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interviewC à vous (sur YouTube)· 26 janvier 2026 9 min

Police de l’immigration de Trump : excès et mensonges - L’édito de Patrick Cohen

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- B.Chameroy: Bonne émission, Babeth. - A.-E.Lemoine: Tout de suite, l'Edito de P.Cohen.

La police anti-immigration de D.Trump victime de ses excès et de ses mensonges. - P.Cohen: 2 citoyens américains tués en moins de 3 semaines à Minneapolis par des agents fédéraux chargés de la lutte contre l'immigration.

Des manifestants désarmés présentés comme de dangereux activistes, voire comme des terroristes. Un renversement accusatoire poussé à son paroxysme par le patron de la police anti-immigration hier sur CNN. ... - P.Cohen: "Alex Pretti avait très probablement l'intention d'agresser des policiers", a-t-il dit. "Les victimes sont les agents fédéraux", voilà le discours invariable.

Ni condoléances ni excuses ni enquête pour savoir ce qui s'est passé alors que toutes les images disponibles nous montrent un homme maîtrisé et désarmé. Le pistolet qu'il portait à la ceinture venait d'être confisqué. Il a été plaqué au sol et tué sans sommation par 10 coups de feu.

L'homme qu'on vient de voir et d'entendre est depuis des mois le visage implacable de la politique anti-immigration de l'administration Trump. Le 7 janvier, quand un de ses agents a abattu Renee Good, cette mère de famille, il était là et dirigeait une opération à Minneapolis. Quand ces hommes ont arrêté un garçon de 5 ans qui cherchait son père la semaine dernière, il les a défendus. "Nous sommes experts dans la gestion des enfants", a-t-il prétendu.

Il y a quelques jours, des images l'ont montré lançant lui-même un gaz au poivre sur un groupe de manifestants. - A.-E.Lemoine: Et pas d'enquête. - P.Cohen: Pour la mort de Renee Good, seulement celle du FBI, aux ordres de l'administration Trump.

Le FBI a refusé aux policiers du Minnesota toute enquête conjointe et a refusé tout accès aux preuves. Impossible de constituer un dossier criminel. Le policier qui a tiré ne fait pas l'objet de poursuites.

Il n'a sans doute pas été entendu. Aucun juge n'a été désigné. Le vice-président J.D.Vance a promis une immunité absolue.

Le FBI a fait savoir qu'il allait enquêter, mais sur la victime, sur les activités militantes de Renee Good, et sur les agissements de son épouse, qui pourrait être sa complice. Un dévoiement judiciaire qui a entraîné une vague de démissions sans précédent: 6 procureurs fédéraux du Minnesota ont annoncé leur départ. L'enjeu pour la mort d'A.Pretti est d'obtenir une enquête indépendante.

D.Trump n'a pas fermé la porte hier soir à cette question du "Wall Street Journal". Une plainte qui doit être examinée aujourd'hui, sans doute ce soir, par un tribunal du Minnesota, vise à empêcher les autorités fédérales de confisquer ou détruire les preuves du crime. - A.-E.Lemoine: D.Trump est plus prudent qu'à l'accoutumée. - P.Cohen: Plus que son entourage ou que son vice-président, avec une retenue inhabituelle, dans cette brève interview accordée au "Wall Street Journal".

Il a répété qu'il n'aimait pas les tirs et que la situation était examinée. Il a décidé d'envoyer à Minneapolis son conseiller pour l'immigration, moins exposé médiatiquement. Hier soir, B.Obama et B.Clinton ont appelé à un "sursaut pour défendre les valeurs américaines".

Les stars donnent aussi de la voix. G.Close a posté ce message tout à l'heure. ... - P.Cohen: G.Close, mais l'indignation, l'inquiétude qui traversent les Etats-Unis depuis samedi vont bien au-delà des stars hollywoodiennes.

Il faut bien le dire, elles ne comptent pas pour grand-chose dans le débat publique américain. Des responsables américains se sont publiquement émus. Le lobby pro-armes de la NRA dénonce le discours officiel fustigeant A.Pretti, le considérant comme menaçant parce qu'il portait une arme.

C'est un droit absolu aux Etats-Unis, le 2e amendement. A.Pretti n'était pas forcément menaçant pour les policiers qui l'entouraient. - A.-E.Lemoine: L'inquiétude, c'est de voir une démocratie s'enraciner dans la violence? - P.Perrineau: Une démocratie qui perd le principe même qui fait fonctionner toute démocratie...

Associer une vertu morale à la démocratie...

La base de la démocratie, c'est la vertu. Les autres régimes, ce sont d'autres valeurs, en particulier pour le despotisme. C'est la crainte.

Peu à peu, aux Etats-Unis, quand vous écoutez le patron d'ICE, on cherche à imposer la peur. On cherche à imposer la crainte. C'est le ressort du despotisme.

A ce moment-là, on sort de la démocratie. C'est très important pour les Etats-Unis. Comme le disait un président républicain juste après la guerre, Eisenhower: "L'Amérique est grande parce qu'elle est vertueuse, parce qu'elle est bonne.

Quand l'Amérique n'est plus vertueuse ni bonne, elle devient petite." Je crois que l'Amérique est en train de se ratatiner, de devenir quelque chose qui ne va être, bientôt, plus du tout désirable. C'est peut-être cela qui amène le président Trump à être prudent.

Au-delà des vedettes d'Hollywood, quand vous regardez les sondages d'opinion, c'est pas mauvais, c'est très mauvais pour D.Trump. Là, se préparent les élections intermédiaires et Trump n'a pas envie que le Parti républicain soit corrigé.

A ce moment-là, il n'aura plus tout le pouvoir dans le dispositif comme il l'a aujourd'hui, avec une Cour suprême largement à sa botte, un pouvoir législatif aussi et un pouvoir exécutif qui fait n'importe quoi. - P.Cohen: Un petit bémol: les sondages sont effectivement globalement mauvais avec une mauvaise opinion pour ICE, qui dépasse les 60 %, mais dans l'électorat républicain, dans l'électorat de D.Trump, la politique anti-immigration est approuvée à plus de 70 %.

Il y a cette fracture. - P.Perrineau: Vous avez tout à fait raison.

Mais 70, ça veut dire que 30 % des républicains ne sont plus d'accord. Il a gagné, mais de manière courte vis-à-vis de son opposition démocrate. Il doit être extrêmement prudent.

Là est en train de s'introduire dans la population américaine, au-delà des démocrates, des indépendants, même chez certains républicains...

Certains républicains ne sont plus d'accord avec ce qui se passe aux Etats-Unis. - A.-E.Lemoine: A.Muxel, l'élection de D.Trump n'a ému que 1 Français sur 4, mais c'est chez les jeunes que D.Trump fait le plus peur en France. - A.Muxel: Oui.

Cette attitude autoritaire, impulsive, remettant en cause un certain nombre de libertés fondamentales, libertés auxquelles les jeunes sont très attachés, inquiète les jeunes. Les agissements de Trump, qui fait fi du droit, des droits de l'homme, de la justice, des droits internationaux, aussi, avec ses volontés d'annexion, de toute-puissance, finissent par entamer un capital de confiance dans la démocratie, que les jeunes pourraient avoir, et par inquiéter profondément. Trump ne rassure pas.