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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 25 juin 2021 10 min

Gros plan sur les régionales dans les Hauts-de-France : Sébastien Chenu et Karima Delli

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Gros plan ce matin sur les régionales dans les Hauts-de-France avec nos deux invités, deux candidats qualifiés pour le second tour. Dans un instant, nous serons avec Karim Adéli qui représente la gauche. Mais d'abord, voici Sébastien Chenut, tête de liste pour le Rassemblement National. Bonjour.

0:13
Sébastien Chenu

Bonjour Madame.

0:14
Présentateur

La campagne touche à sa fin. Vous avez multiplié les déplacements dans votre région cette semaine. Après l'abstention record du premier tour, est-ce que vous avez l'impression que vos électeurs vont se remobiliser ? Est-ce que vous sentez que ça repart ?

0:25
Sébastien Chenu

Oui, je crois qu'en réalité, les électeurs du Rassemblement National qui, de façon très importante, ne s'étaient pas mobilisés au premier tour, ont probablement compris qu'ils pouvaient faire changer les choses au second tour. L'élection n'est évidemment pas terminée. Les électeurs peuvent se rattraper en donnant quelques minutes de leur temps dimanche. Ils ont compris qu'ils pouvaient changer considérablement la donne et envoyer de ce fait un signal fort, notamment à Emmanuel Macron et à ceux qui le soutiennent.

0:50
Présentateur

Mais vous pensez que c'est en allant sur les marchés que vous allez pouvoir toucher les jeunes ?

0:53
Sébastien Chenu

Pas seulement, c'est aussi en vous parlant, c'est aussi en étant sur les réseaux sociaux, c'est aussi en parlant des sujets qui les intéressent. Vous savez, les jeunes subissent les problématiques d'insécurité, les problématiques de chômage, les difficultés à se transporter, la pauvreté. Et c'est évidemment en expliquant nos propositions sur ces sujets-là qu'effectivement nous pouvons dire aux jeunes électeurs, mais pas seulement à eux, qu'il y a effectivement une possibilité de changer les choses en élisant des élus du Rassemblement National.

1:18
Présentateur

Et que proposez-vous alors justement pour l'emploi des jeunes par exemple ?

1:22
Sébastien Chenu

Justement avec nos équipes qui sont bien souvent des hommes et des femmes qui sont issus du monde de l'entreprise, nous avons une proposition qui est très précise, que nous avons imaginée à destination des PME et des TPE et des chômeurs et des jeunes qui sont au chômage. C'est la prise en charge par la région de la période d'essai. Les trois premiers mois, ils sont cruciaux. Souvent, ce sont des mois qui sont difficiles à prendre en charge pour les entreprises. Elles font le pari d'investir sur un jeune. Si ça ne marche pas, ça leur coûte cher.

Nous, nous sommes là pour leur dire, la région prendra cette période d'essai en charge et le jeune qui sera embauché bénéficiera effectivement là aussi de ce dispositif. C'est un dispositif que nous avons imaginé, qui est concret, qui est simple, qui est efficace.

1:58
Présentateur

Dans votre programme, vous mettez en avant, vous l'avez dit, et vous n'êtes pas le seul, des enjeux de sécurité. Alors la sécurité ne fait pas à proprement parler partie des compétences des régions. Comme ça n'a pas très bien marché au premier tour, est-ce que vous avez gardé la même ligne ces derniers jours ou est-ce que vous avez changé votre fusil d'épaule ?

2:13
Sébastien Chenu

Non, moi je crois qu'il faut être cohérent. La première préoccupation des habitants, c'est la sécurité. Il faut être capable de dire que la région, elle agit en termes de sécurité, évidemment, dans les transports, dans les lycées, mais elle peut aussi ouvrir un chapitre sécurité, notamment dans l'aide aux communes, notamment dans la ruralité, qui voit une explosion de la délinquance, une explosion des cambriolages. C'est là que nous voulons être un partenaire des communes, des collectivités, en cofinançant ici la police municipale, là, de la vidéoprotection, à côté des brigades canines. C'est là où la région peut avoir une utilité.

2:42
Présentateur

Mais est-ce que les électeurs n'ont pas envie d'entendre parler de tous les dossiers qui incombent vraiment à la région, de ce qu'on peut faire pour eux en matière de lycée, de formation professionnelle, de transport ?

2:50
Sébastien Chenu

Mais vous savez, je crois que les électeurs, ils ont surtout envie d'entendre et de voir des résultats. Dans les Hauts-de-France, quand Xavier Bertrand est arrivé, il promettait la création de 60 000 emplois. Le résultat, c'est 21 000 emplois industriels détruits. Donc, par conséquent, les électeurs, je pense, sont lassés de ces hommes et ces femmes politiques qui sont les mêmes depuis tant d'années et qui les trahissent à chaque élection. Ça aussi, ça explique probablement l'abstention importante de dimanche dernier. C'est que nous sommes victimes, alors que nous n'avons jamais été aux responsabilités, des trahisons de tous ceux qui se sont succédés.

3:18
Présentateur

Justement, vous évoquiez Xavier Bertrand, le président sortant des Hauts-de-France. Il a déjà dit qu'il serait candidat à la présidentielle, mais il a dit aussi que s'il était battu dimanche, il arrêterait la politique. En faisant cela, il a bien évidemment nationalisé un scrutin local. Vous pensez que ça lui a servi, que ça a mobilisé encore plus ses électeurs ?

3:36
Sébastien Chenu

Vous savez, je pense que Xavier Bertrand, lui, est très content de cette abstention. Aujourd'hui, il est soutenu par En Marche. Nous l'avions dit et dénoncé avant le premier tour. Nous savions qu'En Marche allait le soutenir. Il avait beau dire non, la réalité, c'est qu'il devient le candidat d'Emmanuel Macron qui lui-même va aller voter au Touquet pour Xavier Bertrand dimanche. Mais Xavier Bertrand, en réalité, lui, ça ne me gêne pas qu'il y ait beaucoup d'abstention parce que c'est ce système qui profite de ce désastre démocratique. Donc Xavier Bertrand, son ambition, elle n'est pas ici. Chacun l'a compris.

Il rêve de partir à l'élection présidentielle et de laisser les Hauts-de-France avec nos problèmes. Eh bien, nous, nous sommes entièrement tournés vers la défense des intérêts de notre région. Nous sommes cohérents, mais nous sommes francs, réalistes. Nous disons la réalité des choses. Nous allons nous occuper des Hauts-de-France au moment où Xavier Bertrand nous dit « Votez pour moi et je partirai ».

4:19
Présentateur

Mais s'il y a eu autant d'abstentions, et notamment, voilà, votre parti en a été victime, vous l'avez tous reconnu, est-ce que ce n'est pas aussi parce que votre programme, finalement, ne plaît pas tant que ça à des personnes qui auraient pu voter pour vous ?

4:30
Sébastien Chenu

Non, je crois d'abord qu'il y a eu deux raisons principales à cette abstention. Une organisation lamentable, un gouvernement en dessous de tout, Darmanin qui soutient Bertrand, a été incapable d'organiser ses élections. Les professions de foi n'arrivaient pas, il manquait des bulletins de vote dans beaucoup de bureaux de vote. Et puis, la région n'a pas prouvé son utilité. Et là encore, ceux qui ont créé, fusionné nos régions du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, eh bien, ils ont éloigné les habitants des centres de décision de ce qu'ils peuvent comprendre de l'utilité de la région. Personne ne peut s'en satisfaire, puisque ça explique beaucoup l'abstention.

Et puis, il faut bien dire aussi que les propos qui sont d'une violence incroyable de Xavier Bertrand vis-à-vis des électeurs du Rassemblement National ne grandissent ni la politique, ni celui qui les tient.

5:07
Présentateur

Une dernière question, Sébastien Chenu. Avez-vous tout de même des regrets à propos de votre campagne, quand je dis votre campagne, la vôtre dans les Hauts-de-France, mais plus globalement aussi celle du RN pour ces régionales ?

5:17
Sébastien Chenu

Non, parce que nous restons cohérents et courageux. Et vous savez, c'est probablement notre marque de fabrique. Le reste, ce sont des bidouillages du système. Macron, Bertrand, tous ces gens-là se retrouvent ce dimanche et se retrouveront à l'occasion d'autres élections. Je crois que les gens ont les yeux ouverts. Nous, nous restons courageux, nous restons cohérents. C'est probablement notre marque de fabrique et probablement aussi ce qui peut inciter les électeurs dimanche à choisir les candidats du Rassemblement National.

5:39
Présentateur

Merci Sébastien Chenu. Je rappelle que vous êtes arrivé deuxième du premier tour dans les Hauts-de-France avec un peu plus de 24% des suffrages. Avec nous, celle qui est arrivée en troisième position avec près de 19%. Bonjour Karim Adéli. Bonjour. Vous êtes à la tête d'une liste d'Union de la Gauche, écologiste, socialiste, insoumis, communiste et j'en passe. Je vous pose la question de but en blanc. Pensez-vous encore pouvoir gagner dimanche ? Absolument. Dimanche dernier, personne n'a gagné. La grande gagnante, c'est l'abstention. Donc, nous pouvons encore créer la surprise dimanche prochain. Mais d'où peuvent venir les voix qui vous manquent ?

Vous représentiez déjà une liste d'Union de la Gauche dès le premier tour. Où est-ce qu'il est votre réservoir ? Le réservoir des voix, il est dans les 70% d'abstention. Vous voyez. Donc, j'appelle à un sursaut. J'appelle à un réveil pour que, justement, les citoyens et les citoyennes des Hauts-de-France montrent qu'il est temps de passer vraiment à autre chose et il est temps de s'occuper de la vie au quotidien des habitants des Hauts-de-France. Est-ce que le faible résultat de votre liste est lié au fait que la gauche n'est pas de conseillers sortants ? Puisqu'il y a 6 ans, la liste de gauche s'était désistée pour faire barrage au Front National.

Le Front Républicain, ça coûte cher quand même ? Non, ça ne coûte pas cher parce que, voilà, la gauche et les écologistes sont de retour. Je rappelle qu'ils étaient absents pendant 6 ans. 6 ans, c'est très long. Et on a vu ce que ça a donné, les dégâts, notamment dans notre région, entre une cogestion entre le Front National et notamment la droite de Xavier Bertrand. Vous voyez, tous nos indicateurs sont au rouge. Nous sommes une région où le taux de chômage est le plus fort de France. Nous sommes une région où l'espérance de vie est de 3 ans de moins que les autres habitants des autres régions. Nous sommes une région où un habitant sur 6 vit sous le seuil de pauvreté.

Vous voyez, tous nos indicateurs sont au rouge aujourd'hui. Il est grand temps de les mettre au vert. C'est pour ça que nous avons fait l'union pour changer la vie des gens. Qu'est-ce qui vous différencie le plus de vos adversaires ? Si vous deviez mettre un point en avant ? Tout nous oppose. C'est-à-dire, nous, nous avons un vrai projet régional qui est novateur et qui est en rupture avec les deux autres candidats. Je rappelle qu'ils sont d'accord sur plein de choses. Un, ils ont nationalisé ces élections sur des thématiques qui n'ont pas attrait aux compétences de la région. Ils ont parlé de sécurité avec, vous voyez, la démagogie sécuritaire. Ils sont pour la chasse à cours.

Ils sont pour le nucléaire. Pour plein de choses. Et ensuite de ça, ils n'ont absolument pas d'ambition pour la région. Puisqu'on le sait très bien, M. Bertrand voudrait utiliser notre région et cette élection pour en faire une primaire pour la présidentielle. Et M. Chenu, malheureusement, n'a qu'à traiter pour être, justement, un des VRP de Mme Le Pen pour l'élection présidentielle. Nous ne nous trompons pas d'élection, nous. Nous, nous savons ce que nous vivent les citoyens et les citoyennes des Hauts-de-France. Ce qu'ils réclament, c'est, justement, qu'on réoriente une liste et un programme vers l'avenir pour le climat et pour l'emploi.

Karim Adéli, je vous pose la même question qu'a Sébastien Chenu, juste avant vous. Est-ce que vous avez des regrets sur votre campagne ? Est-ce qu'il y a eu des ratés ? Absolument pas sur notre campagne. Nous avons fait une belle campagne et nous continuerons jusque ce soir minuit. Mais nous pouvons regretter que, justement, les grandes thématiques que nous aurions dû aborder, je pense à la précarité, notamment, et la pauvreté, n'ont pas été un sujet majeur de ces élections. Comment voulez-vous que des personnes qui ont moins de 30 ans, qui n'ont jamais eu de CDI, aillent voter ?

Comment voulez-vous que des gens qui travaillent et qui n'arrivent pas à boucler leur fin du mois aient envie de voter ? Vous voyez, faire campagne sur des thèmes qui ne relèvent pas de l'élection régionale pour préparer la présidentielle montre le désintérêt que porte le candidat Chenu, comme M. Bertrand, à cette élection. Ensuite, on a vu un M. Darmanin qui a été candidat, quand même, au lieu de s'occuper de l'organisation, notamment, de ces élections, on voit bien que ça a été la désorganisation au point que le matériel et l'information sur ces élections n'ont pas été à la hauteur.

Merci, Karim Adéli, chef de file de la liste d'Union de la gauche et des écologistes dans les Hauts-de-France. Vous étiez l'invité du 5-7.