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AutreINA Actu· 22 août 2026 16 minActualité / polémiqueImmigration & asileJusticeSolidarités & famille

Saint-Bernard : pourquoi les sans-papiers ont-ils été expulsés ?

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Fait
    « Il devient beaucoup plus difficile pour certains étrangers d'obtenir des papiers mais aussi de les conserver. »
  • 5:00Fait
    « Le gouvernement a la volonté d'agir à la fois avec fermeté et humanité. »
  • 9:00Fait
    « Nous voulons montrer français que nous sommes pas des casseurs. Nous avons pas fracassé de portes. »
  • 11:00Fait
    « Ce n'est pas parce qu'on est dans l'illégalité, même un certain temps, qu'on est au-dessus des lois. »
  • 13:00Promesse
    « Il n'y aura pas de régularisation collective. »

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23 août 1996, il est 7h30 du matin. Dans le nord de Paris, 1500 policiers et CRS encerclent une église. Puis soudain, les forces de l'ordre passent à l'action.

À coup de hache, elle défonce les portes du bâtiment devant les caméras de télévision. À l'intérieur, des dizaines de familles sans papiers et 10 hommes en greffe de la fa depuis 50 jours. Vers 8h10, les forces de l'ordre par plusieurs portes pénètrent dans l'église.

On n'est pas criminel. Le moment était venu d'appliquer la loi avec fermeté mais avec le souci d'humanité. On a pour moi violer la dignité de ces gens.

Comment la France est-elle arrivée à utiliser la force publique pour sortir des familles d'un lieu de culte ? Aujourd'hui, je vais vous raconter comment des hommes et des femmes sans papier jusque la invisible ont imposé leur combat à la une de l'actualité. Pour comprendre cet événement de l'église Saint-Bernard, il faut remonter 3 ans plus tôt en 1993.

À cette époque, le ministre de l'intérieur s'appelle Charles Pasquis. Il mène une réforme de la politique de l'immigration. Celle-ci va durcir fortement les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France.

Un projet de loi important pour le gouvernement. Il constitue pour le gouvernement un élément essentiel de la maîtrise des flux migratoires de la lutte contre l'immigration clandestine. Le gouvernement a la volonté d'agir à la fois avec fermeté et humanité.

Concrètement, qu'est-ce que ça change ? Il devient beaucoup plus difficile pour certains étrangers d'obtenir des papiers mais aussi de les conserver. Certains travaillent et vivent en France depuis plusieurs années pourtant.

D'autres [musique] ont fondé une famille, épousé un français ou sont parents d'un enfant français. Mais à l'expiration de leur titre de séjour ou après le rejet d'une demande de régularisation, une partie d'entre eux va basculer dans l'irrégularité administrative. D'une part, ils ne remplissent plus les conditions pour renouveler leur titre de séjour, mais d'autre part, leurs attaches familiales en France rendent également leur expulsion difficile voire impossible.

Dès 1993, association et juristes qualifient cette situation d'absurde. Des étrangers ni régularisables ni expulsable. Cette bascule concerne plusieurs milliers de personnes à travers la France.

Un mouvement naît dans les foyers de travailleurs immigrés de Montreuil en Sensy. Une cinquantaine d'hommes confrontés au refus de régularisation et aux difficulté de renouvellement de leur titre de séjour décident de s'organiser collectivement. C'est là que n'est l'idée d'agir ensemble plutôt que de subir isolément.

Le mouvement trouve aussi un écho à gauche alors que les mobilisations contre les lois Pasquis se multiplient. On se rend compte tous les jours de manière permanente que la détresse de la détresse de ceux qui dans ce pays sont là depuis de nombreuses années qui se heurent à la brutalité administrative des préfectures, qui se heurent aussi à un environnement ambiant tout à fait hostile qui les jette dans la clandestinité. Un an plus tard au printemps 1995, cette même impasse pousse des parents étrangers d'enfants français à agir.

En avril, six d'entre eux entament une grèffe de la fin. Leur détermination impose le sujet dans le débat public. Autour d'eux, une mobilisation collective s'organise.

Manifestation nocturne devant le ministère des affaires sociales et soutien de nombreuses figures publiques. Je suis solidaire de ces gens qui se trouvent qui se trouvent dans une sourissière et on essaie de de desserrer les les les les dents de cette sourissière. C'est c'est tout.

C'est tout ce que j'essaie de faire ici. Grâce à ce bras de fer et à la pression populaire, ce mouvement obtient sa première victoire, la régularisation des parents étrangers d'enfants français en juin 1995. Mais les travailleurs sans enfants et les familles ayant un enfant qui n'a pas encore la nationalité française, eux sont toujours dans l'impasse.

Alors en 1996, ils vont répondre par un geste spectaculaire. Le 18 mars 1996, environ 300 personnes, 75 familles s'installent dans l'église Saint-Ambroise dans le 11e arrondissement de Paris. Ils sont soutenus par plusieurs associations de défense des étrangers et de collectifs militants, notamment droit devant.

L'objectif est double, bénéficier de la protection symbolique d'un lieu de culte et créer un choc médiatique capable d'obliger l'État à négocier une régularisation collective. Ce sont des gens qui sont marginalisés, qui habitent en France depuis des années, dont dont certains ont travaillé. Il y a quelque chose de d'anormal, d'in laisser dans cette situation.

Très vite, le mouvement reçoit le soutien de figures religieuses comme Monseigneur Gaillot et Labé Pierre. Mais à l'aube du 22 mars, 4 jours seulement après le début de l'occupation, la police évacue l'église. Parmi les 300 personnes expulsées, on compte une centaine d'enfants.

La réponse du gouvernement, c'est la répression. Et j'ai honte d'appartenir à un pays qui méprise à ce point les êtres humains. Chasés de Saint-Ambroise, il se réfugie au gymnase Japi. 48 heures plus tard, ils sont de nouveau expulsés.

En 11 jours, ses familles vont déménager cinq fois du gymnase aux locaux d'un syndicat à la tentative ratée d'une autre église jusqu'à la cartoucherie de Vincen. Une nouvelle fois, ils ont refait leur paquet. C'est le 5e déménagement pour les Africains sans papier qui ont quitté ce matin les locaux du syndicat sud PTT où ils étaient abrités depuis 2 jours.

Hier, une tentative d'installation dans l'église Saint-Hippolite a échoué sur refus de l'évêcher. C'est finalement à la cartoucherie de Vincen qu'ils se sont dirigés ce matin accueillis dans le théâtre d'Arian Nouchkin. À la cartoucherie, un tournant s'opère.

Jusqu'ici, les associations de soutien jouent un rôle central dans l'organisation du mouvement. Mes détentions apparaissent. Les familles refusent désormais d'être de simples figurants de leur propre cause.

Elles décident de s'auto-organiser et élisent leur propre délégué. Deux visages émergent comme porte-parole. Magigen Ciss, sénégalaise, professeur d'allemand, qui contribue à mettre les femmes au premier plan du mouvement.

Et à Babakar Diop, informaticien sénégalais de 27 ans qui devient le négociateur du groupe auprès des médias et des pouvoirs publics. Les associations montraient le pire des visages, celui de la désunion. morceau choisi un responsable de SOS racisme prise à partie par des militants anarchistes et du collectif droit devant famille qui sont venus le voir SOS racisme quand même a manipulé les gens depuis le départ et que qu'il prennent les décisions sur la tête des familles qui sont en lutte.

Ensemble, ils incarnent ce nouveau mouvement désormais mené par les sans papiers eux-mêmes. C'est Arianne Nouchkin, la directrice du théâtre du Soleil qui accueille le collectif. Elle a l'idée de réunir un collège de médiateurs, 26 personnalités indépendantes parmi lesquelles d'anciens résistants comme Stéphan Essel ou encore le philosophe Paul Ricker chargé de faciliter le dialogue avec l'État.

À partir du 10 avril, les 100 papiers trouvent un refuge plus stable. La Alpajol, un immense entrepôt désaffecté de la SNCF. Dans le 18e arrondissement, les assemblées générales s'y tiennent chaque jour.

Les femmes commencent à s'organiser de leur côté. Elles prendront par la suite le nom de sans papière. Mais sur place, la précarité est extrême et les négociations avec le ministère de l'intérieur sont au point mort.

Fin juin, le collectif décide de tenter le tout pour le tout avec une occupation qui va faire basculer le combat dans une autre dimension. [musique] Le 28 juin 1996, les 300 personnes quittent la Alpajol et marchent quelques centaines de mètres pour investir l'église Saint-Bernard. Nous voulons montrer français que nous sommes pas des casseurs.

Nous avons pas fracassé de portes. Nous sommes entrés parce que la porte était ouverte pour demander l'asile à l'église et nous en avons pas curé. Il est assez compréhensif.

On a discuté avec lui. Il a nous a permis d'avoir de la lumière et nous a permis de rester cette nuit. En entrant dans l'église Saint-Bernard, le collectif sait qu'il joue sa dernière carte face à un gouvernement qui affiche sa fermeté.

La vie s'organise, des matelas sont alignés dans la nefe. Un espace pour les enfants est aménagé et les soutiens afflu de tout Paris. Très vite, l'église devient un carrefour permanent.

Les anonymes viennent déposer de la nourriture, les militants organisent des tours de garde, des artistes, des intellectuels et des responsables politiques se relègent jour et nuit. L'église Saint-Bernard devient l'un des principaux sujets de l'été 96. Mais le gouvernement campe sur une ligne rouge.

Pas de régularisation collective, seulement du cas par cas. Le 3 juillet, 10 hommes du collectif prennent une décision extrême. Ils entrent en grève de la fin illimitée.

Jean-Louis Debré, ministre de l'intérieur, se justifie. Régulariser les 100 papiers et céder aujourd'hui au chantage constituit une lâcheté et une décision sans doute tragique. D'abord à l'égard des immigrés eux-mêmes qui viennent ou séjournent légalement chez nous et qui souhaitent légitimement et fraternellement être intégrés.

Ensuite, à l'égard des Français qui veulent que l'on respecte les lois qu'il se donnent et qui savent que le partage du travail comme la solidarité nationale ont hélas leurs limites. Pour ceux qui mènent une greffe de la fin, ce jeûne est le dernier recours. Ce qu'on demande, c'est la régularisation et on demande rien d'autre.

Euh maintenant, c'est au président de la République que nous avons interpellé de prendre ses responsabilités en tant que chef de l'État pour que cette question là prenne une fin heureuse pour tout le monde. Daniel Mitteran, la veuve de l'ancien président et présidente d'une association vient elle aussi soutenir les occupants. Monsieur Debré qui ce matin nous a dit que ce serait l'âge pour un gouvernement de Cédon la lâcheté l'humanité l'humanisme.

Parmi ces soutiens, on retrouve plusieurs personnalités. L'actrice Marina Vladient passer la nuit dans l'église. Le chanteur George Mustaki, lui, va jusqu'à rencontrer le ministre de l'intérieur pour tenter de le faire céder.

Nous sommes revenus dormir ici avec tous les grévistes de la fin. Et vous le ferez combien de temps comme ça ? Autant qu'il le faudra.

J'ai vu le ministre de l'intérieur, il n'avait pas l'air farouche. Il avait l'air un peu d'être, je disais d'être de se réfugier derrière les lois et faut lui dire le plus le plus diplomatiquement possible queon lui en voudrait pas de revenir sur ce qu'il a dit. Une présence va marquer les esprits plus que les autres.

L'actrice Emmanuel Béard multiplie les visites dans l'église et devient l'un des visages publics de cette médiatisation massive. Pendant ce temps, la santé des grévistes de la fin se détériore. Après quatre puis 5 semaines sans manger, plusieurs doivent être hospitalisés d'urgence.

Au sommet de l'État, la pression devient intenable. D'un côté, le Premier ministre Alain Jupé et son ministre de l'intérieur Jean-Louis Debré veulent afficher une fermeté absolue pour ne pas créer de précédent. De l'autre, la société civile et le Collège des médiateurs appellent à une solution humanitaire pour éviter un drame.

À la mi-août, Jean-Louis Debré est invité aux vin de TF1. Il campe sur sa position sans la moindre ambiguité. Ce n'est pas parce qu'on est dans l'illégalité, même un certain temps, qu'on est au-dessus des lois.

Vous voyez, je ne suis pas arquebouté, je ne suis pas entêté, je suis responsable. Il n'y aura pas de régularisation. Est-ce que Est-ce qu'ils peuvent craindre une expulsion rapide ?

Mais je respecte la loi. Le 22 août, le Conseil d'État estime qu'aucune des situations invoquées par les sans papiers n'ouvre à elle seule un droit automatique à la régularisation. Il rappelle toutefois que l'administration peut toujours étudier certains dossiers au cas par cas.

Pour le gouvernement, cette clarification juridique conforte la ligne qu'il défend depuis des semaines. Il n'y aura pas de régularisation collective. L'intervention des forces de l'ordre devient alors imminente.

Le lendemain matin, les images de l'évacuation feront le tour du monde. Vendredi 26 août 1996, 7h30 du matin, c'est le jour J. Après 56 jours d'occupation, les compagnies de gendarme mobiles cernent l'église.

Un dispositif colossal, plus de 1000 hommes, bloque tout le quartier de la Gutte d'Or. Dehors, des centaines de manifestants tentent de former une chaîne humaine. À l'intérieur, les grévistes de la fin sont allongés sur leur matelas, entourés par leur soutien.

Le curé de la paroisse, le père Henrieté, lit le discours de Martin Luther King I have a dream. Ils n'en connaîtront pas la fin. Vers 7h55, deux gendarmes se servent d'une hache pour forcer la porte latérale de l'église.

Les barricades de chaises dressées par les occupant ne résiste pas. Les forces de l'ordre par plusieurs portes pénètrent dans l'église. L'opération dure près de 3h. 220 personnes dont des femmes et des enfants sont embarqués dans des cars de police direction le centre de rétention de Vincènes.

Les 10 grvistes de la FA à leur 50e jour de jeûne sont évacués sur des brancards et emmenés à l'hôpital. Dès l'évacuation des 100 papiers terminés, le ministre de l'intérieur Jean-Louis Debré prend la parole. Le moment était venu d'appliquer la loi avec fermeté mais avec le souci d'humanité et de cœur que souhaite le gouvernement.

Le gouvernement pense alors avoir réglé le problème. En réalité, les images de l'assaut provoquent un choc immédiat chez les artistes comme chez les intellectuels. Tu as pour moi violer la dignité de ces gens ?

C'est la honte. Je n'y croyais pas. Je pensais pas qu'on avait un gouvernement capable de faire une chose pareille. vraiment ils disent qu'ils appliquent la loi mais il faut rappeler que il n'y a pas que la loi de la République, il y a aussi les lois humaine.

Ce soir, il y a le peuple de Paris qui est là spontanément et qui exprime une solidarité et qui montre que et bien dans ce pays, il y a des forces de résistance. Il y a des hommes et des femmes qui n'acceptent pas ce qui s'est passé. Le soir même, plus de 10000 personnes selon le journal Le Monde manifestent de la place de la République jusqu'à Saint-Bernard pour protester contre l'intervention.

Mais que sont devenus les occupants de Saint-Bernard ? Et est-ce que cette expulsion a vraiment réglé quelque chose ? [musique] Dans les jours qui suivent, une poignée de 100 papiers sont expulsés vers le Mali et le Sénégal.

Quelques dizaines obtiennent rapidement une promesse de titre de séjour. Les autres, ils sont relâchés mais restent sans papier. Dans les mois qui suivent, la pression politique et la mobilisation du collège des médiateurs forcent l'État à réexaminer les dossiers au cas par cas.

En 1997, le gouvernement de Lionel Jospin arrive au pouvoir à la suite de la défaite de la droite aux législatives. C'est la troisème cohabitation. Jospin et la gauche plurielle adoptent quelques mois plus tard la circulaire dite chevainement.

Au niveau national, près de 80000 étrangers sont régularisés sur environ 140000 demandes. La grande majorité des occupants de l'église Saint-Bernard finit par obtenir un titre de séjour. L'occupation de l'église Saint-Bernard reste 30 ans plus tard un symbole des luttes pour la régularisation des sans papiers en France.

Elle marque aussi un tournant dans le vocabulaire. Le terme sans papier, déjà utilisé dans les milieux militants, s'impose dans le débat public à la place du mot clandestin. Voilà, c'est la fin de cette vidéo sur l'occupation de l'église Saint-Bernard en 1996.

Merci de l'avoir suivi jusqu'au bout et je vous dis à bientôt pour un nouveau récit.