Présidentielle 2027 : "S'il n'y a pas de primaire, moi, j'y vais", affirme François Ruffin
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Nous recevons donc le député de la Somme et candidat à l'élection présidentielle François Ruffin avec vos questions et réactions évidemment chers auditeurs au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour François Ruffin. Bonjour à vous. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Dans un moment où la gauche non-mélenchoniste étale ses divisions, vous êtes candidat à l'élection présidentielle avec ou sans primaire, on verra et on va en parler.
Et puis plutôt qu'un programme ou qu'un essai, c'est une bande dessinée que vous publiez, ça s'appelle Picardie Splendor aux éditions des Arènes, sous-titré Les Aventures de François Ruffin, député reporter. Quand on veut être président de la République comme vous, c'est pas banal de sortir une bande dessinée pour citer les grands auteurs François Ruffin qui imagine le général de Gaulle publier une BD pour défendre sa candidature. C'est même pas pour ça que je l'ai fait.
C'est d'abord parce que la politique, ça peut être quelque chose de sale, de lait, de décourageant et que moi, personnellement, j'ai besoin de mettre de la beauté, de l'humanité dans ma vie et j'espère dans les gens que je rencontre aussi. Et ce que je vois, c'est que les gens qui sont dedans, qui sont auxiliaires de vie, qui sont charistes, ils l'ont reçue comme une fierté et ils demandent pour faire une dédicace que la dédicace soit faite à leurs enfants ou à leurs petits-enfants parce qu'ils considèrent que ça va faire partie de leur héritage.
Donc voilà, moi c'est de la continuité de mon travail, de rendre visibles les invisibles et non pas ici de donner des leçons, mais de faire passer des émotions.
Mais François Ruffin, sur la singularité de ce choix de publier une bande dessinée, quand on dit qu'on veut être un président payé au SMIC, qu'on revendique le fait de ne jamais porter de cravate, est-ce que ça veut dire que vous considérez que les Français ne croient plus ou ne veulent plus d'un président qui correspond au canon de la Vème République ?
J'ai ma manière de faire, mais vous savez, vous l'aurez, le gros livre qui rassemble toutes les idées, qui fait le programme. Donc en fait, vous serez à la fin assez traditionnel. Vous l'aurez à la rentrée, vous inquiétez pas, vous aurez 500 pages à lire, M. Duhamel, à ce moment-là. J'étais très inquiet. Mais là, il s'agit de porter des récits, des bouts de vie, de montrer de l'empathie et pas de faire de la pédagogie. Mais évidemment, à travers ça, il y a quand même une vision de la France qui, par petites touches, se dégage.
À la fois, une vision de la France qu'on ne veut pas, celle du racisme et de Bardella, et une vision de la France qu'on veut, ou comme me le dit une dame à un spectacle de hip-hop, non, c'est pas la France qu'on veut, c'est la France qu'on a et qui ne nous enlèveront pas. Parce que ce qui affleure, en fait, ce qui a affleuré pour moi ces dernières années, c'est quand même un pays en tension, à bout de nerfs, parfois au bord de l'explosion. Et en se disant, bon voilà, la France est fracturée, mais on peut encore la réparer.
Alors, on va en parler parce qu'il y a beaucoup de scènes de cette bande dessinée qui résonnent avec l'actualité sur les questions du pouvoir d'achat, sur les questions d'immigration. Mais d'abord, on va faire un peu de politique, puisque vous êtes candidat à travers une primaire de la gauche que vous soutenez, primaire qui a du plomb dans l'aile, franchement, ces derniers jours, compte tenu de la crise au Parti Socialiste. Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux acter maintenant, tout de suite, qu'elle n'aura pas lieu, cette primaire ?
Moi, je souhaite la primaire pour des raisons à la fois de départage, il y a plein de talents à gauche, pour des raisons de débordement, je pense que ça doit se passer avec les Français par millions, et pour des raisons de démocratie, ça fait que dix ans qu'Emmanuel Macron s'est assis dessus, donc on redonne la voix aux gens. Maintenant, s'il n'y a pas de primaire, moi j'y vais. Ah bon, ben donc, alors, s'il y a une primaire et que vous n'êtes pas désigné, vous passez votre tour ? Je serai loyal et je soutiendrai le candidat qui sort de la primaire.
Maintenant, il y a aujourd'hui deux candidats à gauche, il y a Jean-Luc Mélenchon et il y a moi, il y a ma candidature, et j'invite les auditeurs, par ailleurs, à nous rejoindre.
Mais simplement, François Ruffin, on a compris que vous serez de toute façon candidat quoi qu'il arrive, mais sur l'analyse lucide de la situation, vous aviez hier, dans ce studio, à ce même micro, Boris Vallaud, le président des députés socialistes, qui dit, « Non, moi, je reposais à la primaire, qu'il lance une initiative, il veut des rencontres de la nouvelle gauche plurale. » Ah, je vois, vous n'avez pas l'air de vous convaincre, là, vous francez les sourcils.
Personne n'y comprend rien et tout le monde s'en fout. Et ce que j'éprouve, en voyant tout ça, c'est du dégoût. Vous savez, ce week-end... Ça suscite du dégoût chez vous, la même avec qui vous souhaitez travailler. C'est mal parti, quand même. Il n'y aura pas de négociation de salon, il n'y aura pas de congrès à ranger. Vous savez, ça suscite du dégoût parce que ce week-end, je reviens à ma vie. J'étais avec les salariés d'ID Logistics, sous-traitants de Amazon, 77 milliards de dollars de profit. Et eux sont payés 1 500 euros, alors qu'ils soulaient chaque jour, avec leurs bras, 10 tonnes, 10 000 kilos de colis, des croquettes pour chats, et ainsi de suite. Et ils sont payés 1 500 euros.
Et ce qu'ils me disent, c'est, on n'arrive pas à vivre, on saute des repas. La veille, j'étais avec les soignantes de l'EHPAD de Poitiers, qui est un groupe financier. Mais pareil, on saute des repas. Vous savez, il y a 10 ans, quand je sors, merci patron, il y a un couple de chômeurs à l'intérieur qui dit, tous les soirs, on ne mange pas, il y a des fois, c'est juste une tranche de chômage. Et à ce moment-là, dans les salles de cinéma, il y a un grand silence. Aujourd'hui, on est dans un pays où on s'habitue à ce que des travailleuses, des travailleurs qui tiennent le pays debout, sautent des repas. Voilà pourquoi vous aurez un bulletin Ruffin.
Ce que vous êtes en train de dire, c'est que les Français que vous rencontrez se fichent de savoir ce qui va se passer à gauche. Personne ne m'a parlé de Boris Vallaud, de Marine Tondelier ou de François Ruffin. Oui, mais donc raison de plus, peut-être pour acter le fait que cette primaire n'aura pas lieu. Mais je souhaite qu'elle ait lieu, parce que je pense que, vous savez... Il n'y a pas une autre façon de faire. Aujourd'hui, c'est 75% des électeurs insoumis, 75% des électeurs socialistes, 75% des électeurs de gauche qui disent, « On veut une investiture commune avec une prière. » Maintenant, que les choses soient claires, s'il n'y a pas de primaire, nous, on y va.
On a eu les 100 000 signatures en 15 jours, on a eu plusieurs milliers de personnes à Lyon. Maintenant, en route vers les 500 maires, il y a un élan populaire.
Encore un mot sur la politique, puisqu'on ne vous a toujours pas entendu, du moins dans une interview, sur la candidature désormais officielle de Jean-Luc Mélenchon, qui lui dit, par rapport à ce que les insoumis appellent la petite gauche, à la France insoumise, c'est carré. Il revendique de la même manière des parrainages citoyens. Qu'est-ce qui vous empêche de le soutenir, François Ruffin, aujourd'hui ?
Écoutez, il y a un désaccord moral, M. Duhamel. Un désaccord moral, mais sur quoi ? Vous m'avez entendu le dire depuis des années, donc je n'ai pas de difficulté à le répéter. Dans un temps où on a un pays qui est à bout de nerfs. Depuis quatre années, Jean-Luc Mélenchon a joué les incendiaires en versant de l'huile sur les plaies identitaires. Et je considère qu'il y a un choix qui est à faire aujourd'hui. Mais sur quoi, par exemple ?
Parce que les plaies identitaires, vous parlez de quoi, François Ruffin ?
Et M. Duhamel, tout ça est connu, on ne va pas s'enliser là-dedans. Alors on ne s'enlise pas là-dedans, c'est un point de vue, parce que ça c'est des questions d'ordre de fond,
c'est ce qui vous distingue de Jean-Luc Mélenchon aujourd'hui.
J'ai fait un premier livre qui s'appelle « Je vous écris du front de la Somme ». J'ai fait un deuxième livre qui s'appelle « Itinéraire » où vous pouvez plonger dedans, tout y est expliqué, pourquoi je veux la France, la France tout court, la France en entier, et pas la nouvelle France qui s'oppose à une ancienne France. Mais vous savez, moi je ne suis pas là pour être le candidat de la gauche non-mélenchoniste, je ne suis pas là pour être le candidat contre Jean-Luc Mélenchon, je suis là pour être le candidat qui vient parler aux Français, des Français, avec un verbe au cœur qui est le verbe « protéger ».
Vous savez, protéger notre industrie, protéger le pouvoir d'achat, protéger notre territoire, protéger la sécurité.
Juste d'un mot rapidement François Ruffin, l'argument qui est utilisé par vos camarades de gauche, c'est de dire « face au Rassemblement national, Jean-Luc Mélenchon est le plus mauvais des candidats ». Vous aviez eu cette expression « c'est un boulet ». Est-ce que c'est aussi l'analyse que vous faites ?
Oui, mais ça peut être le rêve de Bardella, de CNews et du Rassemblement national que d'avoir Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour. Mais là vraiment, ce n'est pas le sujet pour moi aujourd'hui, c'est quel projet on a apporté devant les Français. Et je vous ai dit le mot « protéger ». Pourquoi ? Parce qu'un fossé s'est ouvert depuis 40 ans entre les gens et les dirigeants. Pourquoi ? Parce que des dirigeants, c'est supposé protéger. Protéger le pays, protéger les gens. Et depuis 40 ans, vous avez des dirigeants qui ont fait le choix inverse, qui ont fait le choix de plonger les Français dans le vent mauvais de la mondialisation, des marchés, de la compétitivité.
Et en fin de compte, plutôt que d'assurer une tranquillité sociale aux gens, de finalement installer l'angoisse au cœur des gens. Alors François Ruffin, vous savez que le grand entretien est ouvert aux auditeurs de France Inter. On accueille justement Pierre de Nîmes. Bienvenue Pierre, vous avez une question stratégie à poser à François Ruffin.
Oui, bonjour. Écoutez, ma question, c'est simple. Est-ce que François Ruffin, son objectif prioritaire, principal, c'est bien d'empêcher l'extrême droite de gagner en 2027 ? Et si la réponse est oui, est-ce qu'il considère que sa stratégie est la bonne ? Et est-ce que je peux vous demander une faveur, Florence et Benjamin ?
Allez-y, oui.
C'est que cette question, je pense qu'elle se pose à tous les partis de gauche, à tous les représentants. Donc, est-ce que vous pouvez, parce que je ne vais pas pouvoir être là à chaque fois... On vous rappellera à chaque fois alors, Pierre. Est-ce que vous pouvez poser cette question à tous les candidats et tous les représentants des partis de gauche ?
D'accord, on essaiera. Alors, François Ruffin, réponse sur votre stratégie.
D'abord, je le répète, je souhaite une investiture commune, que ça soit déterminé, départagé par une primaire. Maintenant, si les apparatchiks de la politique, ils n'en veulent pas, eh bien, je dis, j'irai. Par ailleurs, dans mon coin, j'ai battu trois fois le Rassemblement National, dans une circonscription où, vous le savez, systématiquement, aux grandes élections, c'est Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui arrivent largement en tête. Enfin, moi, je suis là, oui, pour battre le Rassemblement National, mais je suis là aussi pour apporter du positif.
Les gens dont je vous parlais tout à l'heure, de l'idée logistique ou de l'EHPAD des feuillons à Poitiers, je veux qu'ils puissent vivre de leur travail, bien en vivre, pas en survivre, et même qu'ils aient droit à la joie. Monsieur Duhamel, qu'ils aient droit à la joie. Pas seulement qu'ils puissent avoir tout leur repas, mais que leurs enfants, c'est un enfant sur cinq qui, dans notre pays, grandit dans la pauvreté, qu'ils puissent partir en vacances, et qu'ils puissent partir en vacances avec leurs parents.
Rentrons dans le vif du sujet, François Ruffin, puisqu'il faut qu'on parle d'une des premières controverses de cette campagne présentielle sur le fond, que vous avez suscité, d'une certaine manière, en vous prononçant contre le recours à l'immigration de travail, ce qui a suscité une bronca à gauche. On vous accuse, comme Marine Tondelier, de, je cite, « convoquer les sujets de l'extrême droite », c'est son expression. Et là encore, ça résonne avec un certain nombre d'images, de dialogues qu'il peut y avoir dans votre bande dessinée.
Vous avez notamment un contrôleur de TER qui dit la phrase suivante, « C'est ce que je reproche à la gauche sur l'immigration, où la sécurité, elle se tait, elle fait comme s'il n'y avait pas de soucis. » Ça, c'est une vraie ligne de fracture. Marine Tondelier considère que l'immigration, c'est un sujet d'extrême droite. Et pas vous, vous voulez embrasser ce sujet. Pour moi, il n'y a pas de sujet tabou.
Vous savez combien de soignants manquent aujourd'hui en Afrique ? Il manque 5 millions de soignants. Une infirmière formée en Afrique coûte 40 000 euros à l'État qui l'a formée. Quand elle part, on considère que c'est une perte de 400 000 euros. Or, vous avez le MEDEF, le capital, Gabriel Attal, qui disent, « Ce qu'on doit faire, c'est aller chercher nos soignants dans les pays du Sud. » C'est-à-dire, c'est l'organisation d'un pillage. C'est le prolongement d'un pillage colonial. Eh bien, je considère...
Pardon, ce qui est dit par le MEDEF et Gabriel Attal, c'est de dire que l'économie a besoin d'immigration. Pourtant, on n'est pas qu'il faut aller, comme vous le dites, piller des infirmières pour...
Absolument pas, M. Duhamel. Absolument pas. À la fois Gabriel Attal et le MEDEF disent, « Il nous faut aller chercher une immigration qui répond aux besoins du marché. Et voilà pour quel secteur l'hôtellerie, la restauration, l'agriculture, mais aussi le soin. » Donc, il s'agit d'aller chercher des gens qui sont déjà formés plutôt que de former des gens qui sont ici. Or, ici, nous avons un immense gâchis de main-d'œuvre. Nous avons un gâchis d'abord sur les travailleurs étrangers à qui on ne permet pas pour beaucoup de travailler ici. Et donc, qu'on permette déjà aux gens qui sont sur notre territoire français de pouvoir travailler.
On a un gâchis de main-d'œuvre sur les jeunes qui entrent sur le marché du travail trois ans après parce qu'ils passent par des CDD, par de l'intérim. Nous avons un gâchis de main-d'œuvre de l'autre côté sur les seniors. Nous avons un gâchis... Mais pardon, François Ruffin. Vous pensez qu'on n'a pas besoin d'immigration malgré la pyramide des âges ? Je pense. À l'inverse des Espagnols, des Italiens. Vous pensez que la France peut tourner, que l'économie française, elle peut tourner sans l'immigration de travail ?
Je souhaite qu'il n'y ait pas d'immigration utilitariste, qu'on ne cherche pas à importer de la main-d'œuvre qui réponde à nos besoins du marché, mais qu'on maintienne une immigration humaniste qui considère que ce n'est pas de la main-d'œuvre, ce sont des personnes qu'on accueille. Et qu'on doit accueillir mieux que ça. Qu'on doit accueillir en mettant en place un apprentissage de la langue, qu'on doit accueillir en mettant en place du logement, l'école pour les enfants, de la formation et du travail.
Si vous permettez, pour essayer d'aller au-delà des slogans sur cette question de l'immigration de travail. Là, je suis bien au-delà des slogans. Justement, vous, président, très concrètement, il y a eu en 2025 plus de 50 000, un peu plus de 50 000 de titres de séjour délivrés au titre de l'immigration professionnelle. Est-ce que ça veut dire que si vous vous dites opposé à l'immigration de travail, est-ce que vous, président, vous dites ces visas-là, il n'y en a plus ?
Ces visas-là, pourquoi pas ? On voit bien que ce n'est pas mal. Mais ça veut dire que demain, je vous le redis, le plan du MEDEF, c'est ça.
Non, non, mais attendez, là, on ne parle pas du MEDEF ou Gabriel,
on parle de vous, président.
Il y a plus de 50 000 de visas au titre de l'immigration professionnelle qui sont délivrés. Est-ce que vous les enlevez ?
Je regarderai à l'intérieur de ça, mais a priori, je ne m'y opposerai pas. Bon, ben donc, vous n'êtes pas opposé à l'immigration de travail. Mais si, bien sûr, puisque là, il y a un plan. Mais vous le voyez se dérouler article après article. Le plan du MEDEF, c'est dire, d'ici 2050, il nous faut 5,4 millions de salariés étrangers. Voilà.
Mais en termes de politique publique, François Ruffin, comment se traduit le fait de ne pas vouloir d'immigration de travail ?
Je veux dire, c'est refuser la vision qu'a le MEDEF ou Gabriel Attal de dire, désormais, ce qu'on doit faire venir dans notre pays, ce sont des gens qui répondent... Je ne comprends toujours pas votre position. Tout le monde ne comprend sauf vous, donc ce n'est pas grave. Non, on est même grand, parce que les gens dont vous parlez, en fait, ils sont déjà là. Ils font déjà tourner un certain nombre de secteurs, l'hôtellerie, restauration, le soin, les services à la personne ne tourneraient pas sans ce travail... Tous ceux qui sont là, je les remercie, ils sont les bienvenus.
Je veux qu'ils aient des papiers, qu'ils puissent s'installer dans la durée, qu'à terme, ils aient la nationalité française et qu'ils se sentent pleinement français, pleinement intégrés, et il n'y a pas de souci avec ça. Donc ça veut bien dire qu'on a besoin de ces gens ? Ils sont là, et ils nous rendent service, et je les en remercie. Maintenant, la question est, est-ce que, face à la crise démographique qui est en cours, est-ce qu'on doit valider le choix du MEDEF, de Gabriel Attal et de tous les autres, de dire
ça, ça doit être congelé par 5,4 millions de... François Ruffin, il s'avère que ce matin, on n'a ni Patrick Martin, le patron du MEDEF, ni Gabriel Attal en face de nous. Encore un mot là-dessus, avant de parler d'un autre sujet. Vous avez dit sur BFMTV le 1er mai, je souhaite que tous ceux qui sont dans notre pays, qu'ils aient des papiers ou qu'ils n'aient pas de papiers, soient accueillis comme il faut. Est-ce que là, encore concrètement, ça veut dire que François Ruffin, président de la République, vous régularisez tous les sans-papiers en France ?
Tous les sans-papiers qui travaillent ? Tous les travailleurs sans-papiers ? Je souhaite que toutes les personnes qui sont dans notre pays puissent travailler, et qu'ils aient des papiers pour pouvoir le faire légalement, tranquillement, et pouvoir vivre de leur travail.
Et les sans-papiers qui ne travaillent pas, qu'est-ce que vous en faites ?
Je leur permets de travailler, déjà. Je souhaite qu'ils travaillent. Je souhaite qu'ils travaillent, parce que c'est comme ça qu'on s'intègre. Donc on est contre l'immigration de travail, mais on souhaite que tous les étrangers sans-papiers puissent travailler. Tous ceux qui sont sur le... Mais oui, vous pouvez faire l'amour, monsieur Duhamel, mais les gens me comprennent très bien. Tous ceux qui sont sur le territoire français doivent pouvoir travailler et avoir des papiers. En revanche, on ne doit pas avoir un plan d'importation de main-d'oeuvre en allant chercher ceux qui répondent aux besoins des marchés, les médecins, les infirmières, les... Alors, dans votre...
Mais vous savez, ce n'est pas au cœur. Alors, je n'ai pas de difficulté à aborder cette question-là. C'est loin d'être au cœur de mon projet. On va avancer un peu. Vous racontez aussi dans votre BD beaucoup d'échanges avec des Français qui souffrent au quotidien. Vous en avez parlé d'avoir un salaire trop bas avec des prix des carburants qui sont beaucoup trop élevés en ce moment. Face à la crise énergétique, le gouvernement mis sur des aides ciblées. On attend de nouvelles annonces dans les jours à venir. Est-ce que c'est ça dont ils ont besoin, les gens ?
Est-ce que c'est la bonne stratégie face à ce moment compliqué à la pompe à essence pour les gens qui travaillent et qui font énormément de kilomètres ? Sur l'énergie, comme sur plein de sujets, la question, c'est comment on régule le marché ? Et on a eu des solutions qui ont duré pendant les 30 glorieuses qui ont assuré à la fois notre stabilité et notre prospérité. Il y a eu quelque chose qui, jusqu'en 1986, s'est appelé le contrôle des prix et des marges. C'est-à-dire qu'à la fois sur l'essence, mais sur tout le reste aussi. Eh bien, il y avait un contrôle pour voir si les industriels se gavaient ou pas là-dessus. Et par ailleurs, donc ça c'est la première mesure, la deuxième chose...
Contrôle des marges, c'est déjà fait, non ? Non, non, non. Ce n'est pas parce qu'on envoie trois inspecteurs dans un coin que c'est un contrôle des prix et des marges. Moi, je veux un contrôle des prix et des marges qui soit installé dans la durée et d'ailleurs, pas seulement sur le prix de l'essence, mais sur tous les produits de première nécessité comme ça s'est fait pendant des décennies. Le deuxième point, c'est l'indexation des salaires sur l'inflation. Parce que là, le salaire réel pendant les années Macron, il a baissé depuis la crise Covid. C'est-à-dire que les gens... Donc l'indexation automatique du salaire sur l'inflation. Indexation et pas seulement du SMIC.
Alors moi, je veux le SMIC à 1700 euros. Je veux l'indexation des salaires sur l'inflation. Je veux statut, revenus, carrière, salaire, horaire pour les travailleurs et les travailleurs essentiels de notre pays.
Et maintenant, vous savez... Et dans ce cas-là, pardon François Réphard, mais le petit patron dans votre circonscription, dans la Somme, à qui vous allez dire si vous êtes élu président, on indexe les salaires sur l'inflation et on met le SMIC à 1700 euros net. Il va vous dire « Mais moi, je ne peux pas payer ».
Mais je voulais lui dire que d'abord, nous allons faire bifurquer les aides qui sont aujourd'hui gigantesques, des firmes vers les PME. Pourquoi ? Parce que les PME, elles touchent moins d'aides, elles payent plus d'impôts et elles créent de l'emploi. Pendant qu'on a des firmes qui, dans notre pays, payent moins d'impôts, touchent beaucoup plus d'aides et ces dix dernières années, ont supprimé plus de 300 000 emplois. Donc il y a une bifurcation de ces aides-là. Mais au-delà de ça, M. Duhamel, on est dans un pays où on a des salariés qui sont rationnés, qui se rationnent sur tout. Il n'y aura pas de resto, il n'y aura pas de McDo, il n'y aura pas de vacances. Tout ça, c'est l'évidence.
Mais même, je vous le dis, qui se rationnent parce qu'ils sautent le petit-déjeuner pour beaucoup. Voilà ce qu'on vit. Et de l'autre côté, vous avez une France d'en haut qui se gave. L'année dernière, c'est plus de 9,5% de dividendes. Pas seulement pour... Total. Un Total, c'est le baril de pétrole qui cache la forêt des produits.
Des grandes entreprises qui ont comme sous-traitants des petites PME, sans doute, y compris dans votre circonscription. Est-ce qu'on peut vraiment opposer de façon aussi binaire ce que vous appelez des firmes, c'est-à-dire des grandes entreprises et le tissu de petites et moyennes entreprises ? Oui, parce qu'on a même
des firmes qui sont assises sur les PME, qui les maltraitent en les sous-traitant. Et donc, du coup, on a des entreprises à deux vitesses avec certaines qui captent et comme des vampires qui sucent la part de valeur ajoutée et qui la distribuent aux actionnaires. Vous savez, quand on dit qu'il y a 100 milliards qui sont distribués aux actionnaires, à 96%, ça part pour le 1% des Français les plus riches. Donc, on a un gigantesque gavage qui se produit d'un côté et un rationnement de l'autre côté. Et bien, simplement, il faut que dans notre pays il y ait du partage, du partage, du partage. François Ruffin, vous, président, vous feriez fermer ces news.
C'est ce que vous avez dit la semaine dernière en meeting. Alors, expliquez-nous comment vous feriez d'une part et si, pour vous, être président, c'est avoir un droit de vie ou de mort sur une chaîne de télévision ? Il faut dire d'abord pourquoi. Parce que ces news, quand il y a un élu qui devient maire de Saint-Denis parce qu'il est noir, on a un défilé d'éditorialistes qui viennent le traiter de grands singes, rappeler le temps des tribus et ainsi de suite, parce que ces news a été 27 fois sanctionnée ou rappelée à l'ordre par l'ARCOM, mais parce que ces news a signé une convention. D'accord ? Il a signé une convention dans laquelle ces news s'engagent sur le pluralisme d'opinions.
Je le dis, nous toucherons à ces news, mais nous ne toucherons pas à Valeurs Actuelles. Pourquoi ? Parce que, dans le kiosque à journaux, le principe, c'est que les lecteurs ont le choix entre les échos et Libération, entre le Figaro et l'humanité pour se faire leur opinion. Ce n'est pas le cas dans les chaînes de télé. Normalement, il doit y avoir du pluralisme interne. François Ressard,
il y a des manquements caractérisés et vous avez raison, ils ont été documentés. Il y a d'ailleurs des saisines de l'autorité de régulation L'ARCOM, mais quand on dit nous présidents, puisque c'était un collectif, on fera fermer ces news, en réalité, vous ferez une saisine et vous verrez si l'autorité de régulation retire ou non à ces news sa fréquence.
Et si l'autorité de régulation qui aujourd'hui ne joue pas son rôle d'autorité et ne joue pas son rôle de régulation, il y aura à revoir cette autorité indépendante de régulation, mais il y aura à revoir son fonctionnement pour qu'il y ait une véritable régulation des médias aujourd'hui. Mais vous savez, c'est une nouveauté dans notre pays. D'habitude, on avait les élus du Rassemblement National qui proféraient leurs machins racistes contre les immigrés et ainsi de suite. Maintenant, ça s'est assis sur tout un continent médiatique, frontière, Valeurs Actuelles, Europe 1, CNews, l'Empire Bolloré et en vérité se donne à entendre un racisme venu d'en haut.
Comment on peut espérer dans ce temps-là que non pas il y ait un rassemblement national mais qu'il y ait autre chose qu'un déchirement national ? Un déchirement national selon les papiers, selon les origines, selon la religion, selon la couleur de peau.
C'est pas ça qu'on veut. Mais on regarde pas, François Riffin, on regarde pas CNews, on n'écoute pas Europe 1 dans votre circonscription ? C'est pas une raison
si CNews simplement ne répond pas à la convention qu'ils ont eux-mêmes signée. Et je pense que ça instille dans le cœur du pays un malaise très profond qui est celui de la zizanie. Moi, je viens pour l'inverse. Ma BD, elle est faite de l'inverse. Elle est faite de la volonté de réconcilier. Elle est faite de la volonté de réparer. Elle est faite de la volonté de parler à tous les Français et de faire qu'il n'y ait pas deux France. Deux France séparées mais qu'il y ait une seule France. Merci François Riffin d'avoir été au micro de France Inter ce matin. La revue de presse à suivre. Sous-titrage Société Radio-Canada
François Ruffin