L'interview politique intégrale de François Ruffin sur RMC
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Sécurité, services publics, mais je voudrais qu'on commence par parler de ce qui se passe dans les rayons et de la question de la fixation des prix. Vous faites plutôt confiance à Leclerc, à Coca ou peut-être à Bruno Le Maire ?
Ce qui est presque tragique aujourd'hui, c'est que les Français sont plus en attente des annonces de Michel-Édouard Leclerc que de Bruno Le Maire. Qu'est-ce qui se passe sur les prix de l'alimentation ? On a aujourd'hui un taux de marge de l'industrie agroalimentaire qui est le plus élevé depuis 1994 à hauteur de 47%. C'est un espèce de jamais vu. Et pendant ce temps-là...
Vous le sortez d'où ce chiffre ? Parce que chacun se renvoie la balle quand même sur cette histoire de marge.
C'est les sources les plus officielles, y compris les échos. J'ai des papiers des échos.
47%, ça voudrait dire que sur un paquet à 1 euro, il y a 47 centimes.
Ça veut dire que... Non, c'est la marge finale. Mais bon, lisez les échos. Le journal patronal vient de dire que le taux de marge des entreprises n'a jamais été aussi élevé en France. Il vient de bondir de 1,5 point. Donc c'est absolument une déformation de la valeur ajoutée qui est tout à fait considérable. Ça veut dire qu'on a un gavage pour les uns et qu'on a un rationnement pour les autres. Il faut dire concrètement ce que ça veut dire. Moi, quand il y a 10 ans, je rencontrais les gens et qu'on me disait qu'on sautait un repas, c'était l'exception et ça me faisait un blanc à l'estomac et j'en avais le souffle coupé.
Et aujourd'hui, toutes les semaines, j'ai des gens qui viennent à ma permanence et qui me racontent comment, oui, ils sautent des repas et c'est aujourd'hui un Français sur trois qui se prive sur son assiette pour ses enfants. Voilà, on est dans un pays où une personne sur trois se prive sur son assiette.
Et pendant ce temps-là, alors qu'on sait que ça se gave en face, qu'il y a des dividendes records qui sont versés, sur les trois derniers mois, c'était des dividendes à hauteur de 50 milliards d'euros qui ont été versés aux actionnaires, et bien pendant ce temps-là, on a un État qui attend, un État qui ne fait rien, un État qui promet qu'il va y avoir peut-être une mission pour voir et qu'il y ait du dialogue. Non.
Je voudrais comprendre pour vous, qui est coupable de ça ?
Là, il y a manifestement, vous savez, les gagnants, les profiteurs de la première crise pendant le Covid, on peut les nommer, on les a nommés, c'était les assureurs, ça a été la grande distribution, c'était l'industrie numérique. Et même si on a dit qu'il y avait des profiteurs de crise, à l'époque, on n'a pas agi du tout sur eux. Aujourd'hui, on a trois profiteurs de la crise post-guerre d'Ukraine, de la crise de l'inflation, on a les transporteurs, notamment les transporteurs maritimes, CMA, CGM et compagnie, on a l'énergie, gaz, électricité et essence, et on a l'industrie agroalimentaire. On a trois secteurs qui, aujourd'hui, se gavent.
Et on a un État qui refuse d'agir, et qui prend du coup des mesures nulles, des mesures ridicules. C'est quoi les mesures nulles ? Des mesures d'attente.
L'histoire de prix quittant, l'histoire de... De demander à ce que les négociations soient avancées ?
Oui, c'est le panier d'inflation de Bruno Le Maire, vous y verrez en janvier 2024. Si on reprend les déclarations, le moment où il dit « j'ai écrit un courrier aux industriels », puis finalement, il n'y a rien qui advient. Attention, si ça continue comme ça, je vais prendre une sanction. Mais finalement, il n'y a rien qui advient. Je veux dire que ces mesures sont nulles et ridicules, mais ce n'est pas le fruit du hasard. Ce n'est pas accidentel, c'est structurel. Ça n'est pas individuel, c'est collectif. Je ne veux pas dire que Bruno Le Maire est bête, ou que Elisabeth Borneux serait stupide, ou qu'Emmanuel Macron serait un crétin. Ce n'est pas ça du tout l'enjeu.
Au contraire, on a affaire à des gens qui sont très intelligents. Ils ont tous les diplômes dans le bon ordre. Ils ont fait Sciences Po, ils ont fait l'ENA. Et c'est presque le problème. Parce que nos dirigeants pensent avec les outils d'hier. Ils pensent avec les outils du marché. Ils pensent concurrence, croissance, mondialisation.
Pour vous, tous ces concepts-là ne sont plus opérants aujourd'hui ?
Dans les crises qu'on vit, et notamment la crise climatique, qui installe une inflation structurelle, il faut sortir de cette pensée-là, sortir du marché de l'hôtel. Je précise une chose.
Ce que vous dites ce matin sur l'inflation structurelle, pour le coup, vous avez le même vocabulaire et le même constat que les grands industriels dont vous parlez. Je recevais ce matin sur RMC une personne dont la parole est très rare, qui est le patron de l'ILEC. L'ILEC, c'est le représentant de tous ces gros groupes, de Coca, de Danone, de Bic, qui lui disait, ok, il y a eu des moments qui ont ponctuellement fait monter les prix. C'est la guerre en Ukraine, c'est le Covid. Mais là, il y a désormais des facteurs structurels d'inflation.
Et il pensait notamment à la question du fait qu'il n'y a plus d'orange, parce qu'il y a eu des grands incendies en Floride ou en Californie, qu'il n'y a plus de moutarde parce qu'il y a des récoltes entières qui sont tombées. Est-ce que ça, vous l'entendez comme argument sur la hausse des prix ?
Vous savez que ce soit le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne ou même l'INSEE, ils viennent dire qu'à peu près la moitié ou les deux tiers de l'inflation aujourd'hui, c'est la marge des entreprises. Donc, il y a ça. Il y a un facteur structurel. Vous savez, il y a deux ans déjà, vous m'avez reçu, c'était avant la guerre en Ukraine. Je vous ai dit, sur la baguette de pain, c'est pour des raisons structurelles qu'on a une hausse du prix de la baguette de pain, à la fois sur le papier, sur la farine.
Et là encore, si je peux me permettre, c'était déjà Leclerc, en fait, parce que qui a lancé toute cette histoire de la baguette de pain ? Ou en tout cas, qui a lancé une réponse sur la guerre de la baguette de pain ? C'était Leclerc qui avait lancé sa baguette à 28 centimes.
Je viens vous dire que du coup, les outils qui sont marché, concurrence, croissance, mondialisation avec ces totems, ne marchent plus. Et pourtant, nos dirigeants continuent de penser avec. Qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Il est évident là qu'il faut revenir à une régulation des prix. Il faut un blocage des marges.
Donc vous, votre réponse à tout ça, c'est un blocage des prix ?
J'ai trois réponses. D'accord ? Première réponse, c'est un blocage des marges. Ça veut dire que dans l'industrie agroalimentaire, il a existé pendant longtemps quelque chose qui s'appelait le coefficient multiplicateur. Quand on achetait un litre de lait 30 centimes à l'agriculteur, on ne pouvait pas le multiplier par plus de 3 dans le supermarché. Au final, dans le... Mais donc, ça existait, ce n'est pas l'Union soviétique, c'était la France.
Vous êtes assez d'accord avec Emmanuel Macron, il veut un accord sur les marges.
Mais il veut, mais il est président de la République ou il n'est pas président de la République ? M. Bruno Le Maire, il est au ministère de l'Économie ou il n'est pas au ministère de l'Économie ? Comment ça se fait qu'ils organisent leur impuissance ? Quand ça a été pendant la crise Covid, aux citoyens, on n'est pas dit, on veut un accord sur... C'était le lendemain matin, vous sortirez de chez vous seulement pour aller faire vos courses et il faudra avoir rempli à papier, vous ne pourrez pas aller plus à plus de 1 km.
Donc quand ils veulent être efficaces et immédiats, ils peuvent, c'est ça que vous nous dites ?
Sur les citoyens, ils n'ont aucun scrupule. Par contre, en revanche, quand il s'agit des grands industriels, quand il s'agit des firmes, quand il s'agit des grands patrimoines, là c'est on attend, on prend des mesures dilatoires, on va nommer une mission, il y aura une commission, il y aura du dialogue. Et en fait, fin de compte, on a maintenant 2-3 ans où on a en haut des gros qui se gavent et on a des Français en bas qui sont rationnés.
Vous dites, il faut rétablir ce coefficient des marges, Emmanuel Macron dit, il faut arriver à un accord de modération des marges. Vous dites la même chose ?
Non, parce que moi je dis, l'État a un rôle. C'est ça la différence entre nous. L'État a un rôle.
Donc quand il dit que c'est un accord entre vous, vous vous dites, non, c'est nous qui imposons.
Mais le marché a un rôle, d'accord, et l'État a un autre rôle.
Vous êtes libéral ?
L'État.
Vous êtes, enfin le libéralisme, vous vous dites quand même qu'il faut...
Ah non, je ne suis pas libéral.
Non, mais je dirais qu'il faut carrément finir avec le libéralisme, parce qu'il faut revenir...
Il faut... C'est le problème de nos dirigeants aujourd'hui. Nos dirigeants...
Parce que vous dites en même temps, le marché a un rôle.
Le marché a un rôle. Mais il faut savoir qu'est-ce qu'on veut sortir du marché. Pour moi, le logement, le médicament doivent être sortis du marché. Il y a des endroits où le marché doit être régulé. On ne peut pas le laisser faire. Et là, en l'occurrence, sur les prix de l'alimentation, qui sont quand même quelque chose de majeur. Je veux dire, quand on a un tiers des Français qui aujourd'hui... Des parents qui se privent sur leur assiette pour nourrir leurs enfants dans la France.
Si je suis bien, François Ruffin, vous avez dit que j'ai trois réponses. Un, la modération des marges, le coefficient multiplicateur des marges.
Deux, la deuxième chose, c'est évidemment, les Français doivent vivre de leur travail. Ils doivent pouvoir en vivre, bien en vivre, pas en survivre et bien le vivre. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire, je vous l'ai déjà dit il y a deux ans, indexation des salaires sur l'inflation. Comment ça se fait ? Les retraites sont indexées sur l'inflation.
Bon, là, j'ai envie de dire, franchement, vous arrivez un peu tard. Non, mais vous arrivez un peu tard, François Ruffin, parce que c'est le cas. J'ai reçu le gouverneur de la Banque de France, ici même, il y a quelques jours, qui annonçait sur cette antenne que précisément, la perspective, c'est que les deux cours vont se croiser et que les salaires vont augmenter plus vite que l'inflation. Ça sera même mieux que ce que vous demandez, puisqu'ils vont augmenter plus que l'inflation.
C'est très bien, mais c'est une très belle perspective, madame Apolline de Malherme. Mais depuis deux ans, les Français et les salariés ne vivent pas dans une perspective. Ils vivent dans une réalité. Et la réalité, c'est qu'aujourd'hui, il y a au moins deux points qui ont été grugés par l'inflation chez les salariés. C'est-à-dire, chez les gens qui travaillent, il y a eu deux points qui ont été grugés. Et deux points, ce n'est pas rien, parce que c'est une moyenne. Ça veut dire qu'il y en a un, c'est peut-être trois, quatre, cinq points. Et quand on est au ras...
Pardon, gruger, quand vous dites gruger, c'est une perte de pouvoir d'achat. C'est à ça que vous voulez dire.
Et donc, quand on est au ras, quand on a un tiers des Français, c'est toujours un tiers. Je veux qu'on retienne ce chiffre d'achat. C'est le même tiers à chaque fois ? En gros, c'est le même tiers. C'est qui ? On a un tiers des Français qui aura de l'eau. Alors, c'est la France qui travaille. Les Français qui tiennent le pays debout. Vous voyez, qui prennent leur auto ou le métro pour aller au boulot. Qui ont mal au dos, mais qui tiennent le pays debout. Et c'est là que ça craque. On a un tiers des Français qui, le disent du moins, n'ont plus que 100 euros sur leur compte. C'est-à-dire qu'une fois que les dépenses contraintes sont prises, il reste 100 euros pour tenir avec ça.
Et donc, évidemment, quand il y a 2, 3, 4, 5 points, pour ceux qui ont plein d'argent, qui ne savent même pas combien ils ont sur leur compte, avoir 2, 3, 4, 5 points moins ne ferait pas la différence. Pour le Français qui vit avec 1 400, 1 500, 1 600 euros par mois, qui compte ces 3, 4, 5 points, font une énorme différence. Et bizarrement, pourtant, que fait le gouvernement sur les Français qui perdent 2, 3, 4, 5 points ? Il ne fait rien pour eux. Il ne fait rien pour les citoyens. Et en revanche...
Il y a des aides. Il y a des aides qui ont été mises en place sur le carburant. Par exemple, la demande de vente à perte, qui finalement sera une vente à prix coûtant. Pourquoi sketch ?
Vous voyez, on annonce une vente à perte. Finalement, on ne sait pas. Vente à prix coûtant, on verra bien.
Mais vous l'auriez imposée, vous, la vente à perte aux distributeurs ?
Non, pas du tout. Non, je n'aurais pas inventé. La vente à perte, normalement, est illégale. Normalement, la Première Ministre devrait savoir ça, que c'est illégal. Donc, il ne s'agit pas d'avoir de la vente à perte. Mais par contre, regardez... Elle voulait changer la loi. Regardez le communiqué de Mme Borne.
Vous l'avez apporté, là. Vous l'avez tous les yeux.
Malheureusement, vous savez, on est bien obligé d'en rire sur les marges. Alors, vous savez où était M. Pouyanné hier ? Non. M. Pouyanné hier, il était aux États-Unis pour aller faire la danseuse face aux actionnaires américains. Pourquoi ? En leur promettant qu'il y aurait encore plus de dividendes qui seraient versés. L'an dernier, Total, c'est 20 milliards d'euros de profit. Sur ces 20 milliards d'euros, c'est 16 milliards en rachat d'actions et dividendes qui sont versés aux actionnaires. 80% des profits sont versés aux actionnaires. C'est un gage à gigantesque. Je tiens à rappeler que ces dividendes, ils ne vont pas aux 10% les plus riches. Ils ne vont pas aux 1% les plus riches.
Et ils vont aux 0,1% des Français les plus riches. Donc, c'est-à-dire que c'est un immense gavage. Il était là-bas pour promettre qu'il y en aurait encore plus. Vous voyez ? Et là, on a un communiqué, madame Borne, sur les marges, qui est marrant, qui dit « Afin que toute la transparence soit faite sur les coûts et les marges de l'ensemble de la filière, l'inspection générale des finances est chargée de réaliser une mission sur la formation et la transparence des prix des carburants. » C'est superbe, non ? On a un gavage qui est sous nos yeux, maintenant, depuis le début de la guerre en Ukraine. On a des profiteurs de guerre. Et c'est Emmanuel Macron qui l'a dit.
Parce que dans les constats...
Oui, il a dit deux choses qui pourraient vous plaire. Il a dit « J'adore la bagnole ». Et il a dit « Il y a des profiteurs de la crise ».
Dans les constats, ils sont très forts, vous savez. Mais ensuite, quand il s'agit de dire « On est l'État. » Et on ne fait pas le choix de l'impuissance face aux puissants. Mais on fait au contraire le choix d'être fort. Et bien là, il n'y a plus personne. Ils choisissent de faire les carpettes devant les multinationales. Et donc là, c'est ça.
Donc on lance une mission pour savoir s'il y a des marges.
C'est formidable. Ça fait deux ans que ça a dû dire. Et là, maintenant, on va lancer une mission pour voir s'il y a des marges. Puis à la fin, sans doute qu'on aura un dialogue. Je reprends quand même le raisonnement. C'est du bidon.
François Ruffin, la question du coefficient des marges, la question de la fixation, de l'indexation des salaires sur les prix, il y avait un troisième point ?
Il y a l'impôt. Il faut que les gros payent gros et que les petits payent petit, tout simplement. Vous savez, même votre collègue Alain Duhamel s'y résigne et se dit « Bon, franchement, maintenant, il faudrait un impôt sur les gros patrimoines, il faudrait un impôt sur les grosses fortunes. » Sachant qu'aujourd'hui, c'est l'inverse qui se produit. Les milliardaires français payent 20 points d'impôt en moins. Proportionnellement. Ils payent 20 points d'impôt en moins que le français moyen. Simplement qu'il y ait un peu de justice dans ce pays. Donc là, il y a la nécessité de rétablir un impôt juste. Et enfin, il y a des secteurs qui sont à sortir du marché.
Quand vous dites, j'ai bien entendu tout à l'heure, vous avez dit qu'il y a des secteurs à sortir, il y a le logement, il y a le médicament, le médicament précisément. Jusqu'à présent, en effet, c'était quand même un mécanisme, un espèce de mélange entre l'offre et la demande et quand même la main de l'État qui disait « Ben voilà, moi, le Doliprane ou je ne sais quoi, je vais vous l'acheter tant. » Et le labo, il n'avait qu'à se débrouiller. Même si ça lui coûtait plus cher à produire, il devait quand même distribuer. Il y a eu des pénuries. Face à ces pénuries, le gouvernement a convoqué les plus grands industriels de labos pharmaceutiques, notamment Sanofi.
Il dit « Écoutez, moi, je veux m'assurer que vous allez bien me livrer le bon nombre de médicaments et notamment les antibios, parce qu'on ne peut pas se retrouver dans un pays où il n'y a pas d'amoxiciline. Et en échange, je vais vous acheter les boîtes plus chères. » Est-ce que cet accord, il est bon pour vous ?
Non.
Si c'est la solution pour ne plus avoir de pénuries.
Mais justement, ce n'est pas la solution. Là, juste, ils croient...
Vous n'allez pas leur mettre le pistolet sur la teinte en leur disant « Produisez davantage ».
Ils croient encore dans le marché. Le marché ne marche pas. Vous allez pouvoir augmenter...
Mais ça coûte de l'argent de produire un médicament. Il faut bien quand même que...
L'an dernier, Sanofi est tous les ans dans les cinq premières entreprises françaises qui reversent des dividendes à ses actionnaires. L'an dernier, c'était 4,5 milliards d'euros. Donc, je ne vais pas pleurer sur les gros labos.
Mais il y a aussi des labos comme Dieu Garant qui ont accepté par exemple ça.
Mais je...
Dieu Garant, ce n'est pas un gros labo qui se gave, si ?
Je ne sais pas. En tout cas, quand on a un outil comme Sanofi, on doit dire à Sanofi « On veut ces productions-là ».
Je ne comprends pas « On veut ». C'est-à-dire qu'à un moment, François Ruffin, vous faites quoi ? Vous vous mettez derrière chaque laborentin, vous lui mettez en effet le pistolet sur la teinte et vous lui dites « Tu produis ! » Mais vous savez, à l'intérieur... Ça ne marche pas comme ça.
C'est l'inverse qui se produit, vous savez. À l'intérieur d'une entreprise comme Sanofi, au contraire, ce sont des milliers de salariés, des milliers de chercheurs qui ont envie de répondre aux besoins du pays. Et qu'est-ce qui se passe ? Le capital, les actionnaires, le PDG de l'entreprise fait le choix de fermer des centres de recherche, de fermer des usines en France et de délocaliser la production en Inde et en Chine. Il y a 20 ans, c'était 80% de la production qui se faisait en France. Aujourd'hui, c'est 80% de la production qui se fait en Inde et en Chine. Mais regardez leur croyance dans le marché. Ils se sont dit « On va subventionner les entreprises pour qu'elles reviennent ».
Il y a eu 106 projets qui ont été subventionnés pour ça. Il n'y en a que 17...
Pour retrouver une forme de souveraineté industrielle.
Pour relocaliser, pour refaire que ça soit produit ici. Sur ces 106 projets, il y en a 83% qui ne sont pas revenus. Il n'y en a que 1 sur 5, grosso modo, et encore j'exagère, que 17% qui sont véritablement revenus. Ça veut dire qu'il y a 83% de subventions qui ont été données pour rien. Ça me fait...
Pour relocaliser, vous voulez dire qu'ils ont pris les sous pour relocaliser, mais ils n'ont pas relocalisé.
Ça n'a pas été relocalisé. C'est un rapport du Sénat qui dit dans 83% des cas, ça n'a pas été relocalisé. Donc, ça veut dire que la pensée par le marché, par juste, on va subventionner le privé pour qu'il revienne, ou alors, on va relever le prix des médicaments et l'amoxicine va se faire.
Mais à la fin, j'ai envie de dire, c'est la même chose. C'est-à-dire qu'au final, regardez les États-Unis. Comment ils ont fait pour ramener... Et on joue dans cette cour-là. On joue quand même dans une cour mondiale, François Ruffin. Moi, je veux bien qu'on fasse notre truc tout seul dans notre hexagone. Mais la réalité, c'est qu'aux États-Unis, ils sont dans cette logique bizarrement qui est de la vôtre, mais qui est en même temps très libérale, qui est de dire, pour les faire revenir, on va donner beaucoup de sous et on va avoir des entreprises de fabrication de voitures, des entreprises de fabrication de batteries qui vont revenir sur le sol américain.
Si on ne fait pas la même chose, ils ne viendront jamais.
Mais vous savez, aux États-Unis, ils ont décidé de faire du protectionnisme. Ils ont décidé de protéger leur industrie. Ils ont décidé de dire qu'en effet, les médicaments et un certain nombre d'autres productions devaient être faits sur le territoire national. C'est la même chose ici. Mais non, ici. Où est-ce que vous voyez une protection ? Où est-ce que vous voyez des quotas d'importation ? Où est-ce que vous voyez des taxes aux frontières ? Où est-ce que vous voyez des barrières douanières ? Qu'est-ce qui a fait que, depuis 20 ans, on n'a plus d'industrie dans notre pays ? Parce qu'on s'est envers au grand vent de la mondialisation.
Mais est-ce que ce n'est pas en train de changer ça ?
Comme le voulaient tous nos dirigeants. C'est pour ça que je vous dis qu'il nous faut un changement de dirigeant. Ce n'est pas juste Bruno Le Maire qui ne serait pas bien ou Emmanuel Macron ou Elisabeth Borne. Mais je veux dire, leur pensée est une pensée. Il faut être dans le libre-échange. Et on va encore signer des nouveaux accords de libre-échange. Donc, dans les discours, il y a eu un changement, par exemple, sur la question du protectionnisme. Mais dans la réalité, aujourd'hui, il n'y a pas de véritable retour à la souveraineté. Enfin, j'en viens sur les subventions.
Je vous arrête un instant. Parce qu'au moment où on se parle, Sanofi écoute. Ils écoutent et ils viennent de nous envoyer un message à l'instant pour vous répondre en direct sur RMC et BFM TV pour vous répondre que la production des médicaments de Sanofi pour 40% se fait sur le sol français.
Donc, ils sont à la 60% qui n'est pas faite sur le sol français. C'est déjà pas mal, non ? En tout cas, ce qu'ils vous disent, c'est que c'est déjà pas mal.
Ils vous répondent.
D'accord, mais je vous dis...
Donc, vous vous demandez, vous leur répondez, Sanofi, ok, mais chiffre, je ne fais plus.
Je leur répondrai avec les chiffres qu'ils ferment des centres de recherche en permanence dans notre pays, ils ferment des usines en permanence dans notre pays. Donc ça, s'ils veulent inverser cette courbe-là, je suis prêt à avoir une discussion avec les dirigeants de Sanofi. Moi, je suis prêt à l'organiser. Oui, alors, organiser cette discussion avec les dirigeants de Sanofi parce que la politique de Sanofi aujourd'hui dans le pays n'est pas une politique qui permet de construire une souveraineté sur le médicament. Or, c'est notre outil majeur.
C'est notre outil majeur pour avoir une souveraineté dans le médicament parce que c'était une entreprise qui était liée à Total, qui était publique ou parapublique et qui était privatisée. Et on en voit aujourd'hui les dégâts. Mais de la même manière que, normalement, on devrait avoir d'autres outils majeurs en matière de souveraineté, de transformation. Regardez, Macron fait son plan, soi-disant, c'est un plan de voiture, de vendeur de voiture qu'il nous fait, mais il nous fait son plan écologique. Dedans, il n'y a pas le rail. Il n'y a pas un mot sur le rail.
Vous l'avez vu, il y aura éventuellement un pass, 49 euros pour avoir accès illimité à tous les TER.
C'est une victoire que j'enregistre parce que je me permets de dire qu'avec d'autres collègues de la gauche… Donc ça c'est bien, surtout si c'est votre idée. Écoutez, ça sera très bien, je me prendrai comme un bien pour tous les Français de ce pays de pouvoir se déplacer dans les TER à 49 euros par mois, le jour où ça sera fait. J'espère que vous me réinviterez et que je discuterai avec les membres. Et on vérifiera si c'est fait.
François Ruffin, un autre point quand même sur les autoroutes. Non mais on pourrait parler pendant des heures surtout.
Mais sur le rail, sur le rail, madame de Malherme.
Le rail et en échange, une taxe sur les autoroutes. Après il y a Vinci qui dit, du coup, on va augmenter le prix des péages.
Le rail, madame de Malherme. Je prends au sérieux, moi, ce qui se passe sur le climat. Et je vous dis que les gens qui nous dirigent ne peuvent pas affronter la climatique parce qu'ils pensent par le marché. Est-ce que vous pensez, le principal outil sur les déplacements, les déplacements étant la première cause des gaz à effet de serre, le principal outil qu'on a, c'est le rail. Or, on ne décide pas d'investir massivement de le rail. La SNCF, les régions demandent 10 milliards d'euros en plus dans le rail. On met 1 milliard d'euros. On est à 10 fois moins. On n'est pas à la hauteur sur ce qui devrait être au cœur de l'enjeu climatique. Ce n'est pas le marché qui va remettre des gares.
Ce n'est pas le marché qui va reconstruire des rails. Ce n'est pas le marché qui va faire que les marchandises vont dans des trains. Ce sera une volonté politique. Moi, dans ma région, vous savez, j'ai 9 habitants sur 10 qui habitent à moins de 10 km d'une gare. C'est-à-dire que pour le gros des déplacements...
Donc, il suffirait de remettre des trains.
Ça pourrait être un outil. Ça pourrait être un outil important. Mais ça ne va pas se faire tout seul. Et là, on voit qu'il n'y a pas de volonté d'investissement en la matière.
François Ruffin, député LFI de la Somme. Premier rendez-vous est pris à la fois pour une discussion avec Sanofi, mais aussi pour savoir si oui ou non se passe.
François Ruffin