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interviewLe Média (sur YouTube)· 19 juillet 2026 16 min

MARINE LE PEN, SARKOZY, MACRON : PETITE HISTOIRE DE LA CORRUPTION POLITIQUE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bon alors pour cet épisode de Cétait pas mieux avant, j'avais proposé deux sujets. Le premier sur l'histoire de Marine Le Pen et le second sur la corruption en politique. Il n'y a évidemment aucun lien entre ces deux sujets.

Bon épisode. [musique] Bonjour et bienvenue dans C'était pas mieux avant, votre émission dans laquelle on revient sur des personnalités et des événements marquants de l'histoire politique de la France et du monde. Le sujet de l'épisode de cette semaine, c'est donc la corruption.

On va faire une histoire de la corruption, notamment de la corruption politique. C'est même principalement de cette corruption là que l'on va parler. On parlera principalement de la corruption en France, mais comme c'est une émission historique, j'ai eu envie de remonter un peu beaucoup plus loin.

Cela dit, petit rappel avant de rentrer dans l'histoire du sujet. L'actualité des derniers jours a bien sûr été marquée par la défaite de la France en Coupe du monde certes, mais aussi surtout la condamnation de Marine Le Pen, de plusieurs de ses collaborateurs et de son parti politique pour détournement de fonds publics. En l'occurrence, ce sont des fonds européens qui ont été détournés et qui ont été utilisés, même pas au moins pour soutenir l'activité politique du parti, mais carrément pour alimenter le train de vie quotidien des membres du parti.

Une condamnation toutefois très clémente qui ouvre la voie à une candidature de Marine Le Pen à la présidence de la République au détriment du pauvre petit Jordan qui s'y voyait déjà. Je rappelle que pour bosser simplement dans l'administration publique, peu importe le poste, il faut présenter un caser judiciaire vierge, mais pour diriger la France, par contre, ça va, tu peux être un criminel. Et cette clémence s'appuie sur une jurisprudence qui nous vient tout droit du Conseil constitutionnel et notamment de son nouveau président, j'ai nommé Richard Ferrand.

Mon collègue Nils Villequeu dans l'émission Les Indiscrets nous avait abondamment parlé du deal secret qui aurait été passé par Marine Le Pen avec Richard Ferrand en appuyant avec le Rassemblement national la candidature de ce dernier à la présidence du Conseil constitutionnel en échange d'un petit coup de pouce judiciaire. Cette situation est évidemment venue relancer les accusations bas de justice de classe. Déjà des personnes beaucoup plus pauvres peuvent être condamnées à des peines beaucoup plus lourdes pour 0,001 % de ce que Marine Le Pen et ses potes ont fait. mais aussi donc de corruption.

Marine Le Pen étant accusée d'avoir corrompu le désormais président du Conseil constitutionnel afin d'obtenir un allègement de sa condamnation. D'autant plus que le président du Conseil constitutionnel en question est lui-même mouillé dans une affaire de corruption, l'affaire des mutuelles de Bretagne soi-disant passant. Et puis c'est pas la seule.

L'autre candidat un petit peu haut dans les sondages pour l'élection présidentielle de 2027, le patron d'horizon et ancien premier ministre d'Emmanuel Macron, Édouard Philippe, est lui-même embourbé dans une affaire de prise illégale d'intérêt, détournement de biens, favoritisme, concussion et harcèlement moral en tant que maire du Havre. Ce que j'ai l'impression que personne ne rappelle jamais, j'abuse à peine. Alors que c'est un petit peu grave quand même.

Le candidat officiel du parti de Macron, à défaut d'être candidat officiel de Macron, Gabriel Atal n'a pas lui-même d'affaires aux fesses. Mais le Parti Renaissance, c'est un peu le festival du conflit d'intérêt. Le nombre de députés macronistes visés dans des affaires judiciaires ces 10 dernières années a été assez exceptionnel.

D'une manière générale, l'air Macron a vu une augmentation des affaires de corruption en France. L'ONG Transparency International témoigne par exemple d'une dégradation de la probité politique en France sur les dernières années avec par exemple une augmentation de 85 % des faits de corruption impliquant des élus entre le milieu des années 2010 et aujourd'hui. Dans cet épisode de C'était pas mieux avant, je vous propose de faire une histoire de la corruption et plus particulièrement de la corruption politique afin de mieux comprendre ce phénomène avec une perspective historique et de comprendre à quel point il est ancré dans les différentes pratiques du pouvoir.

Pour commencer, je pense que c'est important de donner une définition claire de ce que c'est que la corruption parce que même si ça paraît un peu évident pour tout le monde, ça allait pas forcément autant qu'on ne le croit. Par corruption, donc on entend le fait d'utiliser des moyens frauduleux ou d'abuser d'une position d'autorité pour obtenir des avantages privés. Et je dis bien privé et non personnel parce que ça c'est un truc qui revient souvent dans la défense des politiciens corrompus de Pasquais Sarkozi.

Ils affirment toujours que c'est pas si grave que ça parce qu'il n'y a pas eu d'enrichissement personnel. Alors, outre le fait que c'est bien souvent complètement faux, bah la corruption implique davantage un profit privé. Donc un profit qui peut nous avantager nous, mais peut aussi avantager les gens de notre entourage ou encore les organisations auxquelles on appartient voir qu'on dirige.

Quand Nicolas Sarkozy a recours à l'argent des autorités libennes pour tordre le résultat de l'élection présidentielle de 2007, il le fait pas tant pour un profit financier personnel que pour son prestige politique et pour faire gagner son parti. Autre élément important pour définir clairement la corruption, elle peut avoir des significations différentes et revêtir des réalités différentes selon le pays, la période ou encore la culture. Ce que nous en France, on va considérer comme un fait de corruption n'est pas forcément considéré comme un fait de corruption par la société d'un autre pays.

Mais ça n'empêche pas qu'on peut définir les faits de corruption à travers l'histoire, tout simplement en les adaptant au contexte de l'époque donnée. parce que la corruption est aussi vieille que les sociétés humaines et on trouve des affaires de corruption documentées jusque très loin dans notre passé. En Mésopotamie, au 19e siècle avant notre ère, donc il y a quasiment 4000 ans, le personnel judiciaire n'était pas payé et rarement professionnel.

C'était souvent les justiciables eux-mêmes qui rémunéraient les juges, ce qui, vous en doutez, n'est pas la manière la plus fiable de s'assurer de l'intégrité de ces derniers. La corruption judiciaire à l'époque correspondait donc pour les justiciables à payer les personnes chargées de les juger afin de s'assurer de leur clémence. Si on accélère un peu dans le temps, la corruption politique est à l'origine de la toute première grève connue de l'histoire de l'humanité.

Au 12e siècle avant notre ère, il y a donc plus de 3000 ans, le scribe Amenart rapporte que les fonctionnaires de l'administration égyptienne détourne le ravitaillement destiné aux ouvriers de la vallée des rois. Se retrouvant sans vêtements, sans boisson, sans nourriture et sans on en quantité suffisante, les ouvriers décident de cesser le travail et d'occuper les bâtiments administratifs des temples afin de contraindre les autorités à négocier. Après, il y a une corruption antique qu'on connaît mieux, c'est celle d'une période qui nous est particulièrement enseignée quand on est à l'école, la République romaine au 1er siècle avant notre ère.

On pense notamment à la conjuration de Catilina au début du 1er siècle avant notre ère, il y a donc plus de 2000 ans. Un vaste complot dont l'objectif était de prendre le pouvoir à Rome au profit du sénateur Catilina en profitant de l'absence de Pompé qui était en guerre contre Mitridat à l'autre bout de l'Empire. D'autres personnalités politiques importantes de cette époque sont accusées d'avoir participé au complot, même si c'est assez compliqué de savoir si c'est vrai ou non.

Comme par exemple un certain Cous Julius Kazar 4e du nom. Jules César. C'était juste pour flexer.

Bon, en vrai, même si c'est peu probable qu'il ait participé activement, c'est assez probable qu'il était parfaitement au courant de ce qui se passait. Ce que ça nous apprend aussi, c'est que la corruption profite de l'instabilité politique pour se développer. Le cas de corruption dans l'Égypte antique dont je vous ai parlé, il se place dans une période de déclin de l'autorité royale dans le nouvel empire égyptien.

La conjuration de Catilina a lieu en 63 avant Jésus-Christ dans un contexte d'instabilité politique et sociale pour la République romaine et peu de temps avant le début de la guerre civile de la fin de cette même République. Les périodes de crise politique et sociales facilitent le développement de la corruption, notamment du fait de la déstabilisation du fonctionnement normal du pays en question, ce qui incite ceux qui en ont les moyens et qu'ils veulent à emprunter des chemins détournés. Le développement des États modernes et la bureaucratisation qui a accompagné ce développement a conduit à une généralisation de la corruption dans les institutions publiques et politiques.

Comme on l'a vu, la corruption politique existait déjà avant, mais elle a pris une nouvelle dimension avec le développement de ces grands ensembles politiques et institutionnels avec plein de ramification. En 1887, par exemple, éclate le scandale des décorations. Il est révélé que des notables de la jeune 3e République achètent les honneurs de décoration militaire auprès d'un général, Louis-Charles Cafarel.

L'affaire remonte jusqu'au gendre du président de la République de l'époque, Jules Grévi, qui est contraint à la démission. Et ce n'est pas une petite affaire parce que Jules Grévy est le premier président de la République à être issu des rangs des républicains parce que la 3e République était pensé par pas mal de monde comme un régime temporaire après le second empire et les monarchistes y ont occupé une place prépondérante durant les premières années. La fragilisation de Jules Grév était donc une opportunité pour les monarchistes d'une part mais aussi de l'autre côté pour la gauche radicale et l'extrême gauche.

Des socialistes et des radicaux voyaient dans l'affaire des décorations la possibilité d'organiser un coup d'état afin de renverser la 3ème République mais par la gauche. Même si la République survit à ce scandale, il montre l'importance de la corruption présente au niveau des politiques, des policiers et des militaires. Ça la fout évidemment assez mal pour une République qui essaie à ce moment-là de construire sa légitimité, notamment sur une idée de probité.

Et ce scandale vient renforcer le mouvement boulangiste, premier mouvement populiste de la 3e République mené par le général boulanger aux accents fortement antiparlementaire. C'est particulièrement vrai pour l'extrême droite qui durant les décennies suivantes utilise la corruption comme un moyen de dénoncer une 3è République décadente et noyauté de l'intérieur. Bah oui, la logique de l'ennemi de l'intérieur très cher à l'extrême droite d'hier comme d'aujourd'hui, elle se nourrit particulièrement de la corruption et ce quand bien même les régimes d'extrême droite sont tout aussi corrompus si ce n'est plus que ceux qu'il remplacent.

Officiellement, le régime de vichi qui gouverne la France de 1940 à 1944 lutte contre la corruption et cette lutte est même l'un des axes majeurs de sa communication politique. Mais la lutte contre la corruption, c'est toujours un excellent prétexte quand il s'agit d'imposer tes idées politiques par la force, d'éliminer tes opposants et aussi de cacher tes faiblesses. Par exemple, les médecins qui délivrent de faux certificats médicaux aux hommes pour leur permettre d'éviter le service du travail obligatoire sont considérés comme corrompus.

Les fonctionnaires et autres employés municipaux qui fournissent des faux papiers aux juifs ou encore aux résistants ou qui apportent des biens à ceux et celles qui ont pris le maquille sont considérés comme corrompus et la lutte de l'État français contre le marché noir masque l'incapacité du régime à approvisionner correctement la population en période de conflit. Ça rejoint aussi ce que je vous ai dit au début de cette émission. la corruption ou plutôt ce qu'on met sur le mot corruption, ça varie beaucoup en fonction des sociétés, des périodes, mais aussi des régimes politiques.

Et le regard péjoratif que l'on porte sur la corruption, il se fait bien souvent par rapport au regard mélioratif que l'on porte sur nos institutions publiques. Dans des cas que l'on peut considérer comme la corruption, mais qui se font dans le cadre de régime dont on cherche à contourner les pratiques inhumaines, on parle rarement de corruption. En fait, on parle plus souvent de résistance, voire de résistance passive.

Et dans le cadre de régime autoritaire ou même carrément fasciste, le prétexte de la lutte contre la corruption, c'est un excellent moyen de museler les oppositions et d'éliminer les poches de résistance. Ça a été particulièrement vrai en République populaire de Chine ces dernières années. En France, dans les années 1990, on a assisté à une explosion des affaires de corruption.

Jusqu'à l'avant-dernière décennie du 20e siècle, le nombre annuel de condamnés pour corruption dépassait rarement quelques dizaines par an. À partir des années 90, en revanche, ce nombre a largement dépassé la centaine et au début des années 2000, on était même au-delà des 200. Et c'est pas tellement parce que la corruption a augmenté, elle était déjà bien présente avant et bien enracinée dans les pratiques de nos sociétés comme on l'a vu.

C'est aussi parce que de nouveaux moyens de lutte contre la corruption ont été mises en place et enfin parce que la perception que les citoyens avaient de la corruption et ben elle a changé. Bien aidé par des scandales retentissants comme l'affaire ELF par exemple qui a impliqué plusieurs centaines de millions d'euros de l'entreprise publique qui ont été détourné au profit de personnalités politiques de gauche comme de droite de gouvernement. Ça a été encore plus vrai en Italie dans les années 90 où les procès pour corruption ont donné lieu à une explosion quasi intégrale de la scène politique.

Quasiment tous les grands partis de cette époque ont disparu suite au grands procès qui ont été organisés au point que les citoyens italiens considèrent carrément qu'il s'agit d'un changement de régime alors même que la Constitution elle n'a pas changé et pourtant bah le phénomène de corruption n'a pas disparu. C'est même plutôt le contraire. L'affaire libyenne de SarkoZi, chez nous, révélée par Mediaapart, en est peut-être le symbole le plus retentissant.

En sollicitant de l'argent liben pour augmenter illégalement le financement de sa campagne présidentielle, Nicolas Sarkozi a influencé le résultat du scrutin le plus important de notre pays et a donc eu une influence concrète sur les orientations politiques de la France. Impossible de savoir aujourd'hui si Nicolas Sarkozy aurait pu remporter l'élection quand même s'il n'y avait pas eu l'argent libyen. D'autant plus quand on sait à quel point l'argent que tu peux mettre dans une campagne peut influencer le résultat que tu y fais.

Plus récemment à gauche, si Jean-Luc Mélenchon a pu faire d'excellents résultats aux deux dernières élections présidentielles et s'apprête à le refaire l'an prochain, c'est aussi parce qu'il a fait des campagnes à très gros budget, bourré de technologie avec d'ailleurs quelques petites affaires à la clé sur le financement. En fait, la lutte contre la corruption, c'est un travail qui n'est jamais terminé parce qu'à mesure que les réglementations s'adaptent pour essayer de faire diminuer la corruption, et ben les pratiquants de la corruption s'adaptent aussi pour pouvoir continuer à contourner les règles. Et d'ailleurs, la lutte contre la corruption, c'est aussi un excellent moyen de s'acheter une posture politique à peu de frais.

Exemple Volodimir Zelenski qui s'était fait élire comme ça sur la lutte contre la corruption et qui une fois devenu président a mis en place une législation anticorruption plus faible que celle qui existait avant. C'est peut-être aussi pour ça que la corruption semble avoir explosé en France sous les mandats d'Emmanuel Macron. Hormis au tout début de son mandat sous l'impulsion interdit de rire de François Bairou, pas grand-chose n'a été fait et les affaires se sont multipliées impliquant des députés, des ministres et même le président lui-même avec l'affaire Uber.

On rappelle que Macron a été corrompu par les lobbyistes du beurre pour influencer la politique française et inciter à la libéralisation du secteur du VTC pour favoriser l'entreprise états-unienne et légaliser ses pratiques qui n'étaient pas autorisées en France. C'est aussi dû au fait que le macronisme c'est un peu l'apogé pantouflage. Sous couvert de promouvoir la société civile, un grand nombre de personnes issues du privé et des milieux d'affaires ont obtenu des postes de ministres, des charges de députés.

Et ce mélange entre le privé et le public, entre l'afférisme et la politique qui existe déjà dans l'absolu, s'est encore plus concentré, pavant la voix a une multitude d'affaires de fraude, de conflit d'intérêt et de corruption au sens large. On en arrive au point où c'est presque plus facile de compter les candidats à la présidence de la République mis en cause dans des affaires de corruption que ceux qu'ils sont pas. Et ça implique aussi que si on voulait réellement mettre un terme à la corruption si tentait que ce soit possible, il faudrait pas seulement adapter les réglementations, il faudrait remettre à plat l'intégralité du système politique et aussi du système social.

C'est la fin de cet épisode de Cétait pas mieux avant et j'espère qu'il vous a plu. Si c'est le cas, vous pouvez vous abonner aux différentes chaînes du média mais aussi nous soutenir financièrement. La campagne Capsur Dica s'approche de sa fin et on est toujours à la recherche de 10000 donateurs et donatrices mensuelles afin de nous aider à continuer à vous informé en vue de la présidentielle de 2027 et au-delà.

À la prochaine. [musique]

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