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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 23 août 2022 55 minContradictoireMixte

La connerie est-elle un mal nécessaire ?

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0:16
Présentateur

ne fait rien à l'affaire. Quand on est con, on est con. Chantez Brassas. Oui, mais quel con ? Le gros con, le petit con, le sale con, le vieux con ? La connerie, c'est un peu comme le gris. Il y a au moins 50 nuances. Sûrement plus, si l'on considère que nous sommes tous le con de quelqu'un, ça doit faire environ 7 milliards de cons sur Terre. La connerie est-elle la chose la mieux partagée du monde ? C'est notre menu d'aujourd'hui. Thomas Chauvineau. Le débat de midi sur France Inter. Avec 4 invités pour débattre de cette question aujourd'hui. Bonjour Camille Morvan. Bonjour Thomas. Bonjour Camille.

Vous êtes chercheuse en neurosciences cognitives, spécialiste des biais cognitifs et ancienne chercheuse à Harvard. Bonjour Marc Ayat. Bonjour. Vous êtes médecin, psychiatre et psychanalyste, auteur d'un article, La connerie, signe, diagnostic et traitement. C'était paru dans la revue Psychiatrie française, mais aussi de l'essai intitulé L'homme du névrosé d'antan à l'homme limite d'aujourd'hui. Paru cette année aux éditions La Compagnie littéraire. Bonjour Maxime Robert. Oui, bonjour. Vous êtes avec nous également en direct, écrivain, philosophe, spécialiste de Spinoza et auteur de Que faire des cons pour ne pas en rester un soi-même.

C'est important en effet de se poser la question dans ce sens-là. Et enfin Jean-Paul Demoule, bonjour. Bonjour. Vous êtes archéologue, préhistorien, professeur émérite de proto-histoire européenne à l'université de Paris 1 et puis également membre honoraire de l'Institut universitaire de France. Vous êtes en duplex de Nîmes. Merci d'ailleurs aux techniciens de Radio France à Nîmes. Alors, un psychiatre pour parler de la connerie, un philosophe, une chercheuse en neurosciences, ça se comprend, mais un spécialiste de la préhistoire. Qu'est-ce que vous venez faire là, Jean-Paul Demoule ?

2:02
Invité

Justement, je me suis interrogé aux origines de la connerie pour savoir si elle remontait effectivement à la préhistoire avec néanmoins deux remarques préliminaires. Premièrement, effectivement, la connerie n'est pas forcément un concept philosophique extrêmement bien défini. Deuxièmement, il est quand même étrange que pour définir ou accuser la bêtise humaine, on utilise un mot qui vient du sexe féminin. Alors, je sais bien qu'on peut dire parfois de manière peu courtoise « con comme une bite », mais normalement, c'est quand même étrange que ce soit défini comme ça.

2:45
Présentateur

C'est vrai que vous posez d'emblée, puisque vous avez participé en fait à une histoire universelle de la connerie, sous la direction de Jean-François Marmion, c'est un gros ouvrage consacré à la connerie où se multiplient, se croisent les différents points de vue d'historiens, de philosophes, et donc de proto-historiens tels que vous. Et vous vous interrogez sur l'étymologie du mot qui n'est pas franchement évidente.

3:09
Invité

Oui, absolument, parce que le mot « con » lui-même vient du latin « coniculus » qui fait référence au lapin, en fait, alors qu'en français, dans ce cas-là, on utilise plutôt une référence au chat. Mais lui-même, le mot, si on essaie de remonter dans l'étymologie, on n'arrive pas vraiment. Donc c'est pour ça que même dans la préhistoire du langage, tout a très mal commencé, puisqu'on ne sait même pas d'où ça vient.

3:39
Présentateur

Je ne sais pas si le psychanalyste que vous êtes, Marcaillat, a une réponse à apporter à cette incongruité de la langue française, et pas que de la langue française d'ailleurs, qu'en effet, le « con », ça désigne aussi le sexe de la femme.

3:49
Invité

Oui, il faut quand même souligner la plésimie du terme. « Con », c'est très vaste. Ça n'a pas le même sens si vous dites « sale con », « connard », si vous dites « mais t'es con », ça n'a pas du tout la même valeur, ce qui est assez rare dans l'enfance. D'ailleurs, ça renvoie plutôt à certaines langues comme le chinois, où le même mot peut avoir un sens, une connotation différente en fonction de la façon que vous avez de le prononcer. Et c'est une particularité du mot « con ».

Alors, quant à savoir pourquoi il est sexué, eh bien, je pense que probablement parce que ça renvoie à l'infantile, peut-être que c'est un terme de psychanisme, je veux dire par là, quelque chose qui est très profondément ancré en nous, c'est-à-dire le début de la constitution de notre appareil psychique dans l'infantile, et je pense que cet aspect sexuel vient de là.

4:38
Présentateur

Peut-être aussi parce qu'en latin, ça signifie « cacher », quelque chose de souterrain, quoi. Probablement, probablement. Maxime Robert, est-ce que finalement tenter de définir la connerie telle que nous sommes en train de le faire aujourd'hui, c'est pas déjà en soi une connerie ?

4:53
Invité

Oui, en fait, c'est un peu ce dont je suis parti, c'est-à-dire l'idée que la connerie puisse pas se définir. En soi, ça montre qu'il y a quelque chose qui vient du sujet, qui est en train de juger les autres cons. Et donc, le fait qu'on utilise l'argot, c'est quelque chose à quoi il faut être sensible, c'est-à-dire que c'est pas pareil que la bêtise, la connerie. Quand on traite quelqu'un de con, alors c'est vrai qu'on peut le faire gentiment et avec tendresse. Mais quand même, le sens du mot, c'est d'être une insulte. Et insulter les gens, c'est une manière de les juger qui suggère la présence, chez le juge, d'une émotion très forte.

Donc, moi, pour définir philosophiquement la connerie, j'ai voulu prendre au sérieux la présence de cette émotion qui, effectivement, biaise le jugement qu'on émet sur la personne d'en face. Et du coup, il a été possible de redéfinir la connerie d'une manière un petit peu plus subtile, c'est-à-dire pas comme la qualité que certaines personnes ont, ou en l'occurrence, plutôt le défaut, mais plutôt comme une certaine dynamique dans les interactions entre diverses personnes.

5:48
Présentateur

Ce que vous dites, c'est que le livre que vous avez écrit, c'est parce que vous viviez vous-même en colocation avec ce que vous appelez un con.

5:56
Invité

Oui, en fait, j'ai été détourné de mes travaux universitaires par une situation très banale, basique, enfin, du quotidien, puisque je partageais ma maison de l'époque avec quelqu'un. Et qu'en fait, plus les mois avançaient, moins on arrivait à s'entendre. Et c'est là que j'ai fait pour la première fois une expérience très forte de ce que j'ai depuis appelé le naufrage interactionnel, c'est-à-dire une situation où tout ce que font les acteurs pour améliorer la situation est interprété par l'autre comme quelque chose qui l'empire. Et donc, il n'y a pas moyen de s'en sortir puisque si vous vous montrez gentil, on trouve que vous êtes passif-agressif.

Si vous vous montrez méchant, on vous répond par la violence. Et donc, il n'y a pas d'issue. Alors, je me suis un peu cloîtré dans ma chambre et je me suis mis à écrire un livre.

6:38
Présentateur

Mais quel rapport avec la connerie ?

6:40
Invité

Moi, je le trouvais con. Lui, il me trouvait con. En fait, nous étions deux personnes compétentes et reconnues dans leur métier. Donc, moi-même, je me suis dit je le considère comme le plus con que j'ai jamais rencontré. C'est donc qu'il y a un problème. Il faut que je comprenne d'où ça vient.

6:55
Présentateur

Camille Morvan, ce que vous dites, c'est qu'en fait, on est tous certains de savoir ce qu'est la connerie. Mais dans le fond, chacun possède ses propres critères.

7:02
Invité

Oui, c'est ça. Je rejoins pas mal... Bon, déjà, juste sur l'histoire de la définition, en anglais, pour connerie, on va avoir stupid and dumb. Donc, c'est intéressant de voir... Enfin, ça a été dit, mais connerie, ça peut vouloir dire plein de choses. Ça peut vouloir dire quelqu'un qui est bête. Ça peut vouloir dire quelqu'un qui est intelligent, mais qui s'enferme dans quelque chose d'absurde. Et ce que j'aime bien dans ce que dit Maxime et ce que Marc a écrit aussi dans son article, c'est la connerie, en fait, c'est quand il y a une souffrance de raisonnement. Il y a un moment où, en fait, Marc le dit très bien ça, on ne peut plus réfléchir parce qu'on est arrivé dans une espèce d'impasse.

Et donc, moi, je trouve ça intéressant que ce terme, il veuille dire à la fois quelqu'un qui soi-disant est bête, quelqu'un qui est intelligent, mais qui fait quelque chose de con à ce moment-là, ou alors, tout simplement, ça veut dire quelqu'un qui n'est pas d'accord avec vous, en fait. Souvent, ça se rapporte à ça. Donc, en tout cas, moi, le truc sur lequel j'aime bien insister sur cette idée de connerie, c'est la subjectivité, en fait. Et il n'y a rien de plus irritant que quand on est dans une discussion... Moi, j'ai plein d'amis très intelligents.

Et quand on est dans une discussion, il y a des gens très intelligents qui savent tout sur tout et qui sont persuadés que parce qu'ils ont des données objectives sur un sujet, ils ont raison. C'est aussi une forme de connerie, me semble-t-il. Pourquoi ? Parce que sans tomber dans un relativisme absolu, je pense que c'est difficile de faire la distinction entre une opinion et des faits. Et que ce n'est pas parce qu'on connaît des faits qu'on peut être sûr que son opinion est valable et qu'elle n'est pas en soi mortifère ou toxique.

8:32
Présentateur

Enfin, on a quand même besoin des faits, surtout en ce moment.

8:34
Invité

Oui, exactement. On a besoin des faits et je pense que... Vous qui avez travaillé en plus

8:38
Présentateur

sur les fake news, vous êtes la première concernée.

8:41
Invité

C'est ça. Mais je trouve qu'il y a un peu... On a peur du relativisme absolu et c'est bien, il ne faut pas aller dans le relativisme absolu. Mais je pense qu'il y a une différence entre ne jamais rien remettre en question et le relativisme absolu.

8:52
Présentateur

Ce que vous dites, Marc Hayat, c'est que quoi qu'il en soit, et quelle qu'elle soit d'ailleurs, parce qu'on a du mal à s'entendre sur ce qu'est la connerie, mais l'humain en a besoin. Elle est présente, existante dans chacun des individus que nous sommes.

9:04
Invité

Absolument. Il faut comprendre ce que c'est que le processus de la connerie que tout le monde a évoqué ici, ce qu'on ressent. C'est une expérience avant tout. C'est une expérience vécue qui consiste à avoir le sentiment que l'autre ne reconnaît pas la dimension subjective de votre être. C'est un processus dans lequel, finalement, il est impossible pour celui qui est désigné comme étant le con de reconnaître qu'il existe un autre différent de lui, avec sa propre subjectivité, avec sa propre vision des choses, sa propre vision du monde. Et l'effet que cela produit, c'est celui qui reçoit cette attaque, en quelque sorte, est quelque chose d'extrêmement violent.

C'est comme si je niais votre existence même, je niais votre façon d'être. Et ça suscite ce mouvement de violence extraordinaire que vous avez lorsque vous rencontrez un con. Et c'est là que se fait le diagnostic. Malheureusement, c'est déjà trop tard. Et que lorsque vous vous apercevez que vous allez faire un con, que vous ressentez cette violence en vous, et bien à ce moment-là, vous n'avez pas tellement le choix. Vous ressentez un mouvement de dégagement en disant ce con veut ma peau, il ne l'aura pas. Et vous n'avez pas tellement de choix. Soit vous cognez, quoi. Vous pouvez vous cogner physiquement. C'est-à-dire de frapper, c'est-à-dire attaquer son corps.

Vous pouvez essayer d'être plus con que lui, en essayant d'imposer votre façon de voir le monde à vous aussi. Mais là, vous êtes sûr de perdre. Peut-être qu'on aura l'occasion d'expliquer pourquoi. Ou alors, vous fuyez. Et à ce moment-là, votre agressivité se retourne contre vous. Et vous partez en ruminant quel con, quel sale con, quel pauvre con. Et ça colle à la peau, ça. Alors, si c'est effectivement une expérience que vous avez avec votre boulanger, votre épicé, ça va encore. Ça dure un peu de temps. Mais si vous avez cette expérience avec votre collègue de bureau, alors, a forcerie, votre patron, ou alors votre femme, votre mari, ça, ça devient grave.

Parce que ça colle, ça insiste, ça revient. Et puis, ça peut prendre des jours. Et puis, après, il y a un sentiment. Mais comment je fais pour épouser un tel con, une telle con ? Enfin, vous voyez, ça a un effet assez dévastateur quand vous êtes pris par ce processus qu'à la connerie.

11:08
Présentateur

Alors, vous avez peut-être vu son film qui a ramené les gens au cinéma après le confinement, c'est Adieu les cons d'Albert Dupontel. Magnifique. Il est au micro, très bon film, il est au micro de Léa Salamé dans la matinale de France Inter en mai 2021. Adieu les cons, c'est le titre du film. Pour Brel, les cons, c'était les bourgeois. Qui c'est les cons chez vous ?

11:25
Invité

C'est vous, c'est moi, c'est ce qu'on fait de nous. Voilà, c'est pour ça que je me pardonne quand je suis con, parce que je le suis, comme tout le monde. C'est parce que je me dis, voilà, j'étais à l'école et mes déviances d'adultes, c'est des carences affectives, mais pourtant, j'ai été aimé par mes parents et c'est surtout des carences pédagogiques, cette fameuse compétition à laquelle je refuse...

11:38
Présentateur

Vous revenez tout le temps sur l'idée de la compétition.

11:41
Invité

Qu'est-ce qui vous gêne dans la compétition ? Il y a une phrase de Laborie qui dit l'intelligence se fout de la compétition et j'ai remarqué que j'étais très couillant quand j'étais en compétition.

11:48
Présentateur

Sur cette idée de compétition, justement, Camille Morvan, vous revenez souvent et vous dites que, finalement, peut-être que la première, enfin, l'une des conneries, ça a été d'instaurer précisément une compétition, une forme de hiérarchie entre les gens, un, deux, trois, faire des classements, faire des classements des individus au sein d'une même société.

12:04
Invité

Oui, parce qu'en fait, moi, je trouve ça... En réfléchissant à cette question de pourquoi les gens sont cons, je trouve ça curieux que, comme le disait Marc, qu'on... Non, c'était Maxime qui disait ça. C'est une insulte qui est très chargée émotionnellement et je trouve ça étonnant qu'on soit aussi attaché à... Comme si le fait d'être bête, c'était la pire des choses. Et il me semble que c'est parce qu'on est dans une société, effectivement, qui classe, qui dit il y a certains individus qui méritent de vivre d'autres pas, certains qui méritent d'être riches d'autres pas, etc., etc. Certains qui ont le droit d'accéder à des bons soins et d'autres pas.

Et en fait, quand on se met dans ce mode de pensée-là, il me semble qu'on réduit le nombre de dimensions infinies possibles de la vie, on réduit à une dimension unique qui est je dois être... Et on l'apprend à l'école, on l'apprend en famille, je dois être meilleur que les autres de ma classe, je dois gagner plus d'argent qu'eux, etc.

12:58
Présentateur

Ce que fustige, justement, Albert Dupontel dans quasiment tous ses films.

13:02
Invité

Ce film est génial. Et en fait, c'est en faisant ça, il me semble qu'on s'inflige à soi-même une violence extrême et dans cette violence extrême, on devient un objet. Et c'est un peu une dérive, je ne sais pas si c'est une dérive de notre époque, je n'ai pas vécu à d'autres époques, mais en tout cas, aujourd'hui, c'est évident que le néolibéralisme encourage chacun et chacune à se traiter soi-même comme un objet et à traiter les autres comme des objets « means to an end », c'est-à-dire des objets qui permettent d'atteindre un objectif parce qu'en tant qu'individu, on n'existe plus que dans cette dimension de classification où il faut gagner de l'argent, réussir, etc.

Et pour ça, il me semble qu'on s'ampute de à peu près tout ce qui fait de nous des êtres humains, c'est-à-dire notre sensibilité, un peu là où on est différent des autres, notre singularité, etc. Donc, il me semble que cette insulte, elle révèle un problème sous-jacent au fait que tout est compétition dans notre société.

13:52
Présentateur

À cause de la connerie ? Ou alors c'est parce que tout est compétition dans notre société que ça devient une connerie ?

13:59
Invité

C'est une forme de connerie en soi, pour moi, de tout classer et c'est le serpent qui se mord la queue. C'est que du coup, ça devient l'insulte du problème que ça révèle.

14:09
Présentateur

Jean-Paul Demoule, est-ce que chez l'homo erectus que vous avez étudié, l'homo sapiens, il y avait déjà cette idée de compétition ?

14:17
Invité

Pas tellement, en fait. Donc, il n'y avait pas de conneries, alors ? À partir du moment où on va inventer l'agriculture sédentaire et où la démographie humaine, c'est-à-dire il y a 10-12 000 ans, va exploser. À ce moment-là, d'un point de vue archéologique, on voit que, petit à petit, dans les cimetières, il y a des riches et il y a des pauvres. Et ça, c'est pratiquement pas présent dans les périodes plus anciennes. Donc, cette idée de la complétition, le fait que les sociétés se hiérarchisent, qu'il y ait des chefs, que la violence se systématise, c'est quelque chose de très récent. C'est les dernières 10 000 années d'homo sapiens, c'est-à-dire 4% à peu près de la durée d'homo sapiens.

Donc, c'est effectivement tout à fait récent.

15:12
Présentateur

Ce que vous écrivez, d'ailleurs, c'est que cette hiérarchisation, c'est pour vous l'une des premières formes de conneries de l'humanité. Oui, effectivement.

15:19
Invité

Parce que je ne suis pas persuadé qu'inventer l'agriculture ait été une connerie parce que sinon, je ne serais pas en studio à 800 kilomètres de là. À partir du moment où on ne peut plus être l'un en face de l'autre, mais à partir du moment où il y a cette augmentation de la population et cette possibilité de produire des richesses qui n'existaient pas chez les chasseurs-cueilleurs normaux, à partir de ce moment-là, effectivement, il y a la possibilité de dominer l'autre. Cela dit, toutes les sociétés ne l'ont pas fait de la même manière. Il y a des sociétés extrêmement hiérarchisées.

On sait qu'actuellement, 20 personnes possèdent autant, dans le monde, possèdent autant que les 50% les plus pauvres de l'humanité, la moitié est la plus pauvre de l'humanité. Il y a des moments où ce n'était pas aussi marqué.

16:20
Présentateur

Sur Franceinter.fr, nous recevons de nombreux messages. Serge qui dit pourquoi n'y a-t-il pas un vrai con pour débattre avec vous ? N'est-il pas le vrai spécialiste du sujet ? N'est-on pas toujours le con de quelqu'un ? Bernard nous dit la connerie, c'est d'inviter un chercheur payé par nos impôts pour en parler. Michel dit on reconnaît le vrai con au fait qu'il est sphérique, quel que soit l'angle sous lequel on l'aborde, il est exactement identique. Ce que vous dites en tout cas, Maxime Rovert, c'est que les cons sont nombreux, tellement nombreux qu'ils nous submergent, avez-vous écrit.

16:50
Invité

Moi j'ai envie de réagir d'abord à la remarque d'un de vos auditeurs. Je me revendique comme le vrai con qui a été invité justement pour être un juste représentant. Pourquoi ? Parce qu'en fait, l'expérience de la connerie qu'on essaye de circonscrire là, encore une fois, elle est réciproque. C'est-à-dire que tout à l'heure on parlait de celui qui est le con, celui qui mine votre existence, etc. Mais dans le même moment, tant que vous le considérez comme un con, vous faites la même chose. Donc toute la difficulté c'est de sortir justement de cette posture d'arrogance à laquelle vos auditeurs d'ailleurs réagissent à juste titre.

C'est-à-dire que nous on débat sur les cons comme si nous étions intelligents. Non, en fait on essaye de réfléchir sur la connerie parce que nous savons qu'elle a un rôle fonctionnel dans les rapports entre êtres humains. Alors, justement, elle a pour fonction de dysfonctionner, c'est-à-dire que ça introduit du désordre et puis ça nous embarrasse et c'est justement en nous retournant dessus en partie chez les autres et puis en partie en nous-mêmes que justement on peut avancer, corriger, organiser ce qui demande à l'être et ainsi de suite. Donc il y a vraiment dans l'étude de la connerie, il y a quelque chose qui est en fait correctif.

ça n'est plus du jugement comme justement le suggère le terme qui encore une fois est chargé d'émotions mais c'est plutôt étudier à la fois l'émotion qu'on ressent, qu'on s'inspire les uns aux autres, qu'on partage, qu'on s'envoie un peu à la tête les uns des autres et en même temps tenir compte de la capacité humaine à justement structurer ces choses-là pour en faire quelque chose d'autre. Par exemple, effectivement, des organisations sociales, politiques, etc.

18:25
Présentateur

Deux choses sont infinies, l'univers et la bêtise humaine mais en ce qui concerne l'univers, j'en ai pas encore acquis la certitude absolue, disait Einstein. La connerie est-elle la chose la mieux partagée du monde ? C'est la question qu'on se pose aujourd'hui et on attend toujours vos commentaires sur l'appli de France Inter. Gilles nous dit quand les gens jouent au con, pourquoi veulent-ils toujours gagner ? La Belge, Charlotte a digéré, making sense stop. Toute la programmation musicale est à retrouver sur le site de l'émission. Le débat de Nice

22:23
Invité

Tu crois pas que tu pousses un peu ? Où on va ? Bah je te le demande. Ah bah si c'est un interrogatoire, qu'est-ce que t'attends pour faire monter des sandwiches et de la bière ? À quoi tu penses ? Je pense que quand on mettra les cons sur Orbit, t'as pas fini de tourner.

22:43
Présentateur

C'était un extrait du Pacha sorti en 1968 réalisé par Georges Lautner avec évidemment les dialogues d'Odiard et Jean Gabin. Elle est excellent Robert Dalban. Quatre invités aujourd'hui pour parler de la connerie. Marc Hayat qui est psychiatre et psychanalyste. Camille Morvan chercheuse en neurosciences cognitives. Jean-Paul Demoule qui est archéologue et préhistorien. Et Maxime Rovert spécialiste de Spinoza. Je sais pas si je l'avais dit, philosophe. Maxime Rovert, vous écrivez dans votre livre « J'accorde de bon cœur que nous sommes tous le con d'un autre ». Mais cela ne signifie pas que les cons se valent. Alors comment peut-on mesurer la connerie ?

23:18
Invité

Ah ben c'est une question très difficile puisque en fait comme elle procède d'un effet miroir, chacun va trouver la connerie dans des endroits ou dans des situations ou dans des personnes qui correspondent souvent de manière inversée à celle qui porte en lui ou en elle. Donc la mesurer en fait c'est pas tellement la placer sur une échelle graduée ou du plus ou du moins une échelle seulement quantitative c'est plutôt essayer de chercher à quel type de connerie on réagit. Et donc la question c'est justement d'apprendre à travers les cons qu'on identifie autour de soi quel type de cons on est soi-même et comment est-ce qu'on peut trouver par là des moyens d'avancer vers le mieux.

Parce qu'au fond la bonne volonté ça n'est pas quelque chose qui naît comme ça de nulle part ça vient de situations dans lesquelles on va chercher à évoluer pas seulement de manière individuelle ou inter-individuelle donc pas nécessairement changer l'autre et pas nécessairement se changer soi mais surtout faire évoluer les situations en utilisant diverses stratégies. C'est ça en fait la grande question la question d'identifier ou d'évaluer les cons c'est pas tellement savoir qui l'est plus ou qui l'est moins c'est plutôt savoir qui autour de moi va me renseigner sur les manières dont je peux améliorer

24:33
Présentateur

les choses. C'est aussi pour cette raison qu'on a souvent besoin d'associer le mot con à un adjectif pour qualifier le con si je puis dire il y a le pauvre con alors c'est un peu celui qu'on regarde avec tendresse comme Naguère l'idiot du village il y a le vrai con le con paresseux qui refuse toute réflexion le sale con alors c'est celui qui résonne et qui essaye de prouver aux autres que forcément c'est son raisonnement qui est le meilleur il y a cette typologie de la connerie Marc Hayat ?

24:58
Invité

Alors il faut comprendre au fond que la connerie et Maxime Rovers a raison d'insister est constitutive de l'esprit humain elle s'oppose c'est une force qui s'oppose au fonctionnement dévotique banal au fonctionnement dévotique normal et en ce sens elle est constitutive même de la psyché elle s'oppose et elle constitue même le fonctionnement dévotique quand je parle de fonctionnement dévotique normal, banal je veux parler de ce qui nous anime tous ces désirs contradictoires ces désirs conscients inconscients ces fantasmes ces fantaisies d'esprit etc.

auxquelles on se heurte et qui créent à l'intérieur de nous des conflits intérieurs douloureux dans des cas on s'enlisse qui nous empêchent de vie qui nous empêchent d'avancer etc.

et bien la connerie c'est exactement la force opposée c'est une force qui fait qu'on a le sentiment en ce moment là qu'il n'y a plus de conflit intérieur c'est à dire qu'il n'y a qu'une seule vision du monde le monde devient univoque et par conséquent l'autre ne peut pas faire autre chose discussion possible dans la relation avec un con parce que le con ne peut pas concevoir l'idée celui qui est en situation ne peut pas concevoir l'idée que l'autre soit différent avec une subjectivité et qu'il puisse exister une autre vision du monde voilà ce qui fait l'essence même de la connerie voilà pourquoi d'ailleurs le dialogue est absolument impossible et pourquoi c'est une lutte à mort parce que les cons ne sont jamais complètement cons il y a toujours vous savez une partie saine dans le moi et il sait qu'il ris sa peau s'il bouge il peut mourir psychiquement donc il aura toujours gain de cause voilà et donc par conséquent

26:36
Présentateur

parce qu'il refuse de se remettre en question il ne peut pas

26:38
Invité

il y a une telle une telle trouble narcissique une telle fragilité narcissique il sait encore une fois parce qu'il n'est pas complètement con que si il change de point de vue intérieur si il arrive à reconnaître qu'il existe un moment subjectif chez l'autre et que par conséquent le monde n'est pas exactement univoque tel qu'il est etc à ce moment là il risque un effondrement et c'est un risque qu'il ne peut pas prendre c'est pour ça que vous n'aurez jamais gain de cause mais Maxime Robert a raison la question c'est que c'est la situation qui crée il faut bien comprendre ce sont des processus et heureusement que ça existe parce qu'il nous arrive à tous d'être cons et pas uniquement pour répondre à des cons et ça peut être très agréable d'être soulageant dans certaines circonstances ça fait du bien d'être con c'est vrai vous avez raison

27:22
Présentateur

ça peut aussi Camille Morvan ce que nous ont appris les neurosciences c'est que le cerveau c'est un gros flémard qui va dites-vous toujours au plus simple au plus évident c'est ce qu'on appelle le biais cognitif sur lequel vous avez longuement travaillé

27:34
Invité

ça fait plaisir de voir que vous avez écouté ma conférence oui alors juste pour ce qui vient d'être dit sur le côté symétrique de la connerie c'est vraiment intéressant c'est à dire qu'effectivement on est deux à être cons quand il y a un con en face de nous et pour en sortir il faut réussir à faire un pas de côté et pour réussir à faire ce pas de côté soit comme vient de le dire remarque qu'on est dans une souffrance telle qu'on ne voit pas que c'est possible de faire un pas de côté soit effectivement on arrive à faire le pas de côté parce qu'on voit que soi-même on souffre de cet enfermement-là en fait de cette souffrance de ne pas pouvoir réfléchir et raisonner donc oui le lien avec les biais cognitifs les biais cognitifs c'est des déviations de la pensée rationnelle c'est des erreurs de raisonnement qu'on peut appeler erreurs de raisonnement en fait c'est des raccourcis mentaux qui nous permettent de prendre des décisions très rapidement je donne un exemple tout simple par exemple le biais de disponibilité que je teste sur des larges groupes de personnes je leur dis quel est l'animal domestique le plus répandu est-ce que c'est le chat le chien ou le poisson tout le monde répond le chien ou le chat alors qu'en fait c'est le poisson et il y a 7 fois plus de poissons qu'en animal domestique donc on voit alors pourquoi ce biais s'appelle le biais de disponibilité c'est parce que on pense que ce qui est plus accessible à notre mémoire c'est ce qui est le plus fréquent et on voit que ça paraît logique mais en fait c'est pas logique du tout c'est pas vrai bon alors il y a plein de biais cognitifs qui ont été marketés donc il y a des biais avec plein de noms différents et il y a certains biais qui vont nous renforcer dans notre connerie donc par exemple le biais de confirmation d'hypothèse qui fait qu'on va aller chercher des informations qui confirment l'hypothèse qu'on a déjà il y a l'excès de confiance en soi le bias blind spot donc la tâche aveugle qui fait qu'on voit les biais chez les autres mais pas chez soi et ce qui est intéressant c'est de voir que l'intelligence telle qu'elle est généralement utilisée c'est-à-dire souvent on parle UQI à lutter contre les biais voire même parfois le fait d'être intelligent ça va nous rendre plus cons parce qu'on va être d'autant plus capables de justifier notre position

29:24
Présentateur

c'est ce que dit Michel sur l'appli de France Inter il ne faut pas confondre intelligence et culture il y a des cons cultivés et il y en a tellement

29:30
Invité

oui et je voulais juste faire un petit petite parenthèse sur les biais cognitifs c'est quelque chose d'intéressant à étudier les biais cognitifs mais je pense que dans notre système néolibéral il y a une déviation qui est un peu d'utiliser les biais cognitifs comme une excuse à tout c'est-à-dire comme si on n'était pas responsable nous être humain de nos biais cognitifs tu vois c'est oh bah oui on a ces biais là donc que voulez-vous qu'on fasse on va bien finir par détruire la planète alors que non en fait c'est le fait de voir qu'on a des biais cognitifs ça veut dire derrière que toute l'idée c'est justement d'en faire quelque chose

30:01
Présentateur

mais c'est assez intéressant cette histoire de biais cognitifs parce que par exemple vous racontez l'histoire de la taille des présidents des Etats-Unis et il y a une étude où on s'est aperçu que dans 58% des élections qui avaient opposé entre 1789 et 2008 de présidents c'était le plus grand qui avait gagné parce que le plus grand est considéré comme un leader Joe Biden fait 1m82 Abraham Lincoln qui était le plus grand faisait 1m93 les Etats-Unis ont beaucoup de présidents très grands

30:26
Invité

oui oui oui et en fait bon ça c'est le biais de halo c'est le fait que quand on voit une caractéristique positive chez une personne on va en déduire que cette personne a d'autres caractéristiques positives on voit ça tout le temps alors notamment vous m'avez présenté comme chercheuse mais je suis aussi patronne d'une boîte qui fait une technologie basée sur les neurosciences pour le recrutement on voit beaucoup ça effectivement dans le recrutement le fait que quelqu'un qui arrive en entretien avec beaucoup de confiance en lui a plus de chances d'avoir le job parce qu'on pense que confiance égale compétence ce qui n'est évidemment pas le cas

30:53
Présentateur

Jean-Paul Demoule ce que vous dites dans l'article que vous avez signé dans le livre que j'ai cité précédemment cet essai sur la connerie que en fait la connerie s'est développée en même temps que la taille du cerveau de l'homme de Néandertal presque à partir du moment où le cerveau a grandi on lui a fait une petite place pour la connerie

31:12
Invité

Oui parce qu'en temps normal d'un cerveau ça sert juste à assurer la survie l'alimentation etc mais plus notre cerveau a grossi les australopithèques la fameuse Lucie etc n'avait pas un cerveau tellement plus complexe que celui d'un chimpanzé ensuite Homo erectus s'est développé et puis on arrive à l'homme de Néandertal et à nous-mêmes donc il y a à peu près entre 200 000 et 300 000 ans et ce cerveau est beaucoup plus complexe que les besoins immédiats de survie puisque il y a un psychiatre dans l'émission il est encore mieux placé que moi pour en parler et donc il y a s'est développé progressivement avec ce cerveau de plus en plus gros toute la part obscure de dark side comme on dit du cerveau humain l'inconscient les pulsions etc donc avec des comportements de plus en plus complexes par rapport au comportement des animaux alors les animaux peuvent aussi avoir des comportements parfois un peu bizarres ou du moins qu'on n'explique pas les animaux

32:38
Présentateur

peuvent-ils être cons eux aussi

32:39
Invité

dans le même livre que vous citiez un de mes collègues montre que les singes aussi peuvent faire des conneries mais globalement on a une capacité de faire des conneries qui a été de plus en plus grande au fur et à mesure que notre cerveau s'est développé au-delà des besoins immédiats de la survie

33:00
Présentateur

sur l'appli de France Inter Françoise nous dit on est cerné par les cons je ne suis pas la dernière à le dire je suis moi-même la conne de quelqu'un on est tous le con des autres en ce sens la connerie n'a ni limite ni frontière et puis Yves avec beaucoup d'humour dit pour une fois qu'on parle de moi merci beaucoup ras-le-bol des émissions scientifiques ou culturelles je voudrais vous faire écouter la voix d'un homme trop poli pour prononcer le mot qui nous intéresse aujourd'hui il chante les bourgeois c'est comme des cochons plus ça devient vieux plus ça devient point de suspension Jacques Brel ne dit pas connerie il dit bêtise la bêtise c'est terrible

33:34
Invité

c'est la mauvaise fée du monde c'est la sorcière du monde c'est la bêtise il n'y a pas de gens méchants il y a des gens bêtes mais ce n'est pas de leur faute parce que la bêtise c'est de la paresse on ne fera jamais croire la bêtise c'est un type qui vit et il se dit ça me suffit ça me suffit je vis je vais bien ça me suffit et il ne se botte pas le cul tous les matins en disant c'est pas assez tu ne sais pas cette chose tu ne vois pas cette chose tu ne fais pas assez de choses c'est de la paresse je crois la bêtise une espèce de graisse autour du coeur une graisse autour du cerveau je crois que c'est ça

34:09
Présentateur

beau et con à la fois me rappelait à l'instant quand on écoutait ces propos de Jacques Brel le psychanalyste Marc Hayat mais il y a cette idée que justement pour ne pas s'enfermer dans la connerie il faut comme le dit Jacques Brel se botter le cul

34:24
Invité

je voudrais insister sur le fait que la connerie est peut-être souvent salvatrice c'est agréable d'être con j'ai le souvenir de l'expérience de conversation de bistrot vous savez quand vous êtes au bar que vous commencez à converser avec votre collègue de bar et que vous convenez que vous avez la même opinion du monde que c'est vraiment tous des cons qu'on vit dans un monde de merde qu'avant ça allait mieux je trouve ça très reposant après une journée de travail j'aime bien ça il suffit d'être un petit peu alcoolisé c'est très agréable et pour reprendre cette question que soulevait Jacques Brel parce qu'il me semble qu'il parle il y a une chanson être beau et con à la fois c'est ça aussi qu'on retrouve dans beaucoup de films il y a Annie Hall où on voit Woody Allen qui est dans la rue en train de chercher la vérité il pose des questions aux gens et puis voit un couple assez beau grand il leur dit vous avez l'air heureux comment vous faites et la femme lui répond mais je suis totalement vide je suis totalement superficiel je ne pense pas et son compagnon répond bah moi aussi vous voyez il y a cette idée là qu'on peut être beau et con à la fois c'est le personnage de Gadel Manet le blond etc c'est à dire cette idée que s'il n'y avait pas de conflit psychique à l'intérieur de moi j'irais mieux ce qui est vrai ce qui est vrai mais je voudrais quand même battre en brèche une idée que c'est un fantasme de névroser à savoir que les contes sont heureux je ne crois pas je ne crois pas et ça il faut beaucoup insister d'abord quand on a l'expérience soit même d'un connerie on souffre et quand on est vraiment con c'est à dire que on est plutôt de ce côté dans le fonctionnement psychique que plutôt du côté de la névrose je crois que c'est très douloureux d'autant plus douloureux qu'ils n'arrivent pas à le percevoir et que par conséquent ils n'arrivent pas à le dire donc les cons ne sont pas des gens heureux et je voudrais profiter sur l'occasion pour le dire c'est dit

36:13
Présentateur

c'est dit Maxime Robert dans votre livre vous dites que finalement le con il vaut mieux ne pas l'écouter ça règle un peu les problèmes

36:20
Invité

oui enfin je ne dis pas exactement ça comme ça j'essaye de trouver justement une manière d'écouter les cons et le conseil que je donne c'est justement de le laisser parler alors en tout cas l'idée c'est de quitter le terrain théorique c'est à dire de ne pas trop essayer de déterminer le mien du tien le juste de l'injuste etc et d'entrer dans une dans une séquence narrative puisque dans la séquence narrative en fait les expériences vont pouvoir être partagées donc au lieu de je dirais de s'affronter corne à corne la méthode qui me semble la plus efficace pour sortir justement de l'ornière où les interactions entrent comme ça dans cette espèce de naufrage c'est de raconter ce qui s'est passé qu'est-ce qui s'est passé pour toi comment tu vis cette situation comment est-ce que tu vois je veux dire le patron qui refuse l'augmentation ou qu'on pose ses vacances ou etc ou je ne sais pas ou l'adolescent qui veut absolument ou qui est une fois de plus rentrer plus tard qu'on lui avait dit enfin bref toute forme de connerie en fait demande à ce qu'on reconstitue la séquence qui a mené à un certain type de comportement à des paroles désagréables et ainsi de suite une fois que vous êtes dans l'écoute du récit vous n'êtes plus dans la posture d'un évaluateur qui doit juger si c'est bien ou mal ou si c'est vrai ou faux vous êtes dans la posture de quelqu'un qui est en fait le témoin d'une expérience et c'est par là en fait que les consciences peuvent je ne dis pas qu'elles le font toujours mais elles peuvent trouver le moyen de se réconcilier parce qu'à votre tour vous pouvez raconter votre histoire et donc au lieu d'être complice d'un con ou d'une conne vous vous trouverez juste le témoin d'une expérience et c'est le meilleur moyen pour faire que cette expérience passe et se surmonte c'est ça l'idée

38:04
Présentateur

on voit l'importance de la parole mais Jean-Paul Demoule vous qui êtes historien de la préhistoire au moins avec vos hommes préhistoriques le problème est réglé il ne parlait pas

38:13
Invité

bah si il parlait les chimpanzés peuvent échanger à peu près 80 sons significatifs et l'homme de Néandertal avec qui on s'est mélangé puisque vous et moi on a quelques gènes de l'homme de Néandertal tapis au fond de notre ADN l'homme de Néandertal avait à peu près le même cerveau que nous même s'il était peut-être un petit peu moins connecté la même taille et le même appareil phonatoire pour parler donc effectivement ils parlaient le seul problème c'est qu'on ne les entend pas parce qu'ils parlaient il y a très longtemps et qu'il faut donc qu'on reconstitue leur comportement à partir des vestiges qui nous ont laissé mais effectivement ils parlaient depuis deux ou trois cent mille ans c'est les mêmes homo sapiens les mêmes conneries que celles dont nous sommes capables actuellement par exemple et bien c'était quand même très étrange pour une espèce africaine qui vivait bien au chaud il y avait à peu près quelques dizaines de milliers d'humains il y a 300 000 ans de sortir d'Afrique certains d'entre eux du moins petit à petit au fil des générations par curiosité d'aller jusqu'au nord de la Sibérie de traverser le détroit de Béring dans les périodes glaciaires où la mer est plus basse et puis de redescendre et de se retrouver finalement en Amérique du Sud avec exactement les mêmes conditions alors pourquoi se donner tout ce mal pour en arriver au même point pour ce qui est des comportements préhistoriques et je citais tout à l'heure le cas de l'invention de l'agriculture effectivement il y a à peu près 10 000 ans on n'était pas plus de 2 millions d'humains sur l'ensemble de la terre et si on n'avait pas inventé l'agriculture on serait toujours paisiblement dans des forêts vierges à chasser les lapins et ramasser des champignons bon peut-être qu'heureusement

40:34
Présentateur

on l'a inventé d'où la nécessité de la connerie alors

40:37
Invité

bah oui probablement c'est bien constitutif effectivement de l'espèce humaine c'est pour ça qu'on fait cette émission et qu'on s'interroge très gravement à ce sujet sinon effectivement tout ça ne serait pas arrivé

40:55
Présentateur

sur franceinter.fr Suzelle nous dit j'ai 64 ans et quand j'étais enfant il était totalement interdit d'employer ce mot à la maison y compris à l'école et je ne comprenais pas pourquoi aujourd'hui tout le monde l'emploie mais que s'est-il passé Raymond nous dit le comble de la connerie c'est d'être con sans le savoir comme disait mon père et puis Etienne qui cite San Antonio je ne veux pas la mort des cons je n'aime pas la solitude la connerie est-elle la chose la mieux partagée du monde c'est la question qu'on se pose dans le débat de midi et nous sommes ensemble jusqu'à 13h Claire et ce titre tout est dans la tête extrait du premier album produit par le tout nouveau label de Philippe Catherine passez maître lui aussi dans l'art subtil de la connerie c'est pas une lumière comment ça pas une lumière le garçon avec qui il est parti c'est pas pour dire mais qu'est-ce qu'il est bête

44:26
Invité

mais plus bête que enfin je veux dire vous êtes intelligent vous alors par rapport à vous écoutez moi je n'aime pas être grossier mais là il faut employer le mot c'est un con mon dieu

44:37
Présentateur

extrait du dîner de con réalisé par Francis Weber en 1998 avec mes 4 invités aujourd'hui on s'interroge sur cette question de la connerie est-ce la chose la mieux partagée du monde avec Marc Hayat qui est psychanalyste et psychiatre Camille Morvan chercheuse en neurosciences Jean-Paul Demoule archéologue préhistorien et Maxime Robert philosophe et tous ces messages qui continuent de nous arriver Brigitte nous dit je me demande si l'utilisation du mot con n'est pas une invention masculine comme humiliation aux femmes une de plus entre parenthèses dit Brigitte on est toujours le con de quelqu'un oui mais quand on devient le con de tout le monde ne devient-on pas un connard nous demande Dominique ce message très très bon de Sam aussi on parle de l'intelligence artificielle mais qu'en est-il de la connerie artificielle pourra-t-elle un jour surpasser celle de l'homme et puis Alexandre nous dit les réseaux sociaux ne sont-ils pas générateurs de l'augmentation de la connerie Camille Morvan vous avez justement travaillé beaucoup sur les réseaux sociaux

45:32
Invité

oui et je ne vais pas répondre à ce sur quoi vous blancez j'ai le droit de parler d'autre chose

45:37
Présentateur

si vous voulez moi je crois que c'est une connerie mais bon

45:39
Invité

c'est vous qui voyez c'est juste parce que comme le temps passe et qu'il y a beaucoup beaucoup de choses à dire sur la connerie j'ai l'ambition de lancer un podcast qui s'appelle Pourquoi les gens sont cons il n'est pas lancé donc ce n'est pas de la pub bon juste ce que je voulais dire c'est qu'il me semble qu'une des solutions à la connerie qui a été discutée là c'est accepter l'altérité et se décentrer c'est-à-dire comprendre qu'on n'est pas le centre du monde et la raison pour laquelle je voulais mentionner ça là maintenant c'est parce qu'il me semble que la plus grosse connerie du moment c'est quand même qu'on est en train de détruire la planète et a priori de se détruire nous avec et il me semble que du coup c'est pour ça que je parle beaucoup de cette notion de hiérarchie en fait on s'est enfermé dans une hiérarchie et évidemment il faut en sortir et en sortir ça veut dire quoi pour moi ce que ça veut dire c'est aussi percevoir qu'il y a de l'intelligence partout que certainement l'intelligence n'est pas le propre de l'homme et que cette intelligence elle existe évidemment chez les animaux mais elle existe de manière générale dans la nature quand on pense à la façon dont les arbres vont communiquer entre eux ou des choses comme ça il y a de la circulation d'informations il y a une forme d'intelligence qui existe il me semble que le remède à la connerie humaine c'est de comprendre qu'on fait partie d'un tout et d'arrêter de penser qu'on est au centre de tout et d'arrêter de s'enfermer dans des systèmes qui manifestement ne marchent pas je ne vais rien citer ici parce que sinon on va dire que je suis gauchiste mais il y a des systèmes qui ne fonctionnent pas et dans lesquels on s'enferme en tant qu'espèce et je voulais citer un chercheur que je trouve génial il s'appelle Glenn Albrecht qui a créé le mot solastasie sur le type de nostalgie particulière qui existe quand un lieu de notre enfance a été détruit un lieu naturel et il parle du fait que dans des temps plus anciens les humains étaient connectés par exemple à des animaux totems ou à des lieux à des arbres particuliers et que c'est à travers cette connexion émotionnelle à la nature que l'homme prenait soin de la nature mais pas de la façon dont on dit prendre soin aujourd'hui aujourd'hui quand on dit prendre soin ça veut dire faire un parc naturel ce qui est absurde on continue à se placer au centre comme si l'environnement était un parc d'attractions géants alors qu'en réalité on est un élément de cette intelligence globale et collective il me semble et voilà j'encourage en tout cas les lecteurs qui sont intéressés à lire Glenn Albrecht là-dessus

47:46
Présentateur

ce que vous dites dans votre livre Maxime Robert va exactement dans le sens de ce que vient de nous dire Camille Morvan c'est-à-dire que vous parlez vous aussi d'une forme de décentrage pour éviter la connerie c'est faire un pas de côté

47:57
Invité

absolument je me sens tout à fait en résonance avec ce que dit Camille il me semble que l'une des difficultés qu'on a aujourd'hui c'est qu'on est un peu pris dans une alternative entre une approche individualiste et puis une approche collective dont on ne sait pas très bien ce qu'elle signifie à quelle échelle elle se situe et ainsi de suite il me semble que au lieu de chercher à unir les individus dans des collectifs plus grands on comprenait que le plus grand se trouve plutôt à l'intérieur c'est-à-dire dans quelque chose a priori plus petit et que moi j'appelle les interactions mais que d'autres appellent par d'autres noms on s'apercevra que les liens qui nous rendent intelligents sont beaucoup plus profonds et beaucoup plus intimes que ce qu'on croit d'ailleurs même dans les romans de Milan Kundera on voit bien que la politique les drames politiques les tragédies que vivait la Tchécoslovaquie dans les années 60 et qu'on retrouve en Ukraine aujourd'hui sont des choses qui frappent les gens dans leur intimité donc les personnes humaines les individus ne sont pas seulement des individus dont les uns sont intelligents et les autres cons en fait ils sont des entités c'est une espèce de terminaux d'interaction qui sont reliés à des choses beaucoup plus vastes qu'eux et qui se retrouvent ces choses dans leur quotidien dans leurs petites affaires personnelles donc retrouver un peu ce sens de la connexion c'est pas simplement en voir plus grand que soi c'est aussi comprendre que l'individu ça n'est pas une entité insécable comme ça qui se promènerait comme un atome parmi les autres et qui ferait des mauvaises rencontres qui seraient les cons autour de lui et puis qui serait un peu coupable de se sentir con ou parfois qui se complairait dans sa connerie non en fait connerie ou intelligence ne dépendent pas des décisions d'un individu comme ça atomique d'une personne insécable ça dépend de relations que l'on peut encore une fois modifier précisément parce que en fait la plupart d'entre elles sont récursives c'est à dire qu'elles ont la propriété de pouvoir encore une fois se corriger elles-mêmes donc ça c'est une ressource dont nous disposons c'est ça en fait que nos travaux là à tous qui apparaissent peut-être aux auditeurs comme des arrogants qui travaillent sur la connerie comme si c'était un objet en fait non on essaye plutôt de encore une fois mettre en valeur ce qui dysfonctionne pour essayer de faire en sorte que ces opérations se corrigent en quelque sorte d'elles-mêmes grâce à notre activité

50:21
Présentateur

Sur l'appli de France Inter Jean-François nous dit il y a un con qui sommeille en chacun d'entre nous mais le mien est insomniaque Pierre nous dit bravo pour cette contribution un indispensable éclairage et méfiez-nous méfions-nous du con moyen pas assez pour l'ignorer mais trop pour y remédier Geoffroy cite ce proverbe des Shadok alors je ne suis pas sûr que ce soit un proverbe des Shadok mais c'est ce que nous dit Geoffroy en tout cas mieux vaut utiliser son intelligence pour des conneries que sa connerie pour des choses intelligentes et Catherine qui nous dit dommage que vous n'ayez pas invité mon futur ex-mari il y a plus de 7000 mots en France qui commencent par con dit comme ça ça ne veut rien dire d'autant que ce con c'est un héritage du latin cum qui veut dire avec compatissant c'est celui qui souffre avec mais quand c'est des proches qui s'en emparent alors là ça devient drôle nous constatons qu'en France

51:11
Invité

c'est dans les départements les plus peuplés qu'on rencontre le plus de cons si bien qu'on peut dire qu'au niveau de la spécificité absolument d'ailleurs le con n'est pas immuable l'été en effet les cons rejoignent du littoral par ordre très serré et ils s'agglutinent ainsi pour ne pas perdre ne fût-ce qu'un mois par an la chaleureuse promiscuité de la ville ils forment un conglomérat continu de Calais à Andail et de porc-vendre à Nice on dit alors

51:44
Présentateur

qu'ils sont un peu cons sur les bords Marc Ayad vous dites justement que le con est totalement hermétique

51:51
Invité

à l'humour absolument je crois que c'est une expérience que nous avons tous et non seulement il est hermétique à l'humour mais il est capable de provoquer des situations drôles sans s'en rendre compte et provoquer l'humour et alors les exemples sont nombreux et je voudrais revenir sur ce qui a été dit à propos justement de la tendance de la société actuelle c'est-à-dire qu'il y a le problème de la compétition que Camille a soulevé mais il y a le problème qui est celui des protocoles et parce que justement il y a toute une dimension très post-moderne qui consiste effectivement à supprimer toute la dimension subjective de façon à ce que celui qui agit soit dépossé de sa subjectivité et soit engagé dans les protocoles et il n'y a rien de plus con qu'un protocole si vous permettez une anecdote à partir rapide quand il y a eu des problèmes de certification à l'hôpital vous savez il a fallu faire la preuve qu'on était un bon hôpital etc.

et j'ai eu la visite en plus qui était une femme qui était une experte pour venir dans l'hôpital pour savoir si je faisais bien mon travail elle visite l'hôpital et il se trouve que l'hôpital avait été construit dans un jardin et qui fait que mon bureau était à demi les bureaux étaient à demi ensevelis sur des demi-étages voilà donc autrement dit la fenêtre était au rez du jardin donc si vous voulez sortir du bureau il fallait monter sur une chaise et ramper et dans la conversation elle me demande si j'ai des patients suicidaires je réponds oui elle me dit bon très bien puis on reçoit le rapport il y a une réserve vous recevez des patients suicidaires vous n'avez pas de barreaux aux fenêtres c'est authentique je le raconte dans mon livre sur l'homme limite voilà un exemple et alors le directeur de l'hôpital qui était psychiatre lui aussi il me dit t'inquiète pas il fait la réponse dans la mesure où effectivement le bureau est en demi enterré qu'il faut monter sur un jardin etc on a reçu ok la réserve est élevée voilà donc si vous voulez la conjonction à la fois de la société vers la compétitivité et la notion des protocoles je pense qu'il y a un problème extrêmement grave qu'il y a une tendance générale de la société post-moderne à aller vers la connerie c'est un vrai souci

53:58
Présentateur

en tout cas cette émission a fait beaucoup réagir sur l'appli de France Inter et il me semble que nous avons permis de faire progresser la réflexion sur la connerie si j'en juge du message par le message que Nicolas nous envoie qui nous dit merci pour ce sujet indispensable vos différents éclairages m'incitent à envisager que l'expression de ma propre connerie puisse être directement issu du refus qu'à mon égo d'accepter qu'un autre puisse être plus con que moi ça fait mal longue vie au débat de midi et bien merci à tous d'avoir participé au débat de midi on se retrouve demain pour une émission consacrée demain au monde de l'édition de l'édition