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InterviewC à vous (sur YouTube)· 12 octobre 2022 9 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesSolidarités & familleJusticeTravail & emploi

François Ruffin face aux limites de la stratégie du chaos - C à Vous - 12/10/2022

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Face à la stratégie de blocage à l'Assemblée Nationale, le fait d'envisager l'utilisation du 49.3, vous vous dites aussi que c'est le gouvernement qui passe en force ?

  • 1:26OuverteRéponse directe

    Ça, c'est dans la colonne recette. Mais dans la colonne dépense, qu'est-ce qui vous défrise particulièrement dans ce budget ?

  • 2:03RelanceRéponse partielle

    J'ai pas vu 3 000 créations de postes ?

  • 2:36OuverteRéponse directe

    Revenons à l'actualité. 23e jour de grève dans les raffineries et dans les dépôts de carburant.

  • 2:54OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qu'on fait du coup si on n'a même plus le droit de faire grève ? Qu'est-ce que c'est que cette république-là ?

  • 4:49OuverteRéponse directe

    Mais là, il y a un début. La majorité a déposé un amendement qui veut instaurer une contribution exceptionnelle sur les super-profits des industries pétrolières.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:39Invité politiqueFait
    « La loi, elle ne se fait pas à l'Assemblée Nationale. La loi, elle est décidée par le président de la République. »
  • 1:05Invité politiqueChiffre
    « On décide de supprimer la CVAE. Alors, c'est un nom technique, mais la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises, à hauteur de 8 milliards d'euros. »
  • 1:17Invité politiqueChiffre
    « Il y a déjà eu 42 milliards de cadeaux qui leur étaient destinés. On rajoute 8 milliards de cadeaux dans un temps d'investance commune. »
  • 1:49Invité politiqueFait
    « Qu'est-ce que je vois dans le budget ? Il n'y a aucun progrès de ce côté-là. »
  • 1:55Invité politiqueChiffre
    « Elle va continuer à être payée 804 euros par mois. »
  • 3:46Invité politiqueChiffre
    « On est passé de 3% à 6,5%. Quand on dit ça, ces 3%-là, ça représente des dizaines de milliards d'euros. »
  • 4:35Invité politiqueChiffre
    « On n'a pas un PDG de chez Total qui s'augmente de 52% l'année dernière. »
  • 5:07Invité politiqueChiffre
    « Cet amendement, il est chiffré par Bruno Le Maire lui-même à 200 millions d'euros. »
  • 5:12Invité politiqueChiffre
    « Les bénéfices de total sur 6 mois et de seulement total, c'est 10 milliards d'euros. »
  • 6:39Invité politiqueFait
    « Elle n'a plus, pour elle et pour ses enfants, qu'un pack de lait à la place de deux. »
  • 7:05Invité politiqueChiffre
    « Pour un tiers des Français, on ne sent rien à la crise. »
  • 7:22Invité politiqueChiffre
    « Vous avez 40% des Français qui sont à découvert tous les mois. »

Temps de parole

  • François Ruffin87 %
  • Invité9 %
  • Présentateur3 %

4,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Face à la stratégie de blocage à l'Assemblée Nationale, le fait d'envisager l'utilisation du 49.3, vous vous dites aussi que c'est le gouvernement qui passe en force ?

0:07
François Ruffin

C'est l'évidence.

0:09
Invité

C'est la lâcheté, d'ailleurs, c'est ce que vous aviez qualifié déjà l'utilisation du 49.3 de lâcheté.

0:13
François Ruffin

Vous savez, moi je ne veux pas surjouer ce qui se passe à l'Assemblée Nationale. Pour moi, ce n'est pas là où ça se passe. Non, ce n'est clairement pas là où ça se passe. Vous savez, je le sais, je vous l'ai répété depuis 5 ans, je ne vais pas vous dire autre chose. Qu'est-ce que c'est ? La loi, elle ne se fait pas à l'Assemblée Nationale. La loi, elle est décidée par le président de la République. Elle est fabriquée par les ministères. Elle est enregistrée à l'Assemblée Nationale. Nous sommes une chambre d'enregistrement. C'est ce qu'un constitutionnaliste appelle le temps de l'habillage démocratique. Bah oui, du coup, comme n'ayant pas de majorité absolue, qu'est-ce qu'il fait ?

Il va passer en force avec le 49.3. Je veux dire, moi, ce n'est pas là-dessus. Je voulais vous dire pourquoi je vais voter contre ce budget. C'est-à-dire aller sur le fond, qui me paraît quand même plus intéressant. On est dans un temps, pour moi, d'indécence majeure, où c'est l'une des échos de mon ami Bernard Arnault, qui dit que jamais les dividendes n'ont été aussi élevés dans notre pays, où les salaires des PDG ont doublé l'année dernière. Et comme si cette injustice ne suffisait pas, dans le budget, on décide de supprimer la CVAE.

Alors, c'est un nom technique, mais la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises, à hauteur de 8 milliards d'euros, qui vise le plus les multinationales. C'est un cadeau. Il y a déjà eu 42 milliards de cadeaux qui leur étaient destinés. On rajoute 8 milliards de cadeaux dans un temps d'investance commune.

1:26
Présentateur

Ça, c'est dans la colonne recette. Mais dans la colonne dépense, qu'est-ce qui vous défrise particulièrement dans ce budget ?

1:31
François Ruffin

Je vais vous dire ce qui me défrise dans la colonne dépense. J'allais y venir de moi-même, M. Cohen. Ce qui me défrise, c'est qu'il y avait une promesse que je trouvais intéressante dans le candidat Macron. Vous savez, mon attention au métier du lien. Concernant les accompagnantes d'enfants en situation de handicap, il avait dit qu'on irait vers un salaire plein. Qu'est-ce que je vois dans le budget ? Il n'y a aucun progrès de ce côté-là. Ça veut dire que ma suppléante, Hayat, accompagnante d'enfants en situation de handicap, qui s'occupe d'enfants dyslexiques, d'enfants trisomiques, d'enfants qui sont en difficulté pour cause de handicap, elle va continuer à être payée 804 euros par mois.

– D'accord. J'ai pas vu 3 000 créations de postes ? – On crée des postes. On crée des postes qui vont être payés. – 3 000, hein ? – Oui, mais on crée des postes qui vont être… – C'est massif. C'est le plus gros poste de… – C'est pas massif. Excusez-moi, mais compte tenu des besoins du pays, M. Cohen, 3 000 postes, ça n'est pas du tout massif. Je vais continuer. 3 000 postes qui vont être payés à 804 euros par mois. Et là-dessus, le gouvernement dit que c'est un chantier à ouvrir. C'est-à-dire que quand il s'agit de baisser de 8 milliards d'euros pour les grandes entreprises, c'est tout de suite maintenant.

Quand il s'agit d'augmenter le salaire des accompagnantes d'enfants en situation de handicap, c'est à l'euro près et on verra ça plus tard. Eh bien non, je ne suis pas d'accord.

2:36
Invité

– Revenons à l'actualité. 23e jour de grève dans les raffineries et dans les dépôts de carburant. Ce matin, le gouvernement a donc lancé la première réquisition de salariés grévistes pour débloquer le dépôt ExxonMobil de Port-Jérôme en Seine-Maritime. – Évidemment, nous, CGT, aussitôt qu'on aura ces réquisitions, on va déposer des référés via notre avocat.

2:52
Présentateur

– Ça nous met en colère parce que c'est bafoué notre droit de grève. Nous, depuis le début, notre mouvement est extrêmement pacifique. On n'a fait que des blocages symboliques. On n'a rien cassé. Qu'est-ce qu'on fait du coup si on n'a même plus le droit de faire grève ? Qu'est-ce que c'est que cette république-là ?

3:04
Invité

– Il ne fallait pas faire ces réquisitions-là. Et si on ne les fait pas, est-ce que c'est possible de laisser des millions de Français sans moyens de transport pour aller travailler ?

3:11
François Ruffin

– La réquisition qu'il y a à faire et qui y a à faire depuis six mois, et je le répète avec constance, c'est sur les super profits totales. Et cette réquisition-là, elle aurait dû aller bénéficier à l'ensemble des Français. On a laissé s'installer là comme un kyste, par la volonté du laisser-faire, un kyste dans l'économie française. Vous savez, vous avez tous regardé mon petit graphique là quand on était avant le… Qu'est-ce que ça représente ce pic-là d'un seul coup ? Ça c'est la part du transport, donc notamment du transport maritime, CMA, CGM, et de l'énergie dans la valeur ajoutée du pays. On est passé de 3% à 6,5%.

Quand on dit ça, ces 3%-là, ça représente des dizaines de milliards d'euros. Et je veux dire que c'est un problème pour moi, pour le capital lui-même. C'est un problème pour les Français, mais c'est un problème pour l'économie française aussi, que le fait qu'il y ait là des dizaines de milliards d'euros qui glissent du côté de l'énergie, ENGIE aussi, Total évidemment, CMA, CGM, et qui au fond ne vont plus aux PME, ne vont plus aux sous-traitants, ne vont plus aux salariés en général. Moi je pense, ma volonté, je suis pour qu'il y ait de la décence pour tout le monde. Je viens pour qu'il y ait une décence commune qui soit respectée. La décence commune, elle est en haut.

Il y a un plafond à rabaisser. C'est quoi ces super-profits ? C'est sur la guerre en Ukraine. Est-ce que c'est moral ? Non, ce n'est pas moral. Ça ne doit pas se produire. Donc à ce moment-là, on limite les super-profits en haut, évidemment. On n'a pas un PDG de chez Total qui s'augmente de 52% l'année dernière, et là, qui décide de verser un dividende exceptionnel aux actionnaires. Et de l'autre côté, moi je suis, et je demeure favorable, à l'indexation des salaires dans l'économie française sur l'inflation.

4:49
Invité

Mais là, il y a un début. La majorité a déposé un amendement qui veut instaurer une contribution exceptionnelle sur les super-profits des industries pétrolières. C'est un amendement qui a été déposé, là, par la majorité. Peut-être que je le voterai.

5:00
François Ruffin

Peut-être que je le voterai. Mais enfin, dire à quel point c'est dérisoire, à quel point c'est ridicule, à quel point c'est se moquer du monde. Non, mais chiffrons-le. Cet amendement, il est chiffré par Bruno Le Maire lui-même à 200 millions d'euros. Les bénéfices de total sur 6 mois et de seulement total, c'est 10 milliards d'euros. Le glissement dont on parle, quand je montre mon graphique, sur le doublement dans la valeur ajoutée du pays, ce sont des dizaines de milliards d'euros.

5:24
Invité

Ce sont des piques sous, tous ces patrons-là ?

5:26
François Ruffin

C'est comme ça que vous les appelez ?

5:28
Invité

Parce que demain, vous participez à une nuit des super-profits, vous allez procéder à l'élection du pique sous d'or.

5:33
François Ruffin

C'est évident que dans ce temps-là, non, non, je le redis, moi je suis pour la décence commune. C'est-à-dire que ceux qui sont en haut ne doivent pas se gaver. On est dans un temps de gavage pour les uns et de rationnement pour les autres. Le rationnement, je veux l'illustrer. Vous savez, dans l'hémicycle, il hurle chaque fois que je prononce un nom d'un salarié, chaque fois que je viens raconter une histoire. Je ne pense pas que vous allez hurler de la même manière sur ce plateau. Donc je vais en profiter. Cet après-midi… Il est plus calme que dans l'hémicycle.

Oui, oui, mais cet après-midi, ça dit quelque chose d'un espèce de racisme de classe qui refuse qu'on vienne raconter l'avis des gens et qu'on amène l'avis des Français autrement que sous forme statistique ou juridique. Cet après-midi, j'ai au téléphone une pompiste de chez Total qui me raconte sa vie, simplement. Elle est payée 1300 euros. Elle se lève à 4 heures du matin pour aller nettoyer toute seule l'intérieur et l'extérieur de la station pour faire la réception de tout, pour mettre les marchandises, les bouteilles d'alcool et ainsi de suite en place pour faire la gestion de son truc. 1300 euros. Elle ne s'en sort pas. Qu'est-ce qu'elle fait ? Elle a un deuxième boulot à côté.

Elle a 55 heures par semaine. Et malgré ça, elle est dans la privation. Elle est dans la privation, y compris sur le terrain de l'alimentation. Je vais aller dans les détails. Elle n'a plus, pour elle et pour ses enfants, qu'un pack de lait à la place de deux. Et le matin, il n'y a plus de Kellogg's au petit déjeuner. C'est remplacé par du pain. On peut dire que c'est bien sur le plan nutritif. Il n'empêche que c'est une forme de rationnement. On est dans un temps. Mejurez-le. On est dans un temps où je pense qu'ici, il y a eu le sondage du Secours populaire qui est sorti la semaine dernière, qui m'a paru tout à fait éclairant. Pour un tiers des Français, on ne sent rien à la crise.

Et je pense que, je dis on parce que je me compte à l'intérieur. Pour moi, ça ne change rien à mon départ en vacances. Ça ne me change rien à mes déplacements. Ça ne change rien à tout ça. Et on a un tiers des Français, c'est 25% des Français, qui se restreignent aujourd'hui sur la quantité dans leur assiette. Ce n'est pas seulement qu'ils changent et qu'ils ne mangent plus du bio, c'est qu'ils se restreignent sur la quantité dans leur assiette. Vous avez 40% des Français qui sont à découvert tous les mois. Vous avez la même proportion, à peu près, qui a des difficultés à payer ces factures. D'autres qui privent leurs enfants sur leurs activités.

Donc, on est dans une société où on a un gavage colossal pour le haut et un rationnement pour le bas. Je viens, moi, je vous assure, je viens pour plaider l'unité de la nation. Je viens pour plaider pour que, dans les crises successives que nous traversons, dans la crise Covid, mais aussi dans la crise démocratique qui est extrêmement profonde et que je mesure sur mon territoire, que dans la crise, l'énergie qui est liée à la crise géopolitique en Ukraine, je plaide pour qu'il y ait une unité de la nation.

8:00
Invité

Et donc une solidarité.

8:01
François Ruffin

Et donc une solidarité. Mais cette solidarité, elle n'est pas possible si on a le sentiment qu'il y a un pan du pays qui s'échappe et qui se gave en haut pendant qu'on demande aux autres de se rationner en bas. Je pense qu'il faut de la décence commune. Il faut de la décence commune à la fois baisser le plafond en haut et remonter le plan sujet en bas et que les besoins fondamentaux des Français, de tous ces Français qui tiennent le pays debout, qui ont des métiers qui sont aujourd'hui à 800, 900 euros, 1500 euros, qui vivent avec 1500 euros, je pense qu'ici, on peinerait tous à vivre avec ça, et bien soient relevés. Le minimum, c'est l'indexation des salaires sur l'inflation.

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François Ruffin face aux limites de la stratégie du chaos - C à Vous - 12/10/2022 — François Ruffin · Pourquijevote