Accord à Bruxelles, relance en France, Huawei... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Le Maire
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Et bienvenue dans le 8.30 de France Info avec Jean-Jérôme Bertolus et notre invité. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour. Ministre de l'économie des finances et de la relance qui va donc prendre un fort accent européen dans les prochains mois puisqu'au bout de la nuit un accord a finalement été arraché à Bruxelles par les 27, un accord salué par le président de la République.
Nous avons aujourd'hui avec ce sommet non seulement été l'un des sommets les plus longs de l'histoire, peut-être le plus long, mais surtout et avant toute chose un sommet dont les conclusions sont véritablement historiques. Nous avons mis en place une capacité d'emprunter en commun, de mettre en place un plan de relance solidaire pour la première fois.
C'est un jour historique Bruno Le Maire. Oui je crois que c'est un bel accord, c'est un bon accord et c'est l'acte de naissance d'une nouvelle Europe. Donc c'est effectivement un jour historique parce que pour la première fois de son histoire, l'Europe accepte de lever de la dette en commun. C'est de la dette qui va être levée par les 27 Etats membres pour donner de l'argent aux Etats membres afin qu'ils puissent reconstruire, relancer leur économie. Donc c'est l'acte de naissance de cette Europe nouvelle qui sera plus solidaire, plus verte et puis plus franco-allemande.
Parce que quand on regarde ce qui s'est passé depuis des semaines, cet accord doit tout ou presque à la volonté de la France et de l'Allemagne, à la volonté du Président de la République et de la chancelière allemande. Ça fait des semaines que nous travaillons au niveau des ministres des Finances où dès le 9 avril, nous avons obtenu un accord avec Olaf Scholz, entre ministres des Finances pour 540 milliards d'euros de soutien à l'économie. Et puis depuis, cette proposition d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron de lever de la dette en commun pour 500 milliards d'euros pour soutenir l'économie.
Et enfin, cette négociation marathon qui aboutit à cet accord qui, je le redis, doit marquer l'acte de naissance d'une nouvelle Europe plus solidaire, plus verte, parce que 30% des dépenses doivent être pour la transition écologique, et plus franco-allemande, parce que sans le couple franco-allemand, il n'y aurait pas eu d'accord ce matin.
Mais justement, d'un mot, vous parlez effectivement de négociation marathon, vous parlez d'une Europe nouvelle, elle s'est accouchée un petit peu au forcep, cette Europe nouvelle. 90 heures de négociation, des claquements de portes, on a failli aboutir à une véritable rupture.
Et comme toujours, Jean-Jérôme Bertolus, quand il y a l'acte de naissance d'un nouveau projet, d'un projet qui est plus ambitieux, il faut aussi voir les risques et les difficultés. Ça a été une négociation marathon, épuisante, et je pense que, vu la multiplication des difficultés qui sont devant nous, quand on voit le contexte international difficile, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine, il faut que l'Europe puisse décider aussi fort que ce matin, mais plus rapidement.
Et sur certaines questions, par exemple la fiscalité, je pense qu'il est temps maintenant de passer à la majorité qualifiée, qu'on abandonne cette règle de l'unanimité qui bloque la rapidité des décisions pour passer à la majorité qualifiée. Quand je vois la taxation des gens du numérique, qui est aujourd'hui une nécessité absolue, on devrait la décider à la majorité qualifiée. La taxation minimale à l'impôt sur les sociétés pour éviter l'évasion fiscale, on devrait la décider à la majorité qualifiée.
Je comprenne bien ce que vous êtes en train de dire, Bruno Le Maire. Pendant 4 jours, en fait, 4 pays ou 5 pays qui représentent à peu près 10% de la population européenne ont bloqué, en fait, cet accord. Pour vous, c'est anormal que ces 5 pays légitimes de l'Europe du Nord, mais qui représentent finalement un poids assez faible au point de vue démocratique et économique, puissent bloquer l'Europe ?
Je ne fais aucun reproche à ces 4 États. Et je le dis comme ministre des Finances, qui est habitué à négocier avec ces États, avec les Pays-Bas, avec le Danemark, avec la Suède, avec l'Autriche, avec la Finlande également, c'est des négociations qui sont dures, des négociations qui sont difficiles, auxquelles je suis habitué. Donc il n'y a pas de reproche, je pense, à faire à ces États, d'autant plus que nous avons trouvé, au bout du compte, un compromis. Mais il y a une leçon à tirer.
Dans un monde où on voit qu'il y a des affrontements qui sont de plus en plus forts sur la question du commerce, sur la question de la fiscalité, sur la question des droits de l'homme aussi, il faut que l'Europe puisse décider plus vite, avec autant d'ambition que ce que nous avons trouvé dans cet accord sur le plan de relance, mais plus vite. C'est donc la majorité qualifiée qui, à mon sens, doit l'emporter, au moins sur un certain nombre de sujets, dont la fiscalité, sur la règle de l'unanimité.
En l'occurrence, sur ces questions de rapport de force dans les négociations, Bruno Le Maire, on voit bien ce matin ce que tout le monde a potentiellement gagné. Vous le soulignez depuis le début de cet entretien. On a du mal à voir ce que ces pays-là ont perdu. En l'occurrence, ils ont gagné 110 milliards sur le montant qui était espéré par Paris et Berlin sur des subventions plutôt que des prêts, c'est-à-dire sur ce qui sera à rembourser par les États. Ils ont négocié aussi des rabais dans leur participation au budget européen. Est-ce que ce plan de relance que vous présentez comme indispensable, qui a été dur à négocier, ne se paye pas aussi très cher de ce point de vue-là ?
Ils ont surtout fait une concession majeure. Ils ont accepté de la dette en commun. Ce qui était, il faut le mesurer, totalement impensable pour ces États-là, pour la majorité des États membres, et impensable aussi pour l'Allemagne. Est-ce qu'on peut traduire à nos auditeurs ce que ça représente ? Ça veut dire qu'au lieu que chacun lève de la dette sur les marchés, avec un taux d'intérêt qui va dépendre de sa situation économique, situation économique qui a été très dégradée par la crise du Covid en Espagne et en Italie. Donc du coup, les taux d'intérêt sont plus élevés.
Vous levez de l'argent pour payer vos hôpitaux, pour payer vos écoles, pour payer vos entreprises, pour soutenir vos PME, et vous empruntez sur le marché un taux qui peut être de 1,25%, parfois au-delà pour les pays qui sont le plus en difficulté. Là, vous rassemblez l'ensemble des États et ils lèvent de la dette en tenant compte de la situation économique meilleure de certains États, comme l'Allemagne ou les Pays-Bas. Donc le taux d'intérêt baisse, le coût de l'emprunt est plus faible, et tout le monde en bénéficie. Ça s'appelle la solidarité financière. C'est ce qui est né ce matin à l'occasion de cet accord. Et c'est une avancée majeure.
Et c'est de la part de ces États, c'est pour ça que je ne leur fais aucun procès, je pense que ce serait très malvenu. C'est de la part de ces États, une concession majeure qu'ils ont faite, de dire, nous on a un taux d'intérêt qui est très faible, on va accepter de le mettre en commun avec les autres États qui sont plus en difficulté, comme l'Espagne, comme l'Italie, comme la Grèce, pour qu'ils aient à payer moins cher leur reconstruction, et que donc tous ensemble, nous puissions nous reconstruire plus vite, nous puissions avoir une économie qui redémarre plus vite, que le marché unique européen soit consolidé, et que l'Europe entre la Chine et les États-Unis puisse se relever rapidement.
On verra à quoi va servir cet argent et cet emprunt avec ces plans de relance massifs dans un instant. Le fil info à 8h40 d'abord, et c'est avec Lauriane Delannouy.
Le monospace a pris feu sur l'autoroute avant de faire des tonneaux. Cinq enfants de 3 à 14 ans morts hier soir dans un accident sur l'A7 dans la Drôme. Un drame qui touche sans doute toute la France, selon le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui s'est rendu sur place dans la nuit. C'est une première. L'Union européenne crée une dette commune face à la crise du coronavirus. L'accord finalisé il y a 3h environ à Bruxelles, c'est un jour historique pour Emmanuel Macron. Du côté des Républicains, le sénateur Bruno Retailleau met en garde ce matin contre la création d'un nouvel impôt pour financer ce plan de relance de 750 milliards d'euros en tout.
La France va réorganiser son système de santé. Le ministre Olivier Véran fait des annonces aujourd'hui sur le fonctionnement de l'hôpital. C'est le deuxième volet du Ségur, la concertation avec les personnels hospitaliers. On attend un soutien fort à l'investissement, prévient sur France Info le président de l'association des directeurs d'hôpital. C'est la seule usine d'hydroxychloroquine en France. Le site pharmaceutique Famar, près de Lyon, repris par un groupe libanais qui prévoit de garder 115 salariés sur 250.
Le 830 France Info, Nicolas Teilhard, Jean-Jérôme Bertolus. Et notre invité Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance. Ça tombe bien, on va parler chiffre. 750 milliards, ça c'est le montant de l'enveloppe totale. Du plan de relance européen négocié cette nuit à Bruxelles. Pour la France, ça veut dire combien ?
Ça veut dire 40 milliards d'euros de subventions pour la France. Je dis bien de subventions. Qui ne seront donc pas remboursées. 40 milliards qui seront remboursées, mais qui seront remboursées plus tard. Donc dans des conditions qui sont extrêmement avantageuses pour nous. Et surtout qui sont immédiatement disponibles. Parce que je le dis comme ministre de la relance. La relance est maintenant, il n'y a pas un instant à perdre. Donc nous disposons, dès maintenant, de 40 milliards d'euros supplémentaires. Que nous allons pouvoir ajouter à l'argent du budget français.
Dans les 100 milliards ?
À l'intérieur des 100 milliards. Ils sont dans les 100 milliards. Ce n'est pas 40 plus 100, c'est 40 à l'intérieur des 100 milliards. Mais c'est beaucoup d'argent disponible immédiatement. On va même pouvoir engager des dépenses dès 2020. Par exemple, sur la rénovation énergétique des bâtiments, sur le plan hydrogène. Qui pourront être financés par cet argent européen. C'est l'État français qui va payer tout de suite pour 2020. Mais dès 2021, l'Union Européenne nous remboursera.
Alors vous, Bruno Le Maire, vous ne cessez de répéter ces dernières semaines. Pas d'augmentation d'impôts en France. Bruno Retailleau, le patron du groupe LR au Sénat. dit ce matin, à partir du moment où il y a un emprunt au niveau européen, il y aura bien un impôt. Qu'est-ce que vous lui répondez ? Il faudra rembourser.
D'abord, je réponds à Bruno Retailleau qu'il faut savoir se réjouir dans la vie. Quand il y a un succès national, il faut savoir se réjouir. Il faut savoir se réjouir de cet accord franco-allemand. Il faut savoir se réjouir de cet acte de naissance d'une Europe plus solidaire. C'est, à mon sens, parmi les valeurs de cette famille politique, les Républicains. Donc je pense qu'il faut savoir, à un moment donné, oublier les querelles politiques et se réjouir au nom de l'intérêt national. Cet accord est un bon accord pour l'intérêt national, parce qu'il nous permet de financer le plan de relance. Ensuite, est-ce qu'il y aura de nouvelles ressources propres pour l'Union européenne ?
Mais moi, je souhaite qu'il y ait de nouvelles ressources propres. Mais pas forcément qu'ils soient payés par vous, par moi, par nos auditeurs et par les citoyens français. Mais par exemple, par ceux qui veulent profiter du marché unique européen. Je suis pour une taxe carbone aux frontières. Vous baisserez la production, mais il est indispensable qu'elle voie le jour et qu'elle voie le jour le plus rapidement possible. Et là aussi, à la majorité qualifiée, pas à l'unanimité.
Si on reste à la règle de l'unanimité sur la fiscalité, ça va être très compliqué de mettre en place une taxe carbone aux frontières, parce que les uns auront peur des Chinois, les autres auront peur des sanctions américaines. Et au bout du compte, il n'y aura rien du tout. Donc je suis pour une taxe carbone aux frontières le plus rapidement possible, à la majorité qualifiée. Et là, qui va payer ? C'est les gens qui voudront importer de l'acier. Ceux qui produisent de l'acier dans des conditions environnementales moins favorables, ils veulent le vendre en Europe très bien, mais ils payent le coût carbone de cette importation d'acier en Europe. Voilà une ressource propre intéressante.
Deuxième ressource propre, pour bien comprendre, et que Bruno Retailleau se rassure sur ce que nous avons comme projet. La fiscalité des gens du numérique, c'est une ressource propre. La fiscalité minimale à l'impôt sur les sociétés, c'est une ressource propre. La taxe sur les transactions financières, qui existe déjà en France, mais que nous voulons étendre à tous les pays européens, c'est une ressource propre. Vous voyez qu'on ne manque pas d'imagination pour faire payer ceux qui doivent payer. C'est-à-dire pas les citoyens français, pas les citoyens européens, mais ceux qui veulent bénéficier du marché unique européen et de sa richesse.
Est-ce que c'est un appel à une forme de protectionnisme européen ? Et est-ce que vous souhaitez, Bruno Le Maire, que ces 750 milliards qui seront injectés sur les marchés, empruntés par les États européens, aillent à des entreprises européennes, et si possible françaises ?
C'est bien entendu préférable. Et oui, c'est un appel à défendre nos intérêts.
Mais comment est-ce que ce sera vérifié ?
C'est un appel à défendre nos intérêts économiques. Ces 750 milliards d'euros, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont nous permettre de nous relever économiquement plus rapidement. Ils vont nous permettre de rester dans la course technologique face à la Chine et face aux États-Unis. On va par exemple investir massivement dans l'hydrogène. Au lieu d'importer de l'hydrogène de l'extérieur, on aura notre propre hydrogène vert. Au lieu d'avoir des batteries électriques importées de Chine ou importées de Corée du Sud, nous aurons nos propres batteries. Donc vous aurez un marché unique européen plus riche et plus avancé. Il faut qu'on le défende. Donc l'un ne va pas sans l'autre.
Si on investit dans le marché unique européen, il faut faire payer ceux qui veulent bénéficier de ce marché unique.
Se rebâtir plus rapidement, vous dites. Se réformer aussi plus rapidement. Est-ce que la contrepartie, et c'est une crainte ce matin de Jean-Luc Mélenchon, le patron de la France Insoumise, est-ce que la contrepartie des largesses de l'Union Européenne vis-à-vis des pays comme nous, la France, des autres pays du Sud, ça n'est pas maintenant il faut véritablement vous réformer, réformer les retraites, réformer l'assurance chômage, bref, ne pas différer ce type de réformes ?
Mais je suis favorable à ce que chacun s'engage dans la voie de ces réformes. Nous l'avons fait avec le président de la République, le Premier ministre l'a confirmé. Nous avons depuis trois ans engagé des réformes structurelles. Je souhaite que tous les pays européens engagent aussi ces réformes structurelles. Et c'est vrai que c'est une différence ontologique que nous avons avec Jean-Luc Mélenchon. On a de longs débats à l'Assemblée nationale sur ces sujets. La question c'est est-ce que Bruxelles décidera du calendrier des réformes en France ? Mais ce n'est pas Bruxelles qui va décider.
Mais à partir du moment où on emprunte en commun, c'est légitime qu'on demande à tous les États qui vont bénéficier de cette dette commune de se mettre au bon niveau économique. Parce que sinon on va tous être perdants. Oui, il faut une réforme des retraites pour que chacun puisse tenir compte de l'allongement de la durée de vie et puisse tenir compte de la situation aussi de ses finances publiques. Oui, il faut un marché du travail qui fonctionne mieux. Oui, il faut améliorer la compétitivité de nos entreprises pour qu'elles résistent face à la compétition féroce avec les entreprises américaines ou avec les entreprises chinoises. On ne nous impose rien.
C'est un choix souverain que nous faisons. Nous avons fait avec le président de la République le choix de l'intégration européenne et le choix du succès économique. L'un va avec l'autre.
Est-ce qu'un domaine comme la santé entrera dans ces chiffres au moment où les hôpitaux, les soignants vous disent que l'hôpital est à bout de souffle depuis des mois, a connu par exemple une crise majeure ? Quand on parle là d'économie de chiffres, on se souvient du quoi qu'il en coûte d'Emmanuel Macron. On est en pleine négociation sur le Ségur de la santé. Comment est-ce qu'on fait avec cette réalité-là dans le monde du travail, aujourd'hui, du service public en France et ces conditions qui se poseront peut-être avec un regard sur nos finances publiques dans les prochains mois ?
Pour être très concret, dans ces 40 milliards d'euros de subventions qui vont être accordées par l'Europe à la France, il peut y avoir de l'argent qui est mis sur la rénovation des hôpitaux, sur l'amélioration du service public hospitalier français qui en a bien besoin et qui va, grâce au Ségur de la santé, à l'accord qui a été trouvé par Olivier Véran et le Premier ministre, je l'espère, repartir du bon pied. Donc oui, cet argent va aller très directement à la vie quotidienne des Français. Ça peut aller sur les hôpitaux, la rénovation des hôpitaux, la rénovation thermique des écoles, des EHPAD, des universités. Ça peut aller à des recherches et donc à nos chercheurs.
Mais si assainir les finances publiques, ça veut dire fermer des lits, par exemple. C'est une crainte aujourd'hui de tous les soignants, après la crise que l'on a connue ?
Il me semble que le Ségur de la santé va exactement dans le sens inverse. Revalorisation des soignants, modernisation des hôpitaux, chacun est attaché, moi le premier, au service public hospitalier. Et je crois qu'avant la crise du Covid, j'avais eu l'occasion de dire à plusieurs reprises que s'il y a une dépense, comme ministre des Finances, que j'étais prêt à lâcher pour parler clairement, c'était bien sur les hôpitaux. Parce que s'il y a un service public qui a besoin du soutien de la nation et du soutien financier, c'est des hôpitaux.
Et pourtant, il a fallu la crise du Covid pour que l'augmentation du salaire des soignants soit axée, Bruno Le Maire. Et vous étiez déjà aux manettes du ministère de l'économie ces derniers mois.
Toutes les crises sont un moment de refondation. La crise du Covid va nous permettre de refonder l'hôpital. Elle va nous permettre aussi, en tout cas je le souhaite, de refonder la construction européenne.
Bruno Le Maire, invité du 8.30 de France Info, on poursuit la discussion dans un instant. Le fil info à 8h50. C'est avec Lauriane Delannoye.
40 milliards d'euros de subventions pour la France dans le plan de relance européen. 750 milliards en tout décidés cette nuit. Chiffre donné par le ministre de l'économie à l'instant sur France Info. Bruno Le Maire salue l'acte de naissance d'une nouvelle Europe avec cet accord finalisé au petit matin entre les dirigeants des 27. Le texte entérine la création d'une dette commune de l'Union Européenne. Il n'y aura pas de nouvel impôt pour les Européens, assure le commissaire européen Thierry Breton. Cinq enfants d'une même famille tués dans un accident sur l'autoroute A7 dans la Drôme. Hier soir, le monospace familial a pris feu puis a fait des tonneaux sur l'A7.
Le père au volant a tenté de se mettre sur la bande d'arrêt d'urgence mais ses freins n'ont pas fonctionné selon le préfet de la Drôme ce matin sur France Info. Le géant de l'agrochimie, Monsanto, condamné en appel en Californie. Son herbicide, le Roundup, a bien causé le cancer d'un jardinier américain selon les juges. Il baisse fortement les dommages et intérêts prévus. 20 millions de dollars contre 290 en première instance.
Le 830 France Info, Nicolas Teilhard, Jean-Jérôme Bertolus. Et Bruno Le Maire, invité du 830 de France Info, ministre de l'économie, des finances et de la relance. On va parler de la relance en France, Jean-Jérôme.
Allez vite pour la relance en France. La crise est là, elle sera sûrement bien pire cet automne. Quand est-ce que vous allez présenter le plan de relance ?
La relance est déjà effective. Je veux vraiment le dire aux Français qui nous écoutent. Les mesures de soutien aux entreprises, aux PME, aux indépendants, les mesures de soutien pour l'emploi des jeunes qui vont être votées dans quelques jours, tout ça est déjà disponible et soutient déjà l'économie. Le dernier temps de la relance, c'est le plan de relance que je présenterai au Conseil des ministres du 24 août.
Et qui présentera les dernières mesures, les 100 milliards d'euros qui ont été annoncés par le Président de la République, qui ont vocation à engager des dépenses pour la formation des salariés, c'est un point absolument essentiel, pour l'investissement des entreprises, pour la transition écologique. Et je souhaite qu'aujourd'hui, il y a 20% pour la transition écologique. Il faut aller plus loin ? Oui, nous souhaitons, avec Barbara Pompili, arriver à 30% de dépenses pour la transition écologique dans ce plan de relance. Je crois que c'est nécessaire si nous voulons tenir cette ambition d'accélération de la transition écologique et de la décarbonation de notre économie.
Et d'un mot, Bruno Le Maire, pour les ménages, on parle de 20 milliards sur la solidarité. Alors, il y a effectivement les dépenses pour l'hôpital qu'évoquait Nicolas Théa, mais est-ce qu'effectivement, c'est quoi ces milliards pour les ménages ?
Alors, cet dernier volet, il est très important, c'est le volet de solidarité. Donc, un volet décarbonation, un volet investissement, un volet formation et qualification, et un troisième volet qui est un volet de solidarité. Il y a une partie des ménages français qui ont pris la crise de plein fouet, qui ont perdu leur emploi, qui n'en retrouvent pas, qui aujourd'hui ont du mal à joindre les deux bouts, qui doivent payer leur garde d'enfants parce qu'il n'y a plus de garde d'enfants disponibles. Et tout ça coûte très cher.
Donc, il y a un volet de solidarité qui peut passer soit par l'augmentation de l'allocation de rentrée scolaire, 100 euros de plus pour l'allocation de rentrée scolaire, c'est un demi-milliard d'euros. Vous voyez, c'est des sommes qui sont importantes.
Qu'est-ce que vous pouvez nous annoncer ce matin en plus qui n'a déjà été révélé, acté ?
Vous aurez la présentation le 24 août, donc je ne vais pas vous donner toutes les mesures du plan de relance, mais il y aura un volet de solidarité qui représentera près d'un quart des dépenses de ce plan de relance, parce que la relance doit être verte, elle doit être compétitive et elle doit être solidaire.
Est-ce que le port du masque obligatoire désormais dans de nombreux lieux publics qui sont fermés, les magasins par exemple, peut-être un frein à cette reprise ?
Je ne crois pas. Et aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que les derniers chiffres dont nous disposons sur la consommation, sur la reprise industrielle sont satisfaisants. Ils ne sont pas parfaits, mais ils sont satisfaisants. Et par ailleurs, comme je le dis depuis le début de cette crise, il faut que nous apprenions à vivre avec le virus. Il ne va pas disparaître tout de suite, il n'y a pas encore de vaccins disponibles, donc il faut que nous arrivions à concilier sécurité sanitaire, qui est la priorité absolue, et activité économique. Je ne vous dis pas que c'est agréable, le masque ça ne plaît à personne,
ce n'est pas agréable, mais il faut s'y habituer. Avec une prise en charge pour les Français les plus modestes, vous parliez de ceux qui ont pris cette crise de plein fouet, le coût du masque.
Je vois le débat qui a lieu, qui est un débat sain, sur le coût du masque, on l'a plafonné, 95 centimes d'euros comme vous savez, mais ça peut représenter, ça peut représenter effectivement pour des familles un coût important. Donc est-ce qu'il peut y avoir une prise en charge, il y en a une qui est faite par les entreprises, par les administrations, est-ce qu'il faut une prise en charge complémentaire ? Je trouve que c'est un bon débat, je n'ai pas la réponse ce matin, mais je trouve que c'est une question qui se regarde attentivement.
D'un mot, vous rencontrez dans une heure vos homologues chinois, je ne sais pas si c'est exactement le terme, mais en tout cas des dirigeants chinois en première ligne. D'abord, est-ce qu'il faut, pour la 5G, interdire à l'opérateur chinois qui est interdit en Grande-Bretagne, qui est poursuivi au Canada, critiqué aux Etats-Unis, est-ce qu'il faut interdire à cet opérateur chinois d'investir en France, de participer au réseau 5G ?
Nous n'interdisons pas à Huawei d'investir sur la 5G. Nous protégeons nos intérêts de sécurité nationale. J'ai eu longuement hier le vice-premier ministre chinois au téléphone, et j'ai eu l'occasion de lui rappeler la position qu'a définie le président de la République, et qui est la position française. Il n'y a pas, en France, de discrimination à l'encontre de quel coopérateur que ce soit. D'ailleurs, Huawei a aujourd'hui quasiment 30% du marché de la 4G, et il n'y a pas d'interdiction totale.
On ne fait pas preuve de naïveté.
Non, nous protégeons nos intérêts stratégiques, c'est-à-dire que nous regardons les sites qui sont sensibles, nous protégeons des sites qui sont sensibles, nous veillons au respect de la sécurité nationale. Et je pense que nos partenaires chinois peuvent comprendre la position française, qui est claire et équilibrée. Pas l'interdiction globale de Huawei en France, mais la défense de nos intérêts de sécurité nationale.
Bruno Le Maire, en parlant de la Chine, l'oppression visant la communauté Ouïghour, c'est une minorité musulmane qui vit dans la province du Xinjiang, s'accentue. Les preuves sont très difficiles à obtenir, mais elles arrivent de plus en plus nombreuses, avec ce que le régime chinois appelle des centres de rééducation, qui ont tout de centres de concentration, aujourd'hui de camps de travail. Est-ce que vous avez la certitude qu'aucun des masques, qui ont été commandés par exemple par la France, ne sont fabriqués dans ces camps de travail ?
D'abord, cette pratique est révoltante et inacceptable. Et nous la condamnons fermement. Les autorités chinoises connaissent la position de la France sur ce sujet. Sur la question précise que vous me posez, je n'ai pas de réponse. Je ne sais pas vous donner avec certitude la réponse à votre question. Je dis simplement que ces pratiques sont inacceptables, révoltantes, et que ça doit évidemment faire partie de la discussion que nous avons avec nos partenaires chinois.
Est-ce qu'aujourd'hui, l'Europe, qui a réussi à se mettre d'accord sur le plan économique, peut avoir une seule voix sur ce sujet, et entrer dans la cour des grands pour dire au régime de Pékin ce qu'il en est sur ce sujet ?
Je vous ai dit ce matin que nous assistions à l'acte de naissance d'une nouvelle Europe. C'est vrai pour la solidarité financière. Il reste un chemin immense à parcourir pour que l'Europe devienne adulte, souveraine, puissante. Et sur ce chemin, il y a une étape essentielle. C'est être capable de tenir des positions politiques, des positions stratégiques unies et fortes face aux deux autres géants du XXIe siècle, les Etats-Unis et la Chine. J'espère que sur ce sujet-là, elle sera parlée d'une voix forte, d'une voix unie et d'une voix claire. Parce que ce sont nos valeurs les plus essentielles, celles du respect des droits de l'homme et de la démocratie qui sont en jeu.
Et vous aurez l'occasion de le dire à vos partenaires chinois dans une heure. Maintenant, la relance vous attend. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances de la relance, invité du 8.30 de France Info. Merci à vous. C'était avec Jean-Jérôme Bertolus.
Bruno Le Maire