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videoyoutube.com· 11 juillet 2026

One day, one destiny - Rachida Dati, the secrets of an ambition

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Ce 6 novembre 2007, Nicolas Sarkozy, divorcé de Cécilia depuis quelques semaines, arrive à Washington. C'est sans doute pour faire oublier l'absence d'une première dame qu'il a convié trois ministres emblématiques. Nicolas Sarkozy, à cette époque, il veut présenter l'équipe Benetton de la France.

Il y a cette brochette de femmes qu'à l'époque on appelle les Sarkozettes. Rachida Dati, Ramayad, Christine Lagarde. Donc, vous voulez, toute la France représentée, trois belles femmes.

Des ministres auxquels le président de la République va rendre un hommage appuyé devant la communauté française. Christine Lagarde, notre ministre de l'économie et des finances. Ramayad, je ne sais pas ce qu'on a fait de Rachida Dati.

Elle a un rendez-vous. Il a un manque de voix, il en manque une. Il peut présenter Christine Lagarde, il peut présenter Ramayad, il en est très très fier.

Et il voudrait pouvoir présenter Rachida Dati pour avoir, si vous voulez, le triumvirat parfait. En fait, Rachida Dati n'a pas de rendez-vous officiel. Elle attend simplement cette robe.

Une robe qu'elle portera dans quelques heures, au dîner de gala donné par le président américain. Sa robe Dior devait être retouchée sur elle, parce que c'est une robe lamée qui épouse son corps complètement. Il faut presque la coudre sur elle.

Un peu plus tard dans la soirée, la garde des Sceaux manque toujours à l'appel dans le hall de l'hôtel. Elle est en retard, Christine Lagarde s'impatiente en disant, voilà, il faut toujours l'attendre. À ce moment-là, personne ne sait ce qu'elle prépare, ce qu'elle mijote, si elle a eu un empêchement, si elle a un embarras quelconque.

Tandis que la délégation française fait route vers la Maison-Blanche, Rachida Dati prend son temps. Elle termine sa séance d'essayage dans sa chambre d'hôtel. Au quart de tour, la garde des Sceaux comprend qu'elle peut créer une situation à son avantage.

À 20h15, c'est un président célibataire qui arrive sur le perron de la Maison-Blanche. On fait cette photo du couple Bush et Sarkozy. Normalement, c'est l'unique photo qu'on doit faire.

Et là, une voiture s'arrête. Elle va arriver devant tous les photographes, dans sa robe de lumière et avec ce sourire éclatant. Elle arrive comme ça, elle déboule dans cette robe.

C'est le festival de Cannes. Au moment où elle se retourne, où elle fait sourire, elle entend très bien les déclenchements, les flashs qui partent, etc. C'est un petit sourire satisfait et de malice aussi.

Un sourire satisfait d'avoir sans doute déjoué les règles du protocole. Ses collègues du gouvernement, elles, sont passées par une porte plus discrète. On est chez le président américain, je dois aller au dîner, je prends le chemin direct et je monte.

Elle fonce. Point final. Il y a forcément ce côté petite revanche.

Genre, et toc. J'y suis. Et je compte bien continuer.

Pour Rachida, la vie est très simple. Quand on veut quelque chose, on frappe à la porte. Et si la porte ne s'ouvre pas, on la force un peu.

Elle est Nicolas Sarkozy en femme, quelque part. Elle se bat, elle y va. Rachida Letty, c'est nos limites.

Rien ni personne ne lui fait peur. Elle peut être dure, elle peut être brutale, menaçante sûrement. Je sais qu'elle fait peur à des gens.

C'est une manipulatrice intrigante, bien sûr qu'elle est intrigante, mais elle est manipulatrice aussi. Pour certains, elle ne serait qu'une parenthèse, une simple histoire d'ambition. Pour d'autres, c'est le personnage idéal d'un roman balsacien d'aujourd'hui.

Mais pour elle, ce n'est rien de tout cela. Sa vie ne serait en aucun cas celle d'une héroïne. Elle n'aime pas les cases d'enfermement.

Elle a pris pour habitude de dire qu'elle n'est ni Cosette ni Cendrillon, le mystère d'Atti, l'énigmatique, l'icône, l'intrigante pour elle, des titres, des mots, des raccourcis. Alors, où est le fantasme ? Où est la part de vérité ?

Pourquoi Rachida Dati suscite-t-elle toujours autant de passion ? Peut-être parce qu'elle a dérangé, troublé, bousculé et forcé les portes d'un monde qui n'était pas le sien. Celui des costumes gris, des tailleurs de bonne marque, des salons parisiens et des lieux de pouvoir.

Bref, elle a réussi à intégrer ce monde des puissants. Comment la fille d'un maçon marocain et d'une mère algérienne de onze enfants s'est-elle hissée au sommet de la République ? Cette question, elle l'a trop souvent entendue, dit-elle.

Pourtant, de cette banlieue de Chalon-sur-Saône, à la place Vendôme, à ce poste de garde des Sceaux, tout le monde le sait, il n'y a pas qu'un pas. Il a fallu briser les codes, s'émanciper de son histoire familiale. Rachida Dati pourra tout à l'heure répondre à toutes ces questions, y apporter ses réponses, sa vérité.

Mais avant cela, voici cette histoire, celle d'abord d'une petite fille qui a très vite refusé une idée qui aurait pu s'imposer à elle, celle d'être résignée. Elle va choisir l'inverse. En 1971, Rachida a 6 ans.

Comme chaque matin, elle s'apprête à partir à l'école. C'est son père, pourtant de confession musulmane, qui a choisi pour ses aînés un établissement catholique tenu par des religieuses. Ses sœurs qui sont voilées, ils inspirent confiance.

Ils savent qu'avec elles, ces filles seront encadrées. On était quand même un peu sévères, on ne laissait pas tout faire, alors la discipline, ça devait lui plaire. Il avait dit, oh ben puis on leur parlera de Dieu au moins, elles sauront quelque chose.

Embarek Dati est un maçon d'origine marocaine. Il ne compte pas ses heures pour financer les frais de scolarité de cette école privée. Ils veulent aider les résultats, le papa.

Ils leur sereignent perpétuellement, si le bon Dieu a inventé le 10, c'est pas pour que vous ayez des 9, il faut ramener un 10. Il fallait marcher droit chez M. Dati.

Les enfants étaient élevés bien comme il faut. C'est quelqu'un d'une exigence absolument folle avec ses enfants, qui veut une obéissance totale, qui est parfois obligé d'avoir des pratiques un peu brutales. Ils envoient valdinguer, en particulier Rachida qui a des nattes très pratiques, et on l'envoie valdinguer au bout de la pièce assez facilement.

C'est la seule personne qu'elle craint, on va dire. Son regard suffit, les mots n'ont même pas besoin d'être prononcés. La jeune Rachida va très vite intégrer les attentes de son père, en matière de réussite.

Est-ce qu'elle se sentait au départ, pas au niveau des autres, je sais pas, mais elle aimait avoir de bonnes notes, s'en vanter. Une fois elle n'était pas première, elle a fait une de ses vies. Oh, mais c'est pas juste.

Ben, je dis, si c'est juste, tu as ces notes-là. Non, c'est pas juste. Alors les autres ont dû la calmer un peu.

Dans le vocabulaire, dans les gestes, dans le comportement, dans tout, c'est une castagneuse. Elle pique des crises de fureurs terribles qui font peur à tout le monde. Oui, il est arrivé qu'elle se bagarre.

Rachida est crainte, oui, oui. Une personnalité qui va s'affirmer un peu plus encore avec les années. Ce jour-là, sur cette photo de classe, une seule personne parvient à attirer l'attention.

Elle va longtemps être assise à un pupitre, à l'écart des autres élèves, toute seule, parce que sinon c'est la guerre tout le temps. Tout le reste de la classe, on est à quelques mètres d'elle. Cette volonté d'exister peut aussi se révéler payante, comme en témoigne un exposé sur les mères de France.

Sans en parler à personne, Rachida sollicite un entretien auprès du premier élu de sa commune. Comme elle est très charmante, rigolote, et bien voilà, finalement ça se fait. Le maire accepte.

Donc on va aller directement dans le bureau du maire pour faire notre exposé. Rachida pose les questions et moi je suis là, je constate. Rachida ne se vit pas comme une petite fille.

Elle est à égalité avec les adultes. Rachida n'a peur de rien. Ce n'est pas un problème pour elle de parler à un adulte.

Non, elle est légitime. Ce sentiment d'être légitime va la pousser à s'attribuer un statut à part au sein de cette fratrie de 11 enfants. Elle aime bien représenter la famille à l'extérieur.

Très vite, c'est elle qui va aller voir les services sociaux. Son papa l'envoie pour résoudre des problèmes. C'est sur ses épaules que ça repose.

Elle va finalement petit à petit prendre le pouvoir dans cette famille, prendre le pouvoir sur la fratrie. Elle peut aller jusqu'à leur donner des ordres. Ce n'est pas toujours simple, ça se crêpe le chignon.

Ça se passe si mal en fait. Elle est si querelleuse qu'elle va finir par prendre tous ses repas avec ses parents et non pas avec ses frères et soeurs. Et ses repas sont pour Rachida, le moyen de partager des moments d'intimité avec celles qu'elle admire le plus, sa mère, Fatime Zohra.

Sa mère, c'est la calmer quand elle a des crises de rage terribles qui la dévastent. Elle lui flatte l'encolure comme on le fait avec un petit animal sauvage. Sa mère la rassure, sa mère la paise.

Cette mère qui était d'une dévotion absolument incroyable. Passer ses jours et ses nuits à leur coudre des petits vêtements pour qu'elle soit mignonne, élégante, coquette. Pendant que sa maman fait de la couture, elle reste auprès d'elle.

Elle est là, elle veut être là. Pour aider sa mère à améliorer le quotidien, Rachida Lati va trouver un moyen de gagner de l'argent en vendant des produits cosmétiques dans la cité HLM, du bout du lac. Avec sa petite manette, elle se balade, elle frappe aux portes, elle va voir ses amis, les amis des amis.

Elle leur explique à quel point cette petite crème ferait des merveilles sur leur peau. C'est quelqu'un qui a la tchatch, elle serait capable de vous vendre un âne, un bœuf, tout ce que vous voulez. Elle a beaucoup de succès parce qu'elle a son charme, ses yeux magnifiques.

Et finalement, elle a une capacité à entrer dans l'intimité des gens, elle adore ça. L'adolescente sera même distinguée par la marque à l'occasion d'une cérémonie en présence de son amie Valérie. Rachida obtient ce jour-là le prix de la meilleure vendeuse du département sur le trimestre passé.

Les gens applaudissaient, elle me regarde du coin de l'œil. Elle a besoin de voir la fierté à travers les personnes qu'il aime en fait. Combattante, ambitieuse, à seulement 14 ans, Rachida Lati est déjà une jeune fille pressée.

C'est quelqu'un qui veut brûler les étapes parce qu'au fond son enfance n'est pas très heureuse et qu'elle pense qu'elle peut faire beaucoup mieux, arriver beaucoup plus haut. Elle a tellement envie de s'en sortir, elle voit bien que les choses ne vont pas venir à elle toute seule, c'est à elle de se battre. Après un passage par la faculté de médecine, Rachida Lati poursuit des études d'économie à la faculté de Dijon.

Dans le même temps, pour subvenir à ses besoins, l'étudiante travaille de nuit dans une clinique. A une amie, elle confie, j'en ai marre de ce monde médical, mais je le fais car je n'ai pas d'autre solution pour la question financière. Marre de cet univers, à 20 ans, plus que jamais, elle veut clairement autre chose.

Le 23 février 1986, Rachida écrit à son amie d'enfance installée depuis peu en région parisienne. Maintenant, vous êtes de vrais parisiens, alors vous devez avoir une vie extraordinaire. Elle a l'intention de monter à Paris, c'est déjà établi dans sa tête.

Enfin à Chalon, il y a le carnaval, mais le temps est vraiment pourri. Je ne sais pas quel temps il fait à Nanterre, mais à Chalon, il gèle, il neige, il pleut, il vente, tout pour plaire. Donc on essaye de se remonter au maximum le moral.

Rachida Dati rêve d'autre chose. La jeune étudiante se plonge chaque jour dans la lecture des magazines qui la font rêver. Elle brûle de sortir de sa grotte, enfin de sortir de sa famille, de sortir de son trou.

Elle veut accéder à un autre monde et entrer dans l'univers des magazines qu'elle lit le soir, les beautiful people. Ce désir de réussite, elle l'affiche très vite à travers un style vestimentaire qui contraste avec celui des jeunes de son âge. Tout de suite, elle a bien aimé les petites chaussures à brides, les petites jupes droites avec la petite veste.

Elle fait la vraie parisienne. Vivre à Paris, gagner sa liberté, c'est bien l'objectif de la jeune femme. Encore faut-il trouver le moyen d'y parvenir.

Ce sont quelques lignes dans la presse qui vont tout déclencher. Un jour, elle apprend en lisant dans le journal que l'ambassade d'Algérie organise une fête en souvenir de l'indépendance de l'Algérie. Elle se dit, comme c'est une fête de l'indépendance, il va sûrement y avoir des personnalités très importantes.

Donc elle écrit une lettre tout à fait attendrissante en parlant de ses racines maternelles. Sa mère est algérienne. Elle fait valoir que c'est une famille méritante de 11 enfants qui travaille, qui a fait des études, etc.

Elle sait se vendre déjà. La réponse de l'ambassade d'Algérie intervient quelques jours plus tard, sous la forme d'un carton d'invitation. Elle emprunte une robe à une amie.

Elle va avec sa petite robe à l'hôtel intercontinental, à deux pas de la place Vendôme. Elle regarde en particulier les gens connus. Et très vite, elle repère Roger Hanin.

Elle fonce sur lui, elle lui explique qu'il est l'acteur préféré de sa mère. Elle lui demande de l'aider et il ne peut pas l'aider. La jeune femme ne s'arrête pas là.

Elle a remarqué la présence d'Albin Chalandon, le ministre de la Justice, dont elle a découvert le portrait dans un journal. Elle fonce sur lui pour « Monsieur le ministre, Monsieur le ministre ». Donc, lui, ça l'interpelle et ça l'amuse.

Albin Chalandon a vu cette petite chose, toute petite, toute mignonne, toute jolie, arriver et commencer à lui raconter son histoire. En lui disant « Voilà, il faut que je m'en sorte, je travaille pour payer mes études ». Elle trouve les mots pour lui plaire, les mots qu'elle a trouvés dans des revues, dans des magazines.

Elle touche juste et pof, le type, ça y est, il est dans les filets. À 67 ans, Albin Chalandon se laisse attendrir par l'histoire de la jeune étudiante. Elle obtient qu'Albin Chalandon lui donne son arrêt personnel où elle va lui écrire.

Le soir même, elle lui envoie une lettre pleine d'admiration et de reconnaissance. Un message personnel qui provoque une invitation à déjeuner au ministère. Son premier rendez-vous avec le garde des Sceaux, bizarrement, il n'est pas dans l'agenda du ministre.

On lui dit « Non, vous n'êtes pas attendu par le garde des Sceaux ». Et donc Rachida est refoulée à l'entrée du ministère. La jeune femme contacte aussitôt la secrétaire particulière du ministre.

Et le déjeuner en tête à tête a finalement bien lieu. Elle ne sait pas utiliser les couverts à poisson, elle ne sait pas très bien quel verre il faut utiliser. Mais alors elle regarde comment il fait, elle s'ajuste.

C'est vraiment le signe de l'intelligence et elle l'a, c'est une intelligence des situations. Rachida Dati n'est pas impressionnée par les ors de la République. Elle reste concentrée sur ce qui la préoccupe, son avenir professionnel.

Ce deuxième contact avec Albin Chalandon est extrêmement fructueux puisqu'il lui offre un stage chez ELF. C'est quand même formidable. C'est une manière de se donner confiance en soi extraordinaire.

De voir qu'on arrive à séduire les grands de ce monde, c'est quand même assez rare. Le 1er janvier 1988, deux mois après la réception organisée par l'ambassade d'Algérie, la jeune femme s'installe à Paris pour suivre en parallèle des études d'économie et un stage décroché par le garde des Sceaux. C'est le point de départ du changement de la vie de Rachida.

Ça commence à débute là. C'est Rastignac arrivant à Paris, mais sachant comment entrer dans le monde, le convaincre et monter. Loin de son milieu d'origine, Rachida s'épanouit dans cette nouvelle vie.

En marge des cours et de son activité professionnelle, elle repère dans la presse les noms de personnalités influentes à qui elle écrit. Elle vise les hommes politiques, les hommes d'affaires, c'est le pouvoir qui l'intéresse. Elle leur dit « mais vous êtes l'homme dont j'ai toujours rêvé, j'ai toujours rêvé de travailler avec vous ».

Elle vous flatte, elle vous remercie, elle vous admire. C'est presque des déclarations d'amour. Je montrais ces lettres à ma femme pour que justement il n'y ait pas d'ambiguïté.

On sent qu'elle a cet esprit de conquête qui moi me séduit chez elle. C'est une jeune femme qui a fait de la séduction une forme de métier. Quelle que soit la circonstance, je pense qu'elle se dit « combien de personnes je vais réussir à séduire là où je suis ».

Un jour, un de ses amis, elle dit « tu sais, les petites beurrettes, ça les rend dingue, les hommes que je rencontre. Mais tu sais, je veux capitaliser. Il faut que ça me rapporte professionnellement.

Si ça ne me rapporte pas, ça ne m'intéresse pas, je ne veux pas perdre mon temps ». C'est à la guerre comme à la guerre. On est là pour se battre.

Elle n'a pas de scrupules. Elle cible sa proie, elle ne la lâche jamais. Au fil des rendez-vous, la jeune étudiante s'impose dans un milieu pourtant difficile d'accès.

Et cette audace force le respect des grands patrons. Ces grands patrons vivent dans un stress incroyable. Et Rachida, c'est la gaieté, la joie, les compliments.

Ils disent « une heure avec elle, mais tu sors, t'as la pêche et tout ça ». Parce qu'elle est très drôle. Petit à petit, comme ça, elle va tisser ce qu'on appelle un réseau parisien.

Un réseau qui compte désormais Jean-Luc Lagardère. En 1990, le capitaine d'industrie engage Rachida Dati et finance pour elle un MBA, une formation en management dans une grande école de commerce. C'est peut-être là son premier talent.

C'est la capacité à séduire et utiliser les gens, quels qu'ils soient. Il y a une stratégie que certains peuvent qualifier d'arrivisme. Mais si vous n'êtes pas arriviste quand vous êtes dans sa condition, vous n'arriverez tout juste pas.

Alors qu'elle côtoie l'élite parisienne, Rachida Dati ne délaisse pas pour autant sa famille à Chalon, où elle rentre régulièrement. Elle est quand même encore vraiment sous l'emprise familiale, l'emprise de la tradition. Le papa, il n'aime pas qu'elle se maquille, donc quand elle revient et qu'elle arrive à Chalon, elle se démaquille.

Elle n'est pas autonome psychologiquement, affectivement. Elle est restée extrêmement liée à son père et à sa mère. Malgré l'éloignement, elle reste une femme sous influence.

Marocaine par son père, algérienne par sa mère, ses parents attendent d'elle qu'elle respecte la tradition. Pour ses parents, c'est un drame d'avoir une fille de 26 ans qui n'est pas mariée. On lui dit, on lui rabat, c'est pas normal de ne pas être mariée.

Elle a des aventures, c'est extrêmement mal vu par sa famille. Lors de vacances en Algérie, ses parents lui présentent un ami avec lequel il souhaite la marier. Elle racontera cette histoire dans son autobiographie. « Je me surprends à penser, pourquoi pas lui en effet ?

Dans l'ivresse de l'été, je m'entends dire oui à mes parents, oui à cet homme. Je l'ai décidé sans le vouloir. » Elle dit oui pour faire plaisir à maman et à papa.

Il y a des moments dans la vie de tout le monde, des moments de faiblesse, de fragilité. Rachida Dati a-t-elle cédé à la pression familiale ? La jeune femme n'a fait aucune confidence à ses proches.

Elle aura simplement adressé un courrier quelques jours avant le mariage. « Je reçois une petite lettre, c'est pas à faire part, c'est juste une petite lettre où elle nous convie un jour qu'on attend tous. » « Elle m'annonce qu'elle va se marier, moi je suis toute surprise parce que franchement ce monsieur, on ne le connaît pas. » « Je ne comprends rien.

En plus, elle m'a mis trois petits points dans cette invitation. » « Dans ma tête, c'est un mariage arrangé, mais elle ne veut pas le dire. » « Moi, je reste quand même perplexe. » Un doute qui commence à gagner également, la future mariée. « Elle se dit « Mais dans quoi j'entre ?

Dans quelle vie ? » Surtout que lui commence à l'interroger beaucoup sur sa vie à Paris, qu'elle rencontre, qu'elle voit. Elle sent que ça va être une espèce de prison. » Mais il est trop tard pour reculer.

Tout est désormais organisé et renoncer provoquerait une rupture définitive avec son père. Le 14 novembre 1992, les invités se retrouvent à la mairie de Châlons-sur-Saône. « Ce jour-là, elle est ravissante.

Elle arrive dans sa petite robe blanche. » « Elle avait une jolie robe de mariée en tulle. Elle était comme toutes les belles mariées. » « Sauf que quand elle se met à monter les marches, c'est une mariée avec des larmes. » « C'est mortel.

Je me dis « On dirait qu'on l'emmène à l'abattoir. » Et alors, je lui file un petit lexomyle. » « Elle arrive à mon niveau, je dis « Rachida, il n'y a pas moyen de faire une machine arrière. » Et elle me dit « Non, ce n'est pas possible. » Le futur époux patiente dans la salle des mariages.

Tout comme l'adjointe Omer, qui doit les unir. « Je ne sais pas où elle se tenait, mais elle n'était pas arrivée. » « Il manquait la mariée. » « Et puis, ses sœurs sont descendues, sont remontées. » « Il y avait une espèce de mouvement familial. » « Dans l'assistance, tout le monde se dit « Qu'est-ce qui se passe ? » » En entrant dans la pièce, Rachida Dati a du mal à cacher son trouble. « Quand l'adjointe Omer lui pose la question, « Rachida Dati, voulez-vous prendre pour époux un tel ? » Personne ne répond.

Stupeur dans l'assistance. Elle s'est retournée vers sa mère pour ne pas dire oui, pour ne pas dire non. Moi, j'ai pensé qu'elle éternuait ou qu'elle pleurait.

Elle n'avait surtout pas envie de dire oui. Donc, elle a fait un petit œillard à sa maman pour qu'elle lui donne le courage. La maman, elle n'arrête pas de lui dire « Ben, allez, Rachida, dis oui, dis oui. » Et puis, son père qui fait les yeux, qui la fusille du regard, il y a comme une espèce de petit bruit qui fait dire à l'adjointe « Je considère ça comme un oui. » C'est une phrase qui résonne encore dans ma tête.

C'est la petite de l'état civil qui me dit « Oh ben, on peut considérer qu'elle a dit oui. » Et puis, ça nous évitait de faire un procès verbal. Il était peut-être midi passé.

Et je déclare les époux mariés. Et puis voilà. C'est un mariage apparemment parfait dans la tradition musulmane.

On part avec les voitures, il y a les you-yous dans les rues de la ville. On les pose sur des sièges, on les soulève en l'air. Mais bon, on ne peut pas dire que ça fait rire Rachida.

La situation est terrible. Elle va partir pour Paris le lendemain matin, à premier train. Elle laisse ses parents avec le jeune marié.

Elle a ses parents arrêtent pas de l'appeler. On lui disait toujours « Quand est-ce que tu rends ? Mais qu'est-ce qu'on fait de ton mari ? » etc.

Le premier choc passé, maman comprend, me soutient. Pour papa, c'est plus douloureux. C'est une humiliation.

Rachida Dati va réussir à s'extraire de l'emprise familiale, en lançant très vite une action en justice. Dans les jours qui suivent, un certain nombre de personnes qui ont assisté au mariage reçoivent une lettre de Rachida leur demandant de témoigner du fait qu'elle n'avait pas dit oui. Alors moi, je suis convoquée dans un bureau de police pour raconter exactement le déroulement de cette union.

En fait, la jeune femme tente de réunir plusieurs témoignages pour faire annuler son mariage. Si on se remet dans une mentalité des années 90 dans une famille musulmane, il fallait déjà une certaine force de caractère. Elle se met presque au banc de la famille, des traditions, du milieu.

Et c'est vraiment là qu'elle décide de sa vie et qu'elle se libère. Mais elle avait besoin sans doute de passer par ce détour pour être enfin elle-même pleinement libre. À force de ténacité et grâce à l'aide d'Albin Chalandon, son mariage sera finalement annulé pour vise de consentement le 19 avril 1995, au terme d'une procédure qui aura tout de même duré presque trois ans.

Parallèlement, Rachida Dati poursuit son ascension sociale et depuis quelques temps, elle aime se confier à une femme, une femme politique qui lui apporte sa confiance. Elle s'appelle Simone Veil. À la fin des années 90, Rachida incarne un certain féminisme aux yeux d'une Simone Veil qui appartient à une génération où les femmes n'étaient quand même pas à égalité avec les hommes.

Et voir une petite nana comme ça, qui a de telles armes pour réussir, une telle volonté, une telle énergie comme elle, elle a eu pour s'en sortir, ça lui rappelle quand même des souvenirs. Elle se dit qu'il faut que cette jeune femme qui a du potentiel réussisse. Si je peux l'aider, je vais l'aider.

La ministre nourrit de grandes ambitions pour sa jeune protégée. Simone Veil lui dit, Rachida, vous n'avez pas de statut dans Paris. Je vous conseille de faire l'école nationale de la magistrature.

Elle avait une formation en gestion, une formation d'économie, elle avait tâté de la médecine. Rien qui puisse dire, voilà, voilà quelqu'un qui a un parcours homogène dans une discipline. L'ENM, c'est ça.

Rachida Dati va suivre les conseils de cette ancienne magistrate qu'elle ne veut en aucun cas décevoir. Son dossier de candidature est retenu. Reste maintenant à passer une série d'entretiens.

La jeune femme saura-t-elle se montrer convaincante ? Quand je reçois Rachida Dati, je suis seule dans mon bureau, c'est un face-à-face. Elle avait un dossier, je dirais, de fond assez classique, avec des diplômes en droit que j'avais dans tous les dossiers.

Ce qui est très frappant, c'est qu'elle avait vraiment un désir, elle avait vraiment des étoiles dans les yeux. Et puis, elle détonne par son envie, par son envie de changement, par rapport à ce qu'elle faisait, et son envie d'intégrer ce milieu. Oui, c'est fort.

Mais ce qui va impressionner la magistrate, ce sont ses lettres de recommandation. Là, je vois une liste de personnalités dont je n'avais jamais été témoin auparavant, ça c'est certain. Simone Veil, mais aussi le vice-président du conseil d'État, et le conseiller justice de Jacques Chirac, une liste de parrains pour le moins prestigieux.

Ces noms-là étaient hors normes, si je puis dire. Moi, je n'avais jamais vu ça, c'est sûr. Il y a des gens très haut placés, éminents, qui disent du bien de Rachida Dati.

Une ambition affichée et des soutiens déterminants. À 31 ans, Rachida Dati est admise à l'école nationale de la magistrature. Après deux ans et demi de formation, elle réussit son examen final.

Elle est nommée au tribunal de Perron, en Picardie, où, dès son arrivée, elle n'est pas une magistrate comme les autres. Le jour de sa prestation de serment, elle porte la robe de Simone Veil. C'est un gros moment pour elle, quand même, et elle en est très fière.

La robe de Simone Veil, c'est le Graal, quoi. Parce qu'elle admirait cette femme, c'est pas la robe de tout le monde. Ça permet simplement à Rachida Dati, magistrate parmi quelques milliers de magistrates, de s'affirmer d'entrée et de récupérer un morceau d'image de Simone Veil.

Une proximité que la jeune magistrate ne va pas hésiter à mettre en avant, notamment dans ce reportage qui lui est consacré. Bonjour Madame, bonjour Rachida, comment allez-vous ? Très bien, très bien et vous ?

Je suis contente de vous revoir, un long déplacement, votre voyage, et puis je suis partie en Algérie deux semaines. J'ai intégré la magistrature, Madame Veil était tellement heureuse que ça allait marcher pour moi, alors elle m'a offert sa robe. Elle a décidé effectivement de veiller sur mon parcours, sur ce que je faisais.

Il y a des jalousies qui s'installent en disant mais elle est arrivée à ce poste comment ? N'a-t-elle pas profité d'appuis, d'appuis particuliers que nous, nous n'avons pas eus ? Au-delà de ces questions, ce qui surprend certains de ses collègues, c'est le ton et l'autorité de la jeune magistrate.

C'est vrai que vous avez toujours à ce jour respecté les obligations. Malheureusement, la semaine dernière, il y a un gendarme qui est venu me voir pour me dire que vous aviez pu et que vous commenciez à être violent sur votre femme. Je n'ai pas été violent, c'est qu'on s'est disputé.

Pourquoi avez-vous fait des plaintes ? Déjà, vous avez meilleure mine que la semaine dernière. Vous avez vu l'état dans lequel vous étiez arrivé ?

Déjà, au moins, vous êtes coiffé, rasé et propre. Le style d'Ati, c'est un style cash, c'est un style rentre-dedans. Elle ne cherche pas à avoir un dialogue avec celui qu'elle est en face d'elle.

Il faut que ça passe très vite. J'ai les rapports, j'ai vos justificatifs. Essayez de respecter si vous avez bu une fois.

Arrêtez de boire encore une fois. D'accord ? Bon, allez, vous pouvez y aller.

Au revoir, monsieur. Elle pense qu'elle est la seule détentrice de la vérité judiciaire. C'est la magistrate avec laquelle, effectivement, on a eu les rapports les plus tendus.

Si Rachid Alati ne parvient pas à s'intégrer dans ce tribunal, c'est en raison de son style, mais aussi de ses absences répétées. Elle est souvent par mots et par mots chez les grands de ce monde, à des cocktails, et elle n'est pas très présente sur les dossiers. Chacun sait que la jeune femme a pris goût à la vie mondaine parisienne.

Mais ce que tout le monde ignore, c'est qu'elle traverse à ce moment-là une épreuve douloureuse. L'état de santé de sa mère, qui souffre d'un cancer, la préoccupe. Elle met tout en œuvre pour elle, pour essayer de la soigner.

L'autre, Rachida, se réveille, celle qui téléphone aux grands de ce monde. Donc elle téléphone aux uns et aux autres pour avoir les meilleurs médecins. Grâce à ses relations, sa mère, Fatime Zora, est soignée par un grand professeur de l'hôpital Beaujon de Clichy.

Elle travaille, elle court la voir après, elle doit y aller tous les jours. Elle est déchaînée pour que sa mère soit guérisse. On fait même venir des traitements de Suisse pour sa maman.

Tout a débuté six ans plus tôt, lorsque les médecins ont découvert la maladie. Pendant de longues semaines, Rachida Dati a été la seule à connaître la gravité du mal. Elle ne le dit même pas à ses frères et soeurs.

Elle ne le dit pas à sa maman. C'est mon histoire, c'est mon affaire, c'est ma mère. Donc je m'en occupe, je prends les choses en main.

Le secret ne pourra pas tenir longtemps, en raison des séjours répétés à l'hôpital. Pendant plusieurs années, Rachida Dati pense qu'elle peut sauver sa mère. Mais en 2001, la situation s'aggrave.

Elle avait du mal à manger à ce moment-là, elle n'avait pas d'appétit. Mais elle continuait d'être gai. Elle riait avec les infirmières, avec tout le monde.

Fatime Zora partage également des moments forts avec sa fille. Cette fille, dont elle seule, savait calmer les angoisses. Apprends à prendre ton temps, à te satisfaire de ce que la vie te donne.

Ne cherche pas sans cesse à forcer le destin. Prends le temps d'être heureuse, d'apprécier tout ce que tu as déjà. La santé, ton métier de juge, c'est aussi cela la vie.

En lui disant de ne pas forcer le destin, elle lui dit maintenant ma fille, c'est bon, tu es arrivée déjà assez haut. Sa mère avait aussi compris qu'elle était l'animal. Parce que forcer le destin en permanence, parfois on arrive à trébucher.

Elle aurait voulu qu'elle se marie, qu'elle ait des enfants, qu'elle rentre dans le rang comme tout le monde. Après six ans de combat, Fatime Zora Dati s'éteint le 10 mars 2001. Elle pleure, elle m'a dit maman est morte, elle raccroche parce qu'elle pleure tellement.

Sa mère était peut-être le seul être au monde en qui elle avait totalement confiance. Le décès de sa maman, c'est la plus grande injustice qu'elle ait eu à subir de toute son existence. Rachida, c'est quelqu'un qui n'a aucune limite dans aucun domaine.

Et là, tout d'un coup, elle est confrontée à la grande limite à laquelle elle ne peut pas échapper. Elle ne pourra pas échapper. La mort.

Accablée par le chagrin, Rachida Dati reste reclue chez elle pendant plusieurs jours. Et dix ans après sa disparition, l'émotion est toujours aussi vive. Quand elle tombe malade, je viens la voir et elle me disait tu ne peux pas me faire échapper à la mort.

Et plus elle me disait ça, plus ça me terrifiait. Et c'est vrai que ça a été pour moi un drame. Puis je me dis, mais comment je vais vivre après ?

Rachida Dati va-t-elle se souvenir des mots de sa mère qui lui conseillait de savoir prendre son temps et de ne pas forcer le destin ? Vous connaissez déjà la réponse. En poste au tribunal d'Evry, la jeune magistrate suit avec attention et intérêt la classe politique.

Et elle est fascinée par le parcours d'un homme, Nicolas Sarkozy. Elle la rencontrait pour la première fois en 1996. Le maire de Neuilly était alors en pleine traversée du désert après avoir fait le choix d'Edouard Balladur, battu par Jacques Chirac à l'élection présidentielle.

Au printemps 2002, le président sortant est réélu. Pour Nicolas Sarkozy, c'est l'heure du retour en grâce et des ambitions nouvelles. Depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, Rachida Dati suit avec attention son action et sa parole politique.

La sécurité rend d'abord la vie impossible à ceux de nos compatriotes qui sont les plus modestes, les plus exposés, les plus fragiles. Elle a eu une sorte de coup de cœur pour Nicolas Sarkozy, elle a senti un homme d'avenir. Les problèmes des Français ne disparaîtront pas si nous nous dérobons devant ces problèmes.

Elle s'est trouvé quelque chose de commun avec ce Sarkozy, c'est-à-dire une force, un certain goût de la transgression et un discours qui s'adresse à ceux qui veulent travailler pour réussir. Au cours de l'été 2002, la jeune magistrate décide de lui écrire une longue lettre. Elle lui dit « J'ai toujours rêvé de travailler avec vous, monsieur le ministre.

Vous êtes l'homme dont toute femme peut rêver pour travailler et donc elle le couvre de compliments. » Elle considère que c'est lui qui a l'énergie, c'est lui qui peut changer la France, c'est lui qui peut régler les problèmes de sécurité. Très vite, un rendez-vous est fixé place Beauvau, un entretien au cours duquel la jeune femme tente de le convaincre, de la recruter.

Nicolas Sarkozy, au fond, se retrouve un peu dans Richie Dadati. Ils ont beaucoup de points communs. Elle est très énergique, elle est séduisante et elle sait ce qu'elle veut.

Donc, voir cette fille d'immigré qui avait un bagout absolument incroyable, il s'est dit « Moi, dans mon casting futur, ça pourrait être marché. » Sarkozy ouvre la porte et dit à Claude Guéant « Écoutez, je crois qu'on va travailler avec Rachida, occupez-vous d'elle. » Mais Claude Guéant ne partage pas du tout l'enthousiasme de son ministre.

Elle n'était pas immédiatement dans le logiciel qui était le mien, qui est assez classique. Elle n'est pas énarque, elle est différente des autres, elle a des manières et une personnalité qui tranche par rapport aux autres. Les jours passent et Rachida Dati est toujours sans nouvelles.

Lorsque nous avons pris un peu de temps à prendre une décision, que nous n'avons pas répondu immédiatement à sa première sollicitation, elle est revenue à la charge. Elle lui demande quand même de trouver même une toute petite place, de travailler, d'être petite main, de pouvoir être même affecté à des tâches subalternes. Elle a insisté, elle voulait venir.

Claude Guéant, lui, téléphone à quelques personnes, il fait une enquête et il découvre qu'elle est déjà très appréciée de beaucoup de gens à Paris. Des gens que l'on considère comme importants dans la société française. Et puis je la revois et si je puis dire, nous topons, nous faisons affaire.

Elle entre au cabinet Nicolas Sarkozy. Un mois après son rendez-vous, Rachida Dati est nommée conseillère technique chargée de la prévention de la délinquance. Elle quitte le tribunal d'Evry pour travailler désormais aux côtés de son nouveau mentor.

Eh bien, il la présente en disant, je suis très heureux d'accueillir Rachida Dati dans le cabinet. Je n'ai jamais vu quelqu'un qui avait autant envie de travailler avec moi qu'elle. Alors évidemment, ça vexe tous ceux qui sont autour de la table, qui ont le sentiment que tout de suite déjà, elle a une proximité avec le ministre qu'eux ont mis plusieurs mois à construire.

Ça crée des rivalités, ça crée, disons le mot, des jalousies. Mais qu'est-ce qu'elle va faire ? À qui elle va prendre des dossiers ?

Donc effectivement, elle va être regardée un petit peu de travers au début. Elle se retrouve dans une écurie très forte, sans doute la meilleure à l'époque, avec un entourage de tous ces conseillers qui sont entièrement voués, écorzés à madame Nicolas Sarkozy. Donc elle rentre dans ce qu'on a appelé une dream team.

La jeune femme souffre d'un manque d'expérience politique, mais elle a d'autres atouts liés à sa personnalité. Elle est très gaie. Et donc très rapidement, elle va devenir la star de la popote, qui est l'endroit où on vient se détendre à l'heure du déjeuner.

Elle a ce côté un peu géo du Club Med, qui a fait qu'elle s'est faite apprécier. C'est la mascotte du régiment. Elle est toujours là, à faire rigoler les gens.

Pour ça, elle est très forte, elle met de l'ambiance. A cette facilité relationnelle, s'ajoute un sens de l'observation. Au deuxième étage du ministère, Rachida bénéficie d'une position stratégique.

Elle voit la cour, elle voit les mouvements. Elle voit aussi les moments où elle peut croiser le ministre. Elle regarde et commence à rapprocher, je dirais, du cœur du réacteur.

La jeune femme à qui rien n'échappe remarque que certains conseillers viennent travailler au ministère le samedi matin. C'est un moment plus privilégié. Il n'y a pas les réunions, il n'y a pas la pression de la semaine.

Les gens qui sont là se parlent un peu plus, je dirais, de manière un peu plus personnelle qu'ils le font pendant la semaine. Le directeur de cabinet est plus accessible parce qu'il n'est pas pris par les réunions prévues à l'avance. Elle passe la tête et puis vient parler de ses affaires.

Au sein du cabinet, Rachida Dati va se rapprocher d'une conseillère clé. Elle s'appelle Marie-Hélène Debar. Elle est la plume du ministre.

C'est elle qui fait aussi bien. Ils disent souvent pour les légions d'honneur, les pompiers, etc. Rachida se frotte les mains et se dit « Toi ma petite, on va pouvoir faire du chemin ensemble. » Elle dit « Je ne veux pas faire cosette, mais bon, on sent bien. » Elle raconte qu'elle a une vie difficile dans une famille nombreuse.

Je sens beaucoup plus les fragilités, les failles, que son ambition. Oui, on devient amie, bien sûr. Une amie qui la rassure et qui n'hésite pas à l'aider lorsqu'elle doit rendre des notes au ministre.

Rachida nous dit « Moi, ce n'est pas mon truc de faire des notes » ou bien « Tu les fais mieux que moi, etc. » Mais aucun problème. Je dirais comme nous, on travaillait tout le temps, un peu plus, un peu moins.

Je fais des notes. Elle va lui faire tous ses discours. Rachida ne le dira jamais, mais c'est elle qui écrit la plupart des discours.

C'est une des clés de la politique. Rachida a dit « Elle a ça de manière presque instinctive. » Elle arrive à repérer les gens grâce auxquels elle pourra monter une marche et à créer une relation qui va faire que ces gens-là pourront lui être utiles.

Discrètement, la jeune conseillère réussit petit à petit à s'imposer dans l'entourage proche du ministre. Elle assiste désormais à toutes les réunions du cabinet. Elles seront indispensables.

Voilà, et pourquoi pas moi ? Pourquoi je ne suis pas là ? Et puis soit ces deux guerres lassent, on dit oui, soit c'est parce qu'on pense que c'est une bêtise de ne pas l'avoir invitée.

Mais dans les deux cas, elle y arrive. À force de détermination, la jeune femme poursuit son ascension auprès de celui qui est devenu l'homme fort de la droite. En mai 2005, les ténors de la majorité sont en campagne pour la ratification de la nouvelle constitution européenne.

L'occasion pour la jeune conseillère de sortir pour la première fois de l'ombre. Est-elle prête ? Voici la réponse.

Ce 12 mai 2005, Rachida Dati s'apprête à s'exprimer pour la première fois dans un grand meeting. Et c'est une idée de Cécilia Sarkozy. Elle se dit que c'est un parcours très intéressant.

Et elle repère en elle, dira-t-elle à Nicolas, un potentiel. Le mot magique, c'est potentiel. En fait, Rachida Dati vient montrer la capacité qu'a Nicolas Sarkozy à assurer la promotion des Français issus de l'immigration, qui viennent des cités.

Le symbole de la discrimination positive voulue par Nicolas Sarkozy, c'est qu'elle n'a pas le droit à l'erreur. Elle peut compter sur le soutien de l'épouse du président de l'UMP. Elle coache Rachida sur la prise de parole, sur l'expression corporelle, sur la manière de parler à une salle.

C'est pas évident. Elle la prépare comme on prépare un comédien ou une comédienne. On fait des répétitions et on travaille les locutions.

Elle a compris qu'il va falloir que Rachida progresse vite dans ce domaine, si elle veut passer de l'ombre à la lumière. Ce jour-là, Rachida Dati va également prononcer son discours devant une femme qui a compté dans son parcours, Simone Veil. Elle est extrêmement concentrée, c'est-à-dire qu'elle prépare, elle sait que c'est important.

Elle a un trac ? Un terrible trac ? Oui, alors moi je suis très impressionnée, parce que la première fois que je fais cet exercice, il y a notamment devant 5000 personnes.

Alors j'espère, monsieur le ministre, que je ne vous ferai pas honte. Sa force, c'est qu'elle arrive à convertir ce trac en émotion. Et ça la rend sympathique, ça la rend accessible, ça la rend un peu fragile.

C'est une personne qu'on remarque, là. Digitalité extraordinaire, physique pas commun, c'est une petite femme brune, très très vive. Et puis elle a une voix qui porte un peu au cœur des gens.

Si nous voulons l'Europe des hommes et des femmes, et pas seulement économique, il faut absolument que nous votions oui, parce que cette constitution est un véritable outil pour nous, pour défendre et préserver nos droits dans cette Europe, qui comptera plus de 460 millions d'Européens. Pour une première fois, c'est pas mal. Merci Rachida.

Elle a une sensation à ce moment-là qui lui fait comprendre que c'est ça, sa vie. Et qu'elle y est, voilà. La jeune conseillère a réussi son baptême du feu.

Et Nicolas Sarkozy est satisfait de sa prestation. Il va lui faire savoir quelques jours plus tard, devant son équipe, et en présence d'une caméra de télévision. C'est moi Rachida ?

C'est elle la chef. C'est votre équipe, monsieur Sarkozy ? Oui, c'est mon équipe.

Et Rachida tient un rôle capital dans cette équipe. C'est une personne qui travaille énormément. Mais c'est nous qui la poussons.

Parce qu'elle tient une place considérable. C'est une jeune femme formidable. C'est la manière de parler de Nicolas Sarkozy, quand il aime bien les gens.

C'était un beau compliment qu'il faisait. C'est elle le chef. Ça voulait dire qu'elle prend son destin en un.

Voilà, ça commence. Bienvenue Rachida. Dès lors, chacun a compris que la jeune femme comptera dans le dispositif du futur candidat.

Une influence qui va grandir au moment où Nicolas Sarkozy connaît des problèmes conjugaux. Cécilia Sarkozy a rencontré Richard Attias, qui était l'organisateur des meetings de Nicolas Sarkozy. Quand Cécilia part avec Richard Attias, tout de suite, avec son flair absolument extraordinaire, Rachida Dati sent l'opportunité.

Là, une intuition de femme, elle se dit, pour gagner, Nicolas Sarkozy va avoir besoin de Cécilia à ses côtés. Elle va jouer les go-between. Elle va aller de l'un à l'autre et tenter de les réconcilier.

C'est-à-dire qu'elle garde une relation très forte avec Nicolas Sarkozy, tout en ayant raffermi ses liens avec Cécilia. Donc elle peut faire passer des messages entre les deux membres de ce couple. Elle bombarde de SMS Cécilia en lui demandant comment allez-vous, qu'est-ce qui se passe.

Et dans ses échanges, Rachida Dati lui raconte en détail ce qui se trame au sein du cabinet en son absence. Rachida prend un mal à plaisir à lui rapporter tout le mal qu'on dit d'elle. Rachida Dati est ce qu'on appelle communément une intrigante.

Rachida Dati est devenue un peu l'œil de Moscou au sein du cabinet et fait son rapport chaque jour ou chaque semaine à Cécilia pour lui dire ce qui se passe, comment se comportent les uns et les autres. Rachida lui raconte que Nicolas n'est pas tous les soirs enfermé dans sa chambre et qu'il y a autour de lui quatre garçons qu'on a plus tard appelé la firme et que ces garçons-là essayent de le distraire. La conseillère a joué la carte du retour de Cécilia Sarkozy.

Mais va-t-elle finalement gagner son pari ? Au printemps 2006, après un an d'absence, Cécilia Sarkozy apparaît de nouveau aux côtés de son mari. Et elle entend bien jouer un rôle clé.

Pour célébrer son retour, Nicolas Sarkozy organise une petite fête en son honneur. Les conseillers viennent saluer Mme Sarkozy les uns après les autres. Donc moi, j'en fais de même.

Rachida Dati se tient à côté de Cécilia Sarkozy et lui dit d'un mot à l'oreille qu'il a trahi, qu'il s'est bien comporté, qu'il a craché sur elle, qu'il a soutenu, qu'il est resté neutre. Et Rachida Dati, avec cette proximité qu'il a chez nous avec Cécilia, devient intouchable. Elle peut tous permettre, chacun comprend bien, que maintenant, Rachida, ce n'est plus la petite Rachida.

Elle passe dans une autre dimension. A partir de là, tout va s'accélérer pour elle, avec une étape cruciale. Nous sommes en décembre 2006.

Nicolas Sarkozy annonce à son état-major que Rachida Dati est celle qu'il a choisie pour être la porte-parole de sa campagne. Porte-parole d'un candidat en campagne, c'est un travail beaucoup plus rude, plus technique. Et c'est vrai qu'on est étonné de la voir arriver à ce poste.

Certains marquent leur surprise, se demandent si ça va marcher, finalement. C'est vrai que c'est un pari, parce qu'elle n'a pas d'expérience dans ce domaine. Dès lors qu'on lui donne une visibilité, ça fait grincer des dents.

Beaucoup de gens n'en voulaient pas. Une décision influencée par la plus proche conseillère du candidat, son épouse, Cécilia. Mon téléphone sonne à 6 heures, c'est Rachida.

Elle me dit, j'ai peur, il faut que tu m'accompagnes, c'est ma première interview. Et je dis, oui, écoute, ok, d'accord, je n'avais pas prévu, mais allez, ok, je viens de chercher. Le 15 janvier 2007, celle qui travaille depuis maintenant 5 ans dans l'ombre de Nicolas Sarkozy est l'invitée de la matinale de repas.

Elle est encore la surprise et le mystère. C'est votre premier jour de porte-parole et votre premier entretien. Rachida Dati, bonjour.

Bonjour, monsieur Elkabach. Elle sait qu'elle passe un examen. C'est son grand oral, cette émission.

Tout le monde l'écoute. Si elle se plante, tout le monde va lui tomber Vous êtes française, évidemment. Vos parents ?

Je suis française et comme beaucoup de Français, je suis issue de l'immigration. Mon père qui est d'origine marocaine, maman qui est d'origine algérienne, je suis issue d'une famille de 12 enfants. Elle va faire ce qu'on appelle un peu un storytelling.

C'est-à-dire qu'elle va écrire une sorte de conte de fées un petit peu moderne sur sa propre ascension et sur sa propre histoire. Je suis la deuxième, avec un père qui a appris à lire et écrire avec nous quand on était au CP et maman qui ne savait ni lire ni écrire. Ça, c'est un texte qui m'a appris, qui est d'ailleurs répété encore une heure avant l'interview.

Je vendais des produits avant, des produits cosmétiques de porte à porte dans le quartier où j'habitais. Dans les HLM ? Oui.

En quelques minutes, les Français découvrent le parcours étonnant de la jeune femme. C'est très important de parler de ses origines parce que c'est le cœur de la campagne de Nicolas Sarkozy. elle en est l'exemple et le symbole.

Si cette fille-là arrive là où elle est, c'est quand même que la France est un beau pays. En gros, il y a quelque chose comme ça qui est réconfortant pour tout le monde. Pour lui, vous dites « Je ne suis ni Cosette ni l'Arabe de service ».

Il a vu ce que je pouvais lui apporter, il a vu qui j'étais et il a reconnu mon parcours. Rachid Adati a-t-elle réussi son grand oral ? De retour au QG, la porte-parole attend le verdict de Claude Guéant, le directeur de campagne.

Elle devient la chouchou des médias qui enfin ont le sentiment d'avoir quelqu'un qui parle vrai, qui parle simplement avec des mots que tout le monde comprend. Son débit de voix n'est pas la même que les autres, sa rhétorique n'est pas la même que les autres et c'est pour ça qu'elle passe bien. Elle explosait sur les plateaux parce qu'elle prend la lumière et donc elle pouvait même faire des petites fautes, ce n'était pas grave.

Rien ne semble arrêter l'ascension de celle qui est maintenant en première ligne, mais à droite, une autre femme est en train de lui disputer la première place d'icône de la diversité. Rachid Adati panique lorsqu'elle va découvrir la nouvelle bête médiatique qui est Ramayad. Nicolas Sarkozy nous l'est présent, si vous voulez, il tient, il a ses deux grâces.

Deux visages, deux espoirs qui vont se confronter lors d'un même meeting. Nous sommes le 11 février 2007 à Paris. Moi la française, au sang mêlé, se reconnaît dans celui qui n'a pas peur de la France multiple.

En m'engageant aux côtés de Nicolas Sarkozy, j'ai fait le choix de la modernité. Cette modernité qu'on attendait à gauche mais qui s'est révélée à droite. Ramayad va faire une prise de parole extrêmement réussie.

Elle a une facilité d'élocution, elle est très belle, elle est cultivée et elle a une force de conviction qui semble, pour le coup, pas calculer une seconde. Et ça, Rachida n'avait pas prévu. Face à la montée en puissance de Ramayad, Rachida Adati souhaite très vite réagir.

Elle va envoyer quelques messagers qui vont tenter d'impressionner Ramayad et de lui faire comprendre qu'il ne faudrait pas qu'elle brille trop parce qu'il y a déjà une étoile de la diversité qui brille dans le ciel de Nicolas Sarkozy, c'est Rachida Adati. Dès qu'il y a une menace sur le monopole qu'elle peut exercer, elle se sent au danger. Et alors là, si vous voulez, son instinct de survie se met en action et l'instinct de survie de Rachida Adati vaut mieux pas le déclencher.

Donc là, elle devient un vrai fauve dans l'arène. Une nouvelle facette de sa personnalité que ses collaborateurs ne vont pas tarder à découvrir. Au QG de campagne, la porte-parole peut se montrer parfois imprévisible.

Si vous la cherchez, vous la trouvez. De façon plus violente qu'un homme d'ailleurs. C'est direct, c'est ferme, c'est à la limite agressif.

Bien sûr qu'elle insulte les gens quand elle leur dit « toi tu dégages, petite conne, idiote, voyou ». Elle émaille ses discours de menaces, d'insultes, etc. Vous êtes séchée par rapport à une voix de quelqu'un qui est endurier, qui est terrible, qui dit des choses qui ne sont pas faites pour sortir de cette jolie femme.

On découvre qu'elle est prête à tout pour que personne ne lui fasse de l'ombre et pour arriver là où elle a envie d'arriver. Le 6 mai 2007, s'est entouré de ses proches venus de Chalons-sur-Saône que Rachid Dallati attend le résultat de l'élection présidentielle au QG de campagne. Les premiers sondages sortis des urnes annoncent une large victoire de Nicolas Sarkozy.

À 20h, elle est sur les plateaux de télévision et plus tard dans la soirée, elle va fêter la victoire avec celui qui est désormais le nouveau président de la République. Ce 6 mai 2007, il est environ 23h lorsque Rachid Dallati se rend au Fouquet's sur les Champs-Elysées. Elle figure sur la liste des invités sélectionnées par Cécilia Sarkozy.

Il va y avoir des amis historiques de Nicolas Sarkozy qui vont être internés de Fouquet's mais Rachida, elle est là. Elle est radieuse de l'élection de Nicolas Sarkozy, radieuse d'être une star au premier plan, la voir au milieu de la photo. Elle a fait les bons choix, elle a montré qu'elle était loyale à son patron, fidèle à Cécilia.

Elle a tout gagné. La porte-parole de campagne a désormais l'assurance de faire partie du prochain gouvernement. Reste à savoir à quel poste.

Une semaine après la victoire, Nicolas Sarkozy réunit son état-major à la Lanterne, une résidence d'État située à Versailles. Pour ce déjeuner, il y a les plus proches collaborateurs du président et assez rapidement on va sur la composition du gouvernement. Il a déjà des idées bien arrêtées, simplement, il veut nous en parler.

Nicolas Sarkozy évoque le cas de Rachida Dati. Nous n'avons pas le temps d'avoir une réaction puisqu'au moment même où il nous dit Rachida Dati se regarde des Sceaux, il explique son choix. Je veux que les personnes issues d'immigration aient leur place dans la société et donc je fais de Rachida un symbole.

Elle était quelque chose de différent qui allait renouveler la façon de faire de la politique en France. Autour de la table, personne ne remet en cause le choix de Nicolas Sarkozy. Mais cette nomination ne fait pas l'unanimité.

Je m'interroge. Je suis un peu surpris. Je suis étonnée par l'audace parce que le ministre de la Justice c'est très difficile.

Ceux qui l'aiment le plus se demandent si c'est pas un cadeau empoisonné et les plus malveillants s'étranglent. Le nouveau chef de l'État ne changera pas d'avis. La veille de la passation de pouvoir, il convoque Rachida Dati pour lui confirmer officiellement la nouvelle.

Elle pleure d'émotion, elle n'y croit pas. Elle ne l'avait pas rêvé de quelque chose d'aussi extraordinaire. Et c'est vrai que quand même Nicolas Sarkozy lui donne quelque chose en or massif.

Émue et un peu perdue, elle exprime rapidement ses premières angoisses. À ce moment-là, je la croise dans le couloir et elle me dit il faudrait que tu m'aides. Là, c'était évident qu'elle était très émue par ce qu'elle venait d'apprendre.

Le lendemain, dans la salle des fêtes de l'Élysée, les invités attendent l'arrivée du nouveau chef de l'État. Rachid Haddati échange un regard complice puis quelques mots avec la nouvelle première dame. Ils ont le sentiment toutes les deux que tout ça est un peu leur œuvre et que si elles sont là aujourd'hui, c'est aussi et beaucoup grâce à elles deux.

Elles ont partagé beaucoup de choses, elles se sont aidées mutuellement, donc il y a quelque chose qui est lourd et qui s'échange à ce moment-là dans le regard. Le regard dit « Tu vois, les mois qu'on a passés, regarde comment on s'est fait confiance, regarde où on est arrivés toutes les deux. » Elles ne sont plus dans la conquête du pouvoir, elles vont être dans l'exercice du pouvoir et donc il y a une manière de dire aussi maintenant « On va continuer à se battre. » Les deux femmes sont également conscientes que cette période qui s'ouvre est pleine d'incertitudes.

Cécilia Sarkozy a-t-elle réellement envie d'accompagner son mari à l'Élysée ? Et Rachid Haddati est-elle prête à assumer les responsabilités d'un ministère sensible ? Deux jours plus tard, la nouvelle garde des Sceaux soigne son arrivée place Vendôme.

Elle s'affiche aux côtés d'Albain Chalandon, l'ancien ministre de la Justice qui, 20 ans plus tôt, a cru en elle. Montrer qu'elle admire ce passé, ses institutions, tout ça, c'est excellent pour son image. Elle voulait envoyer un signal.

J'ai réussi par ma volonté de travail, mais j'ai fait de bonnes rencontres et je suis reconnaissant à celles et ceux qui m'ont aidée. C'est la première fois qu'une personne issue de l'immigration est nommée à un tel ministère. En plus, c'est une femme, c'est la plus jeune garde des Sceaux de l'histoire.

C'est extraordinaire. Je répète 50 fois « Oh, Rachida, ministre de la Justice, j'ai peut-être dit 100 fois. » je n'en revenais pas.

Des notes dans la galerie des portraits de tous les ministres de la Justice qu'elle va traverser pour aller à son bureau de ministre, elles ne ressemblent à rien de tous ces gens-là. C'est là qu'on sent que le poids de la responsabilité arrive au fond. Maintenant, tout est suspendu et incelèbre.

Nous sommes à l'aube d'une ère nouvelle dont je souhaite que vous soyez tous les facteurs, vous comme moi. Alors je vous souhaite à tous bonne chance, mais souhaitez-moi également bonne chance. Merci.

Près de deux mois après son investiture, la ministre doit présenter au Sénat son premier projet de loi. Un texte contre la récidive promis par le candidat Sarkozy. La veille, elle découvre le discours écrit par son directeur de cabinet et elle n'est pas du tout satisfaite.

Elle dit « C'est ni fait ni à faire, c'est nul, je ne pourrais pas avoir ça. » Et lui, il est atterré parce que jamais on ne lui a parlé comme ça. La soirée avance, il est pratiquement minuit, le discours n'est pas prêt, elle le retoque les moutures les unes après les autres.

La garde des Sceaux fera finalement intervenir un ami en pleine nuit pour reprendre ce discours. Le lendemain après-midi, dans les couloirs du Sénat, la ministre tente de faire bonne figure. La nuit a été courte et elle passe sa première, sa toute première épreuve politique.

Elle sait qu'elle va être jugée, regardée, décortiquée. Et c'est le moment de l'épreuve absolue, c'est le feu. Il ne faut pas qu'elle se contente d'être une jolie ministre avec les yeux qui brillent.

Il faut qu'elle montre qu'elle est capable d'être ministre et qu'elle est capable de défendre un texte. Ce jour-là, pour la soutenir, son père, l'un de ses frères, l'une de ses sœurs, assiste à ce grand oral. La parole est à madame Rachida Dati, garde des Sceaux, ministre de la Justice, madame la ministre.

Monsieur le Président, monsieur le Président de la Commission des lois, monsieur le rapporteur, mesdames et messieurs les sénateurs. C'est un visage qui est crispé, le sourire n'est plus là, les sourcils se froncent plus facilement, la voix est moins ajustée. Ce n'est pas nuire à la sérénité qui s'y est à la justice et à l'examen d'un projet de loi la concernant que de penser à la douleur que ces comportements font naître.

Je vous le dis aussi clairement, mon devoir est de tout mettre en œuvre pour éviter autant que possible que de tels drames se reproduisent. Pour la première fois, il y a moins de brillance, il y a moins de capacité à séduire, il y a moins de force. Si on la compare avec des ministres aguerris qui ont l'habitude, non, elle n'est pas au niveau, ça c'est sûr.

Je vous remercie. À la fin de son intervention, qui aura duré 25 minutes, la ministre a conscience qu'elle n'a pas été à la hauteur de l'enjeu. De retour place Vendôme, elle convoque aussitôt son directeur de cabinet.

C'est la rupture qui est consommée entre Michel Dobkin, le directeur de cabinet, et la garde des Sceaux. Il dit qu'il en a marre de se faire abrouer, de se faire insulter et il va présenter sa démission. Quand il claque la porte du cabinet, les pires rumeurs circulent.

Il aurait été insulté, dit-on, par Rachida Dati lors d'une scène extrêmement violente. Michel Dobkin, qui a un haut sens de ses responsabilités, va à la radio et essaye de dégonfler l'affaire. D'abord, ce que je voudrais dire, c'est qu'il ne faut pas en faire un flanc.

Ce n'est pas une affaire d'État. Je crois que le garde des Sceaux, Rachida Dati, c'est quelqu'un qui va aller très vite, très fort. Quelqu'un avec qui j'ai travaillé il y a quelques semaines, ça s'est très bien passé, il n'y a pas eu de souci.

Mais bien sûr que non, il ne dit pas la vérité. La réalité, c'est qu'il s'en va parce que le couple ne marche pas. Michel Dobkin, en bon serviteur de l'État, a accompli son devoir, c'est-à-dire qu'il a calmé le jeu et pris sur lui la responsabilité un peu de cette rupture.

Ce départ au sein du cabinet est en réalité le premier d'une longue série. Rachida Dati perd trois nouveaux collaborateurs. Trois magistrats recrutés comme conseillers demandent leur mutation.

Officiellement, pour des raisons personnelles, mais beaucoup en sous-main critiquent le caractère autoritaire de la ministre. Ça fait plus ou moins désordre, parce que c'est rare de voir après si peu de temps des équipes qui se disloquent. Il y avait cette administration qui ne la prenait pas au sérieux.

Les gens du cabinet qui la voyaient quand même manager tout ça de manière très approximative, des éclats de voix, des cris, des crises. Bon, ça s'est très mal passé. Deux mois seulement après son arrivée au pouvoir, Rachida Dati est déjà dans la tempête.

Et l'entend clore cette séquence gênante par un événement inédit au ministère. C'est la première à garder une partie du 14 juillet et Place Vendôme il n'y en avait jamais eu avant. Il y a une ambiance très festive, très joyeuse.

Il y a beaucoup de monde. Elle a beaucoup de volonté que la fête se passe bien. Elle a fait venir sa famille, son père, frère et soeur qui sont restés un peu à part, qui étaient extrêmement intimides.

La présence de Rachida Place Vendôme, c'est un message adressé à tous les enfants de France que pour chacun, par son mérite, par son effort, par son engagement, ça devient possible. Mais ce jour-là, alors que Nicolas Sarkozy lui rend hommage, étonnamment, Rachida Dati semble ailleurs. ailleurs.

Elle était sur les marches devant l'hôtel et le président de la République était à côté d'elle. Ça se demandait si elle ne luttait pas en permanence contre les larmes. On voit sur ces images que son usage est complètement défait.

Non, là, c'est de la tristesse. Elle ne peut pas pleurer parce que ça ne se fait pas, mais je pense qu'elle doit avoir les sanglots coincés. En réalité, la fête est gâchée pour Rachida Dati et sa famille.

Car le matin même, un grand quotidien a révélé les ennuis judiciaires de l'un de ses frères, poursuivis dans une affaire de stupéfiants. L'un de ses frères fait une bêtise, on la renvoie à son milieu et à son origine tout le temps. Elle trouve tellement ça injuste qu'on l'attaque ce jour-là en prenant une affaire de famille.

Elle est pour rien. Pour le moment, ces polémiques n'entament rien à la popularité de la garde des Sceaux. En l'espace de quelques mois, elle fait la une de plusieurs journaux.

Dans ce concert de louanges, une voix dissonante, celle de l'Express. L'hebdomadaire enquête sur une rumeur apparue au cours de l'été. On dit que Rachida Dati a usurpé ses diplômes.

Donc c'est un point qu'on va s'attacher à creuser. A-t-elle menti ? A-t-elle réellement eu ses diplômes ?

Et pouvait-elle intégrer la magistrature ? Les journalistes révèlent que Rachida Dati est bien titulaire de deux maîtrises, dont une endroit qui lui a permis d'accéder à la magistrature. Jusque-là, rien d'anormal.

On découvre que dans son dossier d'intégration à la magistrature, il fait mention de l'obtention d'un MBA du groupe HEC. Rachida Dati serait donc aussi diplômé d'une prestigieuse école de commerce, comme l'indique cette mention sur son CV. C'est là que se situe objectivement un problème, c'est que ce MBA, elle ne l'a pas obtenu.

Il lui manquait deux éléments pour obtenir ses diplômes. Elle avait été élève, elle avait bien suivi les cours, mais à la fin, elle ne l'a pas obtenu. La garde des Sceaux a donc bien suivi les cours à HEC, mais elle n'a jamais passé l'examen.

Au cours d'un rendez-vous au ministère, elle va donner une explication aux deux journalistes. Elle dit que ce n'est pas moi qui ai mis sur le CV que j'ai eu ce MBA. C'est vrai que je ne l'ai pas eu, mais ça ne vient pas de moi, mais j'aurais dû l'avoir.

Donc c'est une espèce de zone comme ça, d'ombre un peu bizarre. Dans les jours qui suivent, les médias s'emballent et l'affaire de ce diplôme prend de l'ampleur. C'est monté en boule de neige et c'est devenu une espèce d'affaire politique qui nous a un peu échappés.

Évidemment, ça remonte à l'Elysée et du côté de Nicolas Sarkozy, on a un peu peur. On a un peu peur que l'une des étoiles médiatiques du gouvernement soit abattue en vol par un mensonge qui serait découvert. Place Vendôme, cette affaire devient embarrassante.

Les coups de fil à partir de ce moment-là pleuvent. Il y a une sorte d'emballement à la chancellerie autour de cette question. Tout d'un coup, Rachida elle-même va très très mal réagir et va commencer à mettre en cause l'Express en disant que l'Express et qu'elle va aller à la télé pour dire que l'Express est un journal raciste ce qui est quand même assez surréaliste.

Il y a un effet de panique chez Rachida Dati et honnêtement, elle passe un peu les bornes. Un magistrat nous appelle, il a reçu chez lui tard à son domicile un appel de la ministre et ce magistrat a été sommé de nous appeler pour expliquer que l'erreur venait de lui et non pas de sa ministre. en pleine polémique.

En pleine polémique, la ministre va riposter dans un livre d'entretien. Des journalistes sont tout de même allés enquêter pour savoir si j'avais vraiment passé mes examens, si j'avais vraiment eu mes diplômes, comme si par principe j'avais dû tricher pour arriver où je suis. Elle attendait qu'on dise d'elle qu'elle était une femme formidable, c'est-à-dire qu'elle voulait que ça corrobore l'image qu'elle veut donner d'elle-même.

Elle adore camper dans cette posture de victime, c'est son premier rôle. Si vous enquêtez sur moi, c'est parce que je suis d'origine immigrée. Elle est toujours une victime, elle est une victime de tout, de la presse, de ses adversaires politiques, etc.

Je crois que ça fait partie effectivement de la stratégie de Rachida Dati. En octobre 2007, un événement va prendre de court Rachida Dati, le divorce du couple Sarkozy. La ministre perd une alliée à l'Elysée et au même moment les premières difficultés apparaissent sur le terrain politique.

Depuis son arrivée à la tête du ministère de la Justice, la ministre a lancé des réformes d'envergure souhaitées par le chef de l'État, la plus emblématique et la plus contestée aussi, et la nouvelle carte judiciaire. À l'automne 2007, la garde des Sceaux doit faire face à des blocages sérieux. L'hostilité du monde judiciaire à la fermeture de plusieurs centaines de tribunaux.

Une mission très claire, c'est de fermer les tribunaux, d'avoir une carte judiciaire différente, mais c'est la mission que lui a confiée le président de la République. Rashadati, c'est un bon soldat de la Sarkozy. Il est très clair que ce que veut Nicolas Sarkozy doit être appliqué.

Elle ne se pose pas d'autres questions. Elle y est allée franco, sans s'embarrasser d'excès, de concertation. Elle leur a dit vous pouvez raconter tout ce que vous voulez.

Vous pouvez aller crier auprès de Nicolas Sarkozy, etc. « J'ai une mission, je la remplirai et votre tribunal, vous le fermerai. » Elle avance, elle ne regarde pas, elle n'explique pas, elle arrive avec un texte et elle n'en bouge pas une virgule.

Et donc, elle se met à dos, mais tout le monde. Durant cette tempête, Rachid Alati peut compter sur le soutien du chef de l'État. Dans les quelques mois, quelques semaines qui ont suivi, elle va être la principale compagne, entre guillemets, compagne, c'est-à-dire celle qui l'accompagne partout.

Potentiellement, en termes d'image et de force et d'aura, elle s'imaginait être la première dame du gouvernement. Au début de l'année 2008, lors d'une conférence de presse, Nicolas Sarkozy va lui-même officialiser sa nouvelle vie personnelle. Avec Carla, nous avons décidé de ne pas mentir.

Nous ne voulons rien instrumentaliser, mais nous ne voulions pas nous cacher. Et puis, vous l'avez compris, c'est du sérieux. Quelques semaines plus tard, le mariage du chef de l'État avec Carla Bruni est célébré à l'Élysée.

En l'espace de quelques semaines, Rachida Dati ne bénéficie plus d'un accès direct. Quand Carla est arrivée, c'est Carla qui a répondu au téléphone et elle ne lui passait plus son mari. Et ça change tout.

Le lien direct est rompu. Carla lui dit avec beaucoup de tact comme elle sait le faire, « Tu sais, Rachida, je crois qu'il faut que tu comprennes que maintenant, le président a besoin de tranquillité. » Rachida Dati s'interroge.

Comment nouer un lien de confiance avec la nouvelle première dame ? Rachida Dati laisse tomber Cécile Sarkozy parce qu'elle ne peut plus rien aussi lui apporter. Il faut aussi qu'elle pense à sa survie politique.

Carla n'est pas du tout. Elles sont incompatibles d'éducation, de goût, de tout. Tenue à distance, Rachida Dati va perdre peu à peu la confiance de Nicolas Sarkozy.

Le premier signe de cette mise à l'écart, c'est la composition du G7, le groupe des sept ministres préférés du président de la République. Lorsque Nicolas Sarkozy monte son G7, Rachida Dati n'en fait pas partie. Si vous ne faites pas partie du G7, ça veut dire que le président de la République n'a pas beaucoup d'estime pour vous.

Il y a une défiance de Nicolas Sarkozy à son endroit. La fronte des parlementaires est très forte. Les conseillers de l'Elysée en disent du mal.

Elle commence à décevoir et la réflexion aussi que se fait le président, c'est qu'il vaudrait mieux qu'elle s'occupe plus complètement de son ministère plutôt que de s'occuper de la communication du gouvernement. Elle voit bien qu'elle a perdu des appuis, que ça se fragilise, mais que finalement ce qu'elle représente dans l'opinion, dans les sondages est tellement important que Sarkozy ne pourra pas se passer d'elle. Madame Dati !

Madame Dati ! Malgré les attaques dans son propre camp, l'image de la garde des Sceaux dans la presse continue à intriguer et une photo, prise à la rentrée 2008, va créer un nouveau rebondissement médiatique. Le conseil des ministres du 21 août 2008 montre une Rachida Dati un peu plus enrobée que d'habitude.

Et donc, les spéculations vont montrer Rachida Dati est-elle enceinte ? La ministre ne fait aucun commentaire et quelques jours plus tard, une journaliste lui pose directement la question lors d'une visite en prison. On a parlé dans les journaux d'un heureux événement concernant.

Est-ce que vous...

C'est ni lieu, ni l'endroit, ma vie personnelle et ma vie personnelle. Moi, j'ai un engagement en tant que garde des Sceaux. C'est d'abord de lutter contre la délinquance.

La belle nouvelle, c'est que nous favorisons la réinsertion des personnes détenues pour lutter contre la récidive. Le lendemain, la ministre invite des journalistes Place Vendôme et au cours du petit déjeuner, elle leur fait une confidence. Elle dit « Oui, je suis enceinte, je ne vais pas pouvoir le cacher longtemps, mais c'est à moi de décider du moment et de la manière de le dire, donc je vous demande de ne pas en parler. » Seulement, une journaliste du Monde décide de ne pas suivre la demande de la ministre.

À 10h17, elle révèle sur le site internet du quotidien que Rachida Dati est enceinte. « J'ai 42 ans, j'ai toujours dit que c'était fondamental pour moi. Si c'est consolidé, je serai heureuse et j'aurai l'impression d'avoir bouclé la boucle. » Elle est assez énervée, elle trouve que c'est une violation, dit-elle, de la vie privée et donc elle m'a demandé très clairement de démentir l'information.

Mais je lui expliquais que démentir l'information n'avait pas de sens. Elle était réellement enceinte. « Quand on vit à sa table 7 ou 8 journalistes, surtout pour leur annoncer qu'on est enceinte, qu'est-ce qu'on veut ?

On veut qu'ils le gardent pour eux ? Qu'ils en fassent quoi ? » La ministre espérait garder la maîtrise de cet événement.

Mais en ayant toujours recherché la reconnaissance médiatique, elle se retrouve prise à son propre piège. « Elle fait partie des personnes qui aiment qu'on parle d'elle, c'est une évidence. Elle fait tout pour qu'on parle d'elle. » « Elle en joue bien entendu, c'est-à-dire qu'elle comprend que c'est un sujet qui passionne les Français.

Tout le monde veut savoir qui est le père de l'enfant de Rachida Dati. » « Toutes les hypothèses circulent et elle les laisse toutes circuler et on pense qu'elle en fait circuler elle-même. » La rumeur court et elle contraint même un ancien premier ministre espagnol à réagir officiellement.

José María Aznar à qui certaines rumeurs accordaient cette paternité a formellement démenti hier soir dans le journal espagnol El País. Les médias se focalisent ensuite sur Bernard Laporte, le secrétaire d'État au sport. Tout est parti d'une vidéo diffusée pendant l'été. « Elle a des talons hauts et effectivement quand elle commence à marcher c'est difficile pour elle.

Et donc je suis à côté comme ça je lui prends la main pour lui donner de l'équilibre. Et je crois qu'effectivement il y a des gens qui ont pris des photos et qui se sont imaginés des films. » Bernard Laporte devra à son tour démentir publiquement être le père de l'enfant. « Après il y en a eu 50 c'était tout n'importe quoi. » S'ouvre alors une longue séquence qui va brouiller l'image de la ministre.

Une séquence jugée trop longue par le président de la République. « Le président Sarkozy voulait qu'on parle de ses réformes et d'un coup on parle de Rachid Elati sur sa vue personnelle. Elle a creusé sa tombe ministérielle en faisant cela parce que c'est justement dans une période où Nicolas Sarkozy a de moins en moins besoin de bling bling et de presse people. » Le 7 janvier 2009 cinq jours après son accouchement la ministre quitte la maternité sous l'œil des photographes. « Elle est sortie en forme, pomponnée, magnifique, la star est sortie de la clinique. » « C'est la superwoman moderne qui n'avait pas besoin d'un homme pour faire son bébé et qui retourne au boulot cinq jours après.

C'est une image très forte. » Car ce jour-là, Rachida Dati rejoint l'Elysée pour assister au premier conseil des ministres de l'année. « Ça traduit, je pense, une certaine fragilité parce qu'elle ne supporte pas l'idée de ne pas être là au cas où il se passerait quelque chose.

Elle se dit « Tous ces hommes qui sont là vont profiter du fait que je ne sois pas là, que j'ai un enfant, etc. pour m'affaiblir. Et bien non, je suis là, je résiste et je vais vous montrer ce qui je suis. » En fait, la naissance de sa fille ne lui aura accordé que quelques jours de répit.

Le mercredi 21 janvier, Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, lui apprend qu'elle doit quitter le gouvernement. Mais la ministre ne peut s'y résoudre. Le lendemain, c'est le chef de l'État qui la convoque à l'Elysée. « Le choix du président est fait.

Rachida Dati quittera la chancellerie au mois de juin. » « Et donc, on lui propose d'être députée européenne et de siéger à Bruxelles à Strasbourg. » « Elle était la ministre la plus regardée de la République française et elle se retrouve chassée.

C'est comme ça qu'elle le vit. Pour elle, ça, c'est pire qu'une humiliation. » En sortant du bureau de Nicolas Sarkozy, Rachida Dati refuse toujours de croire à son éviction prochaine. « Rachida Dati me dit que la décision n'est pas totalement prise.

Alors que d'autres à l'Elysée me disent qu'elle est prise. Elle a du mal à apercevoir ce qui va arriver. Et ça va durer quelques heures. « Rachida, elle est toujours dans l'histoire qu'elle se raconte.

Elle est dans son film. Elle ne peut pas croire au réel. Et quand le réel lui tombe dessus, c'est très difficile pour elle. » « C'est très brutal parce que jusqu'au bout du bout du bout du bout, elle s'est accrochée à l'idée et à l'espoir qu'elle pourrait inverser le cours des choses. » Le 7 juin 2009, Rachida Dati est élue députée européenne.

En quittant le gouvernement, elle affirme ne rien regretter. Voici ses mots. C'est comme pour un champion du monde.

Même si l'année suivante, il est détrôné, il a eu le titre « Moi, j'aurais été garde des Sceaux. » Cependant, une question demeure comment l'ex-star du gouvernement va-t-elle vivre cet exil loin de la scène politique nationale entre Strasbourg et Bruxelles. C'est le 14 juillet 2009 que Rachida Dati effectue sa rentrée au Parlement européen à Strasbourg.

Comme dix ans plus tôt, lorsqu'elle fut nommée magistrate à Perronne, elle a ce jour-là le sentiment de ne pas être à la bonne place. L'Europe, ce n'est vraiment pas ce qu'elle a choisi à la base. Ce n'était pas dans l'histoire.

Elle se retrouve loin des décisions, loin des dîners parisiens, loin de tout ce qu'elle aime, au fond. Les députés européens, personne ne connaît leur nom. A cette époque-là, là où l'ancienne ministre se sent plus à l'aise, c'est dans le 7e arrondissement de Paris, où elle a ravi le fauteuil de maire au candidat officiel de la droite en mars 2008.

Il faut y aller quand même se faire adopter par la bourgeoisie du 7e arrondissement quand on a le parcours de Rachida Dati. D'un côté, l'extraction familiale, la beurrette qui a grandi à Chalons-sur-Saône et de l'autre, la pétroleuse absolue qui fait un bébé toute seule, sans être mariée. Eh bien, ça colle.

Elle est très maligne, c'est un caméléon et elle passe bien auprès des gens. Caméléon, Rachida Dati garde ça en elle depuis toujours. Dans cet arrondissement, elle a su séduire l'électorat bourgeois et conservateur.

Vous avez les paroissiens qui l'attendent pour rentrer avec elle à la messe du dimanche matin où elle est la bienvenue. Elle se met dans la procession de communion, elle reçoit sa petite croix et elle repart tout le temps dans sa place. Maintenant, tout le monde est persuadé qu'elle est catholique, qu'elle a la foi, c'est une grenouille de bénitier.

Depuis qu'elle a été écartée du gouvernement, Rachida Dati a décidé de se concentrer sur son rôle d'élu local. Elle tente toutefois de maintenir le lien avec le chef de l'État. Elle fera savoir de façon régulière qu'elle voit Nicolas Sarkozy et Nicolas Sarkozy fera démentir par tel ou tel proche qu'il la voit.

On ne sait pas combien de fois ils se sont vus dans cette période. L'ancienne garde des Sceaux a-t-elle encore un avenir auprès de son ancien mentor ? Le 23 février 2012, à bord d'un TGV qui les emmène à Lille, il n'y a plus la même proximité entre Nicolas Sarkozy et Rachida Dati.

Mais le candidat à sa réélection sait qu'il a besoin de son ancien ministre. Nicolas Sarkozy a invité Rachida Dati contre toute attente dont son premier meeting à Lille. Et pour elle, c'est un pied de nez pour beaucoup de gens.

Ça agace celles et ceux qui auraient voulu éliminer Rachida Dati du cercle de Nicolas Sarkozy. Elle a été quand même longtemps au cœur de la Sarkozy. Elle connaît beaucoup des coups fourrés, des coups tordus, des turpitudes des uns et des autres.

Donc elle a quand même cette capacité de nuisance. Elle peut jouer ça à Valérie très révélère finalement pour écrire un livre où elle révélerait des tas de choses. Nicolas Sarkozy craint quand même ces coups d'éclat qui peuvent se faire à son détriment.

Et il n'est pas question pour lui de la laisser comme ça comme une grenette dégoupillée dans Paris. Ce sont deux personnages qui se ressemblent beaucoup dans l'agressivité puis dans la séduction et finalement dans le deal. Tu me donnes ça, je te donne ça.

T'es pas avec moi, t'es contre moi. Ce soir-là, Rachida Dati assure la première partie du meeting de Nicolas Sarkozy. Devant les 10 000 militants du Grand Palais de Lille, l'ancienne icône de la diversité ne boude pas son plaisir.

Région, j'aime ses habitants. En fait, je vous ressemble. Comme moi, beaucoup d'entre vous ont eu des parents courageux qui ont fait des sacrifices pour offrir une vie meilleure à leurs enfants.

Elle essaie de réappuyer sur les mêmes boutons, de réentonner la musique qui avait si bien marché en 2007. C'est ça la France que nous aimons. Alors c'est pourquoi, je vous le demande, nous devons tous aider, soutenir Nicolas Sarkozy, notre candidat.

Je vous remercie. En quelques minutes, Rachida Dati a démontré qu'elle pouvait encore être utile. Ce qui vous protège en politique, c'est l'applaudimètre, c'est le taux de popularité.

Et elle, elle sait que ce capital-là la protège, c'est son assurance-vie. Elle est populaire. Rachida Dati est la seule qui en demande des autotrophes.

On est pour, on est contre, on l'aime ou on l'aime pas, mais c'est comme ça. Populaire auprès des militants, elle n'aura pourtant aucune place dans le dispositif de campagne du candidat. Entre Nicolas Sarkozy et son ancienne protégée, quelque chose s'est cassé.

L'ancienne ministre s'est d'ailleurs émancipée. Rachida Dati marque parfois à la radio, à la télévision, quelques réticences à l'égard des propositions ou des positions de Nicolas Sarkozy, ce qui, il y a quelques années, était impensable. De temps en temps, elle va faire un tacle pour montrer à Nicolas Sarkozy attention, je ne suis pas obligé de te soutenir.

Quel sera l'avenir de Rachida Dati ? L'ancienne ministre trouvera-t-elle les moyens de rebondir, d'écrire une nouvelle page de son destin et avec qui ? Pour le moment, elle refuse d'afficher sa préférence pour un candidat.

Elle a joué la meurette issue des cités, après elle a joué l'élu de quartier, maintenant elle joue la femme, l'élu libre qui aujourd'hui peut affronter Nicolas Sarkozy. C'est une transformiste, Rachida Dati. Rachida Dati, elle est un peu comme ces bêtes sauvages qui quand elles sentent un orage savent très bien s'éloigner, se mettre de côté et attendre.

Je pense qu'il faut compter avec elle. Alors je ne sais pas sous quelle forme, je ne sais pas comment, je ne sais pas avec qui, mais il faut certainement compter avec elle. Incontestablement, elle fait partie des indestructibles, Rachida Dati.

Elle a montré qu'elle était quand même un peu comme ces scorpions qui sortent du feu vivant. C'est une bête politique, c'est une bête tout court, c'est une fille qui a une carapace incroyable, il y a du chargue en elle dans la carapace, dans la solidité. Bonsoir Rachida Dati.

Bonsoir. Merci d'avoir accepté notre invitation. Est-ce que vous avez conscience d'intriguer ?

Moi je dirais même plus parfois, j'ai conscience, avec le temps, de générer quelques fantasmes. Mais pas fantasmes forcément sous un aspect positif. C'est-à-dire que ça génère des fantasmes de certains qui disent oui, parcours merveilleux, exceptionnel, quasi compte de fées, ce qui n'est pas le cas, ou à l'inverse, de dire cette fille ambitieuse, prête à tout pour réussir, et c'est l'année là, c'est que forcément elle a des choses à cacher.

Ça veut dire qu'on se trouve souvent sur vous ? Même les gens les plus bienveillants ne peuvent pas faire de portraits très justes. Parce que d'abord, parce que je me livre peu et en vous livrant peu, on connaît forcément peu vos ressorts ou ce qui vous motive ou ce qui génère chez vous cette incitation à la vie, tout simplement.

Parce que vous bougez aussi beaucoup et à force de bouger sur la photo, on est un peu flou, vous savez. Parfois c'est ça aussi, Archida Dati, elle est en mouvement. Parce que j'aime la vie et la vie c'est du mouvement et j'ai toujours considéré depuis longtemps, même quand j'étais adolescente ou enfant, j'ai considéré que la vie devait être vécue pleinement et pleinement et en toute liberté.

Ça c'est quelque chose qui effectivement est inhérent à ma personne. C'est ce qu'on voit dans le film. On voit que vous êtes une jeune fille pressée, une adulte avant l'heure, assez audacieuse.

Ça vous va plus que là ? Je ne sais pas si c'est de l'audace parce que j'ai... ce que j'ai pu faire, pour certains, ça paraissait risqué. pour moi, je savais ce que je faisais.

J'ai changé de métier, j'ai changé de vie, j'ai changé de condition sociale. Mais j'ai à chaque fois...

Ce n'est pas calculer les choses, mais j'ai mesuré ce que je pouvais faire. C'était obligatoire, presque. Je n'ai pas d'autre.

Une obligation de sortir, de bouger, d'être ailleurs, d'aller ailleurs. Oui, ça c'est sûr, d'aller ailleurs, mais ce n'était pas forcément pour des raisons matérielles. C'était aussi des raisons...

Vous savez, c'est...

Quand je dis la notion de liberté, je voulais être libre, mais pas faire n'importe quoi et n'importe comment. Mais la contrainte me faisait fuir. La pression et la contrainte, ce sont deux choses qui m'ont toujours fait fuir.

Et ensuite, différents éléments, on va le voir, parfois imprévisibles, parfois cash, parfois un peu trop. Vous êtes d'accord ? Parfois un peu trop, cash ?

Oui, parfois, je le regrette d'ailleurs après. Mais vous ne le dites pas souvent ça, vous le regrettez, quand vous allez trop loin. C'est vrai.

Pourquoi ? Parce que j'ai...

Parce que c'est...

Quand vous commencez à regretter...

Ça vous affaiblit ? Ça vous tourmente. Et puis, donc, je n'ai pas envie d'être encombrée par des tourments.

Quand vous insultez une journaliste dans un couloir, vous ne vous dites pas « Allez, en rentrant, je n'aurais pas dû dire ça, j'étais trop loin, c'était compliqué. » Est-ce que vous croyez que je suis obsédée par le truc qui me travaille après ? Je ne sais pas.

Ben non. Jamais ? Jamais.

Non. Donc, qu'est-ce qui vous met en colère dans ce moment ? De questionnement ?

On pose une question de savoir si vous avez des relations oui ou non avec GDF ? Qu'est-ce qui vous énerve à ce moment-là ? Ça m'énerve parce que déjà, on a répondu « Il faut arrêter, quoi. » Puis je ne supporte plus cette suspicion récurrente.

Vous savez, je dis toujours, je m'y attends toujours, mais je ne m'y habitue pas. Donc, comme je ne m'y habitue pas, voilà, j'y vais avec la véhémence qu'on peut me connaître. mais ça ne me travaille pas plus que ça.

Ça, ça ne me gêne pas. Ça ne me pollue pas. Ça ne m'obsède pas.

Je suis obsédée par d'autres choses. Parfois, certains disent que Rachida Dati, elle fait peur. Comment vous pouvez expliquer que certaines personnes nous disent « Physiquement ? » Peut-être pas.

Non. Non, mais je pense que la franchise est fraie. Je dis les choses.

Et ça m'est arrivé de le dire publiquement à certaines personnes ou de prendre en défaut certaines personnes, des gens qui vous disent des choses et qui disent le contraire publiquement ou en fonction des cercles ou des circonstances. Et ça m'est insupportable. Vous avez bien la bagarre, un peu, aussi.

Non, mais il faut aussi, parfois, je pensais que plus vous étiez libre, plus vous étiez socialement haut, plus vous étiez indépendant matériellement, je pensais que, et à tort d'ailleurs, je pensais que vous étiez plus libre d'esprit et qu'on pouvait assumer plus facilement ces positions plus facilement sa vie. Et c'est pas vrai. Et je pense que...

Ça, c'est une déception ? Oui, c'est une déception. Bien sûr.

Mais c'est une déception...

Vous vous dites tout ça pour ça ? Non, parce que ça m'a permis, comme j'ai cru ça longtemps, ça m'a permis de progresser beaucoup plus vite. Je disais vivement que j'atteigne ces sommets-là pour être totalement libre et être dans la liberté et d'expression et de conviction.

L'une de vos forces pour avancer, vous a fallu convaincre. Vous le disiez tout à l'heure, effectivement, l'idée de devenir garde des Sceaux quelques années auparavant. Il y en a un certain nombre qui auraient pu avoir un doute, on va dire.

Vous aimez bien écrire. Vous avez écrit. D'abord à l'ambassade d'Algérie pour un jour être invité.

Ensuite, vous en avez parlé, Albin Charlandon, Jean-Luc Lagardère. Vous avez parlé de ces hommes qui ont croisé votre chemin et qui vous ont permis d'avancer. C'est pas écrit.

Je n'ai pas écrit à Albin Charlandon. Je l'ai rencontré. Mais non, je l'ai rencontré.

Vous avez écrit beaucoup de courriers à différentes personnes pour les rencontrer. Comme...

Non, mais...

Je veux dire pourquoi...

Pourquoi tout d'un coup, vous dites non ? Parce que vous n'avez pas écrit. Mais tout le monde.

Voilà, tout le monde. Mais alors, je vous pose la question. Non, mais c'est pas...

On a l'impression que vous avez écrit, vous avez écrit. Non, mais c'est bon. C'est pas genre...

Tiens, je me lève. Non, mais de là à dire non, je n'ai pas écrit. Uncle François, Johnny Hallyday.

Non, mais c'est pas...

J'écris comme ça. Donc tous ces hommes qui parfois...

Mais il y en a une petite poignée qui ont balisé ma vie. Albin Charlandon, Jean-Luc Lagardère, Simone Veil. Voilà, il y a des gens qui balisent ma vie.

Ils ont vu quoi en vous, ces hommes-là ? Un talent ? Quelqu'un qui...

Alors, je vais vous dire, je ne me suis jamais balisé la question. Alors, si vous la posez maintenant, qu'est-ce que vous vous dites ? D'après vous, ils ont vu quoi ?

Je me suis dit, j'ai eu du bol. Par exemple, Guy de Rothschild. Guy de Rothschild, je l'ai rencontré parce que je voulais faire de la banque d'affaires.

Et puis je lui explique. Non, mais j'ai 20 ans, j'ai à peine un doc d'économie. Mais je suis sûre que je peux le faire.

Donc je le rencontre, on discute. Mais je décèle après que dans son regard, il s'est dit, je n'ose pas lui dire non parce qu'elle ne peut pas être banquière d'affaires chez Rothschild alors qu'elle est bac plus 1. Et moi, je dis, si, je peux le faire.

Voilà. Et donc, du coup, il y a une amitié qui se crée parce qu'ils doivent se dire ou elle est complètement dingue ou il y a un truc à faire ultérieurement ou à moyen terme. Voilà.

Vous avez le sentiment que l'ambition, ça dérange en France ? C'est que l'ambition est devenue un gros mot. On s'excuse d'avoir de l'ambition.

On s'excuse finalement de gagner sa vie alors qu'on vous élève pour être autonome et indépendant. Donc, on s'excuse finalement de réussir. Je pense que certains, effectivement, ne m'ont pas vu arriver dans leur milieu.

Et certains, au départ, en disant, ça va être une étoile filante, c'est pas grave, avec beaucoup de condescendances, en disant, c'est bien, c'est bien, c'est bien, t'as réussi. Allez, encore un effort. Mais quand ils se rendent compte que vous êtes installés dans leur milieu, là, ils ont du mal à l'admettre.

C'est-à-dire que le fait d'être installés, que de toute façon, il n'y a pas de retour en arrière possible socialement parlant pour certains, ça, effectivement, ça peut agacer, mais pas pour les classes populaires, bien au contraire. Vous savez, il y a un magazine féminin, première interview, vous êtes élégante, vous êtes coquette, vous n'avez pas le sentiment d'avoir trahi votre condition. Magazine féminin, je ne citais pas un grand magazine féminin, très chic.

Et à chaque fois que j'ai un article chez eux, il est épouvantable. Donc, Pourquoi vous expliquez ça ? Parce que je pense que vous suscitiez parfois autant de passion dans un sens comme dans l'autre.

Parce que pour eux, je ne suis pas ma place. C'est-à-dire que pour eux, je suis effectivement une fille de condition sociale modeste qui a réussi dans l'effort. C'est bien ce que je dis.

Donc, effectivement, vous dites finalement que le peuple, lui, ne se trompe pas, la bourgeoisie ou en tout cas une certaine élite, un certain micro-coste, n'accepte pas que vous appartenez à cet univers-là. Parce qu'ils considèrent que la progression aurait dû laisser des traces. Donc, ils ne supportent peut pas que vous soyez heureuse, que vous viez pleinement votre vie.

Il y a certaines de vos consoeurs qui ont des vies un peu frustrantes ou un peu aigries. C'est-à-dire que je leur renvoie quelque chose qu'elles n'ont pas vécu. Elles disent quoi ?

Elles disent que vous êtes une usurpatrice ? Non, mais elles disent que ce n'est pas normal. Mais ce n'est pas normal, mais elles parlent d'elles-mêmes.

Elles ne parlent pas de moi. Elles parlent d'elles-mêmes. Et donc, ce n'est pas normal parce que comme nous, on ne l'a pas vécu, ce n'est pas normal que tu le vives.

Donc, c'est plutôt ça en fait qui ressort. Un jour, vous m'avez dit qu'on a essayé de me tuer plusieurs fois, mais je suis toujours là. J'ai une expression un peu...

Comme je suis magistrat de formation, je dis mais c'est vrai qu'ils ont essayé de me mettre plusieurs fois des balles dans le caisson et ils n'ont pas réussi. À ce jour. Qui ?

À ce jour. Qui ? Mais ce n'est pas une histoire de...

Ah si, c'est une histoire d'eux. Non, ce n'est pas de dire c'est un tel ou un tel ou un tel. Donc, ça veut dire quoi ?

C'est un milieu politique ? Le milieu journalistique ? Non, c'est le pouvoir.

Le pouvoir. Le pouvoir en général. Dans votre milieu, on n'essaye pas de vous dégommer, M.

Delahouge ? Si, parfois. Bon, ben voilà.

Donc, les milieux de pouvoir. Plus vous êtes dans la lumière, plus évidemment...

Parce que plus vous arrivez dans la lumière, il y a moins de monde. Les places sont plus chères. Et puis là, ce qui fait la différence, ce n'est plus votre diplôme.

Ce n'est pas votre expérience professionnelle. La différence, c'est la limite votre aura. On est ici, dans cette mairie du 7e arrondissement.

C'était quand même un sacré pari de vous présenter ici, dans ce quartier-ci. Vous, vous l'avez ressenti au départ que c'était quand même audacieux ? Je reconnais, je vous le dis.

Vous savez, moi, je suis...

L'article conservateur, bourgeoise. J'ai plein de défauts, mais je suis très loyale, même si je dis les choses. C'est vrai que l'idée d'être investi ici était l'idée de Nicolas Sarkozy.

Il faut dire la réalité. C'est lui qui vous donne l'idée de l'histoire ici ? Il a dit une chose très juste, parce que certains voulaient que je me présente en Seine-Saint-Denis, si vous voyez ce que je veux dire, ou dans les îles, à Poissy.

Puis il disait, mais non, justement, la France, elle n'est pas, justement, elle n'est pas communautarisée. C'est-à-dire qu'au contraire, c'est dans le 7e arrondissement qu'elle devrait se présenter. Vous avez des points communs avec Nicolas Sarkozy ?

Non, mais moi, ce que j'aime, c'est cet homme, parce que, franchement, pour de vrai, il est mieux qu'il n'y paraît. Franchement. Comme vous, quoi.

Non, mais...

On se trompe. Oui, d'accord. Moi, je n'ai pas d'ambition de devenir président de la République.

Et moi, je dis...

Non, mais je dis vraiment ce que je pense. Et lui, non ? Si, mais...

Non, mais il est plus contraint. D'abord, les responsabilités sont plus larges. Et puis, quand vous avez une parole publique, faites attention.

Mais il a quelque chose, pour de vrai, il est bourré d'affects. Nos liens ne se sont jamais interrompus. On a eu des rapports francs, pour ne pas dire virils.

J'ai toujours dit ce que je pensais. Et parfois, quand il était injuste, ce qui pouvait lui arriver, je lui disais, OK, décidez ce que vous...

Ça ne vous ressemble pas. Voilà. Maintenant, faites-le, prenez cette décision, et ça le travaille.

Donc, comme ça le travaille, il rattrape les gens, il essaie de...

Donc, il a ce côté-là. Franchement, il a ce côté-là. C'est ce qui me plaît.

Un jour, dans une interview, François Fillon, je lui pose la question de savoir si Nicolas Sarkozy, c'est son mentor. Il me répond non. Vous, ça l'a été ?

Ça l'est encore ? Pour moi, le sens de mentor, c'est d'être un modèle. Ce n'est pas mon modèle, mais c'est quelqu'un qui m'a donné une chance, mais une chance exceptionnelle, d'être garde des Sceaux de la France.

C'est-à-dire que...

Moi, j'ai rencontré Alba Charlandon, auquel je dois beaucoup. Je l'ai rencontré, il était ministre de la Justice. Enfin, à peine 20 ans plus tard, j'occupe son fauteuil.

C'est quand même assez exceptionnel. Donc, je lui dois ça. Nicolas Sarkozy, il vous a aidé, il vous a protégé.

Qu'est-ce qu'il représente pour vous ? D'abord, c'est quelqu'un que j'aime beaucoup. Demain, il peut arrêter la politique, il pourrait faire autre chose, il pourrait ne pas avoir été dans la politique.

C'est quelqu'un que j'aime beaucoup. Mais non, j'avais un métier avant. J'étais magistrat.

Rien sans lui, politiquement. Oui, mais politiquement, c'est sûr que...

Mais ça ne veut pas dire que la politique, pour moi, c'est toute ma vie. Non, c'est vrai qu'en politique, je pense que l'erreur de beaucoup, c'est de tout mettre. C'est pour ça que d'ailleurs, beaucoup déprime après, ou ne veulent pas lâcher un fauteuil autre.

Moi, je ne suis pas là-dedans. Politiquement, si ça doit s'arrêter, ça s'arrêtera. Quand ils décident de se séparer de vous, du gouvernement, vous avez du mal à l'accepter.

Il y a presque une forme de déni. Ce n'est pas vrai. Autour de vous, tout le monde comprend que ça va être le moment.

Et vous, il y a une forme de déni. Pourquoi ? Je ne suis pas dans le déni.

Sur quoi vous voulez ? Sur le fait que, en gros, à un moment donné, vous comprenez, vous savez, mais vous ne voulez pas l'accepter. Pas du tout.

Non. Je ne sais pas qui vous dit ça. Je ne sais pas comment vous le décrivez.

Vous ne savez pas comment le verbaliser. Nicolas Sarkozy, il est encore en vie, donc il peut le dire. Claude Guéant peut en témoigner.

Je suis enceinte et j'ai ma petite fille le 2 janvier 2009. Juste avant mon accouchement, le 31 décembre 2008, je passe les fêtes avec Nicolas Sarkozy et avec sa famille, à l'Élysée d'ailleurs. Et à ce moment-là, je lui annonce, je lui dis, je veux quitter le gouvernement parce que je considère que ma vie est totalement comblée.

Et donc, je lui dis, je veux partir. Voilà. C'est trop.

J'ai fait le tour. J'ai fait les réformes sur lesquelles nous nous étions engagés. Je voulais partir.

Et tout le mois de janvier 2009, d'ailleurs après mon accouchement, il me demande de ne pas partir comme ça. Et on a essayé de trouver un moyen de me faire partir. Il m'a dit, je comprends que tu as envie de partir, mais tu ne peux pas partir comme ça.

Et donc, Claude Guéant et lui, ils ont essayé de trouver une solution. Il me propose d'aller au Parlement européen. Je ne veux pas y aller.

J'ai du mal à vous croire. Peut-être, mais vous pouvez demander à M. Guéant.

Certains conseillers, effectivement, disaient plutôt qu'à l'inverse, vous avez essayé de rester, de vous maintenir à ce poste parce que vous souhaitez rester au sein du gouvernement. Non, c'est faux. C'est faux.

Et Claude Guéant, en novembre, je ne sais pas si vous l'avez interview dans le documentaire, dès novembre, et dès décembre, je souhaite partir. Et à ce moment-là, il me propose le Parlement européen que je refuse. Et je ne veux pas y aller.

Et il m'explique pourquoi. Il me donne quelques raisons, même des raisons personnelles. Et j'accepte.

Voilà. C'est comme ça que les choses se font. Nicolas Sarkozy, il est en train de reformer son équipe pour 2017.

C'est vrai, il est en train de recomposer son équipe. On voit les uns et les autres. Ils étaient là il y a quelques années.

Mais il est en train de recomposer ça. Ça vous tente ? Qu'est-ce qui me tente ?

D'y retourner. D'y retourner quoi ? Faire campagne pour lui ?

Oui, je vais faire campagne pour lui. J'ai toujours fait campagne pour lui, même dans les moments les plus délicats. J'ai toujours fait campagne pour lui.

Vous avez une force, c'est clair, c'est d'être caméléon. De vous adapter au milieu dans lequel vous êtes. C'est vrai.

Chalon sur Saône, mairie du 7e. Déjà, effectivement, ce n'est pas le même univers. Et puis...

Des points communs, parce que j'ai été élevée dans une école, un institut de jeunes filles catholiques. Ça veut dire qu'ici, vous allez à la messe. Oui.

Souvent. Ou régulièrement. Le dimanche.

Oui. C'est la foi qui vous anime ou le clientélisme ? Non, mais...

Non, mais c'est horrible ce que vous venez de me dire. Mais est-ce que...

D'abord, je ne sais pas ce qu'il y a dans ce documentaire, vous pensez qu'on me force à faire des choses ? Peut-être qu'on peut me forcer deux secondes et demie. Mais quand j'arrive à la troisième seconde, c'est impossible.

Donc quand vous allez à la messe, par exemple, c'est en lien avec, effectivement votre éducation, le fait que vous étiez à l'école catholique, que votre père avait souhaité d'ailleurs. Il avait souhaité. Et puis je me souviens d'ailleurs, maman, le dimanche matin, il y avait, je ne sais plus, c'était dans les années 80, il y avait des homélies sur RTL le dimanche matin avec Monseigneur Di Falco.

Elle écoutait ça. On écoutait, on faisait le ménage et tout et on écoutait ça. Mais c'est mon histoire, c'est mon enfant, ça m'a structurée.

Voilà, moi j'ai été élevée dans la foi et l'école, nous avions messe tous les matins, on faisait des retraites pour réfléchir sur soi. Mais c'est mon histoire. Il y a la photo du pape là, François, qui est là, effectivement, elle est importante dans ce bureau.

Elle fait du bien aux administrés quand ils la voient. Non, parce que, non, je ne l'ai pas mise pour les administrer. C'est pour vous ?

Oui, pour moi. Et je suis avec ma petite fille. D'ailleurs, le pape l'a béni.

Pourquoi elle est importante ? Parce que je vais vous dire, en 2005, moi j'avais milité pour qu'on mène dans la constitution européenne les racines chrétiennes de l'Europe. Ça a fait débat.

Oui, ça a fait débat, mais je considère que c'est de notre histoire. Mes parents sont, effectivement, on a été élevés dans la foi, y compris la foi musulmane. Mes parents sont musulmans.

Donc, ça veut dire que vous avez deux cultures. Vous avez effectivement eu cette éducation catholique, chrétienne, à l'école, que votre père a souhaité. Et puis, en même temps, par exemple, cette semaine, on a fêté l'Aïd.

Est-ce que vous allez fêter l'Aïd ? Oui, je le fête parce que ça fait partie de notre histoire, de mon histoire. Mais il n'y a pas de conflit.

Je n'ai pas de conflit. Je ne suis pas dans une schizophrénie. Si vous faites le ramadan et allez à la messe, pour vous, ce n'est pas un conflit.

Ce n'est pas une histoire de faire le ramadan, pas le ramadan. Je n'ai jamais évoqué mes convictions religieuses. Parce que je trouve que c'est mon intimité.

Je n'ai pas de gêne, je n'ai pas de complexe, je n'ai pas de schizophrénie. Pas de conflit, entre guillemets, entre cette histoire, certaines coutumes, certaines racines. Pas du tout.

Le conflit, il est apparu peut-être au moment de votre mariage. Là, effectivement, à cet âge-là, il y avait quelque chose qui était peut-être se marier, pas se marier, accepter cette idée, oui ou non, fuir, pas fuir. Je n'ai jamais voulu le révéler.

C'est parce qu'un de vos confrères avait souhaité à un moment donné le sortir. C'est quelque chose dont je n'ai jamais parlé à personne. Mais à ce moment de votre vie, vous avez un tiraillement, forcément.

Mais j'ai un tiraillement parce que je ne suis pas dans ces sentiments. Et pour moi, l'institution du mariage était quelque chose de sacré. Bon, voilà, c'était quelque chose que mes parents avaient souhaité en disant si tu te mariais, ça serait bien.

Donc finalement, vous avez bien été allé jusqu'au moment où vous vous êtes rendu compte que c'était possible. Le jour même, je me suis rendu compte que ce n'était pas ça. Voilà, que ce n'était pas ça.

Voilà, que ce n'était pas ça. Après, j'ai souhaité faire annuler ce mariage. Voilà, dans des douleurs et des chagrins très tues.

Parce que c'est des choses sur lesquelles je ne me suis jamais penchée. D'ailleurs, je m'y penche très peu. Il n'y a pas de regret dans cette histoire ?

Dans toute votre histoire ? Lesquelles ? Question.

Pas de regret ? Aucun. Pas de remords ?

Aucun. Au contraire. Comme dirait l'autre, ça pourrait être pire.

Au contraire. Au contraire. Au contraire.

Ah non, mais au contraire. Moi, je vais vous dire, quand on parlait de la foi, j'ai la foi. J'aime la vie, j'ai la foi.

On me dit non, je dis oui. On me dit, c'est pas possible, je dis ça va le faire. On me dit, on peut, tout dans tous les domaines.

Il faut tout faire, tout de suite, maintenant. On a le pouvoir, il faut l'exercer. On est en position, il faut faire.

On est en difficulté, il faut réfléchir. C'est que tous les moments sont des moments d'action. Même quand vous êtes à terre, il faut agir, il faut réfléchir.

Vous voyez où, vous, dans 10 ans, 20 ans, effectivement, on a vu que la politique, ce n'était pas le cœur de votre réacteur, mais vous êtes encore en politique. Dans 10 ans ? Je ne sais pas, je n'en sais rien.

On verra. Ça vous effraie ou au contraire, vous avez envie de savoir ? Rien ne m'effraie.

Rien ne m'effraie. Merci Rachida Dati. Merci beaucoup.

Merci. C'est la fin de ce numéro d'un jour au destin. On se retrouve très bientôt.

Merci à vous.