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Autrefranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 25 décembre 2025 19 minContradictoireMixte

Le système de santé en France, la situation à Gaza...Le "8h30 franceinfo" de Jean-François Corty

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0:01
Invité

Bonjour Jean-François Corti, vous soignez en France et dans le monde les personnes les plus vulnérables. En cette période de Noël, il y a des salariés, il y a des bénévoles qui effectuent de nombreuses maraudes, qui s'occupent des plus démunis. Il y a toujours plus de besoins ?

0:18
Présentateur

Ah oui, la précarité en tout cas en France, elle s'accentue et les chiffres sont là pour le prouver. En termes de mal-logement par exemple, c'est près de 350 000 personnes qui vivent à la rue, c'est 4 millions de personnes qui sont mal logées au global et donc depuis 10 ans, c'est pratiquement 150% d'augmentation. Et puis ce que l'on voit sur nos programmes en France, on a une trentaine de projets médecins du monde en France, c'est de plus en plus de personnes qui vivent dans la rue avec des tableaux cliniques et des maladies chroniques qui sont difficiles à suivre dans ces conditions.

Et donc beaucoup de patients qui sont délaissés pour compte du système de santé qui on le sait est aussi en souffrance et du coup des opérations qui sont toujours légitimes pour médecins du monde. Donc une situation qui s'aggrave en termes de difficulté d'accès aux soins sur des profils de personnes précarisées. Et en France, aujourd'hui, c'est plus de 10 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. C'est plus de 15% de la population.

1:17
Invité

C'est-à-dire moins de 1200 euros par mois.

1:19
Présentateur

Voilà, et donc c'est une population qui, de notre point de vue, est de plus en plus mise de côté du fait d'un détricotage progressif, et on va reparler, des filets sociaux. Et donc notre organisation, comme d'autres, nous essayons de leur apporter un soutien sanitaire, social aussi, en faisant les premiers soins, en essayant de les orienter vers des parcours de soins lorsqu'il s'agit de maladies chroniques vers des hôpitaux ou d'autres confrères médecins spécialistes. Mais c'est de plus en plus difficile, et notre travail, je le pense, est toujours aussi légitime. Jean-François Corti, il y a eu un déclenchement du plan Grand-Froid dans le Barin.

Est-ce que ça demande une attention particulière, et comment vous intervenez dans ces cas-là ? Oui, ça renvoie au fait que, d'abord, il y a des mortalités qui sont très importantes dans la rue, accentuées par le froid, mais je le rappelle aussi, les mortalités à la rue en été existent. Et donc, la vie à la rue au global est une violence inouïe pour les populations les plus précaires. Et on retrouve aussi de nombreuses familles, de nombreux enfants aujourd'hui qui vivent dehors parce que les dispositifs d'accueil sont saturés.

Donc nos équipes font des maraudes, vont dans la rue, dans des squads, dans des endroits où ces populations se retrouvent souvent à la marge, et essayent de leur apporter des premiers soins, parfois de la nourriture, et aussi essayent de les référer vers des dispositifs selon les maladies qu'ils présentent, vers des dispositifs de soins qui sont adaptés. Donc c'est une vigilance particulière aujourd'hui avec ce plan Grand-Froid. On va parler du budget après, mais on est dans une période de baisse de pouvoir d'achat. Est-ce que vous, vous le ressentez vis-à-vis des dons qui sont faits à Médecins du Monde ? Est-ce que c'est plus compliqué ?

Aujourd'hui, la générosité du public, elle est toujours aussi importante. Et ils reconnaissent dans notre travail le fait que le soin est une forme d'humanité qu'aujourd'hui, le système de santé solidaire n'apporte plus forcément de manière aussi forte. Donc un désengagement de l'État à différents niveaux que les associations essaient de compenser.

3:18
Invité

Ils représentent quoi les dons, pardonnez-moi, pour Médecins du Monde ?

3:21
Présentateur

C'est plus de 50% de notre financement de programme. On a un budget d'environ 150 millions d'euros. Et donc sur la France, c'est une collecte privée de donateurs issus de la générosité du public qui se lèvent à plus de 60 millions. Donc c'est fondamental pour nous. Et c'est fondamental dans un contexte où les financements, on va dire institutionnels, c'est-à-dire des États, baissent. Je vous rappelle cette année la fermeture notamment de l'agence américaine USAID qui se traduit par des milliers, voire des millions de morts, ce qui est absolument terrifiant, mais aussi par la fermeture de nombreuses organisations qui n'ont plus de financement étatique.

Et cela est corroboré par la baisse de plus de 50% de l'aide publique au développement, c'est-à-dire les financements aussi de la plupart des Européens qui sont les plus gros donateurs dans l'écosystème humanitaire. Et donc beaucoup d'organisations sont en danger. Nous nous arrivons à survivre parce que nous avons aussi une générosité du public qui nous permet de pouvoir compenser ces baisses de financement.

Et donc c'est l'occasion pour moi aujourd'hui de remercier nos donateurs, de leur rappeler qu'il faut continuer à nous donner parce que c'est une gage de garantie opérationnelle, mais c'est un gage aussi d'indépendance, c'est-à-dire que nous pouvons à la fois soigner là où il est nécessaire d'intervenir sans attendre que les États donnent de l'argent, mais ça nous permet aussi de faire ce qu'on appelle du plaidoyer, de faire des prises de position pour dénoncer notamment le non-respect de droits fondamentaux. Ça fait partie de notre mission sociale.

4:42
Invité

Jean-François Corti, je rappelle que vous êtes médecin et président de Médecins du Monde. Le budget de la sécurité sociale a été voté, adopté en France. Est-ce que c'est un soulagement pour vous ? Est-ce que vous y trouvez votre compte ?

4:54
Présentateur

Écoutez, il va y avoir des financements, heureusement, pour pouvoir faire tourner notre système de santé qui, encore une fois, aujourd'hui est en difficulté. Mais je pense qu'on ne peut pas passer à côté de la nature des discussions qui ont eu lieu lors de ce vote et notamment sur le volet santé où, dans beaucoup de prises de parole d'élus, a été remis en question non pas le fait que notre État se désengage progressivement et que notre État social est de moins en moins fort, mais en mettant la focale sur les patients qui seraient dans des situations d'abusés.

et ça s'est traduit par des propositions qui vont d'abord dans la remise en question perpétuelle de l'aide médicale d'État, c'est-à-dire un dispositif d'accès aux soins pour des personnes en situation administrative précaire. Alors, on n'a pas touché à l'aide médicale d'État. Non, mais dans les débats, et ça reviendra. Mais c'est un débat qui revient, effectivement, très fréquemment. Et puis, on a aussi attaqué, je dirais, les Français précaires ou les Français tout court dans leur capacité d'accès aux soins en discutant la remise en question des ALD, des infections longue durée potentiellement, en essayant d'attaquer les franchises médicales.

Voilà, alors ça, ce n'est pas non plus passé dans le budget de l'affectualité sociale. Oui, ce qui n'est pas passé, mais quand même, ce qui est passé, c'est qu'il y a une augmentation des forfaits et des mutuels. Et donc, ça, c'est les Français qui vont en payer le prix. Et donc, on voit... Avec, en théorie, l'obligation de ne pas augmenter, effectivement, les tarifs pour les particuliers. En théorie, mais depuis de nombreuses années, on voit le reste à charge que les patients, les Français doivent payer, qui augmente de plus en plus, avec un retrait progressif des remboursements de la sécurité sociale au profit des mutuelles qui occupent un espace de plus en plus important.

Et simplement, ce que je veux dire par là, c'est que la tendance, on le voit, elle s'affirme, à une privatisation, une financiarisation du champ de la santé qui accentue les inégalités, parce qu'il y a de plus en plus de Français précaires qui ont du mal à se soigner. Les retards de recours aux soins que l'on voit, nous, dans nos consultations et qui sont de plus en plus importants, avec des patients qui attendent avant de venir voir le médecin parce qu'ils n'ont pas forcément la capacité de payer des contrats pour des mutuelles. C'est plus de 500 000 personnes âgées qui sont dans une grande précarité.

C'est les étudiants aussi qui sont en difficulté pour pouvoir, ne serait-ce qu'avoir une mutuelle, et qui diffèrent cette possibilité. Et donc, encore une fois, ce qui est le plus important pour moi, c'est de rappeler qu'aujourd'hui, ce n'est pas à cause des patients si notre système de santé est en difficulté. Et il faut arrêter de culpabiliser les patients et les Français. C'est plutôt un combat qu'il faut porter autour de la défense d'un État social fort et d'un système de santé solidaire. C'est ça, notre combat. C'est le financement de notre modèle social qu'il faut remettre en question ?

Oui, je pense qu'il faut réaffirmer ce que le Conseil National de la Résistance, selon la Seconde Guerre mondiale, a assumé. C'est-à-dire un système de santé solidaire où les plus précaires ou les plus riches payent ce qu'ils peuvent en fonction de ce qu'ils ont. Mais on a une même réponse médicale.

7:52
Invité

Mais vous êtes entendu parler politique sur cet aspect-là ?

7:55
Présentateur

Pas forcément. Aujourd'hui, dire qu'un système de santé solidaire est important pour la santé publique, plus les écarts de santé sont importants au sein d'une société, plus l'État global de la société sera mauvais. Défendre ce point de vue-là de santé publique. Rappeler aussi que dans notre contrat social, avoir une solidarité, notamment au travers du champ de la santé, c'est une manière de vivre le rapport à l'autre, l'altérité qui est plutôt positif. Et aujourd'hui, lorsque vous expliquez cette notion-là, vous passez pour un hurl-uberlu, pour un wok.

Et je pense qu'aujourd'hui, le Conseil National de la Résistance, dans la bouche de nombreux acteurs politiques, passerait pour des acteurs wok, totalement décalés. Et c'est absolument ahurissant. Donc nous, nous défendons, un médecin du monde, un système de santé solidaire. Nous l'assumons parce que nous considérons que c'est faire société ensemble de manière tout à fait favorable et c'est défendre les principes de santé publique.

8:46
Invité

Jean-François Corti, le cyclone Chido a dévasté Mayotte il y a un an. Vous êtes intervenu sur place, vous. Un an après, quelle est la situation sanitaire à Mayotte ?

8:56
Présentateur

La situation, elle reste toujours extrêmement tendue. On est sur le 101ème département français qui est à la marge de beaucoup de choses, notamment en termes d'investissement de l'État. C'est une quarantaine de morts qui ont péri lors de ce terrible typhon. Ces cyclones, pardon, c'est au moins 40 disparus. Il y a encore quelques controverses autour des chiffres, mais on aurait pu s'attendre à beaucoup plus de morts. C'est quand même quasiment l'entièreté des bidonvilles et c'est des dizaines de milliers de personnes qui vivent dans ces structures qui ont été laminées. Des bidonvilles qui se sont reconstruits.

Et aujourd'hui, des bidonvilles qui se sont reconstruits progressivement parce qu'évidemment, on part de très loin en termes de dispositifs et d'infrastructures solides sur lesquels les autorités françaises n'ont jamais voulu investir depuis de nombreuses annuées. D'ailleurs, que ce soit des gouvernements de droite, de gauche ou en même temps, il y a toujours eu une certaine forme de mépris, il me semble, pour les habitants de Mayotte sur de l'investissement plus poussé. Alors, c'est vrai que c'est un contexte géopolitique assez particulier.

C'est une forme d'aberration géopolitique parce que le droit international ne reconnaît pas encore forcément et encore moins l'archipel des Comores, le fait que ce département soit français. Donc, ça n'aide pas, on va dire, dans des marches internationales. Sur place, les hôpitaux sont en état de fonctionner, il y a des épidémies, on sait qu'il y a beaucoup de déchets qui jonchent encore les plèges et les rues. Oui, les infrastructures, elles ne vont pas se reconstruire du jour au lendemain, ça prend du temps.

Il y a encore beaucoup de centres de santé qui sont répartis à l'échelle du département et qui ne sont pas forcément toujours fonctionnels, ce qui était d'ailleurs le cas avant le cyclone. Et on peut soigner, il y a des vaccins, il y a des médicaments ? Oui, il y a des médicaments, l'hôpital fonctionne, mais encore une fois, il faut avoir en tête que c'est un département où les autorités françaises font leurs chiffres en termes d'expulsion. C'est près de 15 000 à 20 000 expulsions de personnes en situation administrative précaire chaque année.

Et donc, il y a une pression sécuritaire très forte qui fait que l'accès aux soins est rendu difficile pour une grande majorité de la population, que les gens ont peur de se déplacer. Et donc, il faut des organisations humanitaires, comme le sein du monde, pour aller au plus proche des personnes qui n'osent pas sortir, qui sont encore dans ce qu'on appelle des bidonbiles, les bangas, qui sont dans des situations extrêmement précaires. Même si l'hôpital fonctionne, vous l'avez rappelé, même s'il y a des médicaments, l'accès reste difficile, notamment pour des questions sécuritaires. Et c'est profil aux épidémies, aussi aux pandémies ?

Alors, le risque épidémique, il a été dominé, on va dire, par une réponse à la fois de l'État, à la fois des associations, qui ont rapidement permis à ce qu'il y ait de l'eau, de la nourriture qui soit distribuée. Mais l'accès à l'eau courante reste problématique. C'est 40% de la population qui n'y a pas accès. C'est quand même assez énorme. Et donc, il y a un risque sanitaire qui reste important. Des organisations comme la nôtre, qui restent légitimes sur ce territoire.

Et de mon autre point de vue, la nécessité que les autorités françaises, s'ils veulent vraiment assumer que Mayotte est le 101ème département français, doivent mettre les moyens pour que tout le monde ait un accès aux soins qui soit beaucoup plus effectif.

11:54
Invité

Jean-François Corti, président de l'association Médecins du Monde. Toujours avec vous, Jean-François Corti, de Médecins du Monde. On va parler à présent de la situation à Gaza. Le cessez-le-fait est toujours en cours. Depuis plus de deux mois, l'aide humanitaire a pu de nouveau entrer dans l'enclave palestinienne. Vous, à Médecins du Monde, vous avez des équipes sur place. Est-ce que vous savez ce qu'il s'y passe ? Est-ce que vous connaissez la situation réelle ?

12:22
Présentateur

Ah oui, la situation réelle, c'est que sur la base de ce que nous rapportent nos équipes, c'est près de 120 personnes à Gaza, mais c'est aussi une centaine de personnes en Cisjordanie où la situation est particulièrement tendue. Le cessez-le-feu, on va dire, il est relatif, même s'il n'y a plus des bombardements massifs. Il y a quand même eu près de 300 morts civils depuis octobre. Et puis, l'aide humanitaire ne rentre toujours pas de manière proportionnée. Nous avons encore des difficultés, Médecins du Monde et d'autres organisations, pour faire rentrer la nourriture.

Non, aujourd'hui, on ne parle plus de famine sur le nord de Gaza, mais il y a encore une insécurité alimentaire qui est majeure. C'est encore un quart de la population qui ne mange pas tous les jours, donc des taux de malnutrition qui sont importants. Et puis, surtout, c'est près de 20 000 blessés, malades, dont près de 4 000 enfants qu'on ne peut toujours pas évacuer parce que le système de santé ne va pas se reconstruire du jour au lendemain. Tout a été pratiquement rasé. Il y a environ 30 % des hôpitaux qui fonctionnent, mais pas forcément sur tous les services, avec beaucoup de personnel qui sont épuisé et un manque de matériel.

Concrètement, dans quelles conditions vous évoluez sur place ? Concrètement, aujourd'hui, on ne peut toujours pas faire entrer tous les médicaments qu'on souhaite. Il y a toujours des conditions qui sont imposées par les autorités israéliennes et qui considèrent qu'il y a du matériel à double usage. L'extracteur d'oxygène et autres matériels ne peuvent pas rentrer sous prétexte qu'ils pourraient être considérés comme des armes de guerre. Et en fait, ce que je peux vous dire de manière très claire, et c'est notre point de vue, bien sûr, qui fait controverse, mais c'est que la dynamique, aujourd'hui, d'anéantissement, elle reste toujours intacte.

Elle n'est pas aussi marquée parce qu'il y a moins de bombardements, mais il y a quand même beaucoup de morts aujourd'hui, y compris à petit feu. Ces 20 000 blessés dont je vous parlais, malades, avec 4 000 enfants, ne peuvent toujours pas être évacués. Ils meurent parce que vous ne pouvez pas les soigner ? Parce qu'on ne peut pas les soigner parce que le système de santé a été quasiment détruit. Il faudrait les transférer vers des hôpitaux de la sous-région ou même en Europe. La France pourrait en faire davantage pour pouvoir accueillir ces malades et elle ne le fait pas, et cela est absolument dommage. Ça, c'est le premier point.

Le deuxième point sur lequel je veux insister, c'est que non seulement l'aide n'arrive pas à rentrer de manière proportionnée, mais aujourd'hui, il y a une épée de Damoclès sur les organisations internationales qui fait qu'on risque d'être expulsé du jour au lendemain.

14:32
Invité

Vous aussi, un médecin du monde, parce qu'effectivement, Israël a décidé de revoir le système d'enregistrement des ONG, c'est ça, pour classer celles qui sont considérées comme hostiles ?

14:41
Présentateur

Régulièrement, dans n'importe quel pays, sur n'importe quel conflit, il faut faire des accords avec les autorités qui vous accueillent. Et nous sommes dans un processus de réenregistrement, puisque ça fait des années qu'on travaille à Gaza et en Cisjordanie. Et ce processus, aujourd'hui, est toujours en cours. Il devait se clôturer en septembre, il a été prolongé. Et aujourd'hui, on ne sait pas si on va pouvoir continuer à travailler de manière formelle, dans un contexte où, effectivement, déjà, certaines organisations se sont vues refuser leur permis de retravailler, comme Save the Children, qui est quand même une organisation humanitaire internationale mondialement reconnue.

Et on est dans un contexte où, dans le même temps, certaines organisations d'obédience américaine, évangélistes, qui sont totalement alignées sur le discours de M. Trump, qui est colonial, avec l'idée de faire une rivière à Gaza sans qu'il y ait une autodétermination palestinienne, ces organisations-là, elles peuvent travailler parce qu'on sait qu'elles ne feront pas le plaidoyer et qu'elles ne contesteront pas. Ce que vous voulez dire, c'est qu'Israël instrumentalise cette aide humanitaire ? Non, c'est qu'aujourd'hui, Israël est dans un processus de délégitimation des ONG qui n'est pas nouveau.

Ça a commencé par le fait d'assassiner 300 humanitaires depuis deux ans, une majorité des acteurs de l'UNRWA, l'agence onusienne, mais le médecin du monde en a perdu un médecin, le médecin sans frontières a perdu 15 membres de ses équipes. Donc le processus de délégitimation, il a commencé par le fait de nous tuer, ensuite il a continué par le fait d'empêcher que l'aide rentre de manière proportionnelle pendant deux ans et ça continue encore aujourd'hui, comme je viens de vous le dire.

Et maintenant, d'un point de vue juridique, on crée les conditions de rendre plus difficile le travail, non seulement des journalistes qui ne peuvent toujours pas rentrer, vous le savez, mais aussi des organisations humanitaires comme Médecins du Monde, qui sont à la fois dans l'opérationnel, c'est-à-dire qui essayent de soigner des patients dans les conditions difficiles que je vous évoquais, mais qui, dans le même temps, font du témoignage. Et ça, ça pose problème pour les autorités israéliennes. Et simplement, ce que je veux ajouter, c'est que je trouve terrifiant, c'est que notre ministre de l'Europe, M.

Haddad, a lancé auprès de la communauté européenne une volonté d'une enquête pour soi-disant dédouaner, ou en tout cas enquêter sur les organisations qui pourraient être infiltrées par le Hamas, ce qui est absolument terrifiant, ça entretient le doute sur nos organisations, et ça s'inscrit parfaitement dans le discours de l'extrême-droite israélienne, qui délégitime nos organisations, avec deux éléments, en mettant en avant le fait que l'on est potentiellement infiltré par le Hamas, et qu'en plus, nous sommes des organisations qui sont politiques.

Donc, en fait, nous, ce qu'on demande, c'est pas que notre ministre nous délégitime, nous, MSF, MDM et d'autres, c'est qu'il fasse en sorte que le droit international soit respecté à Gaza, que l'aide rentre, que les ONG ne soient pas tués, et qu'on puisse travailler correctement. Un mot de l'Ukraine avant de se quitter quand même. Là-bas, il n'y a pas de cessez-le-feu, les Russes bombardent toujours. Est-ce que ça complique, du coup, l'intervention de médecins du monde ? Non, on arrive à travailler en Ukraine. Pareil dans un pays en guerre. Non, on arrive à travailler en Ukraine.

Alors, évidemment, sur des zones qui sont tendues comme lignes de front, eh bien, la notion sécuritaire est importante. Donc, il y a des protocoles de sécurité qui sont respectés. Le fait de pouvoir être en permanence touché à l'échelle du territoire par les missiles russes crée aussi des conditions d'insécurité. Mais le travail des humanitaires est tout à fait possible en Ukraine. On peut faire entrer du matériel, on peut faire entrer des équipes, on peut évacuer des blessés de zones de guerre lorsque cela est nécessaire, ce qui n'est pas possible à Gaza si on fait référence à notre discussion d'avant.

Et donc, on arrive à travailler dans des conditions qui ne sont pas simples, mais qui relèvent de pratiques humanitaires classiques en zone de conflit. Pardon, en ce 25 décembre, est-ce que vous formez un vœu, peut-être ? C'est ce que j'allais demander. Oui, écoutez, ce que je souhaite, c'est que notre association puisse continuer à travailler dans des conditions acceptables, que nos donateurs continuent à nous faire confiance. Donc, n'hésitez pas à donner à Médecins du Monde. Et que le travail des associations soit respecté, y compris en Europe, où il y a une tendance à nous délégitimer qui est inquiétante. Donc, faites-nous confiance, essayez-nous de travailler de manière indépendante.

Et on essaie d'humaniser la guerre, les situations de violence. Ce n'est pas facile, mais ça fait partie de votre vocation. Il faut nous aider en ça.

18:45
Invité

Jean-François Corti, médecin et président de Médecins du Monde. Merci d'avoir été l'invité du 830 France Info ce matin. Bonne journée.

18:52
Présentateur

Merci. Merci.

18:53
Locuteur

Merci. Merci.