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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 17 juin 2026 10 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

"Je ne voulais pas mélanger les genres donc j'ai gardé ça pour moi", confie Laurent Fabius, peintre

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:25OuverteRéponse directe

    Bonjour Laurent Fabius. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.

  • 0:45OuverteRéponse directe

    Vous avez l'âge, l'envie de commencer une carrière de peintre ?

  • 1:50OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous cherchez à tenir à distance ou à chercher en peignant Laurent Fabius ?

  • 2:35OuverteRéponse directe

    Parce que vous expliquez, quand vous étiez jeune, on vous a trop emmené au Louvre, et ça vous a un peu presque dégoûté de l'art et de la peinture.

  • 4:05OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui est plus difficile ? Être seul dans son atelier ou dans un congrès du Parti Socialiste ?

  • 5:38OuverteRéponse partielle

    Est-ce que vous pouvez, en quelques mots, pour l'auditeur, décrire cette toile ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:53Invité politiqueFait
    « Mais mes peintures ne seront pas obligatoires. »
  • 1:14Invité politiqueFait
    « je ne voulais pas mélanger les genres, et donc j'ai gardé ça pour moi »
  • 2:28Invité politiqueFait
    « J'ai eu une enfance qui a baigné dans l'art. »
  • 3:05Invité politiqueFait
    « Il y a 15 ans, ma compagne m'a offert ce qu'on appelle un nécessaire de peinture. »
  • 8:17Invité politiqueChiffre
    « L'accord qu'on appelle GCPOA, c'est 159 pages, plus 5 annexes. »
  • 8:35Invité politiqueFait
    « le diable est dans les détails »

Temps de parole

  • Laurent Fabius62 %
  • Présentateur38 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

7h49, Benjamin Duhamel, votre invité, est un ancien Premier ministre. On a longtemps parlé de lui comme du premier de la classe de la République, plusieurs fois ministre, jeune chef du gouvernement, président de l'Assemblée nationale, du Conseil constitutionnel. Et alors qu'il est aujourd'hui retraité de la vie publique, et là où d'autres auraient choisi de cultiver dans l'ombre leur jardin, lui ouvre une nouvelle page, celle de la peinture. Bonjour Laurent Fabius. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Depuis quelques jours, vous présentez dans deux galeries parisiennes votre première exposition. On peut y découvrir une soixantaine de vos toiles.

Alors, on connaît Laurent Fabius, cette phrase célèbre du général de Gaulle, qui est interrogé sur ses ambitions, affirmait ne pas vouloir commencer une carrière de dictateur à l'âge de 67 ans. Vous, Laurent Fabius, vous avez l'âge, l'envie de commencer une carrière de peintre ?

0:50
Laurent Fabius

Oui, oui, oui, oui, tout à fait. Mais mes peintures ne seront pas obligatoires. Non, c'est vrai que j'ai eu un parcours dans un autre domaine qui est la politique, mais bon, maintenant c'est terminé, je n'ai pas l'intention de faire de tournées d'adieu, et ça fait longtemps que je peins, mais tant que j'avais des fonctions officielles, je suis un petit peu vieille école, je ne voulais pas mélanger les genres, et donc j'ai gardé ça pour moi, maintenant je suis libre, et donc j'expose effectivement dans deux galeries, jusqu'à dimanche dans une galerie aux arts et métiers, et à partir de demain dans une autre galerie, d'autres toiles, du côté de l'Odéon.

1:34
Présentateur

Parmi les politiques qui ont peint, on cite évidemment souvent le Premier ministre britannique Winston Churchill, lui disait, parmi les explications de son goût pour la peinture, il disait qu'il peignait pour tenir à distance ce qu'il appelait son chien noir. C'est-à-dire sa dépression chronique. Non, ce n'est pas mon cas. Qu'est-ce que vous cherchez à tenir à distance ou à chercher en peignant Laurent Fabius ?

1:57
Laurent Fabius

D'abord, une remarque, c'est vrai que les responsables politiques en Occident, lorsqu'ils ont un jardin secret en général, c'est d'écrire, ou si je voulais être taquin, de publier. Et le seul nom qui vient à l'esprit, c'est Churchill. Bon, ce n'est pas du tout la même chose dans d'autres civilisations, au Japon, en Chine, etc. Et c'est lié, à mon avis, aux études, parce que dans nos études, on apprend très peu à dessiner, à peindre. Bon, moi, c'est autre chose. J'ai eu une enfance qui a baigné dans l'art. Après, j'ai eu une phase négative, parce que j'avais une espèce d'overdose.

2:35
Présentateur

Oui, parce que vous avez eu un rapport un peu... Parce que vous expliquez, quand vous étiez jeune, on vous a trop emmené au Louvre, et ça vous a un peu presque dégoûté de l'art et de la peinture.

2:43
Laurent Fabius

Oui, du coup, je profite de cette émission pour faire un petit rectificatif. Parce que l'autre jour, le président du Louvre, qui est excellent, Christophe Lérybeau, visite mon exposition, et il me dit, « Oui, mais quand même, le fait que vous ayez été au Louvre, vous l'a laissé de beau reste. » Donc, maintenant, j'ai dit, oui, mais c'était le Louvre de l'époque. Maintenant, c'est très ouvert aux enfants, et il faut effectivement apprendre aux enfants. Non, pourquoi j'ai suvenu ? Il y a 15 ans, ma compagne m'a offert ce qu'on appelle un nécessaire de peinture. Je m'y suis mis. Au départ, c'était mauvais. Après... Mais c'était mauvais, c'est-à-dire ? Je trouvais ça mauvais.

Ça ressemblait à quoi au début ? Pas grand-chose. Puis, je voulais imiter. Il ne faut jamais imiter. Il faut créer. Moi, je peins cet abstrait en général, même si on peut discuter, la séparation entre l'abstrait et le figuratif. Mais j'ai eu la chance d'avoir comme ami des peintres, y compris des peintres célèbres, notamment Pierre Soulages, qui ont eu la générosité de ne pas me décourager. Et donc, petit à petit, ça s'est amélioré. Et pour moi, c'est un plaisir extraordinaire, parce que je suis libre, je peux créer et échanger des émotions avec ceux et celles qui regardent mes toiles.

3:59
Présentateur

Et cette liberté, vous faites le distinguo avec ce qui étaient les contraintes de votre vie publique. Qu'est-ce qui est plus difficile ? Est-ce que c'est d'être seul dans son atelier face à une toile ou est-ce que c'est d'être dans un congrès du Parti Socialiste ?

4:12
Laurent Fabius

Vous prenez cet exemple par hasard. Totalement, alors. C'est deux choses tout à fait différentes. Bon, quand vous gouvernez, ce qui a été mon cas, bon, il y a une série de contraintes considérables. Si vous prenez de mauvaises décisions, ça a des conséquences quand même négatives pour beaucoup de gens. Et puis, il faut affirmer votre maîtrise. Quand vous êtes devant votre toile, la seule limite, c'est la toile, les pinceaux et votre talon. Et si c'est mauvais, ça n'a comme conséquence que pour vous-même.

4:47
Présentateur

Et si c'est mauvais, on fait ce qu'on appelle un repentir. C'est-à-dire, on peut aussi...

4:50
Laurent Fabius

Oui, c'est un joli mot. On peut modifier. Et souvent, je modifie mes toiles. D'ailleurs, tous les peintres le font. Alors, la grande différence, c'est que... C'était Picasso, je crois, qui disait que le peintre... Quand on peint un tableau, c'est un journal intime. Bon, quand on gouverne un pays, ce n'est pas la même chose. Mais moi, ce qui m'importe dans la peinture, et j'espère que c'est ça qui sera ressenti par ceux qui regardent mes toiles, que je n'appelle pas les spectateurs, mais le regardeur, parce que c'est plus actif, c'est l'échange d'émotions. Parce que c'est une peinture, celle que je fais, qui est pleine de couleurs, de mouvements, de matière aussi, et avec beaucoup d'émotions.

5:28
Présentateur

Alors, justement, sur votre technique, Laurent Fabius, moi, j'ai découvert que vous peignez non seulement avec des pinceaux, mais aussi avec des spatules, des cailloux, même avec vos doigts. Exact. J'ai devant moi l'une de vos toiles, qui s'appelle Chamboultou. Est-ce que vous pouvez, en quelques mots, pour l'auditeur, la décrire, cette toile ? Oui, c'est compliqué.

5:47
Laurent Fabius

Apprenez à danser sans musique et sans cavalière. Mais, oui, j'ai hésité entre deux titres pour mon expo. Libre, c'est finalement le titre que j'ai choisi, qui est un tableau, un grand tableau, et Chamboultou, parce que je n'aime pas du tout la peinture idéologique. Moi, ça me casse les pieds, ça me barbe. Bon, mais c'est vrai que notre époque, tout ce qui est autour de nous, tout ce que nous vivons, c'est un Chamboultou absolument gigantesque. Et j'ai peint, comment je peins ?

En général, quand je sais le lendemain matin que j'ai du temps pour peindre, le soir, je m'endors avec un certain nombre de pensées, d'images, et puis la nuit, il fait son œuvre, et le lendemain matin, je me mets devant ma toile. Et là, bon, j'ai peint, alors ce sont des carrés, des losanges, des cercles, plusieurs couleurs, et après, je donne un titre, une fois que ma toile est finie, je ne l'impose pas au spectateur, mais je lui propose, et j'ai pensé que Chamboultou, ça résumait à la fois ce qu'il y avait dans cette toile, et ce que je voulais faire passer.

6:48
Présentateur

J'ai une question à vous poser dans un instant sur l'Iran, mais toujours sur la peinture. On disait de Lionel Jospin que c'était un austère qui se marlap. Les auditeurs qui vous écoutent ce matin vont se dire, en fait, Laurent Fabius, c'est un sensible qui s'est caché. Vous parlez d'émotion, vous parlez même de la chair de poule que vous avez quand vous passez cette année de vos toiles. Ce n'est pas vous faire offense que ce n'est pas exactement l'image que vous renvoyiez quand vous étiez aux affaires.

7:10
Laurent Fabius

C'est vrai. Il y a une formule qu'on applique, je crois, à Jules Grévy, la République des Jules, vous savez, c'est dans les années 1880, on disait « ces roses poussent en dedans ». C'est une jolie formule.

7:24
Présentateur

Et donc les roses poussent en dedans avec Laurent Fabius. Pour parler de l'actualité, je rappelle à nos auditeurs que vous avez été le ministre des Affaires étrangères sous François Hollande, qui a négocié ce qu'on appelait l'accord de Vienne, qui était l'accord sur le nucléaire iranien. Vous y avez consacré trois ans. Quand on entend aujourd'hui que l'accord qui est sur le point d'être conclu, d'être signé vendredi, est à la fin plus favorable pour l'Iran que ne l'était la situation que vous avez connue ? Quel regard est-ce que vous portez sur cet accord qui est sur le point d'être parafait ?

7:52
Laurent Fabius

Deux précisions. D'abord, on ne sait pas exactement ce qu'il y a dans cet accord, donc restons prudents. Deux yeux, Bon, de ce que je lis, j'ai l'impression que ce n'est pas un traité de paix, c'est un accord circonstanciel au maximum. Bon, alors c'est mieux qu'il y ait la cessation des hostilités, plutôt que les hostilités. Mais moi, j'ai consacré trois ans. Et pour vous donner un exemple qui fera quand même réfléchir, là, on nous dit que l'accord, enfin le projet d'accord, c'est une page et demie. L'accord qu'on appelle GCPOA, c'est 159 pages, plus 5 annexes. Parce que chaque détail doit être précisé. Combien de centrifugeuses ? Comment se font les contrôles de la IEA ?

Qu'est-ce qui est autorisé en matière de recherche scientifique ? Quelles sont les centrales qu'il faut détruire ? Bon, et donc, plus que jamais, le diable est dans les détails. Alors, espérons,

8:53
Présentateur

mais... Parce que ce que vous expliquez, c'est qu'imaginez qu'en 60 jours, on va régler le sujet du nucléaire iranien, là où il y a eu 12 ans de négociations, plus de 150 pages, c'est une gageure.

9:03
Laurent Fabius

Comme on disait quand je dirigeais le Quai d'Orsay, c'est une formule que les diplomates aiment, j'ai l'impression qu'il y a encore une marge de progression.

9:12
Présentateur

Voilà, et vous avez l'air de l'euphémisme. Un tout dernier mot, Laurent Fabius, je sais que vous ne voulez pas parler de politique et des affaires de congrès, de gauche, mais simplement, quand vous avez quitté le Conseil constitutionnel, vous avez dit, je suis inquiet. Il y a un malaise, une crise démocratique. Est-ce qu'à moins d'un an de la présidentielle, vous avez cette même inquiétude ?

9:26
Laurent Fabius

Alors, je ne veux pas rentrer dans le débat politique. Vous avez dit que j'étais un ancien responsable politique. C'est vrai, mais dans cette expression, le mot important, c'est ancien. Mais si on veut faire une comparaison picturale pour l'état de la société, je dirais que c'est un tableau avec une partie seulement qui est peinte. Alors, il y a des couleurs brillantes et puis il y a des couleurs très sombres. Et puis il y a un grand blanc. Et ce dont il s'agit maintenant, c'est de savoir comment on veut que le blanc soit peint.

9:57
Présentateur

Et vous ne nous direz pas qui peut peindre ce blanc. Merci beaucoup, Laurent Fabius. Merci à vous. Pour tous nos éditeurs, vous retrouverez sur le site de France Inter les références de vos expositions. Il y en a deux et c'est à Paris. Merci, Laurent Fabius. Merci à vous.

"Je ne voulais pas mélanger les genres donc j'ai gardé ça pour moi", confie Laurent Fabius, peintre — Laurent Fabius · Pourquijevote