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interviewFrance Culture — Le Temps du débat· 5 juin 2026 39 min

À quoi servent encore les meetings dans un monde de communication numérique ?

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

France Culture. France Culture, question du soir. Mathéo Caranta. Et en cette période de campagne préélectorale, la saison des meetings a commencé. Ce fut celui de François Ruffin le 25 avril, celui de Gabriel Attal dimanche dernier, tandis que Jean-Luc Mélenchon s'apprête à inaugurer le sien dimanche Brossat à Saint-Denis. D'autres sont à venir, Bruno Retailleau, Edouard Philippe. Alors, ces rassemblements sont-ils indépassables pour lancer une dynamique politique en France ? Pourquoi ces meetings en 2026 ? Et comment penser une campagne électorale à l'heure de l'intelligence artificielle ? Avec nous pour en parler, deux invités. Laurent Godemer, bonsoir. Bonsoir.

Vous êtes enseignant-chercheur en sciences politiques à l'université Gustave Eiffel. Gustave Eiffel, merci d'être avec nous dans le question du soir. A vos côtés se trouve Thierry Vedel, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes chercheur, quant à vous, au centre de recherche politique de Sciences Po Paris, le fameux Cevipof. Merci à vous deux d'être avec nous. Nous sommes ensemble et en direct jusqu'à 19h.

1:12
Invité

La promesse française, c'est le travail. Le travail qui permet de s'émanciper, de prendre son destin en main. Le travail qui doit payer, mieux payer, payer vraiment. Quand aujourd'hui, sur 100 euros versés, seulement la moitié revient à celui qui travaille. Et surtout, toujours mieux payer que l'inactivité. Quelques mots, mes amis, pour terminer sur l'esprit dans lequel je souhaite conduire cette campagne. Sur les principes qui la guideront, la détermination, la mienne est totale. Je suis massivement déterminé à combattre des idées dangereuses.

C'est vrai du Rassemblement National comme de la France Insoumise, dont les dangers ne sont pas de même nature, mais d'une égale intensité ou gravité. Il y a une formule qui est juste, qui est vraie, et sur laquelle il faut méditer et la conserver toujours à l'esprit. Le populisme finit toujours par se retourner contre le peuple.

2:02
François Ruffin

Dans votre lettre de motivation, vous insistez sur le travail. Et votre programme commence par un cahier de campagne sur les travailleurs et les travailleuses essentielles. Alors aujourd'hui, moi je vous demande, monsieur Ruffin, c'est quoi cette obsession pour le travail ?

2:16
Invité

Quand je bois un verre d'eau comme ça, madame la dérache, c'est du travail.

2:19
François Ruffin

Ok.

2:20
Invité

Pour qu'on ait de l'eau qui coule du robinet, pour qu'on ait un verre qui soit tenu, c'est du travail.

2:25
Présentateur

Voilà quelques extraits de déclarations d'Edouard Philippe de campagne, de meetings d'Edouard Philippe, et puis de ce meeting d'entretien d'embauche de François Ruffin, qui peut-être a voulu renouveler le genre, mais en tout cas qui n'a pas renouvelé le fait même d'organiser un meeting, un grand rassemblement public. Laurent Godemer, on ne peut pas se passer de meeting pour lancer une campagne électorale ?

2:47
Invité

Oui, une campagne électorale, c'est une configuration très ritualisée, et le meeting, c'est la partie la plus visible, c'est le passage obligé, comme vous dites, le meeting de lancement de campagne lance la saison de cette campagne électorale, et l'impératif est aussi, vous l'avez dit, d'innover un petit peu autour de cette pratique, tout en gardant un rituel très stabilisé.

3:14
Présentateur

Est-ce que c'est déjà de se situer en tant qu'incarnation ? Est-ce que c'est déjà le premier meeting, se donner une personnalité politique qui va ensuite prendre corps dans la campagne électorale Thierry Védel ?

3:29
Invité

Oui, mais ce que je voudrais souligner d'abord, c'est que les meetings, ils ont d'une certaine façon évolué, parce que ça existe, vous l'avez dit tout à l'heure, c'est une forme qui existe depuis la fin du 19e siècle, depuis l'apparition des partis de masse, et aujourd'hui on continue en apparence de la même façon, c'est-à-dire avec une ou plusieurs personnalités qui parlent, mais en même temps le public a complètement changé, c'est-à-dire autrefois, le premier public, c'était le public qui était là, physiquement, et les meetings avaient une véritable fonction de transmission du message. C'était aussi également parfois des lieux de controverses les meetings.

Oui, absolument, de controverses où il y avait des camps différents qui se confrontaient, débattaient ensemble, et aujourd'hui le meeting, il faut bien voir que c'est d'abord un spectacle qui est mis en scène, scénarisé, et que le vrai public, il n'est pas là, c'est celui des médias, et aujourd'hui des réseaux sociaux. Donc le public qui est présent physiquement, il sert d'ornement, et d'ailleurs on le voit, il est souvent sur scène, on met les jeunes en avant, ça fait partie des figures imposées aujourd'hui, des jeunes derrière la personnalité qui parle.

4:34
Présentateur

Vous êtes d'accord avec cette idée, le public d'aujourd'hui, Laurent Gaudner, le public des meetings n'est pas le premier visé par l'orateur lorsqu'il parle en meeting aujourd'hui ?

4:44
Invité

Non, bien sûr, oui. Par exemple, Paula Cossard, dans un livre, a documenté l'évolution historique des meetings, effectivement, au 19e et au 20e siècle, et ensuite, notre collègue Claire Sécaille a enquêté sur les meetings, dans son livre, sur les meetings électoraux de 2017, et elle montre effectivement que la grande différence, elle montre au pluriel que la grande différence, c'est cette médiatisation. On a un deuxième public beaucoup plus large, et surtout qui dure beaucoup plus longtemps.

C'est-à-dire que tout ce qui est, tout ce que vous avez montré un extrait du meeting de Gabriel Attal, fait passer un extrait du meeting de Gabriel Attal, ces extraits, la preuve aujourd'hui, circulent pendant plusieurs jours, sont commentés, sont diffusés, et bien sûr, sont soumis à ces extraits, beaucoup plus de personnes que les 3-4 000 personnes, selon les sources qui étaient présentes.

5:38
Présentateur

C'est intéressant, parce que vous dites 3-4 000 personnes, là, la France Insoumise espère réunir 10 000 personnes à Saint-Denis dimanche, il y a eu des meetings historiques, si on pense à Mitterrand en 80, puisque nous parlions d'histoire, c'est 100 000 personnes qui se retrouvent à Toulouse pour ce meeting d'entre-deux-tours. Qui va au meeting ? Est-ce qu'on peut vraiment dire que c'est décoratif ? 100 000 personnes, même 10 000 personnes qui mobilisent une ville, immobilisent une ville, si c'est sur la place publique, vont avoir un impact réel sur la journée, la manière dont elle va s'organiser ? Laurent Godmer et puis Thierry Védel.

6:11
Invité

Alors ça, c'est la dimension aussi, démonstration de force, dans des luttes entre candidats, entre partis politiques.

Effectivement, si, comme c'est prévisible, la France Insoumise arrive à rassembler 10 000 personnes en plein air, dans une ville qu'elle vienne conquérir, dans une phase de campagne plutôt positivement reçue, ça participe de la construction d'une campagne, et ça fait programme aussi, c'est-à-dire que le programme et les pratiques électorales s'indifférencient, on montre qu'on peut rassembler, donc il y aura des écrivains sur la tribune, mais il y aura aussi la population, des nouvelles populations, populations plus jeunes, on peut envoyer beaucoup de messages par le chiffre, et comme on l'a dit tout à l'heure, évidemment, ce sera commenté, ce sera construit a posteriori par les médias, vraisemblablement comme une réussite, symboliquement, et donc la circulation des commentaires participe très fortement de cette campagne.

Thierry Védel ? Oui, alors, ce que montre un meeting dans ce cas-là, lorsqu'il y a beaucoup, beaucoup de personnes qui assistent, c'est les capacités logistiques, parce qu'il faut bien voir que derrière, c'est des cinquantaines de cars qui amènent des sympathisants d'un peu partout de la France, rappelez-vous aussi le meeting de François Fillon au Trocadéro, on faisait venir des gens, enfin traditionnellement, on fait venir des gens d'un petit peu partout, Il faut des compagnies d'autocars pour organiser un grand meeting. Absolument, ou des trains. La SNCF contribue à la vie politique. Alors, ceci dit aussi, il faut replacer les choses à l'échelle de l'électorat.

L'électorat français, c'est à peu près 46 millions. On va atteindre les 48 millions, pardon, en 2027. 48 millions d'électeurs. Et globalement, lors d'une campagne, moi je dirais, alors, on s'appuie sur des déclaratifs, donc ce n'est pas très fiable, mais grosso modo, je dirais que 1 à 2% de cet électorat va assister à une réunion publique au sens large. Ça peut être aussi des meetings de préaux ou des grands meetings. Mais ça coûte cher, un meeting ? Combien ça coûte ? Alors, tout dépend de celui qu'on organise. Alors, actuellement, ceux qui sont tenus par François Ruffin, Attal et même Mélenchon ne vont pas coûter cher. Pour une raison principale, c'est qu'on...

C'est-à-dire pas cher, ça veut dire quoi ? Pas cher, ça va être... Je n'ai pas d'ordre précis, mais je vais vous dire autour de 50-100 000 euros. Et je vais vous dire pourquoi, parce qu'aujourd'hui, ça y est, on est déjà rentré dans la période pas officielle de campagne, mais période de campagne où tous les candidats doivent tenir leur compte. Donc, toutes les dépenses qui sont faites doivent être enregistrées. Donc, on n'a pas forcément intérêt à déjà dépenser tout le budget de la campagne sur de trop gros événements.

Et ensuite, plus on va aller vers le jour de l'élection, plus on risque d'avoir des meetings qui sont là considérables, qui sont de véritables messes mises en scène avec une sono, des jeux de lumière extraordinaires, très souvent aussi une vidéo autonome. Les journalistes n'ont pas le droit de faire leurs propres images, on leur fournit des images. Et là, on peut atteindre jusqu'aux millions d'euros.

9:18
Présentateur

Je voulais poser une question et peut-être c'est le cœur du débat aujourd'hui. C'est-à-dire, vous venez de m'expliquer tous les deux que le public n'a aucune importance dans le meeting, si ce n'est peut-être de se retrouver, de s'identifier entre militants. Aujourd'hui, on peut tout à fait produire des images avec l'intelligence artificielle, des images de meetings, des sons et lumières extraordinaires. La diffusion sur les réseaux sociaux est tout à fait possible. Pourquoi s'arrêter encore à cette forme, vous le disiez, qui est née à la fin du XIXe siècle et qui coûte cher dans le contexte qu'on connaît des partis politiques ? Laurent Godemer.

9:57
Invité

D'une part, il y a un attachement historique, partisan, militant à cette forme de rassemblement. Ce n'est pas une liesse qui est totalement construite, visiblement. On le verra sûrement dimanche aussi. C'est aussi une façon de se rassembler de communion. Il y a un côté eucharistique. C'est une communauté charismatique, surtout que c'est très personnalisé, les campagnes, surtout pour la présidentielle dont vous parlez. Et là, effectivement, on vient voir le candidat, le leader. Et donc, c'est très important pour ces groupes militants. Et c'est important aussi quand même, peut-être pour l'électeur, de, comment dire, d'analyser le programme envoyé par tout un ensemble de signaux.

Quel type de population, qu'est-ce qui se passe pendant le meeting, quelles sont les images choisies, effectivement, par les équipes de campagne. Et donc, en quelque sorte, qu'est-ce qui fait programme dans tout ça ? Qu'est-ce qu'on souhaite refléter comme société, comme projet, comme programme, etc. parce qu'effectivement, comme l'avait dit Thierry, il y aura plusieurs types de meetings, et c'est donc, ça claire ses cas, il l'a bien montré, qui vont évoluer au fil de la campagne. Ce n'est pas les mêmes types de meetings, fin de campagne, milieu de campagne, en territoire de conquête, petit meeting, grand meeting.

11:18
Présentateur

C'est-à-dire que là-bas, crescendo.

11:20
Invité

Voilà, il faut aller crescendo, mais il faut garder son trésor de guerre, ça a été bien dit. Et puis, cette évolution, elle est aussi, comment dire, c'est une évolution programmatique. On ne peut pas, d'emblée, lors du meeting de lancement, déployer son programme définitif, qui va être formulé, qui va être... Comment fait-on un meeting sans programme, Laurent Godemer ? Pardonnez-moi cette question. Par exemple, Gabriel Attal a évoqué, donc, le 30 mai, quatre chantiers, bataille. On n'imagine pas que son programme définitif, s'il est définitivement candidat, se réduira à ces quatre chantiers. École, salaire, et intelligence artificielle et frontière.

Et donc, c'est une sorte d'entrée en matière. Il y a une logique presque gastronomique, vous voyez, de hors-d'œuvre, avec après le plat principal, les accompagnements, etc. Pour moi, c'est mon premier meeting. Je n'ai jamais été dans un meeting et j'y suis contente parce que moi, je le verrai en gré déjà. Les Français ont besoin d'être... avoir des réponses à des questions et savoir où ils vont aussi. On a peur. On suit Gabriel Attal pour voir un petit boss qu'il propose. On le suit depuis des années et puis là, on est venu voir du coup son meeting pour la présidentielle, son premier meeting depuis qu'il s'est déclaré. Oui, c'est toujours utile d'organiser des meetings.

ça permet déjà aux gens de se réunir, de rencontrer beaucoup de monde, de pouvoir discuter, échanger des idées avec les gens qui sont autour de nous et puis de pouvoir débattre aussi avec le candidat ou potentiel candidat qui va proposer des idées.

12:51
Locuteur non identifié

Ça reste un impact très important par rapport à la population. C'est autre chose que les réseaux sociaux qui sont aussi utiles. Mais un meeting comme ça, c'est primordial.

13:02
Présentateur

Thierry Védel, on vient d'entendre des militants, des voix, des témoignages. C'était au meeting effectivement de Gabriel Haptal le 31 mai dernier. Vous souhaitiez réagir ?

13:12
Invité

Oui, sur votre question, pourquoi c'est encore intéressant d'aller à un meeting à l'heure des réseaux sociaux, c'est exactement la même expérience que celle qu'on vit lors d'un concert de musique. On peut écouter la musique en streaming, mais beaucoup de gens sont prêts à payer parfois énormément pour aller voir un spectacle vivant.

13:33
Présentateur

C'est intéressant parce qu'on parle beaucoup de politiques spectacles. Est-ce que le meeting, c'est ça ? C'est le summum, le paroxysme

13:40
Invité

de la politique spectacles ? Oui, parce qu'il y a cette idée de communion. On va se retrouver avec des gens qui partagent les mêmes opinions, les mêmes goûts. Si je prends l'exemple d'un concert, je peux faire une analogie d'ailleurs, pour aller encore plus loin. C'est qu'aujourd'hui, les gens qui organisent les meetings politiques viennent exactement du monde du spectacle. c'est eux qui ont le savoir-faire, la logistique qui savent faire le son, les lumières. Donc on fait appel à eux directement. Mais je crois qu'il y a cette idée qu'on va se retrouver avec des gens qui pensent comme vous lors d'un meeting. Il y a très peu d'adversaires sauf des petits groupes qui cherchent à s'introduire.

Mais voilà, on va participer, vivre un moment fort dans la campagne. Ça va avoir un impact très relatif sur le plan électoral.

14:26
Présentateur

Alors le meeting ne bouge pas et il me semble qu'on peut arriver à cette conclusion déjà. Est-ce que les autres formes de mobilisation électorale se sont transformées, Laurent Godemeyer ? Je pense au tractage, à l'affichage, au fameux porte-à-porte.

14:43
Invité

Oui, vous avez bien raison de citer ces trois dispositifs de campagne. C'est les plus connus. D'ailleurs, anecdotiquement, Gabriel Attal a terminé son meeting en appelant au déploiement de ces troupes pour mettre en place ces trois répertoires de campagne traditionnels. Donc les répertoires restent les mêmes, les dispositifs, les pratiques de campagne restent très traditionnelles. Mais d'une part, ils sont médiatisés par d'autres canaux, effectivement, les réseaux sociaux, etc. On peut faire un tractage tout à fait banal qui est difficile d'évoluer. En revanche, on peut le médiatiser, on peut le diffuser, on peut en parler, ce qui est effectivement quelque chose de relativement nouveau.

et d'autre part, ces pratiques peuvent être fortement modernisées. Là, notamment pour, justement, le porte-à-porte, ça a été beaucoup documenté par la science politique contemporaine qui est très, très transformé par les logiciels comme Nation Builder, les logiciels de cartographie ou de compilation de contacts pour que ce soit optimisé. Voilà, pour ne pas faire de porte-à-porte deux fois dans le même immeuble, évidemment, mais aussi pour véritablement rationaliser les pratiques de campagne.

Ça, c'est vraiment une évolution, disons, des 20 dernières années, au-delà de souvent de l'époque Obama, etc., de vraiment professionnaliser aussi les techniques de campagne à la suite de l'informatisation, du développement d'Internet,

16:09
Présentateur

du smartphone, etc. On a l'impression, paradoxalement, je pensais à la campagne électorale municipale de la ville de New York où le candidat élu maire de New York, Mamdani, a été élu, a-t-on dit, par justement une sorte de retour à la base par peut-être moins de grands meetings mais plus de rencontres, de petits meetings, de ces fameux porte-à-porte. Est-ce que, paradoxalement, c'est ça, au temps des réseaux et de l'intelligence artificielle, c'est ce retour à l'incarnation physique qui fait la campagne électorale,

16:40
Invité

Thierry Védel ? Oui, je crois que lors d'une campagne électorale, il faut faire feu de tout bois, utiliser tous les moyens qui sont disponibles parce que l'idée, et c'est particulièrement vrai d'une campagne pour l'élection présidentielle, on veut toucher l'ensemble du public. Les jeunes, les vieux, les femmes, les hommes et toutes les régions. Donc, il faut vraiment utiliser tous les moyens disponibles. Après, il y a quand même des choses qui changent suivant le type de campagne, c'est-à-dire que l'incarnation, elle n'est pas possible pour une campagne présidentielle. Vous n'allez pas rencontrer le candidat tous les jours, comme ça, même si ça peut arriver de temps en temps.

En revanche, les élections locales, là, le candidat ou la candidate peut être en contact direct avec les électeurs et les électrices. Moi, ce qui me frappe aussi dans tout ça, c'est qu'il y a beaucoup d'outils, on a parlé des tracts, on a parlé des affiches, qu'on utilise, qu'on continue à utiliser sans qu'on sache leur efficacité. Et très probablement, alors c'est très difficile, d'un point de vue scientifique, de mesurer par exemple l'influence d'une affiche ou l'influence de tracts. On peut mesurer l'influence d'un meeting ? Non plus, non plus, et pas même l'influence des médias.

Moi, j'ai beaucoup travaillé sur ça, c'est extrêmement difficile d'un point de vue méthodologique si on veut être sérieux sur le plan scientifique. Mais néanmoins, dans les partis politiques, dans les équipes de campagne, on continue à utiliser ces instruments. Et par exemple, la propagande, ce qu'on appelle la propagande imprimée, ça constitue le principal poste dans les grands budgets de campagne pour les présidentielles. Donc le papier est quelque chose d'important. Alors pourquoi on le fait ? Il y a des raisons diverses. Il y a des rituels qui permettent finalement de renforcer la cohésion des équipes, qui permettent de souder les militants dont on aura besoin par la suite.

il y a aussi ce qu'évoquait tout à l'heure mon collègue, c'est-à-dire qu'il faut marquer le territoire, démonstration de force, montrer qu'on est là, qu'on est présent. Ça, c'est par exemple le rôle des tracts. Il y a beaucoup de gens qui ne lisent pas, mais ils voient qu'il y a des militants de tel ou tel candidat.

18:55
Présentateur

Qu'est-ce qui fait, du coup, qu'un électeur va voter pour l'un ou pour l'autre ? On ne peut pas mesurer ni l'efficacité du tractage, ni l'efficacité de l'affiche, ni l'efficacité du meeting. Est-ce qu'in fine, mais j'aurais du mal à vous croire, enfin, ça me semblerait optimiste, est-ce que c'est le programme qui fait finalement qu'il oriente le vote ? Oui, effectivement,

19:14
Invité

ce n'est peut-être pas le programme. En revanche, il y a ce qu'on appelle la science politique expérimentale qui a quand même essayé d'objectiver un petit peu les effets des différentes pratiques de campagne, notamment un collègue qui s'appelle David Gerber et il y a un fameux livre justement, 2006, Getting out of the vote, et ça a beaucoup circulé puisqu'ils concluaient que, pour prendre juste cet exemple très rapidement, en théorie, selon leurs calculs, un électeur sur 14 allait être incité à voter, pas forcément à changer de vote, mais à participer suite à un porte-à-porte alors qu'une affiche n'allait déclencher un effet que dans un cas sur 100 000.

Alors, c'est peut-être ni faux ni vrai, tout ça, mais ça montre un certain nombre de choses, c'est-à-dire, comme l'a dit Thierry, l'interaction directe, pas avec le candidat, quoique au niveau local, c'est possible, mais avec des militants, avec des passeurs, des intermédiaires, des élus locaux, des représentants, peut créer une incitation au vote et pour ce qui concerne, alors effectivement, le programme lui-même, quand même, il est, j'ai fait une réponse brutale et quand même exagérée, le programme, il est quand même très important, pourquoi ?

Parce qu'il est partout dans toutes ces pratiques de campagne, qu'est-ce qu'on fait quand on tracte, quand on colle une affiche, quand on intervient dans les médias, quand on fait du porte-à-porte, on distille des éléments de programme, parfois de manière extrêmement simplifiée, extrêmement courte, pas forcément complète, mais quand même, on distille des mots, on diffuse des mots, des concepts, etc., qui font programme.

et donc les équipes professionnalisées savent présenter le même programme qui va faire 200 pages à la fin en 30 secondes ou en 10 minutes selon le format, selon qu'on est dans un meeting local, d'une campagne locale ou le grand meeting, par exemple Gabriel Attal qu'on a entendu, il avait une heure et donc il aura plusieurs heures mais évidemment, une interaction de porte-à-porte, une minute, il faudra trouver un moyen comme dans le tract ou comme dans un poste de réseau social pour résumer tout ça. Donc le programme est quand même très important mais pas en tant que tel. il est en quelque sorte omniprésent dans les différentes pratiques.

21:26
Présentateur

Bonjour à toutes et tous, cette vidéo est pour vos enfants ou pour les enfants de votre entourage, celles et ceux que vous connaissez. Transmettez-leur le message parce que je souhaite mettre les enfants au cœur de cette campagne et ce n'est pas vrai qu'on améliorera leur quotidien sans en parler avec eux, sans les écouter, sans les consulter. C'est exactement ce qu'on fera ce soir.

21:45
Invité

Votre boîte se porterait mieux s'il y avait la moitié des parts pour les actionnaires, la moitié des parts pour les salariés. Et puis que c'était ensemble que vous décidiez du sort de votre entreprise. Je suis d'accord moi pour qu'il y ait une part pour le capital mais tout le pouvoir ne doit pas être laissé au capital. Victoire à l'instant et vous voyez mon sourire puisque je viens d'apprendre que notre proposition de loi pour réglementer le cadmium, eh bien cette proposition sera débattue à l'Assemblée nationale dans la semaine du 1er juin et c'est grâce à vous, c'est grâce à la mobilisation. Vous voyez le bâtiment derrière moi ?

C'est ici qu'on organise ce samedi 30 mai mon premier meeting présidentiel. C'est gratuit. Depuis trop longtemps, on vous parle de déclin, c'est la sinistroge. Moi, je vais vous parler d'avenir. Il y aura beaucoup de monde, il y aura une ambiance de folie, je compte sur vous.

22:31
Présentateur

Voilà, une promesse d'une ambiance de feu politique du candidat Gabriel Attal. Vous avez peut-être reconnu les voix de Marine Tondelier, de François Ruffin, de Clémentine Autain. Il est 18h43, vous écoutez France Culture, nous sommes dans Question du Soir. Nous nous demandons, nous posons la question de l'utilité du meeting et du renouvellement de ce qui fait une campagne électorale en compagnie de nos deux invités, Laurent Godemer, enseignant-chercheur en sciences politiques à l'université Gustave Eiffel et Thierry Védel, chercheur au centre de recherche politique de Sciences Po Paris.

Thierry Védel, vous souhaitiez dire un dernier mot sur le porte-à-porte et puis après, si vous le voulez bien, on pourra commenter ce que nous venons d'entendre.

23:08
Invité

Tout à fait. Donc là, on évoquait tous les moyens traditionnels de campagne, tract, affiches et porte-à-porte. Alors, la seule chose que je voulais signaler, c'est qu'en France, on a quand même une législation très protectrice des libertés, c'est la loi informatique et liberté qui interdit de faire des fichiers nominatifs, relatifs à vos opinions politiques, religieuses, à vos préférences, ou orientations sexuelles. Et donc, ce qui fait que tout le travail de porte-à-porte est considérablement plus difficile qu'il ne l'est dans d'autres pays.

Je pense à la Grande-Bretagne où moi, j'ai vu plusieurs fois des députés britanniques qui me montraient leur ordinateur avec la liste de tous les électeurs qu'ils ont visités et ils savent pertinemment qui vote quoi. Et le jour de l'élection, c'est ce qu'on appelle les opérations get out vote. On va les chercher si besoin. Enfin, on va chercher ces sympathisants puisqu'on sait exactement qui vote quoi dans le quartier. Donc, en France, on est très loin de ça. On va cibler un quartier où on a a priori des sympathisants et puis, on va essayer de mobiliser ces sympathisants.

24:09
Présentateur

Il y a une spécificité française de la manière de mener la campagne, Laurent Godemer ? Effectivement,

24:16
Invité

comme il y a une spécificité a priori justement à la fois historique, politique et juridique de chaque pays. Il y a un cadre très très fort. On voit très bien qu'en Europe, avec la limitation très très drastique des dépenses de campagne, les campagnes n'ont absolument rien à voir avec les campagnes américaines. Il y a une différence d'échelle considérable et les traditions purement françaises, là, pourrait-on dire, viennent peut-être du fait... Il y a énormément d'élections en France, énormément de niveaux quand même pour... d'échelle électorale. Voilà. Et puis, peut-être deuxième particularité, bien sûr, la centralité de l'élection présidentielle.

En Europe, c'est quand même assez particulier. Et ça, peut-être, pourrait-on conclure, que ça a favorisé peut-être encore davantage des campagnes très personnalisées par rapport, peut-être, à d'autres pays où les parties sont un peu plus importantes, en tout cas plus visibles,

25:13
Présentateur

moins invisibilisées. On a entendu, en quelque sorte, dans le montage qui a été réalisé par le réditeur de notre émission, Vincent Thévenet, ces voix de candidats ou en tout cas d'élus qui s'adressent directement à la communauté. Lorsque le candidat, Gabriel Attal, s'adresse, il dit, voilà, venez me voir. Il se pose déjà devant l'enceinte où il fera le meeting avant que le meeting ait lieu. Alors, bon, c'est peut-être une évidence de poser cette question, mais est-ce qu'en 2026, on peut encore penser faire une campagne électorale comme en 2017 et même en 2022 ?

25:47
Invité

Concernant les techniques de diffusion, non, a priori, il y a beaucoup plus de canaux, beaucoup plus de possibilités de médiatiser sa campagne, comme ça a été dit. En revanche, en effet, les pratiques elles-mêmes, la base des pratiques électorales n'est pas totalement transformée. Comment on aurait pu, par exemple, le penser à l'époque de la crise sanitaire ? Il a été évoqué l'idée que les campagnes se virtualiseraient davantage ou quand l'IA a été utilisée pour la première fois beaucoup dans les campagnes américaines et que ça allait être omniprésent, vous voyez, en 2026, 2027. A priori, Thierry va sûrement donner plus d'éléments sur ce point.

La question de l'IA n'est pas, a priori, pour le moment, pas centrale dans les campagnes électorales. Thierry Bédin ? Oui. Alors ça, on va y venir. Juste un petit mot, si je peux, sur les spécificités des campagnes françaises. Oui, je vous en prie. Oui. Donc, Laurent a parfaitement dit l'imitation des budgets de campagne. On n'est pas du tout dans le même ordre de grandeur qu'aux Etats-Unis. 22 millions d'euros pour un candidat ou une candidate présente aux deux tours de l'élection présidentielle, ce n'est pas considérable. Deuxième chose importante, interdiction de la publicité politique à la télé, ce qui n'est pas le cas partout. Et troisième chose, en revanche...

27:15
Présentateur

Est-ce que ça a du sens à l'heure des réseaux sociaux d'interdire la publicité politique à la télé ? Finalement, la publicité politique est partout sauf à la télé, c'est-à-dire sur tous les écrans sauf à la télé. Oui, c'est-à-dire... C'est-à-dire qu'elle peut arriver de toutes les manières sur les réseaux sociaux, Twitter, Instagram... Oui, mais là je pensais à la publicité politique

27:32
Invité

des spots qui sont consultés par le candidat comme c'est aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, un candidat, il va dépenser facilement 500 millions de dollars en publicité politique, très d'ailleurs concentré sur certains Etats. Et en revanche, en France, on a une spécificité que vous connaissez bien, c'est que les candidats et les candidates à l'élection présidentielle ont un accès facilité aux médias puisque vous devez respecter des règles de pluralisme. À partir du moment où vous parlez d'un candidat ou d'une candidate, vous n'êtes pas obligés de parler des autres. Donc, ce qui facilite l'accès. Ou alors, il n'y a plus d'accès du tout.

Alors, c'est vrai que, et ça va me permettre de faire la transition vers les réseaux sociaux, c'est vrai qu'à une certaine époque, certains se sont dit, au moins sur les réseaux sociaux, on peut faire tout ce qu'on veut. Il n'y a pas de réglementation sur le pluralisme ou sur la publicité. Et ils se sont engagés sur ces vecteurs. Historiquement, d'ailleurs, ce sont les partis dits radicaux, LFI et Rassemblement National qui ont été les plus présents sur les réseaux sociaux.

28:33
Présentateur

Mais on a dit tout de même que pour les dernières élections municipales, un électeur sur six aurait utilisé l'intelligence artificielle pour l'aider dans son choix de vote. Est-ce que ça, ça ne change pas tout, Thierry Védel ?

28:45
Invité

Voilà. Alors après, qu'est-ce que l'intelligence artificielle peut faire ? Alors ça, c'est une question qui passionne les politologues parce que ça fait des années qu'on travaille sur des modèles d'explication du vote. Donc, si l'intelligence artificielle maintenant arrive à comprendre pourquoi on vote pour qui, c'est génial. Et donc, je pense que pour l'instant, on n'a pas encore le modèle parfait. C'est vrai que... Un souci, c'est presque 18%. C'est énormément de personnes. Alors ça ne veut pas dire que ce soit de bons conseils.

Donc, à la base, non, j'imagine parce que c'est un champ de recherche qui existe en sciences politiques depuis une vingtaine d'années où on essaie, si vous voulez, d'aider les électeurs à prendre leurs décisions et ça, c'est basé sur l'idée que, en gros, vous avez intérêt à voter pour des candidats qui vont défendre vos intérêts. Et ce n'est pas toujours comme ça que ça se passe, le vote. Des fois, ça peut être émotionnel, ça peut être affectif, ça peut être juste sur une toute petite question et pas sur l'ensemble de vos intérêts. Voilà, mais c'est un petit peu ça. Et donc, c'est des calculs statistiques de proximité.

Vous rentrez vos préférences et ensuite, par rapport au programme, on vous dit, voilà de quel programme vous êtes le plus proche. Voilà une première utilisation de l'intelligence artificielle.

29:58
Présentateur

Est-ce que, à l'inverse, elle est utilisée par les candidats pour, je ne sais pas, structurer des programmes, écrire des discours, Laurent Godemer ?

30:06
Invité

Oui, oui, tout à fait. Ça, dans le milieu politique, ce n'est pas un secret que l'intelligence artificielle est rentrée très, très vite dans les mœurs comme point de départ, notamment pour défricher des idées ou pour faire une architecture de discours. c'est connu, par exemple, dans les milieux des élus locaux, par exemple, ou des collaborateurs d'élus, des collaboratrices d'élus. En revanche, oui, il y a des usages peut-être nouveaux, comme vous le disiez, par exemple, les usages militants, voilà, par exemple, ce qu'on disait tout à l'heure sur l'argumentation, l'IA va peut-être, ce qu'on appelle l'IA, peut peut-être faciliter la recherche d'arguments plus rapide, etc.

Et même, entre guillemets, peut-être positivement, sans être irénique non plus, peut-être, dans la campagne comme espace de délibération, de discussion, ou dans les familles, on s'échange des arguments. L'IA peut servir, on peut imaginer, des usages, voilà, tout simplement, pour aller plus vite dans la discussion, pour trancher de manière presque scientifique un argument. Et donc, voilà.

Mais quand même, la pratique globale du vote, de la mécanique de détermination du vote, et de l'autre côté, la pratique des campagnes, elle va être légèrement transformée par l'IA, peut-être des éléments de transformation, mais le cœur du travail et le cœur du choix électoral, lui, reste quand même lié aux positions sociales, aux trajectoires personnelles,

31:35
Présentateur

par exemple. Est-ce qu'il n'y a pas un impact également de l'intelligence artificielle sur le jeu, la frontière entre la communication politique d'une part et la manipulation de l'opinion ou la manipulation de l'information de l'autre, Thierry Wedel ? Oui, il y a plein de choses possibles. Il y a eu des exemples pendant la campagne municipale de vidéos, de fausses vidéos, notamment.

31:59
Invité

Voilà, ça c'est une... Déjà, vous faisiez allusion, référence aux discours qui peuvent être écrits de façon artificielle et on peut produire de faux contenus, de fausses informations, mais c'est ce qu'on appelle le defake qui ressemble de plus en plus à la réalité, c'est-à-dire de faire parler tel ou tel candidat ou candidate en lui faisant tenir les propos qu'on veut ou en faisant croire qu'il était à tel endroit. Donc, en renouant ici avec une vieille tradition soviétique des photos truquées de la propagande très ancienne. Finalement, c'est encore une fois rien de nouveau. Oui, sauf que là, maintenant, ça ressemble vraiment à la réalité et que même les spécialistes ont du mal.

Donc, il y a cette idée-là. Je pense qu'aussi l'IA sera et est déjà utilisé dans les stratégies de campagne puisque l'essentiel d'une campagne électorale, c'est d'abord de toucher des gens qui potentiellement peuvent voter pour vous. Donc, il faut les identifier. Et ce n'est pas toujours facile. Alors, on peut faire des modèles, ça existe en fonction de leurs attributs sociaux, de leurs préférences, voire de leurs profils psychologiques. Et là, l'intelligence artificielle peut vous aider à faire ce profilage pour envoyer vers ces catégories d'électeurs qui sont a priori sympathisants un message qui va les concerner et qui va résonner en eux.

33:23
Présentateur

Alors, identifier les électeurs potentiels, comment on fait ? Parce que là, on est en période de pré-campagne et on sent qu'il y a, nous en faisons partie, une sorte de fébrilité médiatique à vouloir déjà commenter la campagne avant la campagne. Comment est-ce qu'on mène une pré-campagne électorale présidentielle, Laurent Godemer ? Quels sont les enjeux pour les candidats à ce moment précis d'une campagne électorale ?

33:47
Invité

Premier enjeu qui est candidat, évidemment. Là, c'est quand même... Là, actuellement, les médias, cette virulité, elle est liée au fait qu'il y a des candidats candidats et des candidats qui ne seront plus candidats et des candidats qui ne sont pas candidats et qui finissent pas être candidats. Et Jean-Paul Masculin a dessin car, justement, on voit qu'actuellement, là aussi, on parlait beaucoup d'évolution mais là, il y a très peu d'évolution. Il y a une très très faible féminisation des campagnes électorales présidentielles, pardon, et pour ce qui est des pratiques qui se mettent en place durant la pré-campagne. Deuxièmement, c'est souvent à usage interne.

L'organisation, Thierry l'a dit aussi, organiser un meeting, c'est quand même un travail. Il y a la SNCF qui participe, l'RATP ici, mais il y a aussi beaucoup de travail militant, d'organisation, des affichages souvent sauvages.

34:44
Présentateur

Est-ce qu'il n'y a pas le risque de saturer trop tôt le paysage médiatique lorsqu'on organise déjà des grands meetings un an avant l'élection présidentielle ? L'idée, par exemple,

34:55
Invité

visiblement, pour être très concret, de Jean-Luc Mélenchon, c'est aussi de, par cette pré-campagne très très active, c'est aussi de désinciter d'autres candidats à se présenter contre lui, à construire une coalition dont il serait le représentant avec vraisemblablement un certain succès. On ne connaît pas encore la suite, voilà justement. D'où l'intérêt médiatique aussi, c'est-à-dire que c'est vraiment, ça peut être feuilletonisé, il y aura des rebondissements, il y aura, voilà, et puis, c'est aussi parce que c'est la première fois qu'il y a vraiment beaucoup de néo-candidats.

Le président ne veut pas se représenter eu égard à la révision de la Constitution, c'est la première fois que ça arrive. Donc c'est vrai que les médias sont toujours attirés, je pense, par ce qui est présenté comme une nouveauté. Et là, pour le coup, il y a effectivement une nouveauté, en dehors du cas de Jean-Luc Mélenchon, a priori, presque tous les autres candidats sont des nouveaux candidats.

35:50
Présentateur

Et on a pu voir que, par exemple, le candidat, ou en tout cas, le candidat putatif, Édouard Philippe, lui, fait la stratégie inverse, c'est-à-dire de ne pas aller trop vite en campagne,

35:59
Invité

Thierry Védel. Oui, donc on est dans une étape de pré-campagne et donc il faut d'abord devenir présidentiable, c'est-à-dire accéder au statut de candidat. je crois qu'une première fonction de toutes les activités politiques, là, c'est d'apparaître déjà dans les sondages et ça va avoir une implication aussi sur le temps que les médias vont devoir consacrer aux candidats puisque c'est souvent proportionnel.

Il y a une autre fonction aussi de cette première période, c'est qu'il faut commencer à récolter des fonds et donc comment on va pouvoir financer sa campagne, soit avoir le soutien d'un grand parti qui va vous apporter une aide matérielle ou des ressources humaines, il y a l'apport personnel, c'est-à-dire un emprunt du candidat ou de la candidate auprès de banques, mais il y a aussi les dons de particuliers. On a vu que c'était des enjeux sur les banques,

36:50
Présentateur

par exemple le RN qui n'arrive pas à chercher une banque

36:54
Invité

sachant que pour des raisons très compliquées à expliquer, en gros il faut que dans le budget d'une campagne l'apport personnel ce soit en gros la moitié du budget. C'est pour des raisons de remboursement, c'est un peu compliqué, mais il faut que ça représente la moitié du budget du candidat ou de la candidate. Donc en effet si la banque ne prête pas on est embêté.

37:13
Présentateur

Est-ce que c'est les campagnes là, enfin les meetings finalement comme ce qu'est en train d'organiser François Ruffin qui passe un entretien d'embauche de présidentiables qui rend présidentiables Laurent Godmer ? Oui, ça n'a pas forcément

37:30
Invité

convaincu tout le monde, après là c'est typiquement une stratégie de distinction du, je ne fâchais personne, du petit candidat qui doit faire parler de lui, qui doit comme il dirait devenir présidentiable, espérer rester dans la course, sachant que là en plus c'est des candidats à une primaire, même si lui il dit qu'il sera quand même candidat jusqu'au bout, etc.

c'est ça aussi l'intérêt médiatique c'est qu'il y a plein de petites histoires pas forcément connectées entre elles et après il y a eu le mérite de tenter quelque chose de nouveau, DRH, oui oui, donc l'entretien d'embauche pour être président, ça c'était aussi je pense l'idée d'avoir un message accessible et proche des classes populaires, etc.

38:15
Présentateur

Bon, une campagne électorale qui reste de toute façon avant comme aujourd'hui une histoire de récits de soi.

Merci beaucoup messieurs d'avoir accepté notre invitation, Laurent Godemer, enseignant-chercheur en sciences politiques à l'université, Gustave Eiffel, Thierry Védel, chercheur au Centre de Recherche Politique de Sciences Po Paris, le Cévi-Pof, merci également à l'équipe de questions de sa première partie, Mathias Megy, Diane Devancet, Juliette Mouelic, Antoine Héral, quant à nous, restez à l'écoute, on se retrouve dans quelques minutes seulement après le Point Info pour la deuxième partie de cette émission, nous parlerons de la réputation non pas politique mais celle des habitants d'un village d'Italie en Toscane au Moyen-Âge.

À quoi servent encore les meetings dans un monde de communication numérique ? — François Ruffin · Pourquijevote