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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 19 décembre 2020 29 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalImmigration & asileÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

Philippe Olivier, eurodéputé RN : "La souveraineté est aux nations ce que la liberté est aux individus"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 25 %Attaque 55 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 84 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Est-ce que la coordination sur les mesures de confinement vous semble normale ?

  • 3:17RelanceRéponse directe

    Qu'aurait dû faire l'UE pour vous sembler satisfaisant ?

  • 4:15OuverteRéponse partielle

    La mutualisation des commandes de vaccins est-elle une bonne chose ?

  • 6:19OuverteÉludée

    Y a-t-il un accord en vue sur le Brexit ?

  • 7:09OuverteRéponse directe

    Ça bloque à cause de qui dans les négociations du Brexit ?

  • 9:12RelanceRéponse directe

    L'UE a-t-elle été trop stricte avec le Royaume-Uni ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:24Invité politiqueFait
    « la compétence de l'Union européenne n'est qu'une compétence d'appui en matière de santé »
  • 2:57Invité politiqueFait
    « Mme Van der Leyen, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a fait simplement, au départ de l'épidémie, un tuto sur la façon de se laver les mains »
  • 3:23Invité politiqueFait
    « elle aurait pu, par exemple, établir une mutualisation des moyens hospitaliers »
  • 3:29Invité politiqueChiffre
    « Il y a un organe de coopération et de coordination de l'action européenne, qui doit coûter à peu près 750 millions d'euros, qui a été totalement absent »
  • 4:19Invité politiqueFait
    « il y a toute une opacité sur la manière de procéder, sur le choix des vaccins »
  • 7:13Invité politiqueFait
    « ça bloque bien sûr parce que Fakun défend ses intérêts, ça c'est tout à fait logique »
  • 7:23Invité politiqueFait
    « l'UE n'a pas supporté le divorce et a essayé de faire payer aux Britanniques leurs ailes indépendantistes »
  • 7:43Invité politiqueFait
    « une manœuvre qui n'a trompé personne entre Theresa May qui était hostile au Brexit et Michel Barnier pour essayer de faire échouer le Brexit »
  • 8:04Invité politiqueFait
    « le Brexit, c'était le 29 mars 2019, ça a été reporté au 12 avril, puis le 31 octobre, puis le 31 janvier 2020, etc. »
  • 9:21PrésentateurFait
    « l'Union européenne a été peut-être un peu trop stricte dans ces négociations de sortie avec le Royaume-Uni »
  • 9:54Invité politiqueFait
    « le dossier de la pêche est plus avantageux aujourd'hui pour l'Union européenne qu'il ne l'est pour les Britanniques »
  • 12:30PrésentateurChiffre
    « 750 milliards d'euros pour ce seul plan de relance »
  • 12:39PrésentateurChiffre
    « plus le budget pour les six prochaines années, plus de 1000 milliards d'euros »
  • 16:00Invité politiqueChiffre
    « nous y contribuons à 70 milliards et nous avons 40 milliards de recours »

Temps de parole

  • Philippe Olivier52 %
  • Présentateur34 %
  • Invité9 %
  • Invité 23 %

2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:16
Présentateur

Bonjour, bienvenue dans Politique. Notre invité aujourd'hui, Philippe Olivier. Bonjour Philippe Olivier. J'espère que vous êtes avec nous. En tout cas, je vous renouvelle mon bonjour. Vous êtes député européen. Voilà, ça y est, on vous entend, membre du Rassemblement National. Vous siégez au sein du groupe Identité et Démocratie, groupe qui compte 75 élus sur un total de 705 eurodéputés. Vous êtes par ailleurs présenté comme un des proches conseillers de Marine Le Pen. Alors, y aura-t-il un accord sur le Brexit ? La date fatidique du 31 décembre, qui marquera la fin de la période de transition, s'approche à grands pas.

Le Royaume-Uni s'apprête à divorcer définitivement de l'Union Européenne sur un no deal. Ce n'est pas le moindre des dossiers que doit gérer l'UE, mais c'est loin d'être le seul. La crise sanitaire et désormais l'arrivée des vaccins ont remis les institutions européennes au centre du jeu. Tout comme le plan de relance qui vient d'être décidé et qui devra coïncider avec les objectifs ambitieux des 27 sur le climat. Une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2030. Autre dossier à venir, les discussions autour du pacte migratoire européen présenté par la Commission en septembre dernier, qui vise à remettre de la solidarité entre les pays membres.

Autant de sujets qui ont à voir avec l'idée de souveraineté et dont nous allons donc discuter aujourd'hui en votre compagnie, Philippe Olivier. Je voudrais qu'on commence cette discussion en évoquant la crise sanitaire, si vous le voulez bien. Depuis hier, on sait que l'Italie reconfine sa population à partir du 21 décembre jusqu'au 6 janvier prochain. On voit que chaque pays prend des décisions, chacun dans son coin. Est-ce que ça vous paraît quelque chose de normal, Philippe Olivier ? Ou bien est-ce que vous estimez qu'il aurait fallu davantage de coordination sur ces mesures de confinement, reconfinement, prises au sein de l'Union européenne ?

2:24
Philippe Olivier

Oui, mais écoutez, moi ce que j'observe, c'est que tout d'abord au niveau du droit, la compétence de l'Union européenne n'est qu'une compétence d'appui en matière de santé. Et donc, il est tout à fait logique que les États verrent eux-mêmes les problèmes de santé publique et en l'occurrence la réponse face à la Covid. Donc, on est dans un cas tout à fait normal. Maintenant, si on avait attendu l'Union européenne pour lutter contre cette épidémie qui est arrivée, on aurait été bien déçus parce que, rappelez-vous, Mme Van der Leyen, qu'est-ce qu'elle a fait ? Elle a fait simplement, au départ de l'épidémie, un tuto sur la façon de se laver les mains.

Et puis, on avait ensuite un certain nombre d'injonctions de l'Union européenne qui allaient à l'inverse des mesures sanitaires qui auraient été nécessaires, et notamment le contrôle des frontières. Donc, on voit bien qu'il était sain, qu'on n'attende pas l'Union européenne pour lutter contre cette épidémie.

3:17
Présentateur

Qu'est-ce qu'il aurait fallu qu'elle fasse, l'Union européenne, pour que ça vous semble davantage satisfaisant, Philippe Olivier ?

3:23
Philippe Olivier

Je pense qu'elle aurait pu, par exemple, établir une mutualisation des moyens hospitaliers. Il y a un organe de coopération et de coordination de l'action européenne, qui doit coûter à peu près 750 millions d'euros, qui a été totalement absent. Donc, on voit bien que cette coordination entre les pays ne s'est pas faite, alors même que ça aurait pu être extrêmement bénéfique.

3:46
Présentateur

Alors, de la coordination, il y en a quand même aujourd'hui à propos de la campagne de vaccination. Justement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, l'a annoncé. C'était avant-hier. Début de la campagne de vaccination dans l'Union européenne. Ça va commencer le 27 décembre prochain. Enfin, 27, 28, 29, parce que ça va dépendre des pays. Il se trouve que c'est Bruxelles, c'est l'Union européenne qui a centralisé les commandes. Là, on est dans de la mutualisation et dans de la coordination de la part des institutions.

4:15
Philippe Olivier

Oui, on voit bien que c'est la séance de rattrapage.

4:18
Présentateur

C'est toujours mieux que rien, non ?

4:19
Philippe Olivier

D'ailleurs, il y a toute une opacité sur la manière de procéder, sur le choix des vaccins. Il y a d'ailleurs eu la publication du coût des vaccins et l'Union européenne, la Commission a demandé qu'on ne communique pas là-dessus. Il y a donc beaucoup d'opacité derrière tout ça. Et enfin, on voit que l'Union européenne essaye de se remettre dans le jeu après avoir été totalement indigente.

4:42
Présentateur

Opacité sur le coût des vaccins ? Alors oui, parce qu'il y a eu une publication qui ne devait pas avoir lieu, mais c'est aussi normal. Pourquoi ne devait pas ? Enfin, qui ne devait pas. En tout cas, parce que si on en juge par ce qui se passe dans les autres pays, et je ne parle pas seulement de l'Union européenne, quand il y a de grandes négociations commerciales avec des entreprises comme les laboratoires pharmaceutiques, il y a aussi des appels d'offres qui sont passés et qu'on n'est pas censé, enfin on n'est pas censé, je ne parle pas de moi en particulier ni de vous, mais les règles commerciales veulent qu'on ne révèle pas tous les secrets des négociations en cours.

Ça le sera peut-être par la suite. Et du par ailleurs, je crois qu'il y a des eurodéputés qui vont avoir accès aux documents liés à la vaccination.

5:21
Philippe Olivier

Écoutez, j'espère bien parce qu'on a besoin de transparence. Je vous rappelle quand même que le rôle des parlementaires, c'est de contrôler notamment l'utilisation de l'argent public. Et donc, il est bien évident qu'il faudra faire la clarté sur tout ce qui a été décidé et le coût et les résultats.

5:39
Présentateur

Ça, on verra dans les prochaines semaines la façon dont les parlementaires européens seront appliqués ou non dans ces questions. Il y a beaucoup de sujets, je le disais en début de cette émission, Philippe Olivier, que je voulais aborder avec vous. Et il y a notamment, d'ailleurs, un pays qui a peut-être pris de l'avance par rapport à l'Union européenne qu'il est en train de quitter. C'est le Royaume-Uni sur la question de la vaccination. Le Royaume-Uni qui ne fait plus partie de l'Union européenne mais qui n'est pas encore tout à fait partie. Ce sera effectif le 1er janvier prochain avec ou sans accord. Pour l'instant, on est plutôt du côté du sang.

6:16
Invité

Toujours pas d'accord en vue, mais les discussions se poursuivent. Voilà en substance le résumé de l'entretien téléphonique entre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le Premier ministre britannique. Dans un tweet, Boris Johnson estime ainsi que le temps est compté et que la position de l'UE doit changer de manière substantielle. Si Ursula von der Leyen fait état d'importants progrès vers un accord commercial post-Brexit, les mêmes points d'achoppement persistent, au premier rang desquels la question des droits de pêche dans les eaux britanniques et la création de règles du jeu équitable pour offrir une concurrence loyale aux deux parties.

Le gouvernement britannique met en garde contre un chaos. Le 1er janvier, 7000 camions pourraient être bloqués dans le port de Douvres si aucun accord commercial n'est trouvé entre les deux parties.

7:00
Présentateur

Un reportage ce matin sur France 24. Toujours pas d'accord sur les relations futures entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Philippe Olivier, ça bloque à cause de qui ?

7:13
Philippe Olivier

Écoutez, ça bloque bien sûr parce que Fakun défend ses intérêts, ça c'est tout à fait logique, mais je crois aussi que ça bloque parce que nous sommes un peu victimes du dogmatisme de l'UE. L'UE n'a pas supporté le divorce et a essayé de faire payer aux Britanniques leurs ailes indépendantistes, si j'ose dire, et donc faire en sorte que ce Brexit soit le plus douloureux possible. Alors il y a d'abord eu une manœuvre qui n'a trompé personne entre Theresa May qui était hostile au Brexit et Michel Barnier pour essayer de faire échouer le Brexit et finalement revenir de manière indirecte en contournant la volonté du peuple britannique.

Ça a échoué, Johnson est arrivé et donc nous sommes dans une négociation où chacun des Français intérêts le disait, mais il ne faut pas dramatiser depuis le début, on repousse les délais. Je vous rappelle que le Brexit, c'était le 29 mars 2019, ça a été reporté au 12 avril, puis le 31 octobre, puis le 31 janvier 2020, etc. Et maintenant, on est dans les transactions ultimes. Bon, écoutez, il y a trois solutions. Soit il n'y aura pas d'accord et les règles de l'OMC s'appliqueront, ce sera un pays tiers. Et puis très vite, on retrouvera, je pense, des accords avec un voisin qui reste un voisin incontournable et un membre du continent européen.

Je ne vois pas qu'on puisse, par exemple, avoir des accords privilégiés avec la Turquie et ne plus en avoir avec la Grande-Bretagne.

8:49
Présentateur

Donc ça, c'est la première option. C'est l'option qui a vos faveurs ?

8:53
Philippe Olivier

Non, non, non. Moi, je pense que nous nous devons... Moi, l'option qui a ma faveur, c'est de défendre les intérêts français. C'est-à-dire, en l'occurrence, le premier dossier qui nous intéresse, c'est la pêche. Et en l'occurrence, peut-être que l'Allemagne n'est pas très intéressée par le dossier pêche. Donc il faut que nos négociateurs soient particulièrement vigilants sur ce dossier.

9:12
Présentateur

Alors, est-ce qu'il n'y a pas un peu de contradiction dans ce que vous dites ? Pardonnez-moi, Philippe Olivier, mais vous dites, en gros, l'Union européenne a été peut-être un peu trop stricte dans ces négociations de sortie avec le Royaume-Uni. Et en même temps, vous dites qu'il faut faire attention sur la pêche, puisque les Britanniques ne veulent pas restituer une partie de leur droit de pêche, justement, qu'ils avaient acquis au sein de l'Union européenne. Donc vous réclamez un peu de sévérité sur ce dossier, quand même, manifestement.

9:38
Philippe Olivier

Non, nous, ce qu'on reclame, c'est qu'on défende nos intérêts. Pas de manière idéologique, de manière pragmatique, si vous voulez. Le paradoxe, c'est que sur le dossier de la pêche, le dossier de la pêche est plus avantageux aujourd'hui pour l'Union européenne qu'il ne l'est pour les Britanniques. Donc ils sont en situation de force sur ce sujet. Mais il faut intégrer ce paramètre dans une négociation. Et si on bloque l'ensemble de négociations pour d'autres raisons, eh bien, le dossier de la pêche en ressentira. Vous voyez, c'est un jeu, évidemment, extrêmement particulier, mais comme dans toutes les négociations.

Mais ce qui est sûr, c'est que si la volonté de l'Union européenne, c'est de punir les Britanniques et d'essayer de faire de ce Brexit la séquence la plus douloureuse possible, nous serons mal partis pour défendre vraiment nos intérêts.

10:29
Présentateur

Est-ce qu'avec le recul, vous considérez que les Britanniques ont bien fait de choisir de quitter l'Union européenne ? Et est-ce que vous considérez toujours, au sein du Rassemblement national, que c'est un départ qui peut avoir une valeur exemplaire, c'est-à-dire qui pourrait inspirer d'autres pays, à commencer par la France ?

10:48
Philippe Olivier

Nous, nous respectons la volonté des peuples. C'est l'ADN de notre combat politique. Et donc, nous respectons tout à fait la volonté des Britanniques. Mais comme vous le savez sur l'affaire du Frexit, puisque vous en parlez, nous ne sommes pas sur cette option-là. Nous, nous pensons que, maintenant qu'il y a une montée des mouvements nationaux en Europe, il y a la possibilité de faire évoluer l'Europe dans le bon sens. Et donc, nous voulons la changer de l'intérieur et non plus la quitter.

11:16
Présentateur

Ça veut dire que ce qui était le premier objectif qui s'affichait dans la campagne de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2017, juste pour que ça soit bien clair, je relis ce qu'on peut toujours trouver d'ailleurs très facilement sur le site du Rassemblement national, rendent à la France sa souveraineté nationale vers une Europe des nations indépendantes au service des peuples. Et premier objectif, une négociation sera engagée avec nos partenaires européens suivie d'un référendum sur notre appartenance à l'Union européenne. Est-ce que ça veut dire que, eu égard à la configuration qui existe désormais aujourd'hui au sein du Parlement européen, ce référendum-là ne serait plus d'actualité ?

11:52
Philippe Olivier

Non, il n'est plus d'actualité, mais il pourrait le redevenir. Si on n'arrivait pas à changer les règles, et si, comme on va le voir, on va parler du cadre d'immigration, d'un certain nombre de dossiers, si l'Union européenne devait nous amener à la disparition de la nation française, c'est sûr que nous serions amenés à hausser un peu le ton. Là, nous sommes des optimistes, nous avons le sentiment que les choses peuvent bouger dans tous les pays, et nous voulons saisir cette chance.

12:16
Présentateur

Alors, Philippe Olivier, je rappelle, vous êtes député européen, membre du Rassemblement national, et vous siégez au sein du groupe Identité et Démocratie. Grosse actualité européenne, avec, par ailleurs, la semaine dernière, un plan de relance qui a été annoncé, 750 milliards d'euros pour ce seul plan de relance, plus le budget pour les six prochaines années, plus de 1000 milliards d'euros. C'est un accord qui existait depuis déjà quelques semaines, sauf qu'il y avait un blocage de la part de la Hongrie et de la Pologne. Le versement des aides était conditionné au respect de l'État de droit. Ces deux pays étaient contre. Ils ont fini par se ranger manifestement à cet accord.

Est-ce que ça n'est pas la moindre des choses, finalement, que les aides du plan de relance soient conditionnées au respect de l'État de droit au sein de l'Union européenne ?

13:05
Philippe Olivier

Alors, qu'est-ce que l'État de droit ? L'État de droit, c'est une avancée civilisationnelle de l'Europe qui a soumis l'État à des principes fondamentaux pour garantir les droits des citoyens. C'est une bonne chose. Mais en État, l'Union européenne utilise la notion d'État de droit pour essayer de contraindre les pays européens récalcitrants à rentrer dans son cadre.

13:33
Présentateur

Mais récalcitrant à quoi ? Récalcitrant à quoi ?

13:37
Philippe Olivier

Récalcitrant à quelques petites choses qui, pour nous, relèvent tout à fait de la souveraineté des nations. Par exemple, ce qu'on reproche à la Pologne et à la Hongrie, c'est le refus d'admettre les quotas de migrants. Moi, je crois qu'ils ont droit. C'est le refus de faire passer des lois sociétales que l'Union européenne voudrait voir passer. Ou c'est...

14:00
Présentateur

Loi sociétale, vous entendez quoi, par exemple ? Loi sur l'interdiction de l'IVG ?

14:08
Philippe Olivier

Mais attendez, attendez.

14:08
Présentateur

Sur le contrôle des médias ?

14:09
Philippe Olivier

C'est l'abaissement de l'âge de la retraite pour les justes de 70 à 65 ans. Et tout ça fait un pataquès qui me semble à la fois excessif et ensuite illégitime. Parce que, bien sûr qu'il y a un État de droit, mais il y a un État de droit national. Et puis, est-ce qu'on doit substituer le pouvoir des technocrates, le pouvoir des juges à la volonté populaire des peuples ? Je vous rappelle quand même que les gouvernements polonais et hongrois sont légitimes. Ils ont été élus de manière démocratique. Et donc, ils appliquent le programme sur lequel ils ont été élus.

Il y a un exemple tout à fait frappant et qui montre un peu le ridicule de la situation lorsque l'État de droit devient la dictature des juifs. Lorsque Salvini, qui est élu en Italie, refuse l'accès de bateaux de migrants sur ses côtes, il y a un juif pour le poursuivre pour enlèvement et séquestration. On voit bien que, alors qu'il n'a fait qu'appliquer le programme sur lequel il a été élu, on voit bien qu'il y a là une dérive de l'État de droit pour contrôler politiquement un certain nombre de pays ou un certain nombre de dirigeants. Et tout ça n'est pas admissible parce que c'est un abus, j'allais dire, de concept d'État de droit. L'État de droit, il est d'abord national.

Mais vous savez, créer un État de droit européen, c'est une manière pour l'Union européenne de se prendre pour un État. C'est une organisation internationale.

15:40
Présentateur

Alors, est-ce qu'au regard de ces réserves que vous exprimez, Philippe Olivier, vous en tant qu'eurodéputé et votre groupe Identité et Démocratie, allez voter contre ce plan de relance lorsqu'il vous sera soumis ?

15:54
Philippe Olivier

Nous verrons ce que nous ferons, mais nous, nous avons pas mal de grillés sur ce plan de relance. D'abord, ce plan de relance, il faut savoir que nous y contribuons à 70 milliards et nous avons 40 milliards de recours. Donc, on a un gap de 30 milliards, ce qui est quand même considérable. La deuxième chose, c'est que le fait qu'il y ait un plan de relance européen, ça nous fait perdre la capacité de déterminer, de dériver les aides que nous voulons faire. Et nous sommes tenus, finalement, par quelqu'un d'autre pour les aides à tel ou tel secteur.

Et puis, troisième point, qui n'est pas sans importance, c'est que ce plan de relance implique une mutualisation des dettes, sans d'ailleurs que notre contribution en soit pour autant diminuée, une mutualisation des dettes qui va amener aux ressources propres. Et quand on dit ressources propres, pour que les gens comprennent bien, il s'agit d'impôts européens. Aujourd'hui, on nous parle d'un impôt numérique, d'un impôt sur les plastiques, d'un impôt sur la taxe carbone ou sur les transactions financières. OK, tout ça apparaît bien loin, même si à la fin, ce sera le même contribuable, le même citoyen qui paiera tout ça.

Mais derrière, rien ne nous dit qu'on n'aura pas un impôt sur les entreprises ou un impôt sur les particuliers. Donc, vous voyez que ce plan de relance, il pose un certain nombre de problèmes, de problèmes de souveraineté sur le contrôle des fonds et de problèmes de souveraineté financière par la suite.

17:20
Présentateur

Ça dépend où est-ce qu'on situe la souveraineté. La souveraineté, elle ne se situe pas forcément, en tout cas exclusivement à l'échelle d'une nation. Il peut aussi y avoir une souveraineté européenne. Et ce plan de relance, il permet aussi, enfin, il est censé, il est présenté comme ça, il est censé permettre à l'Union européenne d'assurer sa souveraineté dans la compétition économique mondiale. Il est polivier.

17:46
Philippe Olivier

Vous savez, qu'est-ce que c'est que la souveraineté ? La souveraineté, c'est la liberté. La souveraineté est aux nations, ce que la liberté est aux individus. Moi, je crois que les nations sont libres et doivent être libres. Qu'elles coopèrent ensuite dans le cadre d'une organisation qui s'appelle l'Union européenne, ou quelle que soit d'ailleurs l'organisation, c'est légitime. Mais cette organisation ne peut pas devenir un État. Et pire, nous sommes en train de nous dire que l'Union européenne voudrait être un État fédéral, mais elle est partie pour être un État centralisé jacobin. Et nous ne serions plus que des régions de cette Europe qui est en fait un empire qui ne fait que s'étendre.

Donc, il y a derrière la question de l'UE, pas simplement de la coopération internationale, il y a des problèmes de fond qui se posent sur l'existence de nos nations, de nos États, de nos libertés.

18:37
Présentateur

Mais chez qui est-ce que vous voyez poindre justement cette volonté de fédéralisme ? Parce qu'on a plutôt l'impression quand même que c'est une idée qui a existé, qui a été forte il y a quelques années, mais qui aujourd'hui s'est considérablement quand même atténuée.

18:49
Philippe Olivier

L'idée fédéraliste, on la voit partout. Toutes les décisions qui sont prises tentent à dessaisir les États de leurs prérogatives pour les confier à soit des technocrates de Bruxelles, en ce qui concerne la politique, on l'a vu avec le contournement de la Constitution en 2005 qui a été remplacée par le traité de Lisbonne. On l'a vu, j'en ai parlé tout à l'heure un petit peu, avec cette espèce d'accord un peu crapuleux entre Barnier et Thérésa May pour essayer de contourner le Brexit. On le voit sur le pacte des migrations où des technocrates s'emparent du pouvoir de déterminer la démographie européenne.

Et puis il y a également cette question de souveraineté qui se pose avec l'État de droit, on en a parlé, avec une dictature des justes.

19:42
Présentateur

Alors, si vous voulez bien...

19:44
Philippe Olivier

On ferme les États de tous les côtés pour finalement n'en faire que de simples raisons d'un grand empire.

19:54
Présentateur

Évoquons justement ce pacte européen sur la migration et l'asile, c'est son nom. Il a été présenté fin septembre par la Commission européenne. Ça ne veut pas dire qu'il s'applique. Il est présenté, il va être discuté dans les prochaines semaines et les prochains mois. Je vais essayer de le résumer, mais en gros, il y a trois grandes lignes. Il y a l'idée qu'il y ait davantage de solidarité et de coopération entre les pays pour l'accueil des migrants, qu'il y ait des procédures de traitement des dossiers qui soient beaucoup plus rapides. Et il y a également un contrôle accru aux frontières extérieures de l'Union européenne qui est mis en place.

C'est un pacte contre lequel vous avez décidé de vous mobiliser au sein du groupe au sein duquel vous siégez. Je crois même qu'il y a une pétition qui est prévue, là aussi, dans les prochains jours. Qu'est-ce qui vous déplaît à ce point dans ce pacte européen qui essaie quand même manifestement de mieux coordonner, de mieux harmoniser les politiques migratoires des différents pays ?

20:52
Philippe Olivier

Oui. Alors, tel que vous l'avez décrit, ça peut apparaître séduisant, effectivement. Et je vais dire, excusez-moi, n'y voyez aucune critique, ce sont les éléments de langage de l'Union européenne. La vérité, elle est beaucoup plus préoccupante. En réalité, ce pacte, il vise d'une part à sécuriser l'immigration, ce qui pourrait se comprendre, mais en réalité, à transformer l'immigration illégale en immigration légale. à effacer la distinction entre réfugiés et migrants, et notamment migrants économiques.

Elle vise également à créer de nouvelles filières d'immigration, avec par exemple la possibilité, la décriminalisation pour les ONG, de toutes leurs actions en ce qui concerne le sauvetage en mer. Alors, on voit bien...

21:39
Présentateur

C'est quand même la moindre des choses que quand on... Pardonnez-moi, Philippe Olivier, mais quand on porte assistance à des personnes en danger, c'est quand même la moindre des choses que ça soit décriminalisé.

21:49
Philippe Olivier

Alors, je vais vous dire, le droit international dit que quand on récupère des personnes, on doit les amener au port le plus proche, sûr. Or, ce n'est pas ce qui se passe. Parce que le port le plus proche de la Libye, c'est la Tunisie. Mais on les amène en Italie. Donc, on voit bien qu'il y a un détournement du droit international. Mais pourquoi c'est fait, finalement ? C'est fait pour permettre à des organisations, des ONG qui sont extrêmement politisées, d'aller chercher sur les côtes libyennes ou sur d'autres côtes africaines des personnes. Alors, il y a quand même un certain nombre de doutes sur les connexions entre ces ONG et les passeurs. amener ces personnes...

22:31
Présentateur

C'est-à-dire, soyez plus précis, parce que je comprends...

22:34
Philippe Olivier

En Europe.

22:36
Présentateur

C'est-à-dire, les connexions entre les ONG et les passeurs. C'est-à-dire qu'il y aurait une complicité des ONG avec les passeurs ?

22:42
Philippe Olivier

On n'exclut pas. D'ailleurs, il y a des juges italiens qui ont investigué là-dessus. Et là, l'Union européenne s'interdit de regarder cet aspect-là en décriminalisant de manière systématique toute cette action-là. Or, là, il y a détournement, visiblement, du principe de solidarité. Et puis, je dirais, les États doivent rester maîtres de leur filière de migration. Ce n'est pas aux ONG de décider qui rentre ou qui ne rentre pas dans l'Union européenne. Je crois que... Alors, ne nous y trompons pas, d'ailleurs. Les ONG, si vous le regardez, sont en train de préparer et d'affrêter des bateaux immenses pour faire une sorte de pont maritime entre l'Afrique et le continent.

Je crois qu'il y a là un très, très grave danger sur nos systèmes sociaux, sur nos systèmes économiques, parce que nous rentrons dans une crise majeure. Et cet accroissement de l'immigration est extrêmement problématique. Alors, il n'y a pas dans le pacte d'immigration d'études d'impact. Donc, on prend des mesures, notamment sur le regroupement familial, très étendu pour toute l'Europe. On a vu les conséquences avec le décret de 1976 pour la France. Mais ces mesures, on ne les évalue pas. Mais il y a un mode, il y a quelque chose qui permet d'évaluer les effets de cette politique. C'est le fonds pour l'immigration. Il passe de 3 milliards à 10 milliards, c'est-à-dire 300% d'augmentation.

On va multiplier par 3 le budget.

24:17
Présentateur

Oui, mais ça va aussi servir au contrôle des frontières extérieures de l'Union européenne, Philippe Olivier. Mais juste d'un mot, parce qu'on est presque au terme de l'émission, si vous voulez bien.

24:29
Philippe Olivier

Vous avez vu Frontex. Frontex, qui a essayé, dans une opération, d'aider à la reconduction de migrants, elle s'est fait taper sur les doigts par la Commission européenne. Frontex n'est pas une agence de contrôle de l'immigration, c'est une agence d'accueil des migrants. Et donc, il y a là un problème majeur en ce qui concerne les ordres qui sont donnés à son texte.

24:50
Présentateur

Alors, Philippe Olivier, pour terminer cette émission, je le rappelle, vous êtes élu du Rassemblement national. Vous siégez au sein du groupe Identité et Démocratie, qui est un groupe qui sert de porte-voix aux idées des partis qu'on qualifie de receptiques. Bonjour Antoine Hulster. Bonjour. On vous retrouve comme chaque semaine pour votre chronique de fin d'émission. Et cette résonance des partis alliés au RN n'a pas toujours été une évidence dans l'histoire du Parlement européen.

25:14
Invité

Et non, sur le temps long, l'histoire du Front. Puis du Rassemblement national dans les couloirs du Parlement est même assez difficile à suivre. Cela tient peut-être au paradoxe qui est celui des eurodéputés RN critiqués l'Europe en siégeant dans ses institutions. Alors, pour être concret, le parti s'est toujours cherché des alliés au Parlement depuis son entrée fracassante en 1984. Des alliés, donc un groupe politique dans lequel siéger. C'est un élément capital pour avoir accès à des postes en commission et accessoirement à des financements.

Jean-Marie Le Pen et ses colissiers rallient donc le groupe des droites européennes qui deviendra plus tard le groupe technique des droites européennes. Mais ces rassemblements de députés nationalistes et eurosceptiques ne résistent pas aux logiques de la politique partisane. Des alliés qui s'éloignent, comme le MSI italien, ou des députés battus tout simplement quand les scrutins sont moins favorables. Tout cela complique forcément l'équation à l'heure de recompter les troupes en tenant compte des critères de formation d'un groupe parlementaire. Et c'est en vertu de ces aléas que des élus FN ont été isolés pendant de nombreuses années en siégeant parmi les non-inscrits.

Et en fait, il faudra attendre les suites de l'élection européenne de 2014 pour voir renaître un groupe européen incluant des députés frontistes. Le groupe de l'Europe des Nations et des Libertés est créé en 2015. C'est Marine Le Pen qui l'annonce elle-même dans une conférence de presse en juin 2015. Tout va changer car nous avons la possibilité encore une fois d'amender en plénière. Nous pouvons avoir des rapporteurs, des rapporteurs fictifs. Nous pouvons être dans les coordinations. Et pour tout changer justement, il faut investir le travail du Parlement dans ces commissions.

C'est ce qu'expliquait Edouard Ferrand, chef de la délégation FN au Parlement européen, quelques mois plus tard, en décembre 2015. Nous sommes 38 députés et plus de 100 collaborateurs. Effectivement, nous avons présenté deux motions de censure, plus de 2000 interventions en séance, plusieurs milliers d'amendements. Et nous sommes investis dans toutes nos commissions. Les 22 commissions du Parlement européen sont couvertes par nos députés. Et c'est vrai que nous sommes devenus, je pense, le principal groupe d'opposition. Et ce statut d'opposition revendiqué a eu un coup politique.

C'était la séparation des députés frontistes de celui qui avait été leur chef pendant de nombreuses années, Jean-Marie Le Pen, qui s'était illustré par une énième sortie antisémite quelques temps plus tôt, en contradiction d'ailleurs avec la stratégie de dédiabolisation adoptée par sa fille. Avec ce résultat, le fondateur du Front National était jugé infréquentable par les partis dont Marine Le Pen voulait se rapprocher. Avec sa suspension puissant exclusion, en 2015, une alliance européenne devenait donc enfin possible. Une alliance qui s'est même élargie après les dernières élections européennes avec un changement de nom à la clé.

L'Europe des Nations et des Libertés est devenue Identité et Démocratie. Mais une inconnue et une inconnue de taille demeure. Celle des objectifs politiques concrets d'une telle alliance. Les députés Identité et Démocratie s'illustrent plus par leur vote de rejet que par leur proposition. Et c'est logique d'ailleurs, c'est le jeu institutionnel du Parlement. Mais cela donne forcément très peu d'éléments sur leur capacité à travailler ensemble sur des politiques précises. Des politiques qui mettraient peut-être en lumière des divergences entre ces députés en matière économique, dans le rapport à l'État et même peut-être dans les subtilités et les complications des politiques migratoires.

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Présentateur

Eh bien merci beaucoup Antoine Dulcère et merci à vous Philippe Olivier, député européen, membre du Rassemblement national, d'avoir participé à ce numéro de politique, émission préparée par Antoine Dulcère, réalisée par François Connac avec à la prise de son Clara Gallivelle, à écouter et télécharger sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France. La semaine prochaine, c'est Gérard Courtois qui sera aux manettes de politique. Je vous donne pour ma part rendez-vous le 28 décembre pour les Matins de France Culture.