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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 30 juin 2022 26 min

Pouvoir d'achat, législatives, Rassemblement national... Le 8h30 franceinfo de François Ruffin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour François Ruffin, vous êtes souvent un cas à part parmi les insoumis dont vous critiquez parfois les idées et le positionnement, on va en parler avec vous si vous voulez bien. D'abord la priorité en ce moment pour une bonne partie des français c'est la question du pouvoir d'achat. Vous avez sans doute entendu Emmanuel Macron ces derniers jours s'en prendre au profiteur de crise, expression que vous utilisez vous. Profiteur de guerre il a dit il me semble. Profiteur de guerre vous avez raison, expression que vous utilisez vous depuis deux ans déjà, vous lui dites quoi ? Banco, taxons les super profits.

0:28
François Ruffin

Vous savez il le fait quand il est à l'étranger et quand je le vois dans des sommets internationaux ou à Davos, on a l'impression d'avoir un grand humaniste, un justicier et on aimerait bien avoir le même à la maison. Mais quand il revient c'est plus le même. En cinq ans d'Emmanuel Macron les premières fortunes françaises ont triplé. Il n'y a pas eu un mot là-dessus d'Emmanuel Macron. Dans son programme il n'y a pas un mot sur le partage. On a là plus 300 milliards d'euros pour les milliardaires en temps de crise. Il n'y a pas un mot d'Emmanuel Macron.

1:01
Invité

Pour vous il n'a pas changé d'avis ?

1:02
François Ruffin

Non il n'a pas changé d'avis. Le fond d'Emmanuel Macron c'est d'être le président des riches. Ça ne va pas changer. Il a eu deux ans de crise Covid pour intervenir là-dessus. J'avais dit moi les riches français se sont enrichis de plus 55% en un an de crise Covid. Alors j'ai eu le droit à un fact-checking de France Info et vous êtes venu me dire non c'est pas plus 55% c'est plus 68%. Pendant qu'on demandait aux français de rester chez eux et de se serrer la ceinture on avait des riches qui, des ultra riches qu'il faut dire, qui s'ultra gavaient. Et il n'y a pas eu une intervention d'Emmanuel Macron sur la question.

Je veux dire Amazon dans mon coin qui se goinfent tous azimuts et qui péniblement parce qu'il y a une grève accepte de relever les salaires de 3,5% c'est-à-dire même pas l'inflation. Il n'y a pas une intervention d'Emmanuel Macron pour dire non attendez Amazon doit payer. Les autres profiteurs de crise on les avait identifiés pendant la crise Covid. Les assureurs.

1:56
Invité

Vous aviez dit l'industrie pharmaceutique, les assureurs, les géants du commerce. C'est toujours les mêmes ou il y en a d'autres aujourd'hui ?

2:00
François Ruffin

Là manifestement il y a l'énergie. La dernière fois que je suis passé sur votre plateau j'ai dit je veux parler de Total, je veux parler de Total, laissez-moi parler de Total. Et finalement on a parlé de Total. Mais heureusement. Emmanuel Macron, qu'est-ce qu'il a fait ? 15 milliards d'euros de bénéfices pour Total, c'est du jamais vu dans toute l'histoire du CAC 40. Ce n'est pas lui ça, ce n'est pas Emmanuel Macron les bénéfices de Total. Non mais qu'est-ce qu'il fait l'année dernière ? Il a 15 milliards pour Total. On a les bénéfices du CAC 40 qui sont à hauteur de 140 milliards d'euros. C'est, je le rappelle, plus 60% par rapport au précédent record.

Vous voyez quand on bat un record en sport, vous regardez les Jeux Olympiques, on les bat de 1 centième de seconde, on se dit ah pnais, formidable ! Quand c'est en hauteur, on les bat de 1 centimètre, on se dit extraordinaire. Là le CAC 40 fait plus 60% par rapport à son précédent record de 2007 et on reste les bras croisés. On ne se dit pas mais peut-être qu'il y a quand même un gros problème quand on a un festin dans les grandes sociétés, on a un festin chez les actionnaires. Voilà, la table est bien remplie et qu'on demande en permanence aux Français de se rationner. Il y a une campagne présidentielle qui s'est déroulée, je n'ai pas entendu un mot d'Emmanuel Macron sur ce sujet.

Il y a eu une élection législative qui s'est déroulée, il n'y a pas eu un mot des candidats macronistes sur ce sujet.

3:16
Présentateur

François Ruffin, hier matin à votre place c'est Marine Le Pen qui était là et qui a dit à peu près la même chose que vous en disant je suis prête à déposer une loi demain matin pour taxer à 65% les profiteurs de crise au-delà de vos désaccords politiques.

3:31
François Ruffin

Si elle le dépose, vous le votez. Non mais attendez, d'abord, elle votera peut-être la mienne surtout parce que bon voilà, c'est quand même, je veux dire là, vous mettez le doigt sur quelque chose de très important. C'est la suite. La suite c'est quoi ? C'est que Marine Le Pen, de la même manière qu'Emmanuel Macron, n'a pas dans son projet présidentiel, je l'ai là. Oui, j'allais vous poser la question, vous êtes avec le projet de Marine Le Pen devant vous ce matin. Pourquoi ? Parce que je suis un grand lecteur des programmes économiques du Front National, je l'ai élue depuis sa fondation en 1972. Chez Marine Le Pen, il n'y a jamais la question du partage.

Il n'y a jamais les riches et les pauvres. Il n'y a jamais les actionnaires et les salariés. Et là, on est dans un temps où les inégalités sont en train d'exploser complètement au debout et dans toute sa campagne, Marine Le Pen n'a pas posé la question du partage.

4:21
Présentateur

Et pourtant, elle dit comme vous aujourd'hui, il faut taxer les super riches. Et pourtant, elle dit comme vous aussi sur la retraite à 60 ans.

4:26
François Ruffin

C'est une résistance de 1945 quoi. La dernière heure. Ben oui, c'est de la dernière heure. Là, maintenant qu'Emmanuel Macron a dit qu'il y a des profiteurs de guerre, elle dit pareil. Je veux qu'on explique pourquoi il y a ce point d'aveugle dans le programme du Front National et qu'au fond, c'est le même point aveugle chez les macronistes. Et c'est un point essentiel. Parce que ce que ne voudront surtout pas les dirigeants du système, ce que ne voudront surtout pas ceux dont la fortune a triplé ces cinq dernières années, c'est qu'on mette au centre la question du partage. Qu'est-ce qui se passe ? Je m'excuse, mais qu'est-ce qui se passe depuis 15 ans ?

5:01
Invité

Il faudra tout de même qu'on revienne à votre loi, François Ruffin. Vous avez évoqué que vous avez dit peut-être qu'elle votera la mienne, donc vous allez déposer une loi pour taxer les...

5:06
François Ruffin

Évidemment, on va déposer des amendements, notamment dans le paquet pouvoir d'achat, parce que vous savez que les propositions de loi, en vérité, c'est de la fumée, ça ne va pas passer dans l'hémicycle. Mais je vais déposer... Vous allez amender le... Bah oui, je vais hyper amender, parce que vu ce qu'il risque d'y avoir, comme à l'intérieur du projet pouvoir d'achat, ce n'est pas des amendements qu'il va y avoir. Qu'est-ce que vous avez proposé ? On va le réécrire. Sur les salaires, la question centrale aujourd'hui, c'est la question des salaires. Pour moi, je suis favorable à une indexation des salaires sur l'inflation.

C'est-à-dire quand l'inflation augmente de 5%, comme c'est le cas aujourd'hui, il n'y a pas le SMIC seulement qui augmente de 5%, mais que ce soit tous les salaires qui augmentent de 5%. Pourquoi la gauche l'a supprimé, ça, en 82 ? La gauche, vous savez que ça ne va pas être exactement ma gauche. François Mitterrand. C'était pas votre gauche, François Mitterrand ? Vous étiez jeune, vous allez voir. J'étais jeune. J'avais 6 ans. Je me souviens de Michel Platini, surtout en 82, mon grand événement de mois. C'est la gauche qui l'a supprimé. C'est Céline et Patrick Mathiston, plus que l'indexation des salaires, la désindexation des salaires.

Mais oui, je pense que si on regarde ce qui s'est passé dans les années 80, ça a été une grande, pour le moins une erreur. C'est un alignement sur la politique libérale. À ce moment-là, Lionel Jospin dit, nous ouvrons une parenthèse libérale, le fait est qu'on est encore coincé à l'intérieur. Mais qu'est-ce qui se passe à ce moment-là ? À partir du moment où on ne dit plus que les salaires vont automatiquement suivre l'inflation, c'est ce qu'on a appelé à l'époque l'échelle mobile des salaires, qu'est-ce qui se passe ?

En 5 ans, on a grosso modo 10% de la valeur ajoutée, c'est-à-dire de tout ce qui est produit dans le pays, qui passe du travail des salariés vers le capital, vers les dividendes, vers les acteurs.

6:33
Présentateur

Mais ça veut dire que vous ne croyez pas au risque de la spirale, c'est-à-dire l'inflation augmente, les salaires augmentent, etc. Les entreprises augmentent par plus.

6:41
François Ruffin

Moi, je vois qu'en tout cas, quand on a une inflation des profits, quand on a une inflation des bénéfices... Ça, c'est autre chose. Non, non, ce n'est pas autre chose. Non, non, ce n'est pas autre chose. C'est la même chose. C'est la même chose. C'est l'inflation. L'inflation, aujourd'hui, il y a des économistes qui en parlent, qui disent que la crise de l'inflation est évidemment une crise des matières premières, qui est liée à la crise écologique, et pas seulement à la crise en Ukraine, et sur laquelle il faudrait travailler sur la durée, mais elle est liée aussi à une crise d'inflation des profits.

Et donc, la question, aujourd'hui, c'est comment on fait pour qu'on n'ait pas, je le répète, certains qui se gavent en haut et qui ne laissent que les miettes à ceux qui travaillent...

7:19
Présentateur

Ça fait des mois que vous portez cette idée d'une indexation, d'une réindexation des salaires sur l'inflation. Pourquoi ça ne faisait pas partie du projet des insoumis, ni à l'élection présidentielle, ni aux législatives ?

7:31
François Ruffin

Ça avance. Même dans votre camp ? Dans mon camp aussi, je vous assure que ça avance. C'est-à-dire que vous êtes minoritaire sur cette question, y compris chez les insoumis ? On avance. C'était pas une idée. Pourquoi ? Parce que l'inflation n'a pas été vue comme quelque chose de structurel. Moi, je suis convaincu que l'inflation n'est pas là de manière conjoncturelle, mais qu'on va avoir une inflation structurelle qui est là dans la durée. Et donc, face à cette inflation structurelle, il nous faut des mesures qui ne soient pas conjoncturelles, qui ne soient pas un petit chèque, une petite prime, un bon d'achat, mais qui soient structurellement, qui lient...

Et alors, après, moi, ça fait partie de mon combat. Mon combat, c'est une chose simple, évidente et franchement pas révolutionnaire. Les Français doivent vivre de leur travail. On va en parler dans un instant, si vous le permettez, François.

8:17
Présentateur

C'est la clé. Vous restez avec nous, le filinfo 8h41, Solène Cresson.

8:21
Invité

Une aide alimentaire d'urgence versée à 9 millions de foyers modestes dès la rentrée de septembre. Le gouvernement étoffe son projet pouvoir d'achat présenté la semaine prochaine. En Conseil des ministres, ce sera un chèque de 100 euros plus 50 euros par enfant. Au lendemain du verdict, au procès des attentats du 13 novembre, les partis civils saluent des peines adaptées, justes. Elles vont de 4 mois de prison à la perpétuité incompressible, le maximum pour Salah Abdeslam, considérés comme co-auteur. Arthur Desnouveaux, président de l'association de victimes Life for Paris, parle aussi sur France Info d'énormes gâchis.

10 départements en vigilance orange aux orages de la Haute-Loire, au sud de l'Alsace, des orages parfois accompagnés de grêles, qui peuvent être violents dès 14h, prévient Météo France. Et puis c'est une première pour Canal+. La chaîne cryptée va diffuser l'intégralité des Coupes d'Europe de football, Ligue des Champions, Ligue Europe A, dès 2024 et jusqu'en 2027. France Info

9:20
Présentateur

Le 8.30 France Info, Néhila Latrousse, Marc Fauvel.

9:26
Invité

Avec François Ruffin, député insoumis de la Somme. François Ruffin, vous croyez en la valeur travail, ce que vous venez nous dire. Est-ce que ça veut dire que quand on travaille plus, il faut gagner plus ? C'est un slogan qui a déjà été pris, ça.

9:36
François Ruffin

Ce n'est pas travailler plus, c'est déjà ce qu'on fait aujourd'hui. Je veux dire, je me souviens d'Emmanuel Macron, dans le cœur de la crise Covid, qui nous disait, il faudra nous rappeler que le pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et répulnières sumales. Et il ajoutait, citant la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1789, les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'utilité commune. On a dans notre pays 4,6 millions de salariés de la seconde ligne.

Il y a un rapport du ministère du Travail qui s'appelle le rapport LL, qui a identifié ces métiers, auxiliaire de vie sociale, agent d'entretien, assistante maternelle. Mais de l'autre côté, disons, côté plus masculin, cariste, ouvrier de l'industrie agroalimentaire, ouvrier du bâtiment. Et qu'est-ce qu'on observe ? C'est que ces emplois dont tout le monde dit qu'ils sont essentiels, dont tout le monde dit qu'ils sont indispensables, sont des emplois qui sont aujourd'hui mal payés.

10:24
Invité

Donc, pour valoriser ces emplois-là, en termes de la crise salaire, est-ce que vous plafonnez aussi les écarts entre...

10:30
François Ruffin

Très volontiers, sans difficulté.

10:32
Invité

Vous pouvez le proposer dès la loi pouvoir d'achat.

10:33
François Ruffin

On peut le proposer. Maintenant, il s'agit qu'il y ait des choses qui soient acceptées. Mais dans les 4,6 millions de salariés, je signale que Mme Borne, qui à l'époque était ministre du Travail, en lisant les conclusions de ce rapport, elle a dit, disait, nous faisons confiance au dialogue social pour aboutir à quelque chose d'intéressant. C'est-à-dire qu'il allait y avoir une espèce d'harmonie universelle qui allait se mettre en branle, et que tous ces métiers que je viens de citer, et d'autres, eh bien, ils allaient être naturellement revalorisés par l'effet du marché. On voit que ça ne marche pas. Le rapport capital-travail, il ne permet pas...

11:05
Invité

Vous avez déposé un texte, d'ailleurs, là-dessus, en proposition de loi de mémoire, qui était co-signée avec un député... Sur les métiers de l'Union, notamment. Et qui n'a pas été adopté. Vous allez le redéposer ?

11:15
François Ruffin

En tout cas, je vais redéposer. Vous savez, le gros du travail, il ne faut pas rêver sur ce que nous, on va déposer. Mais par contre, c'est un travail d'amendement. Un travail d'amendement pour faire que dans le texte qu'il va y avoir, le paquet de pouvoir d'achat, eh bien, il y ait la revalorisation du travail, en particulier de ces métiers, mais pas seulement de ces métiers. Vous savez, moi, j'ai passé deux mois de campagne où j'ai croisé des gens qui sont à 1 700, 1 800 euros, et que même quand il y a deux revenus à l'intérieur du ménage, c'est comment on peut faire pour que notre fille, elle aille à l'université, qu'on lui paye un logement. Enfin, voilà.

Donc, des grandes difficultés, simplement. Et je le pose comme point central, les Français doivent vivre de leur travail. Ce n'est pas des bons d'achat, ce n'est pas des primes, ce n'est pas des machins dont on nous sert et nous resserre maintenant depuis un an qui résolvent ce problème-là. Les Français font vivre le pays, ils doivent vivre de leur travail.

12:04
Présentateur

Vous avez mis en garde, François Ruffin, il y a quelques jours, dans une interview au journal Le Monde, la gauche et la NUP, en disant, on n'a pas été bons. Je résume vos propos, là, c'est moi qui le dis. On n'a pas su parler à la France des villages, à la France des campagnes, à la France périurbaine, à la France des gilets jaunes. Est-ce que ça valait ce « nous » pour la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ?

12:23
François Ruffin

D'abord, dire ce qui a été réussi, et ce n'est pas une figure de style. Je veux dire, quand on arrive à 22%, on pourrait avoir une gauche qui soit morte aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que quand la gauche, elle a porté le nom de Hollande, quand le fils de Hollande, c'est Emmanuel Macron, et quand on vient nous prétendre qu'Elisabeth Borne est de gauche, je veux dire, ça veut dire qu'elle pourrait être enterrée, la gauche. C'est-à-dire que toute personne des classes populaires à qui on dirait le mot « gauche », elle serait en train de fuir. Jean-Luc Mélenchon, je vais y venir, Jean-Luc Mélenchon, il a remis la gauche debout, il l'a remise en mouvement.

Il a permis, ils ont fait trois paris, pendant la campagne présidentielle, un, les dom-toms, il y est majoritaire quasiment, élu président de la République au premier tour. Deux, les villes ? Deux, la jeunesse, notamment la jeunesse des villes, c'est quand même un fermant pour l'avenir, le fait que la majorité des jeunes de 18-24 ans ait un premier vote qui soit un vote progressiste, et, troisième point, les banlieues populaires qui sont un peu sorties de l'abstention, qui sont allées voter et voter pour le grand-mère. Et tout ça, ça fait 22%. Et tout ça, ça fait 22%. Mais pour être élu, ils en font plus.

Je regarde les choses avec lucidité, tout ça, ça fait 28% aux législatives quand on se rassemble tous. Donc ça permet d'avoir des groupes à l'Assemblée nationale, mais on est loin d'être majoritaire. Donc, il y a la nécessité de se demander aujourd'hui où sont ceux qui manquent ? Évidemment. Et pour moi, je vois que, chez moi, cette campagne n'a pas pris. C'est évident. Je ne peux pas nier que... Quand vous dites, chez vous, c'est la Somme, ce sont justement ces territoires. Voilà. Territoires. Alors, j'ai un coin, j'ai à la fois un quartier populaire où là, ça a très bien pris, mais les campagnes populaires, qui sont pourtant des campagnes ouvrières, des anciens bassins...

13:54
Présentateur

Pourquoi la gauche n'arrive plus à parler à cette France-là ?

13:57
François Ruffin

Entre autres, je pense que... D'abord, il faut y aller. Il faut en comprendre les difficultés. Et je pense qu'il faut poser de manière centrale comme conflit, le conflit du haut et du bas. C'est ce que j'ai fait dans ma campagne. Vous savez, mener campagne, c'est faire passer un message en 30 secondes. C'est quoi, le haut, le bas ? Le haut, le bas, c'est... Madame, est-ce que votre retraite, elle a triplé ? Monsieur, est-ce que votre salaire, elle a triplé ? Les gens, ils vous regardent comme ça, ils disent, mais qu'est-ce qu'ils me racontent, celui-là ? Ben non, évidemment, ça n'a pas triplé, il est fou. Parce que les grandes fortunes, elles ont triplé. Ah oui, c'est pas juste.

Et que le sentiment...

14:29
Invité

L'avenir de la gauche, c'est la lutte sociale.

14:31
François Ruffin

Oui, pour moi, le conflit central et le conflit autour de la répartition des richesses, c'est pas aller vers une égalité pure et parfaite, mais se dire, on doit être dans un monde qui est plus juste. Et à partir du moment où on a reposé la question du partage comme point central, on parvient, je pense, davantage à agréger. Après, il y a des points qui sont des points autres, qui, par exemple, l'importance de la question du handicap, qui, à mon avis, n'a pas été traitée correctement dans la campagne. Dans les campagnes, pas seulement dans la nôtre. La question du rapport au numérique qui, parfois, éloigne de la République, mais aussi, j'insiste sur le travail, le travail, le travail.

Quand est-ce qu'on a parlé de la logistique ? Moi, dans mon coin, on a l'impression de devenir l'entrepôt de l'Europe. Par exemple, c'est des millions de personnes qui travaillent dans la logistique et il n'y a pas de représentation.

15:20
Invité

C'est-à-dire que l'avenir de la gauche, c'est aussi mettre de côté la mondialisation, dire c'est fini, ça.

15:25
François Ruffin

Moi, je suis partisan depuis longtemps, non pas de dire c'est fini, vous savez, on n'évacue pas un système comme celui-là, mais en tout cas, d'une forme de protectionnisme qui, en effet, tempère la mondialisation.

15:35
Invité

La gauche doit être protectionniste.

15:35
François Ruffin

Oui, pour moi, mais ça fait 20 ans que je le dis, qu'en tout cas, on doit être un régulateur.

15:39
Invité

Mais vous le dites aux autres, maintenant.

15:40
François Ruffin

Je le dis à tout le monde. Vous savez, les Français sont prêts à entendre. Par exemple, M. Macron, qui lui-même a eu des accents dans la crise Covid en disant « déléguer notre alimentation, notre protection à d'autres est une folie ». Bon, c'est lui qui le disait. Là, qu'est-ce qu'il fait cette semaine ? Il signe un traité de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande qui va permettre l'importation de bœufs, de moutons, de produits liétiers. Pourtant, où là-bas, on utilise de la trazine, il n'y a pas de réglementation sur le transport des animaux, il n'y a pas les mêmes normes que chez nous. Et pourtant, on va permettre...

Donc, est-ce qu'à un moment, on n'en a pas marre de ce grand déménagement du monde ? Moi, ma région a été une région particulièrement meurtrie par les délocalisations en série. Ce n'est pas terminé. Donc, oui, je pense que la gauche doit être une force régulatrice de cette économie mondialisée. Je ne suis pas sûr que c'est par là qu'on retrouvera les gens parce que ça leur paraît maintenant comme étant des débats lointains. En revanche, dire voilà, on doit pouvoir vivre de notre travail. Nous devons vivre de notre travail. C'est une question simple.

16:39
Présentateur

Le fil info 8h50 avec Solène Cressant. Et on poursuit dans un instant avec vous, François Ruffin.

16:43
Invité

Et l'inflation s'est encore accélérée au mois de juin. Selon l'INSEE, presque 6% d'augmentation des prix sur un an, surtout ceux des énergies et des aliments. Face à la flambée du Covid, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, estime ce matin que le pic du variant BA5, petit frère d'Omicron, peut être atteint fin juillet. Plus de 80 000 cas par jour en moyenne cette semaine. La sanction n'est pas lourde, elle est juste, estime sur France Info ce matin Jean-François Ricard, procureur national antiterroriste, au lendemain du verdict des attentats du 13 novembre. Réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour Salah Abdeslam.

Tous les accusés sont reconnus coupables. Les avocats des accusés et le parti antiterroriste ont 10 jours pour faire appel. 10% des vols annulés à l'aéroport de Roissy ce matin. Grève des pompiers aujourd'hui. Demain jusqu'à dimanche, Roissy et Orly seront touchés par un mouvement de grève plus large, interprofessionnel, pour réclamer des augmentations de salaire. France Info.

17:48
Présentateur

Le 8.30 France Info, Néhila Latrousse, Marc Fauvel. Toujours avec le député insoumis de la Somme, François Ruffin, vous dites autre chose. Ces derniers jours, François Ruffin vous dit que la gauche ne doit pas avoir honte de parler de la sécurité, notamment de la sécurité de tous les jours. Celle, pardon de la caricature, mais des halls d'immeubles occupés ou des dealers en bas des tours. Disant cela, est-ce que vous acceptez de parler, par exemple, comme Emmanuel Valls ? Non. Qui a eu ce combat pendant des années, à dire la gauche ne doit pas laisser la sécurité à la droite.

18:17
François Ruffin

D'abord, dire que je ne centralise pas là-dessus, vous l'avez entendu, ma question centrale, c'est celle de la répartition des richesses. Et je pense que c'est là-dessus qu'on regagnera. Maintenant, quand je me retrouve dans un quartier où une personne me dit, moi, je n'arrive pas à dormir la nuit parce qu'il y a de la musique, parce qu'il y a des bruits, parce qu'il y a les quad qui passent, parce que tout ça, qu'est-ce que je dois faire, moi, comme député ? Quelle est la réponse ? Plus de policiers ? Plus de gendars ?

Non, en tout cas, je pense que ce qui m'attriste, en fait, vous voyez, par exemple, je passe voir des personnes qui sont en situation de handicap, qui sont 3-4 dans une même maison, et ça passe mal avec les gens du quartier. Eh bien, c'est où est la force de médiation ? Où est la personne qui intervient et qui va venir retisser du lien ? Est-ce que c'est la ville qui met des gens à disposition pour qu'il y ait une discussion et pour que ça passe mieux entre les habitants ? Est-ce que c'est l'office HLM ? Est-ce que c'est la police ? Moi, j'ai publié un petit rapport sur que faire de la police. Et je pense que la police, au fond, est un métier du lien. Elle ne tue pas, finalement.

Il arrive que des policiers tuent. Et quand des policiers tuent, il doit y avoir enquête, sanction et procès. Mais dire la police tue, comme l'a dit Jean-Luc Mélenchon, généralisé, vous êtes à l'aise avec ça ? Comme une généralité ? Non, ce n'est pas le cas, ce n'est pas la fonction de la police. Mais ceci dit, on a aujourd'hui un gros problème, c'est que la police n'est pas dirigée. Elle s'auto-dirige. Pourquoi ? Parce qu'au fond, le pouvoir macroniste s'est mis entre les mains de la police. Qu'est-ce que ça signifie ? Ça signifie que pendant la crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron le sait, il n'a tenu que par la force de coercition. Il n'a tenu que par la matraque, que par la LBD.

Et donc, qu'est-ce que ça a donné ? Ça a donné quand même, il faut en établir le bilan et dire que dans une démocratie, c'est franchement pas quelque chose de normal. Mais vous ne dites pas la même chose que Jean-Luc Mélenchon. Je ne dis pas la même chose que Jean-Luc Mélenchon. Il n'y a pas de doute que, vous savez, je suis entré à l'Assemblée nationale en mon âme et conscience. C'est ce que je prétends en sortir avec mon âme et conscience. Et dire ce que je pense, je le redis quand même, pendant la crise des Gilets jaunes, ça a été 300 éborgnés. Ça a été 6 bras, 6 mains amputées. Et ça a été 30 éborgnés. On a quand même un grand problème.

Donc là, maintenant, qu'il faille une réforme de la police et qu'il faille poser cette question de la réforme de la police, entre autres en se demandant quelle est la mission qu'on veut lui faire remplir, et moi je le dis, pour moi c'est un métier du lien et la fonction principale, je m'appuie là sur les travaux du sociologue Sébastien Rocher qui a travaillé dans les écoles de police, ça doit être de rétablir la confiance entre les citoyens.

20:49
Invité

François Ruffin, depuis hier le Rassemblement National compte deux vice-présidences à l'Assemblée, ce qui veut dire que concrètement il y aura des débats dans les jours, dans les mois à venir, qui seront présidés par des élus du Rassemblement National. Est-ce que pour vous, c'est le fonctionnement normal de la démocratie ? Est-ce que vous siégerez quand ils présideront ces débats ?

21:05
François Ruffin

Écoutez, je ne vais pas me mettre à mettre le banc vide. Ma fonction est de siéger, il n'y a pas de doute là-dessus. En revanche, je veux qu'on voit comment l'histoire s'est accélérée. C'est-à-dire qu'il y avait le barrage, et puis les macronistes ont tendu la main dans l'entre-deux-tours. Après le premier tour, ils se sont mis à dire, finalement, on va aller chercher des voix chez les députés du Rassemblement National pour faire passer nos lois.

On a eu Éric Woerth qui a dit, finalement, il vaudrait mieux que le président de la Commission des Finances, néo-macroniste qui a dit qu'il vaudrait mieux que le président de la Commission des Finances soit un Rassemblement National plutôt qu'un insoumis, parce que les insoumis ont l'idée du contrôle fiscal.

21:44
Invité

Ils ont le plus de députés, aujourd'hui, en termes de groupes à proprement parler.

21:47
François Ruffin

En tout cas, ce n'est pas l'explication qui a été donnée par M. Woerth, c'est sur le fond politique qu'il s'est situé. Sur le fond politique, il vaut mieux quelqu'un du Rassemblement National parce qu'au moins, lui, il ne fera pas de contrôle fiscal. Je veux dire...

21:58
Présentateur

Il n'y avait pas une part dans cette bascule, François Ruffin, quand Jean-Luc Mélenchon, depuis 5 ans, lui non plus, ne fait pas barrage clairement. Quand il dit simplement, pas une voix au FN ou pas une voix au RN, ça ne veut pas dire aller voter pour le candidat en face. Ça veut dire aussi, abstenez-vous ou votez blanc.

22:12
François Ruffin

Moi, je pense que, de toute façon, au fond, dans les têtes des gens, le barrage avait déjà sauté. Mais il a sauté des deux côtés. Oui, mais je veux vous dire, quelle est la suite de l'histoire ? Quelle est la suite de l'histoire ? D'où on vient ? Les libéraux, le projet libéral, il me l'est mort. Il est démocratiquement mort. Il est mort en 2005, quand c'est 55% des Français qui ont voté non au traité constitutionnel européen et 80% des ouvriers. Qu'est-ce que ça produit ? Ça produit que, depuis ce temps-là, ils savent qu'ils doivent gouverner contre le peuple et sans le peuple. Donc, la base sociale de ce projet libéral s'est rétrécie dans le pays. On n'est plus...

Il a fallu qu'ils se rassemblent tous de l'UMP au PS, compatible avec ce projet libéral.

22:51
Invité

Vous dites Macron ou Le Pen, c'est la même chose ?

22:53
François Ruffin

Je dis la suite de l'histoire, pour que le système se maintienne, pour qu'il se maintienne entre les mêmes mains, c'est une fusion entre un parti libéral qui s'est montré de plus en plus autoritaire, notamment dans sa gestion de la crise des Gilets jaunes et même dans sa gestion de la crise Covid, et un parti du Rassemblement National qui, au fond, sur le terrain économique... Non, non, mais laissez-moi terminer, puisque je dis des choses graves.

23:14
Présentateur

Allez-y, allez-y, allez-y.

23:15
François Ruffin

...qui, sur le terrain économique, est tout à fait compatible avec le programme libéral. Mais c'est quoi le système ? Pardon ? C'est quoi le système ? Le système, ce sont les dirigeants des grands médias qui, évidemment, par exemple, en 2017, ont permis l'élection d'Emmanuel Macron en le mettant à fond en avant. Ce sont les dirigeants des fondamentaux...

23:32
Présentateur

C'est avec le même reproche qui est fait en ce moment à quasiment l'ensemble des médias, qui est d'avoir fait la campagne de Jean-Luc Mélenchon.

23:37
François Ruffin

C'est bien, mais je vous dis... On peut citer... Et de Marine Le Pen. Je peux vous dire que M. Macron peut dîner une fois par semaine chez M. Bernard Arnault, qui est un patron de presse, qu'il y a eu des services qui ont été rendus à M. Bouygues, des services qui ont été rendus à M. Drahi, que M. Niel est un ami personnel de M. Macron et que tout ça a été une préconstruction du vote de 2017. On peut être précis là-dessus, mais il y a un système, en général, qui s'appelle le capital, qui tient les manettes des outils de production dans ce pays.

Et eux, pour que les manettes ne leur échètent pas, malgré la crise écologique en cours, malgré la crise sociale en cours, la suite de cette histoire, c'est d'inviter à des épousailles entre la famille autoritaire d'extrême droite...

24:20
Invité

Oui, c'est-à-dire que Marine Le Pen fait partie du système, c'est ce que vous dites ?

24:22
François Ruffin

Maintenant, elle fait tout pour faire partie du système. Et le système vote Marine Le Pen, c'est ça votre... Le système va inviter, demain, un rapprochement. C'est en cours, vous regardez ce qui se passe à l'Assemblée nationale, c'est une petite lorniette. Mais moi, je lis avec attention le programme économique de Marine Le Pen. Je regarde quand elle donne des entretiens à l'opinion, où elle dit « On ne touchera pas à la Banque Centrale Européenne, ne vous faites pas de soucis, nous réglerons la dette ». Quelle est la campagne que Marine Le Pen a faite ?

C'est une campagne pour dire à l'oligarchie « Ne vous faites pas de soucis, je vais maintenir les choses en place, il n'y aura pas d'aventure avec moi ». Et donc, elle considère comme acquis le fait qu'elle est le parti du social, et donc maintenant, elle peut devenir le parti de « Regardez, nous sommes des gens sérieux ». Regardez le type d'opposition qu'elle propose Emmanuel Macron. La veille, le dimanche, c'est « Nous sommes la seule opposition à Emmanuel Macron », et le lendemain, c'est quand même « Nous serons une opposition constructive ». On croirait du Jean-Pierre Raffarin, quoi. Donc, c'est du carton-pattes. Donc, voilà.

Vous le verrez, on le voit là comme un temps d'accélération, mais vous le verrez dans les mois et les années à venir, pour que le système se maintienne, c'est-à-dire pour qu'on maintienne le libre-échange, pour qu'on maintienne la concurrence, pour qu'on maintienne ce partage des richesses complètement injustes, il va y avoir des rapprochements entre la famille libérale et la famille motoritaire.

25:43
Présentateur

Merci, François Ruffin.

25:44
François Ruffin

Merci à vous. Et bonne journée à vous.