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Podcast / conversationFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 19 novembre 2022 43 minContradictoireMixteInstitutions & électionsCulture, médias & sportEurope & internationalSolidarités & famille

F. Riester : "L'opposition ne vote pas un budget car ça donnerait le sentiment d'appartenir à la majorité"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 15 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:49OuverteRéponse directe

    Pouvez-vous nous donner le sens de votre mission de ministre des relations avec le Parlement ?

  • 5:00FerméeRéponse directe

    Peut-on vous définir comme un lobbyiste ?

  • 6:44OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il ne fallait pas obligatoirement un ministre chargé des relations avec le Parlement, qui soit un ancien LR et au profil de médiateur ?

  • 8:21OuverteRéponse directe

    Comment analysez-vous le climat politique actuel à l'Assemblée ?

  • 10:10OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette image de tensions à l'Assemblée doit s'habituer comme la nouvelle norme ?

  • 10:47OuverteRéponse directe

    Que pensez-vous des décisions du bureau sur la tenue vestimentaire des députés ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:00Invité politiqueFait
    « Le sens premier de cette mission, c'est de travailler avec l'Assemblée nationale, avec le Sénat, à l'ordre du jour du Sénat et de l'Assemblée nationale. »
  • 4:12Invité politiqueFait
    « Voir comment les textes de loi qui viennent en discussion à l'Assemblée nationale trouvent leur place dans un agenda très contraint entre le temps réservé à l'Assemblée et au Sénat, le temps réservé au contrôle, le temps réservé aux questions au gouvernement, le temps réservé pour les niches parlementaires de chaque groupe parlementaire pour leur permettre de défendre des propositions de loi d'origine parlementaire et le temps réservé au gouvernement pour présenter ses projets de loi. »
  • 4:46Invité politiqueFait
    « Aujourd'hui, je dirais que ce rôle est évolué avec cette majorité relative qui est d'essayer de trouver des majorités en lien avec les ministres qui portent des projets-lois, trouver des majorités pour faire voter les textes. »
  • 5:24Invité politiqueFait
    « J'essaye aussi de veiller à ce que les parlementaires et le sentiment d'ailleurs de la majorité ou de l'opposition que le gouvernement les respecte, que le gouvernement et les administrations de l'État répondent à leurs sollicitations, les préviennent quand ils vont sur le terrain, puissent répondre à leurs questions écrites quand ils en posent. »
  • 8:56Invité politiqueFait
    « Ce qui change un petit peu avec cette mandature, c'est qu'il y a deux groupes radicaux, deux groupes, l'un d'extrême droite, l'autre d'une gauche radicale, France insoumise, qui sont nombreux dans l'hémicycle et qui font entendre très fortement leur voix. »
  • 9:19Invité politiqueFait
    « Se rajoute à cette situation une majorité relative et avec la nécessité, parfois, sur des textes, d'utiliser des outils qui sont réputés comme étant des outils un peu durs, comme le 49-3. »
  • 9:38Invité politiqueFait
    « On oublie trop, justement, avec cette image véhiculée par cet hémicycle-là, que finalement, les choses avancent et que les textes sont votés. »
  • 9:57Invité politiqueFait
    « Les textes que nous avons présentés à l'ordre du jour du Parlement ont été votés, sont en cours de vote. C'est vrai pour la loi EUNER, vous savez, pour faciliter la construction d'équipements produisant des énergies renouvelables, où il y a eu un accord très large au Sénat et on espère qu'à l'Assemblée, on trouvera la même chose. »
  • 10:19Invité politiqueFait
    « Non, je ne crois pas. Je crois qu'on peut défendre ses convictions et le faire en respectant ses adversaires. »
  • 10:47Invité politiqueFait
    « Je crois que les décisions qui ont été prises en bureau sont une bonne décision par rapport à la tenue vestimentaire. On représente le peuple, on se doit une forme de dignité aussi dans la représentation du député. »
  • 11:03Invité politiqueFait
    « La décision du bureau d'obliger les hommes à porter une veste et les conseillers à porter aussi une cravate, et je crois de bonnes politiques. »
  • 14:16Invité politiqueFait
    « Et on sait bien que les oppositions, par tradition, ne votent pas un budget, parce que ça donnerait le sentiment qu'ils appartiennent à la majorité. C'est un peu un marqueur d'appartenance à la majorité. »
  • 14:38Invité politiqueFait
    « Et donc, il nous fallait bien conclure ces discussions par l'utilisation d'un outil qui est dans la Constitution et qui est l'outil 49.3. »
  • 17:18Invité politiqueChiffre
    « 110 milliards qui ont été votés entre 2021, 2022 et 2023, ne serait-ce que pour protéger nos compatriotes par rapport à la crise énergétique, par rapport au carburant, par rapport à l'électricité au gaz, par rapport à l'utilisation de bois ou de fioul pour les protéger face à l'inflation. »
  • 25:20Invité politiqueFait
    « j'ai un avis qui est celui d'ouvrir le mariage au couple de même sexe parce que je crois que c'est une question d'égalité entre citoyens »
  • 28:08Invité politiqueFait
    « ce que j'ai fait d'ailleurs, on était deux de ma famille politique à le faire, Benoît Aperu et moi »
  • 30:43Invité politiqueFait
    « c'est les propos absolument ignobles que certains ont eus pendant ce débat-là et ça c'est inacceptable »
  • 33:50Invité politiqueChiffre
    « j'ai fait voter en première lecture à l'Assemblée nationale au printemps 2020, en mars 2020 »
  • 35:10Invité politiqueFait
    « veiller à ce que la politique commerciale européenne soit beaucoup moins naïve »
  • 38:28Invité politiqueFait
    « nous avions voté la loi audiovisuelle qui créait un groupe public »
  • 39:51Invité politiquePromesse
    « il n'y aurait pas de suppression de la redevance d'ici à la fin du mandat qui était le quinquennat précédent »
  • 40:07Invité politiqueFait
    « supprimer un impôt qui était un impôt injuste, qui coûtait cher à collecter pour maintenir les financements et le faire d'une façon qui permette de garantir l'indépendance du visuel public »

Temps de parole

  • Franck Riester62 %
  • Invité35 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Un podcast France Culture.

0:36
Invité

Je me rassure, chasse les méchants et fait venir les jolis rêves. Alors chacun ses petites perversions. Moi ce qui faisait office de nainin, c'était une télécommande. Mais seulement le mercredi après-midi. Il faut reconnaître que j'étais un brin sensible comme gamin. Et que les dessins animés à la télé chez Dorothée étaient bien trop violents pour moi. Que Tom Sawyer puisse croiser Joe l'Indien me terrifiait. Que Rémy, en plus d'être sans famille, père de l'un de ses chiens, me plongeait dans un état dépressif. Et qu'Aidi, cette pauvre Aidi, soit condamnée à dormir dans un lit en bois, sur de la paille, en pleine montagne.

Avec pour seul compagnon un octogénaire bourru et blanchette la biquette me glaçait d'effroi. Alors vite j'empoignais mon doudou, la télécommande et j'appuyais sur la touche 3. Ah, FR3. Le calme, la paix, l'élégance voluptueuse et surannée d'un monsieur ou d'une dame qui dialogue avec une dame ou un monsieur. Dans le boudoir feutré au velours pourpre de l'Assemblée Nationale. C'était à l'étage de l'hémicycle, au balcon, des propos ésotériques pour l'enfant que je fus, propos sur le groupe parlementaire d'amitié France-Haute-Volta ou sur la privatisation de Saint-Gobain.

Ces deux élégantes personnes chuchotaient en direct pour ne pas perturber la sieste de Raymond Barre qui, souriant comme sourirait un enfant malade, fait un somme. Bercé par la psalmodie aussi rassurante qu'hypnotique d'un Jean Poprenne ou d'un Ladislas Pognatovski à la tribune à propos du serpent monétaire, sous l'œil mi-clos d'un président Chaban Delmas sur son perchoir assoupi. Il ne pouvait rien se passer. J'étais bien, tranquille, apaisé, grâce à mon doudou du mercredi 15h FR3. Heureusement que je n'ai plus besoin de doudou et que mes enfants n'ont plus l'âge de passer le mercredi après-midi devant la télé.

D'ailleurs, FR3 ne s'y est pas trompé et a préféré arrêter de retransmettre les questions au gouvernement plutôt que de traumatiser toute une génération d'enfants innocents. Maintenant, c'est une chaîne spécialisée qui s'en charge, une chaîne à l'acronyme obscur, comme pour réserver aux initiés de plus de 18 ans la violence des scènes assénées à leurs oreilles et leurs yeux avertis. Mais il faudrait exiger un contrôle parental sur LCP. Ça hurle, ça insulte, psychodrame permanent à mi-chemin entre théâtre de boulevard et tragédie grecque. Une députée veut emmener des gilets jaunes à l'Assemblée. La veste, obligatoire, mais la cravate conseillée.

Après l'écriture inclusive, masculin et féminin, un député vigneron invente l'écriture expulsive, singulier et pluriel. Une sorte d'immunité parlementaire de la parole, l'écriture expulsive. C'est très malin. Des censures à tir larigot, voteront, voteront pas. Une dramaturgie insupportable. Des menaces de dissolution, cité passage, des commissions d'enquête, cité fâchée avec Hanouna, c'est d'une violence. Au fond, on saisit crûment que le monde a changé ou que l'on a vieilli, ou les deux, lorsqu'on se surprend à envier Heidi. Tout en haut de sa montagne, en zone blanche, sans wifi, sans buzz, sans clash, à part les serpents monétaires avec Biquette. Bonjour Franck Riester. Bonjour.

Vous êtes le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et président du parti Agir. Soyez le bienvenu dans le sens politique. Merci beaucoup. Alors, avant de peut-être vous assurer de notre sincère compassion, parce que, comme je le suggérais à l'instant, on a connu des périodes moins tapageuses à l'Assemblée, on verra ce que vous ressentez et pressentez pour la suite de la législature. Avant donc tout cela, Franck Riester, pouvez-vous nous donner le sens de cette fonction ? Ministre des relations avec le Parlement, on voit ce qu'est un ministre, on voit à quoi travaille un parlementaire. Quel est le sens de votre mission ?

4:00
Franck Riester

Alors, le sens premier de cette mission, c'est de travailler avec l'Assemblée nationale, avec le Sénat, à l'ordre du jour du Sénat et de l'Assemblée nationale. Voir comment les textes de loi qui viennent en discussion à l'Assemblée nationale trouvent leur place dans un agenda très contraint entre le temps réservé à l'Assemblée et au Sénat, le temps réservé au contrôle, le temps réservé aux questions au gouvernement, le temps réservé pour les niches parlementaires de chaque groupe parlementaire pour leur permettre de défendre des propositions de loi d'origine parlementaire et le temps réservé au gouvernement pour présenter ses projets de loi.

Et c'est d'abord cette articulation très complexe qui est le cœur de mon rôle. Aujourd'hui, je dirais que ce rôle est évolué avec cette majorité relative qui est d'essayer de trouver des majorités en lien avec les ministres qui portent des projets-lois, trouver des majorités pour faire voter les textes.

5:00
Invité

Alors, vraiment, Franck Rester, en se délestant de la connotation éventuellement péjorative du mot, est-ce qu'on peut vous définir comme un lobbyiste ? C'est-à-dire qu'en coulisses, hors séance, vous allez faire de la pédagogie auprès des parlementaires sur l'action du gouvernement et tenter de les convaincre de vous soutenir au moment du vote. Et en premier lieu, évidemment, on imagine les parlementaires de l'opposition.

5:19
Franck Riester

Oui, alors lobby, je ne sais pas, mais en tout cas, j'essaye de faire de la pédagogie. J'essaye aussi de veiller à ce que les parlementaires et le sentiment d'ailleurs de la majorité ou de l'opposition que le gouvernement les respecte, que le gouvernement et les administrations de l'État répondent à leurs sollicitations, les préviennent quand ils vont sur le terrain, puissent répondre à leurs questions écrites quand ils en posent. Et parfois, on sait que la logistique administrative est parfois un peu longue.

Donc il y a tout ce travail, effectivement, pour veiller à ce que l'image et la façon dont le gouvernement est perçu par les députés et les sénateurs est la meilleure possible pour faciliter les travaux. Et pour faciliter, effectivement, des députés de l'opposition à, à un moment donné, voter des textes que nous présentons à l'Assemblée nationale ou au Sénat.

Et c'est ce travail, effectivement, de pédagogie, ce travail d'accompagnement des députés et des sénateurs, mais aussi de mes collègues ministres, qui est un travail de l'ombre, qui est un travail, pas un travail caché, c'est-à-dire que, notamment, les négociations, et c'est en transparence, on communique sur ce que sont les accords que l'on peut avoir avec tel ou tel groupe pour pouvoir avoir leur soutien ou leur abstention. Mais c'est vrai que, je dirais que quand tout va bien, quand les textes sont votés, moi, ça me va bien. Je ne recherche pas le clash, je ne recherche pas le problème. J'essaye de les régler, au contraire.

6:44
Invité

Puisque vous avez assez peu de chances, a priori, de récupérer les voix des députés NUP et Rassemblement national, est-ce qu'il ne fallait pas obligatoirement un ministre chargé des relations avec le Parlement, qui soit un ancien LR, et au profil de médiateur, plutôt qu'à la réputation de flingueur ?

7:00
Franck Riester

Oui, je pense que cette deuxième partie est importante. Je crois que, quand on est ministre en charge des relations avec le Parlement, on doit veiller à respecter, bien sûr, tous les députés et les sénateurs, parce que c'est respecter leurs électeurs et c'est respecter la démocratie. Mais c'est aussi veiller à ce qu'il y ait le moins de tensions possibles, ce qui ne m'empêche pas de dire des choses avec beaucoup de fermeté ou de dénoncer des pratiques, parfois. Mais c'est vrai que j'essaye, malgré tout, d'être plutôt conciliateur et médiateur.

C'est plutôt, je dirais, l'expérience qui est la mienne du Parlement, qui a été recherchée, je pense, par le Président de la République et la Première Ministre. J'ai été député, enfin, je suis député depuis 2007. 15 ans. Oui, 15 ans. Vous connaissez les lieux et les codes depuis 15 ans. Oui, j'étais à l'époque le plus jeune de la majorité de l'époque, dont la majorité derrière Nicolas Sarkozy. J'étais le troisième plus jeune de l'Assemblée Nationale, donc député de la majorité. J'ai été député de l'opposition, ensuite, de 2012 à 2017. Puis Président de groupe, à partir de 2017. J'ai été ministre, j'ai été rapporteur de textes.

Donc j'ai une vision assez, je veux dire, 360, globale, de ce qu'est à la fois le rôle du parlementaire, mais aussi le rôle de ministre. Et donc, quand je parle à un Président de groupe, quand je parle à un ministre, quand je parle à un député de la majorité de l'opposition, je sais ce qu'il peut ressentir et je sais à quoi il est attentif et en quoi je peux l'aider éventuellement à ce que son travail puisse avancer de la meilleure façon possible.

8:21
Invité

Sur cette expérience, Franck Riester, 15 ans, on l'a dit, ce n'est pas au ministre que je pose la question, mais bien à l'homme politique d'expérience, comment vous analysez ce qui se passe, ce dit, ce cri depuis un semestre sur les bancs de l'Assemblée, la forme et le fond de ce qu'on appellera un climat ?

8:36
Franck Riester

Oui, alors d'abord, il faut regarder l'histoire. Il y a eu des moments dans l'histoire où, clairement, il y avait des tensions très fortes au sein de l'hémicycle. Ce n'est pas pour rien qu'on dit que l'hémicycle, c'est le cœur battant de la démocratie. C'est un endroit où les tensions politiques, les différences politiques doivent s'affirmer. Ce qui change un petit peu avec cette mandature, c'est qu'il y a deux groupes radicaux, deux groupes, l'un d'extrême droite, l'autre d'une gauche radicale, France insoumise, qui sont nombreux dans l'hémicycle et qui font entendre très fortement leur voix. Et vous l'avez décrit tout à l'heure.

Se rajoute à cette situation une majorité relative et avec la nécessité, parfois, sur des textes, d'utiliser des outils qui sont réputés comme étant des outils un peu durs, comme le 49-3. Et donc, ce mélange donne le sentiment, effectivement, qu'il y a des tensions plus exacerbées que d'habitude, ce qui est en partie vrai, mais on oublie trop, justement, avec cette image véhiculée par cet hémicycle-là, que finalement, les choses avancent et que les textes sont votés. Les textes que nous avons présentés à l'ordre du jour du Parlement ont été votés, sont en cours de vote.

C'est vrai pour la loi EUNER, vous savez, pour faciliter la construction d'équipements produisant des énergies renouvelables, où il y a eu un accord très large au Sénat et on espère qu'à l'Assemblée, on trouvera la même chose. Et donc, vous voyez que, alors qu'il y a beaucoup de bruit, alors que l'image que vous avez décrite est celle que perçoivent les Français, en fait, la réalité, c'est que les choses avancent et que les textes que nous mettons à l'ordre du jour sont votés au service des Français.

10:10
Invité

Mais est-ce que cette image, Franck Riester, on doit s'y habituer parce que c'est la nouvelle norme, tout simplement ?

10:19
Franck Riester

Non, je ne crois pas. Je crois qu'on peut défendre ses convictions et le faire en respectant ses adversaires. Je crois que ceux qui se livrent à ce désordre permanent ne font pas grandir la démocratie, même si, encore une fois, je vous dis, dans le passé, il y a eu ces moments-là. Et je pense que ça leur nuit. Ça nuit à leur image, je le pense sincèrement. Donc, à la rigueur, c'est leur problème, puisque ce ne sont pas les députés de ma famille politique. Mais c'est l'image de l'Assemblée. Mais globalement, c'est l'image de l'Assemblée. Vous avez raison. Je crois que les décisions qui ont été prises en bureau sont une bonne décision par rapport à la tenue vestimentaire.

On représente le peuple, on se doit une forme de dignité aussi dans la représentation du député. Et la décision du bureau d'obliger les hommes à porter une veste et les conseillers à porter aussi une cravate, et je crois de bonnes politiques. Et puis, au-delà de la forme, au-delà de l'apparence, il y a aussi les mots et le respect de l'orateur. Si nos compatriotes étaient, comme certains visitent l'Assemblée nationale et l'hémicycle, à écouter tout ce qui se dit pendant que les orateurs, d'ailleurs, les députés qui prennent la parole, ou les ministres qui leur répondent pendant les questions au gouvernement, ils seraient effarés.

On l'entend beaucoup moins sur la chaîne dont vous parliez tout à l'heure, LCP, par exemple. On entend moins le brouhaha qu'il y a. Il y a un brouhaha qui est regrettable, parce qu'on peut avoir des convictions fortes, on peut avoir la volonté de la défendre avec beaucoup d'énergie, voire de pugnacité, mais on peut se respecter davantage.

11:47
Invité

Et aller plus loin, que le bureau prenne d'autres décisions, comme, par exemple, demander aux députés de ne pas participer à certaines émissions de divertissement, ou pas s'exprimer en son nom sur les réseaux sociaux. Est-ce que, là aussi, c'est une évolution qui est envisageable, souhaitable ?

12:04
Franck Riester

Vous savez, quand même, ce qui est un élément absolument déterminant, je crois, du rôle de député ou de sénateur, c'est la liberté de parole. On élit des représentants qui doivent avoir une liberté la plus complète. C'est d'ailleurs pour ça qu'ils ont une protection, aussi, avec cette immunité parlementaire. Ils ont une protection de parole dans l'hémicycle. Et je crois que cette liberté, elle doit continuer d'exister, dans la limite, évidemment, de l'injure, dans la limite d'incitation à la haine. Et c'est d'ailleurs pour ça qu'un député a été sanctionné, récemment encore, avec des propos qui ont été perçus comme racistes.

12:44
Invité

Vous faites partie, Franck Riester, d'un gouvernement qui a déjà utilisé quatre fois l'article 49.3 de la Constitution, donc la possibilité pour le gouvernement de faire adopter un texte sans passer par le vote des députés. Pour relativiser les déjà quatre utilisations du 49.3 par Elisabeth Borne, il faut rappeler que le Premier ministre, Michel Rocard, s'en est servi à 28 reprises en trois ans. Jacques Chirac, huit reprises entre 1986 et 1988. Et Édith Cresson, huit fois également, en moins d'un an, à Matignon. Une citation de Michel Rocard, justement, Premier ministre de François Mitterrand. Je vous la livre. Le 49.3 permet de conclure un débat, jamais de l'interdire.

Est-ce que le sens de cette formule ne met pas en évidence la limite, pour ne pas dire l'hypocrisie du 49.3 ? C'est presque une question de philo. A quoi ça sert de participer à un débat, si on n'a pas une petite chance de soi-même le conclure ?

13:32
Franck Riester

Beaucoup de questions. D'abord, cette citation, la Première ministre se l'est fait sienne, puisqu'elle l'a dit dans un de ses discours, et c'est la stratégie qui est la sienne, la demande du Président de la République, c'est de toujours rechercher les moyens de passer par une majorité plus large que la majorité qui soutient le Président de la République et la Première ministre, en prenant le temps du dialogue, de l'écoute, de la modification des textes. On peut le voir concrètement avec, par exemple, les dialogues de Bercy, le temps qu'on passe à discuter avec les différents groupes pour trouver des voies de passage sur les textes.

Après, on doit conclure les textes, on doit les voter, et notamment le budget. Et on sait bien que les oppositions, par tradition, ne votent pas un budget, parce que ça donnerait le sentiment qu'ils appartiennent à la majorité. C'est un peu un marqueur d'appartenance à la majorité. Donc, ils nous ont dit, ces oppositions-là, qu'elles voteraient de toute façon contre le texte, contre le budget de la France, contre le budget de la Sécurité sociale. Et donc, il nous fallait bien conclure ces discussions par l'utilisation d'un outil qui est dans la Constitution et qui est l'outil 49.3. Mais on a donné le temps au débat, y compris du budget.

Parce que travailler dans l'hémicycle, je ne sais pas si c'est de la philo, mais c'est du travail parlementaire que je peux expliquer, c'est que ce n'est pas simplement voter des amendements, c'est aussi prendre le temps d'exprimer un avis sur les textes. Un avis pour le soutenir, un avis pour le critiquer, donner sa vision du secteur qui est concerné par le texte. Ce n'est pas simplement voter tel ou tel amendement. Et donc, on a intégré un certain nombre d'amendements, pour autant, qui ont été votés pendant les débats. Et on continuera d'être dans cet état d'esprit, trouver des voies de passage avec les oppositions.

Mais quand il faut voter un texte, on utilisera, si c'est nécessaire, le 49.3.

15:22
Invité

Rapidement, Franck Riester, vous n'êtes pas seulement ministre des Relations avec l'Assemblée nationale, mais aussi avec le Sénat. Est-ce que le Sénat, aujourd'hui, n'est pas en train de devenir encore plus que par le passé, l'incarnation de la stabilité et d'une espèce d'assurance tout risque, à la condition que sa majorité absolue, qui est à droite, soit convaincue qu'il vaut mieux soutenir votre gouvernement plutôt qu'une dissolution de l'Assemblée au résultat incertain ? Assurance tout risque, c'est... Tout est relatif, par rapport à l'Assemblée en tout cas.

15:48
Franck Riester

Et puis, c'est ne pas connaître suffisamment ce qu'est l'exigence des sénateurs. Mais c'est vrai que l'atmosphère est plus modérée qu'à l'Assemblée nationale. Et là aussi, ça a toujours été le cas. Mais nous travaillons très bien avec les sénateurs et nous veillons à ce que les textes soient améliorés par l'apport du Sénat. Et on voit bien que les sénateurs, notamment la majorité sénatoriale, ont bien compris qu'ils avaient un rôle peut-être encore plus important que précédemment parce que nous devons conclure dans des commissions mixtes paritaires les textes, la plupart du temps.

Et donc, je vois une évolution dans le travail du Sénat aussi qui démontre tous les jours à quel point il est à la hauteur de ses responsabilités.

16:30
Invité

Franck Hester, on va bientôt découvrir avec vous ce qui a constitué vos premiers pas politiques, pas loin d'être d'ailleurs vos premiers pas tout courts. Mais pour conclure, sur le Parlement, vous avez fait votre entrée en 2007 à l'âge de 33 ans. C'était, racontiez-vous, fascinant. L'impression de vivre un rêve. Vous étiez émerveillé en ressentant ce que vous décriviez comme l'efficacité du politique 2007. Est-ce que vos sensations seraient les mêmes aujourd'hui si vous aviez gagné en juin vos premières législatives ?

16:59
Franck Riester

Oui, après, encore une fois, l'environnement a changé. Mais clairement, quand on est un député de la nation, on vote des textes qui changent la vie des gens. Ce qu'on a voté cet été et ce qu'on a encore voté dans le budget 2023 pour protéger nos compatriotes par rapport à l'inflation, par rapport à la crise énergétique, 110 milliards qui ont été votés entre 2021, 2022 et 2023, ne serait-ce que pour protéger nos compatriotes par rapport à la crise énergétique, par rapport au carburant, par rapport à l'électricité au gaz, par rapport à l'utilisation de bois ou de fioul pour les protéger face à l'inflation. Ça change concrètement la vie des gens.

Quand j'ai voté l'ouverture du mariage au couple de même sexe, j'ai eu le sentiment avec ma part de la souveraineté nationale contribuer à faire changer positivement la vie des gens. Et en 2022, et pendant tout ce quinquennat-là, on va continuer avec les textes que nous présentons, avec les textes que présentent les députés, d'essayer de continuer de changer la vie des gens.

17:56
Présentateur

France Culture, Sens Politique, Arnaud Bousquet.

18:01
Invité

Franck Riester, vous avez très tôt dans votre vie dû faire des choix difficiles, au risque de déchirer votre famille. Bon, interdiction de déroger à la tradition depuis trois générations, vous êtes Peugeot. C'est comme ça, vous vendez Peugeot. Les concessions automobiles Riester, toujours très connues et implantées dans 77, Coulomiers, Provin, Château-Thierry, maisons fondées en 1928. Vous roulez Peugeot. Dans la famille, on se rencontre Peugeot, puisque votre maman fait la connaissance de celui qui allait devenir votre papa en allant lui acheter une 204. C'est comme ça. C'est bien informé.

Mais des choix difficiles pour l'enfant, précocement épris de politique que vous étiez, Franck Riester, puisqu'un papa plutôt Giscard et une mère plutôt Chirac. Vous avez 7 ans en 81, Chirac candidat contre Giscard et le duel se poursuit toute la décennie. Comment vous évoluez ? Comment vous grandissez au milieu de ça pour devenir jeune RPR et élu au conseil municipal de Coulomiers à 21 ans ?

18:55
Franck Riester

Écoutez, j'ai toujours été passionné de politique. Mes parents n'ont jamais fait de politique en tant que tel. Ils étaient des citoyens attentifs à la vie politique. Mais moi, je suis tombé dans la marmite tout petit sans trop savoir pourquoi, si ce n'est que je sentais que c'était là que ça se passait et qu'en s'engageant, on pouvait être acteur acteur de sa commune, acteur de son département, de son pays, pour changer les choses et améliorer la vie des gens. Il ne faut jamais oublier que l'engagement des politiques, c'est pour être acteur d'un changement, être acteur pour améliorer la vie de nos compatriotes. Et on l'oublie trop souvent.

On critique souvent les politiques, leur ambition, leur façon parfois de devoir faire avec la complexité du monde. Eh bien, il faut se rappeler que c'est un engagement, un engagement exigeant et qui a pour but de changer les choses et d'améliorer les choses.

19:46
Invité

Quel sens vous donnez à votre engagement à droite alors que beaucoup de jeunes gens de votre âge, années 80, 90, puis d'ailleurs encore aujourd'hui, ont plutôt tendance à considérer la droite comme une espèce de galaxie un peu réactionnaire, un peu vieillissante ?

20:00
Franck Riester

Oui, ce qui m'a plu dans la droite de cette époque-là, c'était une certaine défense d'une certaine idée de la France, une certaine idée de l'Europe, une certaine idée de la responsabilité, de la liberté. J'avoue que j'ai été un jeune militant chiracien avec beaucoup d'énergie et de pugnacité parce que je considérais qu'il avait su à la fois incarner l'image d'un leader, il incarnait le leadership et en même temps un projet politique qui me convenait essayer de défendre l'intérêt général au service d'une France forte, dans une Europe forte et en donnant la possibilité aux acteurs individuels d'être par leur liberté, par la récompense de leur mérite des acteurs d'un collectif.

20:50
Invité

Vous devenez député en 2007. La droite vient de tourner à ce moment-là la page Chirac. On a bien compris que c'est cet homme politique qui avait guidé votre volonté d'engagement et d'action. Vous êtes aujourd'hui venu, Franck Riester, comme on le demande à chacun de nos invités, avec une archive sonore de votre choix et c'est précisément Jacques Chirac que vous souhaitez maintenant nous faire entendre dans le sens politique. Donc je vous propose de nous présenter l'extrait que vous avez choisi. On l'écoute et puis ensuite, vous nous direz pourquoi vous avez voulu partager ce moment avec les auditeurs de France Culture.

21:22
Franck Riester

Oui, écoutez, c'est une des dernières interventions ou la dernière intervention télévisée de Jacques Chirac en tant que chef d'État. Une sorte de testament de sa vie politique et un message très fort envoyé aux Français mais aussi envoyé à sa famille politique.

21:35
Invité

On est le 11 mars 2007, Palais de l'Élysée, dernière allocution de Jacques Chirac.

21:41
Locuteur non identifié

Ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise, il pervertit, il détruit. Tout dans l'âme de la France dit non à l'extrémisme. Le vrai combat de la France, le beau combat de la France, c'est celui de l'unité,

22:17
Invité

c'est celui de la cohésion. Pourquoi Franck Riester avoir choisi cette ultime allocution de Jacques Chirac, la dernière à l'Élysée ? Finalement, la dernière ou presque d'un demi-siècle de vie politique.

22:28
Franck Riester

Parce que je trouve que beaucoup est dit à la fois dans la forme, cette voix, les mots qu'il choisit et sur le fond de ce qu'a été une grande partie de l'engagement de Jacques Chirac. Il a passé une grande partie de sa vie politique à lutter contre les extrêmes et à défendre une certaine vision du monde, de la société, une vision universaliste, une vision du respect de la diversité. Son combat pour la défense des arts premiers a été aussi, d'une certaine façon, cette volonté de dire que la différence est quelque chose d'essentiel et que nous devons la respecter et que c'est même un atout pour le monde et pour notre pays.

et on voit bien que pour un certain nombre de familles politiques je dirais qui sont plus modérées, le risque c'est les alliances avec les extrêmes à droite comme à gauche.

Alors évidemment en tant que leader de droite ce message s'adressait en particulier spécifiquement pour sa famille politique et c'est une des raisons qui m'a fait quitter ma famille politique c'est cette ambiguïté à certains moments face à l'extrême droite cette course à l'échalote cette espèce de danse du vent face à l'extrême pensant qu'en voulant tenir le discours de l'original on allait pouvoir récupérer les électeurs de l'extrême droite alors même que les électeurs choisissent toujours s'ils le souhaitent l'original à la copie. Pour bien comprendre

23:50
Invité

vous parlez de 2012 ce qu'on a appelé la buissonnisation de Nicolas Sarkozy pendant sa campagne ?

23:56
Franck Riester

En partie mais c'est surtout 2017 où en bureau politique DLR on est incapable le parti n'est pas capable d'appeler clairement à voter Emmanuel Macron et dit simplement qu'il ne faut aucune voix pour Marine Le Pen ça c'est pour moi quelque chose qui est inacceptable quand on est dans la droite républicaine issue de notamment des combats de Valéry Giscard d'Estaing ou de Jacques Chirac mais en même temps c'est un message qui s'adresse aussi à la gauche regardez ce qui se passe et on le voit avec les NUPES aujourd'hui qui se craquellent cette tendance de la France insoumise d'antagoniser la société de dire par exemple que les chefs d'entreprise sont des parasites sont absolument inacceptables et que l'extrémisme n'est pas réservé simplement à la droite il y a une menace d'extrémisme aussi à gauche

24:39
Invité

Franck Riester vous êtes à l'UMP porte-parole adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 pour ce qu'il souhaitait être une réélection pour un second mandat donc à l'Elysée et vous allez en 2012 vous exprimer sur une thématique extrêmement sensible à ce moment-là dans la société française mais surtout peut-être encore davantage pour les partis politiques de droite voici la deuxième archive de l'émission Sens Politique nous allons vous entendre Franck Riester vous ne savez pas encore de quel extrait il s'agit on l'écoute si vous l'identifiez vous nous le présenterez sinon je vous aiderai mais le plus important ça sera évidemment de nous dire pourquoi ce jour-là vous avez décidé de prendre un risque politique

25:18
Franck Riester

j'ai un avis qui est celui d'ouvrir le mariage au couple de même sexe parce que je crois que c'est une question d'égalité entre citoyens nous sommes dans une république laïque qui a toujours fait de l'égalité un principe cardinal et donc donner la possibilité au couple de même sexe d'avoir le même droit celui de se marier et que les couples de sexe différents me paraissent aller totalement dans le sens de ce principe cardinal j'ajoute qu'il s'agit bien du mariage civil et pas du mariage religieux bien évidemment aujourd'hui il y a un grand débat dans notre famille politique il y en a certains qui sont contre je respecte leur opinion d'autres qui y sont favorables on a vu que Alain Juppé Bruno Le Maire Benoît Apparu Chantal Jouanon un grand nombre de nos responsables aujourd'hui évoluent sur le sujet ils sont favorables et donc bon il y a débat le président de la république dans cette rencontre qui est une campagne électorale entre le peuple et un homme ou une femme politique aura à s'exprimer sur le sujet moi je pense que ce qui est très important c'est de regarder la société telle qu'elle est et la famille en France a évolué il y a des familles hétérosexuelles je dirais traditionnelles et puis il y a des familles monoparentales il y a des unions libres il y a des familles homoparentales il faut savoir qu'il y a un enfant sur deux qui n'est aujourd'hui hors mariage chacun doit avoir son avis et puis après le moment venu au candidat aux élections présidentielles de s'exprimer et ensuite à la majorité législative plus largement au parlement de s'exprimer si le sujet vient à l'ordre du jour

26:34
Invité

Franck Esté est-ce que vous parvenez à dater et localiser ce passage sonore

26:38
Franck Riester

je ne me rappelle pas mais ça devait être avant l'élection présidentielle de 2012 ça devait être sûrement suite à la proposition de loi qui avait été votée ou qui n'a pas été votée qui a été présentée par Patrick Bloch en 2011 sur l'ouverture du mariage au couple de même sexe

26:52
Invité

Patrick Bloch parti socialiste on est là le 17 janvier 2012 et vous êtes interrogé par Pascal Clark sur France Inter vous êtes alors député maire UMP de Coulomiers et vous vous apprêtez à devenir le porte-parole adjoint de la campagne du candidat président sortant Nicolas Sarkozy la loi autorisant le mariage homosexuel sera finalement promulguée 15 mois plus tard en mai 2013 mais sous le gouvernement héros quelle était alors pour vous l'importance la nécessité de vous exprimer sur le mariage pour tous même si votre engagement ne suivait pas c'est peu de le dire le courant majoritaire à l'UMP

27:28
Franck Riester

oui et on était à ce moment là avant les élections présidentielles et donc législatives donc c'est vrai que c'est un vrai risque politique c'est ça que vous voulez nous dire oui mais je pense que finalement les français ils veulent des hommes et des femmes politiques authentiques qui savent où ils habitent qui ont des convictions et qui les expliquent en respectant les avis différents mais en étant sans faux semblants et en étant honnêtes et donc moi j'ai pensé que c'était important que pour les électeurs de ma circonscription en Seine-et-Marne celle de la cinquième de Seine-et-Marne cinquième circonscription de Seine-et-Marne il soit au courant sur ce sujet très sensible quel était mon point de vue et que le moment venu si ce texte devait arriver à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale il ne soit pas étonné que je vote favorablement ce que j'ai fait d'ailleurs on était deux de ma famille politique à le faire Benoît Aperu et moi

28:11
Invité

qu'est-ce qui a déclenché alors que vous avez toujours considéré que votre vie privée devait le rester qu'est-ce qui a déclenché un an plus tôt en 2011 votre décision de déclarer publiquement je n'aime pas le terme révélé parce que ça induirait qu'il faudrait le cacher mais déclarer votre homosexualité

28:26
Franck Riester

cette première raison qui est l'authenticité je crois que il ne s'agit pas de faire du voyeurisme il ne s'agit pas de mettre en scène sa vie personnelle mais c'est une partie de son identité et je pense que c'est logique normale naturellement de le dire à ses compatriotes et je ne l'ai pas dit tout de suite parce que c'est complexe mais j'ai pensé que c'était important là aussi de le faire avant l'échéance de 2012 d'une façon naturelle et puis j'ai bien vu aussi que c'était cette question-là parfois utilisée par les oppositions pour nuire et que je ne voulais pas leur donner à la fois cet argument-là qui me paraît évidemment un très mauvais argument mais aussi à travers ce type de manipulation de salir de dénaturer finalement l'engagement qui était le mien et ça je pensais que c'était le bon moment de le faire et je l'ai fait vis-à-vis des habitants de mon territoire je l'ai fait dans le journal local qui s'appelle le Pays-Briard et je l'ai fait pour être authentique honnête avec mes compatriotes et ne pas laisser mes adversaires utiliser mon orientation sexuelle à des fins politiques

29:44
Invité

des réactions vraiment d'une violence impressionnante au sein de votre parti notamment sur cette thématique François Fillon qui annonce qu'en cas d'alternance il abrogera la loi sur le mariage des couples de même sexe Valérie Pécresse annonce qu'il faudra démarier les couples homosexuels et celle qui était encore au début des années 2010 députée maire UMP de Montauban Brigitte Barège elle est toujours maire de sa ville quand on lui parle du mariage d'un couple homosexuel elle répond et pourquoi pas des unions avec des animaux et puis elle se justifie en expliquant qu'elle voulait ainsi signifier qu'il n'était pas pertinent d'adapter systématiquement la loi et les institutions à l'évolution des mœurs Franck Riester est-ce que vous avez là-dessus un avis totalement opposé ou seulement nuancé

30:27
Franck Riester

non mais je respecte adapté je respecte ceux qui ont eu des difficultés à comprendre qu'on ouvre le mariage aux couples de même sexe c'est une tradition depuis évidemment ancestrale et c'est toujours difficile d'accepter des changements mais ce que je n'ai jamais accepté je l'ai toujours dénoncé c'est les propos absolument ignobles que certains ont eus pendant ce débat là et ça c'est inacceptable et je l'ai dénoncé avec beaucoup de force systématiquement et après il y a des personnes qui évoluent qui changent qui regrettent les propos qu'ils ont eus tant mieux ça fait partie de l'évolution mais il ne faut pas oublier

30:59
Présentateur

la dernière partie

31:06
Invité

de l'émission archive sonore à l'appui va nous emmener Franck Riester dans l'univers politique bon ça ça ne vous surprend pas mais pour être plus précis l'univers de la politique et de la culture vous avez été ministre de la culture pendant exactement 20 mois vous succédez à Françoise Nyssen en octobre 2018 et laisserez votre place à Roselyne Bachelot en juillet 2020 d'abord dites-nous comment vous conceviez la fonction quelle feuille de route au service de quelles convictions

31:31
Franck Riester

c'est vaste mais simplement d'abord l'immense responsabilité qu'est le ministre de la culture de notre pays et de veiller à ce que nous puissions continuer d'avoir cette politique inédite qu'on ne retrouve pas dans d'autres pays du monde de soutien très fort à la création artistique de soutien très fort aux artistes de soutien très fort à la liberté d'expression artistique et de veiller à ce que cette expression artistique cette liberté puisse être apportée au maximum de gens dans notre société de rendre cet accès à la culture plus large et plus facile et puis aussi de continuer à cette oeuvre commencée depuis maintenant des dizaines voire des centaines d'années de préservation de notre patrimoine de notre patrimoine immatériel mais aussi de notre patrimoine matériel on a la chance d'avoir une politique en matière patrimoniale très ambitieuse en France depuis longtemps c'est important de la continuer et de la perdurer

32:33
Invité

sur le patrimoine justement vous étiez ministre de la culture au moment de l'incendie de Notre-Dame de Paris Emmanuel Macron a confié les travaux à un nouvel établissement public piloté par le général Georges Lain c'est Stéphane Berne qui a récupéré une mission sur le patrimoine au fond est-ce qu'aujourd'hui la culture ne devient pas une sorte de domaine presque régalien une chasse gardée du Président et les ministres ils exécutent comme aurait dit l'un de vos menteurs

32:56
Franck Riester

mais ça a toujours été le cas les rois avant les présidents de la République et les présidents de la République ont toujours depuis notamment la Ve République été très attentifs aux questions culturelles c'est une part de notre identité nous sommes en France un pays qui est très attentif aux questions culturelles et très attentif aux questions patrimoniales mais pas seulement aux questions culturelles plus largement et donc c'est bien légitime que les chefs de l'Etat s'intéressent tout particulièrement à ces questions culturelles c'est vrai que c'est une partie de l'équation à résoudre quand on est ministre mais vous savez quand vous êtes ministre dans d'autres secteurs d'activité in fine c'est le chef de l'Etat ou la première ministre en l'occurrence la première ministre ou le premier ministre qui tranche mais là c'est vrai qu'il y a un tropisme en plus particulier d'Emmanuel Macron sur les questions culturelles et qui suit ça avec beaucoup d'attention mais vous savez c'est souvent une force parce qu'on a besoin du soutien du chef de l'Etat pour les arbitrages budgétaires ou pour mettre à l'ordre du jour des projets de loi vous savez j'ai fait en 20 mois de ministre de la culture fait voter plusieurs textes importants j'ai fait en sorte que soit créé le centre national de la musique l'équivalent du CNC pour faire simple au secteur de la musique qui a été très utile pendant la crise Covid j'ai réformé la loi Bichet sur la distribution de la presse écrite permettant de garantir ce système là aussi très français de distribution partout en France de la diversité de la presse française seulement 20 mois je vais reposer la question la loi Notre-Dame autrement

34:15
Invité

depuis 95 on doit en être j'ai compté une petite quinzaine de ministres de la culture comment peut-on imprimer quoi que ce soit en si peu de temps dans un domaine aussi pluriel aussi vaste et peut-être aussi difficilement quantifiable que la culture

34:29
Franck Riester

je pense que la durée est un atout et que c'est un élément qui est important dans l'équation à résoudre voilà ensuite le Président de la République fait les choix en lien avec ses premiers ministres il y a eu la crise Covid à la fin de mon mandat qui a changé aussi beaucoup de choses dans le monde de la culture qui a été frappé de plein fouet par cette crise d'ailleurs je suis assez fier d'avoir obtenu du Président de la République l'année blanche pour les intermittents du spectacle qui a permis de maintenir cet écosystème si important pour notre culture dans notre pays et puis il a fait un choix de me confier la responsabilité d'accompagner nos exportateurs partout dans le monde et de veiller à ce que la politique commerciale européenne soit beaucoup moins naïve ça a été deux ans c'était pour la deuxième partie du cas c'est ça et ensuite il a confié à Roselyne Bachelot la mission de continuer ce qu'il a souhaité mettre en oeuvre depuis qu'il était président dans la République

35:23
Invité

il y a des exceptions ça sera le dernier document sonore de l'émission parfois des ministres de la culture restent en poste très longtemps en tout cas suffisamment pour mener à bien ce qui s'appelle tout simplement une politique culturelle alors non je ne parle pas de Jack Lang voici le premier des ministres de la culture en France le ministère a été créé pour lui par Charles de Gaulle en 1959 à l'époque on disait ministère des affaires culturelles voici André Malraux tendez l'oreille il évoque sa vision de la fonction et plus généralement sa vision de la culture

35:53
Locuteur non identifié

il y a deux fonctions différentes dans le ministère il y a d'une part ce qu'on peut faire alors ce qu'on peut faire je dis à ça j'ai une énorme importance ça ne nous est pas du tout égal d'avoir changé la couleur de Paris et surtout d'avoir transformé une ville triste en ville gay ça ne nous est absolument pas égal de penser que nous ferons les maisons de la culture dans un univers comme vous le savez un univers passablement absurde il y a quelque chose qui n'est pas absurde c'est ce qu'on peut faire pour les autres je ne suis pas solidaire d'une conception culturelle qui serait une conception disons aristocratique pour prendre un mot bienveillant je suis absolument solidaire de l'autre côté

36:28
Invité

il y a la culture aristocratique et puis l'autre Franck Riester une interview d'André Malraux très difficile à dater il est interrogé assis en extérieur dans une sorte de jardin assez minéral on doit être a priori au milieu des années 60 culture aristocratique et puis l'autre est-ce qu'on en est toujours là est-ce que c'est une bataille de chaque instant pour qui s'intéresse côté pouvoir à la culture

36:51
Franck Riester

il y a un peu ce débat ma conviction c'est qu'il ne faut pas renoncer à une forme d'excellence il ne faut pas renoncer à une forme d'exigence mais il faut veiller à ce que cet accès à la culture soit le plus large possible tant dans la pratique que dans je dirais l'observation des événements culturels des spectacles des oeuvres et c'est ce combat là qui est le plus aujourd'hui important continuer cette politique d'accompagnement de l'offre mais aussi veiller à ce que les françaises et les français dans leur diversité diversité d'âge diversité sociale diversité géographique puissent avoir un accès le plus large à la culture en utilisant le numérique mais pas seulement le numérique parce qu'on voit bien que le rapport à l'oeuvre le rapport à l'art est un rapport qui doit passer un moment ou un autre par du physique

37:42
Invité

très rapidement et pour conclure l'émission ces dossiers sur lesquels vous aviez un avis avant même d'être ministre de la culture un avis pendant et j'aimerais recueillir votre conviction maintenant que vous n'êtes plus au ministère de la culture Franck Riester est-ce qu'il y a eu changement ou pas sur la question de la fusion de ce qui constitue aujourd'hui l'audiovisuel public Radio France France Télé RFI France 24 et Lina est-ce que vous souhaitez toujours que nous devenions une seule et même société

38:07
Franck Riester

je ne suis plus en charge de ce dossier là vous êtes encore plus libre je suis parti d'un gouvernement duquel je suis solidaire j'ai fait voter en première lecture à l'Assemblée nationale au printemps 2020 en mars 2020 avant d'être comme d'autres atteint du Covid et en première lecture à l'Assemblée nationale nous avions voté la loi audiovisuelle qui créait un groupe public ce n'était pas une fusion des entreprises de l'audiovisuel public mais c'est la création d'un groupe public convaincu que j'étais et que je suis toujours de l'importance de doter l'audiovisuel public des moyens de continuer d'exercer ses missions avec beaucoup de force dans un moment on a plus besoin que jamais d'audiovisuel public dans l'information dans l'accès à la culture dans les débats dans l'éducation on a besoin plus que jamais d'audiovisuel public et il n'y a pas je pense de raison que la France soit une exception là pour le coup par rapport à tous les autres pays européens qui ont regroupé leurs entreprises d'audiovisuel public ou par rapport à d'autres groupes privés qui ont compris qu'aujourd'hui les usages avaient évolué et que nous devions réfléchir à des groupes audiovisuels et en l'occurrence publics avec une approche 360 ce qui n'empêche qu'il y a des spécificités à la radio des spécificités au numérique des spécificités à la télévision mais si on n'a pas d'approche globale à ce moment là on passe à côté d'une optimisation des moyens qui sont mis à disposition ils sont importants pour l'audiovisuel en l'occurrence l'audiovisuel public

39:34
Invité

vous souhaitiez également le maintien de la redevance audiovisuelle c'est un pot qui servait à financer les sociétés mentionnées il y a quelques instants c'était selon vous la garantie d'un financement pérenne et indépendant finalement la redevance a été supprimée est-ce que vous restez sur cette position ?

39:50
Franck Riester

j'ai dit qu'il n'y aurait pas de suppression de la redevance d'ici à la fin du mandat qui était le quinquennat précédent le président de la république a proposé un projet qui vise à supprimer la redevance qui est supprimer un impôt mais tout en continuant à pérenniser un financement important pour l'audiovisuel public en créant un dispositif à terme qui doit permettre effectivement de flécher d'une façon très spécifique les financements vers l'audiovisuel public je crois que supprimer un impôt qui était un impôt injuste qui coûtait cher à collecter pour maintenir les financements et le faire d'une façon qui permette de garantir l'indépendance du visuel public c'est quelque chose que je soutiens

40:31
Invité

et enfin pour garantir l'indépendance des médias publics vous vouliez que les présidents de Radio France et de France Télévisions ne soient plus nommés par le CSA devenu l'ARCOM en janvier dernier ni par le président de la république mais par leur propre conseil d'administration finalement dans quelques semaines les présidents président seront nommés par l'ARCOM Franck Riester quel risque de conflit d'intérêt selon vous ou au contraire est-ce que vous avez changé d'idée là-dessus ?

40:57
Franck Riester

Non mais parce que l'ARCOM anciennement CSA doit dans un certain nombre de secteurs émettre des avis sur ce qui est fait dans l'audiovisuel public et quand on nomme quelqu'un et qu'en même temps on le juge on est jugé parti et que je considère que ce n'est pas la meilleure façon de libérer l'ARCOM régulateur et acteur et donc de la pression de l'acte de désignation qu'il a fait de nomination qu'il a fait c'est pour ça que je pensais tout en veillant à ce que toutes les garanties soient mises pour faire en sorte que cette nomination soit indépendante du pouvoir politique et du régulateur faire nommer comme c'est le cas aussi dans d'autres pays au monde qui ont des services publics indépendants nommés par un conseil d'administration représenté par des gens indépendants

41:42
Invité

Merci Franck Riester d'avoir participé à ce sens politique multidirectionnel cet engagement à droite les mandats locaux les ministères et la prise de distance on l'aura compris avec votre ancien parti politique et pour finalement rejoindre Emmanuel Macron et aujourd'hui être devenu le lien entre le gouvernement et le parlement voilà pour le menu copieux de cette émission que vous pouvez déguster à nouveau et retrouver 24h sur 24 ainsi que tous les épisodes précédents sur le site franceculture.fr et l'appli Radio France je voudrais également remercier mes trois camarades sans qui sens politique ne serait rien Jean Frédérix aujourd'hui à la technique Martin Desclozo à la réalisation et Anne-Claire Bazin pour la préparation de cette émission M