Michel Barnier et le Brexit : "Il faut que les Britanniques disent ce qu'ils veulent"
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Questions et réponses
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- 0:53OuverteRéponse directe
Est-ce que vous partagez l'angoisse d'Emmanuel Macron sur le sort de l'Europe ?
- 2:46OuverteRéponse directe
Est-ce que ça n'est pas un serpent de mer, cette idée que oui, un jour, la défense européenne, peut-être oui, une armée européenne ?
- 3:04RelanceRéponse directe
Affaibli par la nouvelle politique étrangère américaine, l'Europe doit en substance prendre dans ce nouveau monde sa défense en main. Est-ce que ça n'est pas un serpent de mer ?
- 4:44OuverteRéponse directe
Venons-en au Brexit, Michel Barnier, l'UE a donc accordé un report flexible de trois mois au Royaume-Uni. Est-ce qu'on peut dire avec certitude qu'à cette date, le divorce entre le Royaume-Uni et l'UE sera consommé ?
- 6:52RelanceRéponse directe
Est-ce qu'on peut dire avec certitude qu'à cette date, le divorce entre le Royaume-Uni et l'UE sera consommé ?
- 8:21OuverteRéponse directe
Vous l'avez dit, des élections ont lieu le 12 décembre. Toutes les cartes sont sur la table et le Brexit pourrait ne pas avoir lieu, c'est bien ça ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« le risque est grand à terme que géopolitiquement nous disparaissions. Ou en tout cas que nous Européens donc ne soyons plus maîtres de notre destin. »
- 1:14InvitéChiffre
« Dans le G8 aujourd'hui, il y a quatre pays européens. L'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l'Italie. »
- 1:35InvitéFait
« Dans ce monde-là, tous les dix ans, il y a un des quatre pays européens qui disparaît de la table pour, en 2050, demain ou après-demain, n'avoir que l'Allemagne dans le G8. »
- 4:28InvitéChiffre
« C'est la première fois depuis 60 ans. »
- 7:26InvitéFait
« Nous ne sommes pas demandeurs de ce divorce. Nous n'avons jamais été demandeurs, nous le regrettons. »
- 7:35InvitéChiffre
« J'ai traité comme négociateur européen les conséquences de ce divorce dans un traité de 600 pages pour remettre de la sécurité juridique pour tous ceux et dans tous les secteurs où le divorce crée de l'incertitude, comme tout divorce. »
- 9:51InvitéFait
« Personne n'a été capable de me démontrer la moindre valeur ajoutée du Brexit. »
- 10:28InvitéFait
« Je vais coordonner sous l'autorité de la présidente de la commission et dans le cadre d'un mandat qui sera fixé par le conseil des chefs d'État et de gouvernement, avec le Parlement européen. »
- 11:39InvitéFait
« nous sommes ouverts à un accord de libre-échange, zéro tarif, zéro quota, comme nous l'avons fait avec le Canada ou le Japon, mais ce sera plus que ça, ce sera zéro tarif, zéro quota, zéro dumping. »
- 15:26InvitéChiffre
« Le plan Juncker, c'est 400 milliards. Le nouveau plan InvestEU sera près de 600 milliards. »
- 17:13InvitéFait
« Le Royaume-Uni n'est pas encore sorti de l'Union Européenne il veut en sortir selon le Premier Ministre et selon la volonté populaire le 31 janvier prochain et jusqu'à cette date il a sa place dans l'Union Européenne avec tous ses droits et toutes ses obligations. »
- 17:37InvitéFait
« une procédure d'infraction a été lancée contre lui ça c'est la règle et c'est le droit on ne peut pas échapper à ses responsabilités. »
- 19:55InvitéChiffre
« nous apportons une sécurité maximale à tous ses citoyens 4 millions de personnes y compris des couples mixtes où les droits de résidence et les droits sociaux pour ces gens pour leurs enfants leur famille et pour la durée de leur vie seront préservés. »
Temps de parole
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Il est 8h23.
France Inter. Nicolas Demorand. Le 7-9.
Et l'invité du grand entretien du 7-9 est aujourd'hui le négociateur en chef du Brexit pour l'Union Européenne. Vos questions dans une dizaine de minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Michel Barnier, bonjour. Bonjour Nicolas Demorand. Et merci d'être au micro d'Inter ce matin. On va évidemment parler du Brexit dans quelques instants. Mais un mot d'abord du contexte plus général de l'Europe. Dans une longue interview à The Economist, Emmanuel Macron en a appelé au réveil, à la prise de conscience des Européens. Je le cite, le risque est grand à terme que géopolitiquement nous disparaissions.
Ou en tout cas que nous Européens donc ne soyons plus maîtres de notre destin. Ces mots sont forts, ils sont même sombres. Est-ce que vous partagez l'angoisse, l'inquiétude au moins d'Emmanuel Macron sur le sort de l'Europe ?
Oui, je partage cet appel à l'action collective des Européens au réveil quand il le faut. Et puis un regard lucide sur le monde qui nous entoure et le monde qui nous attend. Quand vous regardez les chiffres des principales économies du monde, dans le G8 aujourd'hui, il y a quatre pays européens. L'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l'Italie. Et au rythme probable de l'évolution des uns et des autres, dans un monde où parfois on espère encore les Européens, mais plus personne ne nous attend, dans ce monde-là, tous les dix ans, il y a un des quatre pays européens qui disparaît de la table pour, en 2050, demain ou après-demain, n'avoir que l'Allemagne dans le G8.
Donc la question que pose Emmanuel Macron avec ces mots, c'est, est-ce qu'on veut être à la table ? Est-ce qu'on se résout à être spectateur ? Ou est-ce qu'on veut être acteur de notre propre destin ? Si on veut être acteur, être à la table où s'organise l'ordre ou le désordre du monde, on est conduit à être Européens, encore plus Européens, sans cesser d'être patriote. Moi, je dis depuis le début de mon engagement, derrière le général de Gaulle, que je suis passionnément patriote et en même temps passionnément Européen.
Mais donc, en tout cas, le Président de la République a raison de dramatiser ainsi les enjeux.
Le Président de la République est dans son rôle en donnant l'alerte, en tirant le signal d'alarme et en appelant les Européens à être plus unis. Et sur les grands sujets de ce qu'il appelle la souveraineté européenne et de ce que moi j'appelle la liberté des Européens, agir ensemble est une nécessité. Sinon, on est exclué, on devient sous-traitant ou sous-influence des Chinois et des Américains. Et je ne me suis pas engagé, en ce qui me concerne, en politique, pour être sous-traitant ou sous-influence.
Agir ensemble, c'est un vrai sujet. Il a par ailleurs décrit l'OTAN comme une organisation en état de mort cérébrale, ce qui veut dire mort tout court. Affaibli par la nouvelle politique étrangère américaine, défasé dans ses règles stratégiques, l'Europe doit en substance prendre dans ce nouveau monde sa défense en main. Est-ce que ça n'est pas un serpent de mer, cette idée que oui, un jour, la défense européenne, peut-être oui, un jour, une armée européenne ? C'est un mantra, non ?
On est au cœur d'ailleurs du débat qui oppose quelquefois les Européens. On parlera des Britanniques tout à l'heure, entre l'Europe conçue comme un projet strictement économique, une grande zone de libre-échange, ou l'Europe conçue comme un projet politique, ce qui est l'idée franco-allemande depuis le début. Et moi, je m'inscris dans cette idée que l'Europe doit être un acteur. Il faut lire cette interview dans sa totalité, ne pas s'arrêter à telle ou telle formule. Il y a clairement le besoin de réformer l'OTAN, et l'OTAN reste la pierre angulaire de notre défense territoriale européenne.
Nous devons la réformer, y mettre plus de coopération, tirer les leçons de ce qui se passe avec, par exemple, le retrait américain en Syrie ou l'intervention turque. Et en même temps, c'est comme ça que je lis l'interview du président de la République, agir pour une vraie défense européenne. Et là, objectivement, c'est un sujet dans lequel moi je suis engagé depuis très très longtemps, puisque j'ai été l'un des rédacteurs du traité de Lisbonne sur cette question de la défense, il y a des outils dans ce traité qui commencent à être utilisés. La clause de solidarité, la coopération structurée, l'agence de défense.
Et depuis quelques mois, maintenant, pour la première fois, un fonds européen de défense, le budget européen va être utilisé pour des sujets stratégiques. C'est la première fois depuis 60 ans. Donc, de vrais efforts. Et prenez le signal qui est fait par la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, c'est d'ailleurs le commissaire de nationalité française, Thierry Breton, qui va être chargé de cette question. Il va y avoir une direction générale de la défense pour la première fois à Bruxelles.
Mais un mot encore, et ce n'est pas un mot polémique, dès lors que l'OTAN est en état de mort cérébrale, il faut revoir un certain nombre d'options stratégiques. Emmanuel Macron décrit la Russie comme un partenaire stratégique avec lequel, et ça va être compliqué, il va falloir créer une relation. Réponse de Donald Tusk, la Russie n'est pas notre partenaire stratégique, mais notre problème stratégique. L'Europe puissance coloniale, ça part mal quand même.
Je ne vois pas ce que vous voulez dire par l'Europe puissance coloniale.
Oh pardon, collégiale, voulais-je dire, excusez-moi.
Non, parce qu'à prouver que je vous écoute, en tout cas, les mots sont importants. Oui, oui, excusez-moi. Il y a un problème avec la Russie, nous le voyons bien en Ukraine notamment, mais l'objectif c'est que cet état continent qui est la Russie, qui est là, à côté de nous, on voit bien son rôle, pas seulement en Europe, mais aussi au Proche-Orient, et dans le monde entier, doit être à terme un partenaire stratégique pour l'Union Européenne, et nous devons imaginer un partenariat avec elle, à condition que les règles du jeu soient respectées. Et tout cela ne m'empêche pas de dire que ce que ne feront pas les Européens pour eux-mêmes, personne ne viendra le faire à notre place, personne.
C'est ça la leçon du monde d'aujourd'hui. Donc l'appel au sursaut politique des Européens, l'appel à s'engager pour investir davantage, faire plus de politique ensemble, sur les grands sujets où se joue notre liberté, notre capacité d'être maître de notre propre destin. C'est le cas du numérique, c'est le cas évidemment du changement climatique qui est le principal défi, c'est le cas de notre sécurité. Voilà un certain nombre de sujets où nous devons agir ensemble, plutôt que chacun chez soi et chacun pour soi.
Thierry Breton est le bon homme à la bonne place, élu hier, sa candidature validée hier par le Parlement Européen.
Ma réponse est clairement oui. Je connais Thierry Breton depuis longtemps, je sais son engagement européen, et on a constaté hier la compétence et la vision qui est la sienne sur l'avenir industriel ou technologique de l'Europe, et je pense que c'est la bonne personne.
Venons-en au Brexit, Michel Barnier, l'UE a donc accordé un report flexible de trois mois au Royaume-Uni, date butoir, le 31 janvier 2020. Est-ce qu'on peut dire avec certitude qu'à cette date, le divorce entre le Royaume-Uni et l'UE sera consommé ? Ou il n'y a pas de certitude ?
Il y aura une certitude le jour où les électeurs britanniques, qui sont appelés à voter le 12 décembre, dans quelques semaines, auront choisi une majorité pour approuver l'accord sur le divorce que le Royaume-Uni lui-même a demandé. Nous ne sommes pas demandeurs de ce divorce. Nous n'avons jamais été demandeurs, nous le regrettons. Ce qui d'ailleurs me permet de dire, en passant, que moi j'ai traité comme négociateur européen les conséquences de ce divorce dans un traité de 600 pages pour remettre de la sécurité juridique pour tous ceux et dans tous les secteurs où le divorce crée de l'incertitude, comme tout divorce. Ce n'est pas la fin de l'histoire.
Le Brexit, ce n'est pas une destination, c'est une étape. Il faut tout reconstruire ensuite, et c'est une autre étape qu'il faut engager, à condition que le Parlement britannique et le Royaume-Uni assume le choix qu'il a fait de quitter l'Union européenne, et pas seulement l'Union européenne, de quitter le marché unique et de quitter l'union douanière. Ce qui a des conséquences innombrables, notamment pour, je le dis en passant, 4,5 millions de citoyens, 3,5 millions de citoyens européens qui vivent au Royaume-Uni, qui nous écoutent peut-être en ce moment, et 1,5 millions de citoyens britanniques qui vivent en Europe et pour lesquels nous avons, dans ce traité, trouvé des droits sécurisés.
Vous l'avez dit, des élections ont lieu le 12 décembre, et si je ne m'abuse, il y a bien trois hypothèses. Soit les conservateurs l'emportent et le Brexit semble se profiler avec certitude. Les travaillistes, eux, veulent continuer à négocier quitte à proposer le fruit de cette nouvelle négociation à référendum. Les libdèmes, eux, ne veulent plus du Brexit, donc toutes les cartes, en fait, moins une, les conservateurs, sont sur la table et le Brexit pourrait ne pas avoir lieu, c'est bien ça ?
Toutes les options que vous avez évoquées sont possibles, selon la volonté des citoyens britanniques. Simplement, il faut qu'on en sorte. Voilà maintenant trois ans, plus de trois ans que les Britanniques ont voté à une majorité pour sortir de l'Union Européenne. Nous avons pris acte de cette décision. Personne ne veut empêcher le Brexit en Europe. Nous prenons acte de cette décision, même si nous la regrettons. Nous l'avons mise en œuvre. Nous avons fait un traité pour un divorce ordonné qui ouvre la voie. Mais il peut ne pas avoir lieu. Ça dépendra de la volonté populaire. Il faut que les Britanniques disent ce qu'ils veulent. Et nous, nous avons fait notre travail.
L'Union Européenne a fait son travail. Elle l'a fait, je le dis en passant, sans agressivité, avec beaucoup de respect. J'ai beaucoup de respect pour ce grand pays. Et je garderai ce respect chevillé au corps dans les négociations futures. Mais il faut pouvoir débuter la reconstruction, le paradoxe de ce Brexit qui est une affaire négative. C'est loose-loose. Personne n'a été capable de me démontrer la moindre valeur ajoutée du Brexit. Et je le dis en passant à ceux qui avaient imaginé de faire sortir leur pays de l'Union Européenne. On voit bien dans le monde d'aujourd'hui, si on revient au premier point de notre dialogue, qu'il vaut mieux être ensemble que chacun chez soi.
Mais le plus important, c'est de pouvoir débuter la nouvelle négociation pour reconstruire.
Voilà, c'est elle qui est cruciale. Parce qu'il va falloir réécrire l'ensemble des règles qui ont été défaites par le Brexit. Donc, c'est les règles commerciales, fiscales, de coopération médicale, d'échange d'étudiants, j'en passe. La tâche est titanesse. C'est vous qui allez piloter ce nouveau chantier, Michel Barnier.
Oui, mais ce n'est pas un travail solitaire. Bien entendu, mais pilote... Je vais coordonner sous l'autorité de la présidente de la commission et dans le cadre d'un mandat qui sera fixé par le conseil des chefs d'État et de gouvernement, avec le Parlement européen. Je vais, comme je l'ai fait depuis trois ans, travailler dans ce cadre-là pour l'unité des Européens et pour reconstruire dans tous les domaines, vous n'avez pas parlé de coopération judiciaire et policière, de défense, dans tous les domaines, ce que nous aurons détricoté par la volonté des Britanniques.
Il y a un point qui est important pour tous ceux qui nous écoutent, c'est que ce pays n'est pas un pays tiers, comme on le dit, comme tous les autres. Il est là, à côté de nous, et il va y rester. Il est totalement lié à notre économie, parce que nous sommes dans le même marché depuis... avec les mêmes règles, les mêmes standards depuis 44 ans. Et donc, il faut faire attention à ce que la divergence réglementaire que les Britanniques veulent gagner, puisque l'objectif du Brexit est aussi de pouvoir faire de la divergence réglementaire, que cette divergence ne devienne pas un outil de dumping contre nous. Donc, j'ai dit... Il y a un risque. Il y a un risque.
Dumping social, fiscal, environnemental ?
Sur le droit des consommateurs, dumping fiscal, et dumping contre les droits des travailleurs ou l'environnement. Et donc, nous allons clairement dire, et nous disons aux Britanniques, que nous sommes ouverts à un accord de libre-échange, zéro tarif, zéro quota, comme nous l'avons fait avec le Canada ou le Japon, mais ce sera plus que ça, ce sera zéro tarif, zéro quota, zéro dumping.
Ce second accord devra être ratifié par les parlements des États membres de l'Union. C'est la procédure, elle est démocratique, mais quand on voit les difficultés d'un seul parlement, le Parlement britannique, à trancher la question du Brexit, est-ce que le mur le plus haut n'est pas là, au fond, devant nous ? Est-ce que vous imaginez un risque que cette phase de ratification devienne 27 débats de politique intérieure ?
Mais ce sera un débat dans les 27 parlements nationaux, et j'ajoute, Nicolas Demand, peut-être dans certains parlements régionaux, comme on l'a vu sur l'accord avec le Canada, avec le Parlement de la Wallonie. Et je suis très attentif à ça. C'est pour cette raison précisément que depuis deux ans et demi, chaque semaine, je visite une capitale, la semaine dernière à Lisbonne, cette semaine à Rome, la semaine prochaine, je serai à Zagreb, où je rencontre non seulement le Premier ministre du pays qui m'accueille, mais les syndicats, le patronat et le Parlement national. Cette semaine, j'ai été auditionné par le Parlement italien, la Chambre des députés à Rome, pour que personne ne soit surpris.
Comme d'ailleurs, avec cette méthode, personne n'a été surpris au Parlement européen. Nous avons fait, je dirais en anglais, du co-building, du traité. La co-construction. La co-construction. Mais il y a un risque. Il y a toujours un risque. C'est la démocratie qui existe de la transparence, de la confiance, du respect, de l'écoute, et puis des conditions qui seront acceptables par les parlements nationaux, notamment l'Assemblée nationale ou le Sénat en France. C'est-à-dire l'idée que nos échanges avec le Royaume-Uni doivent être fair, free and fair, libre et équilibré.
Est-ce que les... Et puis je vais donner la parole aux auditeurs de France Inter. Est-ce que les leçons du Brexit ont été tirées, Michel Barnier ?
Pas encore. Et pas toutes. Et c'est très important de se dire que il y a des conséquences du Brexit que nous gérons dans cet accord sur le divorce ordonné et sur l'avenir. Il y a aussi... Pourquoi 52% des Britanniques ont voté contre l'Europe ? Il y a sans doute des raisons britanniques à cela. Proprement liées aux aspirations, aux nostalgies, aux idées, aux ambitions de ce pays qui est un grand pays ami et partenaire. Il y a aussi des raisons qu'on trouve un peu partout. le sentiment d'exclusion, le sentiment d'être abandonné, des régions entièrement désindustrialisées.
Privées de services publics.
Des services publics éloignés. Et donc ce sentiment-là, que l'Europe ne protège pas assez des conséquences négatives de la mondialisation, cette idée-là, il faut y faire attention. Il ne faut pas confondre ce sentiment populaire avec le populisme. Le sentiment populaire que j'exprime là, moi je l'ai étudié, je l'ai rencontré, je l'ai écouté aussi dans beaucoup de régions d'autres pays européens, le nôtre, la France, mais aussi la Belgique et dans d'autres pays. Ce sentiment populaire, il est profond. Il faut y répondre. Il y a des réponses au niveau local, avec les circuits courts en matière agricole, les services publics au niveau régional, les services médicaux.
Il y a des réponses au niveau national. Personne ne nous oblige à abandonner notre politique industrielle, comme nous l'avons en partie abandonné en France ou au Royaume-Uni au profit des services. Et puis, il y a des réponses européennes. Et le président de la République, que vous citiez tout à l'heure, a raison d'appeler à plus d'investissements. Nous devons emprunter ensemble pour investir ensemble dans l'avenir.
Quitte à mettre, entre parenthèses, la règle des reins des 3% de déficit.
Mais on a respecté les 3% avec les flexibilités qui existent dans le traité sur ce... Débat d'un autre âge, a-t-il dit. ...que j'appelle le règlement de copropriété de l'euro. Il y a maintenant de nouvelles possibilités parce que les taux d'intérêt sont très bas. On peut investir ensemble. Le plan Juncker, c'est 400 milliards. Le nouveau plan InvestEU sera près de 600 milliards. Ce n'est pas rien. Et c'est la preuve qu'on peut investir tout en respectant des règles dont l'euro a besoin.
Donc, ce n'est pas un débat d'un autre âge, les 3%.
Encore une fois, méfions-nous des formules. Le président public appelle à investir ensemble pour être à la hauteur de ce que font les Chinois ou les Américains.
Changez le paradigme. Arrêtez d'avoir le fétichisme des 3% et regardez l'investissement. C'est ce qu'il dit.
Non, mais on peut aussi, avec les flexibilités, respecter. Tout le monde a intérêt à avoir un règlement de copropriété de l'euro. Regardez ce qui s'est passé avec la Grèce où l'euro a failli exploser. On a intérêt à respecter le règlement de copropriété et en même temps à investir ensemble comme c'est possible aujourd'hui.
Allez, on va donner la parole aux auditeurs de France Inter. Ils sont très nombreux pour dialoguer avec vous. Michel Barnier, commençons avec Jeanne. Bonjour et bienvenue.
Bonjour monsieur. Bonjour monsieur Barnier. Je voulais demander à monsieur Barnier que par ailleurs j'ai connu lorsque j'étais en poste au Luxembourg pourquoi madame von der Leyen a-t-elle mis en oeuvre une procédure d'infraction à l'encontre du Royaume-Uni pour défaut de désignation d'un commissaire européen alors que la nouvelle commission devait être officialisée au 1er décembre et que par ailleurs ceci semble en porte-à-faux par rapport aux élections qui vont intervenir au Royaume-Uni le 12 novembre je dirais techniquement à l'attention de monsieur Barnier que l'article 17 du traité ne dit pas grand chose ou sinon rien du tout à ce sujet sinon que le mandat de la commission est de 5 ans.
Merci monsieur.
Merci madame. La question est très pointue et précise Michel Barnier vous répond.
Nous sommes obligés de nous référer aux traités et aux droits dans cette affaire.
Le Royaume-Uni n'est pas encore sorti de l'Union Européenne il veut en sortir selon le Premier Ministre et selon la volonté populaire le 31 janvier prochain et jusqu'à cette date il a sa place dans l'Union Européenne avec tous ses droits et toutes ses obligations et parmi ses obligations il y a celle au moment où se met en place une nouvelle commission de désigner un commissaire et il nous a dit qu'il ne veut pas le faire donc une procédure d'infraction a été lancée contre lui ça c'est la règle et c'est le droit on ne peut pas échapper à ses responsabilités il est dans l'Union jusqu'au bout jusqu'au moment où il sortira le divorce sera consommé avec tous ses droits et toutes ses obligations.
Maël est au standard bienvenue.
Bonjour et bonjour monsieur Barnier bonjour à la matinale
bonjour
monsieur Barnier que pensez-vous de l'influence de Cambridge Analytica dans les décisions de vote des Britanniques concernant le Brexit ?
Merci pour cette question manipulation des données
Oui j'ai vu évidemment et suivi toutes les enquêtes qui ont été faites sur les influences extérieures et parfois intérieures dans le débat mais dans ma position de négociateur je demande simplement à ceux qui nous écoutent de comprendre que je ne veux pas et que je ne peux pas intervenir dans le débat politique interne du Royaume-Uni c'était notre force de respecter ce débat nous en savons les conditions nous avons vu toutes ces influences il y a des leçons à tirer une des leçons que j'ai dites d'ailleurs publiquement à monsieur Farage dans un débat au Parlement européen c'est qu'il faut dire la vérité aux citoyens ce qui n'a pas été tout à fait le cas pendant la campagne du référendum les citoyens les peuples sont intelligents et on doit leur dire la vérité y compris quand il s'agit de questions historiques ou extrêmement graves comme celle de savoir si on quitte ou pas l'Union Européenne on doit mener ces débats en disant la vérité
une question très concrète et pratique de Ben hello vous dit-il j'habite à York en Angleterre depuis deux ans je vis en couple avec une Anglaise et nous avons deux chats que va-t-il changer que va-t-il changer oui qu'est-ce qu'il va changer pardon pour nous qu'est-ce qui va changer pour nous à la fin de l'année prochaine
et pour les chats peut-être aussi aussi oui non parce que j'ai dit à propos des chats que Ben peut emmener avec lui quand il traverse le channel que nous avons un permis de circulation pour les animaux domestiques et c'est un des problèmes ça s'est sauvegardé oui mais ce qui est surtout sauvegardé c'est les droits de cette famille qui ont été acquis ou qui seront acquis comme c'est son cas pour Ben jusqu'à la fin de l'année 2020 dans le traité que nous avons signé avec monsieur Johnson et qui doit être maintenant ratifié pour être opérationnel nous apportons une sécurité maximale à tous ses citoyens 4 millions de personnes y compris des couples mixtes où les droits de résidence et les droits sociaux pour ces gens pour leurs enfants leur famille et pour la durée de leur vie seront préservés après je le dis à nos auditeurs c'est autre chose une fois que le royaume-unier est sorti nous aurons affaire à une politique d'immigration différente et la liberté de circulation qui est une des pierres angulaires du marché unique et de l'Europe sera supprimée
quelques questions sur vous Michel Barnier pour finir beaucoup de nos invités de Manon Aubry à Jean-Louis Bourlange c'est dire que le spectre politique était large on dit au micro de France Inter assis à votre place que Michel Barnier aurait fait un très bon commissaire européen après l'épisode Sylvie Goulard est-ce qu'on vous l'a proposé ce poste ?
je ne vais pas faire de commentaire sur cette question le choix du commissaire européen je l'ai été à deux reprises donc je n'ai pas de fébrilité très franchement à partir au président de la République c'est son choix il l'a fait en choisissant Thierry Breton je pense que c'est un bon choix
mais on vous l'a proposé ça vous ne voulez pas le dire
je ne vais pas faire de commentaire sur cette question
la politique française vous manque-t-elle ?
ce qui me manque c'est le contact avec les gens comme je l'ai eu pendant 20 ans en étant président du département de la Savoie ou député j'ai besoin on ne peut pas faire de politique si on n'aime pas les gens et donc on a besoin de les rencontrer parfois de se faire engueuler de discuter donc j'essaie de multiplier ces occasions-là y compris en France par des conférences et sur le terrain aussi dans d'autres régions d'Europe parce que le Brexit ce n'est pas seulement une question de diplomatie de négociation technique ou juridique ça concerne les gens ça concerne les pêcheurs je suis allé sur un bateau au Danemark pour discuter avec les pêcheurs qui pêchent la moitié de leur prise dans les eaux territoriales britanniques ça concerne les citoyens comme Ben qui nous a interrogé tout à l'heure donc oui ça ça me manque un peu et donc j'essaie de retrouver ce contact avec les gens
et depuis là où vous êtes quand vous voyez l'hôpital les retraites les étudiants la police donc un climat social assez lourd en France Michel Barnier est-ce que cela vous inquiète ?
Oui je suis préoccupé de l'état de tension d'agressivité de polémique dans ce pays je trouve qu'on devrait retrouver une certaine culture du débat public dans ce pays c'est-à-dire du respect des autres de l'écoute des autres donc voilà je pense que le gouvernement a des raisons de vouloir réformer ce pays d'ailleurs il a été élu pour cela on sait que c'est difficile de réformer ce pays ça exige beaucoup de respect beaucoup de dialogue voilà ce que je peux dire de ce pays je suis préoccupé de la tension de ce pays en même temps il faut avancer
Patrick ce sera la dernière question vous propose et nous propose de remplacer le couple franco-allemand à bout de souffle par un trio qui inclurait l'Italie est-ce une bonne idée ?
Il y a l'Italie il y a l'Espagne il y a la Pologne chaque pays a sa place il est affaibli ce que je sais moi de ma propre histoire européenne et de patriote et d'européen c'est que dans cette communauté européenne qui n'est pas un état fédéral nous voulons faire une communauté où on mutualise nos destins sans les fusionner en respectant les identités nationales chaque pays le plus grand comme le plus petit a une valeur ajoutée j'ai souvent pensé que la coopération franco-allemande dont notre auditeur parle elle est de plus en plus nécessaire de moins en moins suffisante il faut faire attention à chacun des autres pays européens en même temps on a besoin d'une parole franco-allemande et donc d'un travail entre ces deux pays
Michel Barnier merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin je rappelle que vous êtes le négociateur en chef du Brexit pour l'Union Européenne et que vous allez vous n'avez pas aimé le mot mais piloter la phase qui arrive devant nous celle où il va falloir réécrire la séparation de biens en quelque sorte merci encore le carrefour du 7-9 à suivre merci d'avoir regardé cette vidéo !
merci d'avoir regardé cette vidéo ! merci d'avoir regardé cette vidéo !
Michel Barnier