Raphaël Glucksmann : "On ne peut pas jouer avec la censure" du gouvernement Lecornu
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8h22 France Inter Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel La grande matinale Et avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin dans le grand entretien un député européen co-président du mouvement Place Publique question réaction amis auditeurs au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Raphaël Glucksmann bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. Beaucoup de sujets à aborder avec vous ce matin alors que le monde est suspendu à la perspective d'un plan de paix au Proche-Orient pour arrêter la guerre à Gaza.
On évoquera également la façon dont les Européens doivent répondre au survol de drones alors que s'ouvre aujourd'hui un Conseil européen au Danemark, l'un des pays survolé par ses appareils mais commençons par la politique nationale. Nous sommes à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation sociale deux jours avant un rendez-vous de la dernière chance entre les socialistes et Sébastien Lecornu. Est-ce que vous avez le sentiment ce matin Raphaël Glucksmann que les conditions sont réunies pour mettre fin à l'instabilité politique ?
Non. Pas encore. Vous savez, moi je lance un appel au Premier Ministre, à M. Lecornu et de manière générale aussi au Président de la République. Notre pays a besoin de stabilité. Nous, nous sommes engagés dans un processus de discussion. Nous ne voulons pas aller à la censure en chantant. Nous savons quels sont les enjeux. Mais nous savons aussi que le Premier Ministre doit répondre aux exigences de justice fiscale et sociale que nous formulons. Parce qu'en fait, on ne peut pas gouverner comme si on avait la majorité quand on n'a pas de majorité. L'absence de majorité oblige aux compromis. Et jusqu'ici, on a eu des entretiens ou un entretien de M.
Lecornu dans Le Parisien qui disait « Je tends la main à la gauche ». D'accord ? Mais la main, pour l'instant, elle est complètement vide. Nous, ce qu'on veut, ce n'est pas une main. C'est un papier. C'est un papier avec des propositions. Ce qu'on a vu, c'est un Premier Ministre qui, pour l'instant, a rejeté les propositions qui venaient de la gauche. Un Premier Ministre qui a rejeté la taxe Zuckman, qui a rejeté le retour de l'ISF, mais qui n'a rien proposé d'alternative pour répondre à notre exigence. Donc, le message, il est extrêmement simple. Si vous êtes prêts à changer le cap des huit dernières années, si vous êtes prêts à donner du contenu au mot que vous avez employé, M.
le Premier Ministre, le mot de rupture, eh bien, vous trouverez en nous des partenaires de discussion. Mais si, par contre, il s'agit de continuer, malgré l'absence de majorité, malgré le résultat des élections de 2024, eh bien, ça ira dans le mur. On va détailler tout cela, Raphaël Glucksmann, mais Sébastien Lecornu, lui, dit, et dit notamment aux socialistes, il faut lire entre les lignes. Et on a, au-delà du flou des propositions, quelques éléments qui nous parviennent, notamment la volonté du Premier Ministre, de baisser les impôts de ceux qui travaillent, tout en diminuant les dépenses, et il se dit favorable à davantage de justice fiscale.
Sur ces orientations-là, est-ce que vous voulez les valider ? Ça devrait vous aller, non ? Mais quand on a vu le Premier Ministre, on lui a dit, si vous avez annoncé et que vous annoncez plus de justice fiscale, alors il y a une administration qui s'appelle Bercy, qui peut produire des notes, et nous, ce qu'on attend, c'est des propositions concrètes. Parce que si vous rejetez les propositions concrètes que nous formulons, la moindre des choses est de formuler des propositions alternatives. Vous avez vu comme il ferme la porte à tout ce qui vient de la gauche. Donc en fait, vous savez, la justice fiscale, ce n'est pas un mot. La fiscalité, c'est du concret. Donc qu'est-ce que ça veut dire ?
On voit des pistes qui apparaissent dans la presse sur la taxation des holdings. Très bien. Mais alors, quoi ? Comment ? Pour l'instant, on nous demande de nous prononcer sur du vide, du vague. De la même manière, Raphaël Glucksmann, vous aviez notamment il y a quelques semaines expliqué que la taxe Zuckmann, la fameuse taxe Zuckmann, taxée à hauteur de 2%, les super patrimoines au-dessus de 100 millions d'euros, était le préalable à toute négociation. Est-ce que vous dites aussi qu'on peut regarder tel ou tel dispositif à condition que le rendement, que ça rapporte autant d'argent ? C'est ce que j'ai toujours dit. C'est le principe derrière la taxe Zuckmann.
C'est-à-dire le fait que les ultra-riches, pas simplement les riches, les ultra-riches soient mis à contribution. Que quand on demande un effort à une nation, il est nécessaire que ceux qui ont multiplié leur fortune par deux sur les huit dernières années pendant que la fortune des autres stagnait ou déclinait, il est nécessaire que ce soit eux qui soient d'abord mis à contribution. Ce qui n'était pas du tout le cas dans le plan de M. Bayrou. Et donc, nous, on a dit cela. Maintenant, on a aussi dit que sur les modalités, s'ils viennent avec une proposition alternative qui remplit les mêmes objectifs, mais alors, on est tout à fait prêt à discuter.
Le problème, c'est que vous ne pouvez pas dire on refuse ce que vous proposez et par ailleurs, je ne vous propose rien. Je veux dire, on n'a pas avec nous l'administration fiscale, ça ne vous surprendra pas, on n'a pas le pouvoir aujourd'hui. Donc, on n'a pas les moyens de l'administration. Donc, nous, nous nous efforçons de produire des propositions concrètes. C'est quand même très bizarre que, en retour, ceux qui bénéficient de l'appui de l'ensemble de l'administration ne proposent rien de concret. Et sans concret, honnêtement, ça ne fonctionnera pas. Un mot sur la réforme
des retraites, Raphaël Glucksmann, dont le Parti Socialiste continue de demander la suspension. Est-ce que la situation financière de la France permet vraiment d'envisager de la suspendre ? Ou est-ce qu'il vaut mieux renvoyer ce débat-là à l'élection présidentielle ?
C'est la suspension qui n'est pas l'abrogation et ce qui est demandé par exemple par la CFDT qui était un partenaire de discussion tout le long sur les retraites et qui a été méprisé et qui a ensuite mené le combat contre la réforme des retraites. Eh bien, la suspension, ce n'est pas l'abrogation. Et en réalité, oui, le vrai débat sur les retraites, il aura lieu en 2027. Il ne faudra pas que la gauche se contente de simplement dire on abroge. Il faudra qu'on propose une véritable réforme des retraites. Pardon, Raphaël Guzman, vous dites que la suspension ce n'est pas l'abrogation.
Vous avez raison, simplement c'est une réforme qui génère des économies dans un moment où la France a besoin de faire des économies. Est-ce que la France peut se permettre de dire avec plus de 110% de dette, un déficit supérieur à 5%, on gèle les effets de cette réforme ? Est-ce qu'on peut se le permettre ? Écoutez, on peut tout à fait se permettre de rester à 63 ans ce qui est le cas une chose est sûre, c'est qu'on ne peut pas se permettre de ne pas avoir de réforme des retraites. Mais simplement, on a besoin là d'une validation démocratique et ce sera le cas en 2027. Et c'est en 2027 qu'on tranchera la question des retraites. Maintenant, les progrès sur la pénibilité.
Moi, je ne suis pas du tout de ceux qui écartent d'un revers de la main les propositions qui sont faites. Parce que c'est des centaines de milliers de gens qui sont concernés, en particulier les femmes. Et donc moi, je vais vous dire, si on peut cranter déjà le fait que sur la pénibilité on ait des progrès massifs, que finalement, ce que la CFDT défendait dans le conclave et qui a été refusé de manière complètement insensée par le MEDEF soit acté, ce sera déjà un pas. Et moi, je ne suis pas du tout dans une logique du tout ou rien. C'est à dire que pour vous, la suspension de la réforme des retraites n'est pas une condition sine qua non ? C'est ce qu'on demande.
Maintenant, ce que je vous dis, c'est que je suis tout à fait prêt à discuter aussi d'autres choses. Mais pour une raison simple, vous savez, moi, je le dis depuis le 7 juillet 2024, depuis le résultat des élections législatives qui ont fait suite à cette décision complètement folle du président de la République de dissoudre l'Assemblée nationale. Personne n'a la majorité dans ce pays. Ni le gouvernement, ni Emmanuel Macron, ni le Rassemblement National, ni la gauche. Et que donc, il va falloir faire des compromis. Mais la seule manière de faire des compromis, c'est que ceux qui dirigent le pays depuis 8 ans, acceptent de changer de cap.
Mais je vais vous dire une chose, parce que j'en ai un peu marre que le procès en irresponsabilité soit toujours tourné vers la gauche. Ça fait depuis plus d'un an qu'on a accepté qu'il y ait des gouvernements minoritaires de droite. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas la majorité et pourtant, ce sont eux qui encore gouvernent. Et à eux, on ne fait jamais le procès en irresponsabilité. On ne dit jamais quand il y a un invité de droite. Enfin, soyez responsable. Soyez responsable. La responsabilité, c'est de changer de cap. Nous, nous ne demandons pas des postes de ministres. Personne ne veut des voitures de fonction et des ministères.
Nous, ce que nous demandons, c'est des avancées pour les Françaises et les Français. Alors, franchement, je comprends le scepticisme généralisé vis-à-vis de la classe politique. On nous explique tout le temps que les politiques, en fait, ce qu'ils veulent, c'est des postes. Mais en réalité, là, nous, on n'est pas en train de se battre pour des postes. On est en train de se battre pour des réorientations politiques sur le fond, pour servir les Françaises et les Français, pour faire en sorte que les efforts ne portent pas sur les travailleurs, que ce soit les plus riches qui soient mis d'abord à contribution, que l'effort qui est demandé et qui est réel.
On n'est pas en train de vous expliquer que le déficit, ce n'est pas important, que la dette, ce n'est pas important. Bien sûr que c'est important, bien sûr que ça compromet notre souveraineté à long terme et que ça pèse sur les générations futures. Mais ce qu'on est en train de vous dire, c'est que nous, ce que nous voulons, c'est que l'effort nécessaire soit réparti de manière équitable et qu'on remette de la justice et c'est la justice qui a manqué sur les huit dernières années.
Raphaël Glucksmann, le premier secrétaire du Parti Socialiste, demande à ce que Sébastien Lecornu lui présente vendredi une copie budgétaire complète, sinon ce sera la censure, dit-il. Alors, vous, vous êtes eurodéputé, vous n'arrêtez pas de défendre l'idée de compromis, de vanter les démocraties européennes où des consensus se construisent. Vous considérez que cette stratégie d'ultimatum est la bonne ?
Moi, je considère que la stratégie d'exigence de contenu, quand ça fait plusieurs semaines déjà que ce qu'on a, c'est simplement des déclarations vagues, est la bonne. On doit demander des propositions concrètes. Concrètes. Je veux dire, moi, ce que j'attends, c'est vraiment une feuille à quatre avec des bullet points et voilà ce que nous vous proposons. Une liste. Une liste qui nous permette à nous de nous prononcer et à la discussion ensuite d'être concrètes.
Et donc, Raphaël Glucksmann, si cette liste n'est pas présentée vendredi, ça veut donc dire, d'ailleurs, vous avez deux députés à l'Assemblée nationale, place publique, Aurélien Rousseau et maintenant Sacha Houllier, l'ancien Macroniste. Ça veut dire que vos députés, s'il n'y a pas cette précision de la part du Premier ministre, le censureront. Mais ça veut dire que s'il n'y a pas de propositions concrètes, de pistes concrètes, eh bien oui, il n'y a pas de confiance à accorder à un gouvernement qui n'est pas capable de proposer des pistes concrètes. Mais moi, je vous le répète, on le fera avec gravité.
C'est-à-dire que si on voit qu'il y a une opportunité de négocier sérieusement, si on voit qu'il y a des pistes concrètes, pas forcément un budget écrit de A à Z, des pistes concrètes qui nous permettent de croire réellement que la négociation est possible, eh bien nous jouerons vraiment le rôle de partenaire de discussion. Pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas jouer avec la censure. Je vois bien la volonté, la colère, je vois bien moi le désir même de faire payer aux macronistes. Mais c'est de la France dont il s'agit.
Et on doit avoir un minimum de gravité quand on aborde ces questions parce que le pays est dans une situation sociale, économique, politique vraiment, vraiment périlleuse et qu'on ne peut pas jouer avec ça.
Un mot Raphaël Glucksmann sur la condamnation de Nicolas Sarkozy à 5 ans de prison. Il fait appel et sur les critiques qui ont suivi. L'ancien président a déclaré que la haine animait les magistrats qui l'avaient condamnés. Une partie de la droite et de l'extrême droite s'en est pris au principe même de l'exécution provisoire. On a entendu parler de gouvernement voire de tyrannie des juges au point qu'Emmanuel Macron a dû rappeler les principes de l'état de droit. Il a bien fait.
Il a bien fait et je vais vous dire une chose. Moi, je suis extrêmement inquiet par l'atmosphère générale dans le pays. Je pense qu'on peut relier les attaques contre la justice, les attaques contre le service public de l'audiovisuel notamment, les attaques contre tout ce qui finalement permet à la démocratie de tenir. La démocratie, ce n'est pas juste le vote. la démocratie, c'est aussi la séparation des pouvoirs. C'est ce qu'on appelle la démocratie libérale. Et c'est la démocratie libérale qui est aujourd'hui la cible d'offensives coordonnées, pas simplement en France, dans l'ensemble des démocraties occidentales. Et donc, il faut être extrêmement ferme.
Moi, je ne commente jamais les décisions de justice. C'est un principe. Si j'étais journaliste ou commentateur ou éditorialiste, bien sûr que je le ferais parce qu'on a le droit de le faire. Mais en tant qu'élu, on doit s'imposer la séparation des pouvoirs comme étant une règle absolue. Ce qui n'empêche pas, Raphaël Luceman, de s'interroger pour certains sur l'exécution provisoire, de se dire faut-il faire changer la loi ? Ce n'est pas un débat interdé. On peut tout à fait le faire. Mais on ne peut pas attaquer l'institution judiciaire ou les juges eux-mêmes quand on est élu de la République. Moi, je vous dis une chose très simple.
Si on admet que les institutions qui préservent la démocratie dans ce moment-là, mais qu'il y a un moment de vacillement, je ne sais pas si on a tous conscience du moment historique qu'on traverse. On traverse un moment où finalement, ce qu'on pensait être absolument garantie et éternelle qu'est la démocratie est balayée dans l'ensemble des terres qui l'ont vu triompher. Ce n'est plus les questions des années 2000 où est-ce qu'on va au bout du monde pour imposer la démocratie. Désormais, c'est est-ce qu'on arrive à préserver la démocratie en Europe ? Chez nous, on voit des attaques permanentes contre l'État de droit.
Donc à ce moment-là, le devoir, mais le devoir sacro-saint de chaque dirigeant politique, c'est de faire en sorte qu'aucun de ces mots, aucun de ces gestes ne mette à mal ces institutions. Raphaël Klusman, avant de parler de la situation internationale, un mot sur votre rentrée, celle de votre mouvement Place Publique et de ce sondage dont tout le monde parle, sondage IFOP pour le quotidien et l'opinion, avec bien sûr toutes les précautions d'usage qu'il faut prendre quand on lit de telles enquêtes d'opinion, puisque cette enquête vous place selon les scénarios soit au second tour de l'élection présidentielle face au Rassemblement National, soit à un point de la qualification.
comment est-ce que vous avez reçu ce résultat ? Soit en vous disant bon ben maintenant c'est la confirmation qu'il faut lever toute ambiguïté, oui je serai candidat à l'élection présidentielle. Non déjà moi j'ai vu ce sondage et il confirme une chose, indépendamment de mon score personnel, il confirme une chose, c'est que le RN, le Rassemblement National, l'extrême droite est entre 33 et 35%. Donc à aucun moment on est dans une forme de joie. Et c'était déjà le cas le soir des élections européennes, parce qu'en fait il y a un véritable risque de bascule.
Maintenant, ce que confirme ce sondage, c'est que la seule manière de créer une dynamique politique, c'est d'être clair, c'est de construire un projet clair, c'est d'avoir une stratégie claire, notamment vis-à-vis de la rupture avec la France Insoumise, que le flou empêche toute création de dynamique politique. Donc moi c'est la confirmation de quoi ? C'est la confirmation que mon principe dans l'existence et dans l'action politique qui est de dire ce que je pense, de n'ouvrir aucune place au flou, est la bonne. La seule manière pour la gauche démocratique, la gauche pro-européenne, la gauche écologique et sociale, de revenir au pouvoir.
Sur l'analyse politique, Raphaël Grussmann, c'est cette ligne-là. C'est juste quand vous voyez dans un sondage que vous êtes entre 15 et 16% au premier tour. Est-ce qu'à un moment donné, là encore, la clarté vis-à-vis de ceux qui nous écoutent et des citoyens ne serait pas de dire « oui, je serai candidat, il n'y a même pas de scénario où je ne serai pas candidat à l'élection présidentielle ? » La clarté, c'est de dire qu'on va continuer à construire cet espace politique et cette dynamique et qu'il est bien trop tôt pour savoir si je serai la personne idoine pour le faire. Et ce n'est pas une réponse de politicien, ça. Non, pas du tout.
Parce qu'en fait, vous savez, pour construire une dynamique pour une présidentielle, il faut un projet. Et ça fait un an avec Place Publique qu'on travaille sur ce projet et il nous reste à répondre à la crise de l'hôpital public, à la crise de l'école, à la crise budgétaire, à la crise de sécurité, au malaise identitaire qui tenaille les Français à la question du travail qu'on va placer au cœur de notre journée de rentrée à l'aréole, la question du travail parce que le malaise des travailleurs entraîne le malaise de la démocratie et du citoyen. Il nous reste à répondre à toutes ces questions et ensuite, il nous reste à mettre en place une stratégie de campagne.
Donc en fait, moi ce que je veux vous dire, c'est que je ne serai pas candidat de témoignage. Je ne serai pas, moi je ne serai pas non plus un candidat, un candidat, je ne serai pas non plus un candidat aux élections présidentielles pour être premier à gauche. Je m'en fous d'être premier à gauche. Ce qui compte, c'est est-ce que notre espace politique, notre famille politique, les gens qui veulent une gauche démocrate pro-européenne, écolo et solidaire, est-ce que ces gens-là peuvent prendre le pouvoir ? Moi ce qui m'intéresse, c'est qu'on puisse gagner les élections présidentielles.
Raphaël Glussmann, vous avez entendu la critique qui vous est souvent adressée, celle au fond que vous seriez une sorte d'Emmanuel Macron de gauche. Il y a un test assez concret et facile qui va permettre d'éclairer ceux qui nous écoutent il y aura dans quelques jours le second tour d'une élection partielle législative dans la cinquième circonscription des Français de l'étranger. Vous avez d'un côté une candidate insoumise et de l'autre une candidate macroniste. Pour qui vous voteriez ? Nous ne donnerons aucune consigne de vote. Je vais vous le dire. Donc ça veut dire vous seriez député dans cette... vous seriez électeur dans cette circonscription ou vous feriez quoi ?
Mais moi je vais vous dire nous ne donnerons contrairement aux autres partis de gauche aucune consigne de vote. Pourquoi ? Parce que nous ne donnerons des consignes de vote que s'il y a une menace du Rassemblement National. Mais quand on dit que nous ne sommes ni Macron ni Mélenchon c'est une vérité. Donc vous les renvoyez dos à dos ? Mais on va définir notre propre espace politique sauf quand il y a une menace pour la République. S'il y avait une candidature du RN s'il y avait la possibilité de l'élection d'un député ou d'une députée d'extrême droite alors nous donnerions des consignes de vote et même nous y aurions tracté et nous y aurions milité.
Mais moi je vais vous dire une chose c'est pas des mots quand je vous dis qu'il y a une rupture nette avec la France insoumise. Ça se traduira à toutes les élections. S'il y a une législative anticipée il n'y aura pas d'accord avec la France insoumise. A la présidentielle il n'y aura pas d'accord avec la France insoumise. Pas parce que Jean-Luc Mélenchon est méchant et qu'il ne veut pas rejoindre une primaire. Ça c'est la théorie des autres. C'est pas pour ça.
C'est parce que nous n'avons pas la même vision du monde que nous l'assumons et qu'en démocratie quand nous n'avons pas les mêmes visions de la France de l'Europe du monde et bien il est logique qu'il y ait plusieurs offres politiques et il faut l'assumer. Je sais que les gens n'aiment pas choisir. En particulier les dirigeants politiques ils n'aiment pas choisir. Mais dans ce moment-là de l'histoire il faut savoir choisir.
Dans le prolongement de vos propos détour par le standard d'Inter Marie bonjour. Oui bonjour. On vous écoute. Oui moi je suis un petit peu surprise parce que j'ai l'impression quand même que Raphaël Luxman bonjour vous renvoyez quand même dos à dos le rassemblement national et la France insoumise vous avez déclaré qu'il n'y aurait aucune alliance avec la France insoumise quel que soit le cas de figure et donc je me pose la question de la cohérence en fait de votre discours. Merci Marie pour cette question Raphaël Glucksmann
vous répond. Alors je ne renvoie personne dos à dos. J'ai même dit que s'il y a un deuxième tour avec le rassemblement national contre n'importe quel autre parti y compris la France insoumise il était évident que le but est d'empêcher le rassemblement national d'avoir une majorité absolue.
Par contre il n'y aura pas d'accord avec la France insoumise pourquoi il n'y aura pas d'accord politique avec la France insoumise parce que nos visions du monde sont incompatibles mais même dans la perspective de lutter contre le RN moi j'entends des discussions à gauche qui disent mais dans les circonscriptions menacées par le RN il faudrait un accord de premier tour au moins avec la France insoumise mais si le but est réellement réellement de contrer la menace du RN si le but est d'avoir le moins de députés à l'assemblée nationale du rassemblement national alors la pire des choses que nous puissions faire la pire des choses que nous puissions faire c'est d'envoyer au deuxième tour un candidat insoumis face au RN parce que c'est le candidat qui a le plus de chances de perdre et qui a la quasi-certitude de perdre et que dans la perspective même d'être le barrage la digue contre l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite nous ne devons pas avoir avec nous la France insoumise en réalité un accord aujourd'hui avec la France insoumise servirait à sauver certains sièges à gauche certains groupes à gauche mais ne servirait pas à la lutte contre le rassemblement national et moi je suis convaincu que c'est la gauche démocratique qui sera l'alternative au RN pourquoi ?
parce que nous sommes ceux qui avons la vision la plus cohérente en opposition au rassemblement national parce que nous sommes les défenseurs de la démocratie les plus cohérents et les plus acharnés mais pour être ces défenseurs de la démocratie les plus cohérents les plus acharnés et bien il ne faut pas avoir des gens avec nous dont l'attachement à la démocratie est douteux dont le rapport aux dictatures est douteux dont le rapport à la violence politique est douteux et que c'est dans notre clarté que nous serons cette digue face au RN et moi mon obsession c'est d'empêcher cette bascule que ce soit demain ou que ce soit en 2027 parce que je pense que nous ne relèverons pas de cette chute dans l'urbanisme le poutinisme ou le trumpisme que nous propose le rassemblement national
alors quelques mots justement sur la situation internationale alors que le président américain a affirmé hier que le Hamas avait 3 ou 4 jours pour répondre à son plan de paix un plan qui doit notamment permettre la libération des otages israéliens la création d'un comité de la paix pour administrer Gaza sous l'autorité de Donald Trump est-ce que vous espérez Raphaël Glucksmann voir les armes se taire dans les jours qui viennent
je l'espère de tout mon coeur et de toute mon âme et de toutes mes tripes j'espère que le massacre va cesser j'espère que le calvaire des enfants palestiniens va cesser j'espère que les otages israéliens rentreront chez eux j'espère cela mais j'ai des doutes évidemment parce que quand on voit les acteurs qui sont en place on peut douter la vérité nous oblige à dire que ce plan proposé par Donald Trump contient des choses très positives et vous savez la version qu'on peut avoir pour le président des Etats-Unis actuel donc là-dessus il a réussi à tordre le bras il a réussi à tordre le bras à monsieur Netanyahou parce que quand il y a dans ce plan le fait qu'Israël n'occupe pas ou n'annexe pas Gaza qu'il n'y a pas de déplacement prévu forcé de population et qu'on entendait les Smotrich les Bengvir faire l'apologie de la purification les ministres d'extrême droit du gouvernement israélien faire l'apologie de la purification ethnique H24 nous expliquait qu'il fallait vider Gaza de sa population pour ensuite installer des colonies israéliennes et bien ce plan contredit les plans de l'extrême droite israélienne et donc il a forcé la main au premier ministre israélien ce qu'on voit aujourd'hui c'est que le cabinet israélien n'a pas voté parce que Netanyahou a peur de perdre sa coalition donc c'est pas sûr et d'autre part que la décision du Hamas n'est pas actée et que évidemment le Hamas n'est pas du tout du tout du tout enclin à accepter un plan qui prévoit quand même in fine son démantèlement donc c'est vraiment quelque chose qu'on doit soutenir et ça ne s'oppose pas aux efforts de la diplomatie française contrairement à ce que j'ai pu lire les deux sont parfaitement conciliables et je pense aussi que les initiatives prises par la France vous savez il faut être lucide il faut être honnête dans un sujet aussi grave on va pas faire de la politique politicienne quand le président de la république française prend des initiatives qui produisent des résultats et bien il faut savoir le dire il faut savoir le saluer et bien je pense que la pression qui a été mise par la France et ses partenaires a aussi conduit les américains à forcer Netanyahou un mot encore Raphaël Klusman sur la situation internationale et ce conseil européen qui s'ouvre aujourd'hui à Copenhague au Danemark Danemark qui a été visé par ses survols de drones ça fera l'objet de discussions entre les chefs d'état et de gouvernement européens qu'est-ce qu'il faut faire quelle doit être la réponse face à ce qui apparaît comme une forme de test lancé au pays de l'OTAN par Vladimir Poutine même si là encore l'origine de ces drones n'est pas tout à fait avérée même s'il y a un fort soupçon qu'il s'agirait de la Russie enfin l'origine de ces drones ne fait peu de doute et l'origine des drones qui se sont abattus sur la Pologne ne fait aucun doute et l'origine des drones qui ont violé l'espace aérien de la Roumanie ne fait aucun doute l'origine de l'avion de guerre qui a survolé l'Estonie pendant 12 minutes ne fait aucun doute et il s'agit de provocation et de test vous avez raison et qu'est-ce que test Vladimir Poutine notre capacité à résister à défendre notre territoire et que si nous ne sommes pas à la hauteur de ces tests alors la perspective qui est soulignée par l'ensemble des services de sécurité européens les Allemands les Danois les Polonais les Français la perspective de la guerre sur le sol de l'Union Européenne se rapproche chaque hésitation et donc il faut faire quoi ?
les drones faut les abattre quand il y a des avions il faut les abattre aussi ?
les drones faut les abattre et les avions le ministre des Affaires étrangères polonais a prévenu l'avion qui violera l'espace aérien polonais sera abattu mais c'est pas être va-t'en-guerre c'est au contraire œuvrer pour la paix de faire cela face à un tyran non mais parce qu'Emmanuel Macron lui dit il faut monter d'un cran sans les abattre face face à ces tyrans dont le but est la guerre avec l'Europe chaque faiblesse chaque faiblesse est une invitation à l'agression vous vous rendez compte qu'on a des soldats nord-coréens qui se battent actuellement sur le sol européen vous vous rendez compte que sur les chaînes de production de nos industries d'armement il y a une multiplication d'incendies criminels ou de cyberattaques incapacitantes c'est pas un conflit qui a lieu en Ukraine ça a lieu chez nous c'est ce qu'on appelle la guerre hybride moi j'ai présidé pendant 5 ans au parlement européen la commission spéciale sur les ingérences européennes je peux vous dire que si nous ne réagissons pas notre continent basculera sans qu'on s'en rende compte dans une confrontation ouverte extrêmement dangereuse et que l'enjeu existentiel pour l'Europe aujourd'hui c'est d'être capable de se défendre de défendre sa souveraineté et sa sécurité et ça ça suppose de ne jamais mollir de ne jamais faiblir et donc oui d'envoyer des messages d'une fermeté dont nous sommes jusqu'ici montrés incapables
Merci Raphaël Glucksmann eurodéputé coprésident du mouvement Place Publique merci d'avoir été au micro d'Inter ce matin Merci Raphaël Glucksmann
Merci Raphaël Glucksmann Merci Raphaël Glucksmann
Raphaël Glucksmann