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interviewÉlysée· 10 février 2026 19 min

Prise de parole du Président Emmanuel Macron depuis l'usine d'ArcelorMittal Mardyck.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le Président de Région, Monsieur le Président du Comité urbain de Dunkerque, Mesdames et Messieurs les maires, Mesdames, Messieurs, chers collègues, Merci d'être présents aujourd'hui avec nous. L'ensemble de l'équipe d'ArcelonMittal Dunkerque se joint à moi pour vous souhaiter la bienvenue. Permettez-moi de me présenter. Je suis Rainer Blaschek, CEO d'ArcelonMittal Produits Plats en Europe. Dans ce rôle, je supervise l'ensemble des activités des sites d'ArcelonMittal Produits Plats en Europe et bien sûr celui de Dunkerque également.

Je souhaiterais commencer en remerciant le Président de la République et l'ensemble du gouvernement français, mais aussi les directions générales des entreprises, du Trésor, de l'énergie et du climat, les élus et les représentants de la Commission européenne qui ont travaillé durant des mois pour apporter des solutions concrètes à la crise que notre industrie est en train de traverser. Nous sommes heureux, en votre présence, Messieurs le Président, et en votre présence à tous aujourd'hui, de confirmer la construction d'un four électrique ici à Dunkerque. Je pense que ça mérite l'applaud pour tout le monde.

Je pense que le moment est longuement attendu avec un travail durant des années de préparation et ce four électrique marque une étape majeure pour la décarbonation de notre production d'acier en France. Il représente un investissement structurant de 1,3 milliard d'euros pour ArcelonMittal. Cette construction va se déployer sur plusieurs années et nous prévoyons un démarrage en 2029. A son rythme plein, la capacité de production de ce four sera de l'ordre de 2 millions de tonnes d'acier décarboné par an. Ce four électrique sera alimenté jusqu'à 60% par de l'acier recyclé et fonctionnera à l'électricité de bas carbone que nous fournit EDF.

Grâce à cela, une tonne d'acier produite par ce four électrique généra trois fois moins de CO2 que dans un haut fourneau, même ultra performant comme le haut fourneau de Dunkerque, le numéro 4. Notre décarbonation est en marche. Si nous annonçons cet investissement aujourd'hui, c'est parce que nous sommes confiants dans la capacité de l'Europe à confirmer bientôt ses propositions législatives et deux aspects. Premièrement, la limitation des importations d'acier et deuxièmement, le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. Sur la limitation des importations, l'entrée en vigueur est urgente et doit se faire au plus tôt possible, idéalement avant le mois de juillet.

Sur le MACF, l'Europe doit pouvoir se doter d'un outil monitoring efficace immédiatement, en particulier pour contrôler les abus liés au contournement, le fameux ressource shuffling. Pour notre site de Dunkerque, la construction de ce four électrique est évidemment une excellente nouvelle. Cela donne une nouvelle perspective pour les années à venir. Avec cet investissement stratégique, ArsourMetal confirme également son attachement et son engagement en France et en Europe. Je souhaite rappeler qu'en plus de ce four électrique, nous lançons actuellement la production de tôle électrique sur ce site des Martics où vous êtes actuellement présents.

Cette nouvelle ligne d'acier électrique représente un investissement de plus de 500 millions d'euros. Jusqu'à aujourd'hui, il s'agissait du plus gros investissement d'ArsourMetal en Europe sur ces dites dernières années. Là aussi, nous nous battons avec le soutien des autorités françaises pour que la chaîne de valeur des aciers électriques soit reconnue et protégée par l'Union européenne. C'est essentiel à la survie de ce marché. Je vous remercie et je souhaite à notre équipe de Dunkerque succès et réussite. Nous franchissons aujourd'hui une étape majeure vers notre décarbonation. Merci.

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Emmanuel Macron

Merci beaucoup. Merci pour ces annonces, ces confirmations et je suis heureux de me retrouver parmi vous. Je remercie les ministres d'être là, M. le vice-président de la Commission européenne, nos parlementaires qui sont là parmi nous. M. le président du Conseil régional, M. le président du Conseil départemental, M. le maire d'Uncérc, Mme la maire, Mesdames, Messieurs les maires et Mesdames, Messieurs, vous toutes et tous. Je suis très heureux de vous retrouver, très heureux d'être parmi vous ici dans ce merveilleux site qui a donné lieu à ce bel investissement qu'on voit ces dernières années et au jour d'une annonce qui est très importante.

Je suis simplement venu ici pour passer quelques messages très simples. Le premier message, c'est de vous dire que ce que vous faites chaque jour, c'est très important pour nous, Français, pour nous, Européens. On a besoin d'une sidérurgie française et européenne et vous pouvez être fiers de votre travail, fiers de ce que vous produisez, on en a besoin. Parce que le combat qui est le nôtre, c'est d'être plus fort, plus productif et plus indépendant. Et si on veut produire des voitures, produire des infrastructures dans notre Europe, on a besoin de produire de l'acier européen et de l'acier plus décarboné.

Et au fond, la bataille, les 3 objectifs qu'on doit poursuivre, c'est de la croissance et de l'emploi, c'est de la décarbonation pour notre climat et c'est de la souveraineté européenne, de l'indépendance. Cette bataille, c'est celle qu'on a menée ces dernières années, c'est celle que les annonces d'aujourd'hui sont en train de consolider. Mais tout ça, ça ne tombe pas du ciel. Ce n'est pas des annonces coup de poing, ce n'est pas des annonces simplistes. Parce que la situation dans laquelle on est est très compliquée et donc c'est le fruit de notre mobilisation à tous.

Et le 2e message que je suis venu passer, c'est que cette bataille pour décarboner, pour être indépendant, pour produire, elle est possible. Mais si tous ensemble, on s'engage. D'abord vous. Et donc je veux vous remercier, je veux vraiment remercier l'ensemble des collaboratrices, des collaborateurs du groupe parce que c'est vos savoir-faire, c'est votre engagement qui, au 1er chef, permettent de convaincre votre industrie d'investir. C'est parce que vous êtes bon. Parce que vous avez...

Et donc je sais qu'ici, il y en a qui sont là depuis des décennies dans le groupe, il y en a qui viennent d'arriver, qui sortent d'école, il y en a qui se sont reconvertis, mais vous formez un collectif, ce savoir-faire, ses compétences, c'est un trésor. Donc il faut le préserver. Puis après, on s'est mobilisés, côté français, côté européen, pour défendre, pour pouvoir investir et regarder devant. Et alors, je sais qu'il y en a qui disent, j'ai lu la presse ce matin, certains disaient, ah, ils viennent annoncer un four, il en fallait deux, il fallait le processus hydrogène. Il y en a d'autres qui me disent, non, mais il ne fallait pas du tout faire ça, il fallait nationaliser. Bon.

Alors moi, je vais vous dire, je sais d'où on vient et je sais où on était il y a deux ans, il y a trois ans. Le moment qu'on est en train de vivre, il n'était pas écrit du tout et on aurait pu plutôt se retrouver pour savoir comment il fallait restructurer et comment on en expliquait qu'il fallait recycler des emplois. Parce que depuis trois ans, notre sidérurgie européenne, elle est sous le feu d'attaques et elle est en grand risque. La situation dont on parle, c'est quoi ? Depuis la sortie du Covid, la montée des prix de l'énergie. Vous le savez, vous êtes une industrie qui a besoin de beaucoup d'énergie.

Ces prix, ils ont flambé en Europe à cause de la guerre, la montée du prix du gaz, à cause aussi de tas d'autres facteurs qui ont fait qu'on a eu une électricité, mais surtout un coût de l'énergie, généralement, qui a monté, qui a fait souffrir notre industrie. On était dans une panade terrible. Deuxième problème, il faut vendre. Et on était sous le coup d'une concurrence déloyale terrible. On avait des pays qui ne respectaient pas nos normes en matière de climat qui venaient envahir le marché en mettant des volumes. Concurrence déloyale au moment où on commençait à décarboner.

Et puis, troisième chose, la Chine qui s'est mise à produire en sortie de Covid des volumes massifs qu'elle est venue déverser sur le sol européen. Avant Covid, on produisait en Europe environ 160 millions de tonnes. On doit être aujourd'hui à 128, 130. Donc, en vrai, tous les projets qu'on avait en 2022, nos 50 sites industriels, quand j'ai dit on va décarboner, on va investir ici, tout était à l'arrêt à cause de ça. L'électricité, on n'était pas protégés face à la Chine. On avait des volumes qui venaient d'autres pays qui ne respectaient pas les mêmes normes que nous. Concurrence déloyale.

Il y a un an, on m'a dit qu'on ne va pas investir sur Dunkerque, on ne va pas investir sur FOS, le groupe, je suis honnête, parce qu'en vrai, on ne sait pas si on va survivre. Les volumes continuent de baisser. On ne sait pas si notre sidérurgie européenne, on va réussir juste à la maintenir. On en était là. Et ce que je vous dis là, ce n'est pas juste un scénario fiction. Regardez ce qui est en train de se passer en Europe. Regardez ce qui se passe sur la chimie, par exemple, sur laquelle on a sans doute réagi plus tard que sur la sidérurgie. Regardez ce que le secteur automobile ou de la machine-outil subit.

Regardez ce que de grands pays industriels, plus industrialisés que nous, parce qu'ils avaient moins souffert, il y a 20 ans, subissent. L'Allemagne, ces 2-3 dernières années, elle a détruit 250 000 emplois industriels. Eh bien, qu'est-ce qu'on a fait ? Parce que vous êtes bons, parce que vous êtes là, on s'est mobilisés, tous ensemble. Donc si on est là aujourd'hui, c'est qu'on s'est fortement mobilisés. Côté français, on a dit qu'on va se battre pour que vous ayez des prix de l'énergie compétitifs.

Et là, je veux remercier EDF parce que c'est notre champion français qu'on a renationalisé ces dernières années parce que ça, ça valait le coup de le nationaliser parce qu'il fallait pouvoir défendre des prix un peu protégés. C'est une autre organisation au niveau européen, on l'a fait. Eh bien, EDF a mis en place des contrats de long terme et donc votre groupe, il y a quelques semaines, fin d'année dernière, a signé un contrat, c'est les fameux, vous entendez peut-être parler, CAPN, c'est-à-dire un contrat très longue durée qu'on réserve aux électro-intensifs sur 18 ans, ce qui fait qu'on est les plus compétitifs d'Europe.

Ça, c'est la chance de la France, c'est la chance de l'industrie française de l'électricité, en particulier du nucléaire. Et donc l'électricité trop coûteuse, on l'a réglée grâce à EDF, grâce à ça, puis on va continuer parce que pas loin d'ici, le nucléaire français va continuer de porter ses couleurs puisqu'on a deux EPR qui arrivent à Gravelines. Donc on continuait d'avancer. À côté de ça, on s'est dit on va devoir vous aider à avancer et on a mobilisé ces deux E, ces fameux contrats qui permettent justement de redonner à l'industriel cela. Ça, c'est côté français.

Et puis on s'est tout de suite tourné vers l'Europe et on leur a dit si vous ne nous protégez pas, si vous ne réagissez pas face à cette concurrence déloyale, on est foutus. Alors on a mis en place, c'est ce qu'a fait la Commission, un système. Vous avez peut-être entendu parler de ces fameuses clauses de sauvegarde. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? On a dit on met des quotas en place. S'il y a plus que 13% du volume européen qui est importé, on vous remet 50% de tarifs. Parce que ça veut dire qu'on est en train de casser l'industrie européenne. Et donc on a mis ces quotas en place. Ça a été une décision. On l'a enclenchée au printemps dernier. Elle a été annoncée l'automne dernier.

Elle sera déployée dans les prochaines semaines. Mais on dit quand sur le marché européen on dépasse 13% du marché qui est importé, on met 50% de droits de douane pour protéger l'acier qui est produit en Europe. Pour garantir des volumes. Ça, c'était répondre à ces fameuses importations excessives qui venaient de Chine et d'ailleurs. Et puis la 2e chose au niveau européen qu'on a fait, c'est qu'on a mis en place ce que vous avez peut-être entendu appeler ce mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. Ça, ça veut dire qu'en fait on demande aux gens qui importent les mêmes règles que nous. Et on dit vous voulez importer de l'acier chez nous ? Il faut qu'il soit aussi décarboné que le nôtre.

Sinon, on vous met une taxe. Et ça, ça nous protège. Ces 2 choses-là faites au niveau européen. Plus notre prix de l'électricité français et ce contrat sur 18 ans. Plus nos C2E. Tout ça a fait que l'entreprise qui hésitait, le groupe qui disait l'Europe, la France sont plus compétitives, ont décidé de ces investissements. C'est 500 millions ici sur ces fours et puis les 1,3 millions d'euros d'investissement que vous venez de confirmer pour le 1er four à arc électrique d'Europe qui est décidé par le groupe. Et vous pouvez être fier de ça. Ce que je veux vous dire ici, c'est qu'il ne faut jamais céder à la fatalité.

C'est qu'on est dans un monde qui est de plus en plus brutal où tout s'est un peu déréglé. Mais quand on a de la compétence humaine et du savoir-faire, quand on décide de se mobiliser et de jouer sur nos forces, l'électricité, le nucléaire en France, quand on décide de se mobiliser au niveau européen pour investir et pour protéger, ce qui n'est pas un gros mot, parce que se protéger face à la concurrence déloyale, c'est ce dont on a besoin. Il ne faut pas être naïf. On a un avenir, industriel. Et donc, on va recréer des volumes, ces 2 millions de tonnes, mais ce n'est qu'un début, parce qu'on va aller plus loin. On va stabiliser, ça va se consolider.

Mais moi, ce que je veux, c'est qu'on aille au bout de l'aventure. C'est-à-dire qu'on arrive avec le groupe à bâtir le 2e four, à continuer sur l'hydrogène. C'est qu'on donne un avenir à FOS, qui est un site essentiel et qui, grâce aussi à ce qu'on a fait, et vous avez raison d'applaudir vos collègues, grâce à ce qu'on a fait, il faut ça aussi un avenir, parce qu'il a du volume garanti. Et donc, on va continuer d'avancer pour la sidérurgie française et européenne. C'est qu'une étape, mais c'est une étape fondamentale.

Et elle se fait là, regardez, dans une région qui est en train de réinventer l'industrie de demain, là où tous nos voisins européens sont en train de détruire de l'emploi industriel. Nous, rien n'est gagné, ça, je vous garantis. On a chaque jour à se battre, parce que c'est pas gagné, on a des secteurs qui vivent en difficulté. Malheureusement, on a des licenciements qui sont annoncés aussi dans tel ou tel secteur. Mais notre industrie est en train de repartir. On continue à créer de l'emploi industriel. Pourquoi ? Parce qu'on innove. Et donc, dans la région, qu'est-ce qu'on a ?

Dans un instant, Prologium, qui va poser sa première pierre, qui est un investissement étranger qu'on attire sur le Dunkerquois et qui va permettre de faire de la gigafactory de batterie. Formidable avancée et qui, là aussi, de l'industrie de demain qui permet de faire cette mobilité électrique, de dire on va produire de la batterie électrique. On a Vercors qui va produire cette année et qui va permettre aussi de faire des batteries électriques. On a, pas très loin d'ici, Adoué, Envision, AES, qui produit déjà. Les batteries électriques, elles sortent de l'usine et elles vont dans nos R5 qu'on produit aussi à Adoué.

On nous disait, vous ne produirez plus jamais de R5 en France, vous êtes des fous. Non, on peut le faire parce qu'on est compétitif sur l'électrique, parce qu'on a aussi des facteurs de compétitivité. On a Gravelines avec nos EPR, on a le Grand Port Maritime de Dunkerque qui est une force, qui est un hub logistique, une compétitivité. Et je pourrais continuer et continuer.

Mais dans Dunkerquois, dans le Douaisy, à Maubeuge, on a réussi ces dernières années une vraie transformation qui est de remettre de l'énergie décarbonée, de construire des batteries électriques, de remettre de la production automobile décarbonée et aussi de l'acier, et je pourrais aussi citer l'aluminium Dunkerque pour lesquels on a des grands projets et sur lesquels on fera des annonces importantes dans les prochains mois parce qu'ils correspondent exactement à ce qu'on vient de dire. Donc vous le comprenez, il y a pour la région mais pour notre pays et pour l'Europe un avenir industriel.

Il est possible mais il suppose d'avoir des femmes et des hommes comme vous engagés, compétents, volontaires. Il suppose d'avoir une Europe qui simplifie, qui est plus compétitive, une Europe qui se dérisque de ses grands compétiteurs, une Europe qui innove et qui investit et une Europe qui protège. Ces 4 piliers de la stratégie européenne, c'est ceux qui nous permettent d'avancer, ceux que la France défendent, ceux qu'on veut pousser avec la Commission européenne et ce qu'on a réussi à faire sur l'acier et qui nous permet d'être là aujourd'hui. Voilà mes chers amis ce que je voulais vous dire mais vous pouvez être très fiers de ce qui est annoncé aujourd'hui.

Moi je remercie ArcelorMittal de ses annonces du jour, de ses 500 millions d'euros investis ici, de ce 1 milliard 300 millions d'euros investis sur ce four à arc électrique qui permettra cette compétitivité. On va continuer, on va continuer, on ne va rien lâcher mais vive la sidérurgie, vive l'industrie, vive la République et vive la France ! C'est à vous, il faut qu'on regarde là-haut, il y a une photo de groupe.