Contre-matinale #29 | Avant les élections, les "affaires" continuent
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 6 %Attaque 78 %Défensif 16 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 73 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 21:04OuverteRéponse directe
Est-ce que ça a été dur d'enquêter sur Éric Zemmour ?
- 22:16OuverteRéponse directe
Qui est Sarah Knafow et quel rôle joue-t-elle dans la candidature d'Éric Zemmour ?
- 24:21OuverteRéponse directe
Est-ce que la récente une de Paris Match visait à casser les réseaux Zemmour ?
- 26:25OuverteRéponse directe
Peut-on considérer que la candidature d'Éric Zemmour pourrait accentuer la fracture au sein du catholicisme ?
- 29:10OuverteRéponse directe
Comment expliquer que ces marginaux de la droite catho-conservatrice soient des influenceurs aussi puissants ?
- 33:57OuverteRéponse directe
Est-ce que Zemmour essaye de reproduire les recettes qui ont fait gagner Trump aux États-Unis ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:28PrésentateurFait
« « On me dit à l'oreillette qu'on dit Zivint et non pas Zivint, autant pour moi. » »
- 3:40PrésentateurFait
« « Les sondeurs ont du mal à trouver des interlocuteurs jeunes ou appartenant aux classes populaires. » »
- 4:36PrésentateurFait
« « Air France ne change rien à ses pratiques, mais met de l'argent dans un projet de préservation des forêts au Brésil et youp là là, tout va bien. » »
- 7:18InvitéFait
« « Le coup de fil révélé par Mediapart est passé fin juillet. Au téléphone, mais pas avec le sien, Brigitte Macron appelle Michel Marchand, dite Mimi, pour prendre de ses nouvelles. » »
- 8:14InvitéFait
« « Ils avaient décidé d'avoir sa peau. » »
- 8:28InvitéFait
« « Si tu as des emmerdes et que des trucs, c'est Fabien qui... » »
- 9:12PrésentateurFait
« « On a vu la cooptation par Emmanuel Macron de fidèles de Nicolas Sarkozy comme Gérald Darmanin. » »
- 9:24PrésentateurFait
« « Éric Dupont-Moretti, proche parmi les proches de Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, au ministère de la Justice. » »
- 10:18InvitéFait
« « Michel Marchand, c'est la directrice d'une agence de photos qui s'appelle Best Images et c'est quelqu'un qui a fait beaucoup pour l'image people du couple Macron. » »
- 10:54InvitéFait
« « Cette dame très proche du couple présidentiel a en fait pris en charge Alexandre Benalla et sa famille pendant plusieurs jours. » »
- 11:32PrésentateurFait
« « Le parquet national financier a élargi l'enquête sur l'affaire de la rétractation arrangée de l'intermédiaire Ziad Taqeddin à des soupçons de corruption de magistrats au Liban. » »
- 22:45InvitéFait
« « S'il n'y a pas Sarah Knafow, il n'y a jamais de candidature à la présidentielle. » »
- 25:15InvitéFait
« « Éric Zemmour et Sarah Knafow, c'est une bulle. » »
- 37:21InvitéFait
« ils le font en prenant les armes. »
- 37:47InvitéPromesse
« la suppression du Conseil constitutionnel ou moins du contrôle de constitutionnalité des lois »
- 37:54InvitéPromesse
« des expulsions massives, des déchanges de nationalité »
- 38:18InvitéFait
« il faut revenir à l'État du droit d'avant les années 70 »
- 38:33InvitéFait
« Il considère qu'il faut moins de droits individuels, qu'on est allé trop loin »
- 38:40InvitéFait
« c'est aux gouvernants de décider ce qui est possible ou pas et beaucoup moins au juge »
- 38:55InvitéFait
« Il voudrait faire du Orban hard. Il l'admire beaucoup Orban »
- 39:14InvitéPromesse
« à retrouver une maîtrise de ses frontières »
- 39:28InvitéFait
« les propositions d'Éric Zemmour vont encore plus loin »
- 39:31InvitéFait
« Il veut construire un État qui aujourd'hui n'existe pas dans le monde occidental en Europe »
- 43:49InvitéFait
« il refusait de dire dans sa chronique radio que la capitale d'Israël était Jérusalem »
- 45:03InvitéFait
« Il vote quand même à gauche dans les années 80, il vote Mitterrand en 81-88 »
- 45:14InvitéFait
« il est sur une ligne disons chevènement, disons de gauche pro-assimilation à cette époque-là »
- 55:23InvitéFait
« une vision très particulière du rôle des femmes »
Temps de parole
- Invité48 %
- Présentateur34 %
- Invité 210 %
- Invité 32 %
≈ 0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Salut à toutes et à tous et bienvenue sur le plateau du Média, le Média TV. Nous sommes le vendredi 5 novembre 2021, c'est notre dernier rendez-vous en direct de la semaine, mais cela ne veut pas dire qu'on n'a rien prévu pour le week-end, restez connectés au Média, parce que demain, ce samedi 6 novembre 2021, vous aurez droit à notre émission centrée sur les idées « On s'autorise à penser ». Julien Théry s'entretiendra avec les économistes hétérodoxes Bernard Friot et Frédéric Lordon autour de leur livre écrit à quatre mains en travail « Conversations sur le communisme ».
Et dimanche, ce sera le grand retour de « On sort les dossiers » et du stagirite qui nous revient avec un format mensuel un peu plus long et beaucoup plus fouillé. Mais avant ça, profitez bien de cette émission du matin en direct ou en différé, profitez de cette émission et donnez-nous les moyens de la continuer, parce qu'on ne va pas vous le cacher, cet espace, ce média, cette matinale sont financièrement fragiles. Tous les jours, ça peut s'arrêter. Pour ne pas que ça s'arrête, pour qu'au contraire, ça se renforce, faites-nous, si vous le pouvez, un don mensualisé ou simple sur la plateforme OKPAL.
Devenez sociétaire de notre coopérative, de notre société coopérative d'intérêt collectif en allant sur lemédiatv.fr slash soutien. La matinale du Média TV, épisode 29, c'est parti. Aujourd'hui, on parlera beaucoup de politique, on parlera de politique et en particulier d'une affaire qu'on pourrait nommer l'affaire Mimi Marchand, Nicolas Sarkozy, Brigitte Macron. On parlera aussi de politique avec mon invité du jour, le journaliste politique donc, Étienne Girard, en service à l'Express, qui vient de publier ce livre, Le Radicalisé, enquête sur Éric Zemmour.
Une belle enquête sur les réseaux du non-candidat le plus médiatisé de l'histoire de la Vème République, bref, sur ses idées, sur son parcours aussi. On évoquera également la question du sexisme sur la plateforme de vidéos en direct Twitch. Notre journaliste Tahabouaf a donné la parole à la streameuse Nathalie, suite aux dérapages sexistes qui ont entaché l'événement caricatif Zivint, qui s'est déroulé sur Twitch et a permis de récolter cette année 10 millions d'euros pour l'ONG Action pour la fin. Mais on commence par le commencement, c'est-à-dire la titrologie. Alors, on me dit à l'oreillette qu'on dit Zivint et non pas Zivint, autant pour moi. Je ne suis pas très Twitch.
Je ne sais pas si vous le sentez aussi, mais j'ai l'impression qu'il y a une sorte de tendance à la remise en cause du rôle des sondages, de l'inflation des sondages dans la vie politique française. On a d'abord eu l'édito de Ouest-France, affirmant le choix du quotidien de ne plus commander ni publier des sondages électoraux, puis une série de l'excellent site d'information les jours sur la tambouille des sondages. Et voici que Le Monde, daté d'aujourd'hui, met le sujet à sa une, enquête sur la fabrique opaque des sondages.
Luc Brunner, grand reporter au Monde, c'est l'ancien directeur de la rédaction, s'est en quelque sorte infiltré dans l'univers des instituts de sondage en participant à plus de 200 d'entre eux sous de fausses identités. Se faisant passer pour Karim, Louis, Géraldine, jeune adulte, senior ou quadragénaire, il s'est inscrit sur des access panels, des bases des données d'utilisateurs qui sont censés offrir qualité et fiabilité. Bref, les personnes inscrites à ces panels, qui peuvent tricher à volonté, sont sur-sollicitées, ce qui crée forcément des biais.
Les sondeurs ont du mal à trouver des interlocuteurs jeunes ou appartenant aux classes populaires et survalorisent au final les réponses des rares représentants de ces catégories qui ont répondu. Les redressements démographiques ou politiques après la compilation des résultats bruts sont particulièrement opaques. Bref, rien ne va manifestement, mais c'est sur la base de cet à peu près n'importe quoi que les futurs candidats à la présidentielle sont présélectionnés, considérés comme sérieux ou négligés. Ailleurs, dans la presse, les sujets de une sont très divers. Libération évoque la COP26 qui s'achève aujourd'hui. Neutralité carbone, comment y arriver sans tricher ?
Et du coup, on se demande comment tricher sur la neutralité carbone ? Eh bien, via des méthodes de compensation aujourd'hui très contestées. Par exemple, Air France ne change rien à ses pratiques, mais met de l'argent dans un projet de préservation des forêts au Brésil et youp là là, tout va bien. Mais la manière d'évaluer les crédits carbone est opaque et les projets sont souvent peu pertinents d'un point de vue scientifique. Le Figaro pense à son électorat bourgeois et pose une question essentielle, existentielle à sa une. Comment protéger son épargne face à l'inflation ?
Bon, la réponse, ce sont bien sûr des produits financiers comme les actions d'entreprises qui profitent de la conjoncture, la pierre-papier ou société civile de placement immobilier ou les obligations à taux variable indexées sur l'inflation. Bref, pour avoir tout ça, il faut avoir de l'argent comme un lecteur fidèle du Figaro, n'est-ce pas ? L'humanité fait sa une sur les révoltés de l'agroalimentaire, ses employés qui se battent et font grève pour de meilleurs salaires comme les Bergams de Grigny que l'on voit en photo. Le quotidien économique Les Echos se réjouit de ce que les frontières américaines ouvrent à nouveau après la période Covid.
Et l'opinion consacre sa une à la panne démographique chinoise. La Chine, qui selon un expert interrogé par l'opinion, fabrique tout, mais pas des Chinois. C'est un tweet du journaliste Antoine Rouget de Mediapart, rédigé et publié hier aux alentours de midi. Un tweet dans lequel il s'agace de la manière assez particulière avec laquelle l'AFP relaie ou invisibilise les révélations dont son journal s'est fait une spécialité. Lisons ce tweet. Ce jeudi, à 12h, une des pêches AFP reprise en masse sur la mise en examen du député LFI Bastien Lachaud. Rien, nulle part, sur le coup de fil embarrassant de Brigitte Macron à Mimi Marchand. Simple constat.
Alors, pourquoi Antoine Rouget observait-il de manière si répétitive les reprises des AFP des informations exclusives de Mediapart ? Tout simplement parce que l'AFP est un grossiste de l'info. Ces dépêches sont publiées quasi automatiquement, telles quelles ou un peu améliorées par le large spectre des sites internet des quotidiens et hebdomadaires. L'AFP est aussi, de manière un peu informelle, une instance de validation. Quand elle endosse les infos d'un journal, elle donne comme un feu vert aux autres médias.
Et là, elle choisit de relayer une info qui embête l'opposition sur une affaire qui est pourtant bien moins tentaculaire et problématique que les révélations sur les échanges assez troublants entre Brigitte Macron et Mimi Marchand, au sujet de Nicolas Sarkozy, poursuivie dans le cadre des financements libyens. Une des plus graves affaires d'État de la Ve République. L'AFP n'a pas relé, de nombreux journaux ont eu l'affaire, mais le journal de M6 l'a quand même évoqué dans un résumé, dont voici un extrait.
Le coup de fil révélé par Mediapart est passé fin juillet. Au téléphone, mais pas avec le sien, Brigitte Macron appelle Michel Marchand, dite Mimi, pour prendre de ses nouvelles. L'épouse du président et l'influente patronne d'une agence de photopipole se connaissent depuis des années. Mimi Marchand vient de passer un mois en prison. Il était très emmerdé le juge de me mettre en détention, mais il y avait des instructions supérieures. Mimi Marchand avait été mise en examen dans l'affaire des financements libyens de Nicolas Sarkozy. Elle est suspectée d'avoir poussé un témoin-clé à changer sa version en faveur de l'ex-président.
Elle est donc sur écoute judiciaire quand elle évoque au téléphone sa détention et l'impact de l'affaire libyenne sur Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni, que Brigitte Macron a vue peu de temps auparavant. Parce que moi j'ai déjeuné avec elle il y a un mois ou un mois et demi. Ensemble on disait c'est dégueulasse. Tout ça c'est contre Sarko. À un moment, il va bien falloir que ça s'arrête quand même. Mais lui il m'avait dit que depuis l'affaire d'Outreau ils avaient décidé d'avoir sa peau. Ah ouais c'est sûr. Le soutien affiché de Brigitte Macron va plus loin.
Elle semble ensuite proposer à Mimi Marchand l'aide de son propre officier de sécurité prénommé Fabien que nous avons choisi de flouter. Alors c'est pour te dire que si tu as des emmerdes et que des trucs, c'est Fabien qui... D'accord, ok d'accord. Tu le préviens ? S'il y avait quoi que ce soit j'appelle Fabien. L'intégralité de la conversation est aujourd'hui entre les mains de la justice, précise Mediapart. Si elle a été versée à la procédure, c'est que les juges et les policiers ont estimé d'après le code de procédure pénale qu'elle intéresse l'enquête. Contacté, le directeur de cabinet de Brigitte Macron dément toute offre de services de sécurité.
Joint également, Michel Marchand refuse tout commentaire et va s'entretenir avec son avocat.
Les connexions politiques entre la Sarkozy et la Macronie sont connues. On a vu la cooptation par Emmanuel Macron de fidèles de Nicolas Sarkozy comme Gérald Darmanin qui n'hésite pas, alors qu'il est ministre de l'Intérieur, à soutenir son ex-mentor qui vient d'être condamné par la justice dans le cadre de l'affaire dite des écoutes. On a aussi vu la nomination d'Éric Dupont-Moretti, proche parmi les proches de Thierry Herzog, l'avocat de Nicolas Sarkozy, au ministère de la Justice et sa mise en examen pour prise illégale d'intérêt.
Il est accusé de s'être servi de la position offerte par Emmanuel Macron pour se venger des juges ayant enquêté sur lui et son ami Thierry Herzog dans le cadre de cette affaire Paul Bismuth-Nicolas Sarkozy. Malgré tout ce qu'on sait déjà, ces échanges entre Brigitte Macron et Mimi Marchand sont particulièrement troublants, d'autant plus que Mimi Marchand est plus que personne le lien entre les affaires troubles de la Sarkozy et de la Macronie. Impliquée dans l'opération rétractation de Ziyad Takedin comme dans un des aspects les plus sombres de l'affaire Benalla. Mimi avait pris en main Benalla alors qu'il faisait face au juge et qu'officiellement il avait été mis à l'écart par l'Élysée.
Comme nous l'explique Tristan Walex, journaliste d'investigation pour le compte de France Télévisions.
Michel Marchand, c'est la directrice d'une agence de photos qui s'appelle Best Images et c'est quelqu'un qui a fait beaucoup pour l'image people du couple Macron. On sait qu'elle est très proche de Brigitte Macron et elle a aujourd'hui toujours à l'Élysée ses entrées et c'est quelqu'un qui est extrêmement influente et qui joue un grand rôle dans la communication de crise notamment.
Et on a découvert, grâce notamment au témoignage de Chokri Wakrim, que malgré le discours de façade qui était de dire Alexandre Benalla n'a plus rien à voir avec l'Élysée ni de près ni de loin, cette dame très proche du couple présidentiel a en fait pris en charge Alexandre Benalla et sa famille pendant plusieurs jours. Chokri Wakrim nous a raconté qu'elle avait mis à disposition plusieurs véhicules.
Bref, c'est du lourd. Et hier, Mediapart revient sur le niveau d'implication de Mimi Marchand dans l'affaire des financements libyens de Nicolas Sarkozy en nous révélant que le parquet national financier a élargi l'enquête sur l'affaire de la rétractation arrangée de l'intermédiaire Ziad Taqeddin à des soupçons de corruption de magistrats au Liban. Objectif, faire libérer Hannibal Kadhafi, le fils de l'ancien leader libyen Muammar Kadhafi, incarcéré au Liban pour qu'il innocente Nicolas Sarkozy selon le même modus operandi que Ziad Taqeddin.
Mediapart parle et a raison d'un possible scandale international que constitue la corruption passive et active de personnels judiciaires d'un État étranger. Bien entendu, on observera le traitement de ces derniers développements par l'AFP et les médias mainstream. On passe désormais à un sujet différent, mais où il est aussi question de pouvoir, de domination donc, et de l'indifférence qui rend pérenne ce type de pouvoir et de domination. Il s'agit d'une affaire de harcèlement sexiste qui a entaché le marathon caritatif Zivint qui a eu lieu sur Twitch et qui a permis de récolter 10 millions d'euros pour action pour la fin. On regarde un petit magnéto à ce sujet.
Oh putain de... Les gars, c'est la meuf la plus fraise que j'ai jamais vue de ma vie. Elle a 29 ans, je suis encore puissant. Et c'est moi qui vais la soulever. Non, je rigole, je rigole, je rigole. Yeah, yeah. Elle a la fin, elle m'embrasse là et je l'embrasse. Là, là, là. En bas, là. En bas, là. Andrea, tu m'embrasses en bas. Elle va le dire, elle va le dire, elle va le dire. Pour ? Rayonner Rayonner Dans Dans La France En En Tiers Inès Tu as Tu as Une grosse bite. Une grosse bite. Voilà. What did you make me... Il a battu son record de viewer ? Mais je sais même pas pourquoi ça a été dit. C'est une blague. Mais parce qu'il est avec une meuf en train de dire Ouais, passe sous le bureau.
Ouais, je la soulève, je sais pas quoi. Je suis allée dire... Hein ? Je suis allée dire, je suis allée dire justement, faites cesser parce qu'elle parle même pas français, elle comprend rien et elle sourit. Et à côté, il y a des gens dans le chat qui l'insultent, qui sont sexistes. Ils viennent dans mon chat pour dire que moi, je suis éclatée au sol à côté d'elle, etc. Et là, il fait un record de viewer et on applaudit. Oh bah franchement, je suis scandalisée en vrai. Moi, je comprends mes erreurs. Non mais en fait, il n'y a aucun problème. Mais voilà, il faut juste que tu comprennes que c'est pas que toi et elle. Ouais ouais. C'est pas juste ça. Non mais ça recommencera plus.
Ça va beaucoup plus loin que ça en fait. Ouais, c'est juste... On en parlera plus tard si tu veux mais merci, j'apprécie tes excuses. Non mais merci à toi, je suis désolé encore une fois. Mais aucun problème, t'inquiète mec. Et s'il y a des gens qui viennent te voir et tout, les gars arrêtez, voilà, elle a dit ce qu'elle pensait et tout. Faut pas porter la haine et je m'excuse. Et venez, on arrête de parler de ça et on profite de la fin de cet événement.
Il s'agit donc d'un événement qui s'est déroulé lors du marathon caritatif The Event. J'ai du mal à le dire. Et cet événement a permis de récolter 10 millions d'euros pour action contre la faim. Enfin, notre journaliste Tahabouaf s'arrêtait rencontrer la streameuse féministe Nath Ali qui nous livre le contexte de cette affaire.
Si vous avez entendu parler de ce qui s'est passé au Z Event ce week-end, il y avait donc un invité qui s'appelait Inox qui un jour avait rencontré une actrice au Mexique qui s'appelle Andrea, qui est très très jolie, qui l'a surnommée la sirène. Et un de ses donation goals, c'était qu'à partir d'un certain montant, il faisait venir la sirène au Z Event. Et donc, quand il a atteint le fameux donation goal, il l'a appelé au téléphone pour commencer à lui hurler des trucs en mode « Vas-y, il faut que tu viennes à Paris, c'est trop bien, je vais te baiser ! » Il faut rappeler qu'elle est mexicaine et qu'elle ne parle pas français et qu'elle ne comprend pas forcément tout ce qu'il lui dit.
Du coup, elle est venue, il lui a vraiment payé un billet d'avion pour venir à Paris. Ça a commencé à être un peu le défilé de comportements sexistes et extrêmement gênants, pour dire le moins. Et on est toujours dans un événement caritatif pour Action contre la faim. Il y a eu des propos du style « Je suis plus haut, j'ai 19 ans, elle a 29 ans et c'est moi qui vais la soulever, je vais la baiser. » Il lui a fait dire des phrases du style « Ouais, est-ce que tu peux dire Inès, qui est donc son nom, à une grosse bite ?
» Et du coup, elle s'est mise à répéter des phrases qu'elle ne comprenait pas parce qu'elle ne parle pas français, ou en tout cas, elle a fini par les comprendre après en voyant sa réaction, devant ce qui est devenu pendant un moment le record de viewers en France sur Twitch. Donc devant 450 000 personnes, il n'arrêtait pas les remarques du style « Je vais la baiser, je vais la baiser » alors qu'elle ne parle pas français. C'était vraiment extrêmement problématique d'avoir ce genre de comportement et du coup, comme l'organisation ne faisait rien pour empêcher ça parce que l'organisation estimait que ça ne les concerne pas, c'est sur le stream des autres.
Et du coup, c'est Ultia, une des streameuses sur place, une des seules streameuses sur place, parce qu'on rappelle que sur 50 et quelques streamers, il y a environ 5 ou 6 filles maximum. Bref, une des rares streameuses sur place a donc pris la parole pour dire que « Mais c'est dégueulasse, le mec est en train d'avoir un comportement extrêmement sexiste et sous prétexte que c'est une blague, tout le monde l'applaudit et tout le monde le regarde et que c'était vraiment pas ouf. » Et du coup, elle est allée en parler juste pour dire « Est-ce que c'est normal ? Ce n'est pas trop normal d'avoir des lives aussi sexistes ?
» Ça serait bien qu'au moins ce genre de comportement, ça s'arrête, parce que ce n'est vraiment pas un bon exemple pendant un stream caritatif. Et ce qui s'est passé, c'est que la commune d'Inox, étant très jeune, s'est lancée dans un harcèlement massif d'Ultia. Son nom a été mentionné pendant des heures de partout et même encore des jours après. Elle a eu droit à des insultes, des menaces de viol et de mort. Elle a eu le droit à des calomnies, des diffamations, des gens qui ont pris ces tweets pour les sortir dans n'importe quel sens, pour les sortir de leur contexte. Bref, c'était vraiment un défilé de cyberharcèlement qu'il y a eu à l'encontre d'une femme.
On sait que le cyberharcèlement à l'encontre des femmes sur Twitter, ça y va souvent. Sur Twitch, ce n'est pas nouveau non plus. Mais là, le problème, c'est que le cyberharcèlement, il est parti de la communauté d'un des streamers d'Use et des ventes à l'encontre d'une autre.
Au-delà de ce problème spécifique, ce qu'on peut appeler l'affaire The Event, illustre selon Nathalie l'enracinement d'une culture sexiste. Culture sexiste au The Event, dans la Twitch, aux sphères françaises, et tolérance généralisée aussi, qui remonterait jusqu'aux plus hautes sphères de l'entreprise qui gère cette plateforme. On rappelle que Twitch a été racheté par Amazon en 2014.
Arriver à battre un record de lever 10 millions pour une association caritative, c'est trop bien. Mais le faire avec des comportements sexistes et misogynes, ça l'est vraiment moins. Surtout quand on sait que la condition des femmes sur Twitch, c'est de la merde depuis un bon moment. Et que vraiment, Twitch ne fait pas beaucoup d'efforts pour aider les femmes. Le fait de réussir à lever des fonds en faisant des trucs comme le test de pureté, qui consiste à regarder des femmes qui n'ont rien fait de spécifique. Juste, elles sont dans des tenues genre, elles ont le malheur d'avoir des décolletés ou d'être en mini-short.
Et en fait, le test de pureté, c'est un truc où il y a un eye tracker, donc quelque chose qui regarde les yeux des streamers et qui regarde où est-ce qu'eux ils regardent. Et le but, c'est de ne surtout pas regarder le décolleté et où le short des femmes, où leurs fesses, etc. Sachant qu'à la limite, si ça avait été cohérent et que ça avait été des strip-teaseuses, j'aurais compris, entre guillemets, ça n'aurait pas été moins pire, mais ça aurait été cohérent. Mais là, non, c'est juste des clips de streameuses qui ont le malheur d'avoir mis un décolleté ou un short, qui sont regardées ou pas. Genre, pour le LOL, on se dit « Oh, regarde, la femme, elle est trop belle.
Est-ce que tu n'arriveras à ne pas la mater ? » On est vraiment sur du sexisme et de l'objectification dans sa forme la plus basique. Et en plus, c'est des streameuses qui n'ont pas forcément demandé à être là, parce que dans le tas, il y a Pokimane et je doute qu'elle ait voulu participer à ce jeu. Et en fait, ça, ça soulève une bonne question. C'est genre, est-ce que le Z-Event, c'est en roue libre totale ? Est-ce qu'on a le droit de faire absolument tout ce qu'on veut à partir du moment où on y est ?
Parce qu'il y a pas mal de streamers qui se sont lancés dans ce magnifique test de pureté, qui donc ont commencé à regarder des femmes et à rigoler sur le fait de « Oh non, non, il ne faut pas regarder, oh là là, oh là là ! » pendant des heures et qui ont levé des fonds là-dessus, sans que personne de l'organisation ou des autres streamers leur dise quoi que ce soit. Il y avait même le staff de Twitch qui était sur place, qui a levé les mains en mode « Bon, pas de souci, c'est parfaitement lambda. » Donc, encore une preuve que les comportements sexistes sur Twitch, il n'y a aucun souci, ça passe.
La seule raison pour laquelle Ultia s'est retrouvée dans cette situation, c'est parce qu'elle a ouvert sa gueule, elle a parlé, alors que les orgas auraient dû le faire. Si elle s'est retrouvée à devoir dire « C'est pas normal cette situation, pourquoi ça se passe là ? » C'est parce que les orgas n'ont jamais mis de stop avant. Et c'est pour ça qu'elle s'est fait cyberharceler derrière. Ça soulève quand même pas mal de points et ça rappelle aussi à quel point Twitch, dans sa globalité, a beaucoup de mal avec le sexisme et à combattre le sexisme et le harcèlement déjà de base.
Il faut savoir que le 1er septembre, il y a eu un mouvement qui s'appelait « A Day of Twitch » où justement des streamers et des viewers ont boycotté Twitch pour manifester contre le manque de moyens mis en œuvre par Twitch pour protéger les minorités et notamment les femmes face au cyberharcèlement. Aujourd'hui, si une femme veut se lancer sur Twitch, elle a de très grandes chances de finir un jour par se prendre du harcèlement, des insultes, des menaces et plein d'autres choses. Et on en est au point, on en est tellement habitués qu'on se dit que c'est normal alors que ça ne l'est pas du tout.
Mais le problème, en fait, c'est qu'il y a une vague comme ça de gens qui sont vraiment très haineux sur Twitch et qui n'ont jamais été modérés. Et Twitch fait très, très peu d'efforts pour essayer de dégager ces gens-là sous prétexte qu'il faut que Twitch soit porte ouverte parce que plus on laisse des gens rentrer, plus on a de l'argent qui rentre. Mais du coup, plus on a de l'argent qui rentre et plus on a aussi potentiellement des gens qui sont très peu respectueux ou qui n'aiment pas les femmes ou qui n'aiment pas les minorités, etc.
– Je suis désormais sur le plateau avec le journaliste Éric… Ah tu vois, la grosse… le gros lapsus. Alors je suis désormais sur le plateau avec le journaliste Étienne Girard en service à l'Express. – Étienne Girard vient de publier aux éditions du Seuil un livre « Enquête très riche » sur Éric Zemmour, « Le radicalisé ». Un livre qui évoque les réseaux, le parcours et les idées du non-candidat d'extrême droite à la prochaine élection présidentielle. – Bonjour Étienne, je vais commencer par te montrer une très courte vidéo des journalistes de complément d'enquête qui ont diffusé hier un documentaire « Enquête » sur Éric Zemmour.
– Alors Étienne, est-ce que ça a été dur d'enquêter sur Éric Zemmour ? Est-ce que tu as eu affaire à ce type d'hostilité ?
– En réalité, pas tellement. Éric Zemmour ne m'a pas empêché d'enquêter. Il n'a pas essayé de bloquer mon projet. Il n'a pas dit à des gens de ne pas me parler. En revanche, lui, ce sera peut-être ça la similitude, c'est que lui a été très fuyant au cours de mon enquête. C'est-à-dire que je l'ai contacté à beaucoup de reprises. Il a accepté de me rencontrer à la toute fin pendant une heure. Donc il a fait le service minimum, si je puis dire. Mais c'est un journaliste, Éric Zemmour, donc il est malin, il connaît. Il sait que m'empêcher de façon un peu trop voyante d'enquêter, ça aurait pu être contre-productif pour lui, donc il ne l'a pas fait.
– Alors, je le disais, ton livre « Enquête » évoque les idées d'Éric Zemmour, son parcours, y compris son parcours familial, mais aussi ses réseaux. En te disant qu'on comprend assez vite qu'au centre de tout, il y a une femme, Sarah Knafow. Qui est-elle ? Est-ce qu'Éric Zemmour se serait engagé à ce point, dans ce projet présidentiel qui ne dit pas son nom, si elle n'était pas là ?
– Moi, mon analyse, ça se base sur beaucoup d'entretiens que j'ai eus avec l'entourage d'Éric Zemmour, c'est que non, évidemment pas. S'il n'y a pas Sarah Knafow, il n'y a jamais de candidature à la présidentielle. Alors Éric Zemmour pouvait avoir, dès avant son rapprochement avec Sarah Knafow, ce désir un peu abstrait de s'engager en politique et d'être candidat à la présidentielle. C'est quelque chose, c'est un désir qu'il pouvait caresser un peu de loin, comme on fait des plans sur la comète parfois au dessert avec des copains, d'être ce candidat de l'extrême droite à la présidentielle. Mais il n'avait jamais rien fait de concret pour que ça passe de cette espèce de rêverie à la réalité.
Et Sarah Knafow, c'est ça qu'elle lui apporte, c'est qu'elle lui dit « Non, non, Éric, tu peux être le candidat de l'extrême droite à la présidentielle. » Et elle fait tout le travail obscur d'organisation de rendez-vous, de rapprochement de réseaux, d'organisation de réunions à son propre domicile, dans un mélange des genres un peu étonnant et aussi des ions de travail au corps psychologique où en fait, c'est elle qui le convainc en premier de faire des apparitions publiques dans un rôle de possible ou probable quasi-candidat. Par exemple, lors de la manifestation des policiers en mai dernier, c'est sa première apparition publique.
Il y a aussi Philippe Devilliers et Jean Messia à ses côtés. Et ça, c'est Sarah Knafow qui a demandé à Éric Zemmour pour concrétiser un peu cette rumeur de candidature à la présidentielle, de sortir dans la rue. Et là, il y a des gens qui lui disent « Éric Président, il faut que tu te présentes, etc. » Donc lui, ça l'encourage à se présenter à la présidentielle.
On se rend compte dans ton livre qu'Éric Zemmour vit très très bien et que sa famille, notamment son épouse, est très contente de cette situation. Il va à la piscine le matin, ils vont en vacances en République dominicaine, ça va, ils gagnent beaucoup d'argent. Et quelque part, son épouse Myriam Chichportich, Mylène Chichportich ne veut pas que ça change et Sarah Knafow le pousse.
Alors, sans entrer dans des considérations trop privées, est-ce qu'on peut considérer que la récente une de Paris Match, que l'on peut voir à l'écran, je crois, visait justement au cœur de ses réseaux Zemmour ce lien avec Sarah Knafow pour le casser en mettant en lumière une éventuelle ambiguïté et qui pourrait, demain, affecter la campagne électorale, une éventuelle campagne électorale ?
Ce qui est sûr, et effectivement, ça rentrait dans des considérations trop privées, c'est qu'Éric Zemmour et Sarah Knafow, c'est une bulle. Et ça, les autres membres de la campagne, il y en a beaucoup qui le disent. C'est une bulle, c'est-à-dire qu'ils fonctionnent en vase clos, que à deux. Sarah Knafow est la seule qui relie ses discours. Les notes que les gens de la campagne veulent envoyer à Éric Zemmour passent par le filtre de Sarah Knafow. Les réseaux Zemmour locaux, dans les territoires un peu partout en France, ils sont structurés par Sarah Knafow. En fait, ce travail obscur, ce sale boulot, si je puis dire, d'organisation un peu logistique, ce n'est pas Zemmour qui le fait.
Zemmour, lui, il est là pour l'idéologie. Il se pose, il se pose sur un siège où il est debout quand il fait ses discours et il fait de l'idéologie. Tout le travail, vraiment, de politique, de professionnalisation politique, c'est Sarah Knafow. Et oui, ça va poser question, parce qu'il va devoir négocier des ralliements. Éric Zemmour, par exemple, Philippe Devilliers, des personnalités comme Christine Goutin. Et il y a un moment, il y a des personnalités, et c'est ce qu'on me dit, qui ne vont peut-être pas forcément accepter de devoir passer par ce filtre de Sarah Knafow qui a 28 ans et qui est jeune. Exactement.
Je vais nous parler un peu de son parcours.
Sarah Knafow, c'est quelqu'un qui a connu Éric Zemmour dans un cercle familien quand elle avait 13 ans, quand elle était adolescente. Elle vient d'une famille juive séparade comme Éric Zemmour. Elle a des similitudes un peu d'identité entre les deux. Elle a fait des études d'abord à la Sorbonne, après à Sciences Po. Éric Zemmour l'a aidé à réviser ses concours. Il a encouragé à passer l'ENA. Elle a eu l'ENA. Contrairement à lui, ce qui est sa grande blessure. Exactement. Et d'ailleurs, c'est sa vengeance un peu. Éric Zemmour, il est fou de joie que sa protégée ait réussi là où il a échoué. En fait, c'est une victoire par procuration pour lui, 35 ans après.
Et donc, son parcours à l'ENA est inespéré puisqu'elle sort dans les premières à la Cour des Comptes. Un grand corps de l'État. Et depuis la Cour des Comptes, elle a commencé à s'occuper de la structuration d'Hérèse Zemmour, de la candidature Zemmour. Mais c'est quelqu'un, c'est presque ahurissant, qui n'a que 28 ans. C'est la première conseillère du principal candidat d'extrême droite à la présidentielle. En tout cas, on balance avec Marine Le Pen. Elle n'a que 28 ans. Elle n'a jamais fait un plateau télé de sa vie. Une apparition publique où elle parle en son nom, c'est quelqu'un quand même de brillant, sans doute, mais de relativement inexpérimenté.
Ça peut poser question dans une campagne présidentielle quand Éric Zemmour devra s'octroyer
des porte-paroles un peu plus, disons, capées. En plus, Éric Zemmour, il se présente un peu comme le gros mascu qui pense que les femmes ont un cerveau primaire. Enfin, j'ai oublié le mot exact qu'il avait utilisé. Et on se rend compte que, bon, voilà, il est quand même happé par une femme qui pourrait être sa fille.
Mais ça, ça l'arrange en privé. Il dit, c'est génial. On m'accuse. Il voit très bien l'intérêt qu'il peut trouver dans cette situation. Il dit, on m'accuse d'être misogyne. Mais la preuve que non, ma principale conseillère est une femme. Donc, il essaye de retourner un peu l'accusation à partir de cette proximité avec Sarah Knafow, alors que, finalement, ça ne dit pas grand-chose de ses rapports aux femmes. Qu'il est une conseillère femme, ça ne veut pas dire qu'il considère les deux sexes à égalité. D'ailleurs, si on lit ses écrits,
ce n'est pas le cas. Oui, ce n'est pas le cas. Alors, ce qui est frappant, c'est qu'Éric Zemmour s'appuie comme François Fillon en 2016-2017. François Fillon l'a fait pour devenir le candidat de la droite, pour triompher dans les primaires et pour se maintenir au moment des affaires. Il s'appuie sur les réseaux de la droite catholique, de la manif pour tous. On pense notamment à Christine Moutin, dont tu as déjà parlé, à Jean-Frédéric Poisson. Comment expliquer que ces marginaux, finalement, dans les cercles de droite, soient des influenceurs aussi puissants d'une élection à l'autre ?
Et comment se fait-il que les outrances d'Éric Zemmour, notamment concernant le pape François, ne leur fassent pas peur ? Ils ne sont pas si marginaux que ça,
en fait, à mon avis. Certes, ils n'ont jamais eu de candidats, en leur nom, capables de réunir énormément de voix, soit aux élections, soit dans les élections internes. Il faut rappeler que Jean-Frédéric Poisson avait fait un très mauvais score à la primaire de la droite. Mais c'est une force militante extrêmement importante. C'est des gens qui sont mobilisés, qui sont à fond, qui vont coller les affiches, qui participent à toutes les réunions publiques, qui sont sur les réseaux sociaux. Donc, avoir cette force de frappe des réseaux de droite catho-conservatrice, c'est très important dans une campagne. Alors, pourquoi Éric Zemmour ? En fait, il y a une date clé, vraiment. C'est 2014.
C'est la sortie du Suicide français, qui est l'ouvrage « Les sept Zemmour » qui va faire 500 000 ventes, son grand succès. Et là, il choisit l'attaché de presse de l'Opus Dei, qui est une proche de Philippe Devilliers, exprès, parce qu'il a analysé qu'il avait besoin d'un nouveau public, que c'est ces gens qui soutiennent ces positions à la télé, à « On n'est pas couché chez Laurent Ruquier ». Et donc, il y a une forme de rencontre, de fusion entre Éric Zemmour et les réseaux catho, qui, en fait, voit d'un très bon oeil l'activité littéraire d'Éric Zemmour.
Tout ce qu'il dit sur les 40 années qui ont défait la France, les mœurs distendues, la France qui n'est plus la France, le retour à la France millénaire, ils adorent.
Il adore, mais par ailleurs, il dit « pique-pendre du pape ». Or, Christine Boutin a été vue comme l'ambassadrice du pape pendant longtemps.
Il y a un double jeu pour moi, en tout cas, un double discours, une ambiguïté, une équivoque chez ces réseaux-là. Je ne pense pas qu'il soit exactement sur la ligne du pape François. Et d'ailleurs, je ne sais pas si vous avez regardé Complément d'enquête hier soir sur France 2, Christine Boutin, en fait, le dit, alors elle ne contredit pas le pape, mais elle n'est pas d'accord avec le pape François. En réalité, elle dit, lui, il est sur le plan spirituel, on a besoin de quelqu'un qui parle sur le plan politique.
Donc, les réseaux cathos dont on parle, qui sont à l'œuvre, qui sont très à droite, quand même, en fait, c'est des réseaux qui ne sont pas pour un accueil inconditionnel des réfugiés, qui sont plutôt anti-immigration, qui sont pour des expulsions massives, c'est des réseaux qui sont surtout attachés à l'identité de la France, une identité figée, et ils se retrouvent mais totalement dans le discours d'Éric Zemmour. C'est pour ça
qu'ils se font derrière Éric Zemmour. Cette candidature d'Éric Zemmour pourrait accentuer la fracture, la sorte de guerre mondiale au sein du catholicisme, en tout cas, sur le territoire français. Tout à fait.
Oui, oui, il y aura clairement une ligne de partage entre des catholiques humanistes qui ne seront pas derrière Zemmour, ils seront derrière d'autres candidats divers, d'ailleurs, pas forcément un seul candidat, et ces réseaux-là, qui sont, oui, les réseaux boutins, poissons, même parfois des réseaux plus catholiques, traditionnalistes, un peu liés à, beaucoup liés parfois à la fachosphère, contre-révolutionnaire. Il y a même des réseaux qui prennent des positions antisémites. Je pense, par exemple, à l'éditeur Chiré, qui a accueilli une conférence d'Éric Zemmour dès 2014. C'est quand même un éditeur sur le site duquel on retrouve des ouvrages où il y a des juifs avec des nécrochus.
Ces réseaux-là, il faut s'attendre. Alors, ce n'est pas forcément beaucoup de gens, mais c'est des gens très motivés. Et donc, c'est toujours intéressant d'avoir ces réseaux-là dans une campagne présidentielle. Eux, ils sont vraiment partie intégrante des réseaux Zemmour aujourd'hui. Et puis, il y a les amis de Philippe Devilliers qui ont intégré dès le début leur gagnigramme d'Éric Zemmour. Eux, ils font partie des tout premiers. Il y avait Sarah Knaffot et les amis de Philippe Devilliers au début de l'année. C'est ce que je raconte dans mon livre. Donc, eux, ils ont construit, si je puis dire, le Zemmourisme, le Zemmourisme politique.
Donc, ils seront très, très bien servis dans les postes politiques et ensuite dans les investitures politiques aux élections législatives. Le Zemmourisme sera en partie un catholicisme politique conservateur.
Alors, finalement, cette société de rencontre entre cette droite catho-conservatrice et Zemmour, ça fait penser à quelqu'un d'autre, à Donald Trump qui a rencontré la droite chrétienne évangélique. Il n'était absolument pas sur les mêmes valeurs, mais en fait, ils s'en sont servis comme porte-drapeau. Est-ce que, justement, on peut dire que Zemmour essaye de reproduire les recettes qui ont fait gagner Trump aux États-Unis en 2016 ? Et qu'est-ce que ça nous dit en fait de l'état, de la démocratie dans ce qu'on peut appeler l'Occident d'aujourd'hui ?
Une contestation de plus en plus importante des contre-pouvoirs, de la même façon que Trump, Éric Zemmour, il l'a dit, enlever du pouvoir aux contre-pouvoirs, il a désigné les contre-pouvoirs. Et on est exactement sur la veine de Trump, les juges, les médias, les minorités. On est sur du Trump pur vu. La seule différence, c'est qu'Éric Zemmour a un côté, disons, en tout cas, dans ce qu'il veut faire paraître plus érudit, alors que Trump avait un côté, disons, plus populaire, plus braillard. Éric Zemmour se pique de références plus littéraires, plus lettres, intellectuelles. Voilà, on est quand même en France. C'est la différence. Sur la stratégie électorale, c'est exactement pareil.
C'est assumé. Vous regarderez la couverture du livre d'Éric Zemmour. Elle est copiée sur celle sur America Great Again, America Great Again sur celle de Donald Trump. Et même dans la stratégie, moi, c'est ce que me disent les partisans d'Éric Zemmour, les membres de sa campagne, ils veulent copier sur Trump. Et sur deux choses. Alors déjà, une désignation d'ennemis. Les ennemis, ce sera, vous allez voir, les mots, on les connaît. Les bien-pensants, le politiquement correct, les bobos, les élites culturelles, la gauche, la gauche, disons, morale. Voilà, ça, c'est les ennemis. Et puis, sur le fond, des propositions ultra-radicales et assumées comme sans empathie. C'était ça, Trump.
C'était le mur, le mur avec le Mexique. On lui disait, mais c'est quand même inhumain de mettre un mur entre des populations, entre des pays. Il répondait juste Wall, le mur, les quatre lettres, Wall, ça se fera, parce que c'est ce qu'attend son électorat. Zemmour, c'est pareil. sa proposition sur les prénoms. On lui dit, mais c'est quand même inhumain. Vous allez interdire aux gens de s'appeler comme ils veulent. C'est liberticide. Il dit, non, en France, il y a des règles, il y a une histoire, il faut respecter. Donc, c'est, disons, le collectif d'une certaine France, la vision arrêtée d'une certaine France face aux droits individuels. Et ça, on est typiquement dans du Trump.
Alors, tu parles d'Éric Zemmour comme radicalisé. La référence à l'islamisme et au jihadisme arrive très vite. Alors, est-ce que c'est juste pour l'énerver ou est-ce qu'il y a des similitudes dans la manière de regarder le monde ?
Dans la manière de regarder le monde, il y a des similitudes, même si, bon, on ne peut pas mettre un signe...
C'est comme des civilisations, déjà.
Oui, oui. Alors, bon, s'il faut vraiment être honnête, on ne peut pas mettre un signe égal parce qu'Éric Zemmour, aujourd'hui, n'appelle pas à la violence. Bon, ça, c'est la nuance, la précaution, mais on le sait, il a déjà expliqué qu'il respectait les djihadistes. Éric Zemmour, et ce n'est pas un dérapage où il ne s'est pas trompé en disant ça, il est complètement cohérent avec son système de pensée, c'est-à-dire que lui dit quand on a des valeurs, il faut les défendre à fond. Et c'est ça qu'il respecte chez les djihadistes, c'est qu'ils ont une vision du monde, le choc des civilisations, ils défendent leur civilisation et ils le font en prenant les armes.
Et lui dit, il y en a marre de la soumission, il faut que cette France identitaire qui souhaite rester la France d'antan soit prête à faire des choses extrêmement vivaces, extrêmement actives, on ne parle pas de violence, mais pour défendre ces valeurs. Pour l'instant, ça passe par les élections et par des mesures extrêmement radicales, la suppression du Conseil constitutionnel ou moins du contrôle de constitutionnalité des lois, des expulsions massives, des déchanges de nationalité, etc.
– Oui, donc j'ai noté, remise en cause du contrôle de constitutionnalité, sortie de la Cour européenne des droits de l'homme, interdiction du port du foulard dans l'espace public. En réalité, on pourrait même dire qu'Éric Zemmour est en guerre contre l'État de droit tel qu'on le conçoit en Europe aujourd'hui. – Oui, oui, alors ça absolument,
c'est évident, c'est quasiment assumé de sa part. Il considère qu'il faut revenir à l'État du droit d'avant les années 70, avant que le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel construisent un système de protection des droits fondamentaux, des droits individuels sur la base des textes internationaux. Lui déteste ça. Il considère qu'il faut moins de droits individuels, qu'on est allé trop loin et au contraire qu'il faut redonner de la force aux gouvernants et que c'est aux gouvernants de décider ce qui est possible ou pas et beaucoup moins au juge. En cela, il se rapproche, je pense, du modèle d'un Erdogan ou d'un Poutine. C'est le type d'État qu'il souhaite construire.
Il voudrait faire du Orban hard. Il l'admire beaucoup Orban, qui finalement… – Orban ? – Oui, le Premier ministre de la Hongrie. Ce qu'il admire chez lui, c'est qu'il a réussi à ne pas sortir de l'Union européenne et en même temps à ne pas appliquer la plupart de ses règles, en tout cas certaines de ses règles, par exemple, à retrouver une maîtrise de ses frontières. Donc, il veut s'inspirer de cette stratégie-là, mais lui, il souhaite aller plus loin puisque l'État de droit a reflué quand même en Hongrie. C'est quand même inquiétant, mais les propositions d'Éric Zemmour vont encore plus loin.
Il veut construire un État qui aujourd'hui n'existe pas dans le monde occidental en Europe et qui nous rapprocherait de modèles qui ne sont pas les modèles de la démocratie qu'on connaît, qui sont des modèles d'État beaucoup plus autoritaires.
– Alors, cet illibéralisme, donc ce projet autoritaire d'accaparement des libertés publiques, j'ai l'impression que les médias, quand ils critiquent Zemmour, ils en parlent peu, on parle surtout de tout ce qui concerne l'islam, les musulmans et quelque part, finalement, on lui rend service en cela que les personnes qui finalement n'ont pas d'empathie pour les minorités qu'ils visent ne se rendent pas compte que leur propre liberté pourrait être menacée.
– Oui, c'est tout le problème de ce type de propositions. C'est que, oui, des gens qui ne se sentent pas concernés par les propositions contre les musulmans, par exemple, ils seront concernés par la disparition du contrôle de constitutionnalité des lois, parce qu'en fait, une fois que cette protection n'existe plus, on peut faire passer non seulement des projets de loi, des lois anti-islam, mais n'importe quelle loi liberticide. Juste, alors, normalement, il y a encore le verrou du Parlement ou le verrou du référendum, mais c'est un verrou beaucoup plus faible, c'est-à-dire qu'il suffira d'avoir une majorité, par exemple, à l'Assemblée nationale pour décider de lois très liberticides.
Alors, tu évoques longuement le parcours d'Éric Zemmour, son enfance notamment, ses études dans des écoles confessionnelles, loin de, enfin, c'est très peu laïque en réalité, son parcours jusqu'à Sciences Po, c'est-à-dire un parcours très communautaire. Est-ce que tu n'as pas peur qu'on t'accuse de psychologiser ?
En tout cas, tu mets en lumière la contradiction fondamentale de quelqu'un qui se veut vraiment héritier de la longue histoire de France mais qui a grandi dans une atmosphère bien particulière et qui aussi, quelque part, veut imposer à tout le monde de subir le parcours d'immigré de ses parents, c'est-à-dire l'assimilation, le changement de prénom, tout ce qui est arrivé dans sa propre famille. En réalité,
moi, psychologiser,
c'est ce qui m'intéressait.
Je considère que quand on fait un livre, une enquête sur une personnalité, sur Éric Zemmour en l'occurrence, justement, il faut aller essayer de comprendre les ferments de la pensée, les ferments du parcours, comment il devient cette espèce d'héros, des grands remplacés de la France d'antan, d'une partie de l'extrême droite française. Donc, j'assume totalement en réalité d'aller puiser dans la psychologie du personnage. Ce n'est pas moi tout seul, en fait, c'est beaucoup de ses amis, des gens qui l'ont côtoyé, qui racontent des anecdotes, des scènes qui montrent son ressentiment, cette construction intime très particulière avec beaucoup de paradoxes, de contradictions.
Tu le dis, effectivement, entre cette éducation juive, puisqu'il fréquente une école privée pendant dix ans, et ensuite, cette défense absolue d'une France millénaire, d'une France de culture catholique, d'une forme de laïcité à la française, jusqu'à vouloir qu'on n'accepte que les prénoms français et qu'on interdit les signes religieux dans l'espace public, ce qui veut dire interdire, par exemple, aussi la kippa et les prénoms juifs, alors que dans son enfance, il dit qu'il ne portait pas la kippa dans l'espace public, mais en tout cas, il portait souvent la kippa, par exemple, à l'école, et beaucoup de ses camarades de classe, j'en ai rencontré beaucoup en fait, ne portaient pas tous des prénoms franco-français, ça c'est un peu l'évolution identitaire très particulière et singulière d'Éric Zemmour qui a épousé totalement la France jusqu'à renier ou en tout cas ne plus considérer une partie de son identité, d'ailleurs, il s'est fâché avec son père en partie sur ça parce qu'il refusait de dire dans sa chronique radio que la capitale d'Israël était Jérusalem.
Lui, il considère comme le quai d'Orsay, mais le quai d'Orsay fait attention à ne pas utiliser le terme pour ne pas froisser les Israéliens, dont la capitale officielle est Jérusalem, Éric Zemmour, lui, il dit que c'était la vive. Et donc, il s'est fâché avec son père sur ça parce que c'est une forme de contestation un peu des frontières d'Israël. Donc, il est prêt dans cette façon de se marier totalement avec la France et une France très traditionnelle. Il va même jusqu'à se fâcher avec sa famille. C'est intéressant. Moi, je ne trouve pas ça du tout accessoire.
Alors, il pourra dire que je psychologise, mais j'assume totalement parce que pour moi, une telle personnalité, il faut au contraire aller enquêter à fond sur ses ressorts et je pense que ça permet d'expliquer une partie du personnage.
Il y a aussi une grosse envie d'appartenir, c'est-à-dire qu'il va appartenir au Gotha, il va appartenir à la grande société, il veut sortir en fait de son parcours de gosse du 9-3 en gros et pour cela, il fait tout ce qu'il faut, il travaille avec acharnement, il ne conteste pas trop l'ordre établi et il intériorise son ressentiment.
Oui, tout à fait. Il vote quand même à gauche dans les années 80, il vote Mitterrand en 81-88, il n'a jamais été de gauche radicale. Éric Zemmour, je lis ses premiers écrits, alors il vote Mitterrand, il est sur une ligne disons chevènement, disons de gauche pro-assimilation à cette époque-là. Il a quand même, il me dit qu'il ne vote pas Giscard d'Estaing en 81 parce qu'il trouve qu'il a un mépris de classe, mais en réalité, oui, lui, ce qui le motive, c'est accéder à l'élite, accéder au grand monde, faire partie des gens qui comptent en France, des intellectuels.
Il s'est rêvé comme un écrivain, un écrivain chez Gallimard d'ailleurs, dans les années 80, il envoie un roman à Gallimard, on lui répond que c'est intéressant, mais on ne le publie pas. Il a vraiment ce côté balsacien, rastignac, c'est beaucoup plus, donc en fait, il se construit beaucoup plus en demande d'intégration du système qu'en opposition à ce système, en contestation de ce système. C'est intéressant d'ailleurs, parce que le système, les élites ne l'acceptent jamais vraiment, n'en font jamais un des leurs, il aurait pu en tirer un discours populiste de contestation des élites et de défense des classes populaires.
Il aurait pu, il aurait pu avoir ce discours, les classes populaires dont il vient. et en fait, pas du tout. En fait, son ressentiment se fixe sur la gauche, mais les élites économiques, par exemple, il les admire beaucoup et il rêve même d'accéder au Cercle Interallié, qui est un club de grands bourgeois à côté de l'Elysée. Il en fait partie six mois et puis après, on le vire parce qu'il a fait du prosélytisme politique dans les vestiaires.
Oui, et en fait, il en est fort mari, il écrit des lettres hyper méchantes, on dirait un petit garçon à qui on a volé son jouet. Et justement, quels sont les liens entre Éric Zemmour et le milieu des affaires, le milieu de l'argent ? Parce qu'il fait tout pour ne pas l'écorcher. Il a un discours ultra-libéral à la Reagan, Jean-Marie Le Pen du...
Oui, des années 80.
Des années 80. Mais est-ce que la grande bourgeoisie le supporte ? Enfin, on sait déjà qu'il y a Bolloré, Vincent Bolloré qui l'a quasiment fabriqué. Il y a aussi la famille Dassault puisqu'il était au Figaro. Quels sont les milliardaires de Zemmour ?
Alors, les milliardaires de Zemmour, ils restent tapis dans l'ombre pour l'instant, mais il y en a. Il y en a. Je sais qu'il y a au moins une des 100 premières fortunes françaises qui a fait un don à son parti politique.
En fait, chez les élites économiques, il fascine un peu Éric Zemmour parce que les élites économiques sont des gens qui ont bien réussi dans la vie, évidemment, mais qui n'ont pas forcément une culture historique impressionnante et donc, ils sont fascinés par Éric Zemmour, ses références, son côté érudit, sa capacité à faire des citations et donc, quand Éric Zemmour, au début de l'année, demande à faire des rendez-vous, des dîners avec des grands patrons, en fait, il y en a beaucoup qui acceptent, qui sont curieux de découvrir l'animal Zemmour. Je pense par exemple à l'ex-PDG d'AXA Henri Decastre qui, lui, est un personnage extrêmement important dans le capitalisme français.
C'était un des plus proches de François Fillon. François Fillon avait dit qu'il en ferait son ministre, son ministre des armées, s'il avait été élu président. Lui, il se rend en juin à un dîner qui est organisé par l'équipe des amis d'Éric Zemmour. Il y a la famille Benzman qui sont aussi deux frères qui font partie des 500 premières fortunes françaises. Alors, eux aussi se rendent à ce dîner-là.
Bon, ils n'en sortent pas forcément convaincus mais en tout cas, ils ont voulu rencontrer Zemmour ce qui prouve que chez les grands patrons, il l'intéresse et il y a même un consultant qui travaille auprès du CAC 40 qui, moi, me dit, alors c'est vraiment sous couvert de off et il ne faut pas le répéter, etc., que lui, trois grands patrons l'appellent, trois grands patrons du CAC 40 l'appellent pour lui dire, parce qu'il a un rôle de conseiller, qu'est-ce que tu penses de Zemmour ? Est-ce que tu crois que je dois donner à sa campagne ?
Donc, il n'y a pas du tout d'hostilité généralisée du grand patronat à l'égard d'Éric Zemmour et lui, d'ailleurs, a construit son programme politique comme ça parce qu'il sait qu'il ne gagnera pas sans les grands patrons donc c'est pour ça que lui, il n'a pas tellement d'idées en économie en fait, c'est pour ça que par stratégie, il construit au début de l'année un programme politique qui est vraiment axé sur les priorités des grands patrons donc un programme politique libéral, il faut travailler jusqu'à 64 ans, etc., et ça, ça plaît beaucoup.
Et quelque part, il y a Vincent Bolloré, c'est-à-dire c'est son gépéto si on peut dire.
Ah bah oui, Vincent Bolloré, c'est Gérard Longuet, l'ex-ministre de la Défense qui me le dit, c'est aussi l'ex-beau-frère et ça demeure un ami de Vincent Bolloré, il m'explique que Vincent Bolloré, en fait, aujourd'hui, il pense pareil qu'Éric Zemmour. Donc c'est comme ça, quand on sait ça, on regarde les choses un peu différemment. C'est comme ça qu'il faut comprendre le soutien absolu apporté depuis 2019 par Bolloré à Éric Zemmour et c'est lui qui lui donne cette place absolument inespérée à la télé à 20h tous les soirs. Il l'aide énormément. À chaque fois qu'il est contesté, il le conforte, d'autant que ça marche en audience.
Donc en plus, ça permet à Bolloré de réussir son pari industriel et on voit de par les autres projets que pousse Vincent Bolloré, par exemple des films anti-avortement ou une journée du 15 août entièrement dévolue à un hommage religieux, mais sur ses antennes, sur ses huit, que Vincent Bolloré poursuit aussi en partie un projet politique et il a trouvé à Éric Zemmour un peu son missile pour réussir et pour percer.
Quelque part aussi, on peut dire que cette grande bourgeoisie qui est en réalité en plus prospère à l'aide internationale, Vincent Bolloré, en fait, il fait son beurre en Afrique et finalement, il fait son beurre en France sur la haine des Africains. En tout cas, on peut dire que cette grande bourgeoisie, finalement, Éric Zemmour lui évite le discours social, le discours de lutte des classes pour finalement embrasser celui des luttes des races qui finalement n'est pas très dangereux pour leurs intérêts.
Absolument, mais il y a même disons des similitudes de vues entre cette grande bourgeoisie, ce grand patronat Éric Zemmour là-dessus, c'est ce que je constate de par cet intérêt du grand patronat Éric Zemmour, c'est qu'ils sont sur des positions qui sont assez peu humanistes et beaucoup plus raides, voire identitaires sur ces questions d'immigration et d'identité en France.
Ils sont sur des positions, alors évidemment, on généralise, donc ça dépend, il y en a peut-être qui, il y en a sans doute qui ne sont pas d'accord, mais en tout cas, disons, la poignée pas du tout négligeable de grands patrons qui acceptent de voir Éric Zemmour, eux, ils sont sur des positions très à droite en matière d'immigration.
– Et puis bon, liberté, égalité, fraternité, c'est la devise de la France, bon, c'est pas peut-être la France qu'Éric Zemmour affectionne, mais Éric Zemmour déteste l'égalité et l'égalité, c'est ce qui, justement, est complètement incompatible avec le néolibéralisme, quelque part.
– Oui, il n'a jamais développé de discours fort vis-à-vis de l'égalité et même de l'équité. Rappelez-vous, sa première condamnation, c'est parce qu'il a expliqué en 2011, il a expliqué qu'on avait le droit de discriminer parce que discriminer, c'est choisir, ce qui étymologiquement est vrai, mais dans le contexte dans lequel il a employé l'expression, c'était évidemment un clin d'œil pour expliquer que l'égalité des chances n'a aucun sens pour lui. Il n'est pas du tout, il n'est pas du tout attaché à ce type de discours. Pour lui, c'est marche ou crève. En fait, il faut bosser. Lui, il dit, ma famille, on a bossé, on n'avait pas d'allocation, on a réussi, on a réussi notre ascension sociale.
Donc, tout le monde doit faire pareil que nous. D'ailleurs, c'est pour ça que je veux, quand je vais dans sa psychologie, c'est intéressant parce que ça permet de comprendre ses propositions politiques. Sur les prénoms, par exemple, ses ancêtres...
Son père et sa mère ont changé de prénom.
Ses grands-parents ont changé de prénom. Donc, en fait, c'est ça. Il reproduit dans ses propositions politiques ce qu'il a vu dans le parcours de sa famille. Et sur l'économie, c'est pareil. Sa famille a réussi... Mais en fait, lui, ce n'est pas sa famille, c'est lui. Il a réussi sans que sa famille bénéficie d'aides particulières. Donc, il dit, personne n'a besoin d'aide. Et ce qui est important, c'est l'identité, c'est les valeurs, c'est l'ordre, c'est la tradition et l'économie, finalement. Si on est courageux, on n'a pas besoin d'aide. Quelque part, c'est un autocentré, alors ? Éric Zemmour est un gigantesque autocentré, bien sûr.
C'est un gigantesque narcissique comme beaucoup d'hommes politiques. Tous ses amis me le disent, d'ailleurs. C'est intéressant. Je leur demande, est-ce qu'Éric Zemmour vous pose des questions sur votre vie, sur vos projets ? Jamais. Les relations d'Éric Zemmour avec ses amis, c'est des relations qui sont concentrées autour d'Éric Zemmour. Dans tous les gens qu'il côtoie, en fait, il ne parle que de lui. C'est des gens qu'il admire, lui. Il fonctionne comme ça. Il est tout dirigé vers sa propre ascension, sa propre réussite. Et les gens qu'il côtoie sont des partenaires. Mais lui, il ne fonctionne pas sur ce mode de l'intérêt réciproque. Éric Zemmour est un très, très grand autocentré.
Merci beaucoup, Étienne Girard. Il est l'auteur de Le radicalisé, enquête sur Éric Zemmour, paru aux éditions du Seuil, un livre très intéressant que je vous conseille. Mais il y avait une question importante que je voulais te poser. On a vu complément d'enquête hier. Et forcément, la question incontournable, c'est Éric Zemmour, a-t-il un problème avec les femmes ?
Écoutez, regardez complément d'enquête, on a l'impression, effectivement, moi, ce que je peux dire, c'est que une vision très particulière du rôle des femmes, il a beaucoup souffert de ne pas avoir de succès auprès des femmes. Aujourd'hui, il a changé dans son rapport aux femmes. C'est-à-dire qu'avant, c'était quelqu'un qui essayait de séduire, mais qui était plutôt timide. Et il est devenu beaucoup plus à assurer. Aujourd'hui, en fait, il aime bien surjouer un rôle de mal alpha qui fait des compliments très, très appuyés, directs aux femmes. Donc, ça témoigne, bon, c'est pareil, c'est relativement classique, mais ça témoigne d'une forme de revanche chez lui, son rapport aux femmes.
Alors, lui, ce récris de toute agression. Il y a quand même une cellule de crise qui a été mise en place au sein de sa campagne. Ça, c'est ce qu'on m'a rapporté. Sur ces questions-là, il n'exclut pas un jour d'évacuer le sujet lui-même à la télévision, d'expliquer, lui, quelle est son approche des rapports de séduction. En fait, pour la connaître, il faut lire Le premier sexe. C'est une approche des rapports de séduction extrêmement sexistes où l'homme attaque et l'homme est actif et la femme reçoit. En fait, il a une forme de jubilation à jouer un peu le mal vieille école un peu à l'ancienne et puis à tenir des propos provocateurs sur les femmes.
Derrière beaucoup de mascus, il y a souvent des frustrés et des anciens frustrés en tout cas. Merci beaucoup, Étienne Girard. Donc, Éric Zemmour, le radicalisé, enquête sur Éric Zemmour aux éditions du Seuil. Voilà, la matinale du Média s'est terminée pour aujourd'hui. Restez connectés au Média. Samedi, on aura notre émission ID, on s'autorise à penser avec Bernard Friot et Fédéric Lordon. Et dimanche, ce sera le grand retour du stagirite et de son module. On sort les dossiers. Restez connectés au Média, assurez-vous notre avenir en nous faisant des dons défiscalisés sur la plateforme OKPAL ou en devenant abonnés et sociétaires de notre coopérative sur lemediatv.fr slash soutien.
Quant à moi, je vous retrouve pour la matinale de lundi. À plus.