Christiane Taubira, invitée de "Rendez-vous avec..." avec Louis Laforge
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:00OuverteRéponse directe
Si je vous dis Amazonie, quelle est la première image qui vous vient ?
- 3:00OuverteRéponse directe
Quand vous êtes à Paris, loin de la Guyane, qu'est-ce qui vous manque le plus ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Cette exposition resitue l'Amazonie comme un écosystème habité. Vous partagez cette vision ?
- 10:00OuverteRéponse directe
Quel bilan tirez-vous de la COP 30 au Brésil ?
- 15:00OuverteRéponse directe
Comment réagissez-vous aux positions climatosceptiques comme celle de Donald Trump ?
- 18:00OuverteRéponse directe
Votre enfance en Guyane était-elle modeste ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 26:00Christiane TaubiraFait
« Je suis femme noire et pauvre. »
- 44:00Christiane TaubiraFait
« l'extrême droite dans aucun pays du monde n'a jamais favorisé le peuple. »
- 47:00Christiane TaubiraFait
« la gauche doit redevenir la gauche et la vraie gauche, elle est aussi internationaliste. »
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À quoi sert-t-il que moi je sois quelque part si je ne bouleverse pas ? Bonjour Christian Demira, merci d'être avec nous ici au musée du du Québranli pour une exposition amazonien. Si je vous dis Amazonie, quelle est la première image qui vous vient là tout de suite spontanément ? la rivière, les arbres et surtout euh le champ des animaux différents.
Euh parce que l'Amazonnie, c'est tout simplement chez moi. Parce que vous êtes né à Cayenne en Guyane. Alors évidemment, on vous connaît parce que vous avez été ministre de la justice, vous avez été la première femme députée de de Guyane.
Quand vous êtes à Paris, loin de la Guyane, qu'est-ce qui vous manque le plus ? Moi vraiment ce qui m'apaise, ce qui me reconstitue, c'est lorsque je suis loin et que je je veux revenir spirituellement et en mémoire euh en Amazonnie, c'est vraiment c'est complètement le fond de la forêt. [musique] Alors, l'Amazonnie, c'est beau mais c'est loin.
Il faut, quand on est ici, traverser l'Atlantique. 7 millions de kilomètres carr, 9 pays, plus de 300 peuples autochtones avec des enjeux écologiques très forts. Mais c'est aussi un un vaste territoire de créations artistiques, ancestrales et contemporaines.
Et c'est ce que montre cette exposition Amazonia ici au musée du du Québran lit. Ce dialogue entre les époques, il vous parle. Alors, il y a eu longtemps des malentendus et je crois que ces malentendus persistent parce que l'Amazonnie est installée dans l'imaginaire mondial comme étant essentiellement le poumon de la planète et que la perception, les projections sur l'Amazonnie consistent à dire il faut préserver, il faut sauver, c'est détruit, nous allons tous périr. intérêt premier en fait de cette exposition, c'est de resituer l'Amazonnie là où elle se trouve, c'est-à-dire de rappeler que ça n'est pas un paysage, que c'est un écosystème, qu'il est habité depuis des milliers d'années, qu'il y a donc une interaction entre des communautés humaines et ces cet environnement.
À ce propos, euh regardons euh ce message ici de cette œuvre de l'artiste brésilien Jaider Resbel, euh la lettre au vieux monde. En fait, il a détourné une encyclopédie universelle de l'art datant de 1972 pour inscrire l'art autochtone dans l'histoire de de l'art dont il était exclu. Et effectivement, cette œuvre questionne la vision occidentale de l'art.
Mais d'abord, elle dit très clairement que il y a une projection, un regard projeté sur le monde. Ce regard prétend à l'exhaustivité alors qu'il est profondément excluant et exclusif. Donc la réaction de cet artiste, c'est de dire "Moi, j'ai un regard sur le monde.
Moi j'ai je laisse une empreinte sur le monde, moi j'ai quelque chose à dire du monde et au monde." Et ça se fait un peu dans la tension bien entendu parce que c'est le refus d'avoir été silencié, d'avoir été occulté, d'avoir été ignoré et d'entendre cette parole d'autorité qui se pose au-dessus et que qui dit "Voilà ce qu'elle a." Alors cette exposition va dans le même sens que le travail que vous avez effectué pour la COP 30 au Brésil, ce libre collectif avec des chercheuses, des chercheurs que vous avez présenté à Bélhem il y a quelques semaines.
Ça va un peu dans le même sens. Cette Amazonnie, elle a été découpée par l'histoire coloniale qui forcément est une histoire de violence. C'est une histoire d'arrivée, de conquête, de domination, donc inévitablement d'oppression, de destruction, de négation.
Parce que pour supporter d'être oppresseur, il faut arriver à construire un schéma où on n celui ou celle qu'on opprime. Donc c'est inévitablement une relation de violence. Et ce que j'ai voulu rappeler, c'est que cette histoire a morcelé l'Amazonnie qui est un immense écosystème varié mais du d'une entité.
Et ces ces ces communautés, ces peuples qui vivent depuis des milliers d'années dans ces Amazonies ont bâti des des des histoires. Donc voilà ce que je veux dire, c'est il y a une villa et si on la nit, on appouvrit l'humanité toute entière. [musique] Nous voici à présent devant les diadèmes Raétau.
Ce sont des disques de plumes emblème du soleil que les jeunes hommes d'un peuple du Brésil portent lors d'une grande fête quand ils deviennent adultes. On va parler des peuples autochtones. Vous venez donc de participer à la COP 30 à BM.
Durant ce sommet organisé par les Nations- Unies, les peuples autochtones ont manifesté leur colère. Il s'estimai pas suffisamment représentés ou pas assez écoutés. Ils avaient raison. les peuples en tant que tels se sont emparés d'un espace, se sont donnés un lieu d'expression, se sont mobilisés et c'était parfaitement légitime parce qu'il y a des sujets de fond, il y a euh la nécessité de rappeler que la parole première qui concerne l'avenir de cette partie du monde, cette parole première, elle est enracinée et ce sont les communautés humaines, ce sont les peuples amazoniens qui doivent les premiers être entendus.
Vous, quel bilan tirez-vous de cette COP 30 au Brésil ? Beaucoup ont jugé ce bilan insuffisant, largement insuffisant. C'est aussi votre cas ou pas ?
Alors, je considère que ça n'est pas une grande COP. La COPE 30 à Bélhem a été correctement préparée par les autorités brésiliennes. C'est absolument indiscutable.
Et le président Loula lui-même a posé la nécessité, par exemple, que les les les nations que les pays s'engagent euh dans euh l'arrêt en tout cas de l'exploitation des énergies fossiles avec une ambivalence noir sur blanc de sortir des énergies fossiles. Non non malheureusement et de ce point de vue c'est un échec de ce point de vue c'est un échec mais au début de la COP en tout cas avant la COP le président Lola s'y est engagé. Ah ben avant mais après avec ambivalence puisque lui-même il il il va exploiter il il a engagé l'exploitation de pétrole dans dans les eaux atlantiques.
Oui. Parce que les pays producteurs de de pétrole et de gaz on ont freiné des des quatre feres pour ne pas justement inscrire cette sortie des des énergies fossiles. Alors, absolument.
C'est-à-dire que il y a un rapport de force, hein, qui est de plus en plus défavorable aux aux puissances euh progressistes qui reconnaissent l'état des bluversements climatiques et de l'effondrement de la biodiversité. C'est défavorable parce que depuis un certain nombre de COPS, on se rend compte que les lobbyes industriels multinationaux, notamment des énergies fossiles, s'organisent pour participer, même pour être présent. Ce sont pas des personnes qui ont la parole mais qui sont dans les couloirs de la COP. sont des personnes qui arrivent à obtenir des statuts d'observateurs dans les salles mêmes de négociation.
Donc c'est ce rapport de force qu'il faut inverser. Le président des États-Unis, Donald Trump quand il euh dit que par exemple que le changement climatique est la plus grande escroquerie jamais perpétrée dans le monde, quand le président des américains dit ça, vous vous réagissez comment ? Vous lui répondez quoi ?
Alors euh le le positionnement du président américain, c'est le positionnement de toute une série de de responsables dans le monde. C'est une tendance fasciste au sens où ce sont des des des gouvernants, des autorités qui n'admettent pas la place de la science, qui n'admettent pas la rigueur, qui n'admettent pas l'importance du débat intellectuel, qui n'admettent pas la légitimité des différents peuples, qui ne conçoivent que la force, la domination avec la conviction d'être supérieur et donc qui écrase le monde parce que ces personnes-là ont de vrais pouvoirs. Mais je crois encore aux voix démocratiques.
Je crois malgré tout seul. Vous restez optimiste. Oui, je reste délibérement optimiste parce que je reste délibérément combative. gagner sur Christian Tobira dans cette salle nous sommes en Amazonie ou presque elle est là sur ce triptique d'un peintre contemporain péruvien qui représente la transformation de la forêt.
L'Amazonnie est un formidable espace de biodiversité. Vous la connaissez très bien cette forêt amazonienne. Alors, je connais très bien mon Amazonnie à moi chez moi, Amazonie Guyanaise, l'Amazonnie de la Guyane.
Oui, je la connais vraiment très très bien. Et c'est lorsque j'étais moi mère de famille que j'ai vraiment sillonné la Guyane avec mes enfants. Votre votre enfance, vous l'avez vécu quelques années après que le la Guyane est devenue un département français.
Vous la qualifiez aujourd'hui de d'enfance pauvre ou pas ? J'ai une enfance modeste. Euh, elle n'est pas pauvre au sens où j'ai parcouru le monde et je sais ce qu'est la pauvreté.
Et je pense qu'il y aurait une indcence, une impudeur de ma part à dire que j'étais vraiment d'une famille pauvre dans la mesure où nous avions à manger. Quand même, je pense que le plus dur n'était pas la question matérielle. Le plus dur, c'était vraiment le regard social.
Euh, famille monoparentale, enfant de pères différents et et incontestablement modestes sur le plan matériel. Euh ça suscitait du du mépris. Votre maman était une femme forte.
Qu'est-ce que vous avez hérité d'elle ? Vous l'avez perdu jeune, vous aviez 16 ans. Euh oui, je me souviens en tout cas d'un certain nombre de paroles, d'un certain nombre de principes et de comportement comportement de générosité.
Ma maman s'occupait de toutes les vieilles dames de la ville. le fait de savoir que une vie n'a pas de sens si elle est égoïste, si elle est euh tournée sur elle-même et que en fait c'est l'extérieur, c'est l'autre, ce sont les autres qui nous donnent les clés de la compréhension de la vie. J'ai retenu ça principalement de ma maman.
Dans votre livre Mes météor paru en 2014, vous écrivez "Je suis femme noire et pauvre". Même si vous venez nous expliquer que vous n'étiez pas si pauvre que ça, mais modeste. C'est ma force.
Quel fabuleux capital. Ça vous le portez tout au long de votre vie et même de votre carrière politique avec Pananache. Oui, je pense que c'est une excellence de vie qui est différente.
Je suis vraiment heureuse de n'avoir pas grandi dans un cocon avec une surprotection. avec des aisances matérielles. Non non, je suis vraiment très très heureuse de ça.
Vous auriez été quelqu'un d'autre si vous étiez né dans un milieu plus favorisé dans les quartiers parisien par exemple, vous auriez eu d'autres combats ? Sans aucun doute et ça n'empêche pas d'être généreux. C'est pas la condition matérielle, c'est un état d'esprit d'être généreux.
C'est une conscience des autres. C'est une compréhension du monde aussi du fait que les richesses, les fortunes, les facilité ne sont pas réparties de façon équitable. Quel sont le fruit du hasard et le plus grand des hasards, le plus injuste des hasards, c'est l'héritage.
Mais surtout, je crois que c'est la sensibilité, le la conscience que l'injuste est anormal. Ce sont pour toutes ces raisons que vous avez fait de la politique, vous êtes lancé en politique. Je crois que c'est vraiment profondément le le refus de l'injustice.
Le refus de l'injustice. Moi, il y a il y a pas de schéma qui puisse rationaliser l'injustice. Euh donc mes engagements, ils sont là et je crois que mon moteur, mon ressort intime pour m'engager, pour me battre, c'est ça le refus de l'injustice.
Vous comprenez qu'évidemment, il n'y a pas de répi possible. Je ne peux pas être en paix vu l'état du monde euh qui ne cesse de s'aggraver mais qui n'a jamais été satisfaisant. Il n'y a pas de répi possible.
Ceci étant, on est tellement récompensé de lutter contre l'injustice. Le fait de bouger les choses même même faiblement, tout cela, ce sont des récompenses absolument incommensurables. 1993, victoire au législative.
Cette victoire est une œuvre commune que les Guyanes leur construites jour après jour. Première femme élue députée de de Guyane. Et ça à l'époque ça ne plaît pas à tout le monde et surtout pas aux hommes.
Ça dérange ? Oui, évidemment ça dérange profondément. C'est René Char qui disait "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience.
Euh à quoi sert-il que moi je sois quelque part si je ne bouleverse pas ? À ce moment-là, je reste chez moi, je lis de la belle littérature et j'écoute de la bonne musique. Si je si je m'engage dans l'espace public, si je prends des responsabilités, c'est pour bouleverser les choses.
C'est ce que vous faites à l'Assemblée nationale quand vous y arrivez au palais Bourbon, quand vous découvrez les les ordres de la République. À quoi, à qui pensez-vous quand vous arrivez là, vous avez 38 ans, vous découvrez l'Assemblée nationale ? Alors moi je pense surtout que euh il il faut que ça a un sens de traverser l'Atlantique.
Je sentais euh de façon profondément intime qu'il fallait que ça vaille le coup vraiment que je traverse l'Atlantique à chaque fois et que je lâche mes enfants. Donc je travaillais vraiment comme une malade et euh je j'assistais à toutes les s de nuit. La première chose que j'ai faite c'est aller en librairie.
J'ai acheté des livres sur le parlementarisme, sur la constitution. Euh, j'ai étudié correctement euh le le règlement de l'Assemblée nationale. Je me souviens de Philippe Seguin, président de l'Assemblée nationale qui dit à la tribune "Mais moi, j'ai jamais vu un député qui connaisse le règlement de l'Assemblée nationale aussi bien." Merci de poser votre question chers collègue.
Monsieur, j'y viens monsieur le président. Il fallait que ça un sens. Il fallait que ça a un sens.
Et quand arrive l'idée de faire voter une loi pour et bien faire reconnaître l'esclavage comme un crime contre l'humanité ? Je n'ai pas étudié cette histoire. Je n'ai pas après, elle ne m'a pas été enseignée en tant que tel.
Je la découvre dans les bagabondages de mes lectures tout à fait par hasard. Je découvre cette histoire d'une extrême violence sans être encadré, moi, sans être accompagné, je la découvre et c'est un gouffre. Et en 1998 à Paris, un immense euh cortège des fils silencieusement pour revendiquer d'être descendant, fille et fils d'esclaves.
Et c'est une saisure là aussi parce que c'est complètement nouveau d'assumer de mettre des mots sur cette période de l'histoire et d'assumer d'en venir et d'une certaine façon devenir du mauvais côté, du côté des vaincus, du côté des personnes qui ont été écrasées, à qui on a arraché qu'on qu'on a arraché de leur terme, mais à qui on a arraché les cultures, les langues, la mémoire le savoir, le rôle social et cetera. Donc cette revendication, elle est là, elle est silencieuse, elle est juste sur des bander rolles. Et j'assiste à des à des rencontres aux universitaire qui s'ouvre au grand public et dans la salle, moi je vois des adultes, des femmes, des hommes murs, des gens de 40, 50, 60, 70 ans qui s'effondrent, qui s'effondrent en larme. des personnes qui ne supportent pas de comprendre les détails de cette histoire et de cette vie de leurs ancêtres.
Et je me dis mais qu'est-ce que je peux faire ? Ma parole est ça n'est pas ma parole qui peut penser ces plais là. Ça n'est pas ma parole qui peut guérir.
Et je dois donc mobiliser une parole qui euh par sa symbolique va porter un peu de baume. Et donc je me dis en tant que député, je dois conduire les institutions de la de la République, les plus hautes institutions de la République à prononcer cette parole là et à ne pas tricher, à dire à dire au plus haut ce que c'est ce que ce fut, ce que c'est encore aujourd'hui un crime contre l'humanité. en 2013 sous la présidence de François Hollande, vous êtes garde des sauts et vous prononcez ces mots.
Qu'est-ce que le mariage homosexuel va enlever au couple hétérosexuel ? Vous le connaissez encore par cœur ce discours ? Non, pour la raison toute simple que je le connaissais pas par cœur.
En fait, je sortais de l'hôpital, j'étais malade tout le weekend. Euh je négocie avec le professeur en lui disant "Je m'en vais parce qu'il veut pas me laisser partir, je dis "Je m'en vais. J'arrache votre perfusion, je m'en vais." Et donc j'arrive à l'assembler dans ces conditions-là.
Et euh euh je dis simplement ce que j'ai en moi. Je dis ce que j'ai en moi dans ma tête et dans mon cœur. Je dis ce que j'ai en moi.
Je dis ce dont je suis convaincu. Je dis euh ce que je peux dire à une assemblée qui démontre avec une telle force son hostilité. Euh en rappelant quand même que les mois qui ont précédé, il y a eu toute une série de paroles de de manifestations, de menaces.
Euh vous le rappelez avec fermeté mais avec poésie. Et nous sommes si fiers de ce que nous faisons que je voudrais le définir par les mots du poète Léon Gran Damas. Il est grand comme un besoin de changer d'air.
Il est fort comme le cri aigu d'un accent dans la nuit longue. Merci à vous. Fait toujours appel à vos poètes.
Moi, je crois que la parole doit être belle tout toujours en tout circonstan. La parole doit être forte et belle sinon qu'on se taise qu'on se taise. Mais euh mais les poètes sont mes amis.
Les poètes et les poétèes sont mes amis. C'est-à-dire que lorsque je livre des batailles, c'est ce qui m'est arrivé pendant toute ma vie politique. Lorsque je livre des batailles et qu'à un moment il faut donner le coup de grâce, ce sont des verrs poétiques qui me viennent.
Je pas les chercher, ils me viennent, ils sont là. Je les ai reçus un moment ou un autre quand j'ai déambulé dans dans les poèmes. Euh je je les ai reçus à ce moment-là.
Il ces mots se sont installés. Mais chaque fois que j'ai dû donner le coup de grâce, ce sont des verres poétiques qui me sont venus. La loi sur le mariage pour tous susciter beaucoup de de tension au sein de l'hémicycle dans la rue, à votre rencontre également aujourd'hui.
Qu'est-ce qui reste de tout ça ? Vous avez oublié ou pas ? Alors moi, peu importe, franchement, ce qui reste c'est le bonheur des gens et c'est fantastique.
Euh ce qui reste c'est que une société qui peut se montrer, dont certains peuvent montrer qu'elle est crispée, euh qu'elle est profondément hostile est une société qui est en capacité d'absorber finalement parce que il s'agit d'absorber quoi ? de l'égalité, de la justice. Et moi, je suis heureuse de d'avoir été intransigente, d'avoir refusé de composer parce que lorsque les tension ont commencé dans la société, il m'est venu plusieurs suggestions, conseils de personnes parfaitement bien intentionnées qui n'étaient pas forcément contre le mariage et et l'adoption, mais qui pour apaiser la société suggérait de faire une réforme à minima, euh de ne pas inclure l'adoption, euh de ne pas forcément appeler la mariage.
Non, lorsqu'on réforme, on réforme à visage découvert, on réforme en honnêteté et en probité. On réforme en totalité et on prend le pari que la société sera en capacité parce que cette société française, elle s'est constituée sur une devise, sur la liberté, sur l'égalité. J'ajoute la fraternité mais déjà sur la liberté et sur l'égalité. elle s'est constituée sur ça.
Il y a forcément des traces, il y a forcément une empreinte dans la mentalité française sur cela et il faut débroussailler, il faut voilà euh permettre que ça ressurgisse et moi je suis très très content de n'avoir pas fait de concession. Et à cette époque, vous êtes victime de racisme en menant ce combat là ? Incontestablement, hein.
La banane, c'est pour la guenon. Euh retourne dans ton arbre. J'ai honte euh de te voir au gouvernement et cetera.
Il y a eu d'ailleurs des associations parce que moi j'avais d'autres chat à fouetter mais il y a des associations qui ont euh déposé plainte qui se sont constitué partie civile pour saisir la justice. Donc il fallait à la fois montrer que je tenais bon en tant que personne, que je tenais bon en tant que ministre de la justice, que je suis consciente de la responsabilité qui m'incombe. Je la porte avec fierté et dignité et je la porte en plus avec panache. 12 ans après le vote de ce mariage et cette adoption pour tous, la société française s'est encore tendue.
L'extrême droite était contre vous à l'époque. Elle est aujourd'hui, si l'on en croit les sondages pour la présidentielle de 2027 aux portes du pouvoir. Qu'est-ce que ça vous fait à vous qui avez toujours combattu l'extrême droite ?
Alors, moi je suis totalement rassuré que l'extrême droite continue à me considérer comme une adversaire ou comme une ennemie. Complètement rassuré. J'ai des engagements politiques, idéologiques, éthiques qui n'ont rien de commun avec l'extrême droite.
Même lorsqu'elle se déguise, même lorsqu'elle se camoufle, qu'elle se dissimule, qu'elle fait semblant d'aimer le peuple, l'extrême droite dans aucun pays du monde n'a jamais favorisé le peuple. L'extrême droite est sur des lignes économiques de dureté. Elle trompe le peuple avec un discours euh euh de de d'attention, mais en jouant sur les passions tristes, c'est-à-dire en jouant sur des rivalités, elle peut tromper le peuple jusqu'à prendre le pouvoir en France demain.
Malheureusement. Malheureusement, mais ça n'est pas la puissance ni la force de l'extrême droite. Ça n'est pas sa vitalité, ça n'est pas sa vigueur.
C'est l'effondrement en face de positionnement politique, de de du vision politique, d'un de de d'un courage politique qui consiste à dire voilà comment nous voyons notre société, voyons comment voilà comment nous voyons le monde. La gauche dont vous faites toujours partie, elle a perdu ce courage absolument. Absolument.
J'en suis malheureuse et j'espère que mes paroles serviront non pas à écraser la gauche, mais à la secouer pour qu'elle retrouve sa vigueur. C'est-à-dire que si la gauche ne reformule pas sa vision du monde, son exigence en matière de justice, d'égalité, de solidarité, qu'est-ce que c'est qu'une société où on démolit les services publics ? La gauche ne veut pas consentir à cela.
Qu'est-ce que c'est qu'une société où les inégalités s'installent durablement ? La gauche ne peut pas y consentir ? Qu'est-ce que c'est qu'une société où les injustices deviennent monnaie courantes ?
La gauche ne peut pas y consentir. Donc il faut que la gauche retrouve le courage de dire euh sur quoi elle s'est construite, quelle vision elle a de la société, que signifie pour elle la fraternité, qu'est-ce que la solidarité, qu'est-ce que c'est que les services communs, qu'est-ce que c'est que ce patrimoine commun ? Qu'est-ce que c'est que de penser l'accès à l'eau pour tout le monde ?
Qu'est-ce que c'est que de rendre le savoir, l'éducation, l'instruction accessible ? La gauche doit être capable de dire ça et de le dire avec vigueur, avec conviction, avec certitude. Parce que c'est ça les sociétés viables.
C'est ça les sociétés humaines viables sont pas des sociétés de compétition, de rivalité, d'affrontement. C'est pas ça. Ça tient un temps mais ça s'effondre.
Donc la gauche doit redevenir la gauche et la vraie gauche, elle est aussi internationaliste. Mais en fait, vous n'avez pas arrêté de faire de la politique. Mais même après ma mort, monsieur.
Mais là, les la politique, les joues de politique, je sens qu'elle qu'elle vous manque un peu. Vous aimeriez pas y retourner là au combat ? Je suis une bagarreuse, mais je pense qu'il y a un temps pour tout.
Moi, peut-être que la gauche a besoin de vous. C'est peut-être vous dont elle a besoin. Mais je je peux apporter ma part.
Je peux apporter ma part. pas forcément en tant que leader, pas forcément et je pense je suis travaillée depuis longtemps par le relais de génération. Je suis vraiment travaillé sincèrement par cela et je pense que la responsabilité de ma génération c'est vraiment d'ouvrir la voix.
Est-ce que vous aimez toujours aussi passionné la nuit ? Oui, la nuit. La nuit.
La nuit c'est mon univers. C'est vraiment mon univers. Pourquit quoi la nuit ?
Euh je suis reine. La reine dans la littérature aussi. Oui, la nuit, la nuit je suis vraiment libre en fait.
Je suis libre. D'abord, il y a une nostalgie d'enfance. Je trichais la nuit, je lisais la nuit en cachette avec une petite lampe et puis avec la lumière vacillante de la rue.
J'étais libre à ce moment. À ces moments-là. Vous avez toujours eu la nuit même quand vous étiez ministre.
Je continue, je continue absolument. Absolument. Donc ça c'est votre liberté de lire. continue à lire.
Toutes les nuits, je lis et je lis et j'écoute de la musique. Freedom Barbara Hendrix, quelle voix. Oui, merci pour ce choix.
Barbara est une amie en plus. Barbara est une sœur en fait. D'ailleurs, nous nous appelons sœur l'une l'autre.
C'est une sœur, elle met très cher. Euh alors, j'ai j'ai une espèce de panthéon. Il y a Tony Morrison, il y a Marie Condé, il y a Simon Schwarzbart.
Voilà, j'ai un panthéon comme ça de femmes qui me sont infiniment précieuses, infiniment précieuses parce qu'elles sont juste éblouissantes, elles sont resplendissantes, elles sont brillantes. Et moi, je suis heureuse de les connaître personnellement, individuellement. Mais vous, quand vous chantez, vous m'avez dit "Je chante, vous chantez quoi ?" Je chante faux.
Je chante des tas de choses. Ah mais des gens ou toute seul chez vous ? Chante je chante.
Je chante à tutette, je chante en toute circonstan. Je chante en pédalant parce que je circule beaucoup à vélo. Je chante beaucoup en pédalant.
Je siffle même à vélo. Donc je chante, je chante. J'ai toujours beaucoup de joie à chanter et à parler aussi et parler politique.
Merci beaucoup Christian Tobiraç d'avoir accepté notre rendez-vous ici dans ce magnifique lieu pour cette exposition Amazonia au musée du Québranli. Merci. over me.
And before I'll be slave, I'll be burned in my grave and go home to my Lord and be free. Oui.