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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins· 16 juillet 2025 45 min

Budget 2026 : les recettes de François Bayrou

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0:00
Présentateur

Hier, mardi 15 juillet dans l'après-midi, François Bayrou a présenté ses très attendues orientations budgétaires pour 2026. L'objectif réaliser 43,8 milliards d'euros d'économies pour sortir de ce que le Premier ministre appelle le piège mortel de la dette. Pour se faire une année blanche, le gel des dépenses de l'Etat ou encore la suppression de deux jours fériés. Que retenir de ces annonces et quelles en sont les conséquences sur l'économie et nos vies ? On en parle avec deux invités ce matin. Bonjour Clara Léonard.

0:35
Invité

Bonjour, je vous remercie pour cette invitation.

0:37
Présentateur

Et merci à vous d'être là ce matin. Vous êtes directrice générale de l'Institut Avant-Garde, docteur en économie. Et juste en face de vous, en studio, Mathieu Plannes. Bonjour. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes économiste et directeur adjoint à l'OFCE, enseignant à Sciences Po et à la Sorbonne. Alors, on s'attendait à 40 milliards d'euros d'annonces pour boucler le budget 2026, qui était déjà considérable. Et puis finalement, François Bayrou annonce 43,8 milliards d'euros d'économies. Pourquoi ?

1:06
François Bayrou

Alors, je... Mathieu Plannes. Oui, oui. En fait, les 40, on est passé de 40 à, on va dire, pratiquement 44, de façon assez rapide et de façon assez simple. En réalité, c'est parce que le président de la République a annoncé entre-temps une augmentation significative du budget de la défense, de 3 milliards et demi supplémentaires, qu'il va falloir compenser, si on veut tenir les objectifs budgétaires. Et donc, les 40 se sont transformés quelque part en 44 milliards pour cette raison-là, ce qui va rendre effectivement l'ajustement budgétaire, ou en tout cas les économies à trouver, encore plus, j'allais dire, plus ambitieuses ou en tout cas plus délicates.

1:45
Présentateur

Clara Léonard.

1:46
Invité

Alors, si on revient sur ces 40 milliards, il faut déjà préciser que c'était une manière originale de présenter les efforts à effectuer, parce qu'en fait, d'habitude, traditionnellement, on compare le déficit visé au déficit de l'année précédente. Là, en fait, les 40 milliards, c'est l'écart entre le déficit visé, donc 4,6%, et ce qu'on appelle le tendanciel, c'est-à-dire le déficit prévisible en prolongeant les tendances actuelles. Donc, si on avait choisi une présentation traditionnelle, ce serait un ajustement autour de 25 milliards.

C'est un choix qui est moins transparent que les mesures traditionnelles, mais qui est très politique, parce qu'il permet d'afficher un montant très important, et ça va de pair avec une rhétorique qui a été très marquée pendant le discours d'hier. On parle de danger mortel de la dette, d'Himalaya devant nous, etc. Donc, c'est pour ça qu'on a ce chiffre qui est mis en avant.

2:38
Présentateur

Vous partagez, Mathieu Plaine, c'est vrai qu'on entend de plus en plus cette critique du fait qu'en fait, c'est comme un fétiche politique, un objet politique monté, mais pas forcément une réalité ensuite d'un point de vue des finances publiques.

2:50
François Bayrou

Alors, on ne peut pas dire non plus que les finances publiques soient en bonne situation. C'est-à-dire qu'après, il y a tendance à aggraver peut-être la situation. On a vite eu une comparaison avec la Grèce en disant, attention, la menace, c'est effectivement la falaise, le cas grec, avec derrière l'idée qu'on perdrait le contrôle de notre souveraineté financière, et qu'on ne pourrait plus se refinancer derrière, c'est tout ça. Et donc, on voit le cas grec qui est quand même un peu dans toutes les mémoires, comme c'est assez récent. Mais c'est vrai qu'on en est quand même assez loin d'un point de vue structurel.

Mais il faut dire que la situation budgétaire est quand même un peu délicate en France, parce qu'on est avec un déficit qui est proche de 6% du PIB. On est quand même très éloigné de la moyenne de zone euro. C'est un peu inédit parce qu'on est quand même les plus mauvais élèves. Et surtout, on fait face à une crise budgétaire, mais qui est plutôt française et pas européenne, ce qui n'était pas le cas il y a la décennie de 2010. Et deuxièmement, elle est quand même couplée à une crise politique. Et à mon avis, c'est ça qui est très embêtant. C'est que vous avez un budget qui est annoncé, on dit 43,8 milliards, mais à la fin, on ne sait pas du tout ce qui va rester de ce budget.

Et donc, effectivement, c'est quoi la sortie de tout ça ? C'est quoi le redressement des comptes publics et la stratégie qu'on va avoir jusqu'à 2029 ? Parce que finalement, François Bayrou nous présente un budget, enfin, un programme jusqu'à 2029. Or, on sait que potentiellement, ce budget peut être censuré dans deux mois. Donc, c'est là, en fait, l'inquiétude, c'est de dire, effectivement, cette crise budgétaire est couplée à une crise politique. Et donc, on ne voit pas tellement la sortie de tout ça.

4:14
Invité

Allez-y, Clara Léonard. Je suis tout à fait d'accord avec ce qui a été dit. Je trouve que la comparaison avec la Grèce est un peu excessive. Si on pense à la Grèce, on pense tout de suite à la crise de la dette grecque. Et à l'époque, on avait quand même des taux d'intérêt qui étaient à plus de 30%. Voilà, là, aujourd'hui, la France à 10 ans, qui est le taux de référence, se finance à 3,4%. C'est moins que le Royaume-Uni, par exemple, qui est à 4,6%. Donc, il y a certes des efforts à faire, mais vraiment sur le long terme, dans la durée, avec des économies qui sont difficiles à faire, étant donné la situation politique. Mais on n'est pas du tout au bord de la faillite. Voilà, c'est...

4:53
Présentateur

On va l'écouter, si vous le voulez bien, cet extrait de François Bayrou dans son discours hier à Venue de Ségur, une antenne de Matignon. Et comme ça, vous nous direz pourquoi, selon vous, il dramatise ou pas.

5:03
Locuteur 2

Et je pense qu'il ne faut jamais oublier l'histoire de la Grèce, ou l'exemple de la Grèce. Le Premier ministre, tout à l'heure, s'appelait Alexis Tsipras. Il était à la tête d'une coalition qui s'appelait Syriza, de gauche et d'extrême-gauche. Et pour éviter cet obstacle, il a convoqué un référendum du peuple grec pour que son pays dise non et que, officiellement, son pays derrière lui refuse les conditions de redressement qui lui étaient faites par l'Union européenne et le FMI. Ce référendum, pour dire non, Alexis Tsipras l'a gagné très largement le dimanche et le jeudi, quatre jours après.

Il a été obligé de signer tout ce qu'on lui demandait, tout ce qu'il avait juré de ne jamais accepter. Et le peuple grec, l'État grec, ont dû consentir des sacrifices immenses. Ils ont dû baisser de 30% les retraites et de 15% le salaire des fonctionnaires. Et c'est exactement ce que nous ne voulons pas.

6:20
Présentateur

François Bayrou, hier, dans son discours intitulé « Le moment de vérité ». Alors, si j'ai bien compris, Clara Léonard et Mathieu Plannes, vous êtes d'accord pour dire qu'il ne faut pas être trop alarmiste, qu'on n'en est pas là, c'est-à-dire en 2008-2010, quand le FMI débarquait à Athènes ?

6:35
François Bayrou

Non, j'ai dit heureusement qu'on n'en est pas là, mais vraiment heureusement. D'ailleurs, le juge de paix, si on peut penser là que c'est les marchés, les taux d'intérêt n'ont pas bougé du tout. Alors, on a depuis la dissolution ce qu'on appelle une prime de risque un peu plus élevée qu'il y a un an, mais pour le moment, il n'y a pas du tout de dérive. Et heureusement, parce que la situation économique française, elle n'est pas radicalement différente aujourd'hui d'il y a un an. La question, une fois de plus, c'est la trajectoire qu'on peut avoir sur les prochaines années.

Et j'allais dire, ce qui inquiète ou qui ouvre des incertitudes fortes, c'est aussi la crise politique et la possibilité de redresser effectivement ses comptes publics de façon qualifiée. Si jamais on était la Grèce, on ne pourrait pas écarter des hausses de fiscalité, par exemple. Je veux dire, aujourd'hui, on a un plan d'ajustement budgétaire qui porte à 85% sur la dépense publique. Il faudrait à ce moment-là actionner très fortement le levier fiscal. Donc, on n'est pas à la Grèce, qui est un risque qu'il ne faut pas l'écarter. Ça, c'est sûr que potentiellement, on puisse payer un peu plus cher notre tête. On ne peut pas l'écarter. Mais je veux dire, heureusement, on n'est pas à la Grèce.

Et ce plan ne ressemble pas du tout à un plan d'une économie qui serait équivalente à la Grèce. Claire, la Grèce.

7:38
Présentateur

Clara Léonard.

7:39
Invité

Oui, je suis tout à fait d'accord avec ce qui a été dit. La Grèce, c'était des déficits vraiment beaucoup plus importants. Il y avait aussi des problèmes de chiffres, etc. Il y a une autre métaphore qui a été utilisée au début du discours que je voudrais évoquer. M. Bayrou a comparé la dette publique avec la dette d'un ménage. Et ça, c'est une erreur en économie parce qu'en fait, ce sont des dettes qui ne sont pas du tout de même nature. La grande différence entre un ménage et l'État, c'est que l'État, a priori, a une durée de vie infinie.

Donc, son objectif n'est pas tant de rembourser toute sa dette que de la rouler, c'est-à-dire se refinancer à des taux d'intérêt qui restent raisonnables pour ne pas qu'elles explosent et qu'elles fassent faillite. Et la dette publique et les dettes souveraines sont des produits financiers qui sont essentiels pour le système financier international.

8:31
Présentateur

Il a utilisé beaucoup de comparaisons hier, François Bayrou, dans son discours puisqu'il a aussi comparé la situation française à la situation allemande. Ça, c'est peut-être un peu plus classique. Mais il faut quand même bien dire qu'on est le mauvais élève de la zone euro sur le déficit. 5,8% du PIB. Donc, il annonce un plan jusqu'à 2029 pour atteindre 2,8% du déficit et donc respecter la règle européenne de Maastricht. Est-ce que cette trajectoire est crédible ?

8:56
François Bayrou

Crédible ? En tout cas, l'annoncer, la crédibilité, voilà, une fois de plus, elle se fera à l'Assemblée. Est-ce que... Là, on l'a vu à partir des annonces. Bon, premièrement, ce qui est bien, c'est quand même de dire, la réalité, c'est que c'est un plan d'ajustement qui va prendre plusieurs années et que pour stabiliser la dette publique en point de PIB, l'effort va devoir se cumuler sur plusieurs années. Mais la crédibilité, on voit qu'elle va être extrêmement difficile à trouver parce qu'à peine sorti de son discours, la plupart des partis politiques ont mis des lignes rouges très sévères. Et donc, ce plan de 44 milliards ne sera pas du tout ça à la fin.

Ou en tout cas, si jamais il est exposé comme ça à l'Assemblée, il sera immédiatement censuré. Donc, la question, c'est qu'est-ce qui va rester de tout ça au fond et quelle est la stratégie de moyen terme ? Moi, je pense que c'est ça qui peut inquiéter un peu les investisseurs ou les marchés, c'est de dire, en fait, c'est quoi la stratégie de moyen terme de la France d'un point de vue économique, budgétaire, des questions sur la transition, de la réindustrialisation, etc. Parce qu'on voit qu'il y a quand même un blocage politique fort. Et, j'allais dire, tous les scénarios, du coup, sont possibles suite à ça.

9:59
Présentateur

Alors, justement, sans faire de politique fiction, mais c'est vrai que là, le Parlement est fermé, les députés sont en vacances, c'est presque un peu cocasse d'ailleurs, vu les efforts demandés, mais ça, c'est une parenthèse. Le Rassemblement National, la France Insoumise et le Parti Socialiste ont annoncé qu'ils censuraient potentiellement, probablement, même presque certainement, ce budget à l'automne. Que se passerait-il d'un point de vue budgétaire si François Bayrou tombait sur ce budget 2026, comme c'est déjà arrivé à Michel Barnier pour le budget 2025 ?

10:29
Invité

On rentrerait à nouveau dans le même type de séquence, avec potentiellement, voilà, la nécessité de renommer un Premier ministre, un gouvernement, etc. Sachant que, voilà, il y a toujours cette idée qu'il faut que le budget soit défini avant décembre, sinon on doit avoir recours à des lois spéciales. Voilà, donc ça crée beaucoup de chaos.

10:52
Présentateur

Mathieu Plaine, est-ce qu'il y aurait des conséquences sur les finances du pays d'abord, et sur notre taux d'emprunt sur les marchés ? Vous en parliez à l'instant.

10:58
François Bayrou

Oui, parce que, finalement, on a dit est-ce que, comment on voit les marchés, tout ça, etc. Ils réagissent assez peu à ces annonces, parce que, bon, d'abord, elles ne sont pas tellement surprenantes, en réalité, on a le cadre un peu attendu, y compris dans les montants et éventuellement dans sa répartition. D'ailleurs, ce n'est pas très détaillé sur les gros montants, on pourra peut-être y revenir.

11:18
Présentateur

On va rentrer dans le détail, bien sûr.

11:20
François Bayrou

Mais la réalité, c'est la question, le moment de vérité, il n'est pas tout de suite, en fait. Ce n'est pas le 15 juillet, le moment de vérité, c'est à l'automne. Et donc, on va voir ce qui va se passer à l'automne. Et donc, je pense que l'idée de mettre, par contre, qui était pas mal de mettre en amont, de présenter le plan budgétaire, c'est de pouvoir laisser un peu de temps à la discussion et de voir sur quoi le gouvernement pourrait revenir, sur quoi il pourrait avoir des nouveaux arbitrages, de façon à éviter la censure et à avoir un budget qui soit, en tout cas, peut-être pas voté, mais non censuré.

11:50
Présentateur

Clara et Léonard, un mot, et puis après, on va revenir sur les annonces et peut-être préciser ce que c'est que l'année blanche.

11:55
Invité

Oui, puisqu'on parle des marchés, ce qui est très important pour les marchés, alors bien sûr, ce sont les fondamentaux économiques, mais également ce risque politique. Ce qu'on a vu, c'est que le spread, c'est-à-dire l'écart entre le taux allemand et le taux français, s'était écarté depuis la dissolution. Et c'est vraiment à partir de ce moment-là qu'il y a eu une hausse importante des taux français. Donc ça, c'est presque plus un risque à très, très court terme que la situation budgétaire.

12:18
Présentateur

D'ailleurs, souvent, on entend dans certaines analyses l'exemple britannique de l'Istress qui serait tombée en raison du manque de confiance des marchés financiers. Elle est valable, selon vous, de cette comparaison ?

12:29
François Bayrou

Oui, avec un cas un peu particulier sur l'Istress, parce qu'elle a pris des mesures budgétaires qui n'étaient pas du tout adaptées à la situation économique. Là, la question, c'est vrai qu'il faut bien le rappeler, l'économie française est d'une économie qui est beaucoup moins dépendante de l'extérieur que la Grèce, qui a beaucoup d'épargne, qui est centrale en Europe, on s'est bien levé l'impôt, on a quand même un niveau de qualification et de productivité important. Donc, on a des fondamentaux qui sont loin d'être ceux de la Grèce, sans être dur avec la Grèce. Mais en tout cas, voilà.

Mais la question, au fond, politique est du coup très importante et elle est certainement, la crise politique est peut-être supérieure du coup à la crise budgétaire. Si on n'avait pas de crise politique et s'il y avait une majorité à l'Assemblée, même si ce plan ne nous plaisait pas ou ne plaît pas aux oppositions, absolument, il y a une majorité, il pourrait passer, quitte à avoir de l'impopularité. Et donc, on sait que ce redressement des comptes publics se ferait dans la douleur, mais il se ferait. Là, aujourd'hui, on ne sait pas du tout quelles pourraient être les possibilités. On dit, effectivement, si c'est censuré, est-ce que derrière, on a un nouveau gouvernement technique ?

Sur quel programme ? Est-ce qu'on a une nouvelle dissolution ? Si il y a une dissolution, c'est une majorité. Si il y a une majorité, c'est qui a la majorité et sur quel programme ? Et donc, vous voyez qu'aujourd'hui, on a besoin de visibilité et de réflexion de moyen terme, de stratégie à moyen terme pour avoir un vrai équilibre sur ce qu'il faudrait faire pour dresser les comptes publics, tout en évitant l'affaissement de la croissance, tout en évitant une remontée du chômage, tout en évitant une augmentation des inégalités, tout en évitant la désindustrialisation, etc. Et aujourd'hui, on n'y voit pas du tout clair pour ces questions et ces raisons politiques.

14:02
Invité

Ah, Léonard ? Pour donner quelques chiffres à partir d'une étude de Cyprien Mathieu et Jonas Kaiser dans notre institut, si on veut respecter les règles budgétaires européennes, il faut dégager 150 milliards à horizon 2031 parce que ce sont des règles qui sont très exigeantes, qui demandent notamment d'atteindre un seul primaire d'un peu plus d'un point. Voilà. Et si en plus, et ça c'est très important, nous on insiste beaucoup sur ce point, on veut financer la transition écologique parce qu'il y a vraiment des grandes transformations à faire, on atteint la 180, 200 milliards.

Donc on est vraiment sur une problématique de long terme et pas simplement des petits ajustements qui ont été annoncés aujourd'hui.

14:40
Présentateur

Vous trouvez que l'année blanche c'est un petit ajustement ?

14:43
Invité

Alors, ce n'est pas un petit ajustement en montant, mais je trouve que ce n'est pas une solution pérenne. Ce qu'il faut chercher, ce sont des solutions structurelles d'assainissement de notre budget avec des vraies mesures, que ce soit des hausses d'impôts ou bien des baisses de dépenses. Mais là, on est vraiment sur du court-termisme. Mais alors sur l'année blanche,

15:03
Présentateur

il n'y a quand même peut-être pas des hausses d'impôts, mais enfin si, et surtout des nouvelles personnes qui rentrent dans l'impôt. Qu'est-ce que c'est l'année blanche, Mathieu Plagnes ?

15:10
François Bayrou

L'année blanche, il y a plusieurs années blanches. Celle qui nous présente, en fait, elle est quand même assez importante d'un point de vue budgétaire. Il y a le gel des prestations sociales, celles qui sont dites indexées, qui doivent être revalorisées comme l'inflation. Notamment, vous avez les retraites qui sont un montant important, mais vous avez aussi tous les minima sociaux, les allocations logements, les allocations familiales, voire aussi les allocations chômage. Tout ça représente à peu près 500 milliards. Et à partir du moment où vous faites une année blanche, vous ne revalorisez pas ces prestations comme l'inflation.

Vous faites l'économie de l'inflation d'un point de vue budgétaire. Par contre, pour les personnes qui reçoivent ces prestations, c'est une perte de pouvoir d'achat parce qu'effectivement, leurs prestations ne compensent pas la hausse du coût de la vie. Donc ça, c'est une partie de l'année blanche, et ça, ça ferait à peu près 5 milliards d'économies. À ça s'ajoute le fait que vous pouvez faire une année blanche sur la fiscalité et ne pas revaloriser les seuils et les barèmes de l'impôt sur le revenu notamment. Et donc, ça vient augmenter le poids de l'impôt sur le revenu pour les personnes qui le payent.

Mais un certain nombre de personnes qui ne le payaient pas vont aussi rentrer dans l'impôt sur le revenu. Alors, nous, on avait fait ce calcul sur la loi spéciale, mais c'était sur 2025. On avait 380 000 ménages qui rentraient dans l'impôt. Là, ça devrait être un peu moins parce qu'on a un peu moins d'inflation. Et puis, dernier point, et donc ça, ça représente un peu plus de 1 milliard, même le gouvernement parle de 2 milliards si vous avez aussi une année blanche sur les seuils de CSG. Donc, vous avez aussi la question de la CSG. Vous voyez, c'est un peu technique. Mais on aurait 7 milliards sur l'année blanche, purement prestation impôt.

Mais en fait, pour moi, l'année blanche, ça devrait être plutôt autour de 17 milliards parce que derrière, le gel des dépenses en valeur de l'État hors défense, en fait, ça revient à une année blanche sur le budget de l'État hors défense. C'est-à-dire que vous gelez le budget en valeur des ministères en dehors de la défense et ça, ça fait 10 milliards. Et ça, pour le coup, c'est un montant qui est massif aussi. Mais on n'a pas du tout le détail de comment on atteint. Parce que là, c'est des chiffres. On dit qu'on gèle l'enveloppe. Mais après, comment on fait pour atteindre ces objectifs-là ? Et c'est là, les vraies questions, c'est où seront faites les économies dans chacun des ministères ?

17:07
Présentateur

Alors, en effet, l'année dernière, par exemple, les pensions de retraite ont été revalorisées de 2,2% puisque c'était le taux de l'inflation. Cette année, en 2025, il semble être plus bas 1% selon la Cour des Comptes. Est-ce qu'il y aura vraiment un impact sur toutes les prestations sociales, les retraites, etc., pour les Françaises et les Françaises ? Est-ce que c'est peut-être ça qui a conduit aussi François Bayrou à prendre cette décision ? Clara Léonard ?

17:28
Invité

Alors, la décision sur l'année blanche, on peut se demander sur quelle catégorie ça va peser. Alors, ça va peser sur ceux qui dépendent des revenus indexés. Donc, vous avez les prestations sociales dont les retraites. Voilà, hier, ce sont les deux premiers déciles qui devraient en pâtir le plus. Ça, c'est sur l'impôt

17:47
Présentateur

sur le revenu ?

17:48
Invité

Voilà. Alors, sur l'ensemble, en fait, des mesures de l'année blanche. Voilà. Donc, l'année blanche a des effets régressifs, donc une perte de 0,7 à 0,25% du niveau de vie selon l'IPP. Et les premiers déciles perdent le plus car l'effet du gel du barème de l'IR qui pèse plus sur les riches n'est pas compensé par les effets très régressifs du gel des prestations sociales. Alors, on est quand même dans un contexte où il y a l'INSEE qui vient de publier des chiffres sur la pauvreté qui était effarant au plus haut depuis 30 ans. Il y a 650 000 personnes qui ont basculé dans la pauvreté en une année. Voilà, on peut un peu se demander si c'est vraiment le bon moment pour annoncer ce type de gel.

18:33
François Bayrou

Mathieu Plas ? Je pense que là-dessus c'est important sur cette année blanche il faut savoir que tout ce qui est prestations sociales qui sont hors retraite en fait sont très concentrées sur les bas revenus. En fait, c'est les minimas sociaux, c'est les allocations de logement, c'est les allocations familiales. Alors à partir du moment où vous gelez ce type de prestations effectivement les effets les plus négatifs en pourcentage du niveau de vie c'est sur les plus modestes.

Donc effectivement quand on voit une année blanche on pense que c'est assez égalitaire en disant en fait on gèle mais en fait c'est assez inégalitaire même c'est très inégalitaire parce que c'est les plus modestes et le bas de la classe moyenne qui va être le plus affecté en réalité par certaines des branches. Ce qui est d'ailleurs une des critiques fortes de ce budget c'est qu'en fait il est inégalitaire. C'est un budget où effectivement c'est plutôt les retraités les modestes les fonctionnaires qui vont être mis à contribution et finalement assez peu les grosses entreprises ou les très gros patrimoines.

19:25
Présentateur

Oui c'est ça. Vous partagez Clara Léonard alors que François Bayrou avait prévenu qu'il voulait que tout le monde contribue.

19:30
Invité

C'est ça ça a été présenté comme des grandes mesures transversales tout le monde doit faire un effort mais ce qu'on voit c'est que ce n'est pas du tout le cas et que ça pèse essentiellement sur les plus pauvres et pas sur les grandes entreprises et les plus fortunes. Il y a pourtant cette contribution spéciale

19:44
Présentateur

pour les hauts revenus Mathieu Plannes vous avez plus de détails vous peut-être ?

19:47
François Bayrou

Oui alors pour le moment ça semble être un peu une reconduction de ce qui avait été fait sur la contribution sur les hauts revenus de l'année dernière qui devait être sur une année qui reconduit pour une deuxième année qui représenterait à peu près 2 milliards d'euros de faire en sorte qu'il y a un minimum d'impôts sur revenus qui soit payé pourquoi ?

Parce que les revenus financiers en fait sont soumis à ce qu'on appelle la flat tax le prélèvement forfaitaire unique et payent assez peu d'impôts sur revenus et donc ça serait une compensation comme ça mais par contre on n'a pas de taxation spécifique sur les patrimoines ou les haut patrimoines alors même sans rentrer dans la taxe Zuckman par contre il n'y a pas eu d'effet d'annonce de ce côté-là et non plus les entreprises ne sont pas du tout ou quasiment pas mis à contribution notamment les grandes entreprises

20:29
Présentateur

Peut-être un dernier mot puisqu'il est bientôt 8h sur les retraités on a vu aussi cette mesure qui est un vieux serpent de mer c'est-à-dire de supprimer les fameux 10% d'abattement fiscal sur les pensions de retraite enfin sur le revenu des retraités pour le remplacer par une forme de prime de 2000 euros à retirer son impôt sur le revenu là c'est censé valoriser enfin aider quand même plus les petites retraites que les plus grosses

20:56
François Bayrou

moi je pense que ça c'est plutôt une bonne mesure c'est-à-dire qu'en fait c'est pas effectivement une suppression pure et dure de cette niche fiscale pour frais professionnels de 10% pour les retraités qui représentaient quand même 5 milliards et du coup ça redistribue quand même un peu parce que vous faites un forfait à 2000 euros et donc c'est plutôt avantageux pour on va dire les retraités du bas de la classe moyenne voire une partie de la classe moyenne et par contre ça sera plus coûteux enfin en tout cas les retraités plus aisés vont payer plus donc c'est assez redistributif et en même temps il y a peut-être un petit gain budgétaire

21:27
Présentateur

merci beaucoup Mathieu Plann économiste et directeur adjoint à l'OFCE vous restez avec nous tout comme vous Clara Léonard directrice générale de l'institut avant-garde docteur en économie on va continuer à décrypter les annonces puisqu'elles sont très nombreuses de François Bayrou France Culture il est 8h

21:41
Locuteur 9

7h09 les matins d'été Astrid De Vilaine

21:48
Présentateur

c'est le sujet de sa vie politique la réduction de la dette publique thème principal de sa campagne présidentielle en 2007 alors près de deux décennies plus tard quand François Bayrou annonce un plan massif au pays le premier ministre ne peut s'empêcher d'y voir un signe du destin combien peut rapporter cette année blanche décidée pour reconstruire le budget de l'an dernier sans tenir compte de l'inflation que ces oppositions décrivent déjà pour certaines comme une année noire pour les services publics ou les travailleurs nous sommes toujours en présence de nos deux invités Clara Léonard merci d'être resté avec nous directrice générale de l'institut avant-garde docteur en économie et Mathieu Plann économiste et directeur adjoint à l'OFCE enseignant à Sciences Po et à la Sorbonne merci à vous alors on va reprendre la conversation où on l'avait laissée si vous le voulez bien cette année blanche que certains décrivent comme une année noire est-ce que vous pouvez nous en expliquer les raisons je cite par exemple Sophie Binet de la CGT qui dit je ne veux pas fermer des hôpitaux pour financer des rafales en référence évidemment aux dépenses sur la défense qui sont augmentées contrairement aux autres ou évidemment aux partis socialistes ou d'autres forces politiques comme le Rassemblement National et même LR d'ailleurs qui y voit une atteinte pour le pouvoir d'achat par exemple des retraités Mathieu Plann

23:03
François Bayrou

Oui l'année blanche est une des composantes de l'ajustement budgétaire qui a été annoncé on a à peu près 7 milliards sur le gel des prestations et l'impôt sur le revenu cette année blanche et après il y a tout le gel des ministères de la dépense en valeur dont on n'a pas forcément le détail mais c'est vrai que si on regarde dans cet effort qui va être concerné c'est clairement les ménages les plus modestes ça c'est sûr qui reçoivent des prestations sociales notamment les retraités qui sont en première ligne en fait c'est la grosse c'est une des grosses variables d'ajustement quelque part dans ces questions budgétaires et puis après il y a toute la dépense des ministères et dedans il y a effectivement aussi les fonctionnaires donc qui ne seront pas revalorisés en tout cas il n'y aura pas de revalorisation générale il y en a justement aussi sur l'emploi mais même quand on regarde ça d'ailleurs c'est un point intéressant c'est à dire qu'on voit qu'il y a à peu près 10 milliards d'économies attendues du côté de l'état et des agences de l'état et en fait même si vous réduisez et c'est ce que dit François Béroux vous ne remplacez pas un fonctionnaire sur trois je rappelle à Sarkozy c'était un sur deux là on est à un sur trois l'économie attendue elle est de l'ordre de 400 à 500 millions d'euros alors qu'on attend 10 milliards sur l'état donc ça veut dire que globalement il y a un peu plus de 9 milliards qui ne sont pas expliqués donc ça veut dire où est-ce que sont faites en réalité les économies budgétaires parce qu'une année blanche en fait c'est purement technique on va dire on ne reconduit pas un certain nombre de dépenses on les gèle en valeur mais par contre une fois qu'on a dit ça c'est très général mais comment font chaque ministère pour s'organiser sur quel type de dépenses sachant qu'effectivement sur la masse salariale c'était un peu annoncé mais du coup c'est quoi les autres variables d'ajustement est-ce que c'est sur l'investissement est-ce que c'est sur des politiques de l'emploi est-ce que c'est sur des budgets par exemple il y a la transition énergétique donc voilà c'est là où ça va être intéressant c'est qu'il faut le décliner ministère par ministère pour voir un peu ce qu'il y a derrière cette année blanche et qui parle juste d'un aspect technique l'aspect technique c'est juste la non-revalorisation des prestations mais après sur la dépense de l'État il va falloir avoir un peu plus de détails

25:06
Présentateur

3000 postes en moins de fonctionnaires l'an prochain non remplacement d'un fonctionnaire sur 3 à partir de 2027 quelles conséquences ça peut avoir sur nos vies Clara Léonard

25:16
Invité

alors déjà je vais revenir un peu en arrière parce qu'il me semble important d'expliquer pourquoi on en est là pour montrer à quel point cette solution n'est pas forcément très appropriée voilà pourquoi on a eu une hausse de la dette ça s'explique à moitié par des dépenses en effet de l'État de crise mais également par une baisse des prélèvements obligatoires depuis 2017 c'est le résultat d'une stratégie qui a échoué des baisses d'impôts non financées à la fois des ménages et des entreprises surtout des ménages avec 2,5 points de baisse de PO depuis 2017 donc ça c'est important parce qu'on se centre énormément sur les dépenses de l'État mais il y a aussi un vrai sujet de baisse d'impôts non financées alors si on regarde ce budget qui se veut transversal etc il y a des vrais choix qui sont faits en réalité donc on a privilégié la défense mais il y a beaucoup de sacrifices sur des dépenses d'avenir dans le PLF 2025 il y avait une baisse de 1 milliard dans la recherche il y avait la réduction des crédits pour l'écologie aucune mesure de rattrapage sur l'éducation alors que depuis 20 ans la dépense par élève ou étudiant baisse en France qui accentue le retard de formation voilà donc ça c'était les orientations de 2025 on peut se dire que ça va être les mêmes orientations est-ce qu'il y a à part

26:30
Présentateur

la défense dont on a beaucoup parlé des ministères qui ne seront pas touchés parce qu'ils ont eu des lois de programmation on peut penser par exemple au régalien l'intérieur la justice

26:37
François Bayrou

c'est pas évident je sais pas pour le moment on sait pas c'est là où pour le moment on a quand même sur l'ensemble des annonces on l'a vu il y a quand même vous avez 10 milliards sur l'état et les agences à trouver vous en avez 5 sur la santé c'est pas rien non plus et vous avez 5 sur les collectivités locales donc vous avez la moitié en gros des 40 un peu plus de 40 milliards qui pour le coup sont des annonces un peu générales qui vont porter sur des économies importantes mais on a pas du tout le détail en fait de comment tout ça va se décliner et or c'est souvent dans le détail que les choses se compliquent

27:10
Présentateur

et là où on a encore moins de détails c'est sur le travail on va écouter François Bréleau puis on décrypte juste après ces annonces sur cette question

27:17
Locuteur 2

j'ai la conviction qu'il faut réconcilier notre pays avec le travail avec l'emploi avec l'épanouissement au travail il est devenu insupportable pour beaucoup d'entre nous j'en suis sûr quel que soit le courant de pensée auquel nous appartenons il est devenu insupportable de voir toutes les entreprises artisanales tous les commerces tous les secteurs industriels se plaindre et parfois mettre la clé sous la porte parce qu'ils ne trouvent plus les salariés jeunes ou motivés dont leurs entreprises ont besoin et dont ils espéraient qu'ils pourraient un jour prendre la succession ce blocage là ce désenchantement face au travail c'est un ennemi public et je vous propose que nous le combattions il faut travailler plus il faut que toute la nation travaille plus pour produire et pour que l'activité du pays dans son ensemble soit plus importante dans l'année pour que la situation de la France s'améliore je propose donc que deux jours fériés soient supprimés pour tout le pays

28:29
Présentateur

c'est peut-être la mesure effet waouh pardon pour cette expression la suppression de deux jours fériés on comprend potentiellement peut-être pour mettre ça dans la négociation et n'en supprimer finalement qu'un comment avez-vous reçu tous les deux Mathieu Blan et Clara Léonard cette annonce et combien cela peut rapporter Clara Léonard

28:48
Invité

alors il est important de préciser qu'il ne suffit pas toujours de travailler plus pour produire plus ce qui est la volonté donc depuis 2004 vous avez la journée de solidarité qui sert à financer le modèle essentiel mais c'est en réalité un impôt la contribution de solidarité autonomie est-ce qu'on peut

29:05
Présentateur

s'arrêter un instant sur ce que vous venez de nous dire travailler plus ne permet pas forcément de produire plus vous pouvez préciser je vais vous expliquer pourquoi justement

29:12
Invité

donc en fait c'est un jour qui est souvent chômé et donc nous ne travaillons pas beaucoup plus par ailleurs il y a 250 jours ouvrés par an chaque jour de travail en plus devrait ajouter 0,4 points de PIB mais l'INSEE a montré que l'effet d'un jour ouvré supplémentaire c'était seulement 0,06 points de PIB pourquoi ? pour deux raisons la première c'est que le niveau de production il est contraint par la demande qui n'augmente pas et en plus le temps de loisir c'est souvent un temps de consommation voilà donc en fait si vous enlevez du loisir vous enlevez de la consommation Mathieu Plane

29:43
Présentateur

on voit que ça peut rapporter parfois la suppression d'un jour varié 2 à 3 milliards d'euros par an

29:49
François Bayrou

oui alors c'est bien Clara Léonard l'a bien rappelé c'est pas mécanique l'effet sur la production effectivement il faut quand même qu'il y ait une demande en face si on veut augmenter les capacités de production et travailler plus il faut aussi que du coup cette demande suive donc ça c'est effectivement tout sauf mécanique après ce qui peut rapporter ce qu'il a rapporté dans la journée de solidarité c'est que ça ça a été assorti d'une hausse de cotisation en réalité sur les entreprises sur la masse céréale de 0,3% qui rapporte à peu près 3 milliards par an et donc l'idée derrière c'était de dire on prélève un peu plus les entreprises à travers une cotisation sur la masse salariale mais vous entreprise vous pouvez faire travailler vos salariés un jour de plus sans les rémunérer en fait et donc à la fin si les salariés travaillent un jour de plus sans être rémunérés en fait c'est les salariés qui portent l'effort et du coup les entreprises payent la cotisation si les entreprises font cadeau de ce jour là c'est elles qui payent pour le coup donc c'est en fait savoir quelle va être la répartition de cette équilibre et ce qui est bizarre dans le discours de François Ribeiro là dessus il y a deux choses la première c'est qu'il dit pas travailler plus pour gagner plus donc est-ce que ces deux jours travaillés en plus donnent lieu à une rémunération supplémentaire ou est-ce que c'est travailler plus pour gagner pareil c'est quand même pas la même chose et deuxième chose est-ce que c'est assorti d'une hausse de cotisation pour des questions budgétaires parce que la finalité derrière tout ça c'est quand même que ça rapporte de l'argent

31:08
Présentateur

Clara Léonard

31:09
Invité

oui moi je pense qu'il y a d'autres solutions si on est dans une logique si on veut insister sur le travail il faut plutôt investir justement dans la politique industrielle verte française pour soutenir des nouveaux secteurs on va faire face à une réorganisation massive avec une destruction de secteurs bruns et puis la potentielle montée en puissance de secteurs verts vous allez avoir beaucoup de gens qui vont perdre leur emploi parce qu'il va y avoir ces secteurs bruns qui vont disparaître et il faut les aider à revenir au travail et c'est en nourrissant ce tissu productif là et en pensant les grandes transformations que là on va bénéficier du travail

31:48
Présentateur

et justement vous l'avez sans doute entendu François Bayrou le Premier ministre a cité tout en le critiquant le fameux rapport sénatorial qui chiffre à 211 milliards d'euros par an le montant des aides de l'Etat aux entreprises alors tout confondu on aurait peut-être pu imaginer que François Bayrou décide de flécher ces aides en fonction justement des entreprises qui aident à la transition énergétique c'est pas du tout le choix qu'il a fait il décide lui de proposer une sorte de choc de simplification aux entreprises elles vont devoir y réfléchir cet été et envoyer des propositions et celles qui auront eu le droit à cette simplification de normes ou vous allez nous dire ce que François Bayrou a derrière la tête pourront continuer à conserver ces aides Mathieu Plame

32:32
François Bayrou

le fléchage c'est toujours quelque chose d'assez compliqué mais on va pas rentrer dans ce détail là ce qui est assez surprenant c'est que bon d'ailleurs c'est aussi un rapport de la Cour des Comptes qui montre que globalement quand on regarde les exonérations de cotisations sociales qui sont les grosses mesures fiscales de la politique d'offres depuis un peu plus de 10 ans sont passées de l'ordre de 20 milliards en 2013-2014 aujourd'hui on est à autour de 80 milliards c'est à dire que du coup ça a été multiplié par 4 c'est la Cour des Comptes et donc effectivement on a une forme d'inflation assez forte à travers la politique de l'offre qui vise à réduire la fiscalité sur les entreprises pour des gains qui des fois sont contestables en réalité c'est plutôt ça parce qu'on voit bien qu'on a quand même malgré tout une problématique d'industrialisation on a quand même pas rétabli complètement notre déficit commercial on a des questions sur les qualités d'emploi qui peuvent être créées qui sont plutôt des emplois autour du SMIC par ces mécanismes là donc c'était aussi l'occasion de repenser la politique d'offres pour moi et or on rentre toujours dans cette mécanique de compétitivité de politique fiscale de dire le travail est plus on supprime des jours fériés sans réfléchir en fait à l'investissement l'innovation la montée en gamme la réindustrialisation qui sont des enjeux qui vont bien au-delà et donc on a un programme en fait qui est purement budgétaire et un peu fiscal et qui oublie de savoir comment on fait mieux contribuer les entreprises au redressement des comptes publics tout en maintenant l'investissement tout en améliorant effectivement notre tissu productif et ça ça manque quand même enfin fortement je trouve

34:04
Présentateur

Clara Léonore est-ce que ce budget peut avoir finalement un effet récessif qui ne serait pas du tout ce que souhaite François Bayrou à l'entendre ?

34:11
Invité

Alors oui tout à fait c'est vrai que c'est vrai qu'il pourrait y avoir un effet croissance une croissance qui est déjà vraiment faible la prévision c'est 0,7% ce que vous montrent des études notamment une étude du FMI c'est que la consolidation ne mène pas automatiquement à une baisse de la dette publique vous avez de nombreuses expériences de politiques d'austérité qui mènent même à une hausse plus de la moitié en fait des expériences d'austérité de la dette publique à moyen long terme donc voilà donc c'est pas automatique on fait un effort et puis on stabilise voire on baisse et on baisse la dette

34:47
Présentateur

est-ce que là on est dans un budget d'austérité où c'est absolument pas le bon terme

34:50
François Bayrou

alors c'est de la sémantique mais oui enfin je veux dire qu'on appelle ça la consolidation budgétaire de la restriction budgétaire ou d'austérité on choisit le mot qu'on veut

34:57
Présentateur

vous c'en êtes un

34:58
François Bayrou

oui mais à partir en fait l'idée c'est que quand on vous redressez les comptes publics comme ça à marche forcée vous prélevez sur l'économie donc le prélèvement sur l'économie c'est une forme c'est de la consolidation l'austérité il n'y a pas une définition claire de ce qui est l'austérité là ce qui est quand même par contre évident c'est que c'est un budget qui est quand même massif on parle de 43-44 milliards on n'a pas tout le détail mais qui porte à 85% sur la dépense publique donc il y a quand même je veux dire un des effets qui sont très significatifs du côté de la dépense publique qui se qualifient enfin qu'on pourrait qualifier d'austérité après on joue sur les mots mais en tout cas c'est assez clair

35:34
Invité

Clara Léonard vous reprenez l'expression aussi oui je reprends l'expression et c'est un budget qui devrait peser sur la consommation et sur la croissance

35:41
Présentateur

Peut-être encore un mot avec vous Clara Léonard sur l'extrait qu'on vient d'entendre de François Bayrou qui parle d'épanouissement au travail et c'est vrai que c'est un vrai sujet pour tout de suite après annoncer la fin potentielle de deux jours fériés c'est une mesure qui selon vous peut être bien perçue dans la population puisqu'il faut quand même aussi qu'elle y adhère à ce plan la population française

35:59
Invité

Oui c'est ça il faut qu'elle y adhère alors de manière générale il faut que la population adhère à ce budget c'est intéressant je reviens sur ce choix qui a été fait sur la défense parce qu'il y avait une note de l'IPP qui est sortie et qui vous montre que en fait si vous voulez si vous voulez que le budget de défense soit pérenne il faut qu'il soit soutenu par la population Et il l'est d'ailleurs

36:24
Présentateur

il est soutenu dans les enquêtes d'opinion

36:26
Invité

Alors eux ce qu'ils montrent aussi c'est qu'il faut que ça dépend beaucoup du design de ces politiques et il faut que ça aille de pair avec des politiques de redistribution donc je fais un peu un détour vers la défense mais je veux montrer que la question l'acceptabilité est vraiment essentielle et en tout cas sur les jours fériés je pense qu'on en est loin

36:43
Présentateur

Tu veux planer un vieux serpent de mer c'est aussi qu'on a sorti du tiroir parce que ça rapporte beaucoup d'argent potentiellement même si vous avez mis des nuances tout à l'heure

36:50
François Bayrou

Oui alors voilà ça peut rapporter ça dépend comment c'est ficelé tout ça on n'a pas encore bien le détail c'est sûrement aussi une demande plutôt du patronat j'imagine aussi effectivement de supprimer ces deux jours fériés c'est vrai que sur l'adhésion des actifs elle risque de ne pas être très forte c'est sûr surtout qu'elle est quand même couplée à la réforme des retraites qui demande déjà de travailler plus tout au long de la vie donc en fait c'est une mini réforme des retraites supplémentaire parce que vous allez travailler deux jours de plus par an sur toute votre durée de vie active donc à la fin ça vous fait 80 90 jours de plus ça fait presque 3-4 mois supplémentaires sur l'ensemble d'une vie active et la question c'est est-ce que ça c'est valorisé et est-ce que comment on fait parce qu'on a beaucoup parlé de dire il faut revaloriser le travail donc c'est important de dire si vous revalorisez le travail alors à ce moment-là on se prend les jours ferrés mais il faut payer plus aussi et là on n'a pas entendu vous travaillez plus mais vous allez gagner plus

37:43
Présentateur

il n'y a rien dans ce plan Clara Léonard sur peut-être ce qui a émergé de la crise des gilets jaunes c'est-à-dire faire en sorte que le travail paye plus et qu'on soit heureux d'aller travailler parce qu'on a plus de pouvoir d'achat

37:53
Invité

non il n'y a rien dans ce plan qui permet

38:02
Présentateur

qui porte son nom sur les milliardaires a critiqué ce budget sur les réseaux sociaux il dit que ce budget s'attaque à à peu près tout le monde sauf aux milliardaires vous partagez rapidement l'un et l'autre

38:11
François Bayrou

oui oui c'est un angle mort assez terrible je trouve que quand on dit il faut partager l'effort de redressement des comptes publics il y a quand même un gros sujet sur la taxation des patrimonnes même si je ne suis pas forcément favorable à la taxe Zuckman il y a quand même une histoire de savoir comment on fait mieux contribuer en tout cas les milliardaires les plus riches à cet effort de redressement budgétaire

38:30
Invité

Clara Léonard très rapidement oui c'est ça parce qu'on avait la contribution différentielle sur les hauts revenus mais qui rapportait vraiment peu le rendement de la taxe Zuckman alors il est débattu mais entre 15 et 20 milliards il y a des chiffres qui sortent mais ça dépend de si on prend en compte le patrimoine professionnel voilà et donc ça dépendra largement des détails de ce genre de mesures

38:53
Présentateur

et sans doute aussi des débats au parlement qui s'annoncent animés à la rentrée merci à tous les deux d'être venus ce matin sur France Culture pour nous aider à y voir plus clair dans ce budget 2026 Clara Léonard directrice générale de l'institut avant-garde Mathieu Plann économiste et directeur adjoint à l'OFCE

39:09
Locuteur 9

merci copain aimez-vous le théâtre

39:12
Présentateur

il y a une grâce il y a un charme il y a une espèce de magie

39:16
Locuteur 9

France Culture je reparte à midi parce que je joue l'Avignon à 5h le théâtre les matins d'été Astrid De Vilaine

39:24
Présentateur

et nous prenons tout de suite la direction d'Avignon où nous retrouvons comme chaque matin Marie Sorbier

39:29
Locuteur 4

bonjour Marie bonjour Astrid et bonjour à tous pour la première fois la comédie française est présente dans le festival d'Avignon avec la dernière mise en scène d'Eric Ruff le soulier de satin mais aussi dans le off à la Scala avec les Serge Gainsbourg point barre voici donc le public et le privé qui se marient dans les remparts pour le seul plaisir des spectateurs Stéphane Barotet bonjour

39:57
Locuteur 3

bonjour

39:58
Locuteur 4

vous êtes ici parce que pour la première fois la comédie française joue à la fois dans le festival dans la cour d'honneur et ce sera le soulier de satin et dans le off avec les Serge que vous avez commis en scène est-ce que pour vous ça veut dire quelque chose cette dichotomie entre le in et le off ?

40:12
Locuteur 3

non pas vraiment en plus moi je ne suis pas un grand spécialiste du festival d'Avignon parce que j'y viens rarement ça fait 15 ans que je ne suis pas venu en tant que festivalier c'est vrai que de l'extérieur j'ai pas mal d'amis qui jouent soit dans le in soit dans le off donc je sais les différences entre le théâtre subventionné et puis et puis le off c'est tellement pluriel aussi

40:33
Locuteur 4

on a parfois l'impression que la comédie française elle reste dans ses murs vous avez plusieurs lieux à Paris mais peut-être que le public sait moins que la comédie française est aussi en tournée là vous finissez finalement la tournée des Serges ici à Avignon le fait de jouer hors les murs c'est important pour vous ?

40:48
Locuteur 3

souvent les gens nous disent vous êtes tout le temps à Paris alors que chaque année il y a un ou deux spectacles qui sont en tournée mais c'est vrai que les gens ne le savent pas forcément et c'est très très important de pouvoir voir d'autres salles d'aller à la rencontre du public c'est vrai qu'on entend beaucoup parler du politique dans le théâtre et moi je trouve que le vrai politique dans le théâtre c'est d'aller à la rencontre des gens qui n'ont pas forcément accès à la culture d'aller jouer un peu partout pour ne pas se sclerer pour ne pas se scléroser dans notre capitale

41:14
Locuteur 4

et le politique c'est aussi pour la Comédie française de proposer un spectacle comme les Serges c'est-à-dire à partir de Serge Grinsbourg donc loin du répertoire est-ce que pour vous c'est aussi une sorte de respiration de changer complètement de thématique par rapport aux pièces plus classiques que vous jouez habituellement ?

41:29
Locuteur 3

ah oui oui tout à fait depuis le début du mandat d'Eric Ruff même avant avec Muriel mais c'est vrai qu'Eric a vraiment ouvert énormément à plein de formes différentes et pour nous c'est très enrichissant parce que ça nous oblige à être encore plus curieux encore plus mobile plus ouvert à plein de choses et puis aller à la rencontre aussi des auteurs et autrices d'aujourd'hui

41:50
Locuteur 4

vous venez d'arriver alors peut-être que vous n'avez pas suivi ça mais au tout début du festival Anne-Therazza de Kirstmaker a fait un spectacle sur Brel où nous avons entendu 26 chansons de Jacques Brel c'était vraiment un hommage pour elle qui dansait dessus là les Serges c'est un peu différent ce ne sont pas que des chansons de Gainsbourg qu'on entend ?

42:05
Locuteur 3

oui c'est un spectacle un peu hybride d'ailleurs souvent ça déconcerte les gens au tout départ et puis après ils se laissent un peu embarquer parce qu'on a voulu faire une sorte de portrait chinois de Gainsbourg à travers des bouts d'interviews un texte de Boris Vian une parole de Jane Birkin et puis des reprises de Gainsbourg où on essaie aussi de décaler ces reprises de faire entendre encore plus le texte d'essayer d'apporter un regard nouveau sur ces textes là

42:31
Locuteur 4

alors bon festival j'espère que vous ferez partie de ceux qui aiment Avignon Sébastien Poudon votre collègue disait à l'instant que ça se divisait en deux donc on verra dans quelques jours

42:39
Locuteur 3

oui oui j'ai hâte je vous ferai peut-être un bilan oui j'espère

42:42
Locuteur 4

je vous retrouve merci beaucoup

42:43
Locuteur 3

merci

42:44
Locuteur 8

Françoise Nissen

42:51
Locuteur 4

bonjour bonjour vous êtes la présidente du festival ici à Avignon on vient d'entendre la comédie française qui cette année est à la fois dans le in et dans le off est-ce que pour vous c'est une des conséquences du travail que vous menez avec Thiago Rodriguez il y a depuis plusieurs années pour justement abattre ces frontières entre le in et le off la conséquence c'est d'abord le plaisir

43:08
Locuteur 6

de faire du théâtre de venir à Avignon de partager avec un public parce que c'est d'abord un public le festival donc c'est surtout un très très grand bonheur et c'est comme ça que ça doit être je trouve ça absolument merveilleux de pouvoir avoir la comédie française des deux côtés et alors je trouve absolument formidable aussi c'est la comédie française qui évidemment à Paris ne se considère pas comme parisienne mais comme nationale ou internationale et donc va à la rencontre des gens dans les territoires et ça c'est une des choses qui me paraissent absolument indispensables

43:41
Locuteur 4

La Scala sur fonctionnement particulier qu'elle bénéficie à la fois de financement privé et public est-ce que ce mélange privé-public c'est pour vous une des ouvertures pour le monde de la culture aujourd'hui ?

43:51
Locuteur 6

Je ne comprends pas que ça ne s'en fasse pas plus parce que l'important c'est de faire exister et de faire exister ce qui vaut la peine d'exister pour le public une fois de plus quand un théâtre fait pour le public un travail de qualité peu importe que ce soit une institution privée ou une institution publique ce qui est important c'est ce qui est fait et l'accès que ce théâtre donne au public Merci beaucoup

44:15
Locuteur 8

Encore une belle réponse L-A-E-D-O-L-A-T-I-T-I-A

44:23
Présentateur

Merci Marie Sorbier qui nous fait vivre le festival d'Avignon chaque matin on vous retrouve demain Sous-titrage Société Radio-Canada