Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com· 2 novembre 2021 25 min

FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY : LE GRAND ENTRETIEN

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour François-Xavier Bellamy. Bonjour. Vous êtes professeur agrégé de philosophie, membre des Républicains, vous êtes également député européen et membre de la commission de l'industrie de la recherche de l'énergie. Alors ce mardi 12 octobre, le président de la République Emmanuel Macron a présenté son plan d'investissement France 2030. Il a notamment développé tout un plan sur l'énergie, il n'a pas parlé des EPR si ce n'est pour les remettre au calende grec. Il a vanté les mérites des SMR, donc Small Reactor. Qu'avez-vous pensé de sa réponse aux enjeux énergétiques du moment ?

0:35
François-Xavier Bellamy

Tout le problème de ce quinquennat, ça aura été des allers-retours perpétuels qui rendent complètement illisibles les décisions qui sont prises. Et le problème est particulièrement grave quand il s'agit d'industrie ou d'énergie parce que c'est des sujets sur lesquels l'échelle de temps est très longue. Pour construire un EPR, pour un programme nucléaire, il faut beaucoup de temps et il faut investir. De manière durable, exactement de la même manière pour la recherche, pour le développement.

Le gouvernement aujourd'hui, et c'est assez hallucinant, nous explique que d'un seul coup, on a découvert la lumière, il faudrait qu'on arrive à recycler les déchets nucléaires pour en faire de nouveau des combustibles. Mais ça, c'était le cœur du programme Astrid, auquel ce gouvernement a mis fin il y a tout juste un an. Donc il y a quelque chose d'absolument aberrant dans cette espèce de zigzag permanent qui a coûté très cher à la France. Astrid, c'est quand même 650 millions d'euros. Ils ont été littéralement jetés à la poubelle pour un programme qui, en réalité, était extrêmement prometteur et qui a été conclu par pure idéologie.

Et de l'autre côté, on a cette espèce d'aller-retour sur le nucléaire, une politique du « en même temps » qui, comme sur tous les autres sujets, produit les incohérences auxquelles on assiste aujourd'hui et qui est, là encore, je le redis, particulièrement incompréhensible quand il s'agit justement de ce choix de mix énergétique. Le nucléaire, si vous voulez, c'est une énergie qui a ses impôts. Il a ses inconvénients. On les connaît. Et l'un de ses inconvénients, celui qui est le plus évoqué par les opposants au nucléaire, ce sont les risques majeurs liés à une catastrophe nucléaire. Or, c'est là que je ne comprends pas la stratégie du président de la République.

Le risque existe dès que vous avez une centrale nucléaire. Et d'une certaine manière, vous avez beaucoup moins de risques quand vous avez 30 centrales nucléaires que quand vous en avez une parce que vous avez les capacités de maîtriser la gestion de la sûreté et de la sécurité nucléaire. Arriver à une situation dans laquelle on ferait descendre à 50% la part du nucléaire, n'a strictement aucun sens. On ne retire rien au risque. En revanche, on augmente tous les effets induits négatifs des autres énergies qu'on cherche à mobiliser.

Je pense par exemple à l'éolien, au solaire, qui sont des énergies qui ont le mérite de produire une énergie qui est peu carbonée, mais qui supposent en même temps que leur intermittence soit palliée par le fait d'importer du gaz qui permet de compléter cette énergie au moment où elle ne produise pas d'électricité. Donc, 50% de nucléaire. 60% de renouvelables. C'est un mix énergétique qui n'a littéralement pas de sens.

Soit on considère que le nucléaire est une énergie, et c'est ce que je crois, sûr, qui permet d'obtenir une électricité décarbonée et par ailleurs une électricité disponible abondamment, peu coûteuse, et donc un atout pour notre modèle social et pour notre compétitivité sur le plan industriel. Soit on considère, et je comprends ceux qui formulent cette objection, que le nucléaire est une énergie dangereuse, et dans ce cas, il faut en sortir complètement. Mais faire 50-50, d'une certaine façon, ça n'a intellectuellement aucun sens.

Et c'est malheureusement à cette espèce d'aberration que nous nous sommes consacrés au cours des dernières années, raison pour laquelle, au fond, les deux derniers quinquennats, celui de François Hollande, celui d'Emmanuel Macron, auront été l'occasion, non pas d'un surplace sur les questions d'énergie, mais en réalité d'une régression de notre pays. Rien n'a été fait, rien pour préparer l'avenir. Et l'avenir, d'une certaine manière, ça n'est pas demain qu'il se joue, c'est déjà hier. Il faut maintenant qu'on rattrape notre retard, parce que le temps industriel, le temps de l'énergie, c'est un temps très long, comme je le disais tout à l'heure.

3:55
Présentateur

Mais est-ce que vous, vous arrivez à définir en quelque sorte quelle est la vision d'Emmanuel Macron sur les questions énergétiques ? On a l'impression, et vous l'avez dit tout à l'heure tout à fait justement, qu'il pratique l'heure en même temps. Est-ce qu'au fond, il y a tout de même une ligne directrice ? Est-ce que ce qu'il a proposé en France 2030, qui est quelque part aussi des investissements pour le futur, qui en effet sont sans commune mesure avec le programme Astrid, mais est-ce que néanmoins, il n'y a pas en effet une prise de conscience louable de sa part ?

4:26
François-Xavier Bellamy

Je ne vois pas tellement où est la prise de conscience. Je pense qu'il y a des artifices de communication. On voit bien aujourd'hui Emmanuel Macron, qui sent les tendances de l'opinion, a parfaitement compris que les énergies renouvelables commençaient à atteindre leurs limites d'acceptabilité de la part de la population. Je pense en particulier aux éoliennes, l'éolien à terre comme l'éolien en mer, sujet dont je me suis beaucoup occupé, parce que je suis aussi en commission de la pêche et que je travaille avec les pêcheurs, qui voient bien les désastres environnementaux que l'éolien en mer produit.

On voit très bien aujourd'hui que le rythme d'installation de l'éolien a marqué le pas, a ralenti, et qu'il sera de plus en plus difficile d'installer des projets éoliens, malgré les phénomènes de pression, pour ne pas dire de quasi-corruption, qui touchent les élus locaux, qui sont directement incités au développement de ces politiques. Mais ce qu'Emmanuel Macron voit, c'est que, donc je le redis, que la tendance dans l'opinion est en train d'évoluer sur ces sujets. Ça ne fait pas une stratégie. Et d'ailleurs, la vérité, c'est que, si on veut bien regarder les choses en face, prenons une date qui me paraît fondamentale, c'est la date de 2050.

2050, c'est la date à laquelle la plupart des éléments de notre parc nucléaire aujourd'hui en activité seront sortis d'exploitation. 2050, c'est aussi le moment dans lequel les éoliennes qui ont été construites jusqu'à aujourd'hui seront sorties d'exploitation. Si on veut réussir à passer la barre de 2050, alors qu'on sait qu'en 2050, on aura besoin probablement d'entre 20% et 40% de plus d'électricité que ce qu'on consomme aujourd'hui, parce que la transition énergétique fait qu'on électrifie tous les usages.

On va interdire aux gens bientôt d'avoir des voitures avec des moteurs thermiques, donc il faudra des voitures électriques, donc il faudra produire de l'électricité pour faire rouler ces voitures. On va avoir besoin de plus en plus d'électricité et simultanément, on va voir diminuer massivement la production d'électricité disponible.

Si on veut réussir à affronter ce cap, à éviter le scénario qui se dessine aujourd'hui à l'horizon, pas seulement en France, mais dans toute l'Europe, le scénario de pénurie d'électricité, d'électricité structurelle, le scénario d'une explosion des prix de l'énergie, si on veut éviter ça, c'est encore une fois aujourd'hui qu'il faut se mettre à lancer un programme majeur d'investissement dans la construction, et moi je pense en particulier à la construction de centrales nucléaires, pas seulement de SMR, ces petits réacteurs qui d'ailleurs n'apportent pas grand-chose sur le plan de la technologie.

Il faudra aussi des EPR, il faudra aussi que des réacteurs de taille importante puissent permettre d'alimenter notre réseau électrique pour pouvoir garantir aux Français l'énergie disponible dont ils auront besoin demain.

6:51
Présentateur

– Alors vous avez évoqué justement des investissements, pour faire ces investissements, il faut les financer. Pour les financer, je voudrais qu'on parle d'un sujet qui n'est pas forcément le sujet le plus connu des concitoyens français, c'est la taxonomie européenne. Est-ce que vous pouvez nous dire en quelques mots ce qui se cache derrière cette terminologie ?

7:11
François-Xavier Bellamy

– Alors le mot peut impressionner, mais en réalité, la réalité est assez simple. La taxonomie, c'est un règlement européen dont le but est de faire la liste de toutes les sources d'énergie qu'on peut considérer en Europe. Qu'on peut considérer comme verte, qu'on peut considérer comme pouvant soutenir notre objectif de transition énergétique. On sait que l'Europe veut décarboner son énergie et par conséquent, il faut qu'elle investisse dans des sources d'énergie qui seront susceptibles d'être financées à ce titre par les États ou bien de bénéficier de conditions de financement préférentielles de la part des acteurs privés.

La taxonomie, le but est de faire une liste qui soit reconnue par tous comme étant une liste légitime d'énergie effectivement propice à cette transition. Le scandale qui se joue, c'est qu'il s'agissait au départ de réunir un groupe d'experts pour leur demander quelles énergies pouvaient être considérées comme étant vertes. On a commencé par dire que le nucléaire ne ferait pas partie des énergies examinées à ce titre. Pourquoi ? Aucune raison. On connaît pourtant le nucléaire, on connaît ses avantages, on connaît aussi ses inconvénients. Il y a des inconvénients au nucléaire, c'est une certitude. Mais ce n'est pas une source d'énergie qui soit encore inconnue.

Ça fait des décennies qu'on la pratique dans un pays comme la France par exemple. Donc il n'y avait aucune raison de mettre le nucléaire de côté. Et le gouvernement français a laissé faire ça. Alors que c'était une faute intellectuelle, c'était une faute rationnelle, mais c'était aussi une faute politique majeure, contre en particulier le mix énergétique français. Aujourd'hui, la singularité de la France, c'est que nous avons 75% de notre énergie, notre électricité, qui est produite par des centrales nucléaires. Ça fait une grosse différence avec un pays comme l'Allemagne, par exemple, qui est sorti du nucléaire.

Qui est sorti du nucléaire, a dû ouvrir des centrales à charbon, a donc un point de PIB beaucoup plus carboné que la France. Nous avons le point de PIB le plus décarboné d'Europe, et qui par ailleurs, paye son électricité aujourd'hui quatre fois plus cher que la France. Il est très clair qu'aujourd'hui, les Allemands ont tout à fait intérêt à ce que la France ne puisse plus bénéficier de cet atout remarquable que constitue son énergie nucléaire. Et donc, on voit bien que dans ce schéma initial de la taxonomie, il y a évidemment une intention de mettre à l'écart le nucléaire, pour nous empêcher de continuer de bénéficier de cet atout que nous avons développé depuis le général De Gaulle.

Donc, on est devant cette bataille de la taxonomie aujourd'hui. Un premier acte délégué a été publié, donc un premier texte, une première version, peut-on dire, de cette réglementation, qui inclut seulement les énergies renouvelables, donc l'éolien, le solaire. Nous, ce que nous voulons, c'est évidemment que dans un deuxième acte délégué, on puisse inclure le nucléaire, parce que le nucléaire est une énergie décarbonée et que même le GIEC le dit, on ne fera pas face au dérèglement climatique si on ne met pas en œuvre la solution nucléaire. Je crois que ceux qui s'attaquent au nucléaire, je pense en particulier aux écologistes, sont d'une mauvaise foi absolument confondante.

La vérité, c'est que si on déclare l'état d'urgence climatique, si on croit qu'il y a une urgence de ce point de vue-là, on n'a pas le droit simultanément de se retirer à nous-mêmes les moyens de faire face à cette urgence. Peut-être la recherche nous permettra-t-elle de trouver demain une source d'énergie qui soit moins problématique que le nucléaire, du point de vue des déchets, du point de vue de ces questions de risque nucléaire. Il ne reste pas moins qu'aujourd'hui, nous avons là une source d'énergie qui, malgré tout, est sûre. Nous le savons, nous le voyons bien aujourd'hui.

En fermant Fessenheim, on a fermé une centrale que l'Autorité de Sûreté nucléaire considérait comme parfaitement capable de poursuivre l'exploitation. C'est donc par pure idéologie que l'on s'acharne à combattre une énergie décarbonée. Ceux qui font cela prouvent en réalité qu'ils ne croient pas une seconde au problème de représenter le carbone dans la transition climatique.

10:56
Présentateur

Est-ce que la France a été à la hauteur sur ce sujet-là ? Parce qu'on le voit bien quelque part, une première manche est presque perdue quand on voit que le nucléaire n'est pas dans le programme du plan de relance d'obligations vertes. Est-ce que ça ne préfigure pas finalement l'abandon du nucléaire également dans la taxonomie ?

11:15
François-Xavier Bellamy

C'est clair que la France a été aux abonnés absents. Je ne dis pas la France d'ailleurs. Je dis que le gouvernement français, parce que nous au Parlement, ça fait deux ans qu'on tire la sonnette d'alarme. Ça fait deux ans qu'on alerte sur le danger. J'ai publié des textes, j'ai évidemment communiqué avec les parlementaires de la majorité, avec le gouvernement en attirant leur attention sur ce qui était en train de se jouer et ce qui est en train de se jouer. Il faut bien que ceux qui nous regardent le comprennent. Ce qui est en train de se jouer touchera directement la vie des Français. Parce que c'est bien sûr la question climatique qui est en jeu.

Mais c'est aussi avec l'énergie nucléaire, le financement de notre électricité. C'est donc l'avenir de notre modèle social. On voit à quel point aujourd'hui l'augmentation des prix de l'électricité constitue un problème pour beaucoup de Français. À la veille de l'hiver, tous ceux qui se chauffent à l'électricité, qu'on a incité d'ailleurs à se chauffer à l'électricité, vont voir leurs factures augmenter fortement. Il ne s'agit pas d'un problème conjoncturel. Ça va durer. Et même si on sort du nucléaire ou si on abîme notre outil nucléaire, on peut dire que ce n'est que le début. Ce n'est que le début des problèmes.

Le ministre de l'Économie va à Bruxelles en disant il faut réformer le marché de l'énergie. La vérité, c'est que ce n'est pas tant une question de marché qu'une question de production. Vous pouvez construire le marché comme vous voulez. À la fin, il y a un principe de base, c'est que ce qui est rare est cher. Et donc, si on a peu d'électricité, cette électricité va coûter de plus en plus cher. Si on a besoin d'importer de plus en plus de gaz parce que le gaz va avec l'éolien et le solaire, quand l'éolien et le solaire ne marchent pas, il faut allumer des centrales à gaz. Si on a besoin d'importer de plus en plus de gaz, on peut faire le marché qu'on veut.

On peut définir les règles du jeu qu'on voudra. À la fin, on payera évidemment le gaz qu'on importera au prix que nous dicterons ceux qui nous le vendront à l'avenir. Donc, c'est très clair que ce qui se joue, c'est l'avenir du modèle social français. C'est l'avenir aussi de notre industrie. Parce que ce qui est fondamental pour un industriel, quand vous installez une usine, la première chose que vous regardez, c'est la disponibilité de l'énergie et le coût de l'énergie. Aujourd'hui, le coût de l'électricité en France, c'est l'un des éléments majeurs qui restent à notre compétitivité. Si on se retire cet atout, là encore, on va vers une désindustrialisation aggravée.

De notre tissu économique en France. Donc, tous ces enjeux-là sont fondamentaux. L'énergie, voyez-moi, je suis prof de philo, ce n'est pas mon domaine initial. Mais j'ai choisi de m'engager dans ce domaine au Parlement européen parce que je crois que c'est un sujet majeur pour l'avenir de notre pays, pour l'avenir de notre souveraineté, pour notre capacité à maîtriser notre destin. Et plus je me plonge dans ces questions, plus je vois à quel point elles détermineront tout le reste. Je suis très heureux d'ailleurs de voir que ces questions arrivent enfin au sommet de la pile à la veille de l'élection présidentielle. Mais on peut le dire, oui, la France a été aux abonnés absents.

Sur cette première manche qui est perdue. Et maintenant, il faut travailler d'arrache-pied pour réussir à remporter la deuxième manche. C'est un sujet vital pour notre avenir.

13:49
Présentateur

Et si on part du principe assez négatif qu'on pourrait la perdre, cette bataille, quelles en seraient les conséquences immédiates, concrètement, quid du modèle énergétique français ? Est-ce qu'il meurt ?

14:02
François-Xavier Bellamy

Je pense qu'en tous les cas, ce sera très compliqué pour nous de mettre en œuvre les investissements nécessaires pour reconstruire notre parc nucléaire. Ce qui pose d'ailleurs un problème, un problème majeur. Normalement, d'après les traités européens, le mix énergétique est une compétence des États membres. C'est-à-dire les États membres décident de leur mix énergétique. Vous avez des pays en Europe qui ont choisi de sortir du nucléaire. Grand bien leur fasse. Vous avez des pays en Europe qui sont encore aujourd'hui en train de se chauffer au charbon.

Et d'ailleurs, le charbon qui est émis par, y compris nos voisins allemands, fait actuellement des milliers de morts et des milliers de morts même en France. Parce que, évidemment, les particules et la pollution ne s'arrêtent pas aux frontières. Mais d'une certaine façon, on a choisi cette Europe-là dans laquelle les États continuent de décider de leur propre mix énergétique. Très bien. En faisant la taxonomie européenne, la Commission est en train de revenir sur cet équilibre.

Parce que si demain, elle empêche les États de financer une source d'énergie en particulier, alors en réalité, quand bien même la France aurait théoriquement le droit de disposer d'une énergie nucléaire, elle n'aura concrètement plus vraiment les moyens d'obtenir qu'elle soit financée. J'ajoute que ce n'est pas seulement les questions d'énergie. Le troisième acte délégué de la taxonomie va être sur l'industrie elle-même. Et le risque est grand de voir exclue, par exemple, de cette taxonomie, des chaînes de valeurs industrielles. Je pense par exemple à l'industrie de défense.

Voilà, on va dire, puisque ça a été mon cas, j'étais rapporteur sur le Fonds européen de défense au Parlement européen. Dans la dernière ligne droite, on a vu les écologistes arriver en disant « Non, mais nous voulons que tous les projets d'industrie de défense soient favorables à l'environnement ». La vérité, c'est que quand vous construisez un char de combat, vous ne mettez pas dedans des bombes biodégalantes, des bombes biodégradables, ça n'existe pas. Donc si on rentre dans cette logique un peu délirante, on risque de couper les financements et d'empêcher toute une chaîne de valeurs industrielles d'accéder à la possibilité d'investir dans l'avenir.

Et ça, pour le coup, c'est un enjeu là encore capital pour notre souveraineté, pour nos emplois, pour notre modèle social. Et je pense qu'il est temps que la France tape du poing sur la table et dise, et je crois que c'est aussi un enjeu de l'élection présidentielle, il est temps d'élire un gouvernement français qui sera capable de dire demain nous voulons que les traités soient respectés. Nous ne sommes pas hostiles au projet européen, à la condition que ce projet européen ne se fasse jamais contre la souveraineté démocratique de notre État, contre la souveraineté des peuples européens. Ça n'a pas été l'intention initiale. Il faut respecter maintenant la lettre et l'esprit des traités.

16:28
Présentateur

Vous parliez tout à l'heure de la gauche, donc Emmanuel Macron, François Hollande, qui depuis dix ans n'ont rien fait sans le nucléaire. J'ai envie de dire finalement, est-ce que la droite n'est-elle pas également coupable, à partir du mandat de Jacques Chirac en 2002 et ensuite de Nicolas Sarkozy, parce qu'il n'y a pas eu de constructions qui ont été organisées, alors qu'on pouvait possiblement imaginer que la consommation d'électricité allait augmenter ? Est-ce que la droite ne porte pas une responsabilité également dans cette problématique ?

17:01
François-Xavier Bellamy

Évidemment, c'est une question de temps long, donc on peut regarder les choses sur le long terme. La vérité, malgré tout, c'est que quand on a un parc nucléaire qui fonctionne et qui répond aux besoins du réseau, ce qui est encore le cas aujourd'hui, il n'y a pas non plus de nécessité de construire toujours plus et d'une certaine manière de construire dans le vide. C'est quand le renouvellement arrive qu'il est nécessaire de s'y engager. La gauche a construit pour un accord de gouvernement une espèce de compromis improbable qui consistait à faire baisser la part du nucléaire dans le mix énergétique français, ce qu'Emmanuel Macron d'ailleurs a confirmé.

Il n'a pas du tout supprimé l'objectif qui avait été créé par François Hollande dans cet accord avec les Verts. Il a même exécuté la promesse de faire un accord avec les Verts. Il a exécuté la promesse de faire fermer Fessenheim qui, encore une fois, était une centrale parfaitement viable. Et il a seulement reculé de 10 ans l'objectif initié par le quinquennat précédent. Sur ce sujet-là, comme sur bien d'autres, en réalité, les deux quinquennats auront été parfaitement alignés.

Maintenant, ce qui est clair, c'est qu'on est devant un défi, un défi pour toute la société française d'une certaine manière, parce que le fait que pendant si longtemps on n'ait pas construit, le fait que pendant si longtemps on n'ait pas investi dans l'avenir a fait que nous manquons aujourd'hui beaucoup des compétences nécessaires pour pouvoir mener ce travail. Et c'est d'ailleurs l'exemple de Flamanville qui le démontre très bien. Donc oui, on a un travail majeur devant nous pour reconstituer des compétences, mais c'est un travail crucial si nous voulons, je le redis, garder notre souveraineté, parce qu'il n'y a aucune raison de s'inquiéter pour l'avenir du nucléaire dans le monde.

Les États-Unis investissent massivement sur le nucléaire. La Chine investit massivement sur le nucléaire. Rappelons que c'est le Parti communiste chinois d'un côté, de l'autre côté, le Parti démocrate américain, avec John Kerry à sa tête, qui disent à quel point le nucléaire est nécessaire pour pouvoir préparer l'avenir. Donc il y aura, c'est évident, dans l'avenir une part importante d'électricité qui, dans le monde, sera produite par des centrales nucléaires.

Le grand rêve, c'est que nous nous réveillons trop tard et que demain, nous ayons besoin des compétences venues d'autres puissances auxquelles parfois nous avons apporté notre propre savoir-faire, que nous devenions dépendants désormais de ces puissances pour pouvoir obtenir les connaissances nécessaires à cette technologie de pointe.

19:10
Présentateur

Alors, dernière question, dernier point que je voulais aborder avec vous. Donc, la France bascule ces derniers mois dans une inflation du prix de l'énergie. C'est assez global. On a le pétrole qui vient d'atteindre un record. On a le gaz qui a pris plus de 12% le mois dernier, si je ne m'abuse. L'électricité qui devrait aussi potentiellement augmenter. Alors, on nous parle beaucoup de crise d'existence civilisationnelle, excusez-moi, liée à l'immigration, aux tensions de population.

Est-ce que là, également, sur ce point, le point de l'énergie, on n'est pas en train de basculer dans une nouvelle ère, finalement, l'ère de la décroissance quelque part, c'est-à-dire où les énergies fossiles, on prend enfin conscience qu'elles ne sont pas illimitées. Est-ce que cette décroissance, ce n'est pas une fatalité, finalement ?

19:58
François-Xavier Bellamy

D'abord, ce n'est quand même pas nouveau. Je pense que tous les Français savent que le pétrole coûte cher et que quand on a besoin de se déplacer, quand on a besoin de sa voiture pour aller travailler en particulier, on doit faire face aux coûts très importants que cela représente depuis longtemps. Ce coût, disons-le aussi, il est pour une très grande part constitué de taxes. Et je pense que l'État, aujourd'hui, devrait prendre ses responsabilités pour garantir que les Français puissent encore respirer un peu. Et je pense en particulier à ceux qui ont besoin d'énergie pour se déplacer, pour travailler, pour se chauffer.

Il faut qu'on arrive à garantir que l'État ne va pas gagner de l'argent dans un moment où les Français, eux, sont dans cet impasse économique. Et puis pour le reste, je dirais, voilà, on a le choix entre deux modèles de société. D'un côté, il y a effectivement celui qui nous est proposé, implicitement, celui de la décroissance, qui consiste à finalement tenter de diminuer massivement notre consommation d'énergie. Et puis de l'autre côté, il y a le chemin d'une forme de confiance dans la capacité humaine à progresser, à apprendre. Je crois que le nucléaire, aujourd'hui, justement, est devenu le symbole de ce débat.

Ce que veulent ceux qui s'attaquent au nucléaire, c'est que nous soyons contraints de décroître et de diminuer. Il faut savoir une chose, c'est que la croissance dans toutes les sociétés humaines, l'activité économique est, d'une manière plus générale, la vie est toujours directement liée à la dépense d'énergie. L'énergie, c'est la vie. Il suffit de regarder les êtres vivants que nous sommes. Nos organismes ont besoin d'énergie. Ils vivent à travers la dépense d'énergie qu'ils expriment dans leurs activités quotidiennes. Vous voyez, nous nous parlons, nous consommons de l'énergie pour cela. Nos intelligences consomment de l'énergie, nos corps.

Et par conséquent, nous avons besoin de consommer pour pouvoir ensuite vivre, tout simplement. Et je crois que c'est ce que nous devons faire. Et je crois que c'est ce que nous devons faire. Et je crois que c'est ce que nous devons faire. Et je crois qu'aujourd'hui, on est finalement, face à cette crise de l'énergie, au fond, devant une crise de la vie. Moi, je n'ai jamais cru que la croissance devait être le but absolu des politiques publiques. Jamais. Je pense que c'est d'ailleurs une espèce de recul de la civilisation, que la croissance devienne à soi seule le but, le bien, l'objectif suprême.

En revanche, je ne crois pas une seule seconde que la décroissance puisse être un but elle aussi. Ce qui compte dans l'organisation politique, c'est de chercher le bien, de chercher la justice, de chercher la vie bonne, comme le disait Aristote. Et la vie bonne, c'est la vie, et la vie suppose justement cette dépense d'énergie. Et ça n'est pas en bridant la vie, en diminuant, en contraignant la quantité d'énergie disponible, que l'on servira le bien et la justice dans les sociétés de demain. Donc, on a besoin de faire ce choix qui est clair.

Aujourd'hui, les dépenses d'électricité, le prix de l'électricité augmente, le prix de l'énergie augmente, d'une manière générale, pour des raisons qui sont aussi liées au contexte immédiat dans lequel nous sommes en train de parler.

Mais la vérité, c'est que si rien n'est fait, si nous continuons dans le chemin que nous avons dessiné à l'instant, si nous n'investissons pas dans notre capacité de produire pour demain une énergie abondante, fiable et décarbonée, à un coût qui soit maîtrisé, alors nous irons directement vers des situations de tensions structurelles sur les prix, vers une augmentation majeure du coût de l'énergie, et surtout, et c'est ça le plus incroyable, mais il faut qu'on s'en rende compte, vers des pénuries récurrentes.

En décembre dernier, le 8 décembre exactement, la France est passée tout près du black-out, c'est-à-dire tout près d'un moment dans lequel des besoins en électricité n'auraient pas pu être satisfaits. Ça a été le cas parce que plusieurs centrales étaient en situation d'entretien, parce qu'il a fait très froid, parce que les éoliennes ne tournaient pas, parce que le soleil ne brillait pas, mais ça se passera demain si nous continuons de fermer les centrales nucléaires, et si nous continuons, au fond, de croire, c'est le pari que font tous les pays européens en même temps aujourd'hui, que dans un cas de pénurie, on pourra acheter plus d'électricité.

On ne pourra pas acheter de l'énergie chez son voisin. La vérité, c'est que quand vous mettez de l'éolien et du solaire partout, par définition, quand le vent ne souffle pas dans un pays en Europe, il ne souffle pas non plus dans le pays voisin, le vent ne commence pas à la frontière, et que vous ne pouvez pas compter sur le mythe du château d'eau électrique qui fait que vous auriez toujours une réserve d'électricité disponible chez celui qui est à côté de vous. L'électricité, on ne sait pas la stocker, et donc quand on en a besoin, il faut qu'elle soit disponible. Si on continue dans cette voie, tous les gestionnaires de réseaux en Europe le disent, on aura des pénuries récurrentes.

Et le grand paradoxe, ce qui fait aussi une part de l'irrationalité du débat politique aujourd'hui, c'est qu'on a beau le savoir, on continue de faire comme si on ne voyait rien. Je crois que les décideurs d'aujourd'hui prennent une lourde responsabilité envers l'avenir s'ils continuent de nous engager dans cet impasse que nous connaissons déjà. Bien entendu, c'est très clair. Merci François-Xavier Bellamy d'avoir répondu à l'invitation de Front Populaire. Merci à vous.

FRANÇOIS-XAVIER BELLAMY : LE GRAND ENTRETIEN — François-Xavier Bellamy · Pourquijevote