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ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 25 janvier 2019 8 minAutoproduitActualité / polémiqueImmigration & asileSolidarités & familleÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

MARINE LE PEN : ALLIÉE DES GILETS JAUNES OU PLAN B DU SYSTÈME ?

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

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    « Les revendications des gilets jaunes épousent-elles le programme de Marine Le Pen ? Certes, oui, sur le thème du référendum d'initiative citoyenne. »
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    « La dominante du programme de Marine Le Pen est identitaire, notamment très centrée sur la lutte contre l'immigration. »
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    « Les gilets jaunes réclament la hausse du SMIC, dont Marine Le Pen ne veut absolument pas entendre parler. »

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Le mouvement des « gilets jaunes » conduit-il inexorablement Marine Le Pen au pouvoir ? C’est ce qu’on peut être amené à penser, si l’on s’en tient aux grands titres des grands médias… C’est aussi ce que laissent entendre de nombreux éditorialistes, comme par exemple Alain Duhamel. Marine Le Pen moins de 2 ans après son débat calamiteux à l’occasion du 2nd tour de l’élection présidentielle est nettement remise en scelle et même je dirai, plus forte que jamais.

Ca se voit à travers la séquence des gilets jaunes ou elle est particulièrement à l’aise, on voit bien que beaucoup des thèmes qui affleurent pas tous mais beaucoup qui affleurent vont dans son sens. On sait que son électorat est le plus proche des gilets jaunes et on voit bien que la France modeste et en colère a quelque chose qui cousine avec ce qu’elle essaye de faire. Arrêtons-nous à cette considération.

Les revendications des gilets jaunes épousent-elles le programme de Marine Le Pen ? Certes, oui, sur le thème du référendum d’initiative citoyenne, ou RIC, que Marine Le Pen autant que Jean-Luc Mélenchon prévoyaient dans leurs programmes en vue de la présidentielle de 2017. Mais le RIC n’est pas tout, et tout n’est pas dans le RIC.

Pour résumer, disons que la dominante du programme de Marine Le Pen est identitaire, notamment très centrée sur la lutte contre l’immigration, sur l'islam dont elle en parle d’ailleurs dans des termes bien plus radicaux et clivants que les textes issus des consensus des gilets jaunes. Le fait est que la dominante des revendications des gilets jaunes est d’ordre social. Ils demandent par exemple le retour de l’Impôt sur la fortune, ce qui n’enchante pas vraiment la présidente du Rassemblement national.

Par exemple on peut réfléchir et on en parlera avec le bureau national du Rassemblement National que peut être la résidence principale pourrait sortir de l’ISF. Pour résumer : l’ancien banquier d’affaires veut épargner les revenus boursiers et spéculatifs ; la cohéritière du château de Montretout veut éviter que l’on évalue la fortune des familles nanties en prenant en compte la valeur de leurs résidences luxueuses. Autre sujet : les gilets jaunes réclament la hausse du SMIC, dont Marine Le Pen ne veut absolument pas entendre parler.

On a parfois l’impression que les éditorialistes des médias dominants sont bien discrets sur les contradictions qui existent entre les gilets jaunes et le Rassemblement national. Pour une raison simple : ils fantasment un gilet jaune qui est, non pas d’abord hostile à l’injustice fiscale et à l’injustice sociale, mais par principe revêche aux taxes, aux immigrés et aux chômeurs, c’est-à-dire aux « profiteurs » qui sont plus pauvres qu’eux. Ecoutons par exemple ce qu’en dit Yves Thréard, du Figaro.

Chez les gilets jaunes, chez ce que j’ai appelé moi la France des invisibles, c’est précisément tous ces gens là qui travaillent, qui marnent, et qui en ont marre de voir que l’Etat ne s’intéresse, pardon pour eux parce que c’est pas agréable, mais aux chômeurs, aux minorités, et que eux, on les a laissé avec leurs problèmes. L’immigration, contrairement à ce qui a été dit est au coeur aussi de la révolte des gilets jaunes. C’est une révolte qui, « nous on est invisibles, pendant 30 ans vous vous êtes occupés des minorités, des immigrés », et ils disent « occupez vous de nous maintenant ».

Dans la bouche d’Eric Zemmour, qui a table ouverte sur RTL, le projet politique de division des classes populaires apparaît dans toute sa netteté. Nous avons la France des gilets jaunes, c’est à dire la France des petits blancs, la France de de , vous savez cette France, que je l’ai déjà expliqué ici, qui a été chassée des centres villes et des banlieues, qui vit très loin des métropoles là ou se diffuse la richesse. La France quoi, le cher et vieux pays du général de Gaulle.

La France qui est là depuis des siècles. Et puis vous avez les métropoles, avec ce que j’appelle la mondialisation par le haut, c’est à dire les élites plus ou moins mondialisées qui vivent bien de la mondialisation parce qu’elles ont les compétences ou la chance, et dont Macron est l’incarnation, presque la quintessence pure. Et vous avez ce que j’appelle la mondialisation par le bas, qui est, les banlieues, les banlieues qui sont en voie d’islamisation.

Vous voyez on a ces 3 France qui se regardent en chien de faïence, qui se détestent, qui ne se supportent pas et c’est ça d’après moi qui donne la tension - ce que vous appelez une société désagrégée - exactement, exactement, on a 3 France et 2 peuples. Trois France et deux peuples. De facto, ce type de classifications brouille l’indispensable face-à-face et retarde le nécessaire moment de vérité entre, globalement, les 99% – le peuple donc, classes populaires et classes moyennes incluses – et les 1% d’hyper-riches adeptes de l’évasion fiscale, bénéficiaires du CICE, de la disparition de l’ISF… Les donneurs d’ordre d’Emmanuel Macron !

Remettre l’ethnicité et la concurrence entre dominés au centre du débat revient très clairement à brouiller les enjeux et à aider le camp des possédants. Et c’est évidemment le calcul d’Emmanuel Macron, qui n’a de cesse de vouloir mettre « l’immigration » et la « laïcité », qui rappelons-le ne sont pas des thèmes majeurs des gilets jaunes, au cœur de son fameux débat national. Quant au parti du CAC40, qui n’est enregistré auprès d’aucune administration mais qui gouverne aujourd’hui plus que jamais, il prépare sans doute son « plan B », en cas d’effrondement du macronisme.

Aux Etats-Unis de Donald Trump, au Brésil de Jair Bolsonaro, dans la Hongrie de Viktor Orban, un capitalisme autoritaire et identitaire voit le jour – et ne remet absolument pas en cause l’ordre cannibale du monde, selon l’expression féroce du polémiste suisse Jean Ziegler. Et c’est peut-être cela qui pointe dans l’évolution des jugements des médias des milliardaires sur Marine Le Pen, désormais dépeinte en possible unificatrice des droites. Et après 8 semaines de mobilisations des gilets jaunes, le parti de Marine Le Pen semble en position de force et apparait en tête des intentions de vote, dans un sondage IFOP paru hier, 35 % des Français les considèrent comme les meilleurs opposants face à l’exécutif.

Marine Le Pen est dans une récupération un peu tranquille parce qu’elle en a les moyens de le faire, quand on regarde sa base sociologique, son électorat il correspond assez bien à celui des gilets jaunes. Cette remontée progressive elle était préparée par la rentrée calamiteuse du gouvernement, et elle est propulsée par le mouvement des gilets jaunes en effet. Et pendant ce temps là, elle se tait, c’est le titre de votre papier de ce matin.

Frederic Says, c’est ça ! Alors elle se tait pas complètement, elle s’exprime, mais je dirai qu’elle a une forme de discrétion dans son expression. Elle a réussi à ajouter une autre dimension en réussissant à récupérer un effet positif du mouvement des gilets jaunes sans jamais donner le sentiment justement qu’elle cherchait à le récupérer.

Il faut dire que tactiquement, elle a dans cette période il faut le dire notamment en communication, pas commis de faute. Marine Le Pen, faut-il le rappeler, soutient le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui veut adopter une loi pour obliger les travailleurs de son pays à faire 400 heures supplémentaires par an… pouvant être payées dans un délai de trois ans. Une loi qui consacre le retour à l’esclavage, selon les « gilets jaunes » hongrois… Assez marquant pour ne pas oublier que l’ultralibéralisme enraciné et l’ultralibéralisme sans frontières sont tous les deux des menaces pour les peuples et des opportunités pour ceux qui les exploitent.