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interviewLe Média (sur YouTube)· 6 avril 2025 35 min

FRANCE-ALGÉRIE : POURQUOI MACRON A STOPPÉ LE « CIRQUE » RETAILLEAU

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

[Musique] Nous vivons une époque particulière. Nous habitons un monde tissé d'interdépendance mais agité par les nationalisme avec ce qu'il faut de coup de menton et de démonstration de force. En dépit des liens nombreux et multiformes qui les unissent, l'Algérie et la France se sont déchirés ces derniers mois.

Certains acteurs surjo la carte du dissensus pour mieux en tirer des dividendes politiques à l'intérieur de leur frontière. Aujourd'hui, le temps semble pour l'instant à la Calmie au retour à la raison pourquoi le fracas d'hier et pourquoi la calmie d'aujourd'hui. J'évoquerai ce sujet avec Bertrand Badi, politiste spécialiste des relations internationales, professeur émérite sciences et auteur de l'art de la paix paru chez Flamarion.

Nous évoquerons également le la confirmation de la guerre commerciale tous azibut lancé par Trump avec la publication des taux de douanes différenciés pays par pays par son administration. Trump envoie Valdinguer les interdépendances dont je parlais il y a quelques secondes. Mais pour quel résultat ?

Vous regardez le monde n'a pas de centre. La chronique internationale de Bertrand Badi sur le médien. [Musique] Bonjour Bertrand.

Bonjour Théophile. Alors commençons parler de ce qui a créé la controverse entre Paris et Alger. On regarde un petit Magnéto.

C'est un coup de fil qui ne passe pas inaperçu. Après des mois de brouille et de silence, Emmanuel Macron et Abdel Majid Teboun se sont parlés. Selon ce communiqué conjoint, les deux présidents ont eu un long échange franc et amical.

Ils ont réitéré leur volonté de renouer le dialogue et ont convenu de la reprise sans délis de la coopération sécuritaire. Concrétisation de cet échange, les deux présidents vont se rencontrer. La date n'a pas été précisée.

En revanche, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barreau, se rendra dans la capitale algérienne le 6 avril prochain. Ces derniers mois, rien n'allait dans le bon sens entre Paris et Alger. La crise éclate au sujet du Sara occidental.

La région est convoitée par le Maroc mais également par les indépendantistes du front polissario soutenu par Alger. Le 30 juillet 2024 dans une lettre adressée au roi du Maroc Mohamed VI, Emmanuel Macron reconnaît officiellement la souveraineté marocaine sur le territoire suscitant la colère d'Alger. Les passes d'armes s'enchaînent en novembre 2024.

L'écrivain franco-algérien Boulem Sansal est arrêté pour atteinte à la sûreté de l'État Paris Saint-Digne. Sarah occidental, Boem sal influenceur algérien expulsé de France revue refus d'exécution des occultés français par l'Algérie. Les raisons de la brouille qui est peut-être en train de se calmer sont nombreuses mais on a l'impression Bertrand que la querelle allait au-delà du tangible et du rationnel.

Bah évidemment, il faut voir quand même ce qu'est cette interdépendance à laquelle tu faisais allusion tout à l'heure entre la France et l'Algérie. C'est d'abord une interdépendance objective, c'est-à-dire il est rare de trouver dans le monde actuel, peut-être même à l'intérieur de l'Union européenne, deux pays qui sont si fortement liés, ne serait-ce que sur le plan humain. Sur le plan humain, il y a 600 et quelques immigrés algériens en France et il y a le double de personnes qui de nationalité française sont d'origine algérienne et sont d'une manière ou d'une autre encore lié affectivement ou matériellement à l'Algérie.

Donc ces liens humains cumulaient ces 2 millions de personnes. C'est effectivement aussi, même si j'aime pas beaucoup ce mot trop simplificateur, une mémoire. Euh la mémoire algérienne, on a un peu tendance à l'oublier.

C'est quand même une guerre d'indépendance qui dans le narratif algérien a fait 1 million de morts. Alors euh c'est toujours très difficile d'avoir un chiffre précis de victime, mais même si ce chiffre n'est pas exact, le nombre de morts, de désastre, de détresse causé par la guerre d'Algérie est absolument énorme. qu'on est en même temps dans l'émotion et il faut employer le terme dans le contentieux.

Et puis il y a des liens multiples. Il y a des liens multiples de toute nature. Entre la France et Algérie, des liens économiques, même si euh euh les relations économiques franco-algériennes ne sont pas ce que l'on pourrait espérer de meilleur.

Euh il y a des liens aussi, il faut pas l'oublier en matière de renseignement hein. des services de secret algériens sont efficaces, réputés et la France comme l'Algérie ont besoin mais peut-être plus la France que l'Algérie, d'une coopération en matière sécuritaire. Donc il y a plein de raisons, tu vois, en même temps objectives et subjectives, rationnell et euh passionnel, je dirais pour que d'une part ce dossier mobilise tout le monde et que d'autre part on ne le laisse pas exploser.

L'attitude de Bruno Retaillot était aussi choquante qu'absurde. Pourquoi choquante ? Je dois dire que j'ai eu une impression vraiment catastrophique lorsque parlant de l'Algérie, le ministre de l'ancienne puissance coloniale dit qu'il faut utiliser le rapport de force.

La France a dominé l'Algérie pendant 130 ans. Récemment, on a documenté l'utilisation de l'arme chimique pendant la guerre d'Algérie. Donc ce qu'on appelle des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

Il y a eu aussi cette ce face-àface extrêmement fort, blessant pendant la guerre et au sortir de la guerre. employer le terme de rapport de force est quelque chose de choquant et d'absurde et c'est surtout irrationnel parce que ce n'est pas par un rapport de force que l'on pourra préserver cette relation dont je rappelais la très grande densité. Alors, beaucoup de gens sont coupables dans cette affaire parce que en fait euh on ne connaît pas de séquence euh heureuse dans les relations franco-algériennes.

Je pense que aucun des présidents français n'a su véritablement trouver la bonne note, le bon ton. Mais là, on était descendu très très bas. Bah, je crois que autant euh Emmanuel Macron que Jean-Noel Barreau ont compris que cette escalade euh dans euh l'usage même du terme de force et de coercition était absolument impossible, qu'il fallait revenir à la diplomatie.

On est comme tu le disais soulagé en se demandant si ça va déboucher. C'est aussi, faut pas l'oublier, une défaite singlante pour Bruno Retaillot parce que cet homme avait même dit que si on ne le suivait pas, il démissionnerait. Bah, on l'a pas suivi, il a pas démissionné.

Mais attention, Retaillot est un des portes étendards du populisme. Qu'est-ce que c'est que le populisme ? C'est une stratégie politique qui conduit beaucoup plus à s'appuyer sur ses échecs que sur ses succès pour gagner en popularité.

Je fais le paris qui va se retourner vers l'opinion publique en disant "Moi, je voulais aller jusqu'au bout, ils m'ont empêché de le faire. Je suis vraiment le défenseur des vraies valeurs et des vrais français. Et des vrais français.

Alors, pourquoi Emmanuel Macron et Abdel Majid Teboun se décident-il à prendre le dossier en main maintenant et à essayer au moins d'arrêter l'incendie ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi il ils l'ont pas fait avant ?

Bah parce que on avait atteint un paroxisme. Euh il est clair, tu l'as dit, euh que cette crise, elle n'a pas démarrer avec les rodomontades du ministre de l'intérieur. Elle a démarré avec la visite d'Emmanuel Macron à Rabat et la reconnaissance officielle de la souveraineté marocaine sur le Sahara.

Et puis elle a franchi un degré supplémentaire. Ça personnellement, j'ai pu le sentir avec mes interlocuteurs algériens. lorsque Rachid Adati, ministre de la culture, s'est rendu en visite euh au Sahara.

Euh ça ça a été les deux éléments, je dirais structurants de la crise. Il fallait désamorcer. Alors le Paris de Macron était un paris extrêmement risqué.

C'est le paris qui consistait à prendre partie pour l'un contre l'autre. ce qui dans les conflits bilatéraux est extrêmement risqué de la part du tier parti. Et donc ce risque était d'autant plus élevé que les instances internationales n'ont pas tranché en faveur du Maroc. que il reste encore un contentieux qui en terme de droit international ne donne pas au Maroc ce droit de souveraineté.

Pourquoi la France a pris le risque à la suite des États-Unis ? Oui. Des États-Unis, des États-Unis trumpiens.

D'ailleurs, c'est la première présidence de Trump lors des fameux accordis d'Abraham et euh la France était pas obligée de suivre les États-Unis. Euh euh euh la position de la France euh membre de l'Union européenne, membre permanent du Conseil de sécurité aurait dû être de s'en tenir aux droites internationales. Elle ne l'a pas fait. ce qui effectivement crée objectivement une situation de crise.

Situation de crise semble-t-il qu'Emmanuel Macron a cru pouvoir réguler en faisant ce que ce qu'il appelle dans son répertoire des concessions mémorielles à l'Algérie. Suite à sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Emmanuel Macron a reconnu euh euh l'assassinat de du résistant algérien euh Mey Benarby euh dans la foulée pratiquement de son euh discours au Parlement marocain.

Euh ça n'a eu aucun effet. Je n'ai pas entendu en Algérie quelques personnes disant "Ah, on est reconnaissant à Emmanuel Macron de l'avoir fait, ça nous touche." Il n'y a eu pratiquement aucune réaction.

Donc ça n'a pas porté. Mais derrière cela, il y a quelque chose qu'il faut voir euh et qui me qui est pas tellement mise en évidence, moi qui me paraît essentiel, c'est que euh Macron n'a pas seulement choisi le Maroc contre l'Algérie, il a choisi la porte marocaine pour faire son retour en Afrique plutôt que la porte algérienne. Alors, ça peut s'expliquer pourquoi ? parce que l'Algérie est en difficulté au sein de la diplomatie africaine alors qu'il y a quelques années, c'était le contraire.

C'était le Maroc qui avait dû quitter l'Union africaine et c'était l'Algérie qui apparaissait comme le pivot qui allait contribuer à résoudre le conflit du Sahel. Bon, finalement, les accords d'Alger de 2015 sur le Sahel ont été un échec et le Maroc a pu retourner la situation à son profit. Le Maroc est un des pays euh, tu le sais bien, euh les plus actifs, les plus présents en Afrique sub-saharienne.

Euh la France euh la France notamment d'Emmanuel Macron a subi euh des échecs considérables en Afrique. Le dernier en date étant le Niger. Bien entendu, cette crise qui avait été amorcée le 26 juillet 2023 et qui a durer presque 1 an et qui d'ailleurs n'est pas terminé parce que chaque semaine, on apprend que le Niger prend une nouvelle initiative contre la France ainsi que les États du Sahel, Burkina, Faso et le Mali.

Et il semblerait que face à cette difficulté difficulté tangible aux Nations- Unies sur le vote concernant l'Ukraine, seul un État africain francophone a suivi la France. C'est la Côte d'Ivoire. Tous les autres ont émis des votes différents.

Donc ça va pas du tout. Je pense que la grande idée euh de euh Macron, c'est de retourner en Afrique par la porte marocaine. Et d'ailleurs, le Maroc a jouer un rôle médiateur entre la France et les États du SEL dans bien des domaines, hein.

Donc je crois que c'était pas seulement un choix affectif, c'était vraiment un choix stratégique. Et parce que c'était justement un choix stratégique, ça a d'autant plus euh pesé sur l'Algérie qui s'est senti humilié dans cette affaire. L'Algérie qui souffre des difficultés qui sont les siennes en Afrique.

Elle est brouillée avec les États saéliens. Elle a de mauvaises relations avec ses autres partenaires maghrébains. Elle ne parvient pas à tenir un rang auprès des différents des 53 autres États africains.

Donc effectivement, elle s'est pas allié trop loin, c'est l'Afrique du Sud. Alors voilà, il y aurait que l'Afrique du Sud effectivement qui a l'autre bout qui est qui est à l'autre bout et je ne pense pas que ce soit une priorité pour l'Afrique du Sud que d'aller au secours de de l'Algérie. Donc alors Macron, ce dossier donc du Sahara, c'est vraiment le nœud du problème.

Est-ce que il y a une méthode qu'on entrevoit pour régler ces problèmes ? Donc ouais le Sara occidental, les les la question migratoire parce que finalement l'affaire Boem Sansal est une affaire dans l'affaire, c'est-à-dire c'est une provocation destinée à marquer le coût. Donc on peut même si c'est très important la mettre de côté, les gros problèmes c'est la question diplomatique stratégique, le SAR occidental et de l'autre côté la question migratoire.

On a l'impression que ce sont des problèmes en fait sans solution, même si Macron et Teboun euh font preuve désormais de bonne volonté. Je crois que les problème migratoire à la limite sont plus solubles que le problème du Sahara. Parce que le problème du Sahara, la France a tranché.

Je vois pas comment la diplomatie française 6 mois après avoir tranché ou 9 mois après avoir tranché en faveur du Maroc pour dire bah non finalement je reviens à la case de départ. C'est-à-dire que euh c'est un voyage sans retour et dans cette affaire, il y a pas de juste milieu dès qu'on a franchi la frontière. Dès lors, il faut bien comprendre une chose, c'est que dès lors que l'on quitte le sentier tracé par le droite international, on est l'otage d'un jeu politique qui vous échappe complètement, hein.

Complètement. C'est-à-dire la France n'a pas de levier ni sur les Sarais euh ni euh sur bien entendu les États euh du Maghreb. Donc effectivement c'est un piège.

À partir du moment où on tranche en faveur d'un parti contre un autre ou d'une partie contre une autre, et bien on est l'otage de ses propres erreurs. Il fallait suivre le sentier du droit international. D'ailleurs, les États-Unis, c'est la même chose.

Les États-Unis sont piégés par cette reconnaissance. C'est-à-dire que du coup euh leur positionnement face à un conflit qui sur le plan juridique est extraordinairement complexe. Euh je vois mal les États-Unis.

Alors surtout les États-Unis euh euh dans la situation grotesque dans laquelle se trouve leur diplomatie aujourd'hui ne peuvent plus rien faire. Ils sont prisonniers. Donc euh euh pour la France, ça a été une erreur considérable de faire ça.

Et je le dis sans prendre partie. Je constate tout simplement que euh dès qu'on s'écarte du sentier tracé par le droit, ben euh on est euh dans une difficulté réelle. La migration, c'est quand même différent parce que alors le grand problème de la migration c'est que elle est oage d'autre chose.

Elle est l'otage du marché électoral français. D'où le positionnement des populistes français euh de l'extrême droite français, que ce soit le Rassemblement national ou monsieur Retaillot, je veux dire Retaillot Le Pen, c'est Coca-Cola Pepsicola, hein. C'est c'est y a il y a pas de différence.

Donc effectivement euh la force de leur jeu c'est que à la faiblesse de leur positionnement international répond la force de leur positionnement euh de politique intérieure française. C'est-à-dire dire voilà moi j'essaie de faire quelque chose pour contenir euh ce flux migratoire mais là on est en pleine démagogie en plein populisme sur le plan, je dirais de l'ingénierie politique sur le plan des politiques publiques. Cette migration maghrébine en France, elle est très facile à réguler.

D'abord parce que n'en déplaise à beaucoup de gens, il y a pas de submersion. Il y a une pratique de l'intégration qui a quand même 2 tiers de siècle d'âge, 60 et quelques années depuis l'indépendance et que il suffit effectivement d'actualiser les accords bilatéraux entre la France et l'Algérie pour arriver à un point d'équilibre. Bon, si maintenant on dit je n'arriverai au pouvoir qu'en hurlant que tous les malheurs de la France tiennent à l'immigration, là évidemment, on est condamné une position d'extrême rigidité.

Mais si au lieu d'avoir une logique partisane, on a une logique gouvernementale, le problème migratoire algérien ou d'ailleurs maghrébain d'une façon générale n'est pas un enjeu majeur. Alors euh la en France la politique interne guide toujours, on l'a déjà dit, les les considérations liées aux relations franco-algériennes. Macron veut peut-être montrer tout simplement au-delà de la grande politique à Rota qu'il est le chef dans un contexte où en plus bah le Bruno Rota est candidat à la présidence de de LR donc candidat en réalité à à 2027.

Alors c'est ce qu'il a dit hein. Il a dit les affaires entre l'Algérie et la France relèvent de la compétence du président de la République. Attention parce que c'est quand même un peu piégé.

Je disais tout à l'heure que c'est un échec objectif pour Bruno Rota mais ce n'est pas un échec subjectif. C'est-à-dire euh il va pouvoir se présenter face au corps électoral comme celui qui défend ce que tu appelais les vrais français tout à l'heure euh y compris contre le président de la République, contre euh le reste du gouvernement et donc peut-être contre ses alliés politiques sans évidemment mentionner aussi les adversaires politiques. Donc le jeu il est peut-être plus complexe que ça.

Si Rota a envie d'être président de la République, de se présenter, ce qui maintenant avec ce qui arrive à madame Le Pen est une des options envisageables, il saura jouer de ça en disant "J'ai été victime". C'est un discours trumpien, c'est-à-dire transformer ses défaites en victimisation. J'ai été victime de ces gens qui sont vos ennemis euh que sont le président de la République, euh les euh autres membres du gouvernement.

Effectivement, on a entendu les différents ministres avoir une position différente de la sienne et euh c'est terrible la stratégie victimaire sur le marché électoral, ça peut marcher. Alors plus profondément, comment la France peut-elle penser ou repenser ses relations avec ses excolonies d'Afrique, Afrique du Nord, Afrique sub-saharienne à l'heure de la grande distanciation avec les États-Unis, donc de de de la de la faiblissement de la pas de la dissolution mais de l'effervescence de de des États-Unis d'Occident, si on peut dire, des guerres commerciales de Donald Trump et de l'heure de vérité pour une Europe qui devra se déterminer mais dont tout montre qu'elle ne le fera pas en Alors, tu as dit peut-elle penser ou repenser ? Euh, je veux dire, je rayerai le mot repenser parce qu'elle ne l'a jamais pensé.

Hm hm. Et c'est ça que nous sommes en train de payer. C'est-à-dire que depuis la grande vague de la décolonisation des années 60, 62 l'Algérie et début 60 l'ensemble ou la quasi-ttalité des possessions françaises en Afrique, personne n'a jamais pensé les relations avec les anciennes colonies, sauf dans une perspective continuiste.

C'est-à-dire bah il faut trouver un autre modèle que la colonisation mais garder la même idée qui est cette idée de leadership de de droit naturel et même d'obligation de la France d'être le leader de ce qui était ces anciennes colonies. Ça n'a jamais été pensé. Alors, il y a eu des moments où on a cru que ça y était au début du premier mandat de François Mitteran, même si François Mit avait un passé colonial assez lourd.

Il y avait des gens autour de Jean-Pierre Côte par exemple qui demandaient à que ce f repensé qui a fait tomber Jean-Pierre Côte quelques chefs d'état africains et tout particulièrement Omar Bongo. Euh pourquoi ? Et c'est là qu'apparaît la vérité des relations franco-africaines.

C'est la mise en place à l'époque comme premier président, même si Bongo n'a pas été le premier président du Gabon, de président client et qui considérait que l'optimum de leur satisfaction, il le trouvait dans une indépendance qui leur donnait un statut et une clientélisation informelle qui leur donnait stabilité et avantage. Et donc cet équilibre, il a tenu. Effectivement Jean-Pierre Côte n'a pas fait long feu au ministère de la coopération et puis après on a rien dit, on a rien fait.

SarkoZi et l'homme africain qui n'est pas entré dans [Musique] l'histoire. L'opération Barcane qui Serval, pardon, l'opération Servale en 2013 qui a été pensée par François Holland. comme étant dans la logique traditionnelle de la France-Afrique.

Et donc, il est temps maintenant de repenser. Et pourquoi il est temps ? Pour la raison que tu as dit tout à l'heure effectivement euh le la trumpisation des États-Unis.

Mais je crois que c'est pas la principale raison. La principale raison, c'est que depuis les indépendances, il s'est constitué un vrai sud global. Alors, il est de bon dans les pays du nord et en particulier en France de nier cette idée de sud global, ça veut rien dire, ça n'existe pas.

Puis qu'est-ce qu'il y a de commun entre la Gambie et la Chine et cetera, tous ces arguments, mais on oublie l'essentiel, c'est que ce qu'il y a de commun entre tous ces pays du sud, c'est un sentiment de commune appartenance dans une extrême différence. Il y a le sentiment qu'il y a un dénominateur commun et qui fait qu'ailleurs quand on interroge les africains, quel est le pays le plus populaire aujourd'hui ? C'est la Chine et les États-Unis.

De toute façon, ce qu'on appelle à l'existence existe en matière de relation internationale. Mais bien sûr. Mais bien sûr.

Alors justement euh euh Bertrand, parlons de Donald Trump qui a mis ses menaces à exécution au sujet des droits de douane différenciés imposés à de nombreux pays. Large panneau allemand, Donald Trump et Gren. Cambodia.

Look at Cambodia 97% we're going to bring it down to 49 with United States of Les chiffres qu'il annonce, ce sont les nouveaux tarifs doués mis en place par son administration depuis mercredi 2 avril. Une guerre commerciale donc déclarée au monde entier mais touchant particulièrement l'Asie et l'Union européenne. Pour Donald Trump, il s'agit surtout d'une déclaration d'indépendance [Musique] économique.

En clair, les produits en provenance de l'Union européenne seront ainsi taxés à 20 %, ceux de la Chine à 34 % s'ajoutant au 20 % déjà imposé depuis janvier. Un tarif minimum de 10 % sera par ailleurs appliqué aux pays qui ne sont pas sur la liste, à préciser le locataire de la Maison Blanche. Est-ce que c'est vraiment un tournant comme on le dit dans l'histoire de la mondialisation ?

Alors moi de toute façon, je jamais le mot tournant parce que euh l'histoire, elle fonctionne pas des étapes décrétées et des ruptures, je dirais euh événementiel que l'on pourrait dater de façon claire. Euh ce qui euh apparaît, c'est je dirais plusieurs choses. D'abord, il y avait longtemps que Trump nous annonçait cela. même dans son premier mandat, il caressait cette idée de jouer sur les politiques tarifaires.

Deuxème élément, on a assisté et on n pas suffisamment analysé la chose au début de ce siècle à une crise violente qui a frappé le néolibéralisme de l'école de Chicago, c'est-à-dire celle qui confiait sa foi et ses dans entre les mains du libre échangisme, de l'échange, de la contractualisation. Tout ça s'est effondré à travers des crises économiques qui ont été assez sévères. Et donc depuis un certain temps, on voit les mécanismes évolués.

C'est-à-dire après tout, plutôt que se confier totalement au libre échange, il est peut-être utile d'avoir une main prédatrice. La prédation, ça coûte moins cher, ça peut rapporter gros. De même, le versant négatif de la de la prédation, c'est le protectionnisme.

Protectionnisme, ça veut dire quoi ? Ça veut dire je me protège, je prends chez l'autre mais je me protège chez moi de l'autre hein. Et ça c'est quand même des choses qui montait depuis un certain temps.

Il y a par exemple quelque chose moi qui m'intéresse beaucoup et qui a toujours été mis dans l'ombre, c'est le landrabbing, c'est-à-dire cette politique qui consisterit pour un certain nombre de pays du nord euh de s'accaparer les terres agricoles des pays du sud, notamment d'Afrique, pour pouvoir les exploiter en leur faveur. Bon, tout ça, ça a annoncé quelque chose qui était en train de changer. Euh alors la question que je me pose c'est que effectivement on voit un nouveau type de capitalisme plus autoritaire c'estàd qui est qui allie l'ultralibéralisme quand ça l'arrange à l'ultra autoritarisme quand ça le l'arrange.

C'est un alliage assez spécial et cet alliage on le voit effectivement progresser. C'est Elon Musk qui s'entend comme la rond en foire. enfin pour le moment avec Trump, mais c'est aussi les oligarques russes, c'est aussi les milliardaire indien avec maudit et nos nanomusques sont les Bollorés et compagnie hein.

Et non, que certains sont allés baiser la babouche de Trump notamment euh Rodolphe Saadé euh de CMACGM qui est dans le commerce mondial et qui est parti euh euh faire allégance et qui contrôle dans le même temps BFM RMC, l'un des plus gros groupes médias de France. Mais on a vu aussi Bernard Arnaud invité à l'investiture de Trump et cetera. Donc effectivement, tout ça doit être prise en compte mais en même temps euh moi je m'interroge sur les résultat même à court terme d'une telle politique parce que ce jeu d'ultra protectionnisme et des barrières tarifaires, c'est un jeu qui se révèle déjà aujourd'hui hein.

C'est pas des prévisions inflationnistes aux États-Unis. Lorsqu'on interroge aujourd'hui le consommateur par voie de sondage, il vous dit "Ah oui, depuis euh l'installation de la nouvelle administration, les prix grimpent." Et puis Wall Street et les gens rébellion, le Wall Street journal a titré "Supide stupide stupide" à propos du cou.

Exactement. Et ce qui est très intéressant, c'est que se révèle alors la vertu de l'interdépendance. La vertu de l'interdépendance que tu mentionnais tout à l'heure, c'est que quand on fait mal à l'autre, on fait d'une manière ou d'une autre mal à soi.

Euh et ça c'est quelque chose bon que qu'on évoquait autrefois à travers la théorie des jeux, le jeu à somme nul, bon et cetera. et le fameux jeu win win qui aussi peut-être un jeu de perdant perdant enfin tout ça est assez connu mais ça a maintenant une incarnation donc est-ce qu'on pourra tenir longtemps comme ça euh qui va pouvoir le mieux tirer son épingle du jeu parce que tout le monde va en baver hein c'estàd les États-Unis mais aussi la Chine mais aussi les nouveaux émergents, les bricks et puis les vieux vieux émergents ou les vieux émergés que sont les pays européens, tout le monde va perdre. Le problème est de savoir qui va perdre moins pour pouvoir tirer les marrons du feu.

Moi, je suis pas très optimiste dans cette affaire. On peut vraiment, je suis pas économiste donc je le dis avec prudence, risquer une crise économique mondiale majeure dont on aura plus les recettes pour s'en émanciper. Alors, la journaliste Martine Orange de Mediapart estime dans un article qu'il ne s'agit pas là d'un retour du protectionnisme, mais d'une affirmation impérialiste tout simplement.

Bim bam boum. Et elle utilise l'expression vassalisation heureuse. Elle écrit et je la cite "Chaque pays est sommet de négocier le prix et le poids de ces chaînes à l'égard des États-Unis." Alors, l'image est l'image est belle, mais est-ce qu'elle a raison ?

Et justement le traitement différencié pays par pays de Trump parviendra-t-il à diviser des édifices comme l'Union européenne ? Oui. Alors ce traitement et d'abord il est assez étrange hein pénaliser d'abord et avant tout Saint-Pierre et Miclon.

On se demande très bien quelle est la logique et la rationalité de tout ça, mais la citation que tu viens de faire, moi me laisse un peu sceptique parce que il faut aussi se sortir de ce catéchisme et de cette vulgate qui consiste à dire que de toute façon les États-Unis dominent et de toute façon les États-Unis vont nous soumettre. Ça c'était peut-être vrai dans certaines séquences de notre histoire. Ça ne l'est plus aujourd'hui.

Les États-Unis ont été battus partout. Les États-Unis ont perdu leur influence diplomatique. Les États-Unis ont perdu et on le voit bien, c'est pour ça que Trum se consorte de cette manière leur influence économique également.

D'ailleurs, si c'est make America great again, c'est qu'elle est plus great. Et euh moi ce que je vois d'abord c'est un risque inflationniste aux États-Unis qui au lieu de relancer l'industrialisation aux États-Unis, ça c'est le prétexte officiel, va mettre par terre la consommation et sans être économiste professionnel, quand la consommation s'effondre, c'est tout le monde, c'est-à-dire c'est le producteur lui-même. Et d'ailleurs, le producteur, il va perdre deux fois aux États-Unis. il va perdre parce qu'il va moins vendre du fait justement de l'inflation, mais il va perdre aussi parce que la production euh monationale, c'est quelque chose qui n'existe pratiquement plus.

Moi, je cite souvent à mes étudiants euh cet article qui a déjà plusieurs années sur les poupées Barbie où on s'est aperçu qu'il y avait une quarantaine de pays qui participaient à la fabrication de la poupée Barbie. Donc effectivement euh la euh l'importation, elle ne pèse pas aux États-Unis seulement sur le consommateur, elle pèse aussi sur le producteur. Le producteur va voir ses coûts de production renchérir.

Donc euh je vois mal euh comment dans ces conditions les États-Unis ne vont pas devoir faire face à une crise majeure. Le gros problème, je le disais tout à l'heure, du populisme, c'est que son meilleur allié, c'est sa défaite. C'est-à-dire que quand le populiste est battu, et ben il dit "Je suis battu parce que je suis victime." Et donc ça lui redonne une force électorale.

C'est idiot mais bon, il y a beaucoup de choses idiotes normalement. On va voir tout ça, on va observer. Merci Bertrand Badi.

Nous voici arriver à la fin de cet épisode du monde n'a pas de centre. la chronique internationale de Bertrand Badi sur le média. Si vous avez apprécié cette émission et que vous souhaitez soutenir notre travail, nous vous encourageons à sauter le pas et à nous appuyer de manière pérenne via un abonnement de soutien ou un don mensualisé.

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