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interviewyoutube.com· 5 octobre 2016 30 min

Présidentielle 2017 : l'interview augmentée de Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:05
Présentateur

Merci d'avoir accepté cette interview. J'imagine que c'est votre première interview avec un youtubeur.

0:10
Bruno Le Maire

C'est la première. C'est un grand plaisir.

0:12
Présentateur

Ce n'est peut-être pas la dernière, d'ailleurs. Rapide présentation de vous-même pour ceux qui ne vous connaissent peut-être pas encore. Vous avez été ministre de l'Agriculture sous le gouvernement de François Fillon. Vous êtes actuellement député de l'Heure. Et aujourd'hui, c'est la raison de cette interview, vous êtes candidat à la primaire de la droite et du centre. On va parler de sécurité, d'éducation, de numérique, de beaucoup de choses. Mais avant toute chose, beaucoup résument la primaire, un duel entre Nicolas Sarkozy et Alain Juppé. De votre côté, vous souhaitez incarner quelque chose, le renouveau. On l'aura bien compris.

Ma question, plutôt simple, en quoi concrètement votre façon de faire de la politique incarne le renouveau ?

0:46
Bruno Le Maire

D'abord, le duel dont vous parlez, je pense qu'il va lasser à force et que les gens vont exiger autre chose, demander autre chose. Autre chose, c'est le renouveau que je veux porter avec toutes mes équipes. Alors c'est quoi le renouveau politique ? D'abord, c'est une attitude politique vis-à-vis des gens. Plus de simplicité, plus de transparence sur sa pratique politique. C'est des exigences sur la classe politique elle-même, pour qu'elle se renouvelle, qu'elle fasse de la place. Si un jour, on voulait faire de la politique ou les jeunes qui nous regardent veulent faire de la politique, il vaut mieux qu'il n'y ait pas de cumul des mandats.

Il vaut mieux limiter le nombre de mandats dans le temps. Qu'un député, par exemple, ne puisse pas faire plus de trois mandats. Ça fait 15 ans. Déjà, 15 ans député, je trouve que c'est pas mal. On peut s'arrêter après et laisser la place aux autres. Faire la transparence sur son casier judiciaire. Je trouve que c'est important, quand on se présente à une élection, devant les gens, de montrer qu'on est honnête. Et donc de faire la transparence sur son casier judiciaire. Donc c'est d'abord ça, le renouveau que je porte. C'est une approche différente de la politique. Ensuite, c'est la volonté de bousculer les choses. De faire en sorte qu'il se passe enfin quelque chose dans notre pays.

Parce que moi, ce qui me frappe, c'est que dans le fond, la politique, elle tourne en rond. Elle n'apporte pas de solution aux gens. Et il n'y a jamais rien qui change. Et je crois que, que ce soit dans le domaine éducatif, que ce soit pour l'accès à l'emploi, pour l'entrée dans l'université, pour le fonctionnement du collège, il y a mille choses à faire. Il y a l'impression que ça ne bouge jamais. Le renouveau, c'est la volonté d'apporter des solutions concrètes, de transformer concrètement une situation qui, aujourd'hui, ne satisfait personne.

2:33
Présentateur

Alors, justement, avant de parler un peu plus de votre programme, je voulais qu'on apporte votre façon de gouverner. Si vous êtes élu président de la République, vous dites vouloir gouverner par ordonnance pendant trois mois si vous êtes élu. Alors, gouverner par ordonnance pour les abonnés de la chaîne qui ne savent pas forcément, ça veut dire que le Parlement autorise le gouvernement à légiférer à sa place sans consultation pour une durée et des thématiques déterminées. Alors, en l'occurrence, ici, les thématiques, il y a notamment la sécurité, l'immigration et l'emploi. On va y revenir.

Mais est-ce que vous ne pensez pas que toutes ces questions méritent justement tout de même un débat à l'Assemblée nationale ?

3:02
Bruno Le Maire

Alors, le débat, c'est bien, mais c'est bien avant l'élection. Moi, c'est ce que j'ai voulu faire. Dans le quinquennat aussi, quand même. On peut toujours discuter dans le quinquennat. Ne vous inquiétez pas, on ne va pas arriver, taper du poids sur la table, dire « c'est comme ça », « on ne discute pas ». Non, ce n'est pas ça. Mais on a cinq ans. Une fois qu'on est élu, on a cinq ans. Cinq ans, c'est super court. Si vous commencez à patachonner, à discuter avec les uns, discuter avec les autres, « je ne sais pas très bien ce que je veux faire », « on va regarder ». Enfin, le pays va trop mal pour se permettre ça.

Quand on a six millions de chômeurs, un jeune sur quatre qui cherche un emploi et qui désespère de trouver un travail, on n'a pas de temps à perdre. Donc, les ordonnances, c'est pour gagner du temps sur les sujets sur lesquels il y a urgence vitale. Le travail, l'emploi, urgence vitale. Donc, je suis désolé. Moi, je mets mon truc sur la table. J'explique ce que je veux faire avant. Et puis, une fois que nous aurons été élus, avec ceux qui me soutiennent, on mettra ça en œuvre tout de suite, par ordonnance, pour gagner du temps et faire en sorte que ça aille mieux sur le marché du travail pour tous les Français. Après, je précise qu'il y a des choses qui prendront plus de temps.

Transformer en profondeur le système éducatif, on ne va pas le faire du jour au lendemain. Donc là, on va prendre plus de temps. On va discuter aussi. Mais pour tout ce qui est l'emploi, le travail, la sécurité des gens, la lutte contre l'immigration illégale, là, il faut aller vite.

4:20
Présentateur

Vous parlez beaucoup, dans votre livre notamment, de refondation de la démocratie. Alors, par refondation de la démocratie, si j'ai bien compris, vous entendez surtout une réduction du nombre d'élus, la fin du cumul des mandats, vous venez de le dire. Ce qui m'a étonné, c'est que je n'ai pas trouvé grand-chose concernant l'implication des citoyens. Pourtant, c'est un volet majeur de beaucoup d'autres candidats, l'implication directe de la population dans la prise de décision, des principes de démocratie directe ou de démocratie participative. Est-ce que l'on peut refonder la démocratie sans impliquer davantage les citoyens ?

4:47
Bruno Le Maire

Alors non. Non, tu as entièrement raison. Il faut les impliquer davantage. Mais je vois beaucoup d'idées pas très claires, pas très précises sur le sujet. Et je pense que le renouveau politique, justement, c'est de mettre carte sur table. Dire clairement aux gens ce qu'on fait, comment on le fait. Impliquer les citoyens, c'est d'abord préparer son projet avec les citoyens. Le contrat présidentiel que j'ai sorti, qui fait plus de 1000 pages, donc c'est un gros boulot, je ne l'ai pas fait tout seul dans mon coin le soir, là, en rédigeant mes propositions. Et je n'ai pas embauché une armée de technocrates qui se sont enfermés entre quatre murs.

Non, c'est les gens, c'est les gens qui m'ont dit ce qu'ils voulaient. C'est les médecins qui m'ont dit, voilà, nous on a un problème, on voudrait avoir une rémunération qui dépend de notre activité. On ne veut pas de ce qu'on appelle le tir payant généralisé qui nous oblige à faire des papiers administratifs.

5:39
Présentateur

Mais concernant les cinq années à venir, si jamais vous êtes élu, est-ce que vous comptez impliquer les citoyens davantage à la prise de décision ?

5:43
Bruno Le Maire

Bien sûr, moi je compte les impliquer davantage de deux manières. D'abord, je veux qu'ils puissent contrôler davantage la mise en œuvre du contrat présidentiel. Et on aura à la présidence de la République une équipe qui n'aura comme seule mission que de vérifier que le contrat présidentiel soit mis en œuvre. Et les citoyens pourront saisir cette équipe pour dire, attendez, vous nous avez promis ça, là, c'est page 30, c'est pas mis en œuvre, qu'est-ce que vous fabriquez ? Réveillez-vous ! C'est très important de rendre des comptes et de mettre un peu l'épée dans les reins de ceux qui gouvernent. Et puis il y a une autre proposition, très forte, très concrète.

Si 500 000 personnes, parce qu'il faut mettre un seuil élevé, se rassemblent dans une pétition sur Internet et disent, voilà, sur cette loi, on n'est pas d'accord. Il y a un vrai problème, on veut modifier la loi, c'est ce qu'on appelle un amendement. Eh bien si 500 000 personnes se rassemblent sur Internet pour contester une loi, proposer un amendement à cette loi, donc la modifier, eh bien l'amendement devrait être obligatoirement examiné par l'Assemblée nationale.

6:43
Présentateur

Ça veut dire que pour la première fois... Si on a eu le contrat de travail, il y a des millions de personnes qui ont signé...

6:48
Bruno Le Maire

C'est justement parce que c'est peu que ça sera efficace, que tu pourras, vous pourrez, le jour où il y aura une loi portant sur le temps de travail, par exemple, des enseignants. Si certains estiment que la proposition de 20 heures que je propose pour le collège et le lycée, 20 heures pour les enseignants, c'est trop ou c'est pas assez, que certains veulent 22 heures, il y aura une pétition, il y aura 500 000, 600 000, 700 000 citoyens qui diront, ah ben nous on voudrait que les enseignants travaillent 22 heures par semaine, et cette proposition, elle sera obligatoirement examinée par l'Assemblée nationale.

7:24
Présentateur

Très bien. Il y a un autre politique qui souhaite, en tout cas c'est ce qu'il dit, renouveler la façon de faire de la politique, c'est Emmanuel Macron, mais lui pense qu'il faut dépasser le clivage gauche-droite. Est-ce que vous pensez que ce clivage a encore un sens aujourd'hui ?

7:36
Bruno Le Maire

Moi je crois que ça a du sens, oui. Je crois que, je vais même te dire, je pense que effacer le clivage, ça fait monter le Front National. Parce que quand tout ce qu'on fait, on se dit, ben attendez, si la gauche c'est la droite, et qu'on est satisfait ni de la gauche ni de la droite, ben qu'est-ce qui nous reste comme option ? Il ne reste que le Front National. Donc je crois au contraire qu'il faut retrouver un clivage gauche-droite, dans le respect, mais on n'a pas tous les mêmes idées, c'est très bien comme ça. Prend le collège unique, la gauche elle est favorable au collège unique, c'est-à-dire la même formation pour tous.

Moi je suis défavorable, je propose un collège diversifié, ben c'est très bien, on a un débat, mais la gauche c'est pas la droite, la droite c'est pas la gauche. Et c'est comme ça qu'on arrive à avoir un vrai débat démocratique, qui soit intéressant, et puis qui évite que les extrêmes soient la seule alternative au gouvernement en place.

8:27
Présentateur

Je voudrais qu'on parle un peu des questions liées au terrorisme, à la sécurité. On le sait, les pires décisions sont souvent prises dans la peur, parce que la peur peut être un instrument politique, et parce que la population est souvent prête à tout pour se protéger, quitte à accepter n'importe quoi. Comment fait-on pour garder raison, pour ne pas se perdre dans notre réponse au terrorisme ?

8:46
Bruno Le Maire

Ça c'est une question très difficile, vraiment très difficile, parce qu'il faut mesurer le traumatisme que c'est pour tout le monde. Ça est pour toi, ça est pour moi, j'ai des enfants, j'ai une famille. Et évidemment quand je vois des policiers à la sortie des écoles, des militaires à la sortie des collèges, voilà, ça ne me rassure pas, je me dis, on est vraiment dans une situation qui est terrible. Ça peut frapper tout le monde, à n'importe quel moment, n'importe quand.

Je pense que la responsabilité de celui qui veut diriger la France, celui qui est le chef de l'État, c'est justement de faire preuve de sang-froid, de ne pas céder à la peur, de regarder ce qui est efficace et d'apporter des réponses avec une seule, une seule obligation, mieux protéger les Français. Moi je pense que pour mieux protéger les Français face au terrorisme, le plus important est qu'on puisse interpeller les individus avant qu'ils commettent les actes terroristes. Alors c'est pas simple, c'est quelqu'un qui n'a rien fait par définition, pourquoi est-ce qu'on l'arrêterait ?

Il faut simplement s'assurer qu'une personne qui a des liens avec le terrorisme, des liens avec une organisation terroriste, qui va consulter des sites de djihadistes, enfin je ne sais pas ni toi ni moi, on va consulter des sites djihadistes, donc si on va consulter des sites djihadistes, ça représente une menace, il faut que le juge, et je dis bien le juge parce qu'on est dans un état de droit, puisse demander qu'on interpelle et qu'on incarcère cet individu, qu'on le mette en prison pour qu'il ne puisse pas commettre son acte.

10:13
Présentateur

On ne peut pas incarcérer toutes les personnes qui consultent des sites terroristes, c'est impossible en termes de capacité.

10:18
Bruno Le Maire

Non, mais je pense que si on a un individu qui consulte des sites terroristes, qui a passé un coup de fil à un individu qui a déjà eu affaire avec le terrorisme, qui a eu des communications avec des personnes en Syrie, si on a un faisceau d'indices comme ça, plusieurs indices qui se recoupent, qu'on se dit tiens, cette personne, elle peut être dangereuse, qu'est-ce qu'on fait ? Et c'est là la responsabilité politique la plus essentielle. Qu'est-ce qu'on fait face à une situation qui peut menacer les Français ?

Moi, ma réponse était très claire, s'il y a un faisceau d'indices qui montre que cet individu peut être dangereux pour les Français, même s'il n'a rien fait, même s'il n'a rien fait, il doit être interpellé et mis en prison. Parce que face à cette penace terroriste, on doit être capable de prendre des mesures d'exception.

11:04
Présentateur

Très bien. Vous évoquez dans une tribune dans le Figaro récemment, en parlant de la religion, des provocations militantes et politiques de certains. Où est la frontière ? Comment faites-vous la distinction entre quelqu'un qui pratique sa religion et quelqu'un qui provoque ?

11:19
Bruno Le Maire

Ce n'est pas facile. Et ça demande, là aussi, beaucoup de clarté dans le jugement. Comme je suis beaucoup plus âgé que toi, en 2004, on a eu un débat, qui était un beau débat sur la question des signes religieux à l'école. En 2004, c'était il y a 12 ans, donc tu devais avoir 7 ans. Je ne suis pas sûr que tu t'intéressais à l'époque sur la question des signes religieux à l'école. Mais moi, j'étais dans le débat et je travaillais avec Jacques Chirac. Et on a eu des échanges au sujet en se disant, mais on voit que le port de signes religieux, comme par exemple le foulard islamique, progresse à l'école. Qu'est-ce qu'on fait ?

Est-ce qu'on laisse faire en disant que c'est trop compliqué, c'est trop difficile ? Ou est-ce qu'on dit, voilà, ce n'est pas compatible avec la laïcité ? C'est-à-dire avec le respect de ceux qui croient et de ceux qui ne croient pas. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui ne croient pas. Il faut les respecter.

12:14
Présentateur

Mais est-ce que le foulard, pour autant, est une provocation de ceux qui pratiquent la religion ?

12:18
Bruno Le Maire

Je pense que pour tous ceux qui ne pratiquent pas, tous ceux qui ne croient en rien, un signe religieux trop ostensible, c'est une provocation. Et donc, sur l'école, on a eu un long débat qui a été très difficile, très animé. On a adopté une loi. Et dans le fond, ça a calmé les choses. Ça a permis de calmer les choses. On dit, voilà, à l'école, il y a des règles. On ne porte pas de signes religieux ostensibles. Et ça a calmé les choses.

12:41
Présentateur

Et c'est là, quand même, qu'on voit la difficulté. Parce que la question du foulard, très simplement, pour moi, ce n'est pas une provocation ni militante ni politique. Et en ce sens, voilà, où est la frontière ? Et à partir de quel moment est-ce qu'on dit ? Alors maintenant, là, c'est trop et c'est une provocation.

12:57
Bruno Le Maire

C'est le débat que je propose qu'on ait dans les mois qui viennent, après l'élection en 2017. Non, mais c'est super important. Après l'élection en 2017, moi, je propose qu'on ait un débat sur l'université, les préfectures, les caisses d'allocations familiales, les hôpitaux. Qu'est-ce qui est acceptable comme signe religieux ? Qu'est-ce qui ne l'est pas ? Qu'on ait le même débat. Parce que tu dis foulard, mais il y a plein de choses. C'est moi qui l'avais dit, c'est pas moi. Non, mais il y a foulard, il y a hijab, il y a niqab, il y a plein de choses qui sont très différentes. Il faut en parler. Il faut regarder ce que ça signifie, ce qui est acceptable et ce qui n'est pas acceptable.

Et qu'on fixe une limite. Dans une société, il faut des limites. C'est extraordinairement important de fixer des limites. Parce que s'il n'y a pas de limites du tout, tout d'un coup, il va y avoir des prières dans les universités, dans les couloirs des universités. Il y a le problème des prières qui se développent dans les entreprises. Ça pose des problèmes aux entrepreneurs. Ils disent, mais on accepte, on n'accepte pas ? Moi, je propose qu'on commence par tout ce qui est services publics, universités, hôpitaux, caisses de l'allocation familiale, préfectures, et qu'on dise, voilà ce qui est acceptable, voilà ce qui ne l'est pas. On fixe une ligne et on rappelle les règles.

14:05
Présentateur

Très bien. Dans votre livre, vous expliquez que le tout sécuritaire n'est pas une réponse au terrorisme. C'est pourquoi vous parlez d'une reconquête éducative. Par quoi passe cette reconquête éducative ?

14:15
Bruno Le Maire

Ça passe d'abord par une chose toute simple, c'est rendre la fierté à tous nos enfants d'être français. Moi, je suis très frappé de voir, je ne sais pas si tu connais les États-Unis, mais un petit Américain, n'importe quel petit Américain, putain, être Américain, c'est la classe. Il est fier. Moi, je voudrais que n'importe quel Français, dans n'importe quelle école de France, se dise, putain, je suis Français. C'est la classe. C'est ça qui compte le plus. Si on développe le rejet de la France, le rejet de notre histoire, le rejet de notre langue, qu'est-ce que tu veux ?

Tu peux avoir demain des jeunes qui ont 19, 20, 21 ans, qui méprisent la France, qui n'aiment pas la France, et qui, du coup, vont trouver dans le combat contre la France une identité qui leur est propre. C'est contre ça qu'il faut lutter. Les racines du terrorisme, de ce terrorisme auquel on doit combattre aujourd'hui, elles sont très profondes, parce que ce ne sont pas des gens qui viennent de 1 000 ou 2 000 km de France, c'est des personnes qui ont été élevées en France, dans l'école française, mais qui n'ont pas trouvé dans l'école française la fierté qu'ils auraient dû y trouver, l'amour de notre pays, le respect de la langue, l'amour de notre histoire. C'est par là que ça commence.

15:38
Présentateur

Page 140 de votre livre, Ne vous résignez pas. Tu as bien lu, là. Vous écrivez, hier, nos jeunes rêvaient de devenir fonctionnaires, demain, ils rêveront de construire leur vie de manière autonome, sans rendre de compte à personne, sinon à leur talent et à leur rage de gagner. Comment comptez-vous transformer le système éducatif et le faire passer d'une école qui prépare, selon vous, à être fonctionnaire, c'est ce que vous dites, à une école qui permette aux jeunes d'entreprendre et exprimer leurs talents ?

16:03
Bruno Le Maire

D'abord, tu es le bon exemple du jeune qui a entrepris, qui a créé sa propre boîte et qui réussit. Quand j'avais ton âge, je pense que le rêve de beaucoup de jeunes de mon âge, c'était soit de devenir fonctionnaire, soit d'être salarié dans un grand groupe pour être pépère tranquille pendant 30 ans.

16:20
Présentateur

Ce n'était pas d'être youtubeur, effectivement.

16:21
Bruno Le Maire

Non, ce n'était pas d'être youtubeur. Donc, c'est une évolution formidable. Et moi, je trouve fantastique quand je vois des jeunes de ton âge, tous ceux que j'ai vus partout en France, soit à Nancy, à Saint-Etienne, à Lille, partout, des gosses qui ont 19, 20, 21 ans, qui créent leur entreprise, qui investissent, c'est extraordinaire. Donc, déjà...

16:39
Présentateur

Et concrètement, qu'est-ce que vous souhaitez changer à l'école pour qu'elle permette aux jeunes d'entreprendre ?

16:43
Bruno Le Maire

Je veux que l'école reconnaisse le talent de tous les enfants. Voilà, c'est tout.

16:45
Présentateur

Et comment ça passe par...

16:46
Bruno Le Maire

Ça passe, très concrètement, en sixième, à l'entrée au collège. Huit heures d'options, on va être très précis, dans lesquelles chaque enfant pourra choisir ce qu'il souhaite avoir comme activité. Si ce qui le branche, c'est le code, il fait du code. Si ce qui le branche, c'est la mécanique industrielle, il découvre la mécanique industrielle. Si ce qui le branche, c'est la boulangerie, il va découvrir la boulangerie. Où est le problème ? Après, il passe en cinquième. S'il veut changer d'option et que tout d'un coup, il s'est dit « Tiens, le latin, en fait, c'est ce qui me branche », il apprendra le latin. Il prendra le latin en option.

Mais c'est fou comme on enferme les gens en France dans des étiquettes et dans des parcours tout faits. On a le sentiment que dès l'âge de 5 ans, on dit « Voilà, celui-là, il faut absolument qu'il aille faire polytechnique parce que c'est la seule chose qui va dans notre pays ». Mais non, il y a plein de talents, il y a plein d'intelligences différentes. Il faut juste les éveiller. Et c'est ça, pour moi, le rôle de l'école. C'est éveiller le talent que chaque enfant porte au plus profond de lui. Ce n'est pas lui imposer une seule voie et un seul parcours.

17:46
Présentateur

Est-ce qu'à mettre fin au collège unique aussitôt, à mettre fin à une éducation qui est la même pour tous aussitôt, est-ce qu'il n'y a pas un risque finalement d'amplifier les inégalités dès le plus jeune âge ? On va avoir justement une personne qui va être destinée à tel métier. Dès le plus jeune âge, en fait, il va rentrer dans cette voie-là.

18:04
Bruno Le Maire

Ce qui est drôle, c'est que c'est un reproche qu'on me fait souvent. Première chose que je ferai observer, c'est que jamais les inégalités sociales n'ont été aussi puissamment reproduites par le système scolaire. Donc, c'est une faillite. Je suis désolé, moi, je le dis très simplement. Ça ne va pas.

18:20
Présentateur

Peut-être que la faillite est au-delà. Elle est peut-être au niveau du lycée ou de l'université.

18:23
Bruno Le Maire

Non, la faillite, elle est... Je vais te dire, la faillite, elle est dès le primaire, avec des enfants qui n'apprennent pas correctement le français, qui n'ont pas les notions de calcul mental suffisamment solides pour rentrer en sixième. Et malgré tout, on a 20-25% des enfants, ils rentrent en sixième, ils ne parlent pas correctement le français, ils n'écrivent pas correctement le français et ne maîtrisent pas bien le calcul mental. C'est un échec total. Donc, ce que je propose, ce n'est pas de l'orientation précoce. Ce n'est pas de dire, voilà, vous faites de la mécanique industrielle dès la sixième, vous avez vocation à devenir mécanicien industriel.

C'est découvrir le talent qu'on porte en soi. Et pour éviter qu'il y ait de la reproduction sociale. Parce que ça, c'est un vrai combat que je veux livrer. Pour que n'importe quel enfant de France, où qu'il soit né, quelle que soit son origine, quel que soit son milieu de départ, puisse réussir. C'est mon combat fondamental. Eh bien, d'abord, il faut assurer la maîtrise des bases. Le français, le calcul mental, OCP, aux primaires, pour que chacun ait la même base. La deuxième chose, c'est que dans ce collège diversifié, il y a des huit heures d'options. Et puis, il y a le tronc commun. Et on doit s'assurer que le tronc commun, il est bien maîtrisé par tout le monde.

Et s'il faut un accompagnement personnalisé des enfants qui décrochent, qui sont en difficulté sur le tronc commun, on renforce l'accompagnement. Et ensuite, quand on arrive plus tard au lycée, au lycée professionnel que je veux transformer en profondeur, on garde dans ce lycée professionnel la possibilité d'avoir aussi des matières qui ne soient pas des matières professionnelles. Donc moi, le combat contre les injustices sociales, le combat contre la reproduction sociale, c'est un de mes grands combats. Mais ce que je constate, c'est qu'aujourd'hui, l'éducation nationale, c'est une faillite complète de ce point de vue-là. Il faut peut-être penser les choses différemment.

20:04
Présentateur

Alors concernant l'université maintenant, il y a un problème que beaucoup d'entre nous connaissons, c'est la surcharge des amphis. Dans beaucoup d'universités, il manque quasi systématiquement des places assises pour tout le monde. Et plus généralement, en fait, on assiste à un manque de moyens engagés dans beaucoup d'universités pour permettre de suivre des études convenablement. Que comptez-vous faire pour répondre à ces problèmes ?

20:23
Bruno Le Maire

Je pense qu'il faut toucher aux droits d'inscription dans les universités. Et qu'il faut accepter que chaque université fixe le montant de ses droits d'inscription librement. Ça, c'est une manière de dire, voilà, il faut réinvestir dans les universités. Ça coûte cher. Bien sûr qu'il faut des amphis qui soient de qualité. Bien sûr qu'il faut avoir des bibliothèques qui soient en bon état. Enfin, travailler dans de bonnes conditions pour un étudiant, c'est absolument essentiel. Et ce que je constate, c'est que du temps où j'étais à l'université jusqu'à maintenant, rien n'a changé. C'est-à-dire qu'on arrive, si on n'arrive pas à la bibliothèque à 8h30, à 9h30, c'est archi-bondé.

On n'a plus qu'à se foutre dans un coin, sous le tabouret, sous la table. On travaille dans de mauvaises conditions. Enfin, ce n'est pas possible. Ce n'est pas digne d'un grand pays comme la France. Quand on voit les universités allemandes, britanniques, américaines, chinoises, on se dit que peut-être on pourrait, nous qui sommes une grande nation de formation et éducation, mettre les moyens là-dessus. Donc pour moi, la bonne réponse, c'est d'abord les droits d'inscription, sachant qu'on laisse la liberté aux universités, mais il faut fixer un plafond pour qu'on n'arrive pas à des sommes totalement délirantes qui seraient inaccessibles pour beaucoup d'enfants.

La deuxième chose, c'est que si on augmente les droits d'inscription en laissant la liberté aux universités de définir ces droits, il faut aussi renforcer les bourses. Ça, c'est la contrepartie pour que ceux qui viennent des familles les plus modestes puissent quand même avoir accès à l'université et qu'ils ne soient pas bloqués par le montant des droits d'inscription.

21:52
Présentateur

Vous proposez une revalorisation des bourses ?

21:54
Bruno Le Maire

Oui, pour les bourses, pour tous ceux qui viennent des milieux les plus défavorisés, il faut revaloriser les bourses. Et puis continuer avec les bourses au mérite, qui moi, je trouve, était une très bonne chose. C'est une erreur du gouvernement de supprimer les bourses au mérite. Je trouve ça formidable d'aller récompenser ceux qui ont eu les meilleurs résultats et qui ont le mieux travaillé. On peut ensuite réfléchir aussi à tout ce qui est financement long des études par des crédits appropriés. Moi, je suis prêt à ouvrir la discussion là-dessus, parce que je sais que beaucoup de jeunes empruntent pour payer leurs études.

Est-ce qu'on peut accompagner ce mouvement pour que ça se fasse dans des conditions plus favorables pour les étudiants ? Moi, je suis prêt à discuter de ça.

22:30
Présentateur

J'aimerais vous parler d'un autre sujet qui préoccupe beaucoup les jeunes, c'est le logement. La difficulté à trouver, un logement décent et abordable, particulièrement dans les grandes villes comme Paris, où le loyer est souvent très élevé. Même question, quelles solutions comptez-vous apporter à ce problème ?

22:44
Bruno Le Maire

Je propose un système de garantie bancaire, justement, qui permettra à des étudiants, même s'ils n'ont pas les cautions suffisantes, par l'intermédiaire de ce qu'on appelle la caisse des dépôts et consignations, d'avoir une garantie bancaire qui leur permettra de se loger plus facilement. Je voudrais aussi qu'on révise le montant de l'apport qu'il faut apporter quand on veut acheter. Alors, ça concerne moins les étudiants, ça va en général un peu plus tard dans la vie. Mais pour ceux qui achètent pour la première fois leur logement, qu'on puisse avoir un apport moins élevé par rapport à ce qui est exigé aujourd'hui, avec aussi un système de garantie bancaire.

Cette question du logement, elle est cruciale pour les étudiants. Absolument cruciale. Je fais un certain nombre de propositions, mais on peut continuer à en discuter parce que toutes les idées nouvelles sont les bienvenues là-dessus.

23:29
Présentateur

J'ai l'impression qu'on se dirige vers un monde du travail de plus en plus flexible, mais aussi de plus en plus précaire, où les CDI se feront de plus en plus rares, où chacun aura à changer d'emploi fréquemment. Alors, à la fois, ça peut être stimulant et excitant de se dire qu'on va pouvoir évoluer dans plusieurs milieux au cours de notre carrière. Et d'un autre côté, ça veut aussi dire une extrême précarité, et surtout pour les jeunes peu ou non qualifiés. Est-ce qu'on doit se résoudre à une précarité à vie ?

23:50
Bruno Le Maire

Non. Non, mais là encore, c'est la même remarque que je te ferais par rapport à ceux qui me disent « Ah, attention, les inégalités sociales, la reproduction sociale ». Mais c'est la réalité aujourd'hui. « L'école reproduit les inégalités sociales ». Donc ceux qui veulent conserver le système conservent les inégalités. Moi, je propose des changements en profondeur pour mettre fin à ces inégalités. Là, c'est la même chose. La précarité, c'est maintenant. Enfin, je suis désolé, je le constate, la précarité pour les jeunes, c'est maintenant. Elle peut être accentuée. Oui, mais enfin, c'est difficile d'accentuer plus. Un jeune sur quatre qui est au chômage.

Ceux qui sont les moins qualifiés, un jeune sur deux qui est au chômage. Enfin, honnêtement, c'est quoi la précarité, sinon le chômage ? La première des précarités, c'est le chômage. Et notre pays, depuis 30 ans, a été incapable d'apporter une réponse au problème du chômage des jeunes. Quand je propose de transformer en profondeur le lycée professionnel, les centres de formation des apprentis, en école de métier, avec 100% d'employabilité à la sortie, c'est une réponse à ce problème du chômage des jeunes. La deuxième chose, c'est que quasiment tous les jeunes, ils commencent par un CDD. Et toutes les embauches, aujourd'hui, ça commence pratiquement par un CDD.

Ça fait, effectivement, beaucoup de précarité parce qu'on renouvelle son CDD, puis on passe à une mission d'intérim, et puis à nouveau un CDD. Et du coup, on met 3 ans, 4 ans, 5 ans avant de rentrer vraiment dans la vie active et d'avoir un CDD. Moi, je propose de supprimer tous les CDD tels qu'ils existent aujourd'hui et de mettre à la place ce que j'appelle un contrat objectif défini d'une durée maximale de 3 ans, renouvelable 5 fois, qui permettra progressivement aux salariés d'entrer vers le CDI. Pourquoi ? Parce qu'à chaque renouvellement, on va augmenter la prime de précarité du salarié.

Donc à chaque renouvellement, le salarié va se rapprocher du CDI puisque l'employeur, il aura intérêt, puisque la prime de précarité sera trop élevée, de l'embaucher au bout du compte en CDI. Le contrat objectif défini, pour moi, c'est le SAS qui doit permettre à un jeune d'entrer dans le CDI sans se trouver en situation de précarité.

25:55
Présentateur

Est-ce qu'il n'y a pas un risque qu'une fois la prime de précarité trop élevée, l'employeur se débarrasse de ce jeune et finalement en prenne un autre et recommence avec cette prime de précarité ?

26:08
Bruno Le Maire

Ça, c'est ce qui arrive aujourd'hui puisqu'on a des renouvellements qui sont moins fréquents. Donc au bout du compte, on se débarrasse de la personne et on passe à une autre personne. Moi, je pense qu'à partir du moment où on renouvelle trois fois, quatre fois un contrat pour un jeune, honnêtement, je pense que c'est parce qu'il fait l'affaire qu'il est doué, qu'il est compétent et qu'il travaille bien. On ne renouvelle pas le contrat de quelqu'un qui ne fait pas bien son job.

Donc si on accepte de le renouveler trois fois, quatre fois, cinq fois, de le payer plus avec la prime de précarité, c'est tout simplement qu'on se dit au bout du compte, ce gars-là, il fait l'affaire, et je vais l'embaucher en CDI à la fin de cette période-là.

26:47
Présentateur

J'ai une dernière question pour terminer, une question que je compte poser à tous les candidats qui seront interviewés ici. Je voudrais qu'on termine sur une note positive. Ma génération va donc voter pour la première fois aux présidentielles en 2017. Selon vous, quelles sont les raisons d'espérer encore en la politique aujourd'hui ?

27:03
Bruno Le Maire

Toi.

27:04
Présentateur

Moi, je ne compte pas faire de la politique.

27:06
Bruno Le Maire

C'est ça les raisons d'espérer. Quand je dis toi, c'est toute la génération qui vient que je trouve scotchante. Vraiment scotchante. Elle est plus cool, elle est plus ouverte, elle est plus créatrice que ma génération au même âge. Nous, on était encore super coincés dans des schémas, dans des idées toutes faites, dans des filières bien tracées. Et toi, tous les jeunes que j'ai rencontrés qui ont 19, 20, 25 ans, vous avez cassé tous ces codes. Vous avez fait tomber tous ces murs. Vous avez des manières de travailler qui sont exceptionnelles. On peut avoir un ingénieur qui va travailler avec un codeur, qui va travailler avec un charpentier. Tout ça ensemble dans une fab lab.

C'est extraordinaire. Enfin, des intelligences qui se brassent et qui créent quelque chose ensemble, c'est quand même quelque chose de fabuleux. Vous êtes plus ouverts, moins coincés sur un certain nombre de sujets. Vous êtes très souvent plus respectueux, plus à l'écoute. Je trouve que c'est une chance absolument exceptionnelle. Et si moi, je suis autant engagé en politique et totalement déterminé, tu as compris, à gagner cette élection, c'est que je veux que cette génération qui vient puisse se dire c'est en France que je vais rester. C'est en France que je vais construire ma vie.

Parce que le seul truc qui me désespère, c'est quand je vois des gamins qui ont ton talent, qui partent de France en disant « Désolé, moi, je créerais bien ma start-up là, mais je vais me faire tondre la laine sur le dos une fois que j'aurai gagné un peu d'argent, donc je m'en vais. Je créerais bien ma boîte là, mais c'est tellement lourd, tellement compliqué, je préfère partir. » Donc je veux vous donner à cette génération qui vient, qui est pour moi le vrai espoir pour la France, je veux lui donner toute la possibilité de réussir dans le secteur qu'elle veut, librement, de manière beaucoup plus ouverte, que c'est le cas depuis des années.

28:49
Présentateur

Très bien. Alors ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup Bruno Le Maire. Merci aussi à Clément Lanneau pour la réalisation, à Léo Henry et Pierre Rochette qui l'ont aidé. Merci à Yannis Samzali, à Grégoire Lefebvre, à Léo Boxelet qui m'ont aidé à la préparation de cette interview et au Tank qui nous a accueillis aujourd'hui ici. Si cette vidéo vous a plu, vous pensez, n'hésitez pas à vous abonner et à laisser un petit pouce bleu comme d'habitude, ça ne change pas. Merci, encore merci Bruno Le Maire. Merci à toi Hugo. On va suivre la campagne avec grande attention et en tout cas, on se dit à très vite.