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interviewC à vous· 16 juin 2026 9 min

François Bayrou : son alerte sur la dette - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- P.Lescure: L'OEil va faire le tour et la revue de tous les titres qui triomphaient lors de la naissance de chacun de nos invités, à commencer par J.Cohen, dont c'est l'anniversaire aujourd'hui. - A.-E.Lemoine: Il fête ses 46 ans.

Voilà pour le programme. Tout de suite, L'Edito de P.Cohen.

Notre invité n'a pas changé de discours depuis son départ forcé de Matignon il y a 9 mois. - P.Cohen: Il est tombé sur la tête, en alertant sur la dette.

Il publie un cri d'alarme sur la dette. C'est votre 16e livre, le 1er depuis votre alliance avec E.Macron il y a 9 ans.

Selon vous, la France inflige à ses générations les plus jeunes une spoliation silencieuse et inédite dans l'histoire des peuples libres. La classe politique entière est complice de ce silence. - A.-E.Lemoine: Qui est responsable du niveau de la dette? - P.Cohen: Tout le monde.

Elle a grimpé de 30 points. Sous Mitterrand, 15. Le tout sous les encouragements des oppositions qui, à chaque débat budgétaire, réclament des crédits supplémentaires. - A.-E.Lemoine: Où est passé l'argent? - P.Cohen: En écoutant un certain nombre de politiques, on a l'impression que les milliards de la dette, les gouvernants les ont mis dans leurs poches ou jetés par les fenêtres.

Vous dites: "Où est passé l'argent? Chez les Français eux-mêmes." Sur les quelques milliards de déficit de la dernière décennie, 500 sont allés aux budgets sociaux, 250 aux collectivités locales, 250 aux centrales pour les baisses d'impôts ou les aides aux entreprises.

Les gouvernements n'ont été que les exécutants des citoyens électeurs qui, à chaque scrutin, exigeaient plus de dépenses et moins d'impôts. L'Etat ne rembourse jamais le capital. Il réemprunte de la part échue en y ajoutant les nouvelles dépenses non financées.

Ce roulement permanent de la dette génère une mécanique implacable. A mesure que les emprunts anciens contractés à taux très bas arrivent à échéance, ils sont renouvelés au taux actuel plus élevé. La charge des intérêts croît mécaniquement, indépendamment de tout choix politique nouveau. - A.-E.Lemoine: Une charge qui représente la menace immédiate. - P.Cohen: On cite souvent le stock, près de 3500 milliards...

Mais c'est une abstraction que personne ne visualise. La charge, c'est concret et immédiat. 66 milliards d'intérêts annuels versés en 2025, environ 78 milliards cette année, plus de 100 milliards au-delà de 2027.

La croissance annuelle française ne dégage qu'environ 50 milliards par an. La conclusion est arithmétique. La totalité de la croissance et au-delà est désormais captée par les seuls intérêts de la dette. envoyait auprès de ses créanciers, que se passerait-il?

Vous rappelez que la France est en déficit primaire, le plus important de la zone euro. Elle emprunte pour payer des intérêts et boucler ses dépenses quotidiennes. Un arrêt des emprunts entraînerait l'impossibilité de payer des fonctionnaires et des retraites. - A.-E.Lemoine: Comment en sortir? - P.Cohen: C'est là où je vous trouve très sombre, plus sombre qu'à l'accoutumée.

Ce que vous décrivez ressemble à une impasse démocratique. La logique électorale interdit structurellement le redressement. "Aucun candidat ne peut durablement promettre la vérité budgétaire sans en payer le prix politique." Vous évoquez un complot qui ne dit pas son nom, une entente générale du silence entre décideurs qui savent et citoyens dont on préfère préserver l'ignorance.

La menace est pourtant là. C'est un grave conflit de générations, une guerre des âges. Vous dites qu'elle va finir par éclater et réduire à néant cet état d'esprit vieux de plus de 50 ans, résumé par cette plaisanterie: "Pourquoi se préoccuper des générations à venir?

Est-ce qu'elles se sont préoccupées de nous?" - A.-E.Lemoine: Comment sortir de cette impasse démocratique?

Vous faites le constat que dire la vérité, c'est perdre le pouvoir, ne pas réussir à le conquérir. - F.Bayrou: Merci à P.Cohen, il a lu le livre. - A.-E.Lemoine: Il n'est pas le seul. - F.Bayrou: C'est très important.

Ce que vous avez résumé, l'un et l'autre, cette explication de la situation, ça n'a jamais été apporté. Personne n'a jamais expliqué ce que P.Cohen a dit, que je vais répéter: nous n'avons jamais remboursé un euro depuis 50 ans.

Personne ne le sait. Ce que P.Cohen a dit, c'est important. 3500 milliards, c'est 100 milliards par jour dans une année.

Mais c'est abstrait, c'est loin. Ce que les gens pensent...

Je crois qu'ils ont commencé à penser qu'il y avait un problème de dette. Je crois que la campagne que nous avons conduite, que j'ai voulue, a fait que la question de l'endettement est montée dans les enquêtes d'opinion de 40 points. Ca n'arrive jamais. - A.-E.Lemoine: Mais personne jusque-là ne l'a dit.

Pourquoi? - F.Bayrou: On a choisi de mentir tous ensemble.

Vous voyez bien les approches de la campagne présidentielle. Qui parle de ce sujet? Personne. - P.Cohen: La perception a monté.

L'inquiétude a monté. Dans le débat public, le plus souvent, elle est moins associée à l'idée que nous vivons au-dessus de nos moyens, que ceux qui nous gouvernent ont mal géré le pays. - F.Bayrou: Dans le débat politique, c'est la faute de l'autre.

Ce qui a été mis en lumière est très important. Ca n'est plus une menace lointaine. Les gens pensaient: "La dette, ce n'est pas terrible, ce n'est pas bon.

C'est un risque. Il va falloir s'en occuper, mais c'est pour dans longtemps." Or, nous sommes précisément, aujourd'hui, dans la catastrophe.

Je prends un exemple très simple: tout l'impôt sur le revenu que vous payez, pas mal, beaucoup, encore plus, chacun d'entre nous, et tous les gens qui sont autour de nous, si on additionne tout l'impôt sur le revenu payé par tous les contribuables français, on va bientôt ne pas arriver aux intérêts de la dette. 90 milliards...

On va passer à 100 milliards assez vite. C'est une hémorragie. On a créé Une hémorragie sur le pays, une hémorragie de son travail, de son inventivité, de sa capacité de proposer, d'inventer.

Tout ça s'en va, et au-delà chaque année dans la poche de nos créanciers. Quelle est la caractéristique de nos créanciers? Nos créanciers, c'est des gens qui sont extérieurs au pays.

Pour plus de 60 %, les créanciers du pays sont étrangers. Ce n'est pas le cas chez les 2 autres pays qui sont endettés dans le monde: les Etats-Unis et le Japon. La dette du Japon est possédée par les Japonais.

Quand vous rendez des intérêts, c'est à l'intérieur de la famille. La dette américaine, ce sont les institutions financières les plus puissantes du monde, donc c'est pour eux qu'ils travaillent. Nous, nous travaillons pour les voisins ou les lointains, comme je le dis quelque part dans le livre.

Cette menace croissante, qu'on ne peut pas arrêter sans une détermination farouche, qui est signée...

Ces augmentations de chiffres, ce n'est pas les conséquences de décisions que nous prendrons, c'est les conséquences de décisions déjà prises. Personne ne veut en parler. Qu'est-ce qu'on peut faire?

Il y a une réponse. Que les Français eux-mêmes exigent de leurs dirigeants qui s'en occupent...

Ils ont fini par prendre conscience. Mais je suis payé pour savoir que tout le monde voie le début du problème, mais personne ne veut y être associé. La prise de conscience des Français est la clé du redressement le jour où il viendra.

Il n'y a que 2 solutions...

La crise de conscience arrive et on commence le redressement, comme j'avais proposé de le faire. Ce n'a pas été suivi. Ou bien, ça va nous être imposé de l'extérieur dans des conditions dont on n'imagine pas la dureté, que nous connaissons