations qui sont parfois préoccupantes dans certains des États membres de l'Union européenne.
Nous le ferons avec beaucoup de respect, et en particulier le respect de chaque gouvernement souverainement élu, mais en même temps avec beaucoup d'exigence pour le respect des valeurs de notre Europe. Et le combat pour nos valeurs, et les combats qui sont chers aux Européens, ce sont aussi les combats pour un salaire minimum européen et l'égalité femmes-hommes, qui vont scander l'agenda européen des prochains mois et marquer en particulier plusieurs sujets de coopération entre l'Allemagne et la France. Et puis le troisième grand sujet à mes yeux, qui a été largement évoqué par Monsieur le Chancelier, c'est évidemment l'Union européenne jouant son rôle de puissance d'équilibre, et les sujets régionaux et géopolitiques que nous aurons à gérer ensemble dans ce contexte.
Nous aurons à travailler ensemble avec le continent africain dès le Sommet du mois prochain entre l'Union africaine et l'Union européenne, et nous aurons l'occasion d'y revenir ce soir, avec une volonté de bâtir un partenariat nouveau, qu'il s'agisse des questions de vaccins, de transition climatique et de réformes économiques et financières avec le continent africain, ou des sujets de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Et puis, nous aurons la question des Balkans, sur laquelle nous voulons avoir un agenda commun dans les mois qui viennent, et je tiens beaucoup à notre collaboration étroite. Les Balkans occidentaux sont un sujet d'importance pour la paix et la stabilité de l'Europe.
Et comme vous l'avez rappelé à l'instant, comme tu l'as parfaitement dit, cher Olaf, nous y reviendrons ce soir, mais nous aurons ensemble à gérer évidemment les tensions qui aujourd'hui sont croissantes à la frontière ukrainienne, et plus largement la question de la relation avec la Russie. Nous appelons l'un et l'autre avec beaucoup de force à une désescalade des tensions, et je veux ici dire combien l'Allemagne et la France sont unies sur ce sujet, qu'il s'agisse des discussions que nous avons dans le cadre de l'OTAN et de l'Union européenne, au sein de l'OSCE, mais aussi comme étant les deux partenaires européens du Format dit de " Normandie ". Sur tous ces sujets, nous jouons notre rôle pour avoir véritablement une Europe qui travaille sur le contrôle des armements et un nouvel ordre de sécurité et de stabilité pour elle-même, pour appeler à la désescalade par un dialogue exigeant avec la Russie, et pour travailler à une stabilité par une solution politique sur la question du Donbass et la situation en Ukraine.
Tout cela exige une très grande unité et coordination. C'est le cas entre l'Allemagne et la France, et c'est ce que nous avons d'ailleurs aussi fait ensemble hier soir avec plusieurs autres pays européens et alliés de l'OTAN, en particulier les États-Unis d'Amérique. Je ne serai pas plus long.
Je répondrai éventuellement aux questions qui se posent sur d'autres sujets. Je veux en tout cas à nouveau, Monsieur le Chancelier, vous remercier pour votre invitation aujourd'hui à Berlin, et surtout pour le travail permanent que nos équipes et nos ministres mènent ensemble, et pour la relation d'amitié et de travail que nous avons l'un avec l'autre. Merci, cher Olaf.
Bonjour Monsieur le Chancelier, bonjour Monsieur le Président, une question. Mathieu Coache, BFMTV pour les télévisions françaises. On a bien entendu votre appel à une désescalade des tensions.
Il se trouve que la Russie a lancé aujourd'hui des manoeuvres militaires à la frontière ukrainienne et en Crimée. Quel est le niveau de cette menace aujourd'hui selon vous ? Estimez-vous que l'armée russe peut entrer sur le territoire dans les heures ou dans les jours qui viennent ?
Et si c'était le cas, on a du mal à comprendre quelle réponse la France, l'Allemagne et plus généralement les Européens seraient prêts à apporter. Les Américains déploient 8 500 militaires en état d'alerte. Est-ce que l'armée française et l'Allemagne sont prêtes elles aussi à intervenir dans le cadre de l'OTAN, militairement ?
Je vous remercie. Merci pour cette question. Peut-être une petite remarque par rapport à ce que nous faisons.
Nous avons expliqué clairement qu'une agression militaire qui met en question l'intégrité territoriale de l'Ukraine va avoir des conséquences et un prix très élevé. Nous sommes d'accord pour cela au sein de l'Union européenne et de l'OTAN, et nous l'avons aussi dit clairement tout en voulant nous impliquer pour avoir une meilleure désescalade. C'est ce qui est important.
Et c'est pourquoi nous avons soutenu le fait que les Russes et les Américains se parlent directement. C'est pourquoi nous sommes en faveur que le Format dit de " Normandie " soit remis en place et que l'on se parle, ce qui n'a pas été possible pendant longtemps, et c'est très important. Et c'est pourquoi nous donnons également notre soutien à l'OSCE, pour que les gens se parlent, parce que l'OSCE, c'est une expérience que nous avons faite dans la politique de détente de la Guerre froide.
C'est à ce moment-là qu'on a créé l'OSCE. La souveraineté et l'intégrité territoriale des États en Europe est tout à fait indispensable, et nous voulons revenir à ces principes et à ce format de discussion. Le Format dit de " Normandie ", c'est une contribution particulière que nos pays peuvent faire, et c'est ce qu'il faut faire.
Il faut prendre la situation au sérieux. C'est tout à fait sérieux, votre question le montre bien. Et puis il faut montrer très clairement ce qui se passerait s'il y avait une agression militaire.
Troisièmement, il faut aussi faire tout ce que l'on peut afin qu'il y ait des discussions pour que l'on puisse sortir de cette impasse. Et pour y arriver, nous voulons travailler en étroite coopération avec tous nos alliés et les États-Unis, parce que la situation est très, très difficile. Par rapport à la situation et aux derniers événements, nous demeurons extrêmement vigilants.
Je veux qu'on s'en tienne à des faits dûment caractérisés et qualifiés, mais nous sommes collectivement très vigilants. Nous suivons en temps réel la situation et son évolution et nous préparons toutes les formes de réaction, comme l'a dit Monsieur le Chancelier. Je voudrais insister sur quatre éléments.
Le premier, c'est l'unité des Européens et de leurs alliés. Face à cette situation, nous sommes totalement unis, groupés et coordonnés en tant que pays membres de l'Union européenne et en tant qu'alliés au sein de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. La deuxième chose, c'est notre solidarité avec l'Ukraine.
Allemagne et France sont très clairement solidaires, et la Commission européenne a eu l'occasion ces derniers jours d'annoncer des réengagements à l'égard de l'Ukraine. Nous sommes tous vigilants aussi pour protéger d'un point de vue cyber l'Ukraine, qui a subi plusieurs attaques ces dernières semaines. Donc, dans le contexte de cette situation, nous sommes en solidarité avec l'Ukraine et pleinement engagés.
Troisième élément, Monsieur le Chancelier vient d'insister sur ce point, c'est de ne jamais abandonner le dialogue avec la Russie, et un dialogue exigeant. Vous savez que la France a toujours plaidé pour ce dialogue. Il relève de plusieurs formats.
Il y a un dialogue, structurant et important, entre les États-Unis d'Amérique et la Russie. Il est bon qu'il se poursuive. Il y a un dialogue, qui donnera lieu d'ailleurs à des réunions prochaines et qui a donné lieu à des premiers échanges dans un format que nous connaissons, entre la Russie et l'OTAN.
Il y a un dialogue dans le cadre de l'OSCE. Monsieur le Chancelier vient de rappeler l'importance de ce format qui, je le rappelle, est né en effet il y a 30 ans de notre volonté de construire un espace de sécurité commun en Europe et qui est la conséquence de valeurs et de principes que nous avons acceptés, nous Européens, mais la Russie également. Et parmi ces principes que nous avons acceptés, dont l'OSCE est aussi garant, il y a la souveraineté de chacune et chacun, et en particulier de l'Ukraine.
Donc, le dialogue dans le cadre de l'OSCE doit se poursuivre. Il y a le dialogue dans le cadre du Format " Normandie " sur la question ukrainienne et les accords de Minsk. Et il y a le dialogue entre l'Union européenne et la Russie.
Chacun de ces canaux doit être exploité jusqu'au bout pour réengager la Russie dans un processus de désescalade, obtenir des garanties et nous permettre aussi de bâtir ce que j'ai pu appeler ce nouvel ordre de sécurité et de stabilité, c'est-à-dire des gages et des garanties, au-delà de la question ukrainienne, sur la sécurité aux frontières de notre Europe. Et puis le quatrième élément, c'est que nous préparons en parallèle la réaction commune et la riposte en cas d'agression. Et comme cela a été dit, s'il devait y avoir une agression, la riposte sera là et le coût en sera très élevé.
J'aimerais poser une question à la fois au Président et au Chancelier. Vous avez surtout souligné ce que vous avez en commun dans la politique de vos deux pays. Moi, j'aimerais commencer de l'autre bout.
Est-ce que le début de votre coopération n'a pas été particulièrement difficile ? Parce qu'il y a quand même des perspectives très difficiles, je cite : la taxonomie, les exports d'armement sur lesquels la France a un autre point de vue que l'Allemagne, ensuite la réforme du Pacte de stabilité, etc. Donc, la question s'adresse à vous deux : comment est-ce que vous voyez les débuts de votre coopération ?
Était-ce dur, ou était-ce particulièrement bon ? Et puis, Monsieur le Président, vous pouvez peut-être dire si le début de votre coopération avec le chancelier Scholz est plus ou moins facile qu'avec Madame Merkel ? D'abord, je veux dire que nous avons déjà travaillé avec le chancelier Scholz par le passé, puisqu'il a eu aussi à oeuvrer avec la France sur beaucoup de sujets très structurants, en particulier le fameux plan de relance européen, où à l'époque, en tant que ministre des Finances, il a eu un rôle extrêmement important auprès de son prédécesseur.
Et donc, ce n'est pas non plus une découverte, nous nous connaissions, et je crois que l'agenda germano-français et l'agenda européen sont connus l'un de l'autre, et il y a déjà eu des travaux communs, à travers les temps, dans nos conditions successives. Je veux dire d'abord que nous sommes l'un et l'autre profondément convaincus de l'importance de l'amitié entre l'Allemagne et la France et du rôle absolument nécessaire et structurant de cette entente pour faire avancer l'Europe. Ensuite, la prise de responsabilités de Monsieur le Chancelier arrive dans un moment qui est très difficile pour tous nos pays.
La crise sanitaire est là, qui vient frapper nos pays, qui nous impose de continuer à réagir et à oeuvrer. Le contexte géopolitique, notre échange le montre depuis tout à l'heure, est tendu d'une manière inédite et donc je crois que nous sommes l'un et l'autre animés par la conscience que nous devons ensemble bâtir des solutions. Ensuite, tout ce que vous avez dit est juste.
Nous avons des différences parce que l'Allemagne n'est pas la France et la France n'est pas l'Allemagne. Est-ce pour nous une découverte ? Pas tellement.
Mais nous avons une conviction, c'est qu'il faut oeuvrer à bâtir des compromis et à ne jamais laisser s'installer de désaccords ou de malentendus. C'est ça la responsabilité qui est la nôtre. Sur les sujets d'énergie, nos modèles sont différents, puisqu'ils procèdent à la fois d'une histoire différente et de choix, qui ont été conduits dans les quinze dernières années, profondément différents.
Pour autant, nous devons ensemble réussir un agenda de décarbonation de nos économies et bâtir une plus grande souveraineté énergétique européenne. Nous saurons nous entendre. La Commission a fait une proposition, elle fait l'objet de remarques, les choses vont cheminer.
Je ne crois pas qu'il y ait quoi que ce soit de rédhibitoire. Et l'Allemagne a un modèle et un chemin et la France a le sien. Le tout est que nous puissions utilement coopérer à apporter nos contributions à ce projet européen.
Nous avons, historiquement, des différences sur le plan des discussions économiques et financières. Néanmoins, l'Euro, tout ce que nous avons su faire, et le plan de relance, n'auraient jamais été possible s'il n'y avait à chaque fois pas eu d'accord entre l'Allemagne et la France. C'est ce que nous saurons faire.
Et donc je crois pouvoir dire que nous sommes attachés à des règles de sérieux budgétaire, à l'intégrité de la zone euro, aux convergences qu'elle impose, et dans le même temps, nous sommes lucides sur les nécessités d'investissement que requiert l'environnement qui est le nôtre, qu'il s'agisse des sujets militaires, des sujets climatiques ou des sujets numériques. C'est cet équilibre qu'il nous faut bâtir, et inventer les solutions nouvelles. Sur le sujet de l'export d'armement, je sais la sensibilité de cette question dans la vie politique allemande.
Ce n'est pas non plus une nouveauté puisqu'il y a quelques années, avec la chancelière Merkel, nous avons bâti, justement, des règles communes. Les Espagnols, d'ailleurs, ont rejoint les règles que nous avions su bâtir et je suis confiant sur le fait que nous trouverons toujours des solutions pragmatiques. Donc oui, nous ne sommes pas les mêmes, mais nous ne l'avons jamais été.
Mais diable ! qu'est-ce que nous nous rapprochons à chaque fois. C'est ce que nous avons envie de faire ensemble, je crois pouvoir le dire.
Quant au couple, parce qu'on parle toujours de couple franco-allemand ou germano-français, il y a eu d'autres présidents avant moi et il y a eu d'autres chanceliers, avant le chancelier Scholz. L'important est que nous sachions bâtir une relation singulière, qui sera le fruit de l'amitié entre nos pays, des circonstances et de notre tempérament. Je peux vous dire que, connaissant Olaf Scholz depuis quelques années, je suis confiant sur notre capacité à consolider cette amitié et à bâtir ensemble.
Merci beaucoup. Il n'y a pas grand chose à ajouter maintenant. Peut-être encore deux ou trois petites remarques.
Moi aussi, je suis convaincu que les relations entre la France et l'Allemagne, l'Allemagne et la France sont très, très importantes pour nos deux pays. Et c'est à chaque fois une tâche pour ceux qui sont au gouvernement de veiller à ce que cette amitié puisse vivre un bel avenir. Nous l'avons déjà fait dans le passé et nous continuerons, que cet avenir soit prospère.
Et puis, nous avons aussi la responsabilité de veiller à ce que tout se passe bien au sein de l'Union européenne. Et en ce qui me concerne et le président, c'est vrai, nous nous sommes déjà rencontrés souvent, même à l'époque où j'étais encore Maire de la ville de La Hanse et d'Hambourg. Nous nous sommes rencontrés, puis j'ai été responsable pour les relations culturelles franco-allemandes dans notre traité d'amitié.
Ensuite, j'ai été ministre des Finances. Et là aussi, il fallait trouver une solidarité commune avec le plan de relance européen, non seulement pour nos deux pays, mais pour toute l'Europe. Et il était important de se mettre d'accord sur une conception de base.
Et donc, on a beaucoup travaillé ensemble, l'un avec l'autre, et c'est d'excellente augure pour le travail que nous souhaitons faire ensemble. Monsieur le Président, Monsieur le Chancelier, une question d'abord pour Monsieur le Chancelier Scholz. Le refus de votre gouvernement de livrer des armes à l'Ukraine suscite de vives critiques ces derniers jours.
Les autorités ukrainiennes accusent l'Allemagne de trahison. Tout à l'heure, le premier ministre polonais s'est dit inquiet et déçu par l'attitude de l'Allemagne. Le gouvernement letton parle quant à lui d'une grosse erreur.
Que leur répondez-vous et que pouvez vous dire aux Ukrainiens pour les rassurer ? Et puis, autre question, deuxième question qui s'adresse à tous les deux. Quel est, d'après vous, l'objectif final que poursuit Vladimir Poutine dans cette affaire ?
S'agit-il de restaurer l'ordre russe dans ce qu'on appelle son étranger proche ? Est-ce que ses ambitions dépassent la sphère d'influence traditionnelle de la Russie ? C'est évidemment important de savoir ce que vous répondez à cette question parce que toute la stratégie que vous mettez en oeuvre dépend aussi des objectifs prêtés à la Russie.
Oui, je vais peut-être répondre à cette question en ce qui concerne l'Allemagne. Le gouvernement fédéral a toujours décidé, ces dernières années, de ne pas livrer d'armes létales, et il y a des raisons qui l'expliquent facilement dans ce qui s'est passé ces dernières décennies de l'histoire. Et en même temps, nous avons fait beaucoup pour favoriser le développement économique de l'Ukraine, avec les moyens financiers qui sont les nôtres, et ceci également dans le cadre de nos responsabilités internationales.
Et nous allons poursuivre cela. Nous nous sentons responsables du fait que l'Ukraine reste un pays de transit pour le gaz. Nous avons même un responsable qui s'est impliqué pour favoriser, pour faire avancer le contrat, afin qu'il n'y ait pas de difficultés.
Directement, nous n'étions pas concernés, mais nous nous sommes engagés pour aider, pour maintenir en place le contrat de transit de gaz. Quand il s'agit de l'hydrogène, des énergies renouvelables, toutes ces choses-là, nous sommes aux côtés de l'Ukraine, et ils savent qu'ils peuvent compter sur nous. Et je pense d'ailleurs qu'en général, ils le savent très bien et c'est ce qui marque la politique.
Et puis, dans la politique "vraie", entre guillemets, cela ne fait pas beaucoup de sens de voir quelles pourraient être les motivations cachées. La Russie s'est prononcée. Ils ont leurs propres idées et tout ce qui concerne la sécurité et la coopération en Europe doit être basée sur des décisions communes, par exemple au sein de l'OSCE, ou dans le cadre de l'acte de base de l'OTAN par rapport à la Russie.
Tout ceci montre que nous avons toujours souligné que l'intégrité territoriale et la souveraineté des États de l'Europe sont des valeurs de base. Quant à votre question, il ne m'appartient pas de dire quel est l'objectif final de la Russie, mais de constater qu'il y a aujourd'hui une multiplication d'actes de déstabilisation à l'encontre de plusieurs États souverains, qui étaient anciennement parties de l'Union soviétique, et qu'il y a en parallèle de la multiplication de ces actes de déstabilisation, une approche de plus en plus hybride de la Russie : Moldavie, Ukraine, Biélorussie, Caucase, attaques cyber, utilisation de l'arme, de la menace des migrations, manoeuvres militaires, etc. Et la situation dans laquelle nous sommes donc aujourd'hui n'est pas stabilisée.
C'est un premier élément de conséquences, qui me fait dire que nous ne sommes pas à un état final qui est lisible. Elle est préoccupante pour les Européens. Et elle impose cette unité et la préparation d'une réaction commune, qui sera graduée en fonction de l'avancée de ces manoeuvres.
Mais elle conduit aussi à avoir un dialogue de clarification avec la Russie, car je pense que ce dialogue s'impose pour essayer de lever les ambiguïtés. Très clairement, nous ne pouvons aujourd'hui que constater que la Russie est en train de devenir une puissance de déséquilibre dans le Caucase, aux confins de l'Europe et dans quelques autres régions. Monsieur le Président, Monsieur le Chancelier, je voudrais poser une question à vous deux, pour commencer.
Vous avez parler des différents formats des discussions avec la Russie, demain, pour la première fois, depuis longtemps tout au moins. Et ce sera une réunion au Format dit de "Normandie". C'est un format qui, ces dernières années, n'a pratiquement plus joué un rôle, et ces dernières semaines, on a pu avoir l'impression que la Russie s'adresse plutôt aux États-Unis, quand ils veulent discuter au sein de l'OTAN, et pas aux Européens.
D'où ma question : quelles sont les perspectives de succès de cette réunion du Format dit de "Normandie" ? N'y a t-il pas, peut-être, le risque que ce soit une réunion alibi ? Et Monsieur le Président, vous allez bientôt rencontrer le président Poutine.
Avec quelle demande, quelle exigence et quelle offre allez-vous rencontrer le président russe ? Et pourquoi n'y allez-vous pas accompagné par le chancelier Scholz ? Présidence du G7 et ensuite aussi au sein de l'Union européenne ?
Vous pourriez le faire en tandem. Sur votre première question, je pense que, d'abord, il ne faut jamais abandonner ces formats de discussion et d'échanges. Vous avez raison de dire que les résultats du Format Normandie ne sont pas à la hauteur des attentes et de l'engagement que l'Allemagne et la France ont pu y placer.
Néanmoins, abandonner ou renoncer, c'est acter que la solution politique n'est plus sur la table. Je pense qu'il est important pour nous de rester engagés, sans relâche. La dernière réunion, qui s'est tenue en décembre 2019 au niveau des chefs d'États et de gouvernements, avait permis des avancées robustes, et je pense que la perspective d'une réunion future, la réunion de nos conseillers diplomatiques demain, et la perspective d'une réunion future qui sera cette fois-ci à organiser en Allemagne, je pense créer des attentes positives et permettre de réengager des choses.
J'en veux pour preuve d'ailleurs les gestes de bonne volonté qui ont été faits par les Ukrainiens sur le projet de loi qui était justement critiqué par la Russie, et les échanges qu'il y a entre nos conseillers sur chacun de ces sujets. La question est : est-ce qu'on arrive à créer à nouveau une dynamique positive ? Je pense que c'est important de continuer dans ce Format de "Normandie", car au moins, c'est le seul moyen d'éviter, parfois, la désagrégation.
C'est le seul format politique et c'est le seul moyen de continuer à rester engagé. À côté de ça, il y a une discussion entre les États-Unis et la Russie, qui s'est engagée plus récemment. Est-ce que c'est une bonne chose à nos yeux ?
Oui, c'est une très bonne chose que les États-Unis d'Amérique discutent avec la Russie. Est-ce que pour autant, cette discussion a donné des résultats concrets, à ce stade ? Je n'en ai pas vu, parce qu'une discussion avec la Russie, c'est toujours difficile.
En ce qui me concerne, ayant réengagé celle-ci en 2019, et en le disant avec beaucoup d'humilité, j'ai pu le constater. Et je pense que c'est important de, là aussi, garder ces canaux de discussion. C'est ce qui d'ailleurs avait conduit la chancelière Merkel et moi-même, il y a quelques mois, à pousser les Européens, là aussi, à rouvrir une discussion structurée avec la Russie.
C'est dans ce contexte, et avec la même volonté, exigeante mais lucide que j'aurai un échange vendredi matin avec le président Poutine. Ce n'est pas un déplacement, c'est un échange téléphonique. Si un déplacement était à un moment à envisager, je pense que le format que vous avez décrit est à mes yeux un format tout à fait pertinent, et qu'il puisse y avoir véritablement une position germano-française, franco-allemande, assumée ensemble, compte-tenu de nos responsabilités à l'égard de la Russie.
Pour ce qui est de vendredi, ce sera un échange téléphonique, qui aura pour but de faire un point sur l'ensemble de la situation et d'essayer de, justement, obtenir de la visibilité, engager un dialogue exigeant et obtenir des clarifications sur plusieurs des points, qui d'ailleurs nous ont occupés ce soir, et font l'objet aujourd'hui de nos réflexions, de nos travaux communs. Eh bien dans des situations difficiles, il n'y a qu'une possibilité de résoudre tout cela, c'est-à-dire en favorisant tous les contacts, tous les formats de discussions. Nous avons essayé un certain nombre de ces formats et nous devons toujours et encore discuter de la situation à la frontière de l'Ukraine.
Mais il y a quand-même des formats qui reviennent maintenant, entre guillemets, "à l'actualité", qui ont été mises de côté pendant quelques temps, c'est le format OTAN-Russie, les discussions avec la Russie, les discussions au sein de l'OSCE et maintenant aussi le Format "Normandie". Il faut qu'on se parle, et évidemment on se dispute aussi, mais il faut chercher à progresser et sortir de l'impasse de cette situation délicate dans laquelle nous sommes. Je suis tout à fait satisfait du leadership que l'on constate actuellement, et le fait que tout le monde ait osé se mettre dans ces différents formats, dans ces différentes discussions, parce que c'est le seul moyen de pouvoir atteindre les progrès que nous souhaitons, que nous appelons de nos voeux.
Merci beaucoup. Merci beaucoup.
Emmanuel Macron