François Ruffin démonte l'élite française chez Bourdin !
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Je souhaiterais aujourd'hui qu'il y ait l'expression d'une révolte sociale en toute franchise.
Vous souhaiterais que les grèves se multiplient, que les manifestations se multiplient, et que la colère se traduise dans les faits, dans la rue, sur le pavé.
Je souhaiterais que soient identifiés des adversaires, parce que vous savez, ce n'est pas comme si on était dans un pays où tout allait mal. Là, on vient de parler des plans sociaux, mais si on lit la presse économique, quand je lis les échos, j'ai ça, moi. Toujours plus haut, des ailes aux bourses mondiales, une pluie de record, le CAC 40 a pulvérisé son dernier record, les géants du CAC 40 ont généré plus de 145 000 euros de profit en 2023, etc. Donc ça va bien. Donc j'aimerais une colère sociale qui, en effet, se dise « Mais bon sang, comment ça se fait que ceux qui ont tenu le pays debout, les ouvriers, les employés, sont aujourd'hui rationnés, tandis que ça se gave là-haut ?
» Je souhaiterais cette colère sociale. Je ne pense pas qu'elle aura lieu. Je redoute que ce soit la résignation qui l'emporte. Les Français sont à même d'accepter une élite, une élite qui les dirige, si c'est une élite qui les protège. Mais depuis 40 ans, on n'a pas une élite qui les protège, on a au contraire une élite qui livre le pays, qui livre les meilleurs morceaux du pays. Pensez à nos fleurons industriels, Arcelor, Alstom, Alcatel, rien que pour l'EA. Mais on peut penser à Péchiné, on peut penser à plein d'autres groupes, que nos élites, à la place de les protéger, ont livré aux fonds de pension, ont livré à la mondialisation.
Et donc, il y a un refus dans la durée d'une élite qui ne protège plus. Les élites qui nous dirigent sont aujourd'hui les personnes qui sont les plus déconnectées de l'ordinaire des Français. J'avais déjà écrit un livre sur Emmanuel Macron qui s'intitulait « Ce pays que tu ne connais pas ». Mais on a fait une classe de dirigeants médiatiques, politiques et pour partie économiques, qui aujourd'hui vivent dans une autre réalité, qui connaissent mieux parfois ce qui va pouvoir se passer à New York, que ce qui va pouvoir se passer sur la zone industrielle en Picardie. La police de la République a été utilisée pour surveiller le petit journal Fakir et le journaliste indépendant que je suis.
Est-ce que la police est juste convaincue que les policiers préféraient se consacrer à la lutte contre les violences conjugales, à la répréhension de la délinquance financière, à la lutte contre le trafic de grogues, ou là, puisque c'est les haut-gradés des services de renseignement, à la lutte contre le terrorisme, plutôt que de perdre leur temps pour la protection personnelle de Bernard Arnault, qui risquait quoi ? Une intervention lors d'une assemblée générale d'actionnaires ? Enfin, jamais nous n'avons fait preuve de violence, vous voyez ? Donc, comment ça se fait que, quand on est la première fortune de France, on peut avoir la police de la République qui sert des intérêts privés ?
Comment on peut échapper à la justice, faire un gros chèque et avoir une justice d'excès ? L'Europe ouverte à tous les vents mauvais de la mondialisation, ça suffit. Nous avons un choix. C'est soit on ne veut plus d'industrie chez nous, et on continue ce qui se fait depuis 40 ans, et on signe tous les accords internationaux, on respecte les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce, en étant les seuls à la respecter. Soit on dit qu'on veut une industrie dans notre pays, qu'on veut défendre nos entreprises, qu'on veut défendre nos emplois.
Il faut aller peser, mais ça, ça fait maintenant longtemps qu'on le raconte, il faut aller peser pour avoir des protections douanières, pour avoir des taxes frontières, pour avoir des protections de l'Europe. D'abord, si l'Europe n'est pas fichue de le faire, il y a des mesures qui peuvent être prises en France, type un Buy French Act ou des choses comme ça. Qu'a fait la France ? Quelles sont les sanctions qui ont été prises ? La France aurait pu reconnaître la Palestine. La France, comme membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, elle aurait pu demander un cessez-le-feu en son nom. En tant que membre de l'Union Européenne, elle aurait pu demander la fin de l'accord commercial.
Elle a demandé un cessez-le-feu avec les Etats-Unis, à plusieurs reprises.
Elle n'a pas déposé quelque chose en son nom, en disant, voilà, nous demandons un cessez-le-feu immédiat devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Sud Radio, l'invité politique, Jean-Jacques Bourdin.
8h35, notre invité François Ruffin, France-Israël. Demain, vous aimez le foot, vous adorez le foot, vous êtes comme moi. Vous regarderez le match ?
Je serai en salle de cinéma au Quénois, du côté de Valenciennes, vous savez, en souvenir de Merci Patron, que j'avais tourné avec Marie-Hélène Bourlard. Et donc, je suis réinvité à aller sur ces terres pour présenter mon nouveau film. Donc, je ne serai pas devant ma télévision, ni au stade de France. Ni au stade.
Vous y seriez allé ?
Non. Peut-être, non ? Vous savez que dès le 7 octobre de l'année dernière, dès qu'il y a eu les attaques sur les kiboutzes israéliens, j'ai avec force dit que c'était des actes terroristes qui étaient commis par le Hamas et montré toute ma compassion évidente à l'égard des familles de victimes. Qu'est-ce qui s'est passé depuis ? On a plus de 45 000 morts qui sont en majorité des femmes et des enfants, des innocents. On a les hôpitaux qui sont détruits. On a des personnes qui sont opérées sans anesthésie. On a des millions de déplacés. On a une situation que l'ONU caractérise d'apocalyptique. Qu'a fait la France ? La France aurait pu reconnaître la Palestine.
La France, comme membre du Conseil de sécurité des Nations Unies, elle aurait pu demander un cessez-le-feu en son nom. En tant que membre de l'Union Européenne, elle aurait pu demander la fin de l'accord commercial. Elle a demandé un cessez-le-feu avec... L'inertie de la diplomatie française, en fait du chef de la diplomatie française, qui est Emmanuel Macron, qui mène une politique à la godille. Parce qu'un jour, il dit que ce qui est fait par Benyatmin Netanyahou relève de la barbarie, et que ce n'est pas par la barbarie qu'on mène à la civilisation. Et le lendemain, il continue à avoir des affaires courantes avec Israël. Ça concerne évidemment la France.
Mais au-delà de ça, qu'est-ce que l'Occident renvoie aux pays du Sud aujourd'hui ? Comment on va pouvoir continuer à être crédible dans les pays du Sud, en leur parlant des droits humains, en leur parlant d'intervention humanitaire ? Quand cette tragédie se déroule à nos portes, et que l'Occident, la France, l'Europe, les Etats-Unis laissent faire.
Il faut qu'il y ait des protestations contre la politique de Benyatmin Netanyahou, non seulement à Gaza, mais aussi Jordanie, mais maintenant au Liban, avec un embrasement généralisé de la région, et que du côté de la France, du côté de l'Union Européenne, on dise non, on dit stop, au-delà des interdictions de choses et d'autres, c'est qu'il y a une politique claire de la diplomatie française. Et vous savez, pendant longtemps, de Jacques Chirac à François Mitterrand, on a su mener une politique à l'égard d'Israël et à l'égard de la Palestine qui était claire et qui nous permettait de nous faire entendre partout et qui faisait qu'on avait une voix forte de la France.
Cette voix forte de la France, elle a disparu depuis un an. On n'entend rien, on n'entend que de la confusion. Donc je demande que la France et que l'Europe aient une voix forte pour s'opposer à la politique menée par Benjamin Netanyahou, qui nous rendent crédibles aussi à l'égard des pays du Sud.
Bien, François Ruffin, le budget, la partie recette a été rejetée, le texte est parti au Sénat, il va revenir, commission mixte paritaire, je vous vois soupirer, commission mixte paritaire, et que va-t-il se passer ? Ce qui était prévu au départ, c'est-à-dire 49-3, émotion de censure. Voilà, c'est écrit. François Ruffin, à quoi ont servi tous ces débats ?
Écoutez, on est dans un imbroglio, un chaos. Vous dire que ce que a fait le président de la République, le 9 juin au soir, continue de peser. On avait déjà une instabilité sociale, une instabilité économique dans le pays, une instabilité budgétaire, il y a rajouté de l'instabilité politique.
Mais c'est les Français qui ont voté. François Ruffin,
qui ont créé l'instabilité politique. Non, non, non, non, c'est le président de la République qui a choisi de mener une dissolution improvisée, et en déclarant à cette époque-là, je vous le rappelle, qu'il jetait une grenade dans les pattes des partis. Il n'a pas jeté une grenade dans les pattes des partis, il l'a jeté dans les pattes du pays, dans les pattes de la démocratie. Et on voit aujourd'hui qu'on a une situation qui est complètement confuse, qui est en lambeau, avec un espèce d'imbrauglio auquel personne ne comprend rien. Alors, dans un premier temps, les députés à l'Assemblée nationale, nous avons posé pour qu'il y ait une taxe sur les super profits, d'un côté.
Donc ça, c'est pour que les gros payent plus gros, et pour que les petits payent plus petits, nous avons annulé la taxe de la hausse sur l'électricité. Bon, mais on voit très bien que tout ça est annulé par derrière, avec le bloc central, on va dire, plus le Rassemblement national qui vient à son secours, mais tout ça nous amène juste dans une situation de grande confusion, où, à mon sens, sorti de l'Assemblée nationale, plus personne ne comprend rien.
Bien, mais le budget sera adopté probablement avec 49,3, et motion de censure, nous verrons, vous voterez la motion de censure.
Je voterai la motion de censure.
Oui, qui va la déposer ? On s'en sait rien, on va voir ça, on a encore quelques temps pour ça. Mais ça montre aussi, est-ce que ça ne montre pas aussi que la gauche était incapable de gouverner ? Puisque ce budget a été construit par le NFP, et que le NFP a recueilli combien ? 192 voix à l'Assemblée. Comment auriez-vous plus de gouverner ? Vous demandiez Lucie Casté au pouvoir, je me souviens, mais elle était incapable de gouverner, non ?
De toute façon, on peut dire que dans la situation qui est la nôtre aujourd'hui, on a une France qui est... une Assemblée nationale qui, pour moi, représente une France, une France découpée en trois blocs, et où il est bien difficile de gouverner dans cette situation-là. Maintenant, on ne va pas revenir, je n'ai pas envie de revenir là-dessus, mais enfin, la force qui arrivait en tête, c'est quand même la gauche. Emmanuel Macron pouvait donner sa chance à une Lucie Casté à Matignon.
192 voix.
Quitte à ce qu'à l'arrivée, on voit qu'on était incapable d'élargir le bloc que nous représentions. Mais avec LFI, comment auriez-vous élargi ? Ça n'est pas à Emmanuel Macron de censurer à priori. Eh bien, on aurait bien vu, d'accord, M. Bourdin ? On aurait bien vu, c'est-à-dire ? Est-ce que ça sert à quelque chose d'en parler au conditionnel passé ? Je veux dire, moi, je viens ici, M. Bourdin, avec sérieux. Qu'est-ce qui se passe dans notre pays ? Oui.
Alors, parlons des crises sociales.
Bah oui. Alors, parlons des crises sociales. Je vous dis le problème que nous... Je vais vous faire le lien entre les deux. Nous sommes dans un temps de tempête. Et dans ce temps de tempête-là, nous n'avons plus de capitaines et nous n'avons plus d'équipage. On a un bateau France qui part à volo. Voilà la situation dans laquelle le président de la République nous a mis. Il n'y a plus personne à bord. Et donc, on va faire de la gestion à la petite semaine quand ça souffle fort. Vous voyez ? Quand on revient...
Alors, quelles mesures prend-on quand ça souffle fort ?
Écoutez, je vous dis... Pour sauver nos entreprises, par exemple. Les PME, TPE. Je vais vous dire une chose simple sur l'industrie. Oui. Ça suffit, M. Bourdin. On augmente les salaires ? Non, mais ça suffit, M. Bourdin. Oui. Ça suffit. Ce qu'on a vu pendant 40 ans, ça suffit. Je l'ai dit, je l'ai répété, ça suffit maintenant. L'Europe ouverte à tous les vents mauvais de la mondialisation, ça suffit. Maintenant, nous avons un choix. C'est soit on ne veut plus d'industrie chez nous et on continue ce qui se fait depuis 40 ans et on signe tous les accords internationaux et on respecte les règles de l'Organisation mondiale du commerce en étant les seuls à la respecter.
Soit on dit qu'on veut une industrie dans notre pays, qu'on veut défendre nos entreprises, qu'on veut défendre nos emplois.
Et comment fait-on seul pour défendre nos entreprises et pour avoir une industrie dans notre pays ? Est-ce qu'il ne faut pas plus d'Europe ? Plus d'Europe sociale ? Plus d'Europe économique ?
Il faut aller peser, mais ça, ça fait maintenant longtemps qu'on le raconte, il faut aller peser pour avoir des protections douanières, pour avoir des taxes frontières, pour avoir des quotas d'information. De l'Europe. D'abord, si l'Europe n'est pas fichue de le faire, il y a des mesures qui peuvent être prises en France, type un Buy French Act ou des choses comme ça. Mais maintenant, c'est plus possible. On a sauvé une boîte dans mon coin qui s'appelle Metex, qui fabrique des acides aminés. D'accord ? C'est deux fois plus cher qu'en Chine. Pourtant, ça pollue cinq fois moins qu'en Chine. Et qu'est-ce qui vient combler ?
Ce sera des dizaines de millions d'euros de subventions, objectivement, qui vont venir combler ça. Et c'est à peu près tout le secteur manufacturier, toute l'industrie, qui est sous perfusion de la même manière, parce qu'en étant ouvert à une Chine et de l'autre côté à des Etats-Unis qui, eux, pratiquent le protectionnisme, qui, eux, protègent leur industrie.
Mais dites-moi, comment faites-vous alors que l'énergie et la main-d'oeuvre coûtent plus cher en Europe et notamment en France qu'ailleurs dans le monde ?
Comment faites-vous ? C'est justement pour ça que je... Mais ça, moi, c'est pas une découverte d'aujourd'hui. Non, non, non. J'ai écrit un livre qui réclamait du protectionnisme au début des années 2010.
Mais protectionnisme français ou européen ?
Écoutez, il faut le mettre en place au niveau européen. Aujourd'hui, par exemple, il faudrait qu'on ait une taxe sur le carbone importé. Qu'on se dise, ben voilà, tout ce qui est fait à partir de charbon dans les grands pays qui utilisent le charbon et le premier pays à utiliser du charbon, c'est la Chine. Eh bien, tout ce qui est importé de là-bas contient du charbon. Ça permettrait de résoudre possiblement trois choses en même temps. Un, ça nous fait une protection industrielle. Deux, ça fait qu'on comble un déficit budgétaire puisque ça ferait des ressources par les taxes aux frontières. Trois, ça remettrait la question écologique puisqu'on a aujourd'hui une transition qui est en panne.
Mais si jamais... Et vous savez, ça a des conséquences politiques. C'est lié à ce qu'on se racontait précédemment. Comment ? Ça fait 40 ans que ça dure. Vous savez, quand on regarde Michelin, chez moi, c'était Continental, c'était Goodyear, c'était Bridgestone, rien que dans ma région. C'est toujours la même histoire qu'on laisse se recommencer. Oui, parce que les coûts d'énergie sont plus élevés ici, parce que le coût du travail, évidemment, il est plus élevé ici qu'en Chine. Et je vous dis, ça a des conséquences politiques. Pourquoi ? Parce que les Français sont à même d'accepter une élite, une élite qui les dirige, si c'est une élite qui les protège.
Mais depuis 40 ans, on n'a pas une élite qui les protège, on a au contraire une élite qui livre le pays, qui livre les meilleurs morceaux du pays. Pensez à nos fleurons industriels, Arcelor, Alstom, Alcatel, rien que pour l'EA. Mais on peut penser à Péchiné, on peut penser à plein d'autres groupes que nos élites, à la place de les protéger, ont livré au fonds de pension, ont livré à la mondialisation. Et donc, il y a un refus dans la durée d'une élite qui ne protège plus. Eh bien, il faut qu'on retrouve une élite qui protège. Vous savez, moi, je viens de la région Picardie, c'est la région de 1868, se produit la grande jacquerie.
Parce que deux années auparavant, il y a eu la bataille de Poitiers. Et à la bataille de Poitiers, les soldats, les roturiers, ont vu les aristocrates, les nobles, fuir devant les Anglais. Mais ils se sont dit, mais si c'est ça, notre élite qui nous dirige, on ne va pas la respecter. Puisqu'elle ne nous protège pas, elle ne nous sert pas de bouclier. Et donc, quand ils sont rentrés dans leur village, ils ont raconté que cette élite-là ne les protégeait pas. Et ils se sont mis à rouler.
Est-ce que, selon vous, nous sommes au bord d'une révolte sociale dure ?
Non. Je crains que non. Je souhaiterais, aujourd'hui, qu'il y ait l'expression d'une révolte sociale en toute franchise. Vous souhaiterez
que les grèves se multiplient, que les manifestations se multiplient, et que la colère se traduise dans les faits.
Je souhaiterais et que soient ils ont utilisé des adversaires. Parce que, vous savez, ce n'est pas comme si on était dans un pays où tout allait mal. Là, on vient de parler des plans sociaux. Mais si on lit la presse économique, quand je lis les échos, j'ai ça, moi. Toujours plus haut. Des ailes aux bourses mondiales. Une pluie de record. Le CAC 40 a pulvérisé son dernier record. Les géants du CAC 40 ont généré plus de 145 000 euros de profits en 2023, etc. Donc, ça va bien. Donc, j'aimerais une colère sociale qui, en effet, se dise, mais bon sang, comment ça se fait que ceux qui ont tenu le pays debout, les ouvriers, les employés, sont aujourd'hui rationnés, tandis que ça se gave là-haut ?
Je souhaiterais cette colère sociale. Je ne pense pas qu'elle aura lieu. Je redoute que ça soit la résignation qui l'emporte. Mais il y aura une autre traduction. C'est une colère politique. C'est une colère politique froide et qui se dessine dans la durée.
cette colère politique qui a bénéficié au Rassemblement National au départ, qui commence à être vue par la gauche. C'est vrai qu'elle a un peu oublié, vous l'avez dit vous-même, François Ruffin. Ce sera l'axe de votre programme pour la présidentielle ?
Écoutez, on n'est pas à la présidentielle. On n'est pas, mais vous y pensez. Vous l'avez dit. Dire qu'il faut, vous savez, ces propos, moi je peux même m'appuyer sur des propos du président de la République pendant la crise Covid. Vous savez, quand il disait, il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ses femmes et ses hommes, que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. Voilà, les travailleurs de la deuxième ligne à qui on avait produit reconnaissance et rémunération. qui n'ont eu droit qu'à l'inflation. Ce sera votre discours.
Ça a toujours été votre discours. Ce sera le discours que vous porterez en 2027.
Ce sera le discours que je porte maintenant depuis quasiment 20 ans, même avant d'être député. Ce sera le discours que je porterai dans les années à venir et ce sera le discours que je porterai encore pour très longtemps. Mais même quand le président de la République disait déléguer notre alimentation, notre protection, notre santé, notre cadre de vie à d'autres est une folie. Eh bien oui, on est dans un régime de folie, la folie du libre-échange. Je serai l'une des voix qui viendra réclamer, qui réclame avec force et avec constance qu'on sorte de cette folie-là. Je ne dis pas que ça se fait en claquant des doigts. Je ne dis pas que les choses sont simples.
Et il ne s'agit pas de passer du tout à l'autarcie d'un côté. Mais il nous faut de la régulation. Il nous faut de la régulation des gestions internationaux.
François Ruffin, vous avez assigné LVMH en justice ou réclamé un euro symbolique pour avoir été espionné pendant le tournage de votre film Merci Patron. Bernard Squarsini, qui est l'ancien directeur central du renseignement intérieur, comparé pour plusieurs infractions. Il vous espionnait ?
Ah oui, c'est sûr. Il est prouvé que Bernard Squarsini et l'autre Bernard reçu, Bernard Arnault, il y a eu des gens qui ont été envoyés pour fouiller les poubelles de fakir, pour me surveiller, pour avoir un trombinoscope, pour relever les plaques minéralogiques, pour avoir les adresses de tout le monde. Ça va être établi, donc c'est déjà dans les documents de la justice, mais ça va être montré au grand jour lors des audiences qui auront lieu devant le tribunal de Paris. Que voulez-vous qu'il soit condamné et que... D'abord, vous savez, vous imaginez si ça avait été l'inverse.
Vous imaginez si c'était moi qui avais fait filer Bernard Arnault, qui avait relevé ses plaques minéralogiques, qui avait surveillé son emploi du temps, qui avait installé une top, parce qu'ils ont quand même installé une top à l'intérieur de notre rédaction, mais aussi qui avait utilisé la police de la République. La police de la République a été utilisée pour surveiller le petit journal Fakir et le journaliste indépendant que je suis.
Est-ce que la police est juste convaincue que les policiers préféraient se consacrer à la lutte contre les violences conjugales, à la répréhension de la délinquance financière, à la lutte contre le trafic de grogues, ou là, puisque c'est les hauts gradés des services de renseignement, à la lutte contre le terrorisme, plutôt que de perdre leur temps pour la protection personnelle de Bernard Arnault, qui risquait quoi ? Une intervention lors d'une assemblée générale d'actionnaires ? Enfin, jamais nous n'avons fait preuve de violence, vous voyez ? Donc, comment ça se fait que quand on est la première fortune de France, on peut avoir la police de la République qui sert des intérêts privés ?
Comment on peut échapper à la justice, faire un gros chèque et avoir une justice d'exception ?
Je termine avec votre dernier film, Au Boulot. Je l'ai vu. Est-ce que vous avez voulu... Alors, vous avez voulu mettre en avant, évidemment, toutes celles et ceux qui travaillent au SMIC ou autour du SMIC, qui ont des difficultés au quotidien. Ils sont très émouvants, d'ailleurs, dans votre film. Mais est-ce que vous avez voulu ridiculiser Sarah Saldeman, qui est l'actrice principale, parce qu'elle est d'un ridicule absolu dans ce film, bête et méprisante ? Non, mais moi, je vous dis ce que je pense. Allez-y. Je vous dis ce que je pense. Est-ce que vous avez ri ? J'ai ri parfois, oui. Parfois, j'ai ri. Parfois, j'ai ri devant la bêtise.
J'espère que ce film procure déjà des rires et des larmes, vous voyez ? Procure de l'émotion. Parce que dans les temps de morosité, de dépression, je pense que le mot qui caractérise le mieux la France aujourd'hui, c'est la dépression. Dans les temps de dépression que nous vivons, remettre des rires, remettre de la joie, c'est déjà, au moins, un acte politique.
Vous regrettez de l'avoir mobilisé pour ce film ?
Non, je pense qu'elle fait... Actrice principale avec vous ? Elle fait le sel du film, en un sens. Pourquoi ? Parce qu'il est sûr qu'en comparaison, les gens ordinaires apparaissent comme extraordinaires.
Alors, Sarah Salman, beaucoup ne la connaissent pas, et c'est heureux, mais c'est une jeune femme qui est très riche et qui, tout à coup, découvre la vie des personnes de tous les jours. et qui ne comprend pas comment on peut livrer un colis, comment on peut aider une personne âgée, comment... Mais c'est hallucinant, c'est hallucinant de... Comment peut-on être si loin de la réalité du quotidien des gens ?
Vous savez, j'avais écrit un livre... Parce que les milliardaires sont tous comme ça ? D'abord, je doute qu'elles soient milliardaires. Oui, enfin bon, pas milliardaires, mais... Non, je pense que nous avons un problème aujourd'hui, c'est que les élites qui nous dirigent sont aujourd'hui les personnes qui sont les plus déconnectées de l'ordinaire des Français. J'avais déjà écrit un livre sur Emmanuel Macron qui s'intitulait « Ce pays que tu ne connais pas ».
Mais on a fait une classe de dirigeants médiatiques, politiques, et pour partie économique qui aujourd'hui vivent dans une autre réalité, qui connaissent mieux parfois ce qui va pouvoir se passer à New York que ce qui va pouvoir se passer sur la zone industrielle en Picardie. Et je crains que pour partie Sarah Salmane soit à l'image d'une élite qui s'est déconnectée que ça. Vous savez, s'il y avait des gens déconnectés, ce n'est pas si gras que ça, mais qui donne des leçons aux Français ordinaires depuis la hauteur des plateaux télé.
Et donc moi, je lui reconnais ce courage d'être descendu de son piédestal et d'avoir été parlé d'égal à égal avec les salariés de l'industrie agroalimentaire, avec les auxiliaires de vie, avec les livreurs, avec les poseurs de fibre optique, c'est-à-dire avec tous ceux et comptent parmi vos auditeurs.
Mais les acteurs principaux de ce film, effectivement, ce sont les travailleurs. Ce sont ceux qui tiennent
le pays de vous. Mais elle, vous l'avez payé ? Non. Vous savez, dans le cinéma documentaire, il y a une interdiction, M. Bourdin, de verser un euro de le maquillage. Oui, voilà, le maquillage, le café au bistrot, tout ça, ok ? Oui, d'accord. Et revanche, il y a une interdiction.
Et le croque-monsieur à 54 euros, qui a payé ?
Il a été payé par la production. En effet, c'est sûr que quand on dit aux gens, mais vous savez, le problème qu'on a, c'est qu'on a aujourd'hui deux invisibles. Il y a un invisible d'en bas, les travailleurs que j'ai lancés, mais il y a un invisible d'en haut. C'est-à-dire, quand je dis 150 milliards d'euros de dividendes, qu'est-ce que ça signifie ? Où est-ce qu'ils partent ? Vous voyez ? Ça n'est pas vu. Eh bien, il faut le rendre visible. Alors oui, c'est un sac à 20 000 euros, c'est un croque-monsieur à 3 000 euros, c'est un niveau de vie que les gens n'imaginent pas.
Eh bien, merci de défendre, là, je vous rejoins, on n'est pas d'accord sur tout, mais là, je vous rejoins, merci de défendre celles et ceux qui travaillent au quotidien et qui en bavent au quotidien. Merci, François Ruffin. Merci à vous et merci à eux et à elles. Il est 8h56. Peace.
François Ruffin