Critique contre les grands patrons : Sophie Binet annonce sa mise en examen pour injure publique
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France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien ce matin avec Benjamin Duhamel, nous recevons la secrétaire générale de la CGT. Vos questions et réactions, chers auditeurs, au 0145 24 7000 et sur l'appli Radio France. Bonjour Sophie Binet. Bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter en pleine discussion budgétaire, alors qu'un compromis paraît possible, c'est ce qu'ont dit les socialistes hier en sortant de Matignon. On va aussi parler de la conférence sociale qui commence cette semaine, de la situation de l'industrie. Mais d'abord, avec la FSU et Solidaire, vous appelez aujourd'hui à une journée de grève.
Sans les autres grandes centrales syndicales, la CFDT, FO, la CFE, CGC, elle sert à quoi Sophie Binet cette journée ? Vous ne vous sentez pas un peu seule ce matin ?
Non, notre mobilisation a permis de marquer des points très importants pour la première mi-temps. Par exemple, nous avons obtenu hier l'enterrement de la réforme assurance chômage. C'est une grande victoire parce que c'est des millions de précaires, de privés d'emploi qui auraient été pénalisés de façon extrêmement violente. On y reviendra tout à l'heure. Là, on rentre dans la seconde mi-temps. On rentre dans la séquence décisive. Aujourd'hui, c'est non seulement notre journée d'action, mais c'est les débats sur le budget de la sécurité sociale qui recommencent à l'Assemblée nationale. Et c'est les derniers débats.
Ça veut dire que c'est les votes décisifs et que c'est maintenant que ça se passe. Et donc, il faut, dans la deuxième mi-temps, maintenir la pression, maintenir la mobilisation sociale pour pouvoir enlever toutes les horreurs
qui sont toujours contenues dans le projet de budget. Sauf, Sophie Binet, que la mobilisation, elle s'annonce assez faible. Il n'y a pas beaucoup de perturbations aujourd'hui à venir, ni dans les transports, ni dans l'administration. Comment faire croire que cette mobilisation va marcher aujourd'hui ?
Eh bien, il y a des grèves et des manifestations qui ont lieu. D'ailleurs, toutes celles et ceux qui nous écoutent savent qu'il y a beaucoup d'écoles dans lesquelles les enseignements ne sont pas tenus, le périscolaire, les crèches. Il y a aussi des grèves dans les transports au niveau régional. Certaines entreprises privées, par exemple...
Dans les transports, très peu de perturbations.
Si, dans les transports régionaux, par exemple, des entreprises privées avec des grèves sur les salaires qui sont mises en place, par exemple, les salariés de Groupama sont en grève aujourd'hui sur la question des salaires. En fait, le problème de fond, c'est que ce budget, plus personne n'y comprend rien. C'est ça la difficulté, c'est que le gouvernement a mis en place une opération anesthésie générale pour faire en sorte qu'il y ait un attentisme et une forme de fatalisme. Et donc, nous, ce que nous disons, c'est là, il faut se réveiller, puisque les choses se jouent maintenant. C'est une journée d'alerte.
Mais justement, Sophie Binet, sur cette alerte, voilà ce que dit le patron de Force Ouvrière, Frédéric Souillot. Il dit que cette mobilisation intervient à un moment où on ne sait toujours pas à quoi vont ressembler les lois de finances de l'État et de la Sécu. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils n'y participent pas. En fait, est-ce que vous ne criez pas avant d'avoir mal ? Puisque précisément, tant que les textes budgétaires ne sont pas votés, ils sont encore en discussion. En ce moment, le projet de loi de finances de la Sécurité sociale à l'Assemblée nationale, en deuxième lecture, en fait, vous vous mobilisez contre quoi ?
Eh bien, justement, contre les horreurs qui sont toujours contenues. Je vais les lister. D'abord, c'est l'année blanche qui, en fait, serait une année noire parce que ça veut dire que les pensions, les prestations sociales seraient désindexées.
Mais là-dessus, vous savez que sur l'année blanche, sur les pensions, ce serait vraisemblablement plutôt les pensions au-dessus d'un certain seuil et que sur l'année blanche et les prestations sociales, les socialistes sont susceptibles de l'emporter sur le gouvernement. Donc, ça, si on prend cet exemple-là précis...
Là, un, rien n'est garanti parce que les sénateurs l'ont défait. Et deux, pour l'instant, ce que veut faire le gouvernement, c'est qu'il veut que les retraités qui gagnent plus de, par exemple, 1500 ou 1700 euros, leurs pensions soient désindexées. Pour nous, ce que nous voulons, c'est que l'ensemble des pensions et des prestations sociales augmente avec l'inflation pour tout le monde, pas seulement pour certaines personnes. Deuxième chose, les franchises médicales. Le gouvernement veut taxer les malades et veut imposer un doublement des franchises et des participations médicales avec un résultat qui pourrait être saignant parce que ça pourrait être 350 euros par personne et par an.
C'est énorme. Donc, ça, il faut que ça soit enterré. Troisième chose, le budget des hôpitaux. En l'État, si le budget était adopté avec les 2% d'augmentation de l'ONDAM, ça se traduirait par 5 milliards de baisse du budget des hôpitaux.
Alors, on précise l'ONDAM, l'objectif national de dépense d'assurance maladie, mais on va décortiquer ces revendications et ce qui explique cette mobilisation aujourd'hui. Mais quand le Parti socialiste et les responsables du Parti socialiste sortent hier de Matignon en disant il y a la possibilité d'un compromis, est-ce que vous vous félicitez du fait qu'on semble peut-être aujourd'hui plus avancé qu'on ne l'était hier ou avant-hier sur la possibilité que la France soit dotée d'un budget avant la fin de l'année ? Est-ce que c'est bon pour l'économie ? Est-ce que, si c'est bon pour l'économie, la patronne de la CGT s'en félicite ?
Il faut un budget, mais pas à n'importe quel prix. Un budget qui impose une violente cure d'austérité aux travailleurs et aux travailleuses et qui nous impose une année noire en 2026, ça serait non seulement un budget injuste et violent pour les travailleurs et les travailleuses, mais un budget mauvais pour l'économie avec un effet récessif très important. Parce que des travailleurs et des travailleuses dont le pouvoir d'achat baisse, ça veut dire moins de consommation et de destruction d'emploi.
Donc la suspension de la réforme des retraites, des augmentations d'impôts comme vous les demandiez, ça ne suffit pas à donner un début de quitus à ce budget ?
Mais parce que pour l'instant, dans ce budget, il y a encore un paquet d'horreurs. Je vous en ai listé trois, je continue. Le budget prévoit de baisser les allocations familiales pour les enfants de plus de 14 ans. Ça peut représenter 900 euros en moins par an et par an.
Ça, par exemple, il faut le supprimer. Mais Sophie Binet, l'optimisme des socialistes, ça ne vous rassure pas, ça ? Ça dépend sur quoi.
Qu'il y ait un budget, c'est très bien, mais il faut que ça soit un budget sans recul pour les travailleurs et les travailleuses. Je vais prendre encore un exemple. Ce budget de la sécurité sociale, en l'État, il prévoit de limiter à 15 jours la durée des arrêts maladie. Mais il n'y a pas plus absurde et plus dangereux comme mesure. Quand on a le bras cassé, on sait très bien que ce n'est pas 15 jours que le plâtris va rester. C'est pendant un ou deux mois. Et donc, ça a quel sens d'imposer aux gens de retourner plusieurs fois voir leur médecin alors que les médecins sont déjà engorgés ?
Oui, parce que là, pour préciser, il faut retourner chez le médecin. Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas prendre un arrêt de maladie de plus de 15 jours.
Non, ça veut dire que les arrêts maladie sont limités à 15 jours et que pour le renouveler, il faut retourner chez le médecin alors qu'on est déjà en grande difficulté pour avoir un rendez-vous chez le médecin. Pour revenir sur la question du budget des hôpitaux, parce que c'est un des points les plus noirs de ce budget, c'est une catastrophe. En 2024, on a déjà dû fermer 2000 lits dans les hôpitaux. Depuis le Covid, c'est des dizaines de milliers de lits qui sont fermés. Si ce budget était adopté, ça voudrait dire 5 milliards de baisses supplémentaires.
Justement, Sophie Binet, sur le budget des hôpitaux, vous avez eu cette formule quand Emmanuel Macron est dans la foulée de l'annonce d'Emmanuel Macron d'un service militaire volontaire. Vous avez dit la seule perspective que nous ouvre le gouvernement sur ce budget, donc, c'est la guerre. Et vous rajoutiez on ferme des lits d'hôpitaux pour fabriquer des obus. Si on vous suit, ça veut dire que le réarmement, les 6 milliards d'euros supplémentaires sur le budget de la défense, c'est inutile ?
Le problème, c'est qu'on augmente le budget de la défense de 6 milliards et qu'on baisse le budget des hôpitaux de 6 milliards. Donc, il y a quand même un parallélisme qui est troublant.
On ne baisse pas le budget des hôpitaux de 6 milliards.
Ah si ! En budget constant, oui, parce que les dépenses de santé augmentent.
Les dépenses d'assurance maladie passent de 266 milliards en 2025 à 270 milliards en 2026.
Oui, mais en fait, ce qu'il faut expliquer, c'est que d'abord, il y a une inflation naturelle. Ensuite, il y a un vieillissement de la population qui fait que les besoins de santé augmentent. Et il y a une augmentation des prix, des médicaments, des équipements médicaux, etc. Et donc, pour ne pas baisser, le budget des hôpitaux, il doit augmenter de 4%. S'il augmente de moins de 4%, ça veut dire qu'il baisse. Et ça, ce n'est pas le chiffre de la CGT. C'est le chiffre des directeurs d'hôpitaux, des directeurs de la Sécu. C'est le chiffre qui fait consensus. Et donc, aujourd'hui, en l'état actuel des choses, le budget des hôpitaux baisserait de 5 milliards et ça serait une catastrophe
pour nos hôpitaux. Mais ce n'est pas un peu simpliste ou démagogique d'opposer les dépenses de la défense aux dépenses de la santé, Sophie Binet, dans le moment qu'on traverse ça ?
De fait, ce qu'on observe, c'est que les seuls budgets qui augmentent, c'est le budget du militaire.
Mais c'est important qu'ils augmentent, ces budgets ? Ou pas face à la menace russe ? Face à la montée des périls ?
Oui, ça dépend pour quoi faire. Nous, nous pensons que la France, elle doit prendre le lead d'une grande coalition pour imposer le désarmement au plan mondial et lutter contre l'inflation des dépenses militaires et de la militarisation du monde, qui est extrêmement inquiétante. Que la France, elle doit prendre la tête d'une grande coalition pour défendre l'ONU, pour la renforcer, pour que le droit international soit renforcé.
Non mais donc, Sophie Binet, pardon, mais là, votre voix est importante. Ça veut dire que la France ne doit pas dépenser davantage pour se réarmer, pour faire en sorte d'avoir une armée plus moderne. Ça, c'est pas un objectif.
Ça veut dire que ça se débat, que ça doit pouvoir se débattre. Et là, le problème, c'est qu'on nous dit, on dit deux choses très contradictoires. On nous dit, il faut dépenser plus pour que la France soit souveraine. Et de l'autre côté, on nous dit, on reste dans le commandement intégré de l'OTAN, alors que Trump a déjà dit qu'il se déceludarisait des attaques contre l'Europe et qu'il ne respectait pas un certain nombre de principes fondateurs de l'OTAN. Donc, que l'Europe se donne les moyens de garantir sa souveraineté, oui, mais elle doit s'autonomiser des Etats-Unis.
Là, on dépense plus pour le militaire et on répond aux injonctions de Trump qui demandent à l'Europe de dépenser plus pour le militaire sans s'autonomiser
des Etats-Unis. Vous dites qu'il y a un sujet avec l'indépendance et la souveraineté européenne et il ne faut pas pouvoir s'attendre à miser sur le soutien des Etats-Unis. Vous dites dans le même temps qu'il ne faut pas se réarmer, il ne faut pas dépenser davantage.
Mais parce qu'en fait, aujourd'hui, on augmente les dépenses militaires pour répondre à l'injonction de Trump et sans s'autonomiser des Etats-Unis. Moi, je voudrais bien entendre, on serait ouvert à ce débat, de dire qu'on a une vraie souveraineté européenne qui s'émancipe des Etats-Unis et qui se donne les moyens de prendre ses propres décisions. Mais aujourd'hui, ce n'est pas ce qu'on constate. On est le doigt sur la couture du pantalon de l'administration de Trump. C'est ça le problème.
Et le problème de ces augmentations de dépenses militaires, c'est que partout en Europe et dans le monde, ça se fait au détriment du financement de nos services publics qui sont exsangues à commencer par nos hôpitaux. Et donc, quelles sont les perspectives qu'on offre à une population quand on ne répond à aucun de nos enjeux d'avenir ni sur les questions environnementales, ni sur les questions sociales, ni sur les questions sanitaires ?
Sophie Binet, on va parler, si vous le voulez bien, de la conférence sociale sur les retraites et le travail qui va s'ouvrir cette semaine à partir de vendredi. Est-ce que vous allez y aller d'abord ?
Eh bien, nous allons poser la question au Premier ministre. Je vais le rencontrer jeudi matin. Et donc, la question, c'est celle que nous posons depuis des semaines et sur lesquelles nous n'avons pas de réponse, c'est quel est l'objectif de cette conférence ? Est-ce que c'est renforcer et conforter notre système de retraite par répartition ? Ou est-ce que c'est installer la capitalisation de faire rentrer les lobbyistes, les banquiers, les assureurs pour pouvoir spéculer avec l'argent de nos retraites ? Nous avons besoin d'une réponse claire à cette question.
Mais l'idée d'une conférence sociale, c'est de pouvoir mettre tous les sujets sur la table. C'est-à-dire que si le sujet de la capitalisation est sur la table, vous n'irez pas ?
Évidemment, on sait que le patronat va mettre ce sujet sur la table puisque les assureurs et les banquiers veulent récupérer l'argent de nos retraites pour pouvoir spéculer. Mais la question, c'est quelles sont les intentions du gouvernement ? Est-ce que le gouvernement organise cette conférence sociale pour répondre aux aspirations de millions de travailleurs et de travailleuses qui se sont mobilisés dans une mobilisation inédite pour dénoncer les 64 ans et dire leur attachement au système de retraite par répartition ?
Et donc, nous, nous voulons porter des propositions de financement pour financer l'abrogation de la réforme des retraites ou est-ce que l'objectif du gouvernement c'est de créer une rampe de lancement pour une réforme par capitalisation ? Dans l'État,
la seule chose décidée par le gouvernement c'est la suspension de la réforme des retraites. On ne peut pas dire qu'ils aillent exactement vers une volonté de mettre en place de la capitalisation avant 2027.
C'est pour ça que nous attendons des réponses jeudi matin sur quels sont les objectifs du gouvernement pour cette conférence travail-retraite, des garanties de pluralité pour éviter qu'il y ait seulement des lobbyistes patronaux qui soient entendus et pour faire en sorte que là, on fête cette année les 80 ans de la sécurité sociale. Les retraites par répartition, la sécurité sociale, c'est notre trésor national. C'est ça qui nous a permis de dépasser toutes les crises. Si on ne l'avait pas, pendant le Covid, pendant la crise sanitaire, nos retraites seraient parties en fumée.
Les Américains, les Australiens, les Suédois, les Danois, tout le monde nous envie notre système de retraite par répartition. L'objectif, ça doit être de le conforter.
Alors, en sachant que vous aviez claqué la porte du conclave de François Bayrou, qu'est-ce qui pourrait être différent cette fois ? Comment ça pourrait se passer mieux ? Eh bien,
ça pourrait se passer mieux justement avec, en fait, ce qui avait posé problème sur le conclave, c'est que l'objectif n'était pas clair. C'est que, initialement, le Premier ministre nous avait dit vous pourrez parler de tout, y compris de l'abrogation des 64 ans. Et au final, on s'était retrouvé dans une conférence, enfin, dans un conclave, je ne sais pas comment l'appeler, où on ne pouvait justement pas parler de cette question des 64 ans et où le patronat voulait nous imposer de parler capitalisation. Donc, il faut absolument éviter que le mauvais film ne se reproduise.
Autre sujet à l'agenda de cette conférence sociale, la question de l'assurance chômage, le gouvernement a officiellement annoncé qu'il renonçait à durcir les conditions pour en bénéficier. Il vous a écrit, pour vous le dire, sous réserve d'une négociation sur les contrats courts et les ruptures conventionnelles avec un objectif de trouver 400 millions d'euros d'économie, là où il était question d'en faire 4 milliards avec les nouvelles règles de l'assurance chômage. Qu'est-ce que vous dites au gouvernement sur ce point chiche ? On est d'accord pour éviter des règles plus restrictives de regarder les abus autour des ruptures conventionnelles et des contrats courts ?
Écoutez, on est d'accord pour regarder les abus patronaux puisque les ruptures conventionnelles, elles ont été créées à la demande du patronat il y a presque 20 ans pour contourner le droit en matière de licenciement. Et aujourd'hui, ce qu'on constate, c'est que pour l'essentiel, les ruptures conventionnelles, c'est les patrons.
Il n'y a que des abus patronaux. Il n'y a pas de salariés qui négocient avec leurs patrons pour demander des ruptures conventionnelles pour pouvoir ensuite bénéficier d'indemnités chômage.
En fait,
la différence...
Notamment chez les cadres.
On connaît tous des salariés démissionnaires qui ont négocié
qui permet comme ça d'avoir le temps de construire son projet professionnel et de se réorienter. Mais le problème, c'est qu'un certain nombre d'employeurs ont utilisé les ruptures conventionnelles pour contourner le droit en matière de licenciement. Nous, nous voulons parler par exemple des ruptures conventionnelles collectives. Une disposition qui a été introduite il y a quelques années qui est scandaleuse et qui permet de contourner les plans de licenciement, les plans sociaux avec des règles plus favorables pour les employeurs.
Mais donc, quand vous insistez sur les abus patronaux, les abus peuvent être collectifs ?
Ça dépend de ce qu'on appelle abus. Un salarié qui demande à partir avec une rupture conventionnelle et qui a besoin d'avoir un temps d'indemnisation par l'assurance chômage pour reconstruire son projet professionnel, ce n'est pas un abus, c'est normal.
Est-ce que c'est à la collectivité de prendre en charge par le biais de la possibilité de toucher des indemnités chômage un salarié qui va partir avec une rupture conventionnelle ?
En fait, les salariés cotisent et le fait de cotiser, ça nous donne des droits à l'assurance chômage. Les cadres sont ceux qui cotisent le plus, qui par ailleurs coûtent le moins à l'assurance chômage parce qu'ils et elles sont moins souvent au chômage et donc c'est normal qu'ils aient aussi une garantie de maintien de leur salaire quand ils n'ont plus d'emploi pour leur permettre de retrouver un travail et je pense que c'est aussi important pour le marché de l'emploi qu'on permette aux personnes de construire leur projet professionnel, de se former pour retrouver un emploi qui leur convienne.
Sophie Binet, on va ouvrir le chapitre de l'industrie et commencer au standard avec Jean-Paul. Bienvenue. Jean-Paul, vous avez une question, une réflexion à soumettre à la patronne de la CGT. Oui, bonjour France Inter, bonjour Madame Binet. Je suis assez étonné d'entendre tous les débats politiques et tout et les financements et tout et là on est dans le financement de la sécurité sociale. L'industrie a été robotisée à fond depuis environ une quarantaine d'années. On a commencé à supprimer les emplois, à tir la rigaud. Je prends l'exemple de l'usine Renault-Roman que je connais très bien et où il y avait dans les années 60-70 une dizaine de milliers d'employés.
Aujourd'hui, ils sont plus que 2500 dont un moitié en intérimaire et bien sûr, tous les ateliers sont remplacés, les humains ont été remplacés par les robots. Mais comment se fait-il que ces robots qui normalement, d'après ce que j'avais entendu à l'époque, devaient cotiser à la sécurité sociale, on n'en entend jamais parler. En fin de compte, les bénéfices vont tous dans la poche des actionnaires et on pourrait peut-être donner un peu moins aux actionnaires et un peu plus à la Sécu pour déjà essayer de régler ce problème. Alors, Sophie Binet, les robots, ni l'IA d'ailleurs ne cotisent à la sécurité sociale. Oui, tout à fait. En fait,
le problème, c'est qu'il y a une part de nos richesses qui échappent au partage et qui ne sont pas soumises à cotisation ou à l'impôt. Par exemple, sur la sécurité sociale, c'est chaque année 80 milliards d'exonérations de cotisations sociales qui sont consenties pour les entreprises, ça permettrait largement de financer le déficit de la sécurité sociale et les hôpitaux. Pour les entreprises en global, c'est chaque année 211 milliards d'aides publiques sans conditions ni contreparties.
Nous, ce que nous demandons, c'est que ces aides publiques, elles soient conditionnées, évaluées, que notamment les syndicalistes puissent les suspendre quand il y a des suppressions d'emplois ou quand les entreprises ne tiennent pas leurs objectifs.
sur ces baisses de cotisations, sur ces exonérations et sur ces aides aux entreprises, comment vous faites pour contrôler celles qui créent de l'emploi ou pas ? Parce que si vous en enlevez même à des grands groupes, considérer qu'ils ont des pratiques pas forcément verteuses, ça n'incite pas à l'investissement et à la création d'emplois en France ?
En fait, le problème, c'est qu'aujourd'hui, on est sur la politique du chèque en blanc avec des entreprises qui sont gavées d'aides publiques et qui en face n'ont aucune obligation. Elles n'ont pas l'obligation de ne pas licencier. On peut avoir des aides publiques et licencier. Par exemple, c'est ce que fait Arcelor, 636 licenciements alors que chaque année, ils touchent 300 millions d'euros d'aides publiques. Très peu de contrôles en matière d'investissement, en matière de recherche environnementale, etc.
Donc concrètement, ce qu'on propose, c'est que les représentants du personnel puissent suspendre les aides publiques d'une entreprise qui n'investit pas dans la recherche, qui licencie, etc. Et puis... Quitte à prendre le risque de la délocalisation. Elles le font déjà. Par exemple, Sanofi, en 10 ans, c'est un milliard de crédits impôts-recherche pour Sanofi. En 10 ans, c'est la division par deux des effectifs de chercheurs. Si la CGT à Sanofi avait eu la possibilité de suspendre ses aides publiques, d'abord, on aurait fait faire des économies à la collectivité et puis surtout, on aurait permis de mettre sous pression Sanofi pour changer sa politique d'emploi.
Oui, mais le point, Sofie Binet, pour prolonger la question de Florence, vous avez en ce moment une discussion budgétaire avec un certain nombre de grands patrons qui disent attention à l'instabilité fiscale, attention au fait de ne pas nous rajouter des charges parce que ça aura un impact sur l'emploi. Est-ce qu'on peut, dans le même temps, quand on est patronne de la CGT, plaider pour une industrie française forte, pour de l'emploi et dans le même temps, soutenir des augmentations d'impôts importantes ?
Si une entreprise a le choix entre investir dans un pays où il y a des augmentations d'impôts et par exemple, si on prend notre voisin européen, l'Italie, qui met en place toute une série de dispositifs fiscaux pour convaincre les entreprises d'investir, qu'est-ce qui ferait que ces entreprises-là choisiraient la France plutôt que l'Italie ?
Ce que je constate, c'est qu'il n'y a jamais eu autant d'aides publiques pour les entreprises, 211 milliards c'est un record et que dans le même temps, les licenciements reprennent dans l'industrie avec des fermetures de sites qui sont plus importantes que les ouvertures. En France, c'est 211 milliards d'aides publiques, en Allemagne, c'est 50 milliards. Donc quand le Parlement vote,
quand l'Assemblée nationale vote 26 milliards d'euros en plus d'impôts sur les multinationales, sur les grandes entreprises, ça n'a pas d'effet sur le climat économique en France ?
Mais de fait, ce que je note, c'est que ces impôts sont ciblés sur les multinationales, les plus grandes entreprises qui ont tout à fait les moyens de payer plus d'impôts. Ce qu'il faut, c'est cesser d'arroser le désert et cibler les aides sur les entreprises qui en ont besoin, à savoir les petites entreprises et celles qui sont exposées à la concurrence. Aujourd'hui, ces 211 milliards bénéficient d'abord aux grandes entreprises et à la grande distribution. Je ne savais pas que la grande distribution était exposée à la concurrence
et avait besoin d'aide publique, par exemple. Un mot sur les grands groupes et un grand groupe en particulier, Sophie Binesse et LVMH, puisque vous voulez revenir ce matin sur votre mise en examen à la suite de propos que vous avez tenus sur Bernard Arnault et d'autres grands patrons. En janvier dernier, ils ont protesté ces patrons contre une surtaxe de l'impôt sur les sociétés qui poussent à la délocalisation. C'est justement ce que disait Bernard Arnault et vous avez réagi en disant la chose suivante « Les rats quittent le navire ». C'est cette phrase qui vous vaut d'être poursuivie en justice aujourd'hui par le mouvement patronal éthique. Est-ce que vous la regrettez cette phrase ?
Ça s'appelle
une image populaire. C'est dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas et je pense que c'est important dans le débat public qu'on puisse parler sans langue de bois. J'ai découvert que j'étais mise en examen suite à ces propos. J'étais extrêmement choquée parce qu'en disant cela je n'ai fait que mon travail de syndicaliste à savoir dénoncer les délocalisations et dénoncer les inégalités de répartition des richesses et le fait que les milliardaires payent toujours moins d'impôts et ne se sentent plus responsables de l'emploi en France de l'intérêt général et de la participation au bien-être du pays.
Sophie Binet, sur cette expression « Les rats quittent le navire » qui donnait l'impression que Bernard Arnault LVMH était sur le point de quitter la France. Au-delà de l'expression et là les auditeurs jugeront de son opportunité ou pas LVMH paie un peu plus de 2,3 milliards d'euros d'impôts en France fait travailler directement et indirectement 200 000 salariés est-ce que tout cela justifie de faire de Bernard Arnault l'ennemi de l'économie française ? C'est une entreprise qui paie des impôts c'est une entreprise qui crée de l'emploi là il n'y a pas de rats qui quitte le navire ?
C'est pas moi c'est lui qui a dit que si on augmentait les impôts il irait ailleurs et il quitterait la France c'est lui qui l'a dit comme un certain nombre de patrons
Il parlait de la surtaxe sur les grandes entreprises en disant c'est une taxe qui peut pousser à la délocalisation le fait est qu'il n'y a pas eu de délocalisation et on n'a pas vu LVMH
sauf que c'est lui qui a menacé de le faire c'est pas nous qui avons dit ça Mais vous reconnaissez
l'apport de LVMH à l'économie française ou pas ?
Effectivement c'est une entreprise avec des gens qui travaillent
Oui c'est jusque là
cela dit l'essentiel de ces emplois est maintenant à l'international et les 200 000 emplois c'est en intégrant la sous-traitance
C'est pour ça que j'ai dit direct En emploi direct
c'est 40 000 emplois et évidemment les salariés de la sous-traitance sont beaucoup moins bien payés avec beaucoup moins de garanties collectives et le problème c'est que ces multinationales Mais c'est un point fort
de l'économie française LVMH ou pas ?
Le souci en fait pourquoi est-ce que j'ai dit ça ? Parce que la France elle est handicapée par ces multinationales C'est difficile à dire
que c'est un point fort de l'économie française
Mais parce que justement ça ne l'est pas parce que la France est handicapée par ces multinationales par rapport à l'Allemagne Notre économie a beaucoup moins d'entreprises de taille intermédiaire Nous avons beaucoup plus de multinationales qui n'en ont rien à faire Donc un fleuron du luxe
comme LVMH c'est un handicap pour l'économie française
Oui parce que les multinationales françaises traitent très mal leurs sous-traitants comme par exemple c'est le cas dans l'automobile où Renault et Stylantis licencient à tour de bras et ferment à tour de bras leurs sous-traitances et ne se sentent pas responsables de l'emploi en France et passent leur temps à faire du chantage à la délocalisation Donc c'est un handicap aujourd'hui Donc LVMH
handicap pour l'économie française
Non mais là c'est vous qui faites un résumé de mes propos mais ce que je vous dis et ce que je disais d'ailleurs dans cette interview c'est que aujourd'hui le problème de notre tissu productif c'est qu'on laisse la bride sur le coup aux multinationales qui captent toutes les aides qui essorent leurs sous-traitants en leur imposant des réductions de coûts en permanence et qui ne font plus le jeu de l'emploi en France et je trouve que c'est grave qu'on ne puisse plus tenir ses propos dans les médias sans être attaqué et avoir une procédure en justice Il est là le souci
Et vous avez eu l'occasion ce matin Sophie Binet de vous expliquer effectivement sur cette mise en examen pour injure
Et on va s'arrêter là Merci Sophie Binet secrétaire générale de la CGT La revue de presse à suivre