Chiara Parisi : "Arcimboldo a été un déclic"
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Que représente Archimboldo pour vous ?
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En quoi cette exposition s'inscrit-elle dans la lignée de 1987 ?
- 9:14OuverteRéponse directe
Comment avez-vous ciblé les 250 œuvres parmi des centaines ?
- 10:16OuverteRéponse directe
Pourquoi les cartels sont-ils regroupés par 5 ou 6 ?
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Pouvez-vous décrire l'œuvre d'Anette Messager ?
- 13:41OuverteRéponse directe
Comment se passe la fréquentation de l'exposition cet été ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« C'était le grand moment de la découverte d'Archimboldo. »
- 1:59InvitéFait
« J'ai découvert à travers un catalogue que j'avais dans ma bibliothèque que c'était Pontus Sulten qui avait conçu cette exposition. »
- 3:26InvitéFait
« À partir du 20e, on a considéré que c'était vraiment une figure essentielle pour les avant-gardes historiques, notamment donc pour le surréalisme. »
- 4:45InvitéFait
« C'est un artiste de la Renaissance. »
- 5:10InvitéFait
« C'est un artiste profondément conceptuel. »
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« Nous sommes aujourd'hui à environ entre 1500 et 2000 personnes par jour. »
- 14:15InvitéChiffre
« Nous avons retrouvé la fréquentation de 2019. »
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France Culture, les matins d'été, Chloé Cambrolat. Nous savons tous mettre un nom sur ces têtes composées de fruits, de légumes ou d'objets, mais les regardons-nous vraiment et surtout, voyons-nous ce que ces œuvres peuvent ouvrir de réflexion et de troubles. Pourquoi Archimboldo aujourd'hui ? La question peut être posée, mais seulement avant d'avoir vu l'exposition proposée actuellement au Centre Pompidou-Messe face à Archimboldo.
C'est le titre de cette exposition qui fait entrer en résonance le peintre milanais du XVIe, présent ici notamment via le printemps, l'automne ou le bibliothécaire, et les œuvres de 130 autres artistes, parmi lesquels Francis Bacon, Pablo Picasso, Maurizio Cattelan, Sidy Sherman, Hans Belmer, Gustave Courbet, Pierre Huig, Gilbert et Georges, ou encore Marcel Duchamp. Bonjour Chiara Parisi. Bonjour Chloé.
Merci beaucoup d'être avec nous sur France Culture ce matin, directrice du Centre Pompidou-Messe et commissaire avec Anne Orvat de cette exposition face à Archimboldo proposée jusqu'au 22 novembre, exposition qui inaugure votre programmation, puisque vous êtes à la tête du Centre Pompidou-Messe depuis la fin 2019, et c'est pourquoi j'aimerais commencer par vous demander ce que représente Archimboldo pour vous, puisque j'ai lu qu'il avait modifié le cours de votre existence.
Oui, j'aime dire ça, merci. C'est vrai que c'est ma première exposition que j'ai vue au moment que j'étais au collège. Alors je suis romaine, donc on est parti de Rome pour découvrir la couleur à Venise, pour voir notamment Giorgio Rone à l'Académie. Il y avait cette grande exposition, c'était en 1987, qui est Paligracie, et l'avait organisée. C'était le grand moment de la découverte d'Archimboldo, parce que depuis, donc, personne... Avant, personne n'avait vraiment fait une grande exposition, ce grand artiste pop, un peu, très très connu encore, déjà.
Et bien après, 20 ans après, j'ai découvert à travers un catalogue que j'avais dans ma bibliothèque, que c'était Pontus Sulten qui avait conçu cette exposition. Pontus Sulten est le grand premier directeur de son pont de Paris. Et c'est pour un conservateur, pour une historienne de l'art contemporain, pour un commissaire, c'est un peu la figure du maître absolu, surtout en art occidental et tout ça. Donc c'était vraiment un choc pour moi, parce qu'en effet, j'avais vu une exposition d'art contemporain. À Venise, à Palazzo Grassi, notamment, il y avait des œuvres de Salvador Dali. Dali était encore vivant, il mourra des ans après. Donc c'était...
J'ai dit après que cette exposition avait fait donc un déclic pour moi, et aujourd'hui, la passion que j'ai pour l'art, l'art contemporain, pour les artistes, ça vient pour moi, que je me dis ça, grâce à cette exposition.
Exposition donc de 1987, l'effet Archimboldo, les transformations du visage humain au 16e et 20e, organisé, donc vous l'avez dit, par Pontus Sulten. Peut-être faut-il aussi nous expliquer qu'il s'agissait effectivement d'une exposition majeure, et donc nous expliquer en quoi ce que vous proposez aujourd'hui, avec face à Archimboldo, s'inscrit dans la lignée de cette démarche, de cette approche-là.
Si, Pontus Sulten et Yaja David, ils l'ont voulu mettre à l'honneur à Archimboldo, comme une grande figure surréaliste aussi, redécouverte par les surréalistes, notamment par Breton. Dans les années 30, au moment où il y a eu une grande exposition sur le surrealisme et le dadaïsme, et Archimboldo était dans les catalogues, pas dans l'exposition. Mais à partir du 20e, on a considéré que c'était vraiment une figure essentielle pour les avant-gardes historiques, notamment donc pour le surrealisme, et était considéré un proto-surréaliste. Pour toutes ces questions, qu'est-ce que c'est bizarre, l'étrange, le surréal, l'extravagant, les hors-convention complète.
Et une des questions qu'on pose aussi souvent quand on fait ce métier, c'est c'est quoi ton tableau préféré ? Qu'est-ce que tu aimes de plus ? Et j'ai vu en cours des années, toutes les générations confondues, toutes les géographies aussi, qui souvent reviennent ces noms Archimboldo. Donc une étude depuis qu'on est tout petit, depuis OCP, depuis les primaires, et qui après fait ce travail, notamment les artistes contemporains aussi aujourd'hui, qui sont exposés au Saint-Pompidou-Mestre, ils ont cet amour absolu vers cet artiste. Mais quand tu vois les rêves, tu ne vois pas immédiatement cette référence.
Parce qu'on imagine que quand on aime Archimboldo, on ne fait que des portraits, et que des portraits avec des éléments végétaux, aquatiques, ou des éléments naturels. Donc j'ai découvert, grâce à ce travail de recherche pendant des années, que des artistes comme Mauricio Cattelan, Oad Roucher, Ocheri Samba, ils ont cette énorme passion pour cette grande artiste, pour cette extravagance, mais pour cette extrême liberté. C'est-à-dire que Archimboldo ouvre un territoire de liberté, des possibilités différentes par rapport à ce qu'il faisait les artistes de la Renaissance. C'est un artiste de la Renaissance. Aujourd'hui, on dit que c'est un artiste...
Aujourd'hui, depuis des années, on parle de cette courant artistique à l'intérieur de la Renaissance, qu'on appelle maniérisme, de façon très négative. Mais c'est un artiste de la Renaissance mûre, on peut dire, de la deuxième Renaissance. Donc c'est un artiste vraiment très, très classique. Mais en effet, cette façon de faire différente, cette invention qu'il crée, parce qu'il est un artiste d'invention, un intellectuel, c'est un artiste profondément conceptuel. C'est ça qui lui plaît. Il a toujours plu aux artistes, et il plaît de plus en plus aujourd'hui, aussi parce qu'il a une démarche profondément écologique, où l'homme n'est plus, il ne gère plus les mondes.
Il est au centre des différents éléments qui font partie de ses œuvres.
Oui, voilà, c'est ça. Alors là, c'est vraiment ça qu'on retrouve effectivement dans l'exposition à Metz. C'est finalement l'humanité, notre humanité un peu éclatée, dans le sens où il n'y a plus vraiment de frontières avec l'animalité, avec tout ce qui entoure, en fait, avec le vivant de façon plus générale. Alors, pour donner un peu une idée, donc, des œuvres que l'on peut voir dans cette exposition, alors, de Maurizio Cattelan, il y a par exemple l'œuvre Ego, qui est un crocodile naturalisé pendu au plafond. De Marcel Duchamp, il y a notamment une sculpture morte, faite de fruits, de légumes et d'insectes. De Courbet, il y a le tableau « Paysage fantastique aux rochers anthropomorphes ».
De Pierre Huig, « Human Mask », donc une vidéo tournée à Fukushima en 2014, avec ce singe serveur de restaurant vêtu d'une robe et d'un masque, et qui se déplace seul, donc, dans un restaurant déserté. On est effectivement du côté du bizarre, du trouble. Être face à Archimboldo, c'est aussi être face à nous-mêmes, qui aura Parisie, et face, donc, à notre humanité, un peu interrogée et malmenée, même. Oui, absolument.
La scénographie et l'exposition, elle est assez atypique, aussi, parce que nous entrons dans la salle, ce qu'on appelle la « Grand Nef » de Saint-Pompidou. Saint-Pompidou-Messe a été conçue par Chigurban et Jean-Dégatine. C'est un des premiers grands musées, vraiment spectaculaires, mais très humains, très familial, en même temps, mais très contemporain. Donc, tu entres dans cette gigantesque salle et à l'intérieur, il y a comme une labyrinthe où nous n'appelons pas des salles, c'est des allées, et chaque allée de ces labyrinthes amène un sujet qui s'appelle le grotesque, qui s'appelle le jardin.
Parlons, par exemple, des beaux-marses, donc les jardins des manialistes, ça peut être les portraits, évidemment, la nature morte, et on circule, vraiment, on dambule à l'intérieur de cette scénographie. Donc, on part d'une allée pour aller vers une autre, on est appelé par une œuvre et par une peinture et on se déplace vers une vidéo. Donc, il y a cette idée, vraiment, des cosmoconiques et d'éléments, et on souhaiterait que les visiteurs, c'est le fait partie, vraiment, d'un portrait d'Archimboldo qui est constitué d'éléments vivants et pas vivants.
Et ça, c'est un débat très contemporain et ultra urgent, vraiment, de le apporter, pour les questions écologiques, mais juste des rapports aussi entre l'être humain. Donc, c'est une exposition, je ne sais pas, mais sûrement, c'est un artiste à redécouvrir avec des yeux différents par le public qui l'aime et qui l'a déjà vu, mais vu son succès aussi, il a mis un peu de côté comme un artiste un peu ludique ou uniquement ludique, parce qu'en effet, les problématiques du bizarre, de l'étrange, de la monstruosité, lui, les portent profondément et la cour des Habsbourg, je les portais aussi. Dans l'exposition, nous avons un tableau très, très beau. Tous les œuvres sont vraiment très, très belles.
On a mis des grands prêts, mais il y a un tableau magnifique et c'est Antonietta González qui est un tableau de la Vigna Fontana, donc un grand artiste de la Renaissance, c'est une femme, donc la découverte d'un temps très récent. Elle est normalement dans le Château des Blois qui nous a permis ces prêts qui nous ont mis en résonance donc avec Pierre Guig au Zéonard où il y a une jeune fille, donc Antonietta, qui était à la cour des Habsbourg et elle avait avec sa famille un problème d'épilosité. Donc elle est très belle, elle est vraiment très fascinante et magnifique, elle est habillée de façon très sophistiquée.
On voit tout de suite dans ce tableau qu'une jeune femme avec un peau merveilleusement lumineux. Et le visage recouvert de poils. Oui, et évidemment cette famille qui vivait donc Archimboldo était et il la connaissait, il participait dans le même milieu on peut dire parce qu'il vivait dans cette idée de cabinet de curiosité à ce moment-là où l'élément de la monstruosité et l'élément de la beauté étaient interagissés.
Mais alors justement Chiara Parisi, vu toutes les portes que vous ouvrez, on s'est dit vous auriez pu finalement mettre là il y a 250 oeuvres je crois et vous auriez pu en mettre des centaines et des centaines et des centaines donc finalement comment est-ce que vous avez malgré tout un peu ciblé quoi ? L'exposition c'est toujours des trajets
de parcours personnel on commence dans le sujet et après il y a un millier il faut positionner une fin mais la fin c'est vraiment très arbitraire et on aime que les expositions donnent bien à d'autres types d'expositions par exemple à la suite l'exposition termine le 20 novembre et le 6 novembre nous aurons une exposition que ce n'est pas une exposition c'est un grand un grand événement c'est la biennale de Taipei de Bruno Latour et Martin Guinard c'est-à-dire le sujet de l'écologie le débat climatique le fait que nous ne vivons pas sur la même planète qui portait déjà peut-être Archimbold on le retrouve à Metz dans une autre exposition donc les choix se font à chaque moment que nous parlons que nous faisons des actions mais c'est vrai qu'il peut être une exposition sur tous les étages de Saint-Pompidou-Metz
alors il faut dire vous avez parlé de la scénographie c'est vrai aussi qu'il n'y a pas de cartel à côté de chaque oeuvre en fait ils sont regroupés par 5 ou 6 donc ça veut dire qu'on soit on décide de tout lire avant et d'aller voir les oeuvres dont il est question soit l'inverse on va voir les oeuvres on va lire ensuite en revanche c'est à chaque fois vraiment un texte il y a 90 auteurs différents je crois qui ont écrit ces textes qui aura Parisie donc on sent que vous vouliez aussi vraiment qu'il y ait une dimension pas que esthétique mais vraiment de connaissance et pour restituer aussi cet amour conceptuel dont vous parliez tout à l'heure des artistes contemporains pour Archimoldo
si face Archimoldo ça veut dire face à l'oeuvre face à l'aventure aussi face à oui à notre personnalité que celle de l'artiste donc en effet dans cette labyrinthe d'un côté qui est des oeuvres mais quand je dis les oeuvres on a vraiment une concentration de chèd'oeuvres on a des oeuvres vraiment juste incroyables qui vont de Pompéi au Hercolano à Ensor à Duchamp vous l'avez dit et aussi donc cette énorme fontaine cette artiste américaine féministe Linda Benglis on a Kastin Brach on a Daniel Espoir et donc il y a une profusion vraiment d'éléments d'éléments différents assez puissantissimes d'un art du XXe et du XXIe siècle donc les cartels ce qu'on appelle les cartels c'est des rapports qu'on donne aux visiteurs on a trouvé nous avons trouvé que c'était très important qu'elles soient très très longues elles ne sont pas énormément longues mais on peut se perdre aussi dans cette écriture que les plus grands spécialistes des Picabian ou des Heineken ou des Catelans lui-même donc les artistes même l'ont écrit sur le travail pourquoi il faut être aujourd'hui de plus en plus face à Archibald ou face à l'œuvre d'art et pour ça qu'on a créé comme un livre donc d'un côté de toute la part figurative visuelle et de l'autre côté c'est comme un livre tu as toute la séquence des cartels
et puis il faut il faut dire aussi Cara Parisi quelques mots de l'œuvre d'Anette Messager qui nous accueille dans le forum en ce moment au centre Pompidou Metz cette œuvre avec des animaux naturalisés des peluches des morceaux de tissu et ces miroirs pendus au plafond et donc dans lesquels on peut se voir lorsque l'on passe en dessous
oui c'est une œuvre merveilleuse d'Anette Messager qu'on aime profondément et dès qu'on entre les visiteurs arrive à Metz dans cette grande entrée complètement transparente on voit à l'extérieur on voit la place la piazza du centre du musée il y a cette grande voilière très ironique très ludique en même temps et puissantissime qu'Anette elle a fait en réponse à Archimboldo avec sa position contre la chasse pour la préservation de la nature et des animaux et évidemment j'ai dit à Metz Messager avec beaucoup d'émotion et ce que nous sommes vraiment là c'est un moment très délicat pour Anette et pour tous nous qu'on aime profondément Christian
Boltanski et cette oeuvre s'appelle Le désir attrapé par le masque et elle sera dans le forum du Centre Pompidou jusqu'au 22 novembre aussi c'est ça elle suit le calendrier
on va ajuster parce qu'avec Anette il y a toujours une possibilité de changement mais c'est oui c'est assez drôle qu'Anette elle appelle le désir attrapé de la masque évidemment parce qu'Archimboldo même c'est vraiment l'artiste de la masque c'était très actuel aussi par rapport au débat que nous avons vécu et nous vivons
enfin pour terminer Cara Parisi est-ce qu'on peut dire quelques mots de la fréquentation j'ai lu qu'il y avait eu beaucoup de monde au musée pour la réouverture justement à la fin du printemps on sait qu'il y a une problématique avec le pass sanitaire mais qui visiblement ne touche pas tellement les musées vous comment ça se passe chez vous cet été ?
c'est une très belle on a ouvert les musées parce que pour un musée les portes fermées c'est vraiment très complexe et dès qu'on a les portes du musée on les a ouvertes au public c'était très belle fréquentation nous sommes aujourd'hui à environ entre 1500 et 2000 personnes par jour donc nous avons retrouvé la fréquentation de 2019 mais évidemment c'est un public qui fait attention dans toutes les normes et tout ça mais l'architecture permet aussi une déambulation dans tous les étages de façon très facile et très sereine
merci beaucoup tiara Paris face à Archimboldo à voir jusqu'au 22 novembre au centre Pompidou je précise que cette exposition dont France Culture est partenaire est accompagnée d'un très riche catalogue de plus de 400 pages édité par le centre Pompidou c'est dans lequel aussi on retrouve entièrement l'essai de Roland Barth Archimboldo ou rhétoriqueur et magicien qui est passionnant merci Chiara Paris d'être venue sur France Culture ce matin merci beaucoup merci beaucoup
merci beaucoup