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InterviewLCI — L'invité d'Adrien Gindre (sur Podcast)· 28 septembre 2023 21 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieSanté

L’Interview Politique – Thomas Cazenave, ministre des comptes publics, invité d’Adrien Gindre dans le 6/9

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 20 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 74 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:22OuverteRéponse directe

    Pourquoi ce 49-3 ? Pourquoi ne pas avoir laissé les députés décider si, oui ou non, ils voulaient voter la loi ?

  • 2:55RelanceRéponse partielle

    Les oppositions ne se contentent pas de ne pas voter dès cette nuit. Mathilde Panot disait « face aux 49-3 autoritaires », on va déposer des motions de censure populaires.

  • 3:13FerméeRéponse partielle

    Ça ne vous fait pas peur, cette idée que le gouvernement puisse tomber cet automne ?

  • 3:40FerméeRéponse directe

    Est-ce que le Conseil des ministres d'hier a habilité la Première ministre à recourir aux 49-3 d'ores et déjà sur tous les textes budgétaires ?

  • 3:58FerméeRéponse directe

    Et le 49-3 qui est passé cette nuit, vous, est-ce que vous considérez qu'il sera toujours valable lorsque cette loi reviendra à l'Assemblée ?

  • 4:46OuverteRéponse partielle

    Personne n'attend à ce que vous réussissiez à faire une alliance avec le PC, les Verts, même le PS. La question, depuis le début, qui vous est posée, c'est ce que vous pouvez ou ne pas faire avec les Républicains.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:27Invité politiqueFait
    « Vous savez, on rentre dans la série de textes budgétaires. On a constaté que les oppositions ne veulent pas voter le budget. »
  • 0:40Invité politiqueFait
    « En revanche, nous avons besoin d'un budget, d'un budget pour le pays, pour faire fonctionner la France, payer nos agents publics, nos hôpitaux. »
  • 1:14Invité politiqueFait
    « Non, deux sujets. Il y a cette question-là. On a vis-à-vis de nos partenaires européens besoin d'une vision pluriannuelle. »
  • 1:21Invité politiqueChiffre
    « On a également des financements de l'Union européenne qui dépendent du fait qu'on ait bien une vision pluriannuelle, notamment 18 milliards d'euros à la clé. »
  • 1:48Invité politiqueFait
    « C'est exactement ça. Pourquoi ? Parce qu'on s'est donné comme condition, dans la négociation avec la Commission européenne, le fait que nous soyons en mesure d'avoir une vision pluriannuelle. »
  • 2:19Invité politiqueChiffre
    « Donc, ce sera probablement une dizaine de 49-3 en fonction de l'avancée des débats. »
  • 3:27Invité politiqueFait
    « Est-ce qu'on a le choix, ou pas, d'avoir un budget ? »
  • 3:34Invité politiqueFait
    « Comment ça va marcher le 1er janvier 2024 si on n'a pas de budget ? On arrête de financer nos hôpitaux, nos policiers, nos enseignants ? »
  • 7:16Invité politiqueFait
    « On nous avait dit, votre prévision de croissance, ce n'est pas la bonne, elle est trop optimiste, vous ne tiendrez jamais 1% de croissance en 2023. »
  • 7:19Invité politiqueChiffre
    « On va tenir 1% de croissance cette année. »
  • 7:46Invité politiqueChiffre
    « Le FMI, l'OFCE, prévoit 1,3% de croissance l'année prochaine. Très proche de ce que nous prévoyons, nous, à 1,4%. »
  • 8:12Invité politiqueChiffre
    « Nous avons 7% de chômage. Et je crois qu'on est prêts à atteindre l'objectif d'ici 2025 de 5%. »
  • 8:43Invité politiqueChiffre
    « La France va emprunter 285 milliards d'euros sur les marchés en 2024. »
  • 8:53Invité politiqueChiffre
    « Vous savez qu'en 2027, nous paierons 75 milliards d'euros de charges d'intérêt. Plus que le budget de l'éducation nationale. »
  • 9:58Invité politiqueChiffre
    « On est à 5%. On va passer à 4,5%. »
  • 12:23Invité politiqueChiffre
    « On va mettre un taux d'impôt minimal des sociétés. 15% qui a été négocié, porté par la France au sein de l'OCDE. »
  • 13:50Invité politiqueChiffre
    « On met 7 milliards d'euros de plus sur la transition écologique. »
  • 16:30Invité politiqueFait
    « Le Parlement a décidé, en 2016, que les bases foncières allaient être indexées sur l'inflation, à une très large majorité à l'Assemblée. »
  • 17:12Invité politiqueFait
    « La taxe d'habitation, elle a été compensée à l'euro près pour les communes. »
  • 19:33Invité politiqueChiffre
    « On met 1,6 milliard d'euros supplémentaires pour accompagner les Français dans ce travail-là. »

Temps de parole

  • Thomas Cazenave72 %
  • Présentateur28 %

1,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:08
Présentateur

8h30 sur LCI. L'invité ce matin, c'est Thomas Cazenave. Bonjour. Bonjour. Vous êtes ministre chargé des comptes publics. Petite nuit d'ailleurs pour vous, puisque vous étiez à l'Assemblée il y a quelques heures, lorsque la Première Ministre a déclenché le 49-3 sur la loi de programmation des finances publiques. Pourquoi ce 49-3 ? Pourquoi ne pas avoir laissé les députés décider si, oui ou non, ils voulaient voter la loi ?

0:27
Thomas Cazenave

Vous savez, on rentre dans la série de textes budgétaires. On a constaté que les oppositions ne veulent pas voter le budget. Moi, je ne leur reproche pas d'une certaine manière. Les Français le comprennent d'une certaine manière. En revanche, nous avons besoin d'un budget, d'un budget pour le pays, pour faire fonctionner la France, payer nos agents publics, nos hôpitaux. Et là, c'était le premier texte parce que c'était notre budget sur trois ans. Donc, ce n'est pas vraiment une surprise. En revanche, pourquoi un 49-3 ? On ne peut pas rester sans texte budgétaire et là, sans un texte qui nous projette sur les trois prochaines années. L'année dernière, le texte a été rejeté.

Ça n'a pas empêché la France de continuer à exister pendant un an de plus. Ça nous a posé deux problèmes fondamentaux. C'est que dans nos discussions européennes, nous avons besoin d'une vision pluriannuelle. Nous serions le dernier pays sans une vision sur trois ans. Donc, c'est un 49-3 pour Bruxelles ? Non, deux sujets. Il y a cette question-là. On a vis-à-vis de nos partenaires européens besoin d'une vision pluriannuelle. On a également des financements de l'Union européenne qui dépendent du fait qu'on ait bien une vision pluriannuelle, notamment 18 milliards d'euros à la clé. Et puis aussi, moi, je crois, les Français pour nous-mêmes. On a besoin de savoir où on va.

Et donc, ce n'est pas vraiment une surprise qu'ils ne votent pas cette trajectoire pluriannuelle, mais c'est indispensable quand on en ait une. Et c'est finalement le début de nos discussions budgétaires. Mais pour bien comprendre ce que vous dites, vous nous dites, s'il n'y avait pas de 49-3 cette nuit, l'Europe nous privait de 18 milliards. C'est exactement ça. Pourquoi ? Parce qu'on s'est donné comme condition, dans la négociation avec la Commission européenne, le fait que nous soyons en mesure d'avoir une vision pluriannuelle. On le doit à nos partenaires européens. Tous nos partenaires européens se sont dotés d'une vision pluriannuelle.

Et donc, c'est l'engagement qu'on a pris vis-à-vis de tous nos partenaires. Nous sommes profondément européens, donc nous respectons aussi nos règles communes. Vous disiez, c'est le début d'une longue série. Il y en aura combien cet automne au total ? Alors, vous savez que le budget, c'est à la fois le projet de loi de finances pour le budget de l'État, le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Donc, ce sera probablement une dizaine de 49-3 en fonction de l'avancée des débats. Mais encore une fois, moi, je comprends que les oppositions ne votent pas un budget. Elles ne sont pas en situation de nous proposer un budget alternatif.

Entre, d'un côté, à gauche, où on dit « halte à la cure d'austérité », alors même qu'on n'a jamais autant investi sur la transition écologique, sur l'éducation. Et à droite, qui nous disent « il faut couper davantage dans les dépenses sans jamais nous dire où ». D'ailleurs, ils ne sont pas en mesure de faire un budget alternatif. Et pour autant, moi, ma responsabilité de ministre des Comptes publics, c'est de doter le pays d'un budget avant la fin de l'année.

2:55
Présentateur

Et vous dites « je comprends », sauf que les oppositions ne se contentent pas de ne pas voter dès cette nuit. Mathilde Panot, pour le groupe LFI, disait « face aux 49-3 autoritaires », je cite, « on va déposer des motions de censure populaires », je cite toujours. Je rappelle pour nos téléspectateurs que la motion de censure sur les retraites, elle a été rejetée à neuf voix seulement. Ça ne vous fait pas peur, cette censure ? Ça ne vous fait pas peur, cette idée que le gouvernement puisse tomber cet automne ?

3:17
Thomas Cazenave

Non, mais c'est notre responsabilité. Je le redis encore une fois. Moi, je comprends que les oppositions ne votent pas les textes budgétaires. Je ne comprends pas qu'on pose une motion de censure sur les textes budgétaires. Est-ce qu'on a le choix, ou pas, d'avoir un budget ? Comment ça va marcher le 1er janvier 2024 si on n'a pas de budget ? On arrête de financer nos hôpitaux, nos policiers, nos enseignants ? Ça ne serait pas raisonnable, ça ne serait pas responsable.

3:40
Présentateur

On va avancer sur cette question, mais est-ce que le Conseil des ministres d'hier a habilité la Première ministre à recourir aux 49-3 d'ores et déjà sur tous les textes budgétaires ? C'est une affaire qui est déjà réglée, ça ? Elle a habilité le gouvernement à l'utiliser sur le texte que l'on vient de passer. Donc il faudra réhabiliter la Première ministre pour les prochains textes. Et le 49-3 qui est passé cette nuit, vous, est-ce que vous considérez qu'il sera toujours valable lorsque cette loi de programmation des finances publiques, elle reviendra à l'Assemblée dans quelques semaines, ou est-ce qu'il faudra utiliser le droit au 49-3 de la session ordinaire ?

4:11
Thomas Cazenave

Non, non, on était en nouvelle lecture. On était en nouvelle lecture. Donc ça doit nous permettre d'adopter d'une certaine manière ce 49-3, ce texte-là. Je le dis par ailleurs qu'il y a 49-3, mais il y a eu dialogue avec tous les groupes politiques. Le texte que nous avons adopté, il intègre des amendements des oppositions, des amendements du Parti Socialiste, des écologistes, de LR, de Liotte, tous les groupes quasiment... Oui, pour cocher les cases, mais ce n'est pas de nature. Non, non, non, ce n'est pas vrai. En commission, j'étais en commission pendant des heures, on a débattu de ce texte, on a débattu de tous les articles, on a intégré de leurs propositions, donc il y a eu un dialogue.

4:46
Présentateur

Personne n'attend à ce que vous réussissiez à faire une alliance avec le PC, les Verts, même le PS. La question, depuis le début, qui vous est posée, c'est ce que vous pouvez ou ne pas faire avec les Républicains. Hier, à votre place, le maire de Nice, Christian Estrosi, qui aujourd'hui est membre d'Horizon, dans la majorité, mais qui par le passé était chez LR, disait « Je suis favorable à toutes les coalitions intelligentes, justement pour éviter le 49-3. Est-ce que vous, vous croyez que cette idée de travailler avec LR, de manière permanente ou ponctuelle, elle est encore possible ? Est-ce que c'est un espoir que vous avez toujours ? »

5:13
Thomas Cazenave

Non, mais nous, quand on discute avec LR sur la préparation du budget, on leur a dit « Venez nous faire des propositions. Quelles sont vos propositions d'économie ? » Je disais « Non, ce n'est pas assez vigoureux sur la baisse de la dépense. Quelles sont vos propositions ? » Et ils ont annoncé assez clairement qu'ils ne voteraient pas ce texte. Nous, notre main, elle est toujours tendue vis-à-vis de celles et ceux qui veulent travailler pour notre pays, enrichir nos textes. On l'a fait avec les groupes politiques, je l'ai dit, avec le PS, avec les écologistes, avec l'IOT, avec les LR. Notre ADN, c'est le dialogue.

Après, on ne peut pas forcer celles et ceux qui disent qu'ils ne voteront pas nos textes à le faire. Et c'est la raison pour laquelle, comme ils nous font un budget, on utilise le 49-3.

5:53
Présentateur

Est-ce que vous faire passer des textes, éventuellement, grâce aux voix ou grâce à l'abstention du Rassemblement national ? Ça vous pose un souci ? Il y a un débat dans la majorité sur la manière de considérer ces voix-là ?

6:03
Thomas Cazenave

Il y a, sur tous les textes, des positions différentes du Rassemblement national. Il y a eu des textes votés à l'unanimité à l'Assemblée nationale. Moi, comme parlementaire, j'ai porté des propositions de loi qui ont été votées à l'unanimité, par exemple.

6:18
Présentateur

Moi, je considère que ça ne pose pas un problème. Et signer des textes avec eux, par exemple ? C'est le cas de votre ancien collègue Frédéric Descrezailles, qui est un député de la majorité. Là, il a signé un texte sur la réserve parlementaire avec des élus du RN.

6:29
Thomas Cazenave

Non, là, en revanche, comme parlementaire, je n'ai jamais porté avec le Rassemblement national des textes. Je trouve ça différent qu'un groupe politique décide, et c'est son droit le plus élémentaire, de voter ou pas un texte. C'est différent de prendre une initiative politique. Et ce n'est pas, pour moi, la manière dont j'imagine notre travail avec les autres groupes politiques.

6:48
Présentateur

Alors, venons-en au fond. Votre budget et vos prévisions. Le Haut Conseil des Finances Publiques s'est exprimé pour dire que, de son point de vue, votre prévision de croissance est élevée. Bruno Le Maire a répondu, il dit que la prévision est sincère. Alors, en admettant que chacun soit de bonne foi, pourquoi cette différence d'appréciation ? Pourquoi vous êtes si éloigné du consensus des économistes ?

7:06
Thomas Cazenave

Alors, l'année dernière, c'était déjà le cas. On nous avait dit, votre prévision de croissance, ce n'est pas la bonne, elle est trop optimiste, vous ne tiendrez jamais 1% de croissance en 2023. On va tenir 1% de croissance cette année. Alors, là, pour le coup, vous avez vraiment un gros écart avec le consensus. J'y viens, nos entreprises résistent. Résistent d'ailleurs mieux que chez nos partenaires européens. Vous voyez, l'Allemagne, par exemple, est rentrée en récession. Notre économie, elle est forte parce qu'elle a été protégée, parce qu'on a des entreprises qui sont dynamiques, parce qu'on est le premier territoire à accueillir des investisseurs étrangers.

Mais ça, les économistes ne le voient pas. Et donc, d'abord, 2023, on nous avait accusé d'être optimistes. Finalement, la réalité est conforme à notre prévision. Le FMI, l'OFCE, prévoit 1,3% de croissance l'année prochaine. Très proche de ce que nous prévoyons, nous, à 1,4%. Pourquoi ? Parce qu'ils intègrent l'effet de nos réformes. Nous considérons que la réforme des retraites, la réforme de l'assurance chômage, la réforme des lycées professionnels, la réforme du service public de la petite enfance, la poursuite de la réforme de l'apprentissage, vont avoir et continuer à avoir des effets sur la croissance, l'emploi. Nous sommes près du plan d'emploi. Nous avons 7% de chômage.

Et je crois qu'on est prêts à atteindre l'objectif d'ici 2025 de 5%.

8:21
Présentateur

Alors, imaginons que vous ayez raison. Et on va vous le souhaiter, parce que c'est l'intérêt du pays. Mais il y a la question du déficit aussi. Je reviens au Conseil des finances publiques. Même chose, ils trouvent que votre prévision de déficit est optimiste. Bon, on a compris que vous êtes persuadés que vos prévisions sont les bonnes. Si on va un peu plus loin et qu'on parle du désendettement, le gouvernement promet d'accélérer le désendettement. En même temps, dans le budget, vous nous dites que la France va emprunter 285 milliards d'euros sur les marchés en 2024. C'est un record.

Est-ce qu'on peut dire que notre priorité, c'est le désendettement, et on emprunte un montant record sur les marchés ?

8:49
Thomas Cazenave

Alors, il y a deux sujets différents. Oui, il faut baisser la dette. Pourquoi il faut baisser la dette ? Vous savez qu'en 2027, nous paierons 75 milliards d'euros de charges d'intérêt. Plus que le budget de l'éducation nationale. Celles et ceux qui disent que ce n'est pas un problème, la dette, se trompent parce que c'est autant d'affaires. Mais en partie de votre fait, c'est vous qui avez construit un budget qui vous conduisent à vous endetter. C'est en partie le fait que nous avons protégé massivement le pays. Dans les crises successives que nous avons rencontrées, de la crise Covid à la crise énergétique. Et je veux dire, on a bien fait de protéger.

Si on a 1% de croissance, si on a un taux de chômage de 7%, on n'a pas laissé l'économie s'effondrer. On a protégé les Français. C'est passé la crise, on doit réduire notre déficit public. Parce que la dette est importante. Parce que les 75 milliards que nous allons consacrer à rembourser notre charge d'intérêt, on ne peut pas la mettre dans la transition écologique. On ne pourra pas la mettre dans nos services publics. Donc, c'est un esprit de responsabilité. En 2018, nous avions 2,3% de déficit. Nous devons revenir, je dirais, à une gestion normale finalement.

9:49
Présentateur

Mais dites-le peut-être aux ministres de l'économie ou aux ministres des comptes publics. Parce que visiblement, ils ont quand même construit un budget avec de l'endettement.

9:54
Thomas Cazenave

Non, on réduit progressivement notre déficit public. On est à 5%. On va passer à 4,5%. Vous savez, moi je ne crois pas aux cures d'austérité. On coupe dans les services publics, on augmente les impôts. Il y a eu des erreurs qui ont été faites en 2008, qui nous ont amené dans le mur. On assume un redressement progressif. Progressif de nos finances publiques, de notre déficit public et de notre dette.

10:17
Présentateur

Comment vous faites, Thomas Cazenave, sachant que certaines dépenses ne sont pas financées ? Le président, dimanche soir, a annoncé à la télévision une indemnité carburant pour les travailleurs modestes. Je crois que le coût est estimé à un peu plus de 400 millions d'euros. Où est-ce qu'on prend ces 400 millions d'euros ? Ce sera dans le budget.

10:32
Thomas Cazenave

Ça n'y est pas aujourd'hui ? Non, ce sera dans le budget. Pourquoi ce sera dans le budget ? On ne peut pas laisser celles et ceux qui travaillent, qui n'ont pas le choix de prendre leur véhicule pour aller travailler tous les jours, sans solution face à l'augmentation des prix. Donc on va s'endetter de 400 millions de plus encore ? Face à l'augmentation des prix des carburants. Je vous réponds sur comment on va le financer. Donc ça, c'est une réaction en responsabilité face aux propositions notamment des uns et des autres qui voudraient remettre une ristourne carburant qui coûterait 12 milliards d'euros. Et comment on va la financer ? Avec des recettes supplémentaires.

Je vous en donne une, suggérée par le rapporteur général du budget, qui souhaite que l'on poursuive ce qu'on appelle la contribution des rentes inframarginales. C'est quoi la taxation des profits excédentaires des acteurs de l'énergie ? On l'avait fait en 2023, il propose de le faire en 2024. Voilà une nouvelle recette qui permettra par exemple de financer cet effort, qui est un effort utile et encore une fois ciblé sur celles et ceux qui travaillent et qui n'ont pas le choix, hélas, que de prendre leur véhicule tous les jours.

11:31
Présentateur

Mais ce que vous nous dites, c'est bien la preuve qu'on peut taxer pour faire entrer de l'argent dans les caisses. Pourquoi alors refuser ce que vous proposent certains élus, dont le Modem, de dire pour financer la transition écologique, allons travailler une taxation exceptionnelle, temporaire au niveau européen, des patrimoines des contribuables les plus riches ? Visiblement, ça a agacé le président de la République en Conseil des ministres. Pourquoi c'est un tel problème de dire on va taxer les plus riches ?

11:53
Thomas Cazenave

Dans le cas des dialogues de Bercy, moi j'ai réuni les groupes, tous les groupes politiques à l'Assemblée au Sénat sont venus pour préparer ce budget. Un certain nombre de groupes politiques ont dit, « Il faut qu'on s'attaque aux plus fortunés qui échapperaient à l'échelle internationale à l'impôt. » Nous sommes d'accord pour travailler sur ce sujet-là. Donc vous retenez cette proposition ? Je vais y venir. On est d'accord pour travailler avec notamment Jean-Paul Matéi, le président du groupe Modem, qui la porte. Pourquoi on est d'accord ? On fait pour la première fois dans notre histoire, on va mettre un taux d'impôt minimal des sociétés.

15% qui a été négocié, porté par la France au sein de l'OCDE, et qui trouve enfin son aboutissement. On est d'accord pour faire exactement la même chose pour les particuliers. Ce qui n'aurait aucun sens, c'est le faire à l'échelle nationale. Uniquement une taxe sur les plus riches à l'échelle nationale n'aurait aucun sens. Donc qu'on ait une initiative européenne internationale, nous y sommes favorables. Nous avons d'ailleurs proposé à tous les groupes de venir former un art de réflexion pour essayer de bâtir ensemble ce qui pourrait être une initiative diplomatique.

12:51
Présentateur

Quand Bruno Le Maire dit à la majorité qu'il faut être responsable, ça ne s'adresse pas à Jean-Paul Matéi ?

12:56
Thomas Cazenave

Non, sur ce sujet-là, on est d'accord avec Jean-Paul Matéi. Donc ça s'adresse à qui ? Il n'y a personne qui a fait de remontrant sur l'idée qu'à l'échelle internationale, cette réflexion qu'on a portée pour les entreprises, il ne fallait pas la porter pour les particuliers.

13:07
Présentateur

Sur la question des taxes, vous avez quand même prévu une taxe sur les surprofits, pour dire simple, on va dire des sociétés d'autoroutes et d'aéroports, même si ce n'est pas formulé comme ça. Vous nous dites que les prix des péages ne vont pas augmenter. Les sociétés d'autoroutes, à commencer par Vinci, disent qu'une hausse des taxes, c'est inévitablement une hausse des péages. Est-ce que Vinci ment ?

13:25
Thomas Cazenave

D'abord, qu'est-ce qu'on fait ? On souhaite mettre à contribution les gestionnaires de grandes infrastructures de transports polluants, il faut dire à la réalité, c'est-à-dire aéroports, aéroports et autoroutes, au service de notre transition écologique. Nous, on n'augmente pas les impôts. On s'autorise une chose, les taxes. Non, non, c'est verdir notre fiscalité. C'est s'assurer que notre fiscalité, elle est cohérente avec notre ambition en matière de transition écologique. On met 7 milliards d'euros de plus sur la transition écologique. Et donc, après les péages ?

Et 7 milliards d'euros de la transition écologique, ce n'est pas pour, d'un autre côté, continuer à encourager ou faire comme si notre fiscalité, elle était encore brune. Donc, on l'adapte. Et les péages ne peuvent pas augmenter sans l'autorisation de l'État. Ce n'est pas une taxation des autoroutes, c'est une taxation des infrastructures de transports les plus polluants pour financer, pour financer ce qu'on appelle la décarbonation, les mobilités propres et concrètement, par exemple, le ferroviaire.

14:17
Présentateur

Donc, ça veut dire, vous nous dites, nous n'autoriserons pas l'augmentation ? Non. Sauf que Vinci dit, il s'agit d'une taxe qui nous vise, nous, donc, la jurisprudence prévoit que dans ce cas-là, nous ayons droit à une compensation ?

14:27
Thomas Cazenave

Non, c'est le cas si c'était une taxe qui portait uniquement sur les sociétés d'autoroutes, ce n'est pas notre cas. On est d'accord, c'est quand même trois quarts les sociétés d'autoroutes. On souhaite faire financer les modes de transports les plus polluants pour réussir notre transition écologique. Et ce n'est pas une taxe sur les automobilistes, c'est une taxe sur les sociétés d'autoroutes et les plateformes aéroportuaires.

14:46
Présentateur

Bon, parfois, vous faites des exceptions. Tout à l'heure, il y a un instant, on parlait de l'indemnité carburant-travailleur, ça pollue le carburant, pourtant, vous allez quand même faire une indemnité pour les travailleurs. C'est la preuve que parfois, le pouvoir d'achat prend le pas sur la transition écologique.

14:56
Thomas Cazenave

Ce serait vrai si, dans le même temps, dans le budget, on n'encourageait pas encore les Français à changer de véhicule. On augmente le bonus pour prendre des véhicules propres. On continue à avoir une fiscalité qui pénalise notamment les flottes de véhicules professionnels, des entreprises, qui sont soit des véhicules lourds, soit les véhicules les plus polluants. Donc, on met en cohérence notre fiscalité avec notre enjeu en matière de transition écologique. Parce que, comme ministre du budget, moi, j'ai la question de la dette financière, mais aussi la question de la dette écologique.

Et on ne peut pas continuer à gérer le budget comme il y a 30 ans, en faisant comme s'il n'y avait pas aussi la question de la dette écologique. Avec Bruno Le Maire, on l'assume, l'enjeu de la transition écologique et du verdissement de la fiscalité, ça fait partie de nos priorités. Mais on est bien dans une île où on n'augmente pas, de manière générale, la fiscalité dans notre pays. Ce serait contre-productif. On a passé ces dernières années à baisser la fiscalité sur les ménages, baisser la fiscalité sur les entreprises, pour, d'un côté, donner du pouvoir d'achat, et de l'autre, encourager la création d'emplois, l'activité sur nos territoires. Et on a des résultats.

15:52
Présentateur

Juste précise, vous dites les péages, c'est nous qui déciderons. Bon, il y a une possibilité que ce soit le Conseil d'État qui décide, in fine, si la justice administrative est saisie par Vinci et les sociétés d'autoroutes. Bien sûr. Bon, vous disiez, on n'augmente pas la fiscalité. Bon, vous aimez bien dire, c'est sur les autres qui le font. C'est le cas sur la taxe foncière. Le président s'est agacé dimanche soir à la télévision, en disant, en gros, que c'était les communes. Christian Estrosi, qui n'est pas soupçonnable d'être anti-macroniste, puisqu'il est dans votre majorité, hier sur ce plateau, disait, mais on n'a pas augmenté la taxe foncière.

La plupart des communes ont simplement répercuté la hausse de base, d'un peu plus de 7%, qui a été décidé par l'État. Il n'y a qu'une partie des communes qui ont augmenté leur taxe foncière.

16:25
Thomas Cazenave

L'État n'a rien décidé.

16:27
Présentateur

Ah bon ? Les 7%, ce n'est pas l'État ?

16:28
Thomas Cazenave

Et non. Et non, je vais vous surprendre, mais non. Pourquoi ? Parce que le Parlement a décidé, en 2016, que les bases foncières allaient être indexées sur l'inflation, à une très large majorité à l'Assemblée. Et depuis, nous n'avons rien touché. C'est automatique. C'est un choix de la majorité au Parlement d'indexer. Pourquoi ? Ce qui permet aux élus locaux de choisir. Certains élus, vous avez raison, face à l'augmentation des bases, ont décidé de ne rien faire. 85% des maires n'ont rien touché. 15% ont décidé d'augmenter. Et puis, il y a 1 ou 2% qui ont décidé de baisser le taux pour éviter d'amputer le pouvoir d'achat des Français.

Moi, ce que je veux dire, j'ai entendu aussi des élus dire qu'on augmente la taxe foncière parce qu'on a supprimé la taxe d'habitation. Mais la taxe d'habitation, elle a été compensée à l'euro près pour les communes. Donc, l'évolution de la taxe... Ça fait bondir beaucoup d'élus, ce que vous dites. Non, non, non. Mais attendez, comme ministre du Budget, je veux le dire, avec beaucoup de gravité, la taxe d'habitation, elle a été compensée à l'euro près. On l'a fait pour soutenir le pouvoir d'achat. Donc, que les communes, que les maires qui décident d'augmenter le taux de la taxe foncière l'expliquent par des considérations locales.

Moi, je considère que c'est un impôt local et donc un débat local. Trop facile de mettre ça sur le dos de l'État.

17:39
Présentateur

Oui, on a bien compris que vous ne vouliez pas qu'on dise que vous augmentiez les taxes. Quelques petites questions que le budget laisse encore ouverte. C'est le cas notamment sur les conditions d'obtention d'un prêt immobilier. Au Conseil de stabilité financière, on ne touche pas les règles. Est-ce que ça veut dire que vous, vous n'avez ni la possibilité, ni le souhait de changer les règles et les conditions dans lesquelles on peut avoir un prêt ? C'est un travail.

17:58
Thomas Cazenave

C'est des discussions qui sont menées avec Bruno Le Maire et qu'on regarde avec attention. Donc, ça peut être amené à évoluer ? Ça peut être amené à évoluer. Il y a des parlementaires de la majorité qui se sont aussi emparés de ce sujet-là, qui est un vrai sujet. Parce qu'on voit bien qu'avec l'augmentation des taux d'intérêt, on a des nouveaux entrants, des nouveaux hackers qui n'y arrivent plus. Est-ce qu'on peut faire évoluer ces règles-là ? C'est sur la table et ça fait partie des discussions. Nous aussi, on regarde comment faire évoluer le prêt à taux zéro, par exemple, pour permettre à plus de nouveaux hackers...

18:27
Présentateur

C'est-à-dire un prêt qui serait un taux plus favorable que le marché ?

18:30
Thomas Cazenave

Tout est sur la table dans le cas du débat parlementaire.

18:33
Présentateur

Donc, tout ça, ça sera réglé dans les discussions parlementaires ? C'est-à-dire, quand on arrivera au 49.3, on aura réglé tous ces sujets ? On aura réglé, suite aux propositions

18:41
Thomas Cazenave

de certains groupes, notamment de la majorité, qui souhaitent s'emparer de la question du logement, on aura des évolutions de notre texte. Et par ailleurs, moi, je suis convaincu, et ça, c'est la responsabilité du ministre du Logement, qu'on a besoin d'une loi logement et que le budget ne va pas résoudre toutes les difficultés aujourd'hui.

18:56
Présentateur

Notamment sur les passoires énergétiques, puisque Bruno Le Maire, en 24 heures, a dit « Je veux qu'on décale le calendrier ». La majorité a dit « Hors de question ». Et le ministre a redit « Ben, finalement, non, on ne touchera pas au calendrier ».

19:05
Thomas Cazenave

Non, mais la question de la rénovation, c'est le chantier du siècle. Et c'est un sujet bon pour le pouvoir d'achat des Français, plutôt que d'engloutir des centaines d'euros tous les mois pour chauffer une passoire. Et de notre côté, c'est notre engagement climatique. C'est pour ça qu'on augmente.

19:20
Présentateur

Et vous, vous pensez qu'il faut maintenir ce calendrier qui prévoit la restriction progressive des logements qui sont autorisés à l'allocation ?

19:25
Thomas Cazenave

C'est un engagement climatique, un engagement pour le pouvoir d'achat. On met 1,6 milliard d'euros supplémentaires pour accompagner les Français dans ce travail-là. On va créer les accompagnateurs MaPrimeRénov' qui vont aider les Français dans ce chantier. Ce calendrier, il est le bon. On accompagne les Français. Est-ce qu'il faut revoir, donner de la souplesse sur les modalités, sur les diagnostics, ce qui est un peu l'idée de Bruno Le Maire ? Je crois que tout est sur la table. En revanche, on a une ambition climatique et une ambition pour le pouvoir d'achat et ça passe par la rénovation énergétique.

19:57
Présentateur

En un mot, deux questions de calendrier pour terminer. Les franchises médicales, quand est-ce qu'on sera fixées sur quand est-ce qu'elles augmentent, de combien ? Et quand est-ce que ça rentre en vigueur ?

20:06
Thomas Cazenave

Les franchises médicales, ce n'est pas dans le projet de loi de financement de la sécurité. Il y a un enjeu autour de la consommation de médicaments. Moi, comme ministre des comptes publics, je regarde l'explosion des dépenses de santé, des médicaments, c'est autour des franchises un enjeu de régulation de la prescription de médicaments. Ça doit se discuter aussi avec les professionnels de santé. Donc, quand est-ce qu'on sera fixé ? Dans les prochaines semaines, on sera fixé sur l'ensemble des mesures.

Ce n'est pas que la franchise, c'est aussi les pratiques des professionnels de santé sur comment ils prescrivent des médicaments, est-ce qu'on peut prescrire à l'unité, comment on limite le gaspillage de médicaments qui existe aussi dans notre pays.

20:43
Présentateur

Merci beaucoup Thomas Cazenave d'avoir été ce matin pour nous apporter toutes ces précisions sur LCI et puis d'autres à venir d'Angleterre.