Toujours pas de Premier ministre de gauche - François Ruffin est l’invité du 23 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. 7h42, après l'espoir suscité par l'élection législative, les électeurs de gauche ont eux aussi pris un sacré coup de crime. Le temps passe et les divergences se multiplient au sein du Nouveau Front Populaire. Ce matin, Émilie, vous recevez dans les 4V le député Nouveau Front Populaire, groupe écologiste et social, de la première circonscription de la Somme, François Ruffin. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Oui, membre du Nouveau Front Populaire, ce Nouveau Front Populaire que vous avez contribué à créer, c'était il y a plus d'un mois maintenant.
Si on vous avait dit que le 23 juillet, le NFP ne serait toujours pas capable de se mettre d'accord sur le nom d'un Premier ministre, est-ce que vous l'auriez fait ?
Oui, vous savez, je considère qu'on a rempli quand même une part du contrat. La part du contrat, c'était pas de Bardella à Matignon. Voilà. Et c'était de se dire qu'il fallait dire aux partis d'arrêter leur connerie parce que, voilà, en ayant une gauche en miettes, chacun dans son couloir, on n'allait pas s'en sortir. Ça les a forcés à se réunir et on a obtenu ce que je ne considère pas comme étant une victoire, je n'ai jamais dit ça, mais comme étant un répit, un sursis. Une dernière chance pour la France et normalement ce répit, ce sursis, on devrait le mettre aujourd'hui au service des Français.
Mais vous l'attendiez là, ce résultat-là, en lançant le NFP, les Français qui ont cru à cette coalition de gauche, qui vous ont donné quand même le plus grand nombre de voix. Et depuis, il n'y a rien.
Depuis, les partis recommencent ce qu'ils faisaient avant. C'est-à-dire qu'ils sont dans les petits calculs cyniques, dans la petite politique, dans non pas le grand intérêt des Français, mais leurs petits intérêts particuliers. On le voit. Bon ben voilà, c'est de ça dont il s'agit. Donc avec une incapacité à donner un nom pour Matignon, ce qui est quand même, vous savez, ça serait une comédie. On pourrait faire les guignols de l'info avec ça. C'est Ubu roi de la gauche. Mais en même temps, derrière, c'est une tragédie. Parce que ce qui se passe, c'est le découragement qui s'installe. C'est un ressentiment qui monte.
Et je le sais, dans mon coin en particulier, le Rassemblement National n'est plus à une marge du pouvoir, il est à une demi-marge du pouvoir. Donc normalement, on devrait mettre ce temps-là au service des Français. Simplement, moi, j'aimerais là qu'on soit en train de siéger à l'Assemblée et qu'on trouve une majorité à l'intérieur de l'hémicycle pour abroger la réforme sur les retraites à 64 ans, même si c'était que ça. Vous savez, j'ai reçu une carte d'électrice de Nathalie qui m'a envoyé sa carte d'électrice déchirée en me disant « je suis dégoûté ».
Mais si on n'avait rien fait de ça, si Nathalie, elle avait deux ans en moins à travailler jusqu'au bout, elle se dirait « au moins, ils sont utiles à quelque chose ». Maintenant, vous savez que dans tout ça, quand même, je vous dis là, et je ne mâche pas mes mots sur mon camp, maintenant le grand irresponsable, il est quand même à l'Élysée, d'accord ? C'est quand même lui qui a pris la décision au soir des élections européennes de dissoudre dans l'urgence et sans aucun sens l'Assemblée nationale. Et on se retrouve derrière avec un pays qui est encore plus embourbé, encore plus enlisé qu'il ne l'était au départ.
Mais on se retrouve, et vous l'avez dit, il y a quand même eu des bonnes choses avec ce NFP qui est né. Qu'est-ce qui coince aujourd'hui ? Pourquoi est-ce qu'il n'y a aucun nom qui ressort ? La date limite du Parti Socialiste, normalement, pour trouver un Premier ministre, c'est aujourd'hui. Il demande un vote solennel. Vous aimeriez qu'il ait lieu ce vote ?
Mais vous savez, même s'il y avait un... C'est trop tard. Là, il y a une fenêtre d'opportunité qui s'est ressortie. C'est trop tard ? Oui. Là, c'est trop tard. C'est clair que... Vous savez, la politique, c'est se servir de saisir du Kairos, du moment. On doit se saisir du moment. On avait une fenêtre d'opportunité qui était ouverte. On pouvait se glisser à l'intérieur pour dire, voilà, peut-être qu'on ne fera pas tout. Mais il y a des choses qu'on peut faire. Là, on voit très bien que l'esprit est ailleurs.
Mais il y en a qui espèrent encore quand même au NFP. Il y a des noms encore qui ressortent.
Il va falloir rouvrir cette fenêtre d'opportunité pour... À la rentrée, c'est clair. Mais là, maintenant, vous avez les noms qui ressortent. J'en souhaite bien du courage parce qu'ils ont réussi à décourager Huguette Bello. Ça, c'est côté Parti Socialiste. Ils ont réussi à décourager Laurence Tubiana côté la France Insoumise. Mais le pire, c'est qu'ils désespèrent les gens. Maintenant, ce qui m'inquiète, moi, il y a ça. Mais il y a la situation du pays. Vous savez, moi, samedi, je reçois un appel d'un délégué de Valeo parce qu'il va y avoir 1 000 emplois de supprimés, 3 sites qui vont fermer. Et qui s'en charge ? Il n'y a pas de ministre de l'Industrie.
Il y a une rentrée, 3 000 profs qui manquent. Il n'y a pas de ministre de l'Education. On est en train de fermer les services d'urgence à Manos, Cachinon et ainsi de suite.
Ils sont quand même là pour gérer les affaires courantes. Il y a quand même des ministres encore au gouvernement en attendant.
Non, vous savez, là, en ce moment, personne ne répond. Là, c'est clair. Qui prépare la rentrée ? Vous n'allez même pas me faire croire qu'il y a quelqu'un qui prépare la rentrée scolaire. Personne. Qui prépare, qui affronte, là, les fermetures des services d'urgence ? Personne. Donc, en fait, on a un gouvernement fantôme avec quand même une espèce de truc bizarre. On est supposé avoir Gabriel Attal à la fois à Matignon, en même temps à l'Assemblée et surtout à la plage.
Elle est fille. En tout cas, ça n'a pas l'air d'inquiéter Jean-Luc Mélenchon qui a écrit une lettre à la presse italienne et espagnole. Lui, il confirme qu'il n'est pas pressé. Tout ce qu'il veut et il dit que c'est la seule solution pour sortir de la crise actuelle, c'est qu'Emmanuel Macron parte, qu'on revote et qu'on élise son remplaçant. Et là, ça sera un match à l'écouter entre lui, son programme et celui de Marine Le Pen. Est-ce que c'est ça la seule issue ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ?
En tout cas, ce qu'on voit, c'est que ce qui semble moins compter, c'est moins les intérêts des Français d'aujourd'hui que la présidentielle et lui. Et je pense que c'est le premier sujet. C'est éclairant, cet entretien à la presse italienne. Le deuxième point, c'est qu'il dit, grosso modo, les Français auront le choix entre qui déteste le plus, entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. C'est pas un choix très appétissant. Quand vous vous disiez que vous devez élire celui que vous allez détester le moins, bon, voilà, ça c'est le deuxième point.
Et enfin, troisième point, on a un Jean-Luc Mélenchon qui a perdu quatre fois contre le Rassemblement national, qui chaque fois à la présidentielle arrive derrière et quand il va à un moment, il est derrière. Donc il va falloir que la gauche se demande qui est le plus qualifié pour aller battre le Rassemblement national à la prochaine élection.
Vous le disiez, les Français et les électeurs risquent d'être un peu dégoûtés, lassés. On est à J-3 des Jeux Olympiques. Alors Emmanuel Macron, qui s'exprime ce soir au 20h de France 2, ne devrait pas beaucoup parler de politique puisque lui, là, ce qu'il demande, c'est une trêve, le temps des Jeux. Est-ce que vous êtes d'accord ? Est-ce que c'est pas le temps de la communion ?
Oui, mais je veux bien faire communion. Mais vous savez, de toute façon, la trêve, elle a lieu de fait parce qu'il n'y a pas de combattants. Parce que les officiers, ils ont déserté et ils ont choisi de ne pas mener quand même ce qui, pour moi, aurait été une belle bataille, c'est-à-dire arracher, gratter quelque chose avant l'ouverture des Jeux Olympiques. On aurait pu, je le dis, abroger, que ce soit le texte, soit déjà dans les tuyaux, qu'on cherche une majorité pour abroger la retraite à 64 ans. D'une part, vous savez, on a des gens, là, qui se bagarrent parce qu'ils ne savent pas pour qui ils se battent. Ils se bagarrent pour des concepts, pour des abstractions, pour des ambitions.
Ils ne se bagarrent pas pour des voix, des vis, des visages des gens. Moi, je sais pour qui je me bagarre. Je l'ai vu encore ce week-end quand je vais à Ville. Je sais que je me bagarre pour une aide à domicile. Je sais que, là, ce matin, je croise un cariste qui m'interpelle. Alors, c'est qui le Premier ministre, pendant qu'il était en train de ranger les affaires chez Carrefour Market ? Qu'est-ce qui va nous dégager la retraite à 64 ans ? Qu'est-ce qui va relever nos salaires ? Donc, je pense qu'il faut qu'on ait conscience de pour qui on se bagarre. On doit se bagarrer pour les Français.
Et donc, normalement, il aurait pu y avoir une trêve olympique, mais on aurait pu déjà faire des choses avant. Or, là, évidemment, il n'y a rien de fait.
Vous êtes enthousiaste ? Vous êtes excité par ces Jeux Olympiques ?
Moi, dès qu'il y a un athlète français, même si c'est du curling, il y a 4 heures du matin, je me lève pour regarder. Donc, voilà, j'ai un côté comme ça où le sport, je le pratique, vous le savez, mais aussi, je le regarde. Et voilà, il y a plein de choses qui vont me passionner, évidemment, dans ces Jeux Olympiques.
Les athlètes israéliens ont atterri hier à Paris sous haute sécurité. Ils sont les bienvenus à Paris ?
Écoutez, d'abord, dire sur le fond, quand même, qu'on a d'abord deux otages qui viennent d'être tués par le Hamas, d'un côté, de l'autre côté, encore hier, des dizaines de personnes qui ont été bombardées et tuées dans la bande de Gaza. Donc, il y a un massacre qui est en cours et qu'il s'agit d'avoir un cessez-le-feu. Il s'agit d'avoir la reconnaissance de l'État paniscien. Il s'agit d'avoir la fin des livraisons d'armes. Maintenant, pour ce qui est de la place des athlètes dans ces conflits-là, ce n'est pas ce que je préfère, taper sur les athlètes et les utiliser comme boucliers dans les guerres.
Ce qui était fait pour les athlètes russes en disant « ils viennent, ils participent aux Jeux olympiques, mais c'est sans bannières et sans hymnes », je pense qu'on pourrait faire la même chose pour les athlètes palestiniens et qu'il n'y ait pas de poids, de mesures. Mais en revanche, ils peuvent participer aux Jeux, tout comme leurs collègues russes.
Mais ça vous a choqué ou pas, les propos ? Parce que c'est ce à quoi on fait référence-là. Le député LFI, Thomas Porte, qui a dit samedi dernier qu'il n'était pas les bienvenus. Les propos qui ont fait polémique des propos au relant d'antisémitisme, selon le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.
Parce qu'on accueille les athlètes russes, je le suis pour qu'il n'y ait pas deux poids, deux mesures.
Et ça vous choque ce qu'il dit là, Thomas Porte ?
Je ne suis pas du tout sur la position de Thomas Porte. Je pense qu'en tant qu'individu, en tant qu'homme, tout le monde doit être le bienvenu sur le territoire français pour participer à ces Jeux olympiques. Encore une fois, on pourrait mettre à égalité ce qui se passe pour les athlètes russes et pour les athlètes israéliens. Ça pourrait être sans bannières et sans hymnes.
Un mot quand même du vote à l'Assemblée lors du week-end. Les électeurs qui ne s'y retrouvent pas tout à fait peut-être à l'Assemblée nationale. Les six vice-présidents, dont deux, la France insoumise. Est-ce que c'est normal qu'il n'y ait aucun représentant du Rassemblement national au bureau de l'Assemblée quand on sait qu'il y a eu 11 millions d'électeurs qui ont voté Rassemblement national ?
Ce n'est pas le problème pour moi. Vous savez, le bureau de l'Assemblée, malheureusement, les Français savent que ce n'est pas là-bas que va se jouer la rentrée scolaire. Ce n'est pas là-bas que va se jouer les services de santé. Ce n'est pas là-bas que vont jouer leurs salaires. Ce n'est pas là-bas que vont jouer leurs découvertes. Aujourd'hui, la grande question que se pose, vous savez, les 11 millions, je n'ai pas rencontré les 11 millions d'électeurs du Rassemblement national, mais j'ai eu des dizaines d'échanges avec eux, des centaines, des milliers peut-être dans ma campagne.
Mais ça ne contribue pas à les traiter comme des parias, comme le dit Marine Le Pen ?
Je pense que ce qu'ils réclamaient, c'est du changement. Ce que j'ai entendu, c'est la première raison pour voter Bardella, parce qu'ils votaient Bardella quand ils saisissaient le bulletin des candidats, c'était de réclamer du changement. Or, aujourd'hui, et les électeurs de gauche réclamaient du changement aussi, aujourd'hui, à la place d'avoir du changement, on a un pays qui est enlisé, un pays qui est embourbé. Il va falloir changer ça, il va falloir changer ça dès la rentrée, il va falloir qu'à nouveau...
Vous voulez changer, mais pourquoi vous ne serrez pas la main à l'élu Rassemblement national, Fabien Thermet, à l'Assemblée nationale ? C'est ça ? C'est comme ça qu'on change la politique ? On apporte un peu de tendresse, comme ce que vous voulez faire ?
Il faut mettre de la tendresse dans tout ça. Maintenant, il y a des adversaires politiques, en l'occurrence. Maintenant, vous savez, la question, c'est comment on va faire pour ouvrir le jeu à la rentrée ? Comment on va faire pour dégeler ça ? Il va falloir remettre la pression sur les partis, c'est une chose. Et puis deux, il y aura une motion de censure à déposer assez rapidement pour contraindre Emmanuel Macron. Vous savez, c'est le plus long gouvernement fantôme de l'histoire qu'on a là quand même. Normalement, c'était neuf jours. Là, on va l'avoir pendant plus d'un mois. Donc il s'agira de sortir de cette situation le plus rapidement possible.
Merci beaucoup.
Merci à vous.
Tous les deux, merci à Fabrice Peneau également pour la langue des signes. C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. Sous-titrage Société Radio-Canada
François Ruffin