Le programme du RN pour les européennes - Jordan Bardella est l'invité du 25 avril 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4 V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
C'est l'heure de la politique tout de suite. Les 4 V, Thomas, vous recevez ce matin Jordan Bardella, président du RN et tête de liste de ce même rassemblement national pour les européennes du 9 juin prochain.
Bonjour et bienvenue dans Les 4 V, Jordan Bardella. Bonjour, M. Soto, merci de votre invitation. On va parler politique, mais d'abord, j'ai une question plus personnelle vous concernant. Il y a quelques jours, dans le JDD, vous disiez « Ma plus grande peur, c'est de décevoir ». Alors vous êtes perçu comme une sorte de bulldozer qui avance sans se poser trop de questions. Quelle est la place du doute ? Moi, je me suis posé la question en disant « La place du doute dans la vie de Jordan Bardella ».
Quand on fait de la politique, il faut avoir beaucoup de certitude sur ses convictions et sur ce qu'on veut faire pour les Français. Mais on ne peut pas s'empêcher de douter. Et moi, je doute aussi tous les jours. Je suis à la tête d'un mouvement politique qui va peut-être arriver au pouvoir dans les prochaines années. En tout cas, je travaille activement pour cela. Et j'ai conscience de l'éminente responsabilité que nous avons sur les épaules. Par conséquent, je l'ai dit et ma plus grande peur serait de décevoir les millions de Français qui comptent sur nous, qui attendent de nous et qui sont chaque jour plus nombreux à nous rejoindre.
Voilà, je l'ai dit sincèrement parce que je pense que la politique, on l'oublie peut-être un peu trop. C'est aussi des sentiments. Et parfois, ce sont des doutes. On reste des hommes et des femmes comme tout le monde.
– Mais de côté de cet instant psychanalyse, on va passer à l'actualité politique du jour. – Merci docteur. – C'est Emmanuel Macron qui annonce un grand discours sur l'Europe. Donc tout à l'heure à la Sorbonne, un peu sur le modèle de celui qu'il avait prononcé en 2017. Vous y avez été invité. Est-ce que vous allez y assister ? Est-ce que vous allez y aller ?
– Non, cette invitation est assez provocatrice de la part du chef de l'État. Je n'ai pas eu moi l'arrogance de l'invité à mon lancement de campagne à Marseille le 3 mars dernier. – C'est un lancement de campagne pour vous ce qu'il fait ? – Oui, c'est un lancement de campagne. Un discours sur l'Europe en pleine campagne européenne à six semaines d'élections européennes. Emmanuel Macron cherche à projeter l'Europe, mais on ne peut pas projeter l'Europe quand on est l'homme qui est le comptable de l'Europe d'hier et de l'Europe d'aujourd'hui. On se souvient de son discours de la Sorbonne lors des dernières élections européennes. Que s'est-il passé depuis ?
L'Europe aujourd'hui décroche en termes de croissance, de productivité et d'innovation, notamment par rapport aux États-Unis. On a une explosion des factures d'électricité et de gaz pour les ménages françaises et pour les entreprises françaises dont le coût de cette électricité est fixé et décidé à Bruxelles. Et puis plus largement une crise agricole sans précédent qui a fragilisé le monde rural en France, mais aussi partout en Europe. Et Emmanuel Macron par la politique qu'il a conduite...
Il est à sa place en s'impliquant dans la campagne ou pas le chef de l'État ? C'est son rôle ?
Moi je crois aux grands affrontements en politique. Notre adversaire dans cette élection européenne, c'est Emmanuel Macron. Et je le dis aux Français, le 9 juin, il faudra mettre des limites au président de la République. Et je pense qu'il n'y a qu'une seule personne qui se réjouirait de voir les Français s'abstenir le 9 juin prochain. C'est évidemment Emmanuel Macron. Regardez de manière très concrète. Emmanuel Macron, depuis 5 ans à l'Europe, a porté ce pacte vert qui est un pacte vert inspiré de l'écologie punitive, qui va venir notamment interdire les moteurs thermiques à l'horizon 2035.
Vous êtes contre ça ?
Je suis contre parce que ça va bouleverser totalement l'industrie automobile française, que ça va venir peser très lourdement sur le pouvoir d'achat des Françaises et des Français qui nous regardent ce matin et que, plus largement, il faut maintenant se protéger de la concurrence internationale déloyale parce que, moi, je déplore que l'Europe, dans le cadre de la mondialisation, ne lutte plus à armes égales alors que nous avons des grandes puissances autour de nous qui font du patriotisme économique, qui subventionnent très massivement leur industrie, leur production nationale et qui se protègent tout simplement de la concurrence internationale qui est de plus en plus féroce dans le monde qui vit.
Jean-Anne Bardella, cette campagne européenne, elle prend quand même une drôle de tournure. On a vu des réunions publiques empêchées pour Éric Zemmour, pour Jean-Luc Mélenchon. Après, Rima Hassen, qui est candidate sur la liste LFI, c'est la chef du groupe de la France insoumise à l'Assemblée, Mathilde Panot, qui est convoquée dans une semaine pile par la police dans le cadre d'une enquête pour apologie du terrorisme. Et en cause, c'est un communiqué de LFI, du groupe parlementaire, qui a été publié le 7 octobre après les attaques en Israël. Que pensez-vous de cette judiciarisation du discours politique ? Est-ce que ça vous inquiète ? Ça vous choque ? Ça vous rassure ?
Quel regard vous portez là-dessus ?
D'abord, par principe, moi, je suis du côté de la liberté d'expression. Et je crois dans une démocratie que les excès liés à la liberté d'expression sont toujours moins graves que la tentation de la censure. La Cour européenne des droits de l'homme définit elle-même la liberté d'expression comme étant la possibilité de dire ce qui heurte, choque et parfois blesse. Ceci étant dit, depuis le 7 octobre, et depuis plus longtemps en réalité, la France insoumise flirte avec l'idéologie islamiste quand ça n'est pas avec l'antisémitisme. Le 7 octobre dernier...
Vous avez entendu, vous avez lu de l'apologie du terrorisme à vous ?
C'est à la justice de le dire. Et le fait d'être convoqué devant la justice dans le cadre de délits presse, c'est assez régulier. Maintenant, la France insoumise a été incapable de condamner, de manière la plus claire qui soit, les attaques terroristes qui ont été commises le 7 octobre dernier en Israël par le Hamas et qui ont amené, il faut le dire et s'en souvenir, à la mort et à l'assassinat de près de 1160 personnes en Israël et évidemment des centaines de blessés.
Nous avons vu à cette occasion que la condamnation du terrorisme islamiste ne faisait plus l'unanimité dans notre société et on voit des cadres de la France insoumise comme Mme Obono, Mme Hassan, qui est candidate sur la liste de la France insoumise aux élections européennes, soit ne pas condamner clairement les atrocités du Hamas, soit, pire encore, expliquer que le Hamas est un mouvement de résistance qui mène des actions légitimes. Donc quand on flirte avec l'antisémitisme, eh bien évidemment que l'apologie de terrorisme n'est jamais très loin.
Moi je trouve que ce mouvement est aujourd'hui extrêmement dangereux et qu'il flirte aujourd'hui avec les communautarismes les plus vindicatifs et les plus hostiles à notre civilisation et à notre société.
On va s'intéresser à votre liste, liste Rassemblement National. À présent, Marine Le Pen a annoncé qu'il y aurait un candidat maoré, en l'occurrence votre responsable local, Saïd Ali Bouana Amissi. Sauf que depuis cette annonce, Libération a exhumé certaines de ses publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles il traite les Comoriens de cafards. Il expliquait qu'il fallait éradiquer cette vermine qui nous ronge jusqu'à l'os. Est-ce que ce monsieur sera sur votre liste aux européennes ?
Non. Nous avons pris la décision de le mettre en retrait de cette liste. Vous savez, quand vous êtes au Rassemblement National, vous êtes laserisé. On vient fouiller dans vos réseaux sociaux. Et parfois, les journalistes qui ont des moyens très professionnels pour le faire...
C'était pareil pour Rima Hassan, pour le coup. Vous avez parfaitement raison.
Mais que les mouvements politiques n'ont pas toujours, sur un parti qui a près de 60 000 adhérents, et notre candidat, effectivement, à Mayotte, a partagé sur ses réseaux sociaux des propos il y a quelques années... Il va rester responsable local là-bas ou pas ? ... que je ne partage pas. Nous verrons. Mais en tout cas, il ne sera pas candidat sur la liste parce que ses propos, moi, je ne les partage pas. Évidemment que je ne les avais pas vus. Maintenant, on parle de notre candidat, notre représentant à Mayotte. J'ai derrière moi, sur cette liste aux élections européennes, des personnes de très grande qualité. Mon troisième de liste, notamment Fabrice Légeri.
Alors lui aussi, il fait polémique. Écoutez, tous les moyens sont bons, mais dites-moi pourquoi il fait polémique. Juste préciser, Fabrice Légeri est un préfet français. C'est l'ancien patron de Frontex, de 2015 à 2022.
Juste pour que nos téléspectateurs comprennent, il y a deux associations, dont la Ligue des droits de l'homme et l'Association de défense des migrants, Utopia 56, qui ont décidé de porter plainte contre lui pour complicité de crime contre l'humanité. Est-ce que là, c'est de nature à remettre en cause sa place sur la liste ?
Non, mais attendez, soyons très clairs. Fabrice Légeri est poursuivi par des associations pro-migrants d'extrême-gauche pour avoir fait son travail, c'est-à-dire pour avoir refoulé à la frontière européenne, quand il était en charge de la sécurité des frontières de l'Union européenne, des migrants pour les raccompagner dans les pays de départ, et notamment en Libye. Je pense que les Français, ces associations font de la politique à six semaines des élections européennes. Ce sont des associations clairement militantes. Moi, je pose la question aux Français.
Êtes-vous, oui ou non, d'accord pour que les migrants qui arrivent sur le sol européen, par conséquent de manière clandestine et donc illégale, soient refoulés et renvoyés dans les pays de départ ? Je pense que ce qu'a fait Fabrice Légeri et ce que nous ferons demain, lorsque nous serons au pouvoir, de manière ferme, humaine, respectable, est plébiscité par une immense majorité de Français.
Non seulement il a sa place, non seulement je suis très fier d'avoir de grands serviteurs de l'État qui se sont révélés par leurs compétences à mes côtés, et je le dis de la manière la plus claire qu'il soit, si nous sommes attaqués aujourd'hui par des ONG promigants d'extrême-gauche, c'est parce que je suis à la tête du seul mouvement politique qui prône un tournant total en matière d'immigration, qui mènera un combat administratif, judiciaire et financier à l'égard des ONG, qui sont les complices du trafic d'êtres humains, parce qu'ils vont chercher les bateaux, je vais vous répondre, de migrants à 10 ou 20 kilomètres des côtes libyennes.
Vous m'interrogez sur cette mesure qui a été déployée par la Grande-Bretagne, à savoir de sous-traiter les demandes d'asile dans un pays tiers, le Ronda. Moi je défends deux choses, premièrement le refoulement systématique des migrants qui foulent le sol européen pour les raccompagner dans les pays de départ, c'est le rôle de l'agence Frontex, et deuxièmement je pense que les demandes d'asile doivent être traitées dans les ambassades et consulats des pays de départ, parce qu'aujourd'hui c'est devenu une immigration de fait accompli, donc pas un État précisément désigné pour sous-traiter nos demandes d'asile.
En revanche, on traite les demandes d'asile, non plus sur le sol français, mais dans les consulats et les ambassades des pays de départ. Et on voit bien que partout en Europe, cette prise de conscience à l'égard du défi migratoire, elle touche toutes les sociétés européennes. Et le 9 juin, moi j'appelle les Français aussi à voter contre la politique migratoire du gouvernement et à envoyer à Bruxelles et à Strasbourg un maximum d'eurodéputés patriotes.
Il nous reste une minute et deux questions, ça ne va pas être simple. Juste sur le sursaut d'autorité, qui est le mot qui revient en boucle dans la bouche du gouvernement. Est-ce que sur ce combat-là, si on met de côté ce qu'on appelle la popole, vous le soutenez le gouvernement dans cette volonté, rapidement ?
Non mais le retour d'autorité du gouvernement consiste à des stages de citoyenneté pour les parents de mineurs délinquants. Moi je prône la fermeté et je pense qu'il faut suspendre les allocations familiales aux parents de mineurs récidivistes. Je crois qu'il faut responsabiliser les parents et face à l'insécurité et à l'ensauvagement, qui est aussi le bilan de Gabriel Attal et d'Emmanuel Macron, je prône une seule attitude, la fermeté, la fermeté, la fermeté.
Est-ce que vous êtes favorable à un couvre-feu généralisé ? Ce maire de Béziers, Robert Ménard, l'a instauré dans plusieurs quartiers chez lui, de 23h à 6h.
J'y suis favorable pour les mineurs, et d'ailleurs à ce titre... De manière généralisée ? Oui, évidemment dans les communes qui sont le plus touchées par la délinquance, quand vous êtes mineur et que vous vous baladez sans aucune raison et liez parfois à des attroupements à 1h ou 2h du matin, il y a évidemment un sujet. Louis Alliot, le vice-président du Rassemblement National, maire de Perpignan, a indiqué qu'il était favorable à expérimenter ce couvre-feu pour les mineurs. Alors, moi vous savez, j'ai qu'une boussole, c'est l'intérêt des Français, le retour de l'autorité de l'État, et c'est évidemment la pierre angulaire du projet que nous portons pour le pays.
En 10 secondes, je vous montre un tweet de Marion Maréchal que vous avez dû voir en réaction à un autre tweet qui annonçait que le designer français Jacques Mus et son compagnon étaient devenus papas, deux papas donc, de jumeaux, c'était le 20 avril. Elle a juste tweeté, où est la maman ? Est-ce que vous aussi vous posez la question ? Est-ce que vous dites qu'elle dérape ? Est-ce qu'elle a raison ? Est-ce que c'est un sujet ?
D'abord, sur la forme, je n'aime pas cette manière de cibler directement les personnes. En revanche, sur le fond, moi je suis opposé à la gestation pour autrui parce que je pense que ça participe d'une logique de marchandisation du corps des femmes. Et je suis éthiquement parlant et philosophiquement parlant opposé à la gestation pour autrui.
D'accord sur le fond, mais pas sur la forme.
C'est-à-dire cette manière qui consiste à pointer les gens comme ça du doigt. Je pense qu'il faut toujours faire très attention. On peut en politique s'en tenir à des principes, sur l'immigration ou sur la GPA, sans viser directement des personnes. Merci, bonne journée, Jordan Bardella. Merci à vous.
Merci à tous les deux. Merci également à Frédéric Chevalier pour la traduction en langue des signes. Dans un instant, Kamel le magicien qui va venir, comme d'habitude, nous en mettre plein les yeux. Une petite pause et on revient juste après.
C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Jordan Bardella