Nicolas Poincaré : Remaniement, la surprise Dupond-Moretti - 07/07
Audio original de l'émission.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:10OuverteRéponse partielle
Pourquoi le nouveau ministre de la justice provoque-t-il un tel rejet ?
- 0:17OuverteRéponse partielle
Pourquoi un tel rejet des magistrats ?
- 1:23OuverteRéponse partielle
Que reproche le nouveau ministre aux magistrats ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:24PrésentateurFait
« il portait plainte contre des magistrats »
- 0:43PrésentateurFait
« Il a parlé des méthodes de barbouze, il a dénoncé la République des juges, la clique des juges qui s'autorisent tout. »
- 0:49PrésentateurFait
« on est chez les dingues »
- 1:41PrésentateurFait
« Il dit que c'est incestueux. Éric Dupont-Moretti demande donc la fermeture de cette école. »
- 2:08PrésentateurFait
« Il voudrait, Dupont-Moretti, que l'on ne puisse pas être juge d'instruction avant d'avoir été avocat au moins une dizaine d'années »
- 5:15PrésentateurFait
« Très, très à gauche. Certainement le plus à gauche de tous les ministres de ce gouvernement. »
- 5:42PrésentateurFait
« Il avait demandé l'interdiction du Front National »
- 5:45PrésentateurFait
« où le père, Jean-Marie, s'occupe des Juifs, pendant que la fille, Marine, s'occupe des musulmans. »
Temps de parole
- Présentateur81 %
- Invité17 %
≈ 1,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Vous écoutez RMC, expliquez-nous. Alors, choc donc dans le monde de la justice, on ne va pas y revenir. Pourquoi est-ce que le nouveau ministre de la justice provoque-t-il de telles interrogations et parfois un tel rejet ?
Un rejet des magistrats surtout. Alors pourquoi ? Tout simplement parce que qu'est-ce qu'il faisait il y a encore une semaine, exactement, Dupont-Moretti ? Eh bien, il portait plainte contre des magistrats. Vous savez, c'est l'histoire compliquée du parquet national financier qui est accusé d'avoir épluché ses relevés téléphoniques. Alors depuis sa nomination hier soir, Éric Dupont-Moretti a retiré sa plainte.
Mais ce qui reste, ce sont les commentaires qu'il a faits la semaine dernière.
Il a parlé des méthodes de barbouze, il a dénoncé la République des juges, la clique des juges qui s'autorisent tout. Et il a conclu en disant, on est chez les dingues. Et voilà qu'une semaine plus tard, il est devenu le chef des dingues. C'est quand même spectaculaire. Il va prendre possession aujourd'hui de son bureau Place Vendôme, mais ça risque de tanguer. On sait que c'est un univers ultra-polissé. Les magistrats sont très sensibles aux honneurs et aux décorations. Dupont-Moretti, lui, il avait refusé la Légion d'honneur en disant que c'était le symbole du copinage politique malsain. Les copains vont apprécier.
Un magistrat du parquet national financier a confié hier soir à l'hebdomadaire Marianne qu'il avait l'impression de vivre un cauchemar éveillé.
Oui, mais que reproche le nouveau ministre magistrat ?
Alors lui, il n'aime pas leur corporatisme, leur carriérisme, leur docilité face au pouvoir, leur manque de courage. Il dénonce surtout un système qui est déséquilibré. Les juges et les procureurs sont formés à la même école, l'école supérieure de la magistrature à Bordeaux. Il dit que c'est incestueux. Éric Dupont-Moretti demande donc la fermeture de cette école. Ou plutôt, il demandait, puisque maintenant il est ministre et il va peut-être mettre un peu d'eau dans son vin. Il déteste aussi l'idée qu'un jeune juge, à peine sorti de l'école, puisse se retrouver juge d'instruction à moins de 25 ans, sans aucune expérience de la vie.
Il l'a vécu dans l'affaire Doutreau, où le jeune juge Burgaud avait détruit la vie de 14 innocents accusés à tort de pédophilie. Il voudrait, Dupont-Moretti, que l'on ne puisse pas être juge d'instruction avant d'avoir été avocat au moins une dizaine d'années, comme ça se fait par exemple en Grande-Bretagne.
Oui, en Grande-Bretagne, les magistrats lui reprochent ses excès. Oui, alors ses excès, ses grossièretés parfois, c'est vrai, c'est vrai, ils disent ce qu'ils pensent. Ses insultes aussi, sa violence. Et sa violence, comment on le surnomme ?
L'ogre, c'est un de ses surnoms, l'ogre, mais c'est celui qui lui va le mieux, je trouve. Il peut faire peur physiquement. Moi, je l'ai vu hurler à l'oreille du juge Burgaud pendant le procès à Outreau. Le jeune juge devait s'accrocher à la barre tellement il était secoué. Il faisait des fautes de français et il perdait sa syntaxe. Je l'ai vu aussi face à Jacques Mélic, qui était ministre en exercice de François Mitterrand, maire de Béthune dans le Pas-de-Calais, et qui avait fait un faux témoignage dans l'affaire OMVA. Et à l'audience, dans sa ville, à Béthune, Dupond-Moretti l'a traité de mafieux, en collant son visage contre le sien et en tapant du poing sur la barre du box des accusés.
Toute la salle retenait sa respiration, on avait peur qu'ils en viennent au marge. Il est aussi capable de provoquer, par exemple, un gendarme à qui il reprochait d'avoir posé des questions trop intimes à son client pendant la garde à vue. Dupond-Moretti lui a demandé à l'audience en parlant très fort. Et vous, mon commandant, vous faites l'amour combien de fois par semaine ? Et dans quelle position ? Je vous pose la question. Il n'a pas peur de la violence verbale. Il l'utilise soit lorsqu'il est sincèrement en colère, soit lorsqu'il pense que ça peut servir les intérêts de la défense.
Oui, il a l'image du défenseur des petits. Oui, mais ces dernières années, sa clientèle s'est considérablement élargie.
Oui, au départ, effectivement, il défendait ce qu'il appelle les gitans, les humbles, les paumés, ceux qui chutent, ceux qui ont dérapé. Il a obtenu, on sait, un nombre incalculable d'acquittement, parfois d'acquittement. On le surnommait acquittator. Voilà, au sens, je crois qu'on en est à 150. Parfois, des condamnés qui avaient pris perpète en première instance et qui étaient acquittés en appel. Alors, il a longtemps exercé au barreau de l'île, puisque c'est un ch'ti. Il est le fils d'une femme de ménage italienne. Il est orphelin de père. Mais depuis qu'il a quitté l'île pour s'installer dans les beaux quartiers parisiens, sa clientèle a beaucoup changé.
C'est l'avocat préféré du roi du Maroc. C'est l'avocat du dictateur Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville. C'est le défenseur de Patrick Balkany. Patrick Balkany, c'est fini. Jérôme Cahuzac, il l'a défendu aussi. Il a défendu le frère et complice du terrorisme Mohamed Merah. Il a fait son métier d'avocat. Absolument. On ne peut pas reprocher un avocat de ses clients, mais j'en fais tout de même la liste. Parfois, il y a des paradoxes. Par exemple, il défend le jeune Théo, victime de violences policières. Mais il défend aussi les policiers dans l'affaire contre Mélenchon, pour la célèbre perquisition avec la République. C'est moi, vous vous souvenez ?
L'État avait payé à ses policiers le ténor du barreau qui est Dupont-Moretti. Bref, il ratisse très large et son cabinet marche bien. Enfin, marchait très bien jusqu'à hier. Il va devoir le mettre en sommeil. Il va faire pas mal d'argent. Il y a d'autres avocats dans son cabinet. Antoine Vey, notamment, son partenaire.
Oui, son partenaire.
Alors, politiquement, comme il rentre au gouvernement, on se pose la question. Il se situe où ? Très, très à gauche. Certainement le plus à gauche de tous les ministres de ce gouvernement. En 2008, il a présidé le comité de soutien à Martine Aubry à Lille. Il s'est défini dans des interviews comme un anard. C'est assez rare de voir un ministre se présenter lui-même comme un anard, mais un anard qui aime l'ordre. Marine De Pen a dénoncé sa nomination hier soir en disant que c'était un ministre d'extrême-gauche. Il est vrai qu'il y a cinq ans, il avait demandé l'interdiction du Front National.
Il avait parlé de ce parti comme une petite entreprise raciste où le père, Jean-Marie, s'occupe des Juifs, pendant que la fille, Marine, s'occupe des musulmans. Ça promet lorsqu'ils se retrouveront face à face à l'Assemblée Nationale, lorsque la députée Marine Le Pen aura des questions pour le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti. Oui, ça va être spectaculaire. C'est le moins qu'on puisse dire.
Je l'attends avec impatience.
Il le sait. Oui, c'est le moins qu'on puisse dire.