Procès Sarkozy : la réponse d'un ancien juge aux attaques contre la justice
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 10 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Vous êtes contre le mandat de dépôt à l'audience ?
- 2:00OuverteRéponse directe
Comment ça se passe pour Nicolas Sarkozy ?
- 4:00OuverteRéponse directe
Quelle est la durée maximale de détention provisoire ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Est-ce que les magistrats peuvent être impartiaux ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Comment gérez-vous la puissance du juge ?
- 10:00OuverteRéponse directe
Comment équilibrez-vous vie professionnelle et vie privée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:30Fait
« Quand quelqu'un a fait appel sur le fond, avant son jugement sur le fond, si la cour d'appel est saisie d'une demande de mise en liberté, elle a 2 mois pour l'audience. »
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et on décide avant même que le deuxième procès a lieu la deuxième instance de le mettre en prison. C'est ce que c'est ce que je dis ça c'est un vrai problème mais c'est un problème qui se rend compte au quotidien. C'est vous êtes contre ça ?
Ah oui. Non mais moi de toute façon je je ne je ne suis vraiment pas un fan de du mandat de dépôt à l'audience. La personne vient libre, elle a toutes les garanties, elle est présumée innocente.
Je vois pas pourquoi il faudrait la mettre en prison avant son jugement en appel. Ça c'est c'est ma conviction de juge. Il se trouve que étant dedans, je vois tout à fait que au quotidien des mandat de dépôt sont décernées dès que des peines de prison ferme sont prononcées pour tout un chacun.
Et c'est justement cette problématique. Alors le problème de Nicolas Sarkozi, ne doit pas faire découvrir à certains que ça existe au quotidien si vous voulez. Maintenant, on peut discuter.
D'un côté, on demande à la justice d'être très sévère tout de suite, c'estàdire de prendre des mesures euh de prison sur des présumés innocents dès que les faits se sont déroulés. On l'a vu quand un policier a été frappé par des jeunes notamment, hein. Donc c'est voilà.
Est-ce qu'il faut un tour coin ? Oui, voilà. Exactement. parce qu'on se dit que ces jeunes jours on se dit que ces jeunes peuvent recommencer qu'ils sont dangereux pour la société qui peuvent d'ailleurs partir.
On se dit Nicolas Sarkozy a priori va pas recommencer et il ne va pas prendre la fuite. Mais mais justement c'est tout le problème de la loi française aujourd'hui. Quand un président de tribunal ou de cours d'appel prononce une condamnation, il peut la sortir d'un mandat de dépôt et le critère qui est posé par la loi est très large s'il ressort des éléments de l'espèce des raisons de prendre cette mesure de sûreté.
Alors qu'après quand les gens font des demandes de mise en liberté, on applique l'article 144 du code de procéure pénal qui prévoit pas le trouble à l'ordre public la gravité des faits. C'estàd pour ça qu'il sera certainement libéré après avoir été incarcéré quand il fera une demande de mise en liberté. Et mais je vous dis c'est au quotidien euh au mois d'août je présidais des des audiences de vacation comme on dit à la cour d'appel de Versailles.
J'avais des gens qui avaient été placés sous mandat de dépôt par un tribunal qui leur a une peine de prison ferme avec exécution provisoire et on en a relâché beaucoup parce qu'il présentait des garanties représenter la loi. Peut-être que les critères devraient être les mêmes. Oui.
C'est-à-dire au lieu d'avoir ces va et vi en prison parce que les critères sont différents selon que on est sur une demande de mise en liberté ou sur un modèle de dépôt initial, faudrait peut-être que on harmonise et que on permette la détention provisoire justement que dans les cas de l'article 144, c'est-à-dire quand il y a des risques de de fuite ou ou absence de garantie de représentation. Mais mais c'est quand même pas moi qui fait la loi. Bien sûr.
Mais il va rester combien de temps en prison selon vous ? Alors euh quand il y a une demande de mise en liberté qui est faite, la cour d'appel a 2 mois pour l'audiencer. C'est le délai légal maximum.
Sinon les gens sont remis en liberté. Donc dans ces 2 mois, bah ça peut être 20 jours, 1 mois, un mois et demi. Ça va ça va dépendre de la place et de la célérité qu'on va mettre à àancer la la 4 mois ou 6 mois ou 8 mois.
Euh ah non, c'est c'est pas possible. Quand avant Oui. Quand quelqu'un a fait appel sur le fond, avant son jugement sur le fond, si la cour d'appel est saisie d'une demande de mise en liberté, elle a 2 mois pour l'audience.
Comment ça va se passer qu'on comprenne ? l'audience de Nicolas Sarkozi pour reconnaître sa date d'incarcération. Il doit être là en personne dans le bureau de de quel magistrat ?
Comment ça se passe ? Combien de temps ça dure ? Alors, il va être il va être convoqué normalement à l'exécution des peines, c'est-à-dire il va aller au parquet, on va lui notifier la date d'incarcération doit se présenter à la maison d'arrêt ou alors on va lui notifier le fait qu'il doit se présenter à la maison d'arrêt tel jour.
Il y a deux pratiques, hein. Normalement, un un membre du ministère public, un procureur va le convoquer et et va lui lui indiquer qu'il doit se présenter tel jour. Le 13 octobre, il doit il doit être présent.
Il doit être en faire représenté par son avocat. Non, mais si alors ça dépend encore une fois, si le 13 octobre c'est juste pour donner la date où il doit se présenter à la maison d'arrêt, peu importe. Si le 13 octobre c'est la date où il doit être écroué, c'est que c'est lui qui vient et c'est pas l'avocat.
Mais le maximum qu'il est susceptible de de faire en prison, s'il nous écoute, ça peut l'intéresser. Oui, bien sûr. Donc ça ça serait combien ?
Et ben, ça serait 2 mois. Euh c'est le maximum euh pour pouvoir cette demande de mise en liberté. 2 mois à partir de la demande de mise en liberté.
C'estàd qu'il faudrait qu'il la fasse tout de suite, ce qui se fera dès le jour où il est incarcéré, il peut faire sa demande de mise en liberté et dans ces de mois, il est en prison au maximum. Mais après euh après c'est la COVA bel qui va décider si elle remet en liberté avant le jugement sur le fond ou pas hein. Je dis simplement que vu ses garanties de représentation, je quand même magistrat bien placé pour vous le dire, il a toutes les garanties, on n' pas peur qu'il prenne la fuite.
Donc ça me paraît un peu ni qu' renouvelle l'effet donc ça me paraît assez évident qu' qui qui sera libéré. Alors il y a tout un débat depuis sa condamnation. Il y a des mots très durs parfois contre la justice.
On a vu aussi de grands magistrats répondre publiquement en disant attention quand on commence à remettre en cause la justice, on remet en cause l'état de droit. Est-ce qu'on a le droit de de débattre en fait d'une condamnation ou est-ce que on a franchit des limites là ? Mais là on est en train de débattre pas pas de du du fond de la condamnation parce que c'est très difficile de juger un dossier.
On peut pas faire un sondage si vous voulez coupable pas coupable, ça a pas de sens. Les dossiers sont lourds et cetera. ce qui est ce qui et l'audience s'est bien passé d'ailleurs.
Après, c'est la décision des juges, ça sera peut-être pas pareil. On appelle sur le fond selon débat là, c'est la loi. C'està-dire euh est-ce qu'il est normal de mettre en prison quelqu'un qui est présumé innocent ?
Et ça, on a le droit de le débattre, c'est un problème de citoyen et cetera. Moi, moi je je le débat ouvertement avec vous et j'ai je me cache derrière rien. La loi aujourd'hui met des critères différents alors que ça reste de la détention provisoire dans les deux cas et et on doit pas appliquer les mêmes textes quand on est président de juridiction que quand on est cours d'appel.
ça tom sur une demande de mise en liberté. Oui. Ah ouah.
Non, juste pour savoir mais qu'est-ce que vous pensez du fait que ce débat la décision de justice à l'encontre de monsieur Sarkozy soit ramené à des motifs émotionnels ou d'opinion ? par exemple de dire "Ah bah la juge elle était contre moi parce qu'elle avait enfin comment vous voyez cette ce positionnement d'un d'un ancien président quand même qui était en tout cas garant des institutions et qui je pense à une en plus c'est un ancien avocat donc qui a une compréhension fine de mécanismes de la justice. Qu'est-ce que vous pensez de ce positionnement ?
Alors d'abord moi c'est différent. Moi, j'ai j'ai beaucoup contesté certaines attaques de Nicolas SarkoZi envers la justice quand il était président parce que précisément en tant que garant de notre indépendance, il avait une fonction officielle de président et je trouvais pas normal qu'il s'attaque à la justice de la façon dont il faisait à l'époque. Moi, j'étais assez clair à cette époque-là.
Euh, par contre, c'est injusticiable qui qui a été condamné. Il est pas dans la même position et il faut admettre plus facilement que quelqu'un qui vient de d'avoir une très mauvaise nouvelle soit pas content. Euh moi quand je prends une décision en cours d'assise, j'ai parfois des réactions des accusés en face de moi et qui sont ils sont pas très très contents non plus et peut avoir quelques mots.
Donc je voilà, on n' pas la même chose. On n pas un président de la République qui qui institutionnellement prend on a un justiciable qui estime que la décision est pas normale. Maintenant, il faut faire attention dans les mots qu'on emploie.
Pourquoi ? Parce que malgré tout, vous avez raison, c'est un ancien président de la République et ça s'est pas gommé complètement. C'est pas injusticiable qu'on le débat sur l'impartialité des des juges ou la partialité des des juges.
On a appris que cette magistrate la présidente alors elle était pas toute seule mais enfin elle présidait donc elle avait quand même un rôle prépondérant avait manifesté en 2011 contre le président Sarkozi sa politique pénale. On avait appris dans une autre affaire l'affaire Bismut que la présidente avait écrit une tribune très critique contre Nicolas Sarkozi dans le monde. Est-ce que ces gens-là finalement sont amèent de juger ensuite Nicolas Sarkozy ?
Est-ce qu'ils devraient pas eux-mêmes se se retirer de l'affaire ? Non, mais d'abord d'abord c'est une collégialité comme vous l'avez dit, c'est pas un juge unique. Même si on pointe du doigt, ça se prend ben c'est deux voix contre une.
On sait pas ce qui se passe exactement. Tu as un rôle important. Très bien.
À l'audience, mais après je vous assure que c'est trois voix et que et que et que on n'impose pas à ses collègues ce qu'on veut. C'est pas aussi simple que ça. Mais bien sûr, après il faut voir le degré.
En 2011, tous les magistrats ont manifesté contre la la politique de Sarkozi. Tous oui, mais c'est pour ça qu'on dit qu' le problème. C'est pour ça qu'on dit qu'ils veulent se venger de Nicolas Sarkozi qui voulait supprimer le juge d'instruction qui traitait le magistrat de petit poids et que il y a une revanche de la magistrature.
Bien sûr qu'il y a un antagonisme qu' a il y a il y a il y a un problème entre Nicolas Sarkozi et je je ne dis pas le contraire mais des professionnels des juges professionnels normalement arrivent à faire abstraction de ce genre de choses quand quand on juge des faits simplement. C'est ça être juge. On a tous des a priori mais pas que il y a ça.
On a on peut être de droite de gauche intelligent. Euh syndiqué. Alors ça c'est étonnant aussi.
On a le droit d'être syndiqué dans des syndicats parfois très engagés politiquement qui appellent à voter contre, à voter pour. Je parle notamment du syndicat de la magistrature. Est-ce que c'est normal ?
Oui. Mais alors vous voyez euh le droit de syndicat des syndicat existe. Moi je suis pas syndiqué.
Chacun fait ce qu'il veut. Mais quand vous avez une juridiction de jugement, de toute façon syndiqué ou pas, ils ont leur opinion politique les êtres humains, les jurés aussi d'ailleurs euh qui est plus engagée. Oui, j'imagine un type de droite qui se trouve face à un membre du syndicat de la magistrature, il doit dire pas gagnant.
Alors là, non, mais là, je pense que simplement faut faire attention dans la composition du tribunal qui va prendre l'affaire quand elle est très politique, faut peut-être prendre des un président et des ascesseurs qui qui qui le sont pas. Ah bah alors justement on aurait dû prendre en compte le fait qu'elle est qu'elle est manifestée contre Nicolas ou mais là la manifestation si vous revenez en arrière vous verrez le nombre de magistrat depuis Oui mais depuis depuis cette manifestation 15 ans passé je pense qu'il y a d'autres magistrats qui n'y étaient pas qui sont arrivés aussi faut quand même être assez un niveau assez important pour préer des affaires aussi difficiles he c'est pas si simple que ça il y a quand même une difficulté et donc c'est des gens les militaires n'ont pas le droit de manifester par exemple les militaires n'ont pas le droit de manifester ils n'ont pas le droit de Pas droit de grève, pas on n pas le droit de grève nous on a pas non plus tous les droits et on passe pas notre temps à manifester non plus. N'exagérons pas quand même.
Et puis et puis tous les maillrats sont pas politisés. Il y en a qui sont syndiqués mais du syndicat je dirais USM du syndicat on sait pas trop. Après il y a une frange de magistratisée.
On l'avait vu avec les murs des cons et cetera. Donc effectivement du mal que vous aviez condamné à l'époque le mur des fait du mal à votre métier évidemment vous rendez compte à chaque fois que que on parle politisation des magistrats c'est moi qui vous le sort d'emblé devant non mais ça c'était inadmissible c'était inadmissible et le problème qu'on a eu nous c'est qu'on a il s'est rien passé derrière il y a pas eu de démission c'est magistrature il y a eu aucune sanction d'aucune sorte donc en plus on n pas lavé notre lingechale sur sur cette histoire mais est-ce que vous le lavez souvent le linge en famille parce qu'on reproche au magistrat finalement de jamais trop se remettre en question de de quand quand un magistrat fait une erreur et parfois l'erreur peut être terrible quand on libère quelqu'un qui va tout de suite recettre un meurtre et cetera et on s'est dit mais finalement derrière il se passe quoi en fait ? C'est vrai.
Mais d'un autre côté, alors euh quand ce sont les décisions juridictionnelles, elles sont difficiles parce que de la même façon, on peut aussi mettre en prison quelqu'un qui va être déclarer innocent. Donc vous comprenez bien qu'il y a pas que les deux aspects, ça marche dans les sens. Voilà.
Et comme je dis dans mon livre aussi, et ben on prend beaucoup moins de risque à emprisonner un innocent qu'à mettre dehors un coupable potentiel parce que l'innocent, il va pas recommencer. C'est pas faux. Un chirurgien qui s' fait une erreur chirurgicale, il peut être aujourd'hui poursuivi.
Il a son assurance. Ouais. Et les magistrats maintenant sont assurés depuis que le texte a changé, qu'on peut aussi avoir des plaintes contre nous.
La seule chose que ça a changé, c'est simplement qu'on pay une assurance et comme un petit impôt et tout. Rien d'autre n' le livre justement, c'est toute la tension entre les principes euh de la justice et l'efficacité de la justice. Et vous nous avez justifié euh la décision vis-à-vis de Nicolas Sarkozi euh qui est donc association de malfaiteurs alors que dans votre livre même, vous dites qu'en matière de terrorisme, l'association de malfaiteurs va beaucoup trop loin.
Il suffit d'avoir fait un voyage, d'avoir eu quelqu'un au téléphone, de l'avoir croisé et c'est précisément ce qui Mais moi, j'ai rien justifié du tout. Je sais pas parler du fond du dossier. Bon alors moi je vais en parler.
J'ai précisé que l'association de malfaiteur avait été supprimée par de mémoire Robert Banater Garde des saut et ça a été remis en place par la droite. Droit commun. Ouais.
Bon le livre il il est très intéressant, il tombe pile dans l'actualité Nicolas Sarkozy. Donc forcément, on fait on fait des ponts, mais vous vous défendez une thèse de limiter la capacité de la justice à incarcérer en amont un terroriste sur la base de l'association de malfaiteur. Et moi, je suis un peu surpris, moi qui suis un citoyen, j'espère de tout cœur que la justice mette tous les moyens, y compris en allant un petit peu plus loin que nos principes habituels face au risques énormes du terrorisme.
C'est ce qu'on fait ça. C'est ce qu'on fait. Je dis simplement qu'on a un principe de base, c'est l'interprétation restrictive de la loi pénale.
C'est un principe qui date du droit romain. À partir de là, on voit que dans pas mal de domaines, la la poussée sécuritaire nous nous font élargir élargir et élargir parce que le peuple l'attend. Nous parce que je pense qu'à un moment donné législateur aussi, il faut pas qu'il se défausse sur les juges.
Il pourrait faire des lois qui sont plus claires pénales qui sont plus claires au lieu de faire des choses très larges où chacun interprète comme il veut. Et là, c'est l'arbitraire parce que si un juge interprète pas la même façon qu'un autre, là vous pouvez vous poser des Est-ce que le matin quand vous arrivez au bureau, vous vous dites "J'ai pas les moyens de travailler correctement ou pas ?" Bah quand j'arrive au bureau, je me dis sur Oui, tout le temps, je me dis surtout bah quelle heure je vais rentrer chez moi ?
Non mais c'est particulier quand cour d'assise parce qu'on finit à 2 3h du matin et c'est un ralbol général hein. On est tellement dans le boulot, je pense qu'on du coup on a du mal à à prendre du recul, à réfléchir sur ce qu'on fait, les décisions qu'on prend. Enfin, je sais pas comment expliquer ça.
Les mains dans le cambouille et là on est en train de discuter de problème de fond. Bon, moi j'y réfléchis quand j'écris un livre par définition, mais sinon au quotidien, j'ai beaucoup de mal à prendre le recul. Mais est-ce qu'on juge mal à cause de ça ?
Ah, bien sûr. Quand vous quand vous avez pas le temps vraiment de de vous poser, de réfléchir que vous êtes pris dans espèce de frénésie comme ça, euh c'est sûr si vous faites un délibé des jurés d'acide à à minuit 1h du matin, c'est pas de la même qualité que ce que vous faites tranquillement dans la combien vous avez de dossiers à gérer au quotidien ? Moi, je suis président de cours d'assise.
Donc, en fait, je vais tous les 15 jours, j'ai une session de cours d'assise. Donc là, j'ai j'étais à Pontois, j'avais une histoire de proxétisme aggravé pendant 15 jours. Et là, je suis en train de préparer ma prochaine session de cours d'assise qui commence pas la semaine prochaine, le début qui semaine pas près.
Donc, c'est toujours un rythme. Je prépare, je suis aux assises, je prépare, je suis aux assises. Et les sessions, ça dépend.
Parfois, il y a un gros dossier. Parfois, on en fait 5 si dans la session de 15 jours ou 3 semaines. C'est c'est c'est de l'abattage.
Ouais, les stocks sont énormes. Donc, c'est vrai que de plus en plus, surtout depuis la cour criminelle hein, les délais sont courts. On veut pas libérer les gens avant qu'ils soient jugés parce qu'on en est là, on doit respecter des délais.
Les cours criminels départementales. Monsieur Darmanin voulait faire passer une un nouveau texte parce qu'on est au bout du bout. On est bientôt libéré les gens.
Ah oui bah législateur a dit il y a pas de durée, il y a que cinq magistrats professionnels. Donc au lieu d'avoir 1 an pour juger les détenus, on aura que 6 mois renouvelable une fois. Résultat des courses.
On s'est retrouvé avec un amat de dossier de de viol notamment. On sait plus où en mettre. On fait mais double audiencement.
On audience à pâqu à février, il y a plus de petites vacances. Donc on peut on est au bout de ce qu'on peut faire. Mais on a supprime on supprime de plus en plus c'est juré et ça moi ça m'interpelle parce que la justice elle est rendue au nom du peuple français.
Le le peuple il disparaît de plus en plus pour juger des des criminels. Est-ce que c'est est-ce que ça vous dérange aussi ? Ben moi, ben tout à fait.
Moi, je suis pour le juré populaire mais moi je je me retrouve dans une situation effectivement bah on nous a supprimé dans 60 % des affaires, hein, les crimes jusqu'à 20 ans donc tous les viols aggravés, les jurés, ça nous fait du bien parce que ça nous aide à nous à tout mettre sur la table et à nous remettre en cause dans nos pratiques professionnelles parce que c'est des gens qui ont un regard neuf. Euh nous on leur apporte quelque chose qui est de la connaissance du droit, les infractions, comment elles sont constituées. C'est donc il y a ce mélange qui est très qui est très très bien.
Mais ce qui me gêne le plus, c'est que quand on a décidé de généraliser ça, d'enlever ses jurés pour les crimes jusqu'à 20 ans, on l'a pas fait pour des raisons de qualité, on l'a fait pour passer plus de contentieux sans mettre d'argent. Donc aujourd'hui, les réformes sur la justice, c'est jamais on se pose pas la question est-ce que c'est mieux avec un juré ou pas ? Personne n'a parlé de ça.
Quand quand Dupon Moretti a généralisé, il a pas dit. lui-même était pour les jurés populaires. Il a simplement vu que vu les stocks.
Ouais. Il y avait aussi une dimension où on se disait que le juré était forcément moins bon juge qu'un juge professionnel. Il y avait une une opposition un peu idéologique à la présence du juré.
Euh il faut pas les opposer, c'est ensemble qu'on est bien. Il faut les deux. Mais mais il y a eu une volonté de sortir le le citoyen de la justice en disant laissez faire, c'est une affaire de professionnel.
Et moi, j'aime bien reprendre l'exemple de l'évolution du code pénal. Vous me vous me corrigerez si j'ai tort, mais je crois qu'en 1994, on a fait le nouveau code pénal où l'ancien code pénal prévoyait un minimum de peine que le juge ne pouvait pas facilement contourner. Et désormais, le nouveau code pénal prévoit des maximums de peine en laissant toute l'attitude au juges de venir en dessous.
Et en réalité, si la justice est rendue au nom du peuple français, si la justice est conforme euh enfin se fonde sur le droit, le droit devrait fixer un minimum et un maximum, laissant alors le juge aller dans ce quantum de peine. Mais on voit trop souvent euh en tant que citoyen des juges qui décident qu'il est coupable mais qui vont très très bas dans le quantum de la peine. Et donc ça, on le comprend plus.
Alors, c'est tout le problème effectivement des des de ce que les anglais appellent des guidelines, c'est-à-dire ou les Américains. C'est-à-dire qu'effectivement dans les systèmes angloaxons de manière générale, il y a un minimum, un maximum et des guidelines, des donc un guide pour le juge pour voir voilà pour voir si on va plutôt vers par rapport à différents éléments critères vers le minimum ou pas. Le problème aussi c'est que parfois le minimum de la peine va être décalé.
Voilà, ça dépend si on descend très bas ou pas parce que si vous mettez un minimum qui est haut, vous retrouvez comme aux États-Unis notamment sur la triple récidive, un mineur, c'est la perpétuité et et ça pose un problème et ça pose des déviances. Ça veut dire que les jurés vont déclarer non coupables parce qu'ils savent que sinon la personne va aller en perpète alors qu'il est coupable. Donc il y a des trucs pervers.
Je je cite dans le livre l'exemple anglais qui est très clair. Une femme avait tué son mari qui le qui l'a maltraitait, qui l'a violit et cetera. Donc il y avait pas de team défense et elle l'avait tué euh de Saint-Froid et et les jurés savaient parfaitement que si elle était déclaré coupable, elle prenait 12 ans minimum.
On pouvait pas aller en dessous. Ils ont préféré déclarer innocente. On a la même chose avec la dépénalisation des viols qu'on traite le plus souvent pour criminel.
Maintenant criminel, je vais vous dire c'était le cas pour on est surchargé parce qu'il y a plus de de correctionisation. tout vous vous souvenez de la chanson les écubrations d'Antoine ? Ah oui, tout à fait.
Ou le juge a dit à Jules, vous aurez 20 ans. Et Jul a dit au juge, quand on aime, on a toujours 20 ans. Oui, c'est très beau.
Moi, moi j'ai une question à vous poser qui prolonge le le propos d'Alain et Olivier il y a un instant, c'est elle est double, elle est connexe. Comment on gère la puissance du juge ? Vous êtes un homme d'une puissance, je suis à côté de vous.
C'est la première fois que je suis à côté d'un président de cours d'assist. J'en ai vu en audience. Mais là d'être tout prêt, c'est un sentiment particulier. comment on gère dans sa carrière la puissance du juge et et de manière connexe, comment on arrive à trouver un équilibre dans sa vie quand on est juge 20 ans, 30 ans, 40 ans comme vous entre ce travail écrasant de responsabilité et et de boulot et sa vie personnelle, sa vie privée, sa vie tout court.
Alors, d'abord un juge a effectivement du pouvoir, c'est clair, la loi lui donne du pouvoir. Bah, notamment d'incarcérer les gens. Est-ce que c'est l'homme innocent en France, c'est pour ça.
Non mais sur dans sa cour dans la cour d'assise, j'ai un énorme pouvoir. Vous êtes Dieu mais vous vous l'avez pas la question. Est-ce que vous êtes Dieu dans Je crois un peu en moi après le reste me concerne mais je veux dire c'est évident dans une cour d'assise on a on a vraiment tout pouvoir mais on l'a pas au-delà mais simplement ça revient à ce qu'on disait c'est la loi qui limite les pouvoirs du juge.
C'est pour ça que quand les infractions sont mal définies, ça laisse un pouvoir beaucoup plus C'est ça que je voulais dire dans le livre et c'est important de bien le comprendre parce que si vous faites des choses trop vagues et ben il y en a qui vont abuser de de ce côté vague de la loi pour pour bah mettre n'importe qui en prison et cetera. Donc il faut que la loi définisse les pouvoirs qui sont donnés au juges pour pour limiter les abus potentiels. C'est toujours pareil, c'est vrai aussi du pouvoir exécutif, il faut une constitution va limiter par différentes façons le pouvoir exécutif.
Alors et et sur votre côté, comment vous arrivez en tant qu'être humain à Ah ben moi non mais alors il y a il y a il y a il y a il y a effectivement une usure hein qui se crée au fil du temps. Il faut lutter contre cette usure, c'est-à-dire la banalisation de ce qu'on fait. C'est-à-dire il faut toujours considérer que c'est grave ce que je fais et d' mettre autant d'attention qu'au premier jour.
Et c'est ça qui est le plus difficile et c'est ça qui est le plus usant. C'est c'est bon président de S non même si on juge je vais juger un nom incroyable de de viol en cour criminel départemental faut toujours que je me pose quand même la question que je mette tout sur la table et voir s'il y a assez d'éléments et cetera donc c'est très usant et quel part il reste pour la vie privée votre nul c'est nul bah quand je fais une 15 jours à Pontoise je suis 15 jours à Pontoise je je vois pas ma famille pendant 15 jour et les enfants de temps en temps quand il y en a qui désobéissent et allez 15 jours dans ta chambre ferme ou est-ce qu'il y a des peines planchées pour ces enfants Moi je je je citerai juste un mot extraordinaire dans votre livre, au cœur de votre livre, une citation de Jean de Laavarande, le fameux écrivain normand qui qui est qui est truculante, qui est fantastique. Le plus difficile n'est pas de faire son devoir, c'est de savoir où il se place.
Oui, tout à fait. Joël Dagoi. Oui, dans votre livre, il y a une partie aussi intéressante qui est un peu qui n'est pas tout ce dont on a parlé qui est la famille, notamment le regard que on porte sur la société.
Et vous dites dans votre livre que euh cette obligation en fait de subvenir entre guillemets aux besoins de nos parents, vous vous observez qu'elle est quand même mise à mal. Euh et ça c'est un point intéressant parce que il y a une un article qui est sorti hier dans le Figaro où on disait qu'il y avait 78000 personnes âgés qui étaient isolés. Donc on a le cas des épades avec la maltraitance.
On a ces personnes âgés qui sont isolés et on a ces enfants entre guillemets qui ne veulent plus subvenir aux besoins de leurs parents. Et quand vous observez ça dans la société, enfin est-ce que c'est un sujet d'inquiétude pour vous ou est-ce que c'est une évolution normale ? Oui.
Alors, j'ai j'ai observé à Lille parce que j'étais juste d'affaires familiale qui s'occupe aussi des procès en obligation alimentaire. Donc il y a à la fois les les parents qui doivent de la qui doivent qui doivent nourrir leurs enfants, j'allais dire, mais il y a les enfants qui après ont une obligation alimentaire envers leurs parents. Et là euh j'ai vu des des gens surréalistes, j'en raconte une là où il y a tous les frères et sœurs et cetera.
C'est c'est c'est pitoyable. Euh d'une manière générale, euh il faut dire la vérité, la France ne protège pas ces personnes âgées, même de de dans cette sous cet aspect là. C'est-à-dire que euh les vieux principes de droit romain où c'était complètement sacré de de d'aider d'aider ses parents et dans les dans la plupart des sociétés antiques, c'était quand même une obligation très importante, disparaît au profit ben du système social qui va qui va compenser.
Le département va payer, va essayer de récupérer un peu d'argent sur les parents qui veulent pas donner 50 € 100 € pour participer au frais des pades. Et nous juges, on est là, on se retrouve face à ces gens-là. Euh c'est très très déprimant.
D'une manière générale, pour moi, la France euh ne s'occupe pas de ces jeunes et de ces personnes âgées. Et comme je dis cyniquement, les jeunes, c'est quand même plus grave parce qu'ils ont un avenir. Bon, les personnes âgées moins, mais c'est du cynisme.
Juste la dernière question, je vous disais la la dernière question, les Français ne comprennent pas la justice, elle est trop complexe pour eux. Il faudrait euh davantage les initiales à la justice qu'on aille davantage voir des procès. Alors d'abord les jurés c'est une façon de au moins ceux qui viennent de voir comment ça fonctionne.
Ils en sont très contents donc il faut pas supprimer ce genre de choses. Il y a pas mal d'émissions, il y a des livres. Moi, j'essaie d'expliquer un tout petit peu aussi comme j'ai essayé d'expliquer l'antiterrorisme mais d'une manière générale c'est zéro dans les écoles au niveau de l'éducation civique faut être clair. [Musique]