Frédéric Chéreau : "Les budgets des communes doivent toujours être à l'équilibre"
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Comment vous vous en êtes sorti ? Ça a vraiment été compliqué cette année ?
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Et l'énergie, vous n'avez pas eu le droit à un bouclier tarifaire, vous ?
- 2:19FerméeRéponse directe
Et ça représente un manque à gagner de combien pour vous ?
- 3:01FerméeRéponse directe
Et est-ce que vous avez augmenté les impôts ?
- 3:22OuverteRéponse directe
Et pour les investissements à venir, est-ce qu'il y a des travaux que vous aviez envie de faire et auxquels vous avez dû renoncer ?
- 4:04OuverteRéponse directe
Est-ce que vous envisagez des pistes d'économie à plus long terme ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« contrairement au budget de l'État, nous dans nos communes, on est obligé d'avoir un budget en équilibre. »
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« l'inflation qui est à 30% sur tous les matériaux que vous pouvez acheter, le bois, les sacs poubelles, tout ce que vous pouvez acquérir. »
- 1:05Invité politiqueChiffre
« le gaz et l'électricité qui ont pris 4,6 millions dans la ville de Douai, alors que pratiquement ça multipliait par 3 les factures »
- 1:20Invité politiqueFait
« l'État l'année dernière qui a pris la décision, alors justifiée pour nos agents, mais de rattraper 10 ans d'augmentation de salaire qui n'avait pas eu lieu »
- 1:42Invité politiqueChiffre
« les 2 millions que nous avons obtenus pour nous sous... Mme Panier-Runacher est passée il y a quelques jours dans le Nord-Pas-de-Calais. »
- 2:31Invité politiqueFait
« l'État remplace ces taxes-là par des dotations, qui sont donc un dû, mais qui n'augmentent pas au niveau de l'inflation. »
- 2:45Invité politiqueFait
« dans une ville comme Douai, nous, on a dû, par exemple, cette année, baisser la température des piscines. »
- 2:52Invité politiqueChiffre
« On a serré les budgets de 10% partout pour que ça rentre au chausse-pied. »
- 3:38Invité politiqueChiffre
« j'ai doublé le budget que je consacre à remplacer des lampadaires par des LED. »
- 4:27Invité politiqueFait
« on est tous en train de se poser des questions pour aller au-delà. »
- 5:02Invité politiqueFait
« Pour une ville comme Douai, nous, on s'est aperçu qu'il y a certaines lignes qui ne peuvent être mobilisées que par les petites communes, d'autres que par les agglomérations, et les budgets ne sont pas énormes. »
- 5:26Invité politiqueFait
« je ne suis pas sûr qu'on va récolter des sommes beaucoup plus importantes que l'année précédente en subvention de l'État. »
- 7:02Invité politiqueFait
« les augmentations pour nos agents que l'État a décidées l'année dernière, qui sont justes et nécessaires pour nos agents, sauf que l'État a rattrapé dix ans d'un seul coup »
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Il est 6h19, c'est l'heure des comptes pour les communes. Elles ont jusqu'à aujourd'hui, pour faire adopter leur budget 2023, un gros casse-tête cette année. Bonjour Frédéric Chérault.
Bonjour.
Vous êtes le maire PS de Douai dans le Nord, également vice-président de l'AMF, l'Association des maires de France. Alors il a fallu faire entrer dans l'équation la hausse des prix de l'énergie et plus globalement l'inflation, plus la disparition de la taxe d'habitation. Comment vous vous en êtes sorti ? Ça a vraiment été compliqué cette année ?
Oui, clairement, c'est compliqué. En plus, contrairement au budget de l'État, nous dans nos communes, on est obligé d'avoir un budget en équilibre. C'est un peu comme dans un ménage, on ne peut pas dépenser plus que ce qu'on a touché. Donc on est obligé de serrer un peu partout pour que ça rentre. Le budget, nous, on l'a voté la semaine dernière à Douai. Et il n'y a pas de surprise quand vous avez l'inflation qui est à 30% sur tous les matériaux que vous pouvez acheter, le bois, les sacs poubelles, tout ce que vous pouvez acquérir.
Quand vous avez le gaz et l'électricité qui ont pris 4,6 millions dans la ville de Douai, alors que pratiquement ça multipliait par 3 les factures, et que vous avez l'État l'année dernière qui a pris la décision, alors justifiée pour nos agents, mais de rattraper 10 ans d'augmentation de salaire qui n'avait pas eu lieu, et bien il faut que ça rentre. Il faut que ça rentre sans augmenter les impôts.
Et l'énergie, vous n'avez pas eu le droit à un bouclier tarifaire, vous ?
Si, si, si. Alors on a eu le droit à un bouclier tarifaire quand même, mais c'est quelque chose qui ne résout pas totalement l'équation, qui est bienvenu. Et d'ailleurs, c'est ce que j'ai pu dire à la ministre qui est venue dans le Nord il n'y a pas longtemps, les 2 millions que nous avons obtenus pour nous sous... Mme Panier-Runacher est passée il y a quelques jours dans le Nord-Pas-de-Calais. Et elle nous disait, mais ce qui serait important, c'est que les communes utilisent l'argent de ce bouclier pour des dépenses vertueuses. Mais de fait, c'est ce que nous faisons. Et en fait, c'est ce que nous faisons déjà depuis des années.
Isoler nos bâtiments, changer nos lampes dans les rues par des LED, changer nos chaudières, faire en sorte d'avoir des bâtiments plus économes. Évidemment, cette année, plus encore que les précédentes, c'est là-dessus que nous nous sommes précipités pour soulager nos budgets.
Donc on a vu, côté dépenses, ça a explosé, côté recettes, il n'y a plus la taxe d'habitation. Et ça représente un manque à gagner de combien pour vous ?
Alors, la taxe d'habitation, c'est peut-être déjà de l'histoire ancienne. La difficulté, c'est que l'État remplace ces taxes-là par des dotations, qui sont donc un dû, mais qui n'augmentent pas au niveau de l'inflation. Et donc, en pratique, c'est comme si la somme que nous donnait l'État diminuait. En tout cas, son pouvoir d'achat diminue. Et donc, dans une ville comme Douai, nous, on a dû, par exemple, cette année, baisser la température des piscines. On a dû éteindre les lampadaires la nuit. On a dû faire des économies un peu partout. Y compris, par exemple, sur des choses comme le nombre de spectacles dans le théâtre de la ville.
Voilà, on a serré les budgets de 10% partout pour que ça rentre au chausse-pied.
Et est-ce que vous avez augmenté les impôts ?
Non, on a choisi de ne pas augmenter les impôts parce qu'il y a déjà... Alors, dans les impôts, il y a le taux que nous n'avons pas augmenté. Et puis, il y a la base, la valeur des maisons que l'État a choisi d'augmenter du niveau de l'inflation. Et nous, on pense que c'est déjà pas mal pour les contribuables.
Et pour les investissements à venir, est-ce qu'il y a des travaux que vous aviez envie de faire et auxquels vous avez dû renoncer ?
Oui, pour deux raisons. D'abord, parce qu'on a resserré un peu quand même le budget d'investissement, parce qu'on a moins d'argent propre pour le financer. Et deuxièmement, parce que dans l'investissement, on a modifié encore nos plans. Moi, par exemple, j'ai doublé le budget que je consacre à remplacer des lampadaires par des LED. Mais les 300 000 euros en plus que je mets là-dessus, que je n'avais pas prévu de mettre, je ne les mettrai pas ailleurs cette année.
Et donc, vous avez renoncé à quoi, par exemple ?
C'est des choses qu'on reporte, qu'on décale. C'est une ou deux routes qui avaient besoin d'être refaites et qu'on ne refera pas cette année, par exemple, qu'on refera dans un an, dans deux ans, ce genre de choses.
Est-ce que vous envisagez des pistes d'économie à plus long terme ? C'est ce que vous nous disiez, notamment pour dépenser moins en termes d'énergie.
Alors, ces pistes d'économie, ce qu'il faut dire aussi, c'est que ça fait des années que les maires y travaillent. Moi, j'ai commencé en 2014 à faire ces travaux d'économie d'énergie. Et ça nous a permis d'ailleurs de récolter pas mal de moyens pour agir dans le précédent mandat. Maintenant, on est tous en train de se poser des questions pour aller au-delà. À Douai, par exemple, nous allons lancer une étude et des travaux pour avoir nos propres sources d'énergie. Réseau de chaleur, géothermie, panneaux solaires, tout ça, c'est des choses qu'on faisait déjà. Moi, j'ai un centre social aujourd'hui qui est chauffé, qui produit de l'électricité avec des panneaux solaires.
J'ai des bâtiments très vertus en énergie, mais on va aller encore plus loin de manière encore plus systématique pour être moins dépendant des énergies fossiles et de leurs prix assez volatiles.
Et là-dessus, est-ce que l'État vous aide via notamment le fond vert qui a été mis en place par le gouvernement ?
Alors, le fond vert existe, évidemment. Nous allons y émarger. Pour une ville comme Douai, nous, on s'est aperçu qu'il y a certaines lignes qui ne peuvent être mobilisées que par les petites communes, d'autres que par les agglomérations, et les budgets ne sont pas énormes. On a parfois aussi l'impression qu'en fait, l'État donne un peu le même nom, donne plusieurs noms plutôt, toujours à la même enveloppe, qui a toujours le même montant. Donc, je ne suis pas sûr qu'on va récolter des sommes beaucoup plus importantes que l'année précédente en subvention de l'État. Et ce qu'on a dit à l'État aussi, c'est qu'il est important qu'il puisse nous financer aussi du fonctionnement.
L'État a souvent ce discours de dire, on va vous donner des subventions d'investissement, mais pour le fonctionnement, soyez raisonnables et dépensez moins. Sauf que le fonctionnement, nous, c'est d'abord des gens qui travaillent sur ces projets d'investissement. À un moment donné, quand on doit inventer des nouvelles manières de faire, la géothermie, moi, je ne sais pas en faire. Je fais en recruter des gens qui sachent me faire des projets de géothermie. Et puis, le fonctionnement, c'est aussi tout le reste, tout le quotidien. Ce n'est pas des dépenses de luxe.
Le fonctionnement dans une mairie, c'est entretenir les rues, c'est surveiller les rues, c'est nourrir les enfants dans les cantines, etc. Donc, on a aussi besoin que l'État nous soutienne en fonctionnement dans cette période d'inflation.
Frédéric Chéreau, je m'adresse maintenant au vice-président de l'AMF. Est-ce que votre situation à Douai est à l'image de ce qui se passe dans les autres communes ? Ou est-ce que ça varie peut-être selon la taille des communes ? Est-ce qu'il y a des typologies de communes qui s'en sortent mieux ?
Il y a des petites variations, mais on s'en parle beaucoup entre nous. On est tous dans la même situation. Vous pouvez avoir, j'en connais dans le Douaisy, j'en connais en Alsace, des communes qui ont fait déjà beaucoup de pas en avant pour être indépendants en termes d'énergie. Pour ces communes-là, aujourd'hui, les choix qu'ils ont pu faire... Dans le Douaisy, vous avez une petite commune qui a une centrale hydroélectrique. C'est des choix très vertueux, très positifs, qui les soulagent dans un moment comme celui-là.
Juste, je ne posais pas ma question essentiellement sur les investissements, notamment pour les énergies vertes, mais sur le fait de pouvoir boucler son budget, que c'était difficile cette année.
On est tous en difficulté. Parce qu'au-delà de l'énergie, de toute façon, tout augmente. Et les augmentations pour nos agents que l'État a décidées l'année dernière, qui sont justes et nécessaires pour nos agents, sauf que l'État a rattrapé dix ans d'un seul coup, on le vit tous en même temps. Et donc, c'est difficile pour nous tous de boucler le budget cette année.
Et ces difficultés budgétaires s'ajoutent aussi pour un certain nombre de maires. On a eu pas mal de témoignages à une situation tendue avec une partie de leurs administrés. Il y a d'ailleurs beaucoup qui ne souhaitent pas se représenter en 2026. Est-ce que c'est votre cas ?
Aujourd'hui, moi, je ne me pose pas cette question-là. Je suis toujours passionné par cette fonction. La proximité avec les habitants, c'est très enrichissant. Donc, j'envisage de me représenter en 2026. Mais je sais que beaucoup de mes collègues se posent la question. Et effectivement, c'est devenu une fonction dure. On a l'impression que ça ne s'arrête jamais entre le Covid, l'inflation. Des concitoyens parfois un peu plus exigeants. C'est une fonction fatigante, on est d'accord.
Et menaces, insultes, violences, est-ce que vous, vous subissez ça ? Est-ce que vos adjoints l'ont subi ? Est-ce que, voilà, dans les communes voisines, vous avez pu constater ça ?
J'en entends parler, certains collègues l'ont subi. J'ai eu la chance de ne pas le subir pour ma part. Mais ça ne veut pas dire que ça ne va pas arriver. Et on est toujours assez vigilants. On a beaucoup de nos concitoyens qui sont des gens positifs, qui nous parlent de manière respectueuse. Et puis, on peut toujours tomber sur une personne qui le sera moins.
Et est-ce que ces 12 journées, pour finir, dernière question, Frédéric Chérault, ces 12 journées de mobilisation contre la réforme des retraites, est-ce que vous avez, justement, observé un changement plus de tension ou de crispation ?
Je sens toujours la même colère et la même incompréhension. Dans la commune de Douai, j'ai la chance que les cortèges se passent bien. Il n'y a pas de débordement. Les syndicats, la police, la municipalité, on est tous ensemble très vigilants. Mais je sens que même s'il y a une sorte de fatigue, et puis financièrement, ce n'est pas facile pour les personnes qui manifestent, l'incompréhension et la colère sont toujours là.
Merci Frédéric Chérault, maire de Douai, vice-président de l'Association des maires de France.
Frédéric Chéreau