Olivier Faure : "On doit écouter la parole des femmes"
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Avec Alexandra Bensey, nous recevons ce matin Olivier Faure, bonjour. Bonjour à vous et bonjour à ceux qui nous écoutent. Premier secrétaire du Parti Socialiste, vous êtes candidat pour ces élections législatives à votre réélection en Seine-et-Marne. Vous défendez les couleurs de la NUP, la nouvelle union populaire, écologique et sociale aux côtés de la France Insoumise, d'Europe Écologie, Les Verts et du Parti Communiste. Vous avez présenté votre programme baptisé de programme partagé la semaine dernière. On va parler de ce programme, revenir aussi sur la composition du gouvernement d'Elisabeth Borne, annoncée en fin de semaine dernière.
Et ce gouvernement qui se réunit ce matin pour la première fois en Conseil des ministres sur tous ces sujets. Les auditeurs de France Inter peuvent vous interpeller, vous interroger au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux et l'appli France Inter. Une question d'abord Olivier Faure pour débuter cet entretien sur la situation de Damien Abad, ex-président du groupe LR à l'Assemblée Nationale, nouveau ministre des Solidarités. Deux femmes l'accusent de viol dans le journal Mediapart, l'effet d'attrait de 2010 et 2011. L'une d'elles a déposé plainte, plainte qui a été classée sans suite en 2017. Dans l'autre affaire, il n'y a pas eu de plainte déposée.
Damien Abad rejette ses accusations, je cite, avec la plus grande force. Il explique que compte tenu de son handicap, il est incapable d'exercer la moindre contrainte sur une femme. Voilà sa ligne de défense, selon vous Olivier Faure. Damien Abad peut-il rester au gouvernement ?
D'abord, cette affaire est sérieuse. Et ce qui se passe depuis maintenant quelques années, avec notamment l'émergence du mouvement MeToo, c'est le fait que désormais, on prête une intention nouvelle à la parole des femmes. Voilà des millénaires que le viol, l'agression sexuelle est tolérée, acceptée, minimisée, relativisée. Et pour la première fois, on a le sentiment que quelque chose se passe. Que la tolérance à la violence contre les femmes est en train de basculer, qu'on n'accepte plus ce qu'on acceptait depuis trop longtemps. Et donc, les signaux doivent être clairs. Tous très clairs. On doit écouter la parole des femmes. On doit l'entendre.
Alors, ça ne remet pas en cause la présomption d'innocence. Mais il me semble que dans un gouvernement qui prétend avoir fait de la lutte contre les violences faites aux femmes la cause principale de son quinquennat, il faut aussi être clair. et dire que cette parole des femmes doit être entendue. Et que dans une situation comme celle que nous connaissons avec l'affaire Abad, eh bien, il faut prendre des décisions, qui sont des décisions difficiles, mais permettre à ce que les femmes et Damien Abad puissent être entendues, que la justice puisse faire son œuvre, et que ça se passe dans des conditions qui soient...
Donc, si je vous comprends bien, il n'a pas sa place autour de la table du Conseil des ministres ce matin ?
Je crois qu'il y a des signaux clairs à donner parce qu'on sait très bien que les femmes, la plupart des femmes qui ont été victimes, ne portent pas plainte, ne vont pas jusqu'au bout parce qu'elles savent qu'en général, c'est elles qui ont payé le prix. Et donc, il faut effectivement leur dire aujourd'hui, n'ayez plus peur de porter plainte, n'ayez plus peur de porter votre parole devant les tribunaux parce que cette parole, elle est écoutée, entendue, respectée.
Est-ce que ça veut dire que tout responsable politique désormais, s'il est visé par des accusations de viol ou d'agression sexuelle, doit quitter ses fonctions, au moins momentanément ?
Ça veut dire qu'effectivement, quand il y a des témoignages qui sont des témoignages saisissants, vous avez pu les lire dans Mediapart, qui sont des témoignages concordants, qui racontent une façon de procéder, et y compris, si j'ai bien lu cet article, il y a des présomptions qui existaient au sein du groupe des Républicains, avec le sentiment qu'on avait là, un homme qui avait un rapport aux femmes, qui était d'un rapport, disons, compliqué, pressé dans l'euphémisme. Et donc, ce faisceau de présomptions aurait dû conduire le gouvernement, qui a énormément scanné le CV de toutes celles et ceux qui entrent au gouvernement, à prendre ses précautions.
Mais il y a eu une plainte, elle a été classée sans suite.
Vous avez vu aussi l'article qui dit pour quelles raisons il était classé sans suite, et que l'enquête a été bâclée. Et qu'on est aujourd'hui face à une situation où malheureusement, ces questions de violence, de viol, de crime, sont souvent prises à la légère, trop prises à la légère, par l'ensemble de la chaîne pénale.
Donc, est-ce qu'on peut mettre des mots précis ? Olivier Faure, vous dites quoi ce matin ? Vous dites, cet homme doit être démis de ses fonctions, il ne doit même pas s'asseoir au Conseil des ministres ? Aujourd'hui, est-ce que c'est ça ?
Je pense que la décision qui va être prise, et ce n'est pas moi qui l'apprend, c'est Elisabeth Borne, la première ministre.
Si vous étiez premier ministre ?
Eh bien, si j'étais premier ministre, je dirais à Damien Abad, je n'ai pas de raison particulière de penser que les femmes mentent, parce que je ne vois pas quelles sont les raisons qui les motiveraient à cela. Il y a un doute qui existe aujourd'hui. La parole des femmes doit être respectée, et donc, dans l'attente d'une décision de justice, eh bien, je souhaite que tu ne sois pas au gouvernement.
Ça ne veut pas dire qu'il ne reviendrait pas, il peut très bien y revenir, c'est simplement une mesure de précaution, et on ne peut pas revivre ce que nous avons déjà vécu sur l'affaire Hulot, où pendant des mois et des mois, le gouvernement a protégé l'un des siens, au péril, en fait, d'une certaine façon, du musellement de la parole des femmes.
Cela vaudra aussi pour tout député de la NUP qui sera élu dans un mois, Olivier Faure, s'il y a la moindre éducation, il devra démissionner.
Vous avez remarqué que les mêmes, ceux qui sont au gouvernement, ont attaqué pendant 15 jours un candidat de la NUP qui avait certainement de bonnes raisons d'être attaqué. Tabouaf. Exactement. Où on a reproché à la France Insoumise de ne pas aller assez vite, ils ont mis 5 jours à le démettre de son investiture, et là, je vois qu'on a un gouvernement qui, pour l'instant, cherche à protéger, à relativiser, à expliquer qu'on attendra la prochaine plainte. Mais il n'y avait pas de plainte dans l'affaire Tabouaf. Et pour autant, la décision a été prise. Et moi, je souhaite que l'on puisse effectivement prendre maintenant des mesures salutaires.
Je sais bien que ça peut parfois fragiliser le principe de la présomption d'innocence. Et on a bien ce dilemme les uns et les autres. Mais en même temps, la parole des femmes doit être entendue parce qu'elle a été pendant trop longtemps tellement minimisée et relativisée qu'on sait à quel point, eh bien, malheureusement, elles hésitent à porter plainte parce que la honte reste du côté des femmes alors qu'elle doit changer de camp.
Alors, Olivier Faure, la photo plus globale du premier conseil des ministres de ce gouvernement Borne 1, on retrouve des anciens du gouvernement Castex, Bruno Le Maire, Éric Dupond-Moretti, Gérald Darmanin, Clément Beaune, mais aussi Gabriel Attal, Olivier Dussopt, Améline Montchalin, Agnès Pannier-Runacher et quelques nouveaux venus, Papendiaï, Catherine Colonna, Damien Abad, donc. Un gouvernement, c'est un cocktail politique. Qu'est-ce que vous pensez de celui-ci ?
Bon, c'est un cocktail, si vous voulez, c'est surtout, en fait, des gens qui sont soumis à la volonté du seul chef de l'État. On a là un gouvernement qui se met en place et qui a une feuille de route qui est pour le moins floue. Est-ce que vous savez, vous, quel est le projet que porte le gouvernement, quel est le projet que porte le président de la République pour ce quinquennat qui s'entame ?
Bon, quinquennat sera écologique ou ne sera pas, dit Emmanuel Macron. Ça, ça ressemble à une feuille de route quand même, Olivier Faure.
Ah bah oui, vous avez raison, c'est une sacrée feuille de route. En fait, si je vous dis qu'il faudrait que tout le monde vive mieux, vous allez me dire que c'est aussi une feuille de route. Moi, ce que je vous dis là, c'est que le président de la République a cherché à enjamber l'élection présidentielle et qu'il cherche maintenant à enjamber l'élection législative sans préciser le moins du monde quelle est sa pensée. Vous parlez du casting, mais même ce casting, il est très étonnant. Vous avez cité Papendiaï.
Papendiaï, c'est l'exact, c'est le positif ou le négatif, en tout cas, c'est le contraire de ce qu'a été Jean-Michel Blanquer à la tête du ministère de l'Éducation pendant les dernières années. Sur quel point exactement ? Oui, on ne connaît pas ses convictions en matière d'éducation nationale. Non, en matière éducative, on ne connaît pas. En revanche, on connaît très bien les positions de Jean-Michel Blanquer pendant cinq ans qui nous a expliqué qu'il était en croisade contre l'indigénisme, contre le wokisme, contre l'intersectionnalité. Et voilà que, dans ce gouvernement, vous avez celui qui a introduit la pensée wok en France qui est maintenant ministre de l'Éducation.
Et donc, je ne cherche pas à qualifier sur le fond. Je ne sais pas ce que fera Papendiaï et je lui fais...
Vous regrettez le départ de Jean-Michel Blanquer ? Mais pas du tout.
Ce que je vous dis, c'est qu'on a bien du mal à comprendre quelle est la ligne politique de ce gouvernement et quelle est la ligne politique d'Emmanuel Macron. Moi, je ne reproche à personne de nommer des gens parce qu'on croit à quelque chose et qu'on cherche à faire passer une position. Simplement, ce que je ne comprends pas aujourd'hui, c'est quelle est la ligne politique que défend Emmanuel Macron. J'avais compris qu'il était, au fond, sur la ligne très dure du printemps républicain et aujourd'hui, on le retrouve ailleurs. Donc, j'essaye de comprendre. Et si c'était un signal
à vos électeurs ? Est-ce qu'ils peuvent y être sensibles les électeurs de gauche ? Pas peine d'y aille, en effet.
Eh bien, si les électeurs de gauche se posaient la question, je leur dirais, faites attention à une chose. C'est que, pour Emmanuel Macron, vous n'êtes pas des citoyens, vous êtes une part de marché et qu'il se comporte avec vous comme un directeur de marketing qui, au fur et à mesure, adresse des messages, des signaux contradictoires et, au fond, il y a un message pour chacun. Mais en réalité, la seule politique qu'il conduit, c'est la politique qu'il a choisie lui-même et, malheureusement, le fil rouge, le fil conducteur de cette politique, c'est une politique d'inégalité croissante, d'inaction climatique et, pendant 5 ans, il en a fait la démonstration.
Il a triangulé, comme on dit, à droite, Emmanuel Macron, pendant 5 ans et on a vu le résultat pour l'ELR. Est-ce que là, avec, par exemple, cette nomination, avec aussi le fait qu'il y a de nombreux ex-socialistes dans ce gouvernement, vous vous dites qu'il est peut-être en train de trianguler à gauche ?
Non. Je ne crois pas que, peut-être, à 65 ans, ce soit une triangulation à gauche. Et on peut toujours parler de l'origine de celles et ceux qui sont au gouvernement. Le problème n'est pas tellement de savoir d'où ils viennent, mais c'est de savoir où ils vont. Et pour l'instant, là où ils vont, ce n'est certainement pas à gauche.
Sur la table du Conseil des Ministres, ce matin, Olivier Faure, le premier projet de loi du gouvernement, il concerne le pouvoir d'achat, revalorisation anticipée des retraites et des minimas sociaux, chèques alimentation, limitation des prix de l'énergie, dégel du point d'indice des fonctionnaires, augmentation du plafond de la prime Macron. Que feriez-vous de plus au pouvoir ?
Déjà, vous noterez le premier effet de ce renouveau à gauche qui fait qu'aujourd'hui, nous sommes en tête dans les sondages et que ça fait bouger le gouvernement, qui est obligé de prendre des mesures. Voilà que désormais, on nous parle parfois même de blocage des prix, on nous parle... Enfin, il y a un certain nombre de sujets qui sont maintenant sur la table qui n'y étaient pas jusqu'à présent. Et donc, je me félicite du fait que la pression que nous mettons dans cette élection permet déjà de remettre au cœur du sujet la question du pouvoir d'achat qui était jusqu'ici complètement négligée. Et donc, qu'est-ce qu'on ferait de plus ?
Eh bien, d'abord, moi je souhaite qu'on puisse parler salaire vraiment. Et on puisse parler salaire à commencer par le SMIC. Le SMIC à 1500 euros. Parce que là, on nous dit, et c'est toute l'opération de communication qui va être menée ce matin, on nous dit, on va aller parler au monde de l'entreprise en leur demandant, s'il vous plaît, est-ce que vous soyez prêts à faire quelque chose pour les bas salaires ? Mais il faut faire quelque chose et là, le gouvernement, il a un pouvoir. Il peut compter le SMIC tout de suite parce que le SMIC, c'est quoi ?
C'est d'abord toucher, évidemment, les bas salaires, principalement les femmes, principalement les jeunes, principalement celles et ceux qui aujourd'hui souffrent de la précarité. Ensuite, il faut mettre en place ce qu'on appelle une conférence salariale.
Une conférence salariale qui remette, j'allais dire, l'église au milieu du village de manière très laïque, mais qui permette de dire quelle est l'utilité sociale, revisiter la hiérarchie sociale, faire en sorte qu'on puisse évoquer tous ces métiers qui sont aujourd'hui ceux des métiers de premiers de corvée, qui ont été salués pendant la période du confinement et qui ont été négligés, oubliés au lendemain de cette période, et donc faire en sorte qu'on puisse revisiter l'ensemble de l'échelle salariale.
Et à commencer par l'égalité entre les femmes et les hommes parce qu'il n'est pas normal non plus que vous ayez des femmes qui aujourd'hui, en moyenne, gagnent 20% de moins que les hommes à métiers égaux.
Est-ce que vous entendez les chefs d'entreprise, j'imagine, vous étiez encore hier en circonscription, qui vous disent mais monsieur Fort, on ne peut pas, toutes les entreprises ne peuvent pas augmenter les salaires, on ne peut pas tous encaisser un SMIC à 1500 euros parce que nous aussi, chefs d'entreprise, nous subissons l'inflation par exemple. Quand vous êtes charpentier, vous payez le bois 30% plus cher.
Absolument. Et donc, tout ça est prévu. Et la première chose quand même à leur dire, c'est que quand le pouvoir d'achat augmente, c'est aussi des consommateurs qui peuvent consommer et c'est aussi une relance par la demande. Premier point. Le deuxième point, c'est qu'évidemment, nous n'avons pas négligé le fait que les grosses entreprises et les petites entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. Et donc, nous voulons d'abord un impôt progressif. C'est-à-dire quoi ? Ça veut dire que selon le chiffre d'affaires que vous réalisez, vous ne serez pas imposé de la même façon comme pour l'impôt sur le revenu aujourd'hui. On ne peut pas avoir...
Parce qu'aujourd'hui, c'est exactement la même ce qui se produit. Vous avez les grosses entreprises qui payent en réalité moins par l'optimisation fiscale notamment, qui payent moins que les petites entreprises parce qu'elles sont conseillées, parce qu'elles sont accompagnées, alors que les petites entreprises n'ont pas d'autre choix que de payer ce qu'elles doivent. Et donc, il faut effectivement établir de la progressivité. Et puis, il faut certainement aussi mutualiser la question des cotisations sociales, faire en sorte que, évidemment, il y ait une mutualisation que les gros payent davantage pour que les petits payent moins.
Ce serait ça aussi un élément de justice parce qu'aujourd'hui, ce qui se passe dans le modèle tel que nous connaissons, c'est que les grandes entreprises, souvent, elles externalisent une partie de leur production sur des sous-traitants qu'elles essorent complètement et qu'elles rendent incapable de... qui leur limitent toute leur marge, évidemment, y compris pour monter les salaires.
Je reprends votre raisonnement, Olivier Faure, sur petites entreprises, grandes entreprises concernant le blocage des prix qui est l'une des propositions que fait la NUP dans ce contexte d'inflation. Est-ce que ça n'est pas une mesure qui va profiter davantage à ceux qui consomment le plus, à ceux qui ont le plus de pouvoir d'achat les plus aisés d'entre nous plutôt qu'aux plus modestes ?
Mais écoutez, quand vous allez au supermarché, quand vous avez ce matin, j'écoutais sur votre antenne, le fait qu'on a des jeunes aujourd'hui qui ont 50 euros pour vivre, 50 euros pour vivre après avoir payé leur loyer et puis l'ensemble de leur consommation contrainte, par exemple, le chauffage, l'exercice, etc. 50 euros. Vous pensez sérieusement que ces jeunes peuvent vivre normalement, qu'ils peuvent, quand ils voient le prix des pâtes augmenter de manière exponentielle, quand ils voient l'ensemble des fruits et légumes leur échapper, etc. Qu'est-ce qu'on dit, nous ? On dit, il faut bloquer les prix des produits de nécessité, des premières nécessités.
Il ne s'agit pas de bloquer tous les prix, mais au moins pour l'alimentation, pour l'habillement, faire en sorte que tout le monde puisse accéder à ces biens de première nécessité. est-ce que les riches consomment plus de fruits et légumes que les pauvres ? La réalité, votre histoire, je la comprends, si on bloquait tous les prix, etc. Si on bloquait le prix des voitures de luxe, je comprends bien que ça profiterait d'abord à ceux qui peuvent se les payer. Mais je ne crois pas que quand on a un salaire de 5 000, 6 000, 7 000, 10 000, 20 000, 30 000 euros, on achète aussi des pâtes et on les achète au même prix que les autres.
Alors, les pommes, par exemple, si on bloque le prix des pommes, on va compenser les agriculteurs à l'autre bout ? C'est l'État qui compensera ?
Il faudra effectivement prendre le soin de veiller à ce que celles et ceux qui voient leur prix bloqué et qui ne sont pas dans la spéculation parce que là aussi, il faudrait qu'on regarde attentivement quelles sont les raisons de cette augmentation des prix.
Michel-Édouard Leclerc, lui-même, est venu révéler le fait que pour la plupart des prix qui s'envolent aujourd'hui, il ne s'agit pas en réalité d'organisation des prix de la production mais il s'agit de la spéculation avec des gens qui anticipent sur une crise qui n'est pas encore là notamment parce qu'il y a la guerre en Ukraine et donc, alors qu'il y a des réserves qui sont phénoménales, la réalité, c'est qu'on est déjà en train d'anticiper cette crise-là pour pouvoir augmenter les prix et donc, il faut là aussi faire attention à ne pas épouser tous les discours et bien comprendre que nous avons là aussi affaire à un peu de manipulation.
Olivier Faure, la réforme des retraites, celle que vous préconisez en tout cas dans le programme NUP, ce n'est pas aller jusqu'à 65 ans mais c'est la retraite à 60 ans après 40 annuités. Alors si on réfléchit, en fait, les Français en moyenne y trouvent leur premier emploi stable vers 22-23 ans, 40 annuités, qu'est-ce que ça changerait ? Ils partiront à 63 ans ?
Mais ça changerait que pour toutes celles et ceux qui ont commencé à travailler tôt, pour celles et ceux qui ont eu des métiers très pénibles et qui sont souvent ceux qui ont aussi commencé à travailler tôt, ils pourraient partir plus tôt. L'âge légal, ça dit quoi ? Ça dit que ça permet à chacun de partir à un moment... Enfin, ça permet de partir plus tôt pour ceux qui ont commencé à travailler tôt. Ça veut bien sûr pour vous et moi qui avons eu la chance de faire des études longues, eh bien on partira toujours beaucoup plus tard. On partira à 63, 64, 65 ans. Donc c'est retraite à 60 ans
mais pas pour tout le monde ?
Forcément, il faut bien quand même avoir ses annuités. Et donc l'injustice aujourd'hui de la réforme que propose Emmanuel Macron, c'est exactement l'inverse, c'est que vous avez des gens qui auront déjà leurs annuités depuis longtemps et qui eux devront attendre l'âge légal de 65 ans pour pouvoir partir. Et donc eux, ils vont surcotiser pour toutes celles et ceux qui ont fait des études longues. C'est là l'injustice. C'est incroyable. Alors même que leur espérance de vie pour les métiers pénibles est inférieure très largement à celle des cols blancs et donc entre un cadre et un ouvrier, vous avez 8 ans d'espérance de vie, d'écart. Qu'est-ce qu'il faut faire ?
Est-ce qu'il n'y a pas une injustice à rattraper ? Est-ce que ces gens-là doivent partir plus tôt que les autres ? C'est ce que je défends.
Et lorsqu'Elisabeth Borne, hier dans le journal du dimanche, répond à une interview où elle insiste sur la concertation, sur le fait que, en effet, les critères de pénibilité seront sur la table de négociation et sur le fait que ces 65 ans, finalement, ce report de l'âge légal à 65 ans, ça n'est pas un totem. Est-ce que ça, ça vous rassure ?
Je ne suis rassuré de rien. Je vois qu'il y a des élections qui se profilent et qu'ils ont bien compris que les Françaises et les Français, très majoritairement, ne voulaient pas de cette réforme. Ils l'ont déjà signifié il y a quelques années, au moment où il y avait un autre projet avec un âge pivot de 64 ans et maintenant, on nous dit que c'est l'âge légal à 65 ans. Comprenez que, évidemment, ça les effraie d'avoir à assumer dans l'élection cette réforme. Mais la réalité, c'est qu'on sait très bien où ils veulent aller.
Et là où il y a un grand mensonge de la part de Mme la Première Ministre hier dans le journal du dimanche, c'est qu'elle dit, moi je dis la vérité, il faut pouvoir financer les retraites. Mais que dit le Conseil d'orientation des retraites ? Il dit qu'à horizon prévisible de 70 ans, il n'y a aucun problème de financement. Et d'ailleurs, elle-même, elle le reconnaît puisqu'elle dit que ça servira non pas à financer les retraites, ça servira à financer d'autres sujets. Et moi, ce que je dis, c'est qu'il y a un problème, c'est que quoi qu'il en coûte aujourd'hui, on est en train de le faire payer aux retraités, aux chômeurs, à toutes celles et ceux qui n'ont pas les moyens de le faire.
Et ce que nous proposons en retour, en regard de ce que propose le gouvernement, c'est de faire payer ceux qui le peuvent. Et donc revenir sur l'impôt sur la fortune, revenir sur la flat tax, revenir sur l'exit tax pour permettre justement de retrouver des marges de manœuvre.
863 milliards d'impôts nouveaux.
Les questions des auditeurs de France Inter, pour vous Olivier Faure, nous accueillons Claude qui nous appelle du département de Loire-Atlantique. Bonjour Claude.
Bonjour.
Nous vous écoutons. Bonjour Claude.
Bonjour. Bonjour à tous. Et M. Faure, je voulais vous poser une question. Je voulais savoir si ce matin, vous n'étiez pas trop gêné pour un socialiste de piétiner la présomption d'innocence. Ce matin, vous avez carrément condamné le ministre à balle. Pas du tout. Et donc, je voulais savoir si après, piétinez vos idées de socialistes en vous alliant à Mélenchon. Maintenant, c'est un autre sujet que vous piétinez ce matin. Je trouve honteux vos propos à propos du ministre.
Réponse d'Olivier.
Répondez-moi et ne vous pas trop gêner.
Merci Claude pour cette question. La question du viol, la question des violences faites aux femmes, est-ce que ça ne devrait pas vous gêner, Claude ? Est-ce que vous ne pensez pas que ça fait trop longtemps que les femmes sont malheureusement renvoyées à leur solitude après des agressions de cette nature ? Moi, je crois qu'il y a un moment où il faut prendre des résolutions. Il ne s'agit pas d'accuser Daniel Abad. Je ne sais pas s'il est coupable ou pas. Ce que je dis simplement, c'est que dans la République française, un ministre ne peut pas avoir sur le dos une affaire de cette nature.
Il doit pouvoir s'en défendre en dehors du gouvernement et pouvoir faire valoir son propre point de vue devant la justice. Et s'il est innocenté par la justice, il pourra revenir. Mais vous vous rendez compte de ce que l'on est en train de dire. Je me souviens qu'il y a quelques années, il y a un ministre qui a été démissionné parce qu'il avait mangé du homard. Bon, ce n'était pas bien. Mais enfin, est-ce que les femmes, est-ce que la question des femmes vaut moins que les homards ? C'est la question qui est posée aujourd'hui. Est-ce que les femmes, leur parole doit être entendue ou pas ? Est-ce qu'on peut au moins se dire aujourd'hui au XXIe siècle que la parole des femmes, ça compte ?
Et qu'on les croit quand elles disent ce qu'elles disent ? Quel est leur intérêt ? Ces femmes ne se connaissaient pas, elles ne se connaissent pas, elles témoignent les unes et les autres de manière effarante de faits qui sont d'une gravité extrême. Ils font entendre les femmes. Question de Serge
qui nous appelle de Paris. Bonjour Serge.
Au premier traiteur du Parti Socialiste, que je désapprouve totalement sa position, que je suis membre fondateur du Parti Socialiste et que jamais je ne voterai par un candidat ou une candidate imposée par Mélenchon. Dans le XXe arrondissement de Paris, il y aura une candidate socialiste, une vraie, et opposée à une femme qui est antisémite et qui est présentée par NUP. Et c'est ça qu'on nous propose, mais je refuse totalement cet accord. Le choix déjà d'avoir choisi Anne Hidalgo était catastrophique. On en a vu le résultat. Ça, c'était un choix de M. Fort. Voilà où cela nous a menés.
Merci à vous Serge pour cette interpellation. Olivier Fort vous répond.
Moi, je réponds tout simplement que je suis très fier d'un accord qui rassemble pour la première fois depuis 25 ans l'ensemble de la gauche et qu'il y a des gens qui ont une préférence pour la défaite. Moi, j'ai une préférence pour la victoire. J'ai une préférence pour la gauche rassemblée parce que rassemblée, elle peut l'emporter et que divisé, elle a toujours échoué. Quant à la circonscription particulière du XXe arrondissement qui est mentionnée, dans cette circonscription, il y a une exception qui est celle de Lamia et la Rage qui n'a pas pu être intégrée à l'accord. Députée sortante.
Députée sortante, effectivement, dont l'élection est annulée non pas de son propre fait mais parce qu'il y a un individu qui a été la cause de l'annulation, un faux république en marche. Et donc, il y a une injustice à ce qu'elle ne soit pas considérée comme une sortante et donc, dans cette circonscription, les socialistes soutiennent toutes et tous Lamia et la Rage.
Question de Jacques, militant socialiste de Marseille qui vous tutoie. Peux-tu clarifier la position du PS sur la désobéissance aux règles européennes ?
Il y a sur ce sujet, effectivement, une interrogation. Nous avons un point de départ qui est très différent de celui des insoumis. Et donc, nous, nous refusons le principe de désobéissance. C'est-à-dire que, dire désobéissance, c'est-à-dire qu'on l'élève au niveau de principe. Pour nous, il y a la possibilité de déroger transitoirement à certaines règles pour pouvoir faire évoluer l'ensemble de l'Union européenne parce que c'est nécessaire et qu'il faut réorienter le cours de l'Europe. Si on est européen, ce que je suis complètement convaincu, on ne peut pas laisser s'installer la défiance que l'on connaît aujourd'hui par rapport à l'Union européenne.
Et donc, sur des règles, en matière écologique, en matière sociale, il y a parfois besoin de faire bouger les choses. Et la réalité, c'est qu'aujourd'hui, regardez ce qu'il se passe sur le pacte de stabilité. La France ne l'a jamais respecté, jamais depuis 30 ans. Sur la question des barrages hydroélectriques, vous n'avez jamais aucun gouvernement non plus qui a accepté de renouveler les concessions.
Pourquoi ? Il nous reste 30 secondes pour une dernière question, Alexandre Bensey.
Une dernière question, vous avez gagné dans cet accord 78 circonscriptions. Il y a entre 50 et 70 dissidents socialistes face aux candidats NUP. C'est considérable. Qu'est-ce qui va leur arriver à ces dissidents ? Est-ce qu'ils vont être exclus ?
Il y a des règles statutaires qui sont mécaniques. En fait, quand on est candidat contre un candidat socialiste ou soutenu par le Parti Socialiste, on est réputé avoir pris ses distances et donc ne plus appartenir au Parti Socialiste. Mais ce que je leur dis... Donc exclusion ? C'est un départ. C'est-à-dire que c'est eux qui prennent par leur décision le choix de partir puisqu'ils sont candidats contre des candidats que nous soutenons. Et ce que je leur dis simplement, c'est à quoi servent ces dissidents ? Si c'est pour faire perdre la gauche, si c'est... A la fin, nous verrons bien ce qu'est à quoi vont ces dissidents.
Mais moi, ce que je crois, c'est qu'il faut chercher le chemin de l'union, de l'unité, parce qu'il est le seul qui permet aux Françaises de trouver une majorité de gauche au mois de juin.
Merci à vous, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, invité de France Inter ce matin. Bonne journée.
France Inter
Olivier Faure