Quelle est la ligne économique du RN ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
- C.Roux: Le RN semble capitaliser sur le désordre ambiant. Donné entre 30 et 35 % d'intentions de vote dans un sondage publié ce week-end, J.Bardella présente son livre, et il est même désormais mieux placé que M.Le Pen.
Lors des débats à l'Assemblée, la vision économique est critiquée par la droite, qui l'accuse de faire du "en même temps". - Il affiche ces derniers jours un sourire triomphant à la une des journaux ou en séance de dédicaces. En pleine promotion de son nouveau livre, J.Bardella se montre déjà lancé vers la prochaine présidentielle. - J.Bardella: On est en campagne permanente.
L'écriture est aussi un moyen de s'adresser directement aux Français. - Les sondages le donnent largement en tête d'un potentiel 1er tour, jusqu'à 37 % d'intentions de vote face à R.Glucksmann ou B.Retailleau.
Il ferait même mieux que sa patronne, M.Le Pen, pour l'instant inéligible. C'est en tandem que les deux se déplacent ces derniers temps. - J.Bardella: On est sur le terrain, au milieu des Français.
On est prêts à proposer pour le pays un projet d'alternance, que nous espérons pouvoir mettre en oeuvre dans les prochaines semaines. - Pour y parvenir, le RN s'efforce de rassurer les milieux économiques. Une quête de longue date du parti pour se défaire des procès en incompétence.
Depuis 2 ans, le RN a multiplié les tête-à-têtes discrets avec l'ex-patron d'EDF, le directeur général de Dassault Aviation, le numéro 2 du groupe Safran ou le président du Medef. - J.Bardella: Il faut une fiscalité de croissance.
Il faut baisser les impôts de production pour faire en sorte qu'on rattrape notre retard et qu'on se réalise sur le plan de la compétitivité avec nos partenaires européens. On a une énergie 2 fois plus chère qu'aux Etats-Unis. - A la sortie, P.Martin ne décrit plus le RN comme parti dangereux pour l'économie. - P.Martin: A l'évidence, certains sont plus conscients des périls et ce qu'il se passe dans le reste du monde que d'autres.
Ce n'est pas un parti pris de ma part. C'est plutôt G.Attal, B.Retailleau et, dans une certaine mesure, J.Bardella. - Selon un sondage, 29 % des petits patrons seraient prêts à voter pour un candidat RN.
Le fruit aussi, peut-être, de la stratégie pro-business affichée par M.Le Pen à l'heure des discussions budgétaires. - M.Le Pen: Avec le même espoir que les Français qui le souhaitent puissent tous devenir et rester propriétaires dans leur propre pays sans craindre de voir ce patrimoine être taxé. - Il faut pourtant composer avec sa ligne sociale.
Suspension de la réforme des retraites, baisse d'impôts pour les Français les plus modestes...
Le RN tenait un discours bien différent avant l'examen du budget, réclamant entre autres... - J.-P.Tanguy: Un effort beaucoup plus important sur la spéculation, la finance de marchés dont les effets sur l'économie ne sont pas favorables, la taxe sur le rachat d'actions et la taxe sur les super-dividendes. - Dans une même séance à l'Assemblée, M.Le Pen s'est retrouvée à défendre l'exonération de la mise à contribution des Français les plus fortunés. - M.Le Pen: Nous n'avons pas de haine à l'égard de ceux qui réussissent dans notre pays, mais nous considérons qu'ils doivent contribuer, dans les moments difficiles, et notamment pour financer les baisses d'impôts que nous souhaitons sur les classes populaires et les classes moyennes. - "Grand écart", dénoncent les opposants.
Le RN est pris à son tour dans le paradoxe du "en même temps". - C.Roux: Le RN est-il pris dans le paradoxe du "en même temps"? - C.Michel-Aguirre: Il essaie De faire du "en même temps" et le fait plutôt pas mal, de mon point de vue.
Leur socle électoral, il est fort, acquis, que ce soit J.Bardella ou M.Le Pen...
Les sondages sont assez stables sur les intentions de vote. Il ne faut pas s'étonner que les petits patrons soient dans l'étiage du reste de la population. Il n'y a pas de raison qu'il y ait de différence.
Jusqu'à présent, le grand patronat était très réticent à M.Le Pen parce qu'il considérait que son programme, à tort ou à raison, était socialiste. Historiquement, M.Le Pen, élue à Hénin-Beaumont, se positionnait en défense de la classe ouvrière.
Qu'est-ce qu'ils font, aujourd'hui? Ils ont fait la stratégie de la cravate, se notabiliser, mais ils sont aussi dans une stratégie systématique de draguer le patronat, celui qui a voix au chapitre, celui qui peut s'exprimer et dire "non, on ne votera pas". P.Martin a dit: "Ce n'est plus un problème." Vous avez eu plusieurs voix du patronat qui ont dit: "Le programme de LFI est pire que celui du RN." Ce que fait le RN dans son programme, ce qu'ils ont essayé de faire, c'est de dire: "On protège le patrimoine enraciné." C'est très important.
Les patrons de PME, ceux qui ont fait fortune mais pas une trop grosse fortune...
Ils ont voté cette taxe sur les multinationales. - C.Roux: Ils se sont abstenus sur un amendement LFI de taxation exceptionnelle des super-dividendes, en facilitant son adoption. - C.Michel-Aguirre: Ils essaient de tenir les 2 choses en disant: "On protège le petit patron, la petite fortune, la fortune française.
Et on taxe ceux qui partent, les très grandes entreprises, celles qui ont un capital potentiellement étranger." L'idée est d'élargir le socle à un patronat français. - C.Roux: Ca tient, économiquement? - D.Seux: Le glissement que l'on voit depuis quelques semaines, depuis 2 ou 3 mois, c'est que ce n'est pas encore un aimant, mais ce n'est plus un repoussoir pour les chefs d'entreprise...
Il faudrait faire des sondages très pointus...
J'ai vu l'évolution. Ca passe comment? Le prix de la stabilité politique dont on nous parle est trop élevé aux yeux d'une partie des milieux économiques.
Quand on voit toutes les taxes qui sortent, le débat Zucman...
Des milieux économiques se disent: "Au fond, allons à la dissolution. Regardons les urnes. Advienne que pourra." G.Meloni a écouté les milieux économiques...
Par rapport à la situation économique, ça va remettre les compteurs à zéro. Là-dedans, il y a des erreurs. Le RN est antieuropéen alors que les milieux économiques sont très pro-européens.
Le RN est hostile aux immigrés alors que les entreprises ont besoin des immigrés. - C.Roux: D.Lisnard était très sévère...
Il dit ceci. ...
Il considère qu'il y a une incohérence dans le positionnement économique du RN. - L.Fritel: C'est un moyen pour la droite d'exister.
Aujourd'hui, quand on voit à l'Assemblée que sur la question de la réforme des retraites en 2023, 19 députés LR ont voté la censure à E.Borne, Il y a des complications ensuite à justifier que ce qui différencie LR du RN, c'est la rigueur économique et une fibre plus libérale. D.Lisnard met en avant cette fibre libérale. - C.Roux: Il l'assume. - L.Fritel: A son corps défendant.
J'étais tombée sur un des membres de ceux qui font son programme et qui étaient blancs quand ils ont entendu dire "je suis libéral". Ils disent qu'il ne faut pas s'assumer libéral en France. Sur cette question des entreprises et leur taxation, le RN a historiquement, et c'est sa seule ligne rouge, entre les années 70 et aujourd'hui...
C'est le poujadisme: des petits entrepreneurs. En revanche, il faut taxer les grandes entreprises. Là où il peut y avoir une tension, c'est sur la question de l'assistanat.
Une partie de l'électorat est très virulente vis-à-vis des idées de la société. Il faudrait qu'il y ait très peu d'aides sociales. Une grande partie vit de cela.
Il y aura là une tension entre l'électorat de M.Le Pen et l'électorat de J.Bardella.
Mais il n'y a pas de distinction entre les 2. Si J.Bardella est candidat à la présidentielle, il présentera
Jordan Bardella