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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 22 janvier 2024 23 min

Colère des agriculteurs : des actions menées "toute la semaine et aussi longtemps qu'il sera nécessaire"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-10. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien le président de la FNSEA, premier syndicat agricole français. Vos questions et réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter. Arnaud Rousseau, bonjour. Bonjour. Et bienvenue à ce micro. En plus de la présidence de la FNSEA, vous êtes producteur de Colza, Tournesol, Bétrave et bien d'autres choses. En Seine-et-Marne, et président non-exécutif du conseil d'administration du groupe agro-industriel Avril. On va essayer de comprendre avec vous ce qui se passe vraiment dans le monde agricole, à la fois en France et puis un peu partout en Europe.

Mais commençons par chez nous, par la France, ici, un mois de l'ouverture du Salon de l'agriculture, les actions des agriculteurs mécontents se multiplient. En Occitanie, des agriculteurs bloquent depuis jeudi l'autoroute A64 entre Toulouse et Tarbes. D'autres blocages routiers ont lieu ou sont annoncés un peu partout dans le pays. D'abord, pour commencer, quels mots mettez-vous sur la situation aujourd'hui en France ? Ras-le-bol, colère, révolte, jacquerie ? Qu'est-ce qui se passe exactement ? Et quelle est la température ?

1:19
Arnaud Rousseau

Écoutez, d'abord, effectivement, c'est de la colère. C'est de la colère qui s'exprime, qui n'est pas nouvelle, puisque ça fait déjà quelques semaines, quelques mois qu'on décrit la situation de ce que vit l'agriculture française, dans ce cas-là de diverses, de pluriels, des territoires. Et ce qui se passe aujourd'hui, c'est le trop-plein, avec des mesures françaises, franco-françaises, qui sont attendues, mais aussi des mesures européennes. En fait, ce que veulent les agriculteurs, c'est redonner une forme de dignité à leur métier, c'est parler des questions du revenu, de la compétitivité, parce que, par définition, il faut gagner sa vie en agriculture.

Et puis, enfin, c'est tout le sujet de l'exercice du métier au quotidien. Comment, avec la suradministration, comment, avec les déclinaisons européennes d'un certain nombre de règles, on n'est plus en ligne avec ce qui se passe ?

2:02
Présentateur

On va reprendre les points, point par point. On va vous interroger sur chacun de ces trois points que vous mettez en avant. Mais d'abord, pour essayer de comprendre des manifestations et de la colère, il y en a un peu partout en Europe, en Roumanie, aux Pays-Bas, en Allemagne. On a vu ce week-end avec 200 000 personnes qui se sont mobilisées, 200 000 agriculteurs. Mais les motifs de mécontentement ne sont pas les mêmes. Est-ce qu'il y a une convergence des luttes où chacun, chaque pays, a une colère propre à elle ? Par exemple, on sait, en Allemagne, c'est principalement contre la taxe sur le diesel agricole. Aux Pays-Bas, c'est contre la réduction des cheptels.

Est-ce que vous diriez qu'il y a une union de tous les agriculteurs européens ? Ou non ? Il faut le prendre de manière nationale. Chaque pays est différent.

2:41
Arnaud Rousseau

Écoutez, cette colère européenne que vous décrivez, elle a, comme l'agriculture, des typicités de terroirs, si je puis dire, de pays. Et puis, elle a des fondements communs. Le fondement commun, c'est l'incompréhension de ce qu'est le cadre européen aujourd'hui. Et je le dis parce que l'agriculture, elle est intimement liée au cadre européen. Et ce sujet, c'est le Green Deal, c'est le pacte vert, dont la déclinaison agricole s'appelle le Farm to Fork, de la fourche à la fourchette, et dont la vision est clairement décroissante, puisque ça indique qu'il faut qu'on baisse notre production en Europe à un moment où les importations explosent. Donc ça, c'est commun à tous les pays.

Et puis, vous avez raison, en fonction des pays, on peut avoir des sujets très spécifiques. Par exemple, quand on est dans le sud de la France, vous parliez de l'Occitanie, il y a le sujet d'une maladie sanitaire qui touche les vaches, qui a été le déclencheur. Mais quand vous êtes dans le Pas-de-Calais, ça peut être les inondations. Quand vous êtes dans les Alpes, ça peut être la prédation. Et donc, effectivement, chaque territoire a ses particularités. Le fondement, c'est malgré tout l'incompréhension de ce qui est demandé aux agriculteurs, le constat qu'il faut produire pour nourrir, le constat que le consommateur européen demande de la qualité, de la naturalité, de la proximité.

Et la réalité, c'est des exportations qui explosent de pays tiers. On importe en Europe beaucoup plus. Par exemple, l'année dernière, on a apporté deux fois plus de céréales en France que l'année d'avant. Et au moment où on va nous demander de mettre 4% de nos terres en jachats. Et ça, ça questionne. Même chose pour le consommateur. Tout le monde nous dit, finalement, on veut des prix abordables en termes de consommation. Mais personne n'accepte de le payer. Et la plupart des consommateurs, pour des raisons que nous comprenons, vont acheter plutôt du premier prix du low cost et du poulet ukrainien.

Et bien ça, à un moment, dans cette quadrature du cercle, les agriculteurs ne s'y retrouvent plus et ne comprennent plus quel est le sens de l'action qui est demandée.

4:24
Présentateur

Arnaud Rousseau, vous allez être reçu par Gabriel Attal. Aujourd'hui, question simple. Qu'allez-vous lui dire ? Qu'allez-vous lui demander ?

4:33
Arnaud Rousseau

On va d'abord, puisque j'ai écouté Gabriel Attal faire sa déclaration, le Premier ministre a dit, moi, je veux des diagnostics clairs. Moi, je veux déjà être sûr qu'on partage le diagnostic. Et je n'en sais rien au moment où je vous parle. Le diagnostic, il se pose en termes d'avenir pour l'agriculture. Vous savez qu'on va renouveler la moitié des agriculteurs dans les dix prochaines années. C'est la pyramide des âges. Donc déjà, est-ce qu'on est d'accord pour dire que ce métier a du sens ? Il faut qu'on attire. Ensuite, qu'est-ce qu'on fait du cadre de l'activité et du revenu ? Parce qu'encore une fois, un agriculteur, c'est un chef d'entreprise.

Comme un commerçant, comme un artisan, il a besoin de vivre à la fin de l'année pour pouvoir se payer, payer ses charges, pour pouvoir se projeter. Ensuite, on a besoin d'être bien au clair sur qu'est-ce que ça veut dire que produire. Parce que tout le monde ne met pas la même chose derrière. Enfin, il faut qu'il nous dise si, oui ou non, la souveraineté alimentaire veut dire quelque chose dans ce pays. Ce n'est pas des mots. Tout le monde dit qu'on veut être souverain. Mais la réalité de ce qu'on constate, ce n'est pas ça. Donc, on veut poser le diagnostic.

La deuxième chose, c'est qu'on a besoin que rapidement, ils nous disent ce qu'il va faire au niveau national et comment ils vont s'y prendre au niveau européen. Parce que le ministre de l'Agriculture, hier lui-même, a dit « Moi, j'essaye, je n'y arrive pas. »

5:35
Présentateur

Ah oui, donc vous attendez des actes. C'est ça que vous dites. Parce que Gabriel Attal a déjà dit « Il faut que les agriculteurs puissent vivre de leur travail. » C'était ce week-end, puisqu'à un moment, c'est eux qui nourrissent le pays. Il a promis de faciliter votre vie, la vie des agriculteurs, qui subissent des paperasseries, des formulaires à remplir. Hier, Bruno Le Maire disait partager la douleur et la colère des agriculteurs et il vous disait « Mobilisez-vous, faites-nous des propositions. » Comment vous recevez les mots du ministre de l'Économie ?

6:00
Arnaud Rousseau

Écoutez, moi j'ai écouté effectivement tous les propos tenus par un certain nombre de membres du gouvernement tout le week-end. J'avoue mon étonnement. Je constate qu'on va pouvoir vendre un certain nombre de cartes d'adhésion à la FNSA supplémentaire. Soyons sérieux. Le sujet, c'est qui fait le boulot ? Le constat, il a l'air d'être partagé. Maintenant, aux actes, vous savez, moi les mots, le monde agricole, c'est terminé. Maintenant, ce que le monde agricole veut qu'on dise, c'est qu'est-ce qu'on fait, dans quel délai, avec quels moyens. Voilà. Et puis, une fois qu'on a ça sur la table...

6:30
Présentateur

Et sinon, Arnaud Rousseau, parce que c'est vrai qu'on a vu, on vous entend ce matin, votre propos est très clair, mais on a vu aussi des actes et de la violence, également ces derniers jours. On a vu la coordination rurale, qui est le deuxième syndicat agricole, qui a prévu de se mobiliser le 25 janvier prochain, un peu partout en France, avec des opérations de bâchage, des radars, pour dénoncer la suradministration. Ils promettent des opérations encore plus spectaculaires. Est-ce que la FNSA pourrait se joindre aux actions du deuxième syndicat, de la coordination rurale, qui est considérée comme plus à droite ?

Et pour le dire de manière un peu claire, est-ce que vous n'avez pas peur de vous faire déborder, aussi, par ce syndicat-là ?

7:09
Arnaud Rousseau

D'abord, je vais vous dire ce que fait la FNSA. Les autres syndicats prennent leurs responsabilités. Nous, par définition, ce qu'on veut, c'est faire preuve de responsabilité et obtenir des résultats pour nos adhérents. Ensuite, vous savez, il y a une partie des agriculteurs qui ne sont pas syndiqués, dans aucun syndicat. Le sujet aujourd'hui, ce n'est pas les querelles de boutique. Le sujet aujourd'hui, c'est quels résultats on obtient pour les agriculteurs. Moi, je ne crains pas de me faire déborder, parce que, par définition, à la FNSA, c'est le terrain qui commande. Et c'est le cœur du métier d'agriculteur. C'est-à-dire qu'on peut valoir ce qu'on veut à Paris.

La vérité, c'est celle du terrain. Et nous, ce sont nos fédérations départementales qui décident.

7:43
Présentateur

Et vous voulez faire des actions ? Vous allez faire des actions ? Parce que vous dites, peut-être, on fera des actions avant le Salon de l'Agriculture dans un mois, mais on est dans le peut-être.

7:51
Arnaud Rousseau

Je vais vous dire, le peut-être est levé depuis hier soir, puisque nous nous sommes réunis, et qu'un certain nombre de départements, d'abord, sont rentrés en action. Je voudrais rappeler que depuis le mois de novembre, avec les panneaux retournés et le « on marche sur la tête », on est en mouvement.

8:03
Présentateur

Vous retournez les panneaux des villages et des villes pour dire « on marche sur la tête ».

8:08
Arnaud Rousseau

Pour vous dire aussi qu'on avait bien conscience que la violence n'est pas une réponse à la question du moment. Et que, très clairement, on n'appelle pas la violence. D'ailleurs, vous avez vu que le discours de ceux qui bloquent l'A64 aujourd'hui est très clair. Nous, ce qui nous intéresse, c'est qu'on rentre en action. Et je peux vous dire que, dès aujourd'hui, et toute la semaine, et aussi longtemps qu'il sera nécessaire, un certain nombre d'actions vont être menées. Ah, donc le « peut-être » est clairement levé. Le « peut-être » est clairement levé.

8:33
Présentateur

Là, vous allez faire des actions. La FNSA va faire des actions.

8:35
Arnaud Rousseau

Je peux vous dire que, ce matin, le Tarn-et-Garonne a bloqué la centrale de Golfech pour dénoncer aussi les sujets énergétiques qui concernent l'agriculture. Au moment où on annonce une augmentation de la facture électrique d'un peu moins de 10%, en tous les cas, c'est ce que j'ai compris, que d'autres départements ont annoncé, notamment dans la meuse, des actions dans les prochains jours. Donc, chaque département va rentrer. Donc, le « peut-être » est levé. Le sujet, maintenant, c'est que la colère s'exprime pour que chacun dise bien ce qu'il attend. L'engagement de la FNSA, c'est des revendications claires pour qu'on puisse avoir des réponses claires.

9:07
Présentateur

Il y a eu des violences ces derniers jours, disait Léa à l'instant. À Carcassonne, un bâtiment vide de la Direction Régionale de l'Environnement a été visé par une explosion dans la nuit de jeudi à vendredi. Un tag du comité d'action viticole a été retrouvé. Une enquête a été ouverte pour dégradation par moyens dangereux d'un bien appartenant à autrui en bande organisée. C'est ce qu'a fait savoir le parquet. J'appelle tout le monde à ne pas entrer dans cette surenchère. Voilà ce qu'a dit le ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud, hier. Est-ce que vous dites la même chose ? Attention à ne pas entrer dans la surenchère violente. Écoutez, à la FNSA, on a toujours eu le même discours

9:42
Arnaud Rousseau

et je le réaffirme ici. On ne trie pas dans la violence. Nous, on a dit qu'il n'y avait pas de violence et qu'on ne voulait pas de violence. Voilà. Moi, il y a 200 000 adhérents. Je ne suis pas derrière tout le monde, mais je donne un message très clair. Pour atteindre nos objectifs, la violence n'est pas une réponse. Mais j'observe qu'effectivement, un certain nombre d'agriculteurs n'en peuvent plus. Donc moi, je dénonce la violence très clairement. Je dis que ce n'est pas comme ça qu'on atteindra les objectifs. Mais j'observe qu'effectivement, la montée de la tension est forte, d'où la nécessité d'apporter des réponses concrètes.

Et j'aimerais bien, je le dis aussi, que tout le monde soit aussi clair sur la dénonciation de la violence que ce que je viens de faire.

10:15
Présentateur

Ça vise qui ?

10:16
Arnaud Rousseau

Ça vise notamment...

10:18
Présentateur

Le deuxième syndicat ?

10:19
Arnaud Rousseau

Non, non, pas du tout.

10:21
Présentateur

Coordination rurale ?

10:22
Arnaud Rousseau

Pas du tout. Ça vise notamment tout ce que j'entends de l'écologie politique qui nous fait la leçon toute la journée. Je redis que sur, notamment, ce qui s'est passé à Sainte-Soligne, puisque c'est à ça dont je fais référence, que je ne fais pas le tri. Nous, on est clairement... On n'appelle pas à la violence. On pense que ce n'est pas une réponse. Et on ne fait pas le tri dans ce qui serait acceptable et pas acceptable. On est très clair.

10:40
Présentateur

On va venir aux écolos et au pacte vert européen, puisque vous le dénoncez. Enfin, vous demandez un moratoire très clairement. Mais juste sur les réponses concrètes, vous dites, j'attends pas que des mots de Gabriel Attal, j'attends des réponses concrètes. Mais il y en a quelques-unes quand même. Par exemple, sur cette maladie qui touche effectivement les éleveurs en Occitanie, la maladie hémorragique épisodique. Le gouvernement a promis le remboursement aux éleveurs de 80% des frais de soins des vétérinaires liés à la maladie et une indemnisation à hauteur de 80% en cas de mort de l'animal. Ça, ce n'est pas une solution tangible, une réponse tangible ?

11:10
Arnaud Rousseau

Vous savez, cette maladie, elle a frappé les élevages, notamment des Hauts-de-Pyrénées, de Haute-Garonne, de ce secteur-là en tous les cas, depuis la fin de l'été. Et donc, comme par hasard, au moment où le terrain est occupé, le ministre fait une annonce. Moi, je peux vous dire que le ministre, ça fait des semaines, des semaines, je parle du ministre de l'Agriculture, des semaines que je lui demande de sortir sur ce sujet. Et comme par hasard, au moment où la tension est forte, les choses se font. Moi, je le regrette. Encore une fois, il y a des réponses concrètes à apporter. Je voudrais, là aussi, rentrer un peu dans les sujets parce que sinon, on survole et moi, je veux être concret.

Quand, par exemple, sur le sujet européen, sur le Green Deal, on nous dit cette année, ce sera 4% de jachère obligatoire. Pour nous, ce n'est pas entendable dans le contexte. Quand on dit à un éleveur, notamment de Normandie ou des Pays de Loire, qu'il va falloir qu'il réimplante des prairies alors que bien souvent, il a arrêté son activité d'élevage parce qu'elle n'était plus rentable. Ça n'est pas entendable.

Quand on dit sur la directive industrielle qu'on appelle IED, qui prévoit le cadre de production d'élevage, qu'un élevage français de poules pondeuses qui fait 21 500 poules sera reconnu comme étant industriel alors qu'on est en concurrence avec des élevages ukrainiens dans lesquels on trouve un million de poules, ça n'est pas compréhensible. Quand on explique que sur la décarbonation auquel on est attaché dans l'agriculture, il faudra...

12:24
Présentateur

Parce qu'on rappelle quand même que le secteur agricole est responsable d'un quart des émissions de gaz à effet de serre. C'est colossal. C'est-à-dire qu'à l'origine, c'est ça le problème. Et le problème, c'est que le réchauffement climatique, pourquoi il y a ce pacte vert ? Parce qu'il y a un réchauffement climatique qui vous touche, qui touche les agriculteurs en premier. S'il n'y a pas de transition écologique, si le modèle ne change pas, Arnaud Rousseau, est-ce qu'on va pouvoir lutter contre ce réchauffement climatique qui vous touche ? C'est-à-dire ce que vous nous racontiez, les maladies, la sécheresse, tout ça.

Est-ce qu'il n'y a pas un moment où il va falloir quand même changer le modèle ?

12:55
Arnaud Rousseau

Mais non seulement, vous voyez, je n'ai pas de problème pour parler d'environnement et décarbonation. C'est moi qui amène le sujet. Donc je suis très conscient. Les agriculteurs observent le changement climatique. Quand vous êtes producteur viticole dans l'Hérault, l'Aude ou les Pyrrhones orientales et que vous avez eu un peu moins de 150 millimètres sur une année, vous êtes très conscient. Quand vous êtes agriculteur dans le Pas-de-Calais et que ça fait deux mois que vous avez les pieds dans l'eau, vous voyez bien ce que ça veut dire le changement climatique. Donc les agriculteurs, ils sont très conscients de ça.

13:21
Présentateur

Donc faire un pacte vert au niveau européen pour dire maintenant il faut changer les choses, il faut réduire certains cheptels, il faut réduire l'usage des pesticides, le recours aux engrais chimiques. Je vais finir, Léa,

13:31
Arnaud Rousseau

ça a du sens.

13:32
Présentateur

Ça a du sens ou pas transformer les surfaces en surfaces bio.

13:36
Arnaud Rousseau

Ça a du sens, ça a du sens si on est cohérent. Ça, je vous dis que le défi du climat, c'est un défi auquel l'agriculture est confrontée et sur lequel en plus on pense qu'on a un certain nombre de réponses à apporter. Mais le défi, c'est que pour mener cette transition, encore faut-il en avoir les moyens. C'est-à-dire qu'on peut faire des grands mots, on peut parler de transition et décarbonation. Le sujet de l'agriculture aujourd'hui, c'est comment on la met en œuvre et qui paye. Et ça ne peut pas être une vision de décroissance. Je veux être très clair sur le sujet. On ne peut pas dire à l'Europe vous désarmez alors que le président de la République nous dit il faut se réarmer.

On voit ce qu'il en coûte aux Européens et singulièrement aux Français sur la facture d'électricité quand on a été dépendant de l'énergie. Nous, demain, on ne veut pas être dépendant sur l'agriculture, on ne veut pas être dépendant sur la souveraineté alimentaire parce que le rôle profond et j'en viens à la dignité, le rôle profond d'un agriculteur, quelle que soit la taille de son exploitation, quelle que soit sa production et son territoire, c'est d'abord de produire pour nourrir. Et ça, en ce moment, c'est remis en cause.

14:33
Présentateur

Oui, c'est remis en cause mais Thierry Breton vous répond, il a pris la parole il y a quelques jours en disant, il rappelle que plus du tiers du budget de l'Union Européenne est dédié à l'agriculture, 55 milliards en 2024 et que la France est la première bénéficiaire de cette aide européenne. Donc, la question que je vous pose, c'est, vous dites, pour faire cette transition, il nous faut de l'argent. L'Union Européenne répond, on met de l'argent, c'est le premier budget de l'agriculture. Vous vous dites quoi ? Ce n'est pas assez pour nous accompagner dans cette transition écologique que vous nous demandez ?

15:00
Arnaud Rousseau

À ce stade, ce n'est pas seulement une histoire de moyens. D'abord, si l'agriculture est le premier budget européen, c'est tout simplement parce qu'il n'y a plus de budgets nationaux. On a un ministère de l'Agriculture en France mais dont l'essentiel des moyens sont des moyens européens dans l'action. Et donc ça, ça nous va bien et c'est une des raisons pour lesquelles aussi on est attaché à cette Europe mais pas de n'importe laquelle. Pas cette Europe technocratique qui prend des décisions à Bruxelles ou qui nous impose des dates d'action dans nos champs qui ne correspondent pas à la réalité. Donc nous, on a besoin de remettre de l'accorance. Et donc j'essaie d'être équilibré, voyez-vous.

Je ne dis pas l'Europe c'est tout mal, il faut mettre du protectionnisme, voilà. Je dis qu'on a besoin pour commercer de choses qui soient loyales et qu'on ne peut pas avoir d'un côté des accords commerciaux qui importent des produits sur ce continent avec des conditions de production qui ne sont pas les nôtres et de l'autre, exiger de l'agriculture française qui est reconnue comme étant une des plus durables des conditions de production qui ne sont pas tenables pour les producteurs.

15:50
Présentateur

Un mot avant d'aller au standard, Arnaud Rousseau, on entend votre colère face aux décisions européennes mais en réalité vous avez aussi remporté ces derniers mois une série de victoires. En novembre, la Commission européenne a renouvelé pour 10 ans l'autorisation du désherbant le plus controversé, le glyphosate. Le Parlement européen a rejeté une législation visant à réduire de moitié l'usage des pesticides dans l'Union d'ici à 2030. Vous aviez alors salué même une victoire. Vous êtes plus écouté que vous ne le dites en réalité. Vous savez, encore une fois,

16:21
Arnaud Rousseau

ce n'est pas une victoire ou une défaite qui m'intéresse, c'est les moyens de production qui sont donnés aux agriculteurs. Parlons des pesticides pour ne pas se dérober. Le sujet pour l'agriculteur, ce n'est pas d'utiliser des pesticides, le sujet pour l'agriculteur, c'est d'utiliser des moyens de production qui lui permettent d'avoir une production. Et dans un certain nombre de cas, quand il y a des alternatives, je veux le dire très clairement sur votre antenne, on est partant pour pouvoir les mettre en œuvre. Mais dans un certain nombre de cas, il n'y a pas d'alternative.

Et quand il n'y a pas d'alternative, si on ne met pas en œuvre les moyens de production tels que je dis, il n'y a pas de production. Et donc nous, on a besoin de continuer à produire. Sinon, on importe. Je peux prendre l'exemple de la cerise. Donc je le dis, sur le glyphosate, si demain, on peut trouver des alternatives, on sera ravis pour les mettre en œuvre. Ce qu'on dit, c'est qu'aujourd'hui, il faut mettre la recherche à l'œuvre pour apporter des solutions. Et il ne faut pas mettre les interdictions sans solution.

17:05
Présentateur

Stéphane, au Standard d'Inter, bonjour. Oui, bonjour. Vous nous appelez de Toulouse. Oui,

17:11
Auditeur

je vous appelle de Toulouse. Voilà, donc je voulais vous dire que ce que vous faites périodiquement la FNSEA à Toulouse en déversant du fumier devant la cité administrative, les impôts, devant Europe Écologie Les Verts est tout simplement intolérable. Et que ce qui est en train d'être fait à la 64 avec le blocage de l'autoroute sous protection policière, carrément, puisque vous êtes escorté et inqualifiable aussi. Et que si, moi j'ai fait la grève contre les retraites, on attend toujours la FNSEA. Mais si nous, on faisait la moitié de ce que vous faites, on finit tous en Toulouse.

17:49
Présentateur

Merci. Merci Stéphane. Que répond Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA, à cette colère de notre auditeur sur les blocages et les actions ?

17:59
Arnaud Rousseau

Je voudrais dire à votre auditeur que les agriculteurs se passeraient bien de ce qui est en train de se passer et préféraient être avec leur famille et au chaud en ce moment plutôt que de faire ce qu'ils font. S'ils le font, c'est parce qu'ils sont arrivés à un tel point de désespérance qu'ils ont envie de faire valoir leurs revendications et j'ai compris que votre auditeur avait aussi, lui, porté ce qu'est ce sont ses convictions dans le cadre de la réforme des retraites. Deuxième sujet, puisqu'il parlait de la réforme des retraites, je voudrais répondre. Aujourd'hui, les retraites agricoles sont les retraites les plus faibles de tous les secteurs d'activité économique.

Il y a eu une réforme la dernière qui a permis de dire qu'on allait pouvoir calculer les retraites agricoles sur les 25 meilleures années. Un an après, on attend toujours un rapport gouvernemental sur ce sujet. Vous voyez, ça c'est un exemple très concret.

18:38
Présentateur

Ça, vous allez en parler à Gabriel Attal tout à l'heure des retraites des agriculteurs parce qu'effectivement ça c'est un sujet de la paupérisation des agriculteurs et la paupérisation de leur retraite. C'est-à-dire que c'est vrai que c'est un sujet c'est étonnant parce que vous dénoncez souvent le manque de connaissances qu'ont les hommes politiques du monde agricole. Mais en même temps on en parle énormément on en parle de plus en plus et on parle de plus en plus de la douleur et des souffrances des agriculteurs. Est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe là-dedans ?

19:05
Arnaud Rousseau

Comme vous, je constate qu'effectivement il y a une attention. Cet exemple des retraites il est très éloquent. Vous savez que pour la plupart des agriculteurs ce sont des retraites de l'ordre de 1000 euros. Moins certaines fois avec des pensions de reversion qui sont entre 700 et 800 euros. C'est extrêmement faible. Tout ça sont des chiffres moyens il peut y avoir moins. Vous comprenez bien qu'après une vie de labeur c'est quand même juste indigent. Il y a eu une réforme des retraites qui a été votée à l'unanimité des parlementaires. Ce n'est pas si courant pour être souligné. Bien. On a dit on va commencer par faire un rapport pour poser le diagnostic il sera fait sous trois mois.

On est un an après il n'y a rien. Et donc effectivement j'entends les politiques dire on s'intéresse à vos questions on en parle souvent. La réalité c'est comment mon je vous parle sur les traites nous n'avançons pas.

19:46
Présentateur

Jackie au standard bonjour bienvenue vous êtes agriculteur éleveur on vous écoute.

19:51
Auditeur

Oui bonjour agriculteur éleveur dans le charolais je vous ai souvent à France Inter et souvent j'ai l'impression de répéter la même chose et ce matin je suis aussi adhérent l'œuvre de ça je vous ai précisé et ça tombe bien que quand j'ai écouté que le président allait voir le Premier ministre qu'il fasse bien passer ce message que j'ai écouté en effet l'agriculture est à un coup et ça on le répète tout le temps on nous parle d'inflation des prix alimentaires depuis un ou deux ans mais je pense que les prix alimentaires je le répète assez souvent n'ont jamais été à leur niveau depuis 35 ou 40 ans Madame Salamé parlait des aides de l'Europe les aides de l'Europe les ont aimé en place j'étais étudiant dans les années 95-96 parce qu'on nous a expliqué qu'il ne fallait pas que l'alimentation coûte trop cher et du coup en compensation on nous donnait des aides aujourd'hui les aides il faut les obtenir en appliquant des clauses environnementales mais ça on le fait et par contre l'acte d'achat derrière et bien non en effet on achète des produits bon marché on discute avec la grande distribution dès qu'ils mettent des produits en promotion du poulet qui est un chépadou c'est ce qui part en premier mais on n'arrête pas de l'expliquer aux gens mais on a l'impression que les gens ne comprennent rien mais c'est ça

20:52
Présentateur

vous avez raison c'est-à-dire que c'est aussi vous demandez merci vous demandez à l'Etat vous demandez à Gabriel Attal mais c'est aussi une responsabilité de tous les Français est-ce qu'au fond à la fin des fins il faut accepter de payer un peu plus cher ce qu'on achète parce que comme ça on fait travailler les agriculteurs français et européens

21:11
Arnaud Rousseau

la réponse est évidemment oui d'ailleurs on n'attend pas tout l'Etat moi je redis que l'agriculteur il a envie de vivre de son métier il n'a pas envie de vivre toute la journée de subsides et ce qu'ouvre votre auditeur adhérent de la FDSEA que je salue c'est l'idée que dans les négociations commerciales qui ont lieu en ce moment qui sont extrêmement difficiles on est juste la reconnaissance du travail de l'agriculteur c'est-à-dire la protection de la matière première agricole on ne peut pas vendre notre matière première agricole qui n'est pas un minerai qui est une production de valeur en dessous de nos coûts Bruno Le Maire

21:43
Présentateur

dit que nous serons intraitables avec les distributeurs qui ne respecteront pas les dispositions de la loi Égalim qu'il multipliera dès cette semaine les contrôles ça vous rassure ?

21:53
Arnaud Rousseau

Il est temps non ça ne me rassure pas parce que j'observe aussi qu'aujourd'hui un certain nombre de négociations se passent dans le cadre européen c'est-à-dire que les grandes centrales d'achat de la grande distribution ont finalement quitté la négociation française pour une partie d'entre elles pour aller dans des centrales d'achat européennes qui contournent cette loi Égalim et donc moi j'appelle là aussi Bruno Le Maire à colmater les brèches l'objectif c'est pas de s'opposer entre industrie agroalimentaire et grande distribution l'objectif c'est que chacun puisse vivre et de proposer à nos compatriotes des produits de qualité qui ne sont pas des produits d'importation et le faire dans un cadre qui permet à l'agriculteur de vivre et oui Léa Salamé vous avez raison demain promouvoir notre modèle agricole européen et singulièrement français qui est un modèle de qualité qui est un modèle familial ça passe par l'acceptation du juste prix du paiement de l'alimentation

22:38
Présentateur

On dépasse totalement le temps mais je vais quand même vous poser la question le gouvernement devait présenter le 24 janvier prochain un projet de loi d'orientation agricole mais il a décidé de le reporter Marc Fénaud dit le ministre prenons notre temps n'allons pas trop vite qu'est-ce que vous lui dites ?

22:52
Arnaud Rousseau

Que ça fait plus d'un an qu'on en parle donc prenons notre temps moi je suis très bien moi ce qui m'intéresse c'est qu'est-ce qu'il y a dedans et qu'est-ce qu'il apporte comme solution concrète pour les agriculteurs le plus tôt sera le mieux tout ce qui allait dans le cadre de l'installation et la transmission va dans le bon sens nous on a très envie de parler de compétitivité on a très envie

23:07
Présentateur

de parler de souveraineté et ça c'est nécessaire et rapide Donc rendez-vous pour vous ce soir chez le Premier Ministre Gabriel Attal Merci Arnaud Rousseau d'avoir été au micro d'Inter ce matin