Jean-François Rapin : « La fermeté avec l’Algérie n’empêche pas la diplomatie »
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Stéphane Foisin, vous êtes sénateur RDPI de la Réunion. RDPI, ce sont les sénateurs macronistes. Vous êtes membre de la Commission des finances du Sénat. On va revenir notamment longuement avec vous sur les conséquences économiques de cette guerre en Iran sur le portefeuille des Français, mais aussi sur le budget de l'État. Vous avez auditionné hier le ministre des Comptes Publics, David Amiel. Mais d'abord, on regarde comme tous les jours les unes de la presse régionale. D'abord la une de Ouest France. Ces commerces qui ont fait le choix d'ouvrir le 1er mai.
Le gouvernement a donc déposé un projet de loi pour sécuriser l'ouverture des fleuristes et boulangers le 1er mai 2027. Mais pour cette année, le flou persiste. La deuxième une, c'est celle du midi libre sur des travaux du Sénat face aux rêves et aux rodéos. Le Sénat dégâne les drones et l'IA, une mission d'information. Dévoilée hier, avance 28 propositions pour lutter contre ces rassemblements illégaux. Parmi les propositions, il y a aussi des sanctions durcies pour les organisateurs et les participants. Et puis la dernière une, c'est celle de la dépêche. Agriculteurs, le chiffre choc. En Occitanie, 57% des exploitants gagnent moins que le SMIC. Un chiffre alarmant.
Vivre de son métier devient difficile pour les agriculteurs de la région. De quelle ligne avez-vous envie de nous parler ?
Des agriculteurs, je pense que c'est un métier qui est très dur, très difficile, avec des fins de mois qui ne sont pas forcément très faciles à boucler. Et ils ont des contraintes aussi et des normes à respecter. Et je pense que c'est un magnifique métier, mais qui n'est pas à la hauteur, malheureusement, où les revenus ne sont pas à la hauteur de la charge de travail qu'ils ont.
Sauf que ça fait des années qu'on entend ça. Est-ce que le gouvernement les aide suffisamment ? Il y a eu plusieurs projets de loi, il y en aura encore un avant l'été. Est-ce que c'est suffisant ?
Alors, ce n'est jamais suffisant, effectivement, parce que là, on a 57% d'agriculteurs qui sont au SMIC, même pas, parfois même en dessous. Donc, il faut qu'on les accompagne encore plus. Et puis, ils ont aussi des frais supplémentaires, puisque avec l'augmentation du coût des carburants et autres, même s'ils bénéficient d'un carburant détaxé, ils ont quand même des difficultés, de grosses difficultés. Je pense qu'il faut les écouter, les entendre et être à leur côté.
– Et justement, le prix des carburants qui fait toujours l'actualité hier, Total Energy a annoncé une augmentation de ses bénéfices nettement hautes. Total Energy qui tire profit du blocage du détroit d'Ormuz et de la hausse des prix du pétrole. Est-ce qu'ils sont des profiteurs de guerre, comme le dit notamment Jean-Luc Mélenchon ?
– Je pense que oui. Avoir 5 milliards et quelques en quelques mois, en trois mois pour l'année 2026, 5 milliards de bénéfices avec une redistribution de 90 centimes d'euros par action qu'ils vont donner bientôt à leurs actionnaires, je trouve que c'est montré au monde et à la France surtout que nous, nous payons, nous sommes des vaches à lait et eux, des profiteurs un petit peu, c'est ce que je dirais. Et on voit par exemple à La Réunion, les difficultés que l'on a eues pour que les pétroliers participent. Alors là, ils ont accepté 5 centimes par litre d'aide pour la population, alors que la région avait annoncé 5 centimes aussi.
On n'est qu'à 10 centimes, il y a encore du travail à faire pour que ces pétroliers arrêtent de s'enrichir comme ils le font aujourd'hui.
– Mais hier devant les sénateurs, Sébastien Lecornu, on l'a entendu dans le journal, il les a appelés à redistribuer les profits, l'appelé Total à redistribuer les profits. Réponse immédiate de l'entreprise, nous les redistribuons vers le plafonnement des carburants. Est-ce que ce sont des réponses acceptables selon vous ? Si vous dites que ce sont des profiteurs de guerre, ça veut dire que cette réponse, ça ne vous convient pas ?
– Ça ne nous convient pas, je pense que notre Premier ministre devrait lever une taxe sur les super profits, justement sur ces entreprises qui profitent un petit peu trop de la guerre actuelle.
– Donc ils ont eu tort, parce qu'il y a eu ce débat pendant le budget, est-ce qu'il faut taxer ou non les grandes entreprises, les super profits ? Pour vous, il faut le faire ?
– Oui, il faut le faire, quand il y a des super profits, c'est au détriment du consommateur. Le gouvernement doit pouvoir s'atteler à cette tâche, oui.
– Donc il a eu tort de refuser précisément ?
– Oui, je pense.
– Là, vous remettez le sujet sur la table ?
– Je remettrai le sujet sur la table, et bien évidemment, je pense que c'est une injure à la face du peuple français.
– Au-delà des super profits, est-ce qu'il faut, vous nous parliez tout à l'heure des agriculteurs, est-ce qu'il faut aussi élargir à nouveau les aides pour les Français face à une hausse des prix qui a l'air de durer ?
– Alors oui, il faut aider les Français. Moi, je pense notamment à La Réunion, où nous avons à peu près 7,1% d'augmentation par rapport à la métropole. On voit par exemple qu'à la Corse, la continuité territoriale, c'est 200 euros par habitant, l'outre-mer, c'est à peine 20 euros par habitant. Il y a des disparités, il faut accompagner bien évidemment la population qui est en difficulté, les professions aussi qui souffrent, comme on a parlé des infirmières tout à l'heure, mais on peut parler aussi des routiers qui sont en ce moment en action à La Réunion.
– Mais ça veut dire que le gouvernement ne le fait pas suffisamment ?
– Ou pas suffisamment, pas suffisamment explicitement. Bon, c'est parfois pas très clair. Ils annoncent des choses et on ne sait pas trop après comment ça fonctionne. Donc je pense qu'il faut avoir un éclairage particulier pour ces professionnels et il faut leur apporter le maximum d'aide que l'on peut pendant ces temps de crise.
– On va parler des conséquences sur les comptes publics, sur le budget de l'État dans quelques instants. Vous avez dû signer à la mise des comptes publics, mais on apprend ce matin, puisque les chiffres sont tombés, que le PIB reste stable au premier trimestre et qu'il y a une sorte de rebond de la consommation des ménages, plus 0,7% au mois de mars. Ce sont des bonnes nouvelles ?
– C'est des bonnes nouvelles. Je pense que tout ce qui est bon à prendre, il faut le prendre, parce que par les temps qui courent, c'est relativement compliqué. C'est vrai qu'on avait tablé pour 2025 à 5,4%. On est à 5,1% du PIB, mais c'est quand même 124 milliards de déficit pour la France qui vient en plus amplifier le déficit de la France. La France, c'est quand même 3 000 milliards de déficit actuels. Donc il nous va falloir presque 8 ans maintenant pour pouvoir rembourser ce déficit si on prenait tout le budget chaque année. Donc c'est beaucoup trop. Je pense qu'en dessous de 5 ans, c'est supportable. Au-delà de 5 ans, c'est compliqué.
– Justement, on va parler des conséquences de cette guerre en Iran sur les comptes publics. Vous avez donc auditionné hier David Amiel, le ministre des Comptes publics au Sénat avec la commission des finances à laquelle vous appartenez. Yoann, David Amiel, il a d'abord fait un bilan de la gestion des finances publiques en 2025.
– Oui, tout à fait. David Amiel s'est félicité de la baisse du déficit public. Il est passé en 2024 de 5,8% du PIB à 5,1% en 2025. C'est mieux que les 5,4% attendus. Une amélioration notable alors que l'an dernier, la croissance a été plus faible que prévu. 0,9% contre 1,1% selon les prévisions initiales. Le déficit public a été réduit grâce à deux leviers. La hausse des recettes de 10 milliards d'euros environ et la baisse des dépenses de 5 milliards. Pour David Amiel, ces bons résultats sont à souligner car l'exécutif partait de loin. La loi de finances 2025 avait été votée avec deux mois de retard. Et pour lui, c'est à cause de l'absence de majorité à l'Assemblée nationale.
– Et ça rend évidemment les choses beaucoup plus difficiles pour pouvoir continuer à réduire le déficit public. Le budget de l'année dernière montre que malgré ces conditions politiques pour le moins inédites, il est possible de continuer à réduire le déficit.
– Et le gouvernement a bien l'intention de maintenir son effort en 2026, mais voilà, ces plans sont chamboulés par la guerre au Moyen-Orient et la crise des hydrocarbures.
– Oui, car les conséquences économiques sont lourdes. Au total, la guerre a déjà coûté 6 milliards d'euros à la France, une somme qui inclut les 3,6 milliards d'euros liés à la hausse de la charge de la dette, les taux d'intérêt qui ont nettement augmenté depuis le début du conflit. Et puis il y a aussi les aides sectorielles annoncées par le gouvernement pour répondre à la flambée des prix du carburant. Elles ont coûté 150 millions d'euros en avril, des aides insuffisantes pour beaucoup. Mais David Amiel l'a martelé, il faut continuer à maîtriser les dépenses. – Nous ne pouvons pas avoir recours chaque année au quoi qu'il en coûte.
Cela nous mettrait dans une trajectoire explosive du point de vue des finances publiques et nous priverait à l'avenir de marge de manœuvre. Et c'est la raison pour laquelle chaque euro dépensé en réponse à une crise doit être compensé par des économies à proportion. – Traduction pour tenir les objectifs budgétaires, il va falloir trouver 6 milliards d'euros à économiser ailleurs en diminuant par exemple les dépenses de l'État ou de la sécurité sociale.
– Et à cause de cette crise au Moyen-Orient, David Amiel, il ne s'attend pas à de grands progrès sur la baisse du déficit en 2026.
– Non, le gouvernement a pour objectif de réduire le déficit à 5% du PIB cette année. Il va donc falloir accélérer pour respecter l'objectif final, porter le déficit à 3% d'ici 2029. Or je vous le disais, les chiffres du déficit ont été meilleurs que prévus en 2025. Un sénateur a donc demandé hier à David Amiel pourquoi le gouvernement n'était pas plus ambitieux pour 2026. – Mais est-ce que ce n'est pas le moment d'essayer de passer en dessous des 5% pour cette année aussi prendre de l'avance ? Et si oui, comment vous voyez les choses ?
– Dans ce contexte actuel, vu le nombre d'incertitudes, je n'aurais pas trouvé sérieux que le gouvernement révise à la hâte des prévisions de déficit alors même qu'on voit des ventes contraires. Donc on garde à ce stade cet objectif de 5%. J'ai déjà montré à quel point ça allait nécessiter des efforts importants pour pouvoir le tenir. – Monsieur le sénateur, le gouvernement a raison d'être prudent ou il faudrait aller plus loin ? – Il faudrait aller plus loin. Je pense que quand on voit qu'il y a 10 milliards de recettes supplémentaires, c'est surtout ces recettes supplémentaires qui ont permis de passer de 4 à 5,1% du PIB. Je pense qu'on peut aller plus loin.
L'effort des dépenses est à mon avis insuffisant. 5 milliards d'efforts sur les dépenses, je trouve que c'est insuffisant. Je pense qu'il y a encore des dépenses que l'on peut resserrer au niveau des dépenses de l'État, mais certainement pas au détriment de la population ni au détriment des collectivités, bien évidemment. Alors si vous avez des dépenses, je pense qu'il y a suffisamment d'enquêtes qui ont été faites sur certains domaines et sur certains opérateurs de l'État, je pense qu'il y a du travail à faire et je pense qu'on doit pouvoir trouver une solution pour baisser.
Ça veut dire que vous allez soutenir la suppression de certaines agences, agences régionales de santé, agences de rénovation urbaine ?
Peut-être pas, parce que je suis médecin, donc je suis sensible à l'ARS et à son importance sur les territoires, mais il y a certainement des dépenses, peut-être qu'elles sont déconservées, mais qu'elles soient un peu moins dépensières. L'objectif de tenir le déficit à 3% d'ici 2029, vous y croyez ? Ça va être difficile. Je pense que si vous voyez qu'on passe de 1 à 5, c'est pas grand-chose. Donc arriver à 3, ça va être quand même très compliqué, sauf s'il y a vraiment des recettes supplémentaires qui arrivent et des surprises.
Mais est-ce que c'est politiquement possible ? Parce que vous avez vu déjà les difficultés pour faire passer ce budget. Est-ce qu'en demandant encore plus d'efforts, vous n'allez pas perdre le vote des socialistes et donc ne pas réussir à faire passer un budget ?
C'est le risque. C'est le risque, mais je pense qu'il y a quand même une attente des politiques et une attente de la population, c'est que l'État fasse attention à ses dépenses et que le gouvernement travaille pour limiter ses dépenses. Jamais une collectivité ne pourrait dépenser plus qu'elle ne gagne. Donc il faut que l'État soit aussi exemplaire dans ce domaine. C'est pas facile. Il y a un gros travail à faire. C'est un travail certainement de plusieurs années. C'est pas sur la première année. Je pense que M. Amiel a raison en disant que le ministre a raison en disant qu'il ne peut pas forcément arriver à trois tout de suite.
Mais on doit travailler d'arrache-pied pour que dans quelques années, nous puissions, je l'espère, en tout cas atteindre les trois. Mais David Amiel, hier, a dit que c'était l'État qui allait encaisser le gros de ses 6 milliards d'économies à trouver. Vous pensez vraiment que ça ne va pas impacter les collectivités territoriales ? Certainement. On essaye toujours de raboter un petit peu sur les collectivités territoriales, mais elles ont des impératifs à tenir. Et on voit d'ailleurs ce qui se passe à Aix-Marseille. C'est compliqué parce que l'État n'est pas au rendez-vous et on se retrouve avec un risque de mise sous tutelle qui va arriver.
Et je pense que Nicolas Isnar va probablement faire appel au préfet pour venir faire son budget.
Et justement, on va en parler de cette décision qui a été prise, décision rare, prise par la métropole Aix-Marseille-Provence, celle de ne pas voter son budget. C'est un budget de 4,8 milliards. Il y a 123 millions de déficits. Et la décision, vous le disiez, elle ouvre la voie à une tutelle de l'État. Bonjour David Dittier. Merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes le vice-président de cette métropole Aix-Marseille-Provence en charge des finances. Pourquoi avez-vous pris cette décision de ne pas voter et de ne pas approuver le budget ?
Eh bien, tout simplement parce qu'ici, nous ne sommes plus en capacité de financer notamment la compétence transport. Et je rejoins parfaitement ce que M. le sénateur disait. À Paris, on peut prendre des décisions qui viennent raboter les dotations des collectivités territoriales et on se rend compte sur le terrain et dans nos territoires que nous ne pouvons plus financer nos compétences. C'est exactement ce qui s'est passé pour notre métropole Aix-Marseille-Provence. Les deux lois de finances successives, 2025 et 2026, nous ont retiré 120 millions d'euros.
Nous sommes l'une des intercommunalités de France les plus pénalisées, notamment parce que beaucoup de dotations ont été retirées sur les territoires industriels. Et donc, par conséquent, ici, dans notre métropole, c'est 120 millions d'euros qui disparaissent au même moment où nous sommes en train, avec le plein soutien de l'État, de développer un plan de transport avec une véritable ambition pour Marseille et les 91 autres communes de la métropole Aix-Marseille pour développer des moyens de transport qui sont attendus par tous.
Et donc, au moment où nous développons ces transports, au moment où, du coup, nous faisons face à de nouvelles dépenses d'exploitation en matière de transport, parce qu'à chaque fois qu'on ouvre une ligne de bus, une ligne de tram, une ligne de métro, évidemment, ce sont des coûts de fonctionnement en face, eh bien, au même moment où, avec le soutien de l'État, nous développons enfin ce plan de transport attendu par tout ce territoire, eh bien, d'un coup, les lois de finances retirent le tapis sous nos pieds, nous enlèvent 120 millions d'euros et on se retrouve pleinement dans le mur.
Et donc, il y a eu un cri politique de tout ce territoire, un cri d'alerte envers l'État, puisque nous avons pris la décision inédite, et le président Isner, avec les 91 autres maires de la métropole, ont pris unanimement la décision de ne pas voter le budget d'ici ce soir, puisque la loi nous laisse jusqu'à ce soir pour voter le budget de la métropole. Ici, le budget ne sera pas voté, parce que nous ne sommes plus en capacité de pouvoir équilibrer nos budgets.
Et donc, nous faisons appel à la fois aux magistrats de la Chambre régionale des comptes et aux préfets pour venir ici, finir l'exercice avec nous et se rendre compte que les décisions qui sont prises dans les lois de finances et qui participent peut-être, et évidemment, il y en a besoin, à la réduction du déficit de l'État, et bien, brutalement, ces décisions, elles créent des conséquences inédites et graves pour nos territoires.
Oui, vous le dites, effectivement, c'est une décision transpartisane qui va de Nicolas Isner, le président de la métropole, qui est de droite, à Benoît Payan, le maire de Marseille, qui est de gauche. Qu'est-ce que vous attendez, vous, de ce bras de fer que vous avez désormais engagé avec l'État ?
Écoutez, on attend déjà que l'État vienne faire l'exercice avec nous, et je l'espère qu'ils se rendent compte qu'il y a une mécanique très simple, c'est qu'en supprimant massivement et brutalement des dotations, nous ne pouvons plus équilibrer nos budgets et il ne nous reste qu'une seule solution, c'est celle d'augmenter massivement l'impôt sur les propriétaires, puisqu'il ne nous reste quasiment que la taxe foncière.
Et ça, c'est impossible pour nous à assumer, il est hors de question, parce que l'État baisse brutalement des dotations et nous empêche de pouvoir équilibrer nos budgets, que nous, nous nous retournions vers les contribuables, les seuls propriétaires, pour leur faire les poches. Donc on invite l'État à venir faire l'exercice avec nous, mais surtout, on voudrait voir la situation financière être discutée sur le moyen et le long terme. Et ici, on a une véritable difficulté, et je suis ravi que monsieur le sénateur puisse l'entendre, mais je suis persuadé qu'il la connaît.
Ici, je le disais, nous sommes dans un territoire où nous avons besoin de développer nos transports, comme d'autres territoires le connaissent aujourd'hui, comme l'a connu la région Île-de-France il y a quelques années à l'approche des Jeux olympiques. Et face au même problème, un besoin d'augmenter les transports, un besoin de développer l'offre, il se trouve qu'il y a une solution qui existe dans notre système fiscal et une solution qui a été autorisée pour le Grand Paris. Ça s'appelle le versement mobilité. C'est un impôt qui permet notamment de prélever auprès des entreprises un petit pourcentage de la masse salariale et qui permet de faire fonctionner les transports dans le territoire.
Aujourd'hui, ce versement mobilité, il est plafonné à 2% pour toutes les métropoles, sauf pour le Grand Paris, qui a pu obtenir son déplafonnement différencié. Et donc nous, nous disons à l'État, aujourd'hui, nous sommes lancés dans un plan de transport avec le soutien de l'État et du plus haut niveau. Le président de la République, dans le cadre du plan Marseille-en-Grand, est venu ici nous dire, je considère que ce territoire a besoin d'être plus attractif, qu'il a besoin de se développer. Et donc l'État va venir investir en matière de transport.
On nous a donné des moyens pour investir, mais on ne nous permet pas d'utiliser le levier qui, dans notre système fiscal, permet de financer le fonctionnement des transports.
Donc on demande une chose qui est assez simple, c'est de dire, on est au bout de l'exercice, on ne parvient plus à financer, on est bien conscient que l'État ne va pas nous donner des dotations supplémentaires, mais au moins que l'État entend notre cri d'alerte et qu'il l'entende, l'État et le Parlement évidemment, puisque tout ça se jouera dans la prochaine loi de finances, que sans le déplafonnement du versement en mobilité pour ce territoire et je crois pour les autres métropoles, on ne pourra plus financer correctement nos politiques en matière de transport. Ici en tout cas, on est vraiment arrivé au bout de l'exercice, on ne peut plus.
Stéphane Fossin, qu'est-ce que vous dites à David Hichet ?
Je partage parfaitement son analyse, je pense qu'à partir du moment où certaines grandes métropoles, comme le Grand Paris, a pu bénéficier davantage, il faut qu'on puisse ouvrir ces avantages à d'autres régions. Nous à La Réunion, on a aussi le problème du transport qui est un vrai problème et la mise en place d'un train qui ferait le tour de La Réunion, on a besoin aussi de pouvoir mobiliser des fonds pour pouvoir donner à nos populations la possibilité de se déplacer. Est-ce que le gouvernement,
il en demande trop aux collectivités, il ne leur donne pas assez de moyens ?
Oui, alors ça c'est toujours, on le dit toujours, pas assez de moyens, mais peut-être nous donner la possibilité de lever une taxe. On ne demande pas des moyens supplémentaires de l'État, mais au moins de lever une taxe. Il en est de même pour la taxe que les touristes payent lorsqu'ils viennent passer une journée à Paris, les autres régions n'ont pas le droit à cette taxe. C'est dommage parce que ça permettrait aussi pour les autres régions de pouvoir bénéficier de taxes supplémentaires. Je pense qu'il faut qu'on ouvre à ces différentes régions la possibilité de percevoir des taxes supplémentaires.
On nous a supprimé la taxe d'habitation, il ne nous reste que la taxe foncière bâtie pour les collectivités pour pouvoir récupérer des fonds. C'est trop juste et c'est pour ça qu'on se retrouve dans cette situation aujourd'hui. À vouloir fermer la possibilité à ces grandes agglomérations de lever des taxes, on se retrouve aujourd'hui à pleurer auprès du gouvernement, excusez-moi le terme, pour pouvoir bénéficier de fonds. Oui mais du coup est-ce qu'Emmanuel Macron
ne s'est pas un peu donné le beau rôle en supprimant la taxe d'habitation ? Alors certes c'était du pouvoir d'achat pour les Français mais pour les collectivités ça les contraint elle à augmenter des impôts là où Emmanuel Macron a dit moi je le supprime.
Mais peut-être ouvrir comme l'a dit notre collègue, ouvrir peut-être sur d'autres possibilités de faire rentrer des fonds. Merci David. Et c'était la loi de le faire.
Merci beaucoup David Ittier et merci d'avoir été avec nous vice-président de la métropole d'Aix-Marseille-Provence. Plus largement des Outre-mer. Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT elle appelle le gouvernement à renforcer considérablement et à inscrire le plus vite possible à l'agenda de l'Assemblée nationale le projet de loi contre la vie chère. Dans les Outre-mer il a déjà été voté au Sénat. Il traîne trop le gouvernement ?
Ben il traîne. Normalement ça devrait passer à l'Assemblée nationale. C'est toujours pas passé à l'Assemblée nationale. On a besoin effectivement que cette loi passe pour essayer d'améliorer un petit peu la situation des Outre-mer. Nous sommes en véritable difficulté. Je vous le disais tout à l'heure. C'est 20 euros par habitant la continuité territoriale si on prend juste ça et 200 euros pour la Corse. Pourquoi il y a une différence alors qu'on est beaucoup plus loin que la Corse ? La Corse est juste à côté. Il y a une possibilité par bateau il y a une possibilité par avion mais nous on n'a que l'avion pour se déplacer.
Et forcément ça coûte cher aux Réunionnais ça coûte cher aux Martiniquais ça coûte cher aux Guyanais ça coûte cher aux Outre-mer en règle générale. Et il faut qu'on les accompagne il faut qu'on les aide. On ne peut pas avoir Réunion je disais 7,1% mais des fois c'est plus de 15% d'augmentation des prix sur nos territoires et si on ne travaille pas sur l'amélioration de ces prix et surtout ce qui est important c'est d'accompagner les entreprises pour le fret. C'est ça qui coûte très cher. Le fret coûte cher il faut plus accompagner les entreprises et 20 euros par habitant pour la continuité territoriale pour le fret c'est largement insuffisant. C'est pour ça que les prix sont plus chers.
On va aller chez vous à la Réunion. Bonjour Stéphane Fontaine. Merci beaucoup d'être avec nos journalistes au quotidien de la Réunion. Stéphane on va parler avec vous emploi et insertion avec les inquiétudes des élus locaux de votre territoire au sujet des contrats aidés. Que sont précisément ces contrats d'insertion ? Et expliquez-nous quelles sont les craintes localement ?
Donc des contrats aidés financés en partie par l'État. Ce sont donc pas de mettre un pied en rendant service pour la collectivité. Tous ces contrats travaillent dans les écoles, dans les associations, dans les services publics, fonds par l'office de para-fonctionnaire. Et les crédits ont été diminués d'année en année. On en a un point aujourd'hui où on est donc, on le disait tout à l'heure, à la fin du mois d'avril, date limite pour le vote du budget par les collectivités. Et ces collectivités ne savent toujours pas de combien d'emplois ils pourront disposer. Il y en avait 10 000, donc tout secteur, l'année dernière.
On craint le pire cette année puisque si on applique mécaniquement la baisse de 80 % du budget, de ce qui est prévu au budget de l'État en 2026, on en serait à 2 000 ou peut-être même à une suppression totale. Alors l'État, de son côté, invoque le manque d'efficacité, on va dire, de ces contrats en termes d'insertion et d'efficacité, de retour à l'emploi. Mais ce sont de vrais services et des gens qui travaillent derrière, donc 10 000 personnes qui ont accès et à l'emploi.
– Pardon, Stéphane Fontaine, pardon, on a un petit problème de liaison. Je vais me permettre de poser votre question du coup à Stéphane Fossin, c'est comment du coup sauvegarder ces contrats et les renouveler, les défendre ?
– Moi j'ai connu l'époque de plus de 35 000 contrats aidés à La Réunion qui aujourd'hui s'appellent les PEC, les parcours emploi compétences. C'était un minimum vital les 35 000. On est passé de 35 000 à presque 10 000, entre 15 et 10 000 et moi j'attends beaucoup de la loi de décentralisation pour permettre effectivement au préfet de pouvoir décider un peu plus la possibilité de transférer certains budgets vers ces contrats aidés. C'est important, les contrats aidés pour les collectivités, comme on n'a pas les mêmes moyens qu'ont les communes de métropole, il faut qu'on puisse les accompagner autrement et les accompagner autrement c'est aussi de les accompagner dans les contrats aidés.
Alors c'est vrai que ça ne débouche pas forcément sur un emploi parce que les entreprises ne sont pas forcément florissantes dans les Outre-mer mais ça permet effectivement à ces familles, en tout cas c'est un amortisseur social et ça permet aux familles de pouvoir vivre pendant quelques mois et le faire tourner ces contrats ça permet sur une année de faire vivre quand même pas mal de familles donc c'est important qu'on puisse les poursuivre et les continuer parce qu'on n'a pas le même bassin d'emploi que vous, vous avez ici dans l'Hexagone ou vous avez même des pays autour où vous pouvez exporter nous on ne peut pas.
Merci Stéphane Fontaine journaliste quotidien de La Réunion pardon pour le petit problème de liaison et merci Stéphane Fossin d'avoir été notre invité pendant cette première demi-heure. Johan, nous on se retrouve dans 20 minutes pour la revue de presse régionale. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Jean-françois Rapin