Vote de la censure : pari perdu pour Marine Le Pen ? - C à Vous
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Ca le consacre en véritable parti d'opposition avec LFI. - A.-E.Lemoine: Dernier élément, un sondage. - P.Cohen: Qui semble contredire tout cela.
Des intentions de vote où M.Le Pen dominerait le premier tour de la tête et des épaules entre 36 et 38 % des voix. Sondage réalisé après le vote de censure. - A.-E.Lemoine: D.Reynié, le RN est gagnant ou perdant de cette motion de censure? - D.Reynié: Depuis les débuts, je pense qu'il a presque tout perdu.
On a peut-être un sondage qui nous dit autre chose. - A.-E.Lemoine: Que les militants ne semblent pas en tenir rigueur à M.Le Pen. - P.Cohen: Les sympathisants... - D.Reynié: Aux européennes, la liste menée par J.Bardella faisait 31 %.
On est dans ce niveau. Ca peut agréger momentanément des citoyens qui sont mécontents. Depuis la censure, ils ont l'impression que la classe politique ne fait pas son travail.
Elle se dispute, alors que l'affaire est grave. Cette enquête contient cela. Si nous avons un gouvernement qui, vaille que vaille, se met en place, commence à travailler sans faire de miracles, qu'il essaye de faire fonctionner le pays.
Là, on pourra faire une enquête pour voir où en est M.Le Pen. Ce que les Français veulent aujourd'hui, ce n'est pas un bouleversement, une révolution, ce n'est pas une rupture.
C'est que les affaires reprennent normalement. Mon sentiment, c'est qu'elle perd. M.Le Pen en particulier.
Dans l'édito de P.Cohen, il y a cette situation...
Je me demande si la situation dégradée de M.Le Pen ne va pas, au sein du parti, faire commencer à travailler l'idée d'une substitution assez rapide par J.Bardella. - P.Cohen: L'aléa judiciaire sera révélé dans quelques semaines.
Une décision importante, c'est le maire LR de Caluire-et-Cuire, dans la banlieue lyonnaise, qui a été condamné pour détournements de fonds. Il sera démis de tous ses mandats. Il est chef de file de l'opposition à la métropole de Lyon.
Mêmes délits et mêmes acteurs judiciaires que pour M.Le Pen. Une décision du tribunal judiciaire de Paris.
Il y a une jurisprudence qui s'installe pour tous les élus condamnés pour détournements de fonds. On peut penser que c'est de mauvais augure pour M.Le Pen. - D.Reynié: Oui.
Il faudra ensuite que l'on regarde l'effet sur l'opinion, qu'une décision de justice élimine une candidate majeure. - A.-E.Lemoine: Ca peut cristalliser... - D.Reynié: Oui.
Le RN, jusqu'ici, c'était un parti qui promettait un ordre ordinaire, sans révolution, l'autorité, les frontières, la sécurité...
Ca correspond à une demande forte et frustrée. Nous avons un parti qui a fait un tomber un gouvernement à qui les Français ne reprochaient pas grand-chose. C'est une façon de montrer que l'on n'ignore pas absolument le RN.
Quand il se met à voter, il y a des effets concrets. Le RN n'a pas raison de continuer à dire qu'on les ignore, qu'on les méprise. Les effets sont considérables.
On a une situation sans gouvernement. - A.-E.Lemoine: Hier, E.Macron a promis de nommer un Premier ministre dans les 48 heures.
Ce sera peut-être pour demain. Demain, le chef de l'Etat reviendra de son voyage en Pologne. Plus qu'un nom, c'est d'abord la méthode qui est cherchée. - D.Reynié: C'est la méthode pour former une équipe.
Une fois qu'on aura une équipe, quelle équipe pour quoi faire? Il faut que les gens qui nous écoutent sachent que nous n'avons pas de majorité parlementaire. Nous n'en aurons pas avant longtemps.
Nous n'avons pas d'élections. On ne peut pas s'en sortir avec une élection. A supposer qu'on ait une élection présidentielle...
L'Assemblée serait la même. Pas de solution parlementaire, pas de solution électorale. Et pour arranger le tout, pas d'argent.
C'est une configuration difficile. - A.-E.Lemoine: Pour que ça fonctionne, à gauche et à droite, il faut abandonner des réformes symboliques comme la réforme sur les retraites et la loi sur l'immigration? - D.Reynié: C'est un préalable, aujourd'hui.
Il n'y aura pas de gouvernement porteur de grandes réformes. Ce sont de grandes idéologies quand il y a une victoire électorale. Quand on a gagné sur un programme, on l'applique et on fait une grande loi.
Tout le monde a perdu. Il n'y a pas de raison de sortir une grande loi ou un grand projet. - A.-E.Lemoine: Un gouvernement a minima qui va voter un budget et expédier les affaires courantes. - D.Reynié: Je n'ai jamais cru au gouvernement technique.
Pour moi, c'est de la politique. Je préfère un gouvernement politique qui mène, de manière technique, les affaires du pays. Sans grande controverse qui fracture l'Assemblée à nouveau, qui fait pousser les ailes à ceux qui veulent censurer le gouvernement...
Il n'y a pas que LFI et le RN. Si on trouve 80 députés pour se joindre à une motion de censure, on recommence. On peut les trouver sans difficulté.
Il faut une vision très modeste... - A.-E.Lemoine: Voire immobiliste. - E.Tran Nguyen: Ce n'est pas très ambitieux. - D.Reynié: Pour éviter les situations catastrophiques qui nous attendent...
On a vraiment une situation budgétaire très mauvaise. Il ne faudrait pas que les marchés financiers considèrent que nous sommes sur une voie qui les inquiète plus que tout et augmente leurs taux d'intérêt. Ils nous obligent à emprunter moins et à faire des coupes.
Elles seraient brutales et personne ne voudrait les assumer. - E.Tran Nguyen: En attendant ce Premier ministre, O.Faure a rappelé ce matin qu'il voulait un Premier ministre de gauche.
Il a récusé le nom de F.Bayrou, le tout en ne fermant pas la porte. - O.Faure: On ne peut pas passer notre vie à dire "non".
Une fois qu'on a un pays bloqué, il y a une crise économique. Ceux qui en souffrent, ce sont les Français. Ma boussole, ce sont les Français. - E.Tran Nguyen: On a du mal à comprendre la posture d'O.Faure. "On veut ça, mais on ne dira pas 'non'à tout." Il faut monter les enchères? - D.Reynié: Nous sommes en plein parlementarisme.
Nous avons un chef de parti, O.Faure, qui doit s'adresser à l'opinion. Il pense à envoyer un message au président de la République, mais aussi à ses propres troupes. - P.Cohen: Quelques mois avant un congrès. - D.Reynié: "Je ne veux pas céder sur un Premier ministre de gauche.
Je vous représente, je suis dans le combat. Si ce n'est pas le cas, on verra pour la censure." Il ne dit pas qu'il censurera si le Premier ministre n'est pas de gauche.
Ce serait une destruction du projet de trouver un gouvernement. Il fait savoir à ses troupes qu'il est opposé à un Premier ministre qui ne serait pas de gauche, mais ce n'est pas une définition très claire. Ce sont toutes ces subtilités rhétoriques qu'il est devenu passionnant d'étudier aujourd'hui. - P.Cohen: Vous pensez que beaucoup de gens Se passionnent?
Je ne pense pas. - A.-E.Lemoine: La présence des socialistes, des communistes et des écologistes a fait réagir LFI. - M.Bompard: Si certains vont s'aventurer dans une grande coalition avec la droite et les macronistes, voire jusqu'à une participation à un gouvernement d'union nationale ou "d'intérêt général", comme a dit le président de la République, ce serait une fracture dans le NFP.
Je leur dis, "revenez à la maison". - A.-E.Lemoine: "Revenez à la maison".
J.-L.Mélenchon est plus clair: "Qui pense gagner un seul siège sans nous?" C'est une menace. - D.Reynié: C'est la menace qui pèse depuis le début.
Tout le mal vient de là. Il y a aussi les municipales en ligne de mire. Ca signifie aussi que J.-L.Mélenchon perd beaucoup de ses moyens.
S'il y a, de la part du PS, un retour à sa fonction historique...
Même depuis 1945, il a joué un rôle dans le gouvernement pour contribuer à la vie du pays et en particulier dans des moments très difficiles. Il a joué un rôle républicain pour aider le pays à tenir. Si le PS revient sur ce sillon-là, qui est le sien, pour J.-L.Mélenchon, c'est un échec définitif.
Sa stratégie, on l'a compris, c'est de faire une élection présidentielle au plus vite. Avec M.Le Pen, ils ont intérêt à essayer d'en organiser une en 2025.
Pas simplement pour les affaires judiciaires...
En 2025, on ne verra pas encore les effets négatifs de la motion de censure. On va commencer à les voir en 2026. On va avoir une loi spéciale qui va faire passer le budget de 2024.
Tout ça prendra du temps. La véritable fracture, ce sera après. Si l'élection présidentielle a lieu après 2025, ils auront perdu l'effet qui leur est attribué aujourd'hui.
Là, les gens ne sentent rien. Par contre, si ça commence à se dégrader, ce sera quelque chose qu'il faudra leur imputer. La route leur sera barrée.
Marine Le Pen