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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 7 février 2019 9 minComplaisantActualité / polémiqueSolidarités & familleLogementSécuritéJustice

Emmanuel Grégoire : "Nous irons partout pour recenser les personnes sans domicile dans la capitale"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 10 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Avant de parler de la maraude, parlons des deux événements meurtriers récents à Paris.

  • 0:30OuverteRéponse directe

    Pour l'incendie de la rue Erlanger, les opérations de secours sont-elles terminées ?

  • 1:37OuverteRéponse directe

    Où sont relogés les sinistrés de l'incendie de la rue Erlanger ?

  • 2:18OuverteRéponse directe

    Y a-t-il encore des besoins de solidarité pour les sinistrés ?

  • 2:53FerméeRéponse directe

    Le bilan de l'incendie de la rue Erlanger est-il toujours de 10 morts et 30 blessés ?

  • 3:19OuverteRéponse directe

    Où en est-on pour les sinistrés de la rue de Trévis ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:50Invité politiqueFait
    « Le bâtiment est très très dégradé avec un risque d'effondrement des étages supérieurs. »
  • 0:52Invité politiqueFait
    « Et donc la ville a été amenée à prendre un arrêté de péril. »
  • 1:41Invité politiqueFait
    « Quasiment la totalité ont été hébergées par des solidarités de proximité. »
  • 1:55Invité politiqueFait
    « Un certain nombre d'entre eux sont pris en charge par leurs assurances dans des hébergements hôteliers. »
  • 1:59Invité politiqueFait
    « Une famille a été prise en charge par le centre d'action sociale de la ville de Paris. »
  • 2:04Invité politiqueFait
    « On va suivre ça dans la durée parce qu'au bout d'un moment, les prises en charge d'assurance se lèvent. »
  • 2:24Invité politiqueFait
    « On observe des élans de solidarité. »
  • 2:58Invité politiqueFait
    « Il est toujours de 10 morts. »
  • 3:04Invité politiqueFait
    « Il y a un travail d'identification long des victimes. »
  • 3:30Invité politiqueFait
    « Le bâtiment principal du lieu de l'explosion a été structurellement extrêmement fragilisé avec un risque d'effondrement. »
  • 4:13Invité politiqueFait
    « Oui, nous craignons qu'il y en ait plus. »
  • 4:23Invité politiqueFait
    « C'est vrai qu'il n'y avait pas de méthode, entre guillemets, scientifique pour connaître le nombre de SDF. »
  • 4:30Invité politiqueChiffre
    « Nous avons mis en place une méthode extrêmement rigoureuse de maillage, 344 secteurs l'année dernière, 353 cette année. »
  • 6:22Invité politiqueChiffre
    « L'année dernière, nous avons identifié qu'il manquait à minima au moins 3 000 places dans le dispositif d'hébergement. »
  • 6:37Invité politiqueChiffre
    « Nous avons livré 1 500 places. »

Temps de parole

  • Emmanuel Grégoire76 %
  • Présentateur24 %

1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Une maraude exceptionnelle va avoir lieu ce soir à Paris. L'événement est baptisé « La nuit des solidarités ». Le but est de recenser les SDF qui vivent dans la capitale. Ça a déjà été fait une première fois l'an dernier. Bonjour Emmanuel Grégoire. Bonjour. Vous êtes le premier adjoint à la mairie de Paris. C'est la mairie qui organise cette maraude. On va en discuter, mais avant cela, évidemment, j'aimerais parler de ces deux événements meurtriers qui ont marqué la capitale ces dernières semaines. Une explosion accidentelle, rue de Trévis, il y a un mois. Et puis cet incendie, probablement criminel, il y a 48 heures, rue Erlanger.

Pour l'incendie de la rue Erlanger, est-ce que toutes les opérations de secours ou de mise en sécurité sont terminées ?

0:36
Emmanuel Grégoire

Non, pas tout à fait, parce qu'il y a notamment maintenant la question de la stabilisation du bâti. Le bâtiment est très très dégradé avec un risque d'effondrement des étages supérieurs. Et donc ça met en danger une très grande partie de l'immeuble. Et donc la ville a été amenée à prendre un arrêté de péril. Ce qui est quelque chose qui est très difficile parce que ça empêche concrètement, juridiquement, les locataires de réintégrer leur logement et aussi longtemps que le bâtiment sera fragile. Et ça peut durer longtemps, justement ? Ça peut durer très longtemps et ce sont les architectes de la préfecture de police qui peuvent faire la levée technique de ces interdictions.

Et donc c'est une double douleur parce qu'on ne peut pas retourner, on perd tout. Qu'ils sachent qu'on travaille d'arrache-pied pour sécuriser tout ce qui doit l'être. Et puis il y a en parallèle, évidemment, le temps de l'enquête judiciaire, elle sera longue. Le caractère à la fois absurde et très choquant des conditions de ce drame invite à un accompagnement des victimes dans la durée.

1:37
Présentateur

Et pour le moment, les sinistrés, les victimes, où sont-ils relogés ?

1:41
Emmanuel Grégoire

Alors, quasiment la totalité ont été hébergées par des solidarités de proximité. Donc c'est des solidarités de voisinage, amicales, familiales. Un certain nombre d'entre eux sont pris en charge par leurs assurances dans des hébergements hôteliers. Une famille a été prise en charge par le centre d'action sociale de la ville de Paris. Et on va suivre ça dans la durée parce qu'au bout d'un moment, les prises en charge d'assurance se lèvent. Mais on a déjà commencé le travail le plus long, c'est-à-dire le relogement pérenne pour un grand nombre de familles. Comme elles ne pourront pas réintégrer leur logement, nous trouverons des solutions de remplacement dans les jours et semaines qui viennent.

2:16
Présentateur

Et très vite, il y a eu aussi un élan de solidarité. Un des riverains sont venu apporter des vêtements à la mairie du 16e arrondissement. Est-ce que vous savez s'il y a encore des besoins de ce genre ?

2:24
Emmanuel Grégoire

Alors, comme rue de Trévise, à chaque fois, et c'est l'un des réconforts qu'on a dans ce type de drame, c'est qu'on observe des élans de solidarité. Donc oui, j'aurais tendance à dire venez et continuez à le faire. Au bout d'un moment, la mairie dira s'il y a des besoins complémentaires ou pas. Mais de toute façon, ce sera toujours utile à quelqu'un. Et si ce n'est pas au sinistré de ces drames, ça le sera pour les sans domicile. Il y en a beaucoup qui ont des besoins. Donc on n'hésite jamais à exprimer ces élans de solidarité.

2:53
Présentateur

Pour la rue Erlanger, pour cet incendie, le bilan n'a pas bougé ? Il est toujours de 10 morts et d'une trentaine de blessés ?

2:58
Emmanuel Grégoire

Il est toujours de 10 morts. La presse fait écho d'avis de recherche. Il y a un travail d'identification long des victimes. Ça, ce n'est pas terminé encore. Il y a encore des corps qui n'ont pas été identifiés. Mais à date, on espère vraiment qu'il n'y aura plus de découvertes de nouveaux corps dans les décombres.

3:19
Présentateur

Un mot des sinistrés de la rue de Trévis, cette explosion qui a fait 4 morts et endommagé plusieurs immeubles le 12 janvier. Où en est-on ? Il y a toujours environ 400 personnes qui n'ont toujours pas pu regagner leur domicile ?

3:30
Emmanuel Grégoire

Tout à fait, parce que le bâtiment principal du lieu de l'explosion a été structurellement extrêmement fragilisé avec un risque d'effondrement. Et comme lui risque de s'effondrer, les immeubles contigus risquent la même chose. Et donc, il y a un gros travail d'étément qui a été engagé. Mais de toute façon, le cœur du sinistre restera très durablement. Ça se compte à minimum en mois et probablement en années.

3:57
Présentateur

Emmanuel Grégoire, venons-en à cette nuit de la solidarité que la ville de Paris organise pour recenser les sans-abri. Car en France, il n'existe pas de recensement officiel des SDF. L'an dernier, vous avez recensé 3000 SDF. Vous allez donc recommencer cette nuit. Vous pensez qu'il y en a plus ?

4:13
Emmanuel Grégoire

Oui, nous craignons qu'il y en ait plus. C'est vrai qu'il n'y avait pas de méthode, entre guillemets, scientifique pour connaître le nombre de SDF. Or, c'est quelque chose d'extrêmement précieux pour orienter les politiques publiques, pour mettre un tout petit peu de rigueur dans ce sujet compliqué. Et donc, avec Anne Hidalgo, Dominique Versigny et les associations, nous avons mis en place une méthode extrêmement rigoureuse de maillage, 344 secteurs l'année dernière, 353 cette année, qui permet par équipe de 5 d'organiser un comptage rue par rue, métro par métro, jardin par jardin, du nombre de SDF à la rue. Parce que ça permet de mieux adapter le dispositif d'hébergement.

Et ça permet aussi de mettre en lumière l'insuffisance, et c'est une insuffisance qui nous concerne tous, des réponses publiques à ce problème du mal de logement.

5:04
Présentateur

Vous allez vraiment passer partout, pour le coup, là, il n'y aura plus aucun coin qui échappera à ce maillage ?

5:10
Emmanuel Grégoire

Absolument partout, puisque nous avons des partenaires importants qui permettent d'aller partout. Les services d'urgence, les stations de métro, les parquets jardins, les parkings souterrains, c'est-à-dire les lieux dans lesquels un certain nombre de centres de domicile fixe vont se cacher la nuit pour se protéger du froid, de la pluie, de l'insécurité. Et donc, grâce à ce partenariat, on est en capacité, effectivement, d'avoir un recensement extrêmement exhaustif.

5:36
Présentateur

Et dans chaque équipe, il y a, bien évidemment, des bénévoles, mais toujours un professionnel ?

5:40
Emmanuel Grégoire

Tout à fait. L'idée, c'est vraiment de mixer, c'est l'esprit de cette nuit de la solidarité. C'est-à-dire pour ça qu'on l'appelle comme ça, des équipes de professionnels de l'action sociale et des bénévoles qui vont faire les maraudes. Ça commencera à 19h ce soir et ça finira vers 1h, 2h du matin.

5:55
Présentateur

Et l'an dernier, concrètement, vous en avez fait quoi de ce recensement ? Ça vous a servi à quoi ?

5:59
Emmanuel Grégoire

Alors, il a été extrêmement utile. D'abord, il est utile dans l'instant. C'est-à-dire, quantitativement, on arrive à mieux comprendre le phénomène. Deuxièmement, on arrive à répondre à des solutions d'urgence dans l'immédiat. C'est-à-dire qu'on a aussi, cette nuit, des équipes mobilisées pour prendre en charge ceux qui le souhaiteraient dans l'urgence. Et je pense en particulier aux familles avec enfants. Et ça permet aussi, après, d'adapter le dispositif. Clairement, l'année dernière, nous avons identifié qu'il manquait à minima au moins 3 000 places dans le dispositif d'hébergement.

Et donc, l'engagement que nous avions pris côté ville, je rappelle que c'est une compétence d'État d'héberger ces situations, nous avons dit qu'on est prêts à faire la moitié du chemin. Et donc, nous avons livré 1 500 places. Pas tout à fait encore aux 1 500 places, mais nous avons d'ores et déjà livré plus de 1 300 places supplémentaires.

6:45
Présentateur

Et l'autre moitié du chemin a été faite par l'État ?

6:47
Emmanuel Grégoire

L'État y contribue. On met la pression. On est parfois un peu tatillon, exigeant avec l'État. Je veux à la fois reconnaître que l'État fait des efforts, mais en même temps qu'ils ne sont pas suffisants et qu'il faut encore aller plus loin.

7:01
Présentateur

Et vous en pensez quoi de ce mobilier urbain qu'on voit par endroits conçus spécialement pour empêcher les SDF de se reposer ou de se mettre à l'abri. Des barres de fer, des grilles, des accoudoirs au milieu des bancs. La mairie en installe aussi ?

7:14
Emmanuel Grégoire

Alors non, la mairie n'en installe pas. On a installé et moi j'évite de donner des leçons. Certaines mérites d'arrondissement ? Oui, mais moi j'évite de donner des leçons. Généralement, si on met ce mobilier urbain, ce n'est pas seulement parce qu'on n'aime pas les SDF, c'est aussi parce que la question de la grande précarité dans l'espace public, ça crée aussi des nuisances. C'est-à-dire que tout le monde est solidaire par nature. Mais quand vous avez des SDF durablement en bas de chez vous, avec de la consommation d'alcool, du bruit, etc., il ne faut pas jeter l'anathème.

Et c'est donc la démonstration que la réponse, ce n'est pas de savoir si on met ou pas du mobilier urbain anti-SDF, c'est de créer des solutions d'hébergement pour que ces gens n'aient plus à dormir à l'abri dans la rue et ça permettra à tout le monde d'être serein.

7:56
Présentateur

Emmanuel Grégoire, une dernière question. Anne Hidalgo veut mettre en place une police municipale. Le sujet a été débattu au Conseil de Paris cette semaine et ce projet divise la majorité. Vous, vous soutenez cette idée ?

8:06
Emmanuel Grégoire

Je la soutiens totalement parce que la question de la sécurité publique a beaucoup évolué à Paris pour plusieurs raisons que les gens connaissent ou que je rappelle. Des attentats en 2015 qui ont complètement changé la doctrine de sécurité publique. La question notamment de l'accueil du phénomène migratoire accéléré et de l'occupation de l'espace public. La police nationale, elle doit se recentrer sur des missions et elle le fait au détriment de missions plus quotidiennes, de tranquillité publique, de propreté, etc.

Et donc soit on passe son temps à rouspéter après l'État et son désengagement et nous le faisons, mais il faut aussi répondre aux attentes des gens et répondre aux attentes des gens, c'est faire évoluer les missions. Donc oui, je crois que c'est la bonne solution.

8:51
Présentateur

Merci beaucoup Emmanuel Grégoire d'être venu dans le studio du 5-7 ce matin. Vous êtes le premier adjoint à la mairie de Paris. Merci.